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Posté : jeu. janv. 09, 2020 2:01 pm
par Viktor Troska
[bod]PUBLIC DÉCLARATION[/bod]
[center][img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/03/27/190327020125923582.png[/img]
Arm Gaelach Réabhlóideach - Branche Olgarienne, baptisée "Unité Combattante Révolutionnaire Oscar Mac Ailin"[/center]
[justify][quote]Camarades !
Les calomnies ne pourront jamais venir à bout de notre combat et de la légitimité de ce dernier. Contrairement à ce qui est constamment raconté par la propagande fasciste de l'Etat Ennissois, notre organisation n'a jamais perpétré le triple-attentat qui a coûté la vie à de nombreuses personnalités politiques ennissoises. L'on a essayé de rouler dans la boue notre organisation et la noblesse de son combat, en nous faisant passer pour des provocateurs, des anarchistes et des tueurs. Jamais l'AGR n'a pratiqué de telles choses et jamais elle n'a pratiqué un terrorisme aveugle aussi brutal et barbare. Il est évident que les faits démontrent clairement qu'il s'agit d'un coup monté et que les véritables coupables dirigent aujourd'hui notre pays, notre terre qui nous a vu naître. Nous avons pris comme serment la défense de l'idéal républicain, celui de la jouissance collective de notre terre natale et l'instauration d'une république socialiste libre. C'est ainsi que l'IRA s'est constitué et que son premier programme stipulait : L'avènement d'une république socialiste libre pour les fils et les filles d'Ennis. Aujourd'hui, nous voyons très bien ce qui reste de l'IRA, un petit groupe prêt à entrer en collusion avec l'antithèse de ce qui a toujours été l'identité de notre mouvement. Neachtan Mac Síomóin peut s'égosiller comme il le souhaite, il n'est rien de plus qu'une carpette sur laquelle le régime de Lúi Ó Móráin est entrain de s'essuyer les pieds. Nous espérons que cette petite vipère aura la mort qu'il mérite et que ses nouveaux maîtres auront la décence de le faire disparaître proprement. La Léigiún na Saoirse a toujours été un ennemi mortel du combat pour l'émancipation de la classe ouvrière ennissoise et le démontre une fois de plus. Il n'y aura aucune trêve, aucune discussion et aucune compassion quand l'heure viendra de régler les comptes aux traîtres au républicanisme ennissois ainsi qu'au socialisme. Tout le monde peut très clairement voir qu'il ne reste qu'une seule organisation qui continue de se battre pour un noble idéal, qui n'a jamais opté pour la trahison et la compromission avec un quelconque gouvernement. Il s'agit de l'AGR et de ses combattants et combattantes, toujours disposés à verser leur sang dans une lutte à mort contre nos ennemis de l'intérieur, comme de l'extérieur. Camarades ! Fils et filles d'Ennis ! Patriotes ! Nous vous lançons cet appel, un appel à rejoindre nos rangs et à nous battre pour que notre idéal de justice, de progrès et d'une république socialiste libre puisse voir le jour, s'affirmer et s’épanouir. Le régime fasciste de Lúi Ó Móráin ne repose que sur du sable, derrière la force brute il n'y a que l'inconsistance et la médiocrité. Notre combat est juste ! Nous punirons les traîtres, les lâches, les opportunistes et les fascistes en temps et en heure. Comme nous, vous êtes animé par cette volonté que la justice triomphe, que notre patrie puisse à nouveau être libre. Rejoignez nos rangs, rejoignez l'armée des fils et filles d'Ennis libre ! Ensemble, nous construirons l'Ennis de demain et nous châtierons les traîtres comme il se doit. Vous êtes nombreux et nombreuses à réclamer la justice, à savoir ce qui s'est réellement produit lors de ces odieux attentats mais vous savez que tout cela est illusoire car ce gouvernement fasciste n'en a rien à faire de votre avis... Camarades ! Levons haut nos couleurs, réaffirmons que nos principes continueront de nous guider jusqu'à la victoire totale. Nous n'avons qu'un seul guide, la classe ouvrière ! Nous n'avons qu'un seul but, l'établissement de la république socialiste libre d'Ennis ! Nous vous tendons les bras et sommes prêt à vous accueillir et à faire de vous les combattants et combattantes de demain, car demain nous appartient.
BEIDH ÁR LÁ LINN !
NOUS COMBATTRONS JUSQU’À LA VICTOIRE !
VIVE LE SOCIALISME ![/justify]
Posté : ven. janv. 10, 2020 4:58 pm
par Viktor Troska
[justify][bod]SIDE BY SIDE ?[/bod]
[center][img]https://i.imgur.com/cCn6Daa.png[/img][/center]
Les nuits étaient fraîches en cette fin de janvier, pour qui parcouraient les rues des banlieues de Cewell. La psychose d'un énième attentat commençait doucement à s'estomper et les patrouilles de la WFRA se faisaient moins nombreuses, remplacés le plus souvent par des miliciens de quartier, cigarette en bouche et béret rouge vissé sur la tête. Freeside était un quartier malfamé et à la réputation douteuse avant la révolution : Haut lieu du crime organisé, l'argent, la drogue et la prostitution gangrenait littéralement cette partie de la capitale. La révolution avait nettoyé ce quartier populaire, mettant un terme aux malversations et le rendant à nouveau sûr pour celles et ceux qui y vivaient. Au milieu de ces rues faiblement éclairé, un homme marchait d'un pas nonchalant. Sans doute que les miliciens postés au coin de la rue ne l'avaient pas reconnu, mais il s'agissait de Douglas Reed. Ce dernier cherchait une adresse particulière, scrutant les numéros des différents immeubles qui défilaient. Il sortit de sa poche un petit papier et s'arrêta un court instant, histoire de voir si son chemin était le bon. Il se plante devant l'immeuble qui lui faisait face et rangea par la suite son papier dans sa poche, l'air satisfait. En pénétrant dans l'immeuble, il se dirigea naturellement vers l'ascenseur : Hors de question de monter dix étages à pied. Malheureusement pour lui, l'ascenseur ne fonctionnait pas. Une petit écriteau renversé était retourné sur le sol et en se penchant pour le ramasser, Reed vit simplement écrit dessus qu'il était indiqué que l'ascenseur était hors service. Grommelant quelques injures, il dû prendre la décision de montrer les escaliers qui devait le mener à sa destination. C'est un Reed épuisé qui arriva enfin au dixième étage, peinant à retrouver sa respiration. Peut-être une raison de plus de faire du sport... Ayant repris un peu du poil de la bête, il alla frapper au numéro huit. En l'espace d'un instant, la porte s'ouvrit et la personne qui venait de lui ouvrir s'était déjà volatilisé. Remontant légèrement son col, Reed entra donc dans l'appartement et referma la porte derrière lui. Il fit quelques pas dans le petit couloir et se racla ensuite la gorge, comme pour signaler sa présence.
AUDREY GRANT | « M'emmerde pas Douglas, tu veux pas non plus une petite cloche pour t'annoncer ? Fais comme chez toi ! »
Reed ne put s'empêcher de rire. Ce trait de caractère typique et ce franc-parler ne pouvait être que celui de Audrey Grant. Celle qui venait de renoncer à son poste de Secrétaire Genéral du Westrait Communist Party venait de refaire son apparition, nouant ses cheveux avant de tendre sa main vers Reed. Ce dernier feignit de tendre également sa main, avant que les deux compères ne se prennent dans les bras en signe de camaraderie. La scène valait son pesant d'or : Grant et son mètre soixante-deux face à Reed et son mètre quatre-vingt douze. Un symbole, une opposition, une complicité, une camaraderie sincère malgré des tumultes. Cela représentait la réalité de la relation qu'il y avait entre eux.
DOUGLAS REED | « Camarade Grant, tu en oublierais presque les formalités ! »
AUDREY GRANT | « Pas de ça ici, tu sais parfaitement que nous n'avons pas besoin de tout cet apparat et que nous pouvons nous parler franchement. J'allais me faire un thé, est-ce que tu en veux ? »
DOUGLAS REED | « Un cadeau de nos camarades d'Ölan, je présume ? Volontiers dans ce cas »
L'appartement dans lequel vivait Audrey Grant était ridiculement... petit pour la personnalité qu'elle était. Un F3 qui pourrait la faire passer pour une étudiante à la Dev Masood. La cuisine paraissait encore plus petite avec la présence de Douglas Reed.
DOUGLAS REED | « C'est une galère pour monter jusque chez toi. Depuis combien de temps l'ascenseur est en panne ? »
AUDREY GRANT | « Oh, ça ? Je ne compte plus les jours. Le gars pour le réparer devrait venir demain normalement. Du moins, c'est qu'il dit depuis environ deux semaines. »
DOUGLAS REED | « Personne ne dit rien ? »
AUDREY GRANT | « Ah si, ah si. Tout le monde en a marre, mais rien n'avance. Du coup tout le monde se lasse et fini par s'y habituer en rouspétant un peu. »
DOUGLAS REED | « Le conseil ne fait rien ? C'est pas possible ! »
AUDREY GRANT | « Ce qui est bien avec le socialisme Douglas, c'est que l'on peut imaginer l'impossible et le réaliser. Mais réussir à accomplir les petites choses du quotidien demandent un effort surhumain. Il finira par venir et le type se fera lyncher, je peux te le dire. Mais passons, tu n'as pas fais tout ce chemin pour me parler de mon ascenseur, non ? »
Grant commença à servir le thé dans deux petites tasses, avant de faire signer à Reed de la suivre vers son salon. Un endroit assez spartiate, avec quelques chaises et un bureau qui était celui où elle travaillait.
DOUGLAS REED | « Tu n'as jamais pensé à déménager d'ici ? »
AUDREY GRANT | « Pour aller où ? Avoir une belle maison individuelle, un mari et un chien ? Quelle vie de merde ! »
Reed s'esclaffa à ses paroles et se tapa la cuisse, secouant la tête en ne sachant pas si il devait approuver ou être en désaccord avec ce qui venait d'être dit.
DOUGLAS REED | « Bien, j'irai droit au but : Je vais être nommé Secrétaire Général du Comité Central des Commissaires du Peuple. »
Cette nouvelle ne sembla pas perturber Audrey Grant.
AUDREY GRANT | « Un sucre avec ton thé, ou pas ? »
DOUGLAS REED | « Oh, t'as écouté ce que je t'ai dis ou pas ? Oui, deux sucres s'il te plait. »
AUDREY GRANT | « Bwaaaah, l'autre il met du sucre dans son thé noir. N'importe quoi. Et tu veux être Secrétaire Général du CCCP ? C'te blague ! »
Une nouvelle fois, Reed ne put s'empêcher de rire.
DOUGLAS REED | « T'as toujours le mot pour rire toi, tu ne changeras jamais. »
AUDREY GRANT | « Alors, le vieux Blackwell a décidé de faire appel à toi pour son prochain gouvernement ? Choix judicieux si tu veux mon avis. Trinquons à ta nomination, Camarade Reed ! »
DOUGLAS REED | « Audrey, soyons sérieux deux minutes. Si je suis venu ici, c'est pour te demander si tu... »
Grant l'interrompit sèchement, avant de prendre une gorgée de son thé.
AUDREY GRANT | « La réponse est non. »
DOUGLAS REED | « Tu ne sais même pas ce que je vais te demander ! »
AUDREY GRANT | « Ma réponse reste la même, c'est non. Je ne participerai pas à ton prochain gouvernement, même si tu me nommes First Deputy. »
DOUGLAS REED | « Il n'y a pas moyen de négocier ? »
AUDREY GRANT | « Non, mon choix est déjà fait. Je ne vais pas rester au Westrait dans les prochains temps de toute manière Douglas. J'ai besoin de voir le monde, de rencontrer les camarades internationaux. Je n'ai aucune envie d'être astreinte pour le moment à un poste quelconque. Mais je te remercie d'avoir pensé à moi. »
DOUGLAS REED | « Tu veux partir toi aussi, comme Roger ? »
AUDREY GRANT | « Roger s'est établit définitivement au Thorval. Moi, je reviendrai au Westrait. Ne t'inquiète pas va, tu t'en sortiras très bien. Tu auras tout le soutien de la part des camarades du Parti, tu verras. »
DOUGLAS REED | « Il n'y a aucun moyen de te faire changer d'avis ? Si tu souhaites tellement voyager, devient Commissaire du Peuple aux Affaires Etrangères ! C'est largement faisable... »
AUDREY GRANT | « Je ne prendrai pas la place légitime de la Camarade Franks, qui fait un excellent travail. Douglas, je ne souhaite pas répondre favorablement à ta demande. Est-ce que tu peux respecter mon souhait, s'il te plait ? »
DOUGLAS REED | « D'accord, d'accord. »
Un léger silence s'installa, pendant qu'ils burent leur thé. Un ange passa, puis deux, puis trois...
DOUGLAS REED | « Tu es l'âme de notre révolution Audrey. »
AUDREY GRANT | « Commence pas avec ces conneries Douglas, s'il te plait. »
DOUGLAS REED | « Laisse-moi finir, s'il te plait camarade. Tu sais très bien que c'est vrai. Tu es respectée, tu es écoutée par un grand nombre de personnes depuis le début de la révolution, depuis que tu t'es fais connaître durant la guerre civile révolutionnaire. Tu as toujours été une cadre importante. Nous avons été opposé par le passé, peut-être le sommes nous encore aujourd'hui sur certains points. J'ai demandé mon chemin en sortant du métro à une vieille qui rentrait chez elle, quand j'ai prononcé ton nom et prénom, son visage s'est illuminé. Tu comptes pour énormément de personnes, car elles te soutiennent et se reconnaissent en toi. Tu n'as pas le droit de partir alors que notre révolution est actuellement en danger. Pas toi, pas maintenant. »
La dirigeante communiste se contenta de finir son thé et de poser sa tasse à côté d'elle, sans rien dire au début.
AUDREY GRANT | « Tiens, tu prends le métro pour venir maintenant ? T'es vraiment un sale populiste Douglas ! »
Reed se mit à rire une nouvelle fois. Elle était incorrigible se disait-il et il n'y avait pas grand chose à faire pour lui faire changer d'avis.
DOUGLAS REED | « J'aurai essayé ! »
AUDREY GRANT | « L'important, c'est d'y croire. Allez, fais pas la tronche va ! »
DOUGLAS REED | « Tu m'exaspères par moment, tu sais... »
Grant se leva et débarrassa les deux tasses, avant de se saisir de sa veste.
AUDREY GRANT | « C'est bientôt l'heure de la réunion du conseil du quartier. Tu veux venir ? »
DOUGLAS REED | « Et ça c'est pas populiste peut-être, hein ? »
AUDREY GRANT | « Raaah, arrêtes donc tout le monde sait que t'aime te faire mousser. Allez, j'suis sûr que ça fera plaisir à pas mal de monde de voir Douglas Reed comme guest star de leur conseil de quartier. Freeside va avoir la côte ! »
DOUGLAS REED | « Ne change rien camarade, surtout ne change rien... »
Reed avait échoué. Peut-être qu'au fond, il savait qu'il échouerait mais qu'il fallait tenter le coup. Grant n'avait pas réagit à sa tirade, mais il était évident que cela l'avait réellement touché. L'estime commune que ce portaient ces deux "figures" de la révolution westréenne n'était pas quantifiable, mais elle était avant tout réel. Un jour peut-être, les "deux géants" finiront par gouverner ensemble, un jour peut-être...[/justify]
Posté : mar. janv. 14, 2020 2:58 pm
par Viktor Troska
[bod]THE ALLIANCE (II)[/bod]
[center][img]https://i.imgur.com/m1nTuyu.png[/img][/center]
[justify]Il y a souvent dans des plans bien huilés, des petits couacs qui ne sont pas prévus. L'attentat déjoué par la SIB devant le Congrès des Députés du Peuple était une épine devenant soudainement un sujet gênant. Certainement pas pour le gouvernement ni pour ses forces de sécurité, qui voyaient enfin la lumière au bout du tunnel : Le sympathisant de la WFAC allait parler, enfin ils tenaient un homme sain, bien entraîné et équipé. Cependant, ce n'était pas la stratégie qu'avait imaginé James O'Donnell. Concrètement ? Les Westrean Fighting Anarchist Cells n'ont jamais été autre chose qu'un leurre utilisé par divers groupes réorganisés de la LoD pour à nouveau agir sur le terrain. La SIB pouvait bien arrêter des mecs dans des squats, des sympathisants ou des allumés qui disaient être membre des WFAC. Ils le pouvaient, car cette organisation n'existait que comme écran de fumée, comme prête-nom pour d'autres activités. Tout semblait voler en éclat pour O'Donnell et ses partisans. Quelqu'un avait décidé de les court-circuiter. Le gouvernement ? Impossible, ce dernier ne prendrait pas autant de risque puisqu'il est encore persuadé que les WFAC existent et qu'ils sont responsable de tout cela. Une organisation étrangère ou même un Etat était donc directement responsable, pour cette opération sous faux drapeau. La situation était ubuesque : Les WFAC qui n'existaient que par un tour de magie orchestré par O'Donnell et Wiggins, se retrouvaient soudainement à exister suite à une entremise de la part d'une puissance étrangère. Il fallait très vite faire le ménage et oublier cette histoire, car elle pouvait devenir incontrôlable. Pour la première fois depuis longtemps, O'Donnell avait peur. La SIB pouvait débarquer ici et l'arrêter si son nom venait à fuiter. Il avait décidé que sa maison serait couverte par une garde personnelle lourdement armée, sorte de garde d'honneur qu'il payait grassement pour leurs services. Là, il restait debout et méditait sur ce qui allait advenir. Avait-il était trahi ? Quelqu'un savait pour son implication ? La fatigue se ressentait sur les traits de son visage. Il regardait par la fenêtre, de temps à autre. Rien pour le moment.
JAMES O'DONNELL | « Putain c'est pas vrai... C'est pas vrai, c'est pas vrai, c'est pas vrai. Des mois de préparations, une logistique bien organisée, tout était parfait. On allait tous les faire sauter ! Le gros porc de Reed, le papy Blackwell et tout le reste. On était à ça de les avoir, à ça... Putain... Putain... PUTAIN ! »
Dans un excès de colère, il se saisit d'un vase qui traînait dans le salon et le laça violemment contre le mur avant de se saisir de tout ce qui traînait et de faire de même avec. Personne n'osait intervenir dans ce cas là. Ces deux proches partenaires, Eddie Lamb et Jonathan Clarke se contentait de regarder cela de loin, suant à grosses gouttes. Ils parlaient à voix basse à quelques pièces de là.
EDDIE LAMB | « Je l'ai rarement vu comme ça. On est mal, vraiment très mal. Wiggins a fait de la merde si tu veux mon avis. »
JONATHAN CLARKE | « Moi qui pensait qu'il s'agissait d'un mec en qui on pouvait faire confiance. Vous lui avez ciré les pompes pendant des mois, vous en avez presque fait un symbole, une entité suprême. Vous êtes déçu maintenant, hein ? »
EDDIE LAMB | « Oh ferme ta gueule Jonathan, commence pas à faire des leçons maintenant que tout part en eau de boudin. On pouvait pas prévoir ce qui allait se passer, c'est tout. »
JONATHAN CLARKE | « Oui oui, toujours des excuses... Tiens je crois qu'il se calme... On devrait peut-être allez voir. »
Alors qu'il fait un pas en avant, il se fait arrêter par Eddie qui lui barra la route avec son bras en lui faisant un signe négatif de la tête. Puis, il lui fit un autre signe pour qu'il regarder la suite. Tandis que O'Donnell venait littéralement de ruiner son salon, il était à bout de souffle. Personne à part quelques proches ne le savaient, mais il souffrait d'une maladie cardiaque. Après avoir été un ouragan, il se calmait généralement. Sa femme alors apparaissait pour le faire s'asseoir et tenter de le rassurer. Rachel O'Donnell était marié à James depuis une trentaine d'années. Derrière ses airs de femme aimante, c'est elle qui avait donné son ambition à son mari et compagnon d'alors, qui ne se voyait pas faire une telle carrière politique sans son soutien. Dans ses moments de rage, seule elle était capable de pouvoir le calmer. Elle le fit alors s'asseoir et lui apporta un grand verre d'eau. James O'Donnell était livide et prostré. Sa femme lui parlait pour tenter de lui remonter le moral.
RACHEL O'DONNELL | « James, il faut que tu te calmes. Tu sais bien que toute cette excitation n'est pas bon pour ton cœur. Je sais que tu es fâché et tu as raison d'être en colère. Mais s'il te plait, essaye de te restreindre à l'avenir. D'accord ? »
O'Donnell se contenta de hocher la tête positivement, tandis qu'il ingurgitait son verre d'eau.
JAMES O'DONNELL | « C'est bon Rachel ça va aller. Oui, je te le promets. Je nettoierai plus tard. Oui ne t'inquiète pas, ne t'inquiète pas. Je vais mieux, je vais mieux. Je vais juste m'asseoir un peu. »
Bien qu'elle semblait inquiète, sa femme ne dit pas un mot de plus. Elle repartit comme elle était venue et lança un regard noir à Eddie et Clarke toujours en embuscade dans le couloir. Ces deux derniers baissèrent juste les yeux et ne dirent rien, préférant faire profil bas.
JONATHAN CLARKE | « Bah tiens, maintenant ça va être de notre faute. On peut pas juste se tirer d'ici ? »
EDDIE LAMB | « Tu m'énerves. Faudrait que tu l'ouvres moins ta grande gueule. Maintenant profil bas et suis-moi, on va voir comment il va. »
En entrant dans le salon, les deux hommes se dirigèrent vers le fauteuil où était installé O'Donnell. Ce dernier semblait à nouveau pensif et semblait ignorer totalement la présence des deux individus autour de lui, entrain de lui parler. Soudainement, il bondit hors de son fauteuil à l'étonnement des deux spectateurs de la scène. Il marcha d'un pas lent à nouveau vers la fenêtre, écartant les rideaux et parlant à haute voix.
[center][img]https://i.imgur.com/n5HrgV4.jpg[/img]
JAMES O'DONNELL
"Homme de l'ombre" du Republican Party et sa véritable tête pensante[/center]
JAMES O'DONNELL | « J'en ai marre. Que des incapables, des abrutis et des pourris. Je dois penser à tout et à la fin je me fais baiser comme si j'étais la cruche du lycée. Marre, marre, marre. Tas d'incapables. Les enfoirés, les cloportes, les parasites... LES FILS DE PUTE ! »
Puis il fit volte-face, comme si rien ne s'était passé, comme si il passait de son monde à un autre et s'exprima assez clairement pour les deux hommes qui étaient avec lui dans la pièce.
JAMES O'DONNELL | « Je veux savoir qui a fait ça. Que ce soit Ennis et ses farfadets, le Caeturia de mes couilles, la Valdaquie et ses romanos de merde ou même Hiérosolyme... Démerdez-vous, mais trouvez moi les responsables de cette connerie. »
EDDIE LAMB | « Cela fait du monde quand même. Peut-être que nous aurions dû chercher des partenaires internationaux, plutôt que de tout vouloir faire nous même. »
JONATHAN CLARKE | « Eddie a raison, nous aurions peut-être dû... »
JAMES O'DONNELL | « Depuis quand vous émettez un avis ? J'vous paye pas pour penser, mais pour agir. Si j'avais envie d'avoir votre avis, je vous le demanderai sur le dernier match de baseball ou la dernière meuf mineure que vous vous êtes tiré comme les porcs que vous êtes. Mais c'est pas ce que je vous demande. Trouvez moi qui a fait ça, je m'en fiche de votre manière de faire. »
EDDIE LAMB | « Et si il n'y avait aucune implication internationale ? »
JAMES O'DONNELL | « Mais t'es complètement con Eddie, ma parole. On a un gars qui a un véhicule flambant neuf, qui a changé d’immatriculation et qui est un génie en explosif. Je rappel que le plus haut fait d'arme des WFAC avant de disparaître avant la guerre civile, c'était d'avoir lancé une bombe à clous dans le Sénat. Puis merde, ils existent pas ces types, c'est nous qui les avons crée ! »
JONATHAN CLARKE | « D'accord, mais qu'est-ce qui nous dit qu'il n'y a vraiment pas de véritables sympathisants de la WFAC qui sont persuadés que l'organisation existe bel et bien tout en étant d'accord avec sa ligne d'action ? Je veux dire, des anars pétés il y en a eu et il y en aura toujours. Je pense que cela peut nous servir. »
O'Donnell lança un regard sévère vers Clarke, lui faisant comprendre qu'il pouvait continuer même si son ton l'agaçait.
JONATHAN CLARKE | « Ce que j'essaye de dire, c'est que les gauchistes ont mordus. Si ça se trouve, certains sont déjà entrain de former de nouvelles cellules et cherchent à joindre la cellule originelle, c'est à dire nous ! On peut toujours les aiguiller et les envoyer au casse-pipe. Qu'est-ce qu'on a à perdre ? »
JAMES O'DONNELL | « Tu vois quand tu veux, t'es pas totalement con. Moi ça me plait. Qu'est-ce que tu en penses Eddie ? »
EDDIE LAMB | « Tout pareil mais en mieux. »
JAMES O'DONNELL | « On ne va quand même pas prendre de risques. Faîtes tout disparaître, c'est plus sûr. Si jamais on nous soupçonne, on aura qu'à balancer Wiggins. »
EDDIE LAMB | « Mais il va nous buter ! »
JAMES O'DONNELL | « Stop. On est pas dans un film de gangster là, ni sur un jeu de simulation politique. On sait même pas où il est, si ça se trouve ils l'ont peut-être déjà choppé. Si ça se trouve, le mec est déjà entrain de nous balancer. On ne laisse rien au hasard, cramez tout et gardez juste les dossiers compromettants sur ce petit enculé. »
O'Donnell jouait un jeu dangereux, mais il n'avait de toute façon aucune autre solution. C'était quitte ou double. Il n'allait pas sauter et ruiner tout ce qu'il a bâti simplement pour un jeu de poker. De plus, son réseau d'influence était assez grand et peu soupçonnaient les contacts qu'il pouvait avoir dans certains milieux qui pourraient lui paraître totalement étranger. O'Donnell était peut-être un salopard et une ordure, mais il savait où il allait. Dans cette course, il espérait seulement que Wiggins ne le distançait pas...[/justify]
Posté : ven. janv. 24, 2020 3:50 pm
par Viktor Troska
[bod]DO YOU REMEMBER ME CITIZEN ?[/bod]
[center][img]https://i.imgur.com/pLf56Lq.png[/img][/center]
[justify]L'histoire marche souvent à rebours. Elle se répète le plus souvent deux fois, d'abord comme une tragédie et ensuite comme une farce. Mais cette farce avait pour Fearghus un goût amer. Personne n'aurait parié à commencer par lui-même qu'il se retrouverait une fois de plus au Westrait, un pays dans lequel il n'aurait plus à remettre les pieds même pour voir la partie olgarienne de sa famille. Pourtant, les événements qui se sont produit à Ennis ont joué contre lui et contre sa propre détermination à soutenir le pouvoir fort qui s'était établi dans le pays. Il avait chanté les louanges de Lúi Ó Móráin, voyant en lui un rempart efficace contre la subversion communiste qui semblait prendre partout. L'Amiral était pour lui un bouclier sur lequel on pouvait compter. Mais Fearghus restait au fond de lui un conservateur classique, qui n'éprouvait pas une franche sympathie pour des militaires au pouvoir. La figure de l'Amiral lui plaisait, mais pas celui qui tentait de faire de la politique.
Avocat exerçant depuis peu, il avait été sur la brèche durant toute la période qui a suivi le "Coup d'état de Noël" jusqu'à ce que la GLF ("Agence Centrale de Renseignement") s'intéresse à son cas. Il fut rapidement inquiété pour son obsession à défendre n'importe quel client qui le lui demandait. On le soupçonnait d'ailleurs de travailler pour l'étranger, une hantise ancrée encore aujourd'hui profondément chez bon nombre d'ennissois. Après plusieurs intimidations, Fearghus avait compris le signal. Il ne voulait pas finir en prison, la martyrologie ne lui disait pas grand chose. Restait à s'enfuir, mais où ? Il suivi alors le flot des familles ennissoises qui s'en allèrent, s'éparpillant dans les pays de la CND. Les plus téméraires décidèrent de franchir le cap et de rejoindre la plus grande communauté ennissoise existante outre-mer, celle se trouvant au Westrait. Après un bref séjour en Valdaquie, Fearghus dû se résoudre à embarquer à destination de Cewell et renouer les ponts avec sa famille. Il ressentait ça comme une punition voir une humiliation, tout en se sentant trahi par un régime et sa figure d'autorité qu'il approuvait sincèrement par le passé.
Son arrivée au Westrait ne fut pas des plus simple. Il n'était pas le seul à vouloir entrer dans le pays et demander un droit de séjour, jusqu'à la naturalisation complète et effective. Si d'autres le faisaient par instinct de survie, Fearghus le faisait de manière totalement hypocrite. Son opinion sur le Westrait n'avait pas changé d'un iota depuis sa visite ici et son mépris était toujours autant intact pour cet espèce de sous-humanité grouillante et grossière. Il fut cependant étonné de voir qu'après un rapide examen de son dossier, sa naturalisation se fit assez rapidement et sans à avoir à remplir des tonnes et des tonnes de papiers. Il partit donc naturellement retrouver sa famille, cette branche olgarienne qu'il n'aimait pas particulièrement par le passé mais qui était pour ainsi dire sa seule famille restante.
Son oncle lui demanda d'ailleurs quelle était exactement la situation à Ennis et si la propre famille de Fearghus se portait bien, car plus aucune nouvelle n'arrivait à filtrer. Il ne sut quoi exactement répondre, tachant avant tout de rassurer autant que possible son oncle. Lui-même au fond ne savait pas exactement ce qui s'était passé depuis son départ. L'acclimatation fut assez rude pour Fearghus durant les premières semaines, son quotidien et ses habitudes changèrent de tout au tout. Il restait méfiant et n'adressait quasiment jamais la parole à quiconque dans la rue. Dans sa tête, la chanson de Marty Robbins "Ain't I Right" semblait se jouer continuellement. Cette chanson avait été écrite au Westrait, en pleine hystérie anticommuniste au moment de l'affaire Styngal-Robertson, une hystérie un peu semblable à celle que connaissait Ennis. Ses pas étaient donc rythmés par les paroles de la chanson "So Communistic boots will never trod ; Across the fields of freedom that were given to us ; With the blessing of our great almighty God" et il se sentait comme investi d'un devoir sacrée de ne pas tomber sous le joug de la propagande communiste, en terre communiste.
Très rapidement, il décide de s'investir politiquement et il poussa les portes du Republican Party. Il avait hésité à rejoindre l'UPP (United Progressive Party) mais il pensait justement que cette organisation était bien trop "progressiste" pour lui et ses valeurs. Rejoindre le Westrait National People's Party semblait être hors de question pour lui, il s'agissait d'une pâle copie du parti présidentiel chez lui à Ennis. Le Republican Party lui semblait être une très bonne chose, surtout son aile la plus conservatrice. D'ailleurs, le Republican Party comptait beaucoup sur la communauté ennissoise pour renforcer ses rangs et étendre son influence. Depuis peu, le soutien de la communauté ennissoise et plus particulièrement des ennisso-westréens devenait une priorité absolue. Bien que loin de chez lui, Fearghus pouvait au moins se consoler en se disant qu'il pouvait fréquenter des personnes qui n'avaient pas la tête et les idées totalement broyés par la propagande communiste. Deux choses pourtant faisaient réfléchir l'ennissois : La première, c'est que des changements rapides se produisaient dans le pays en terme d'infrastructure et même au niveau de la qualité de vie. De nouvelles structures sortaient de terre et d'une manière assez générale, il semblait surpris par l'esprit bon enfant qui régnait dans le pays. L'image d'un régime féroce et inhumain lui semblait quelque peu exagéré, mais si il se persuadait que les choses pourraient être mieux si les bonnes personnes (C'est à dire les conservateurs) pouvaient diriger ce pays.
La deuxième et Fearghus n'en avait parlé à personne, portait sur son désir de revoir quelqu'un en particulier. Cette personne en particulier, c'était bien évidemment Marie. Elle l'avait prise en stop lors de son voyage de retour en bateau et cette jeune femme libre, forte et indépendante d'esprit n'avait jamais réellement quitté les pensées de l'ennissois. Il se mit donc en quête de la retrouver, avec le peu d'information dont il disposait. Il commença ses recherches en s'adressant aux différentes branches des Teamsters, mais il ne put recevoir aucune information concrète. Il décida alors de fréquenter les petits restaurants routiers en demandant si quelqu'un connaissait une Marie. Un jour, un homme qui sifflait quelques bières lui demanda une description de cette Marie. Fearghus lui en donna une selon ses souvenirs et l'homme, membre des Teamsters bien entendu, lui fit comprendre qu'il n'arrivait jamais à la trouver comme il semblait le faire. Il écrivit sur un morceau de papier une adresse et fit savoir à Fearghus que si il voulait voir Marie, il n'avait qu'à se rendre à cette adresse précise dans deux jours. Le 1195 Road Street était l'adresse des locaux des Teamsters à Paimenton, dans l'Etat de Fadlair. Le jour convenu et en début de soirée, il se rendit à l'adresse. L'homme avec qui il avait échangé ne semblait pas lui avoir menti, du moins sur la fréquentation du lieu. Il lui fallait maintenant trouver Marie. D'un pas naturel, il marcha jusqu'à l'entrée du bâtiment mais son chemin fut barré par deux personnes gardant la personne, fusil en bandoulière. Fearghus fut surpris, mais n'osa rien dire. L'un d'eux l'interpella.
GARDE #1 | « Salut camarade, est-ce qu'on peut t'aider ? »
FEARGHUS O GILLAIN | « Oui. Je suis à la recherche d'une amie, elle s'appelle Marie. On m'a dit qu'elle se trouvait ici. »
GARDE #1 | « C'est bien possible camarade, mais je ne peux pas te laisser rentrer comme ça. Il faut que tu me montres ta carte des Teamsters, s'il te plait. »
L'ennissois semblait quelque peu décontenancé et fit un geste négatif de la tête.
FEARGHUS O GILLAIN | « Je... Je n'en ai pas... »
GARDE #1 | « T'entends ça Gary ? C'est pas croyable. Bonhomme, si tu veux rentrer dans un meeting syndical, faut que tu sois au moins membre du syndicat, voir sympathisant Tu dis chercher quelqu'un, je ne demande qu'à te croire. Fais moi voir tes papiers. »
FEARGHUS O GILLAIN | « Vous n'avez pas le droit, vous n'êtes pas assermenté pour me demander mes papiers d'identité ! Je connais mes droits ! »
GARDE #1 | « Relax bonhomme, relax. Si tu veux rentrer là dedans, faut bien que tu me montres un papier quelconque. Sinon, tu peux toujours faire marche arrière. Je ne me répéterai pas deux fois. »
Fearghus sentait qu'il n'était pas de taille à lutter. Finir avec des balles dans la peau, tué par de la racaille syndicaliste... Non merci. Il tendit alors sa carte d'identité provisoire.
GARDE #1 | « Ah bah tu vas pas le croire Gary, encore un ennissois ! Décidément, on sera bientôt plus chez nous si ça continue comme ça... »
Les deux hommes lâchèrent un rire gras, avant que le garde ne rende sa carte d'identité à Fearghus en lui mettant une tape sur l'épaule.
GARDE #1 | « Allez, on rigole bonhomme ! Tout m'a l'air en règle, tu m'as l'air un peu perdu mais sympathique. Demande à Patrick quand tu rentres, il te dira si il sait où se trouve Marie. Allez, bonne bourre ! »
Ils éclatèrent de nouveau de rire, sous le regard circonspect de Fearghus. Comment ces demeurés pouvaient représenter la "quintessence du prolétariat organisé" ? Rangeant ses papiers, il remercia d'un geste de la main les deux gardes et pénétra dans le bâtiment. A l'entrée, il demanda si il y avait un Patrick ici. Ce dernier lui fit un signe de la tête et de désigna comme cette personne. L'ennissois lui demanda alors si il savait où était Marie. Sans dire un mot et en lui faisant un geste de la main, il l'invita à le suivre. Arrivé dans la salle principale qui était noire de monde, l'homme désigna dans un coin de la salle un groupe compact assis sur plusieurs tables. Plissant les yeux, Fearghus parvint en quelques instants à reconnaître Marie. Il remercia le dénommé Patrick et s'avança alors parmi la foule qui se trouvait là, qui applaudissait et de temps à autre, criait sa joie. La foule était compacte et Fearghus de taille moyenne, n'arrivait qu'à avancer. Il s'arrêta donc, perdu dans la foule. Il voyait seulement que de l'autre côté de cette salle immense, se dressait un podium et un orateur était entrain d'haranguer l'ensemble des teamsters qui se trouvaient là.
[center][img]https://i.imgur.com/AoHgziu.png[/img][/center]
Fearghus n'avait assisté qu'à très peu de meetings politiques et encore moins un meeting syndical et révolutionnaire. "Stranger in a strange land", pensait l'ennissois au milieu de tout ce "beau monde". Il entendait à peine ce qui se disait, le vacarme était pour lui assourdissant. De temps à autre, il essayait de jeter un coup d’œil à la table où se trouvait Marie. Cette dernière était adossée contre le mur, les deux pieds de sa chaise relevé et elle se basculait lentement en arrière. Elle éclatait de rire au moment où Fearghus la regardait et sans trop savoir pourquoi, il ressentit comme une pointe de jalousie de ne pas pouvoir profiter de ce rire. Les sentiments qu'il éprouvait pour Marie semblait contradictoire et il ne savait pas trop quoi penser de tout cela. Quand il détournait son regard, c'était pour se recentrer sur la personne qui parlait à la tribune, d'une voix forte et tonitruante. Il devait sans doute s'agir d'une petite star locale pour le syndicat, ou alors d'une figure importante mais l'ennissois n'en avait absolument aucune idée. Ce qu'il ressentait, c'est qu'une certaine harmonie existait entrain l'orateur et l'ensemble des syndiqués présent. Un lien fort et unique.
JOHNNY KOVAK | « [...] je vais vous dire camarades, qu'on ne peut pas simplement gagner en acceptant de se prendre des coups. Nous avons gagné et nous continuerons de gagner tant que nous serons capable de pouvoir rendre les coups. C'est en avançant ensemble, en avançant dans l'unité de l'ensemble de la classe ouvrière dont nous sommes l'avant-garde, que nous continuerons à faire avancer la révolution. NOUS SOMMES QUOI ? »
La foule hurla "TEAMSTERS ! TEAMSTERS ! TEAMSTERS !"
JOHNNY KOVAK | « C'est un grand honneur pour moi d'accepter d'être en charge de la Federation of Inter-State Truckers, au sein de notre puissante organisation. N'oubliez jamais camarades, que notre symbole est un poing, celui de notre force collective et celui de la défense de la classe ouvrière. [Novak brandit alors son poing en avant] NOUS SOMMES QUI ? »
La foule répondit "FIST ! FIST ! FIST ! FIST ! FIST !"
JOHNNY KOVAK | « NOUS SOMMES QUOI ? »
"TEAMSTERS ! TEAMSTERS ! TEAMSTERS !"
JOHNNY KOVAK | « NOUS SOMMES QUI ? »
"FIST ! FIST ! FIST ! FIST ! FIST !"
JOHNNY KOVAK | « Merci camarades ! »
Sous les applaudissements, Johnny Kovak descendit de la tribune pour serrer des mains. L'Internationale retentit ensuite, chanté en cœur dans toute la salle. Décidément, sale soirée en pour Fearghus qui essayait par tous les moyens de s'extraire de là, pour ne pas supporter une telle cacophonie à ses douces oreilles. C'était assez, le discours syndical redondant et maintenant l'Internationale, après quoi ? On allait l'obliger à signer ? Il força comme il le pouvait le passage, essayant d'avancer vers l'endroit où se trouvait Marie. Quel ne fut pas sa déception au moment où, s'extrayant de la masse, il s'aperçut qu'elle n'était déjà plus là. "C'est pas vrai !" s'exclama l'ennissois, qui n'avait plus qu'à refaire le chemin inverse pour sortir. Si il avait regardé plus attentivement, il se serait rendu compte qu'une porte était accessible au fond, mais il avait l'esprit trop occupé pour s'en apercevoir. Quelques minutes plus tard, le revoilà de nouveau dehors. Il reprit péniblement son souffle et commença à bouger dans toutes les directions pour savoir où Marie s'en était allée. Un signe du destin ! Non loin de là, un troupeau de routiers s'empressaient d'entrer dans un petit café-restaurant typique du pays. Il traversa la rue et arriva rapidement devant la café-restaurant, tirant la porte et s'engouffrant à l'intérieur. L'ambiance était radicalement différente à vrai dire et cela n'était pas pour déplaire Fearghus qui était entrain de remettre son col en place. Il regarda autour de lui et aperçu Marie, seule à une table entrain de s'allumer une cigarette. D'un pas rapidement, Fearghus prit son courage à deux mains et fonça littéralement dans la direction de Marie, avant de se planter juste devant elle. Cette dernière leva d'abord les yeux vers lui sans trop faire attention à lui, puis reporta quelques instants plus tard ses yeux sur lui, avec un air interrogateur. Fearghus se mit à sourire, tandis que Marie ouvrit légèrement la bouche un peu surprise, déposant sa cigarette.
MARIE CARSON | « Mais je te reconnais toi, je t'ai déjà vu quelque part. Je suis sûr que je te reconnais ! »
FEARGHUS O GILLAIN | « Désolé Marie, mais c'est moi qui te reconnais. Je t’ai vu le premier... »
MARIE CARSON | « Tiens c'est marrant, c'est toi qui fais les blagues maintenant. Je t'ai connu plus... farouche disons. Ne suis-je donc pas une infâme communiste, comment tu disais déjà ? "Une foutue trimarde dont le pays ressemble au Makengo" ? »
FEARGHUS O GILLAIN | « Oh tu sais, on peut tous dire des âneries par moment. »
MARIE CARSON | « Allez viens t'asseoir, j'veux savoir ce que tu viens foutre ici. »
A suivre...[/justify]
Posté : jeu. janv. 30, 2020 2:39 pm
par Viktor Troska
[justify][bod]CIVIL WAR STORIES (III)[/bod]
[center][img]https://i.imgur.com/CgV1D3C.png[/img][/center]
La fondation de la Republican Liberation Army durant les premiers jours de l'année 2032 allait marquer un tournant important dans le déroulement de la guerre civile révolutionnaire. Cette fondation avait été précaire et ne survint que deux longues années après le commencement de la guerre civile. Cela peut s'expliquer de plusieurs façons. Premièrement, une part significative des structures et des officiers de l'armée nationale avaient rejoint massivement le camp de la contre-révolution. Une toute petite poignée d'officiers avaient décidés de se joindre au combat mené par le Gouvernement Provisoire de la République. Deuxièmement, les syndicats et les principales forces politiques révolutionnaires ou opposé au gouvernement militaire refusaient le principe d'une armée de métier, lui préférant une armée de milice ou de structure similaire. Cela provoqua de nombreuses défaites et seul l'enthousiasme ne pouvait remplacer la discipline et l'organisation militaire pour atteindre la victoire. Troisièmement, il existait plusieurs structures de commandements qui le plus souvent ne voulaient pas coopérer ensemble ou alors avec défiance. Le Gouvernement Provisoire de la République peinait à réunir sous un commandement unique les multiples forces qui combattaient ensemble mais aucunement avec une stratégie commune. Au final, la création de la Republican Liberation Army ne fut au tout début soutenu que par les militaires ayant rejoint la révolution, le Gouvernement Provisoire de la République et les partis l'entourant, mais également principalement le Westrait Communist Party, dont de nombreux cadres et combattants structurèrent l'organisation militaire, arrachant par exemple le principe de mise en place des commissaires politiques et le rétablissements des grades.
Les premiers engagements de la Republican Liberation Army permirent à cette dernière de démontrer qu'elle était nécessaire pour triompher des militaires, mais également qu'elle permettait un meilleur encadrement et une bien meilleure formation pour les officiers, comme pour les soldats. De nombreuses personnes affluèrent en tant que volontaire pour rejoindre les rangs de la RLA. Ce fut le cas notamment de Veronika Schechter, qui s'engagea au mois de mars 2032. Tout semblait encore assez rudimentaire, mais durant leurs semaines d'entraînements les recrues recevraient l'instruction nécessaire et pourraient partir sur le front assez rapidement. Le principal problème qui se posait à la RLA était de trouver et de former un nouveau corps d'officiers et également de sous-officiers, qui manquaient cruellement. C'est en puisant dans cette masse de volontaires que sortiraient sans doute du rang les futurs cadres dont auraient besoin la RLA. L’enthousiasme des volontaires se brisait le plus souvent sur la rudesse de l'entraînement imposé et par les structures pesantes qui commençaient à se mettre en place. Il n'était pas rare de voir des actes de désobéissance, voir même un certain mépris pour bon nombres d'officiers qui semblaient vouloir "courber" l'euphorie du moment. En effet, bon nombre de volontaires ne cherchaient qu'à être au plus vite envoyés sur le front, plutôt qu'à faire des exercices au maniement des armes ou apprendre à marcher en rang. Cela ne fut pas le cas pour Veronika qui s'adapta rapidement à cette nouvelle discipline et montra de nombreuses aptitudes au combat, principalement au tir. Rien ne le prédestinait pourtant à être aussi vite repérée et transférée au Camp Golf, où elle allait avec d'autres femmes entièrement entraînée par des sous-officiers exclusivement féminins. C'était la première fois dans l'histoire militaire westréenne que cela se produisait.
Le 27 Février 2033, moins d'une année après son incorporation officielle, Veronika Schechter fut promue sergent et intégra le 3ème Peloton, Compagnie Echo, au 2ème Bataillon du 5ème Régiment d'Infanterie. L'intégration de femmes à des postes de sous-officiers n'étaient pas particulièrement apprécié par de nombreux officiers qui voyaient cela bien plus comme un coup politique que la recherche d'une réelle efficacité militaire. Pourtant, de nombreuses femmes comme Veronika avaient largement prouvé qu'elles avaient de réelles capacités et qu'il ne s'agissait pas que d'une simple faveur qui leur était offerte. Les premiers jours furent particulièrement compliqués pour le sergent Schechter, ne serait-ce que l'acclimatation à son nouveau rôle et le dédain qu'exprimaient ouvertement d'autres sous-officiers à son égard. Le chemin semblait encore long pour qu'un minimum d'égalité et de considération puisse être accordé. Beaucoup pensaient que lors des premiers affrontements sur le terrain, leurs homologues féminins craqueraient rapidement et elles démontreraient par là qu'il s'agissait d'une vaste supercherie qu'il faudrait très vite oublier, qu'il n'y a pas besoin de "quotas" pour mener une guerre, mais d'hommes avec une réelle expérience en combat. Tout cela trottait dans la tête de Veronika au moment où elle mettait son uniforme, avant de se rendre à une convocation de la part de son chef de peloton, le Lieutenant Roland Levin. Le bureau de ce dernier ressemblait à un vrai capharnaüm, sans doute parce qu'il le partageait avec d'autres officiers. Roland Levin était un homme d'une quarantaine d'années, de taille moyenne et mince. C'était un homme respecté par ses hommes et par sa hiérarchie, faisant son devoir sans rechigner. Il était de ceux qui traitaient avec beaucoup de respect Veronika et le reste des femmes de la compagnie. Cette dernière arriva à son bureau où la porte était constamment ouverte et frappa pour s'annoncer.
VERONIKA SCHECHTER | « Sergent Schechter mon Lieutenant. Vous vouliez me voir ? »
ROLAND LEVIN | « Ah oui Sergent, entrez donc je vous en prie et installez-vous. Juste le temps de finir de remplir ces papiers et je suis à vous. En attendant dîtes moi, pas trop lourdes à porter ? [Il fit un geste de sa main vers ses propres insignes de Lieutenant, avant de lever ses yeux vers Veronika] »
VERONIKA SCHECHTER | « On finit par s'y habituer mon Lieutenant, même si j'ai encore pas mal de choses à apprendre. Mais rien d'insurmontable je suppose. »
ROLAND LEVIN | « Vous avez le bon état d'esprit Sergent Schechter, c'est très bien. Si vous avez le moindre problème, surtout n'hésitez pas à m'en faire part et nous verrons ce que nous pourrons faire. »
VERONIKA SCHECHTER | « Reçu cinq sur cinq mon Lieutenant. »
Levin referma le dossier qu'il avait ouvert sur son bureau et retira ses lunettes.
ROLAND LEVIN | « Puis-je vous poser une question que l'on peut qualifier de personnelle, Sergent ? »
VERONIKA SCHECHTER | « Je vous écoute. »
ROLAND LEVIN | « J'ai lu votre dossier et il est très bon. Je veux dire, vous avez obtenu d'excellents résultats au tir et vous avez eu de très bonnes appréciations générales de la part de vos formateurs. Mais ce n'est pas de ça que je souhaite parler. J'ai vu également que vous avez fait des études, vous êtes allez à l'Université. Dites moi, pourquoi l'infanterie ? Vous semblez avoir de connaissances solides, vous auriez très bien pu intégrer la nouvelle administration républicaine qui est entrain de se créer dans les zones libérées, mais ce n'est pas le cas, pourquoi ? »
VERONIKA SCHECHTER | « Je me suis portée volontaire pour servir la révolution et la république mon Lieutenant, tout simplement. »
ROLAND LEVIN | « Non, pas ce bullshit avec moi Sergent Schechter. Vous êtes bien plus intelligente que ça. »
Veronika semblait hésiter à répondre, baissant légèrement la tête. Elle jouait à entremêler ses doigts comme pour faire passer la pression de cette question, qui semblait la mettre mal à l'aise. Elle décida cependant de prendre son courage à deux mains.
VERONIKA SCHECHTER | « Je n'avais pas envie de retourner chez moi mon Lieutenant, voilà tout. Je ne voulais pas particulièrement recroiser cette fille, cette fille qui... »
Elle semblait avoir honte de dévoiler une telle chose, redoutant par la même occasion la réaction de Levin. Ce dernier se contenta de passer ses mains derrière sa tête et de s'étirer sur sa chaise légèrement en arrière, l'air pensif.
ROLAND LEVIN | « Vous savez Sergent, vous n'êtes pas la première et vous ne serez certainement pas la dernière à entrer dans l'armée pour oublier une peine de cœur si cela peut vous rassurer. »
Cette réponse surprit Veronika, qui s'attendait à plus de condescendance de la part de son supérieur.
VERONIKA SCHECHTER | « Vous avez sans doute raison mon Lieutenant. »
ROLAND LEVIN | « Sortons si vous le voulez bien Sergent, j'ai besoin de me dégourdir les jambes après cette matinée assis sur ce foutu bureau. »
Levin se leva et Veronika lui emboîta le pas. Une fois à l'extérieur, ils marchèrent jusqu'à une limite du camp où s'étendaient des champs à perte de vue. Levin marchait en tête, Veronika le suivait juste derrière sur sa droite, légèrement en retrait.
ROLAND LEVIN | « D'où venez-vous Schechter ? »
VERONIKA SCHECHTER | « Une petite ville du nom de Fort-Clark dans l'Etat de Rosefield. »
ROLAND LEVIN | « Non je voulais dire, d'où vient votre famille ? »
Veronika hésita une fois de plus à répondre, ne sachant pas où il voulait en venir.
ROLAND LEVIN | « Je vais vous donner un coup de main Sergent. Sprechen Sie Töttern ? »
La jeune femme fit un signe positif de la tête, laissant un sourire s'esquisser sur son visage.
ROLAND LEVIN | « Je me disais aussi que Schechter, ça sonnait comme une famille yiddishe de cordonniers dans le shtetl. Vous me direz que Levin... Votre famille est venue ici il y a longtemps ? »
VERONIKA SCHECHTER | « Au courant du XIXème, au moment des pogroms et de la flambée de l'antisémitisme qui a touché le centre et l'est-dytolien. Et vous, Lieutenant ? »
ROLAND LEVIN | « Peu de temps après la fin de la grande guerre. Ma famille n'a jamais réellement crue à l'établissement du Yiddishstaat. En tant que communistes, ils considéraient que le Bund et les autres organisations yiddishes étaient des "sionistes contrariés". Toute ma famille a d'ailleurs été membre du Parti depuis notre arrivée ici. »
VERONIKA SCHECHTER | « Vous également ? »
ROLAND LEVIN | « C'est une longue histoire, nous aurons sans doute l'occasion d'en discuter une autre fois Sergent. J'aimerai que vous alliez sur le pas de tir, vos officiers veulent vous parler à vous et à l'ensemble de la compagnie. Je dois malheureusement m'absenter, je suis requis ailleurs. Rompez ! »
Ils se saluèrent mutuellement avant de prendre congé. Le pas de tir n'était pas loin, mais il ne s'agissait pas de flâner non plus. En arrivant non loin de sa destination, Veronika vit que la plupart des membres de la compagnie étaient déjà rassemblés. Elle accéléra le pas et arriva quasiment en courant sur la fin. Les autres sous-officiers la regardèrent arriver avec une certaine désinvolture, certains s'esclaffant de manière bien audible. En face d'elle, se tenait le Major Hayden Patel et le commissaire politique qui lui était adjoint, du nom de Tucker Malone. Elle les salua tout en reprenant son souffle et prit place avec le reste des sous-officiers.
HAYDEN PATEL | « Bien, maintenant que le Sergent Schechter nous fait la bonté de sa présence parmi nous, nous allons pouvoir commencer. Messieurs... [Il lança son regard avec Veronika avant de le poser sur l'ensemble de la compagnie] Bienvenue dans notre nouvelle armée ! »
TUCKER MALONE | « Dire qu'on a failli attendre. Terminé le fatras fait de bric et de broc, on va enfin pouvoir commencer à bosser sérieusement ! »
Tucker Malone était petit, trapu et portait une longue moustache. Il avait "une gueule" comme on peut le dire et arborait malgré tout une certaine gouaille. A côté du Major Patel, il faisait forte impression dans son manteau de cuir noir, spécificité vestimentaire des commissaires politiques de la RLA. Son intervention ne déstabilisa cependant aucunement le Major Patel.
HAYDEN PATEL | « Merci au camarade commissaire pour cette remarque vitale et nécessaire dans mon développement. [Il arbora un léger sourire en tournant la tête vers Malone, qui le fixa en faisant un sourire forcé] Ceci étant dit, vous avez été réuni parce que nous venons de recevoir du nouveau matériel. Fini les vieilles pétoires et les armes d'un autre temps, nous avons enfin de quoi vous équiper convenablement. [Plusieurs hommes emmenèrent une caisse d'armes, l'ouvrirent et tendirent un fusil au Major Patel] Sergent Schechter ! Venez donc nous faire une démonstration de votre capacité de tir. »
VERONIKA SCHECHTER | « Major oui Major ! »
Veronika sortit des rangs et se saisit du fusil que lui tendait le Major Patel. Il était un poil plus lourd que ce qu'elle pensait, mais il lui faisait bon impression. Elle alla prendre position sur le pas de tir, attendant d'ouvrir le feu.
HAYDEN PATEL | « Soldats, vous avez devant vous le dernier modèle du Henderson - MacDonald 22, que l'on appel communément le H-M 22. C'est une arme fiable, disposant d'un magasin de vingt de balles et qui vous offrira une bonne cadence de tir. Sergent ! Approvisionné et chargé votre arme. Tirez sur mon ordre. »
Veronika décrocha son chargeur et s'empara d'un de ceux qui trônaient sur la petite table à côté d'elle. Au moment de s'assurer que l'arme était fonctionnel, elle entendit un petit clic. Il semblait qu'elle n'avait pas armé correctement son arme et un peu dépité elle se dépêcha de refaire tout avec exactitude. Derrière elle, des rires moqueurs et des messes basses commençaient à se faire entendre.
HAYDEN PATEL | « Félicitation Sergent Schechter, vous venez de montrer à toute la compagnie comment mal chargé son H-M 22. »
La jeune femme décida de tout reprendre depuis le début. Jusqu'ici, elle n'avait entre les mains que des vieux modèles de fusils à culasse mobile et autres pétoires qui dataient d'un autre temps. Une fois qu'elle reprit ses esprits, elle chargea correctement son arme et se tenait prête à faire feu sur la cible en face d'elle.
HAYDEN PATEL | « Bien, bien ! Finalement, charger cette arme est à la portée de tout le monde, même d'une femme. [Rires dans l'assistance] Procédez Sergent, tirez quelques balles sur la cible. »
Calant l'arme contre son épaule et fermant son œil, Veronika inspira longuement avant d'expirer lentement, fixant la cible devant elle. Elle tira quelques cartouches qui allèrent se loger dans la cible à environ 200 à 300 mètres d'elle. Sur les six tirs qui étaient partis, les six venaient de faire mouche et de viser la tête. D'abord surpris par tant de dextérité, l'assistance resta silencieuse avant d'applaudir et de laisser éclater sa joie notamment en sifflant.
HAYDEN PATEL | « C'est bon, c'est bon calmez-vous bande de macaques, vous n'avez jamais vu quelqu'un réussir ses tirs de votre vie ? C'est vraiment excellent Sergent Schechter, on ne mentait donc pas à votre propos de vos aptitudes au tir. On fera quelque chose de vous. Posez votre arme et rejoignez les rangs. »
Alors que la jeune femme s’exécutait, l'attention de la compagnie fut attirée par un convoi de plusieurs camions qui venaient brusquement d'entrer dans le camp. Dans le camion de tête, se trouvait le Colonel Ann Riley qui se trouvait être l'officier à la tête du 5ème Régiment d'Infanterie. Elle était la seule femme à posséder un tel grade au sein de la RLA et sa réputation au combat ainsi que son sens tactique lui avait valut le surnom de "Hammer" Riley. Lorsqu'elle descendit du camion, l'ensemble de la compagnie était au garde à vous. Elle semblait grommeler quelque chose à voix basse en s'approchant des officiers supérieurs, quelque chose à propos de tout ce cérémonial bourgeois débile.
ANN RILEY | « Repos camarades, repos ! »
Ann Riley était connue et immensément respecté, son avancement ne venait pas de rien. C'était également une grande gueule qui aboyait souvent, une femme d'une trentaine d'années aux cheveux blonds et de grande taille, qui avait immédiatement impressionné Veronika lorsqu'elle l'aperçut. Les mains sur les hanches, elle regarda les membres de la compagnie qui lui faisait face, tandis que Patel et Malone se trouvait dans son dos.
HAYDEN PATEL | « C'est une surprise de vous voir ici, Colonel Riley. Vous n'étiez prévu que demain dans la fin d'après-midi. J'étais entrain de montrer aux soldats notre nouveau matériel. »
ANN RILEY | « Je débarque un peu à l'improviste sur l'horaire et le jour fixé, mais la réunion avec l'Etat-Major s'est terminée plus tôt que nous le pensions. Alors, comment ça se présente avec les nouvelles recrues et nos jeunes sous-officiers ? »
HAYDEN PATEL | « Très bien mon Colonel. Ils sont quasiment opérationnel et prêt à servir pour la République ! »
ANN RILEY | « Arrêtez ces conneries avec moi Patel, vous savez que ça m'en touche une sans faire bouger l'autre. Gardez ce discours pour la presse, pour les officiels du gouvernement ou pour faire plaisir au commissaire politique. N'est-ce pas camarade Malone ? Une putain de journée pour mourir pour la République et la révolution démocratique, non ? »
Le commissaire politique se contenta d'acquiescer d'un hochement de tête, sachant pertinemment que s'engager dans une joute verbale avec "Hammer" Riley était hors de portée surtout devant la troupe.
TUCKER MALONE | « Je ne l'aurai pas mieux formulé, Colonel Riley. »
ANN RILEY | « Trêves de clowneries. Soldats, vous allez bientôt être redéployés pour participer à une offensive dans le sud, contre plusieurs nœuds de communications entre les mains des forces militaires. Ce que je vous demande ainsi qu'à mes officiers, c'est de vous battre et de faire mordre la poussière à ces salopards. Je me fiche de savoir comment vous le faîtes. On ne gagne pas une guerre en se parant d'honneur et d'autres pitreries fascistes tout juste bonnes à finir dans les poubelles de l'histoire. Si nous devons attaquer à 500 contre 1, nous le ferons. Donc foutez leur une raclée à ceux d'en face, c'est comme ça qu'on gagne une guerre. C'est compris ? »
L'ensemble de la compagnie répondit en chœur "OUI MON COLONEL !"
ANN RILEY | « Une dernière chose. Dans mon régiment tout le monde se bat et personne ne se tire. Le premier qui se casse et qui sème la panique, il se fait descendre. Croyez pas que le commissaire Malone soit là simplement parce qu'il a un chouette manteau et une belle moustache, il fait pas partie du décor. Il a toute la latitude nécessaire pour faire ce qu'il a à faire. Et croyez-moi ce qu'il fait, il le fait très bien. Des questions ? »
Silence.
ANN RILEY | « Parfait. Dans ce cas, préparez-vous à être opérationnel ce matin à deux heures, zéro zéro. Ce sera tout, je vous laisse avec votre lieutenant qui a encore beaucoup de choses à vous enseigner avec ce nouvel armement. [Avant de partir, elle se retourna et pointa du doigt Veronika] Sergent ? Qu'elle est votre nom ? »
VERONIKA SCHECHTER | « [Elle fit un pas en avant] Sergent Veronika Schechter mon Colonel, prête à servir ! »
ANN RILEY | « C'était réellement d'excellents tirs Sergent Schechter. Continuez comme ça et vous aurez non seulement de l'avancement, mais peut-être des médailles. »
VERONIKA SCHECHTER | « Merci mon Colonel ! C'est un plaisir de servir dans la Republican Liberation Army et sous vos ordres mon Colonel ! [Elle fit un pas en arrière pour rentrer dans le rang] »
ANN RILEY | « N'en faîtes pas trop quand même ma petite, ça va commencer à se voir. »
Le Colonel adressa un rapide salut à la compagnie et ses officiers, avant de rembarquer dans le camion qui l'avait déposé. Un an et demi plus tard, le 19 Juillet 2034, le Colonel "Hammer" Riley allait tomber au champ d'honneur lors de la bataille de Cotton Ridge, refusant de se rendre après que son quartier général de fortune ait été encerclé et prit par ses ennemis. Elle préféra se faire sauter à la grenade plutôt que d'être capturer vivante. Veronika Schechter de son côté, brilla par ses capacités d'initiatives et termina la guerre civile révolutionnaire avec le grade de major. Elle est encore aujourd'hui dans le service actif au sein de la WFRA et a été déployée il y a peu avec la Compagnie Echo - qu'elle dirige désormais - en Ölan, afin de parfaire l'entraînement des forces armées de ce pays frère.
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