Les coulisses du pouvoir [RP]

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Iskupitel

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[center]Les coulisses du pouvoir
Ces instants contés de la main des plus hautes personnalités, parfois cruciaux, parfois banals.
(Inutilisable sans accord préalable.)[/center]
Iskupitel

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  • 09 décembre 2029
[justify]J'ai aujourd'hui rencontré, lors d'un déjeuner informel au Palais Breckenridge, Abraham Fusterhyde, le Président Fédéral, et Efhrem Attinc, son prédécesseur. Quelques jours auparavant, les deux hommes d'État avaient fait savoir à ma secrétaire qu'ils étaient très envieux de pouvoir passer un peu de temps avec moi, hors des obligations de nos fonctions respectives. Toutefois, je ne pouvais me retirer de la tête le fait qu'ils aient demandé à faire cette rencontre sur mon lieu de travail, et non ailleurs. Un déjeuner au palais du Vice-Président Fédéral me semblait symboliser leur volonté dissimulée de discuter non de choses informelles mais bien de ma fonction et du futur de celle-ci.

Passer du temps avec Abraham ne me dérangeait pas. C'est un homme discret et sympathique, qui sait se faire apprécier sans s'imposer plus que de raison. S'il n'a pas véritablement l'étoffe d'un chef d'État, il n'en reste pas moins un bon orateur et un collègue de travail qui sait s'organiser et répartir les tâches efficacement. Il aurait fait un très bon Ministre, car il est capable de nuancer sa vision des choses et ses projets aux volontés de ses subordonnés. En tant que chef d'État, en revanche, et d'autant plus car notre société est très médiatisée, il manque sûrement de poigne, et ne sera sûrement pas réélu en 2031. Je ne suis pas même sûr qu'il cherche la réélection. À chaque fois que je le croise, il semble las de sa fonction et, auprès de certains collaborateurs qui sont mes amis, se plaint même d'avoir été choisi par le Parlement.

Efhrem, en revanche, ne m'inspire guère plus de sympathie depuis quelques années. Lorsqu'il avait été élu, en 2018, il avait mis fin à la domination du Parti Libéral, et rares étaient ceux qui le critiquaient, mis à part bien évidemment les fidèles du vieillissant Ern Layton. Le lendemain de son discours d'inauguration, auquel j'avais assisté en tant que Vice-Président, Ludolf Engel, le prétendant au Trône de Cyrénanie, avait même fait publiquement état de son contentement de voir Efhrem Attinc accéder à la fonction suprême. Moi qui étais déjà en poste depuis trois ans, j'avais pu l'accueillir et le soutenir alors qu'il apprenait à cerner ses pouvoirs et ses attributions. Au contraire de son prédécesseur et de son successeur, il avait peu l'habitude d'inviter des personnalités à déjeuner à Macclesfield Palace. Peut-être était-il soucieux de séparer sa vie privée et son travail, ou plus simplement était-il trop heureux d'occuper le Palais pour laisser quiconque le découvrir.
Toujours est-il que, les mois passant, il me devenait de plus en plus insupportable. Il se révélait bipolaire à l'exercice du pouvoir. Le matin, il petit-déjeunait avec moi à Breckenridge avec jovialité ; il me parlait de ses projets d'avenir avec sa femme et ses enfants ou de son emploi du temps de la journée. Le midi, il était plus proche d'un enfant colérique que d'un chef d'État ; il refusait de manger ce qu'on lui apportait et demandait à l'Intendant de Macclesfield de ne lui servir que du caviar ou des framboises d'Ophrone. Il était alors impossible de discuter avec lui, car il était certain qu'il reviendrait sur toutes ses promesses. Le soir, il était redevenu quelqu'un de sympathique qui aimait à boire un verre de cognac en consultant les nouvelles internationales en compagnie d'un ami député ou sénateur. Lorsqu'il divorça, il devint de plus en plus irritable en dehors de la scène publique, et nécessitait d'être toujours pris avec des pincettes. Avril Belrose, alors Vice-Ministre de l'Industrie, avait dû prendre un ton un peu trop déplaisant à son goût lors d'une conversation, car elle fut congédiée sans préavis et sans raison officielle. Il pouvait se montrer d'un charisme éblouissant comme d'un égocentrisme assourdissant. La motion de défiance constructive qui, en 2027, le remplaça par Abraham Fusterhyde fut menée par ses proches, qui voyaient bien que l'exercice du pouvoir le rendait, peu à peu, fou. Ainsi, après 9 années à la tête de la Fédération, Efhrem cédait finalement sa place.
Mais sa retraite politique n'était pas un isolationnisme, puisqu'il recevait de temps en temps, dans sa maison de campagne de Fillingham-by-Lough (Basterra), d'anciens ministres et des députés venant s'inquiéter de sa santé. Bien qu'il ait terminé sa vie politique en étant tout à fait exécrable, il était resté un homme pieux, attaché à la Fédération et que beaucoup admiraient. Son autorité naturelle, son charisme, étaient souvent entachés de colère, mais ses décisions publiques étaient souvent sages et réfléchies. Sous son gouvernement, la Fédération s'est modernisée, s'est développée internationalement, a progressé sur le plan social, et a intégré Tel-Érib. Mais, à présent que la vieillesse le rattrapait, il devenait rarement ouvert, et les visiteurs se faisaient moins nombreux car il en éconduisait la plupart. Le savoir vouloir me rencontrer était un honneur que, malgré mon mépris pour cet homme submergé par un pouvoir le dépassant, je ne pouvais refuser.

Nous fûmes installés dans le Grand Salon, célèbre pour sa large baie vitrée donnant sur un Jardin convenablement entretenu, à l'adélienne, et son étang aux eaux paisibles. Sitôt servis, Abraham prit la parole.[/justify]
  • « Dites-moi Françisco, où vous imaginez-vous dans cinq ans ? »
    « Je ne sais pas, répondis-je après quelques secondes de réflexion. Sûrement ici-même, devant ce même paysage, occupé aux mêmes affaires. »
La moue contrariée d'Efhrem me convainquit de changer la conversation.
  • « Je vois que vous allez bien, Efhrem. Le repos à la campagne doit être agréable. »
    « On s'ennuie rapidement, vous savez. J'ai tenté d'écrire mes mémoires, mais je n'y arrive pas. Je ne pense pas en avoir fini avec la vie politique. Son observation, tout du moins. »
[justify]Il semblait sérieux, et j'en étais soulagé. Un retour à la vie publique aurait été un désastre pour lui et pour le PNC, dont nous étions tous trois issus. Il était trop vieux, et n'avait pas été assez héroïque aux yeux du Peuple pour être bien accueilli. En plus d'être une figure du passé pour les cyrénans, il était un inconnu aux yeux des tel-éribains, qui n'avaient pas eu le temps de le connaître dans ses meilleurs jours avant son remplacement par Abraham. Afin de mettre fin à un silence devenant assez long, et pendant qu'Efhrem semblait se perdre dans la contemplation du jardin, je repris la parole entre deux bouchées de sanglier, m'adressant à Abraham.[/justify]
  • « Pourquoi avoir souahité me rencontrer ? Y a-t-il quelque chose dont nous devrions discuter ? »
    « En effet. Il hocha la tête, finit sa bouchée, posa ses couverts sur le bord de son assiette, et me regarda droit dans les yeux. Vous êtes conscient que les élections pour la Vice-Présidence arrivent bientôt. »
    « Oui, dans cinq mois. »
    « Vous ne vous représenterez pas. »
[justify]Manquant de m'étouffer, je lâchai mes couverts en argent et observai Efhrem, toujours captivé par le panorama, pendant quelques instants, avant de revenir au Président.[/justify]
  • « Abraham, je sais que cela fait longtemps que je suis en poste, mais je ne pense pas que ces quinze années ont été inutiles. J'ai fait beaucoup de choses, grandement aidé à la stabilité du gouvernement, et ai assuré la transition entre votre prédécesseur et vous. Je souhaite rester cinq années de plus, car je m'en sens capable, et qu'il y a encore beaucoup de choses à faire que je peux mener. »
    « Efhrem et moi sommes tout à fait heureux de votre travail, Françisco. Ern également, lorsqu'il était Président, a été ravi de votre capacité de travail. Mais vous êtes conscients que parfois, des calculs politiques sont nécessaires. Aujourd'hui, le PNC est le deuxième parti de Cyrénanie, et mène une coalition qui peut faire passer des lois sans avoir besoin de s'inquiéter des autres partis. Cette force, nous le devons à de nombreux compromis, et à des services rendus à certains de nos soutiens. L'intégration de Tel-Érib a modifié beaucoup de choses dans notre façon de faire et dans notre paysage politique. L'extension de 2026 a encore des effets. Les tel-éribains, étant très proches de nos valeurs, ont accepté de faire coïncider leur PNC avec le nôtre. Mais leur Président, Iskupitel, menace aujourd'hui de faire sécession. Un tel acte mettrait en péril la stabilité de notre coalition, de notre gouvernement, de la Fédération toute entière. Il a accepté de reconnaître les résultats de la Commission Parlementaire demandant la dislocation de Tel-Érib ; j'ai l'intention d'accéder à sa demande d'être le candidat officiel de notre parti. »
[justify]Abraham m'a toujours paru las et malléable, mais il se révélait à présent féroce et capable de se faire respecter. Ses mots étaient secs, son ton grave et assuré. Comme un loup s'étant fait passer pour un mouton depuis deux ans, il sortait à présent ses crocs et posait ses griffes sur mon cou. Je n'étais pas inconscient, et savais que si je lui désobéissais je risquais de subir un lynchage médiatique en règle, et que je me verrais dans l'obligation de me retirer définitivement de la vie politique. La Fédération est un grand pays très peuplé. Les personnes charismatiques cherchant à s'investir pour l'État ne sont pas rares. Une erreur représente souvent la fn d'une carrière politique, car tous les responsables savent qu'il est préférable d'éliminer ceux qui font des erreurs, car ils sont un danger potentiel. J'ai fait l'erreur de ne pas m'inquiéter de ma réélection ; j'en payais à présent le prix.[/justify]
  • « Bien. Néanmoins je m'inquiète de ce que je deviendrai. »
    « Ne vous inquiétez pas Françisco, vous ne deviendrez pas comme moi pour le moment, si c'est cela qui vous inquiète, intervint Efhrem. Non, nous avons un poste à vous confier. »
    « Que diriez-vous, poursuivit Abraham, de la Présidence du Conseil Constitutionnel ? »
[justify]Bien qu'aimant ma fonction, je dois avouer que la Présidence du Conseil Constitutionnel Fédéral est une proposition alléchante. Certes, le Président du Conseil dispose de moins de pouvoir et de moins de moyens que le Vice-Président ; mais il reste un acteur de premier ordre devant lequel doivent passer toutes les lois avant leur promulgation. Non sans amertume, j'acceptai leur offre en précisant que je ne soutiendrais pas le Président tel-éribain, par honneur. Abraham, avec une tape sur l'épaule, m'informa qu'il comprenait ma réaction et l'acceptait. Avant d'avoir fini leur repas, ils se levèrent et quittèrent le Palais après m'avoir serré la main. Restant seul, je contemplai le paysage, en me demandant si les jardins du Waddington Palace, où se situe le Conseil Constitutionnel Fédéral, seront aussi jolis.[/justify]
Iskupitel

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Macclesfield Palace, résidence officielle et bureau du Président Fédéral[/center]
  • 29 décembre 2029
[justify]Dîner avec Elroy Linwood, à Macclesfield. La fin de l'année approche, et les élections parlementaires de 2030 accompagnées de la campagne également. Depuis une semaine, je reçois divers représentants de partis afin de converser avec moi de l'avenir de la coalition au pouvoir. Si les petits partis de droite et ceux proches du PNC ne devraient pas la quitter, d'autres pourraient envisager de la quitter. C'est le cas de Libéraux, qui au vu de la conjoncture politique actuelle considèrent qu'ils peuvent grandir suffisamment pour se passer de l'alliance avec le parti dont je suis, par ma fonction de Président, la tête. Elroy Linwood, Président du Parti Fasciste, pourrait être un atout de choix pour que le PNC reste au pouvoir. En se joignant à la coalition, ils feront partir les libéraux à coup sûr, mais il apporteront une force tout aussi grandissante que celle d'Ern Layton. Elroy a ainsi demandé à me rencontrer en tête à tête, à Macclesfield, afin de discuter de « choses et d'autres », comme il dit. Nous savons tous deux ce dont nous allons parler, mais le quarantenaire aux tempes grisonnantes aime se faire désirer, et attend donc le désert pour parler de choses sérieux, préférant passer le reste du repas à discuter de banalités telles que la météo, le choix du Secrétaire Général de l'OIA fait par l'Océania, ou encore les chances de la sélection nationale de rugby de remporter la prochaine Jefferson's Cup. Quand arrivent les parts de tarte aux pommes finement cuisinées, il pose la serviette qu'il avait sur les genoux sur le rebord de la table, ne faisant pas mine de vouloir toucher à la délicieuse pâtisserie. Après m'avoir fixé quelques instants, il saisit sa fourchette à dessert et la pointe vers moi, sourire aux lèvres.[/justify]
  • « Alors, Monsieur le Président, dites-moi comment vous allez faire face au départ des Libéraux. »
    « Je ne sais pas trop, lui répondis-je après une bouchée de tarte. Peut-être allier le PNC aux démocrates ou aux centristes. »
    « Vous savez que Wahner refusera. Il est trop fier pour cela, et il clame partout que le Parti Centriste fera cavalier seul plutôt que d'avoir de mauvais chevaux. »
    « Les discours de Wahner sont une chose, ses actes en sont une autre. Il ne rechignera pas à accepter notre aide dans certains endroits qui lui sont stratégiques. »
    « De belles paroles, Monsieur le Président. Mais ce que veulent les cyrénans ce sont des actes, c'est pour cela que le Parti Fasciste monte, doucement, à chaque élection, et vous le savez. »
    « Imaginez ce que vous voulez, Elroy. Que devrais-je faire ? M'allier aux fasciste, c'est ça que vous souhaitez ? »
    « Je ne sais pas, Monsieur le Président. Il est possible que nous n'ayons pas besoin de votre aide. »
    « Allons, ne soyez pas irréaliste. Vous faites de beaux scores, c'est vrai, mais vous avez quoi... 45 députés ? Même en gardant cette croissance, vous n'aurez pas votre propre gouvernement avant 30 ans. Vous ne pouvez vous passer d'une coalition. »
    « C'est vous qui le dites, Monsieur le Président. »
[justify]Son sourire s'était progressivement agrandi au cours de la discussion, montrant sa satisfaction. Il m'avait mené par le bout du nez pour arriver exactement là où il le souhaitait, et j'en étais conscient. Autant lui donner un peu de satisfaction avant de parler du prix. S'allier avec le Parti Fasciste n'est pas une mince décision, c'est le type de choix qui sont quitte ou double. Soit le candidat PNC restait longtemps au pouvoir, soit cela sonnait le temps de la retraite, ce qui profiterait grandement aux libéraux. Ternir son image en s'alliant à ces militaristes xénophobes n'était pas dans la ligne habituelle du PNC, mais il était aussi considéré que rester au pouvoir était un projet louable, et qu'il pouvait donc passer avant certains considérations de bon sens politique. Satisfait, Elroy mangeait sa part de tarte en silence. Lorsqu'il l'eut finie, il se servit un verre de vin, et reprit la parole.[/justify]
  • « Bien, que seriez-vous prêts à nous offrir ? »
    « Que demandez-vous ? Des postes ministériels précis, j'imagine. »
    « Notamment, mais ce n'est pas le plus important ni le plus urgent. Vous n'êtes pas sans savoir ce qui se passe en Varlovie, de votre fonction présidentielle. Il est temps pour nous d'intervenir. »
    « Diplomatiquement ? Nous avons déclaré notre neutralité. »
    « Militairement, aux côtés des anti-communistes. »
    « Nous sommes ouverts aux régimes politiques de tout bord, Elroy. Nous ne pouvons intervenir contre les communistes. »
    « Je le sais bien. Ne pensez-vous pas qu'il est temps de faire respecter la doctrine de notre ministère des Affaires Étrangères ? “Là où s'installe l'instabilité, nous protégerons la paix par le statu quo.” »
    « C'est une doctrine comme une autre, Heydar a des centaines de phrases de ce genre dans son répertoire. »
    « Il évoque très souvent celle-ci, mais ne la défend jamais, d'après ce que je sais. Je ne vous demande pas de fomenter une guerre, je vous demande d'aider à en terminer une. La Varlovie sauvée, même si elle doit l'être au prix du départ d'Alcevic, elle pourra être de nouveau un de nos alliés forts dans cette partie du monde. Et ils auront besoin d'aide pour reconstruire et se réarmer. Nous pouvons leur apporter les deux, n'est-ce pas ? »
    « Certes, certes. Écoutez, conclut le Président après quelques secondes de réflexion, vous pouvez disposer, Elroy. J'y penserai en Conseil des Ministres. »
    « Je vous remercie, Monsieur le Président. »
[justify]Elroy se leva, salua militairement, et se dirigea vers la sortie, accompagné par un valet. C'était un homme de grande taille, aux tempes poivre et sel, ancien gradé de la marine. Il n'était pas mauvais politicien, et s'était arrogé un poste de député dans l'attente qu'un ministère lui soit offert. Je dois avouer ne pas vraiment le porter dans mon cœur. À chaque fois que je l'ai rencontré, il se fait tellement obséquieux qu'il en devient moqueur, et ne manque jamais une occasion d'exploiter la moindre faille de son interlocuteur. Un homme sympathique aux manières exécrables, en résumé. Mais son offre tient la route, et je me dois donc de la transmettre au Conseil des Ministres. Le soutien des fascistes serait d'une grande aide pour la formation d'une coalition, et l'intervention en Varlovie est, selon les sondages, relativement soutenue au sein de l'opinion publique. Surtout outre-Cær, où les nationalistes sont légion et où la Varlovie est encore vue comme un allié même si, dans les faits, les relations diplomatiques sont très faibles depuis plusieurs années, principalement depuis la fin de l'Axe Néo-Mondial et la Révolution d'Août 2019. Néanmoins, pour s'investir dans une telle guerre, même si ce n'est qu'avec un petit détachement pour faire acte de présence et mettre en œuvre la doctrine stabiliste d'Heydar, il faudra des alliés, renoncer à une neutralité longtemps préservée et dépenser suffisamment d'argent pour faire frémir chaque tel-éribain. C'est ambitieux, mais si cela se relève fructueux et si je parviens à montrer notre intervention comme une victoire quelle qu'en soit l'issue, cela pourrait très bien me donner quelques années supplémentaires de Présidence. Un pari risqué, d'autant plus que la guerre en Varlovie se transforme petit à petit en affrontement de blocs idéologiques, ce à quoi le gouvernement s'opposera. La Cyrénanie n'appartient à aucun bloc, elle suit son propre chemin. Mais parfois celui-ci la mène à la guerre.[/justify]
Iskupitel

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Macclesfield Palace, résidence officielle et bureau du Président Fédéral[/center]
  • 05 janvier 2030
[justify]J'ai invité Jomi Messeich à Macclesfield, afin de l'entretenir de choses et d'autres, mais principalement, et il s'en doutait bien, de son irraisonnable achat d'armes au Wapong. Comme à son habitude, il est arrivé avec 15 minutes de retard, une façon de montrer qu'il ne se pliait pas de bon gré aux injonctions gouvernementales, même lorsque la convocation venait du Président Fédéral en personne. De sa démarche détendue ralentie par sa canne, rendue nécessaire par son âge avancé, il s'avança vers les fauteuils que j'avais fait installer dans le Salon Gris. Dans cette salle relativement exiguë où s'étaient, au cours du passé cyrénan, passé tant de choses ayant marqué l'histoire, allant de la signature de la Constitution de 1975 par les autorités dictatoriales ayant capitulé à des choses un peu plus triviales telles que l'assassinat du dernier Roi de Cyrénanie, Ludolf le Malheureux, j'espérais que l'ambiance des murs gris parsemés de dorures délicates lui rappellent qu'il n'était pas invité dans le Grand Salon, mais dans une antichambre de la tristesse et de la gravité des situations, et que cela le pousserait à retrouver la raison. Lorsqu'il fut suffisamment près, et sans avoir jeté ne serait-ce qu'un coup d'œil en direction des murs, il me tendit la main, que je m'empressai de lui serrer. Il prononça quelques mots courtois de salutations, et je remarquai que, comme souvent lorsqu'il s'agit de tel-éribains, son haleine empestait le cannabis. Sans broncher, je lui fis signe de s'asseoir, et fis de même.[/justify]
  • « Dites-moi ce qui m'amène ici, M. Fusterhyde. »
[justify]Monsieur Messeich dans toute sa splendeur, décidément. Des salutations de circonstance, le voilà retombé dans le familiarisme, l'oubli de ma fonction... et surtout mon droit protocolaire d'engager la conversation. En temps normal, je l'aurais immédiatement congédié sous la colère bouillonnante en moi. Peut-être était-ce ce qu'il cherchait à faire. Mais en ce jour, je ne pouvais plus repousser les discussions, et je devais me montrer digne de mon statut de premier homme de Cyrénanie. Le temps des courbettes et des sourires hypocrites est fini, au moins pour cette entrevue. Si Jomi veut partir ainsi, nous verrons qui peut être le plus familier.[/justify]
  • « Voyez-vous, Jomi, votre achat au Wapong n'a pas été très discret, et tout le monde en parle. Vous devez bien savoir que je ne peux vous laisser continuer ainsi. »
    « Dites-moi tout, Abraham, ne vous retenez pas, répondit-il calmement, un sourire naissant à la commissure de ses lèvres. »
    « Nous sommes tous deux d'accord pour dire que je ne peux rien contre votre action aux yeux de la loi. Vous avez vos droits en tant que chef d'entreprise, et le Messeich Group fait les achats qu'il veut, tant que c'est avec son argent. »
    « Nous sommes bien d'accord. » Son sourire était à présent trop présent pour être ignoré.
    « Cessez de sourire, Jomi. Il n'est nul moment pour rire. (Son sourire se meurt doucement, je reprends.) Ce que vous avez fait, surtout en faisant cette proposition publiquement pour aider la Varlovie, est un problème pour la Cyrénanie, et je prends cela très au sérieux. Fini de jouer. (Je me lève, me place derrière ma chaise, prenant ma voix la plus autoritaire, voyant son visage reprendre lentement son inexpressivité initiale.) Vous avez eu vos blindés, vous avez payé cher pour cela, je ne vous les ferai pas retirer. Mais si vous voulez jouer à dépenser votre argent et celui de votre entreprise, au risque de déséquilibrer l'économie cyrénan -- et tel-éribaine --, faites-le sans embringuer les autres dans vos affaires, foutredieu ! (Il s'enfonce silencieusement dans son fauteuil, mon énervement semble porter ses fruits.) Vous êtes un bon homme d'affaires, admettons. Vous êtes d'une grande aide à ce pays, certes. Mais vous n'avez pas été élu pour vous porter responsable des 250 millions de personnes qui habitent dans ce foutu pays, alors laissez-faire ceux qui se portent ensuite responsables pour vos conneries, jarnicoton ! Un peu de raison, cornegidouille ! Vous n'êtes pas seul. Foutre ! Vous allez faire ce que je vous dis, maintenant, sinon vous le regretterez amèrement, vous et toutes vos entreprises sur ce fichu sol. »
[justify]Le PDG hésita un instant. Il était sûrement balancé entre son amour propre et l'amour de sa fortune et de sa réussite. Puis il reprit la parole, d'un ton obséquieux et un brin timide.[/justify]
  • « Je suis votre humble serviteur, Monsieur le Président. Dites-moi ce que vous attendez de moi. »
    « Revendez au moins la moitié de vos petites emplettes wapongaises à la Schenkennie, pour conserver le statu quo. Quelles que soient leurs conditions. Et si cela doit se faire de manière secrète, trouvez un moyen pour que ça se sache auprès de la presse. Je veux des articles de presse à ce sujet, et un communiqué qui expliquera une fois la chose sue que vous n'avez pas souhaité aller à l'encontre de la volonté de votre gouvernement. Nous sommes neutres, vertudieu ! Et vous allez respecter la consigne comme tout le monde. On n'avantage aucun des belligérants. Faites vos affaires, mais n'allez pas éclabousser de votre déraison le gouvernement fédéral, ou votre entreprise fera faillite et vous finirez pendu, saperlotte ! (Après un instant de silence pendant lesquels je ferme les yeux et respire abondamment, je reprends, semblant calmé.) Pardonnez-moi, je me suis emporté. Quoiqu'il en soit, faites ce que je vous dis. Oh, et ne protégez pas trop vos blindés, on pourrait en avoir besoin autre part. Vous pouvez disposer, je vous remercie, Monsieur Messeich. »
[justify]Dans un silence gênant, il se lève à l'aide de sa canne, remet son pardessus après avoir corrigé son costume trois pièces, me serre la main et se dirige vers la sortie, me tournant le dos, sans un mot. Au moins a-t-il eu l'air de comprendre. Reste à savoir s'il obéira.[/justify]
Iskupitel

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[center][img]http://img15.hostingpics.net/pics/485759MarlboroughHouseGardens1PhotoCreditTimScottatFluidImages.jpg[/img]
Lynnsbury Mansion, Siège de l'Organisation Internationale de l'Adélophonie[/center]
  • 32 mars 2030
[justify]J'ai aujourd'hui été reçu formellement par Heydar Attar, le Ministre des Affaires Étrangères et de l'Adélophonie. En tant que Secrétaire d'État à l'Adélophonie, M. Attar est mon supérieur hiérarchique direct, ce qui m'emplit de respect et d'honneur depuis maintenant plus d'un an : quelques mois avant ma nomination en tant que Secrétaire Général de l'OIA, et quelques mois depuis le passage du flambeau à Louise. En arrivant dans le vaste bureau richement décoré et agencé du Ministre fédéral, je remarquai, sur une table basse à gauche de l'entrée, un exemplaire du Info Shawiricia de la veille, qui contenait un excellent [url=http://www.simpolitique.com/post286094.html#p286094]article[/url] sur les doutes soulevés par la candidate démobloquiste Evelyn Bernavidez quant à l'OIA. Après avoir salué formellement mon supérieur et fait mon rapport hebdomadaire sur l'activité de l'OIA, de ses États membres, de l'administration cyrénane en lien avec l'organisation ainsi que transmis les volontés pratiques et techniques émises par la Secrétaire Générale en tant que responsable des employés du Secrétariat Général, Heydar, d'un geste, me fit signe de m'installer dans un des fauteuils proches de la table basse sur lequel se trouvait le quotidien shawiricois. Il me rejoint rapidement, et, de son éternel air las, ramena les pans de son veston sur son ventre, ajusta sa cravate et se recoiffa avant de se tourner vers moi, un doigt pointé vers le journal.[/justify]
  • « Avez-vous entendu parler de cet article, Grayson ? »
    « Oui, Monsieur. Je ne pense pas que Madame Bernavidez ait tort, l'article en question est assez flou. Même lors du Sommet au Saint-James, Linh, la représentante mayongaise, avait soulevé des réticences justifiées. J'avais proposé une première modification, qui éludait le principe d'“entièreté” de la population, mais cela a finalement été conservé. »
    « Oh, les autres participants s'y sont opposés ? »
    « Non, Monsieur. C'est une coquille. »
    « Une coquille ? »
Ses yeux las et mi-clos s'étaient soudainement ouverts, et sa voix s'était faite moins inaudible à l'évocation de l'erreur. Légèrement rougissant, j'avouai avoir accepté une version du texte, lors de la signature finale, qui n'était pas la bonne.
  • « Impossible que cela se sache. Vous savez, Grayson, que pour de telles erreurs on coupe des têtes, dans d'autres pays ? »
    « Tout à fait, Monsieur. J'en suis confus, mais j'en prends responsabilité tout en affirmant que cette erreur a été contrebalancée par mon bilan très positif et le fait que les autres États fondateurs n'ont pas non plus remarqué la coquille. »
    « C'est bien pourquoi vous n'êtes pas déjà à la rue, Grayson. Enfin, maintenant que cela est fait, qu'il en soit ainsi. Partons sur le fait que cela est officiel et qu'il n'y a aucun souci de coquille. Oublions même ce mot, et revenons à cet article. Les doutes de Madame Bernavidez sont-ils justifiés ? »
    « Oui et non, Monsieur. Comme le présente bien le journaliste, la formulation de l'article est floue, et demande donc interprétation. Je suis toutefois personnellement persuadé que cet article est un objectif, puisqu'il n'établit aucune obligation de résultats, seulement une obligation de financement. Ce qui est confirmé par un article du premier chapitre, qui indique que l'OIA n'a pas pour objectif la péréclitation d'autres cultures, ce qui est exactement le cas qu'évoque Madame Bernavidez. »
    « Que pouvons-nous faire, alors ? Devons-nous lui assurer officiellement ce que vous venez de dire ? »
    « J'ose penser, Monsieur, que passer par l'OIA serait plus officiel et plus impactant. Les autres États membres et les futurs adhérents ne doivent pas pouvoir contester cela, pour éviter que le débat refasse surface sitôt notre déclaration oubliée. Il serait intéressant de saisir la CJA comme le demande Madame Bernavidez. »
    « Mais le gouvernement de Madame Barnes s'y refuse, Grayson. Bien que nous n'ayons pas de relations diplomatiques établies, la Shawiricie est notre alliée, tant idéologique que continentale et culturelle. »
    « Monsieur, la CJA peut être saisie par quiconque parmi les États membres, et peut s'exprimer de manière consultative, ce qui est prévu dans le traité l'instituant – qui, lui, ne contient pas de coquille de notre part, j'ai vérifié. Nous avons imaginé cette formation précisément pour ce genre de cas. Utiliser la CJA pour la première fois en en faisant un organe de précision juridique permettant d'amender le traité fondateur en prévision du futur et sur demande d'un ou plusieurs États membres, cela me semble la première action parfaite à relayer dans tous les médias pour montrer que l'OIA est une institution aux organes solides et aux États membres qui sont capables de s'entendre et d'écouter un organe commun qui est là pour les protéger et faciliter le dialogue. Ce serait une grande victoire. De plus, chaque année nous consacrons une part du budget de l'OIA au paiement des juges, des avocats et autres employés de justice, si nous les payons à rien faire autant supprimer la Cour. »
    « Certes. Mais n'avez-vous pas peur que la CJA ne vous donne pas raison ? »
    « J'ai appelé ce matin le juge cyrénan à la Cour, qui m'a assuré qu'il était du même avis que moi, et que la tendance auprès de ses collègues était similaire. Idem pour les deux Avocats qui nous représentent. »
    « Il y a aussi une histoire de Haut-Juge, est-ce que cela ne peut pas orienter le résultat ? »
    « Le Haut-Juge qui a été nommé en janvier est mayongais, il a le même avis que nous, et n'a que très peu de pouvoirs, pas de quoi orienter une décision – et encore heureux. Il faut simplement trouver un moyen de tourner la chose pour qu'elle rentre dans les exigences des textes de loi. Normalement, la Cour ne peut statuer que dans des litiges entre États, même en formation consultative. Il faut donc qu'il y ait un État membre qui saisisse la Cour en raison de la non application de l'article 2, chapitre III, au sein d'un autre État membre. »
    « Voilà qui est très peu flexible. J'en attendais davantage d'une organisation adélophone. »
    « Certes, Monsieur. Je pense que cette problématique poussera les États membres à réformer légèrement la Cour, pour qu'elle puisse servir d'interprète des Traités de l'OIA, et qu'elle puisse être saisie plus simplement et pour plus de choses. »
[justify]Fermant les yeux quelques instants, Heydar maintint le silence, avant de se redresser un peu, de saisir un flacon d'eau ainsi que deux verres, et de les servir, semblant réfléchir. Après avoir bu quelques petites gorgées, ses mains se croisèrent sur son ventre, et il reprit la parole.[/justify]
  • « Condamnons la Shawiricie. »
[justify]Manquant de m'étouffer, puisque je tentais de boire à mon tour, je posai mon verre, main un peu tremblante après la décharge d'adrénaline que mon corps avait sécrétée pour m'empêcher de remplir mes poumons de liquide, je regardai Heydar dans les yeux, l'autre main sur les lèvres, tentant d'éliminer les quelques gouttes d'eau ayant pu s'extirper de mon gosier.[/justify]
  • « Eh bien, Monsieur, cela serait possible, mais… pourquoi ? »
    « Vous disiez que l'on doit condamner quelqu'un, alors condamnons la Shawiricie. Enfin, attaquons-les de manière consultative pour savoir s'ils respectent ou non l'article 2, chapitre III, et la CJA précisera donc si l'article est permissif ou non en fonction de sa réponse. Ils sont concernés, cela aura plus d'impact que si l'on fat ça loin d'eux, et de toute façon c'est consultatif, cela ne les impactera en rien et ne fera que préciser quelque chose qui leur sera favorable en termes financiers. Certes, cela aidera sûrement plus les indigènes et leurs soutiens que ceux qui souhaitent les voir se fondre dans la population, mais les conséquences éventuelles me semblent raisonnables. Au besoin, nous nous entendrons avec Barnes pour lui indiquer que nous étions persuadés que la réponse serait toute autre, mais que nous n'avions aucun moyen de nous en assurer, puisqu'il me semble que la communication avec les Juges de la CJA est interdite. Cela fera évoluer votre petite organisation, Grayson, et cela clora le débat. Parfait. »
    « Bien, Monsieur, nous allons préparer un recours, en ce cas, mais… »
    « J'ai dit parfait, Grayson, si vos oreilles fonctionnent encore. Quand je dis parfait, c'est que c'est parfait. Nos secrétaires communiqueront pour les détails pratiques, mais sachez que j'espère que nous ferons cela au plus vite. “Il faut battre le fer tant qu'il est chaud !” disait l'autre. Bon, parfait. »
[justify]Se levant, il rejoignit son massif bureau en vois, et se plongea, debout, dans la lecture d'un quelconque document – qui ne lisait pas vraiment, puisqu'il n'avait pas ses lunettes, mais c'était sa façon de dire qu'il était occupé et que je devais donc partir. Je le saluai formellement, m'inclinant par respect, et sortis. Il me faut reconnaître que c'est un plan qui a ses plus et ses moins, mais qui reste très intéressant. Et puis les océaniens seront contents de voir qu'on ne leur a pas refilé une institution totalement inutile.[/justify]
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