[center]LE CYCLE DES POLITICIENS
- Chapitre 1 : Les ruines de l’Ancien Monde -
[img]
https://i.ibb.co/WPBWVmP/rebecca-lilith-bathory-9f90405e-6c98-4a85-be5d-22102d59722-resize-750-1577303761-14906.jpg[/img][/center]
Les débris de bois grinçaient sous le poids des bottes des soldats. Un air humide se répandait dans ce qui avait été jadis le bureau du Président de la République. Désormais, ce lieu n’était qu’un espace dévasté, mis à sac et ruiné. Le bureau sur lequel tant de décrets avaient été signés était renversé et brisé en deux. A travers les fenêtres panoramiques, on pouvait voir les ruines du quartier présidentiel, détruit tant de fois dans le cadre de cette longue guerre civile. Le désastre était complet et la victoire obtenue en ce jour par les rebelles amère.
Youri Jansman se tenait à l’entrée du bureau, escortée par trois soldats à chaque flanc. Observant ce lieu si symbolique, il conclut.
« Décidemment, je m’étais imaginé ce moment nettement plus solennel. »
Il s’avance dans la chambre, regardant une sculpture dont la tête avait été détruite et le corps mitraillé. Certainement une déesse antique, quelque chose de bien trop kitsch pour les tropiques. Jansman continu.
« Je pense que l’expression régner sur tous les cendres gagne toute sa signification ici. »
Il se penche pour ramasser un livret à moitié cramé. Une copie de la constitution de la Commonalité.
« Voilà qui risque peu de nous servir. Doux l’âge où les guerres étaient celles entre politiciens se battant pour des articles sur un bout de papier. »
Il lâche le document, le laissant retomber sur le sol. Au contraire de ce que pensent les idéalistes, le pouvoir des serments et papiers avait la vilaine habitude de succomber à une balle de 9 millimètres.
Un autre homme entre en scène, la cinquantaine, aux traits négroïdes et dotée d’une barbe crépue cendrée. Mechiel Ahlers porte l’uniforme noire des Fils d’Adam, une des nombreuses factions militaro-religieuses du pays.
Une bonne guerre civile était un excellent puit de fanatisme, générant les énergies créatrices que seule la destruction la plus irrationnelle sait enfanter. C’est dans le chaos que nait la conviction d’un nouvel ordre ; dans le sang qu’émerge la Roue de la renaissance civilisationnelle. Une année de guerre enlève toutes les inhibitions, tous les tabous, tout ce qui gangrené un peuple pendant une trop longue période de temps.
« Deus vult » lance Ahlers. Dieu le veut, un cri de guerre qu’il prononce sans fureur, avec une voix ferme, mais qu’on penserait presque douce. Il avait cette capacité à ordonner des exécutions avec la même sérénité qu’un grand-père racontant une histoire à ses petits-enfants.
« Il aura décidemment beaucoup de travail de reconstruction à faire. » conclut le Bourreau de Goldstad, souriant en direction de Youri Jansman. Ce dernier se contente de répliquer.
« Je crains hélas que ce palais sera loin d’être une de nos premières priorités. Et à quoi bon vouloir s’attacher au passé ? Les ruines d’époques révolues ne nous intéressent pas. Les temples de demain ne peuvent que mal reposer sur les fondations sinueuses de constitutions idéalistes, mais incapables de subvenir aux contraintes de la nature humaine.
On a trop longtemps pensé que nous pouvions créer le Paradis sur Terre. En vérité, il convient aux dirigeants de prévenir l’Enfer, la lutte de tous contre tous. C’est ainsi que notre nature nous oblige à user de la force afin de prévenir le chaos naturel. »
Mechiel Ahlers hoche les épaules et répond à ces paroles.
« Je ne serais pas si pessimiste. Certes, ceux qui ont vécu ici étaient bien naïfs de croire que la liberté absolue rendrait l’homme heureux, mais l’Homme est un être perfectible. Il peut par une éducation sévère mais juste atteindre un stade d’élévation moral supérieur. Nous pouvons par une culture de la fermeté enchainer la Bête qui est en nous afin d’acquérir une nouvelle liberté, celle de ne pas être esclave de nos instincts et désirs. Toutefois, je crains que nos débats philosophiques n’aideront peu en cet instant précis. »
Il s’avance dans le bureau et proclame.
« Fouillons ce lieu, trouvons ce qui peut nous être utile et retournons au siège. Je pense que nous sommes tous d’accord sur le fait que le temps presse. Plus vite nous pourrons remonter un appareil gouvernemental opérationnel, plus vite nous pourrons commencer la reconstruction du pays. »
[RP PRINCIPAL] Le Cycle des Politiciens
-
Amaski
[center]LE CYCLE DES POLITICIENS
- Chapitre 2 : Aux armes malfrats! -
[img]https://i.ibb.co/CtSK9XQ/s9-9f44da11caa9b0beb627a5352ff5bc94jpg-1577487034-85814.jpg[/img][/center]
Les docks mutilés d’Houndstad avaient été désertés et laissés à l’abandon. Les quelques rares entrepôts du site n’ayant pas été victime de feu ou de bombardements avaient été saisis par le Gouvernement. La raison était simple : personne n’en voulait et presque tous les propriétaires originels avaient été soit tués soit avaient pris la fuite, quittant le pays avec leur fortune.
Comme tant de choses, les motivations de ceux qui étaient désormais au pouvoir étaient loin d’être noble. Même, on pourrait supposer à raison que des affaires fortes peu orthodoxes se déroulaient dans ces lieux. Cela était bien vrai.
Pendant la dernière phase de la Guerre civile, on y torturait et détenait des prisonniers de guerre. L’isolement des lieux jouait en faveur d’une base militaire secrète, ouvrant la voie à tous les vices et expérimentations. Toutefois, la Guerre finie, on avait relâché les prisonniers et fait disparaitre les traces des pires exactions. Il ne fallut que quelques heures pour retrouver une nouvelle fonction à ces lieux.
Fort ironiquement, la Guerre civile avait été particulièrement destructrice en termes d’armement. Quand on se bat pendant des années, on finit bien par épuiser la plupart des stocks d’armes modernes et de qualité. Hélas, gagner une guerre civile et gouverner un pays étaient des tâches très gourmandes en armement. Il fallait équiper non seulement ce qui allait devenir la nouvelle armée officielle, mais également instaurer une nouvelle police à l’échelle nationale. L’objectif officiel était bien évidemment d’offrir aux citoyens de la sécurité. Officieusement, il fallait bien trouver un moyen de traquer les rebelles et aussi les milieux criminels trop audacieux. On n’érige pas une dictature à coup de distribution de chocolat et de bisous.
Néanmoins, toute importation d’armes était hasardeuse. Beaucoup de pays étrangers restaient prudent et évitaient d’interagir avec la nouvelle junte. A quoi bon, finalement ? Ne pouvait pas une nouvelle guerre civile éclater dans deux mois ? Ne serait-on pas embêté avec le future nouveau pouvoir si on soutenait trop ouvertement ceux qui gouvernaient aujourd’hui ? Voilà les dilemmes diplomatiques auxquels bien de chefs d’Etat étaient confrontés. C’est pourquoi il était, à ce stade, bien plus facile de chercher à se passer des réseaux mondiaux classiques. Le travail diplomatique nécessaire ne valait pas l’effort, pas à ce stade.
Une des grandes qualités de l’hémisphère Sud était le fait que des contrebandes de toute sorte fleurissaient avec une étonnante facilité. Peut-être que le Tiers-Monde ne s’encombrait pas de l’administration officielle, car les élites dans ces pays étaient viles et corrompues, aussi indécent que ceux qu’on nommait mafieux. Quelle différence entre un président crapuleux et un bon chef de mafia ? Très peu sous ces tropiques.
C’est dans le très noble Royaume d’Oroverdie que la junte du Vryheid avait trouvé son bonheur. L’avantage d’être à la tête d’un appareil étatique, c’est qu’on avait moins de difficulté à attirer l’attention des milieux les moins recommandables de la société humaine. Il suffisait de faire savoir à travers les réseaux des bas-fonds que le Gouvernement du Vryheid cherchait à se procurer en toute discrétion des armes. A quel but ? Cela n’avait aucune importance. Dans le monde des tréfonds, seul le son des pièces trébuchantes comptait. Aucun mafieux demandait une confession avant de discuter affaire.
Ce qui aurait donc demandé des jours de négociation s’avérait d’être une facilité presque insultante. On envoyait un représentant en Oroverdie, armé d’un bon passeport diplomatique pour régler les derniers détails et également organiser le virement bancaire sur un compte offshore les sommes nécessaires à la conclusion de l’affaire. Tout était nettement plus simple quand on pouvait jouir d’une administration publique à son service. Un tampon par ici, une signature par-là, et vous pouviez transformer un simple malfrat en honnête diplomate. Un Gouvernement pouvait littéralement transformer en un tour de papier de l’argent sale comme du charbon en l’or le plus pur et immaculé.
Et c’est là que les entrepôts de Houndstad entraient en jeu, car c’est dans ces lieux misérables et attristants qu’on allait faire livrer les armes et les stocker, en attendant de les distribuer en fonction des besoins. Certes, c’étaient des armes obsolètes, mais elles feraient certainement l’affaire pour tenir le pays par la persuasion armée. Qui pourrait soupçonner ce lieu malfamé d’être au centre d’un trafic d’arme international au but d’assurer la pérennité d’un régime fort peu démocratique ?
- Chapitre 2 : Aux armes malfrats! -
[img]https://i.ibb.co/CtSK9XQ/s9-9f44da11caa9b0beb627a5352ff5bc94jpg-1577487034-85814.jpg[/img][/center]
Les docks mutilés d’Houndstad avaient été désertés et laissés à l’abandon. Les quelques rares entrepôts du site n’ayant pas été victime de feu ou de bombardements avaient été saisis par le Gouvernement. La raison était simple : personne n’en voulait et presque tous les propriétaires originels avaient été soit tués soit avaient pris la fuite, quittant le pays avec leur fortune.
Comme tant de choses, les motivations de ceux qui étaient désormais au pouvoir étaient loin d’être noble. Même, on pourrait supposer à raison que des affaires fortes peu orthodoxes se déroulaient dans ces lieux. Cela était bien vrai.
Pendant la dernière phase de la Guerre civile, on y torturait et détenait des prisonniers de guerre. L’isolement des lieux jouait en faveur d’une base militaire secrète, ouvrant la voie à tous les vices et expérimentations. Toutefois, la Guerre finie, on avait relâché les prisonniers et fait disparaitre les traces des pires exactions. Il ne fallut que quelques heures pour retrouver une nouvelle fonction à ces lieux.
Fort ironiquement, la Guerre civile avait été particulièrement destructrice en termes d’armement. Quand on se bat pendant des années, on finit bien par épuiser la plupart des stocks d’armes modernes et de qualité. Hélas, gagner une guerre civile et gouverner un pays étaient des tâches très gourmandes en armement. Il fallait équiper non seulement ce qui allait devenir la nouvelle armée officielle, mais également instaurer une nouvelle police à l’échelle nationale. L’objectif officiel était bien évidemment d’offrir aux citoyens de la sécurité. Officieusement, il fallait bien trouver un moyen de traquer les rebelles et aussi les milieux criminels trop audacieux. On n’érige pas une dictature à coup de distribution de chocolat et de bisous.
Néanmoins, toute importation d’armes était hasardeuse. Beaucoup de pays étrangers restaient prudent et évitaient d’interagir avec la nouvelle junte. A quoi bon, finalement ? Ne pouvait pas une nouvelle guerre civile éclater dans deux mois ? Ne serait-on pas embêté avec le future nouveau pouvoir si on soutenait trop ouvertement ceux qui gouvernaient aujourd’hui ? Voilà les dilemmes diplomatiques auxquels bien de chefs d’Etat étaient confrontés. C’est pourquoi il était, à ce stade, bien plus facile de chercher à se passer des réseaux mondiaux classiques. Le travail diplomatique nécessaire ne valait pas l’effort, pas à ce stade.
Une des grandes qualités de l’hémisphère Sud était le fait que des contrebandes de toute sorte fleurissaient avec une étonnante facilité. Peut-être que le Tiers-Monde ne s’encombrait pas de l’administration officielle, car les élites dans ces pays étaient viles et corrompues, aussi indécent que ceux qu’on nommait mafieux. Quelle différence entre un président crapuleux et un bon chef de mafia ? Très peu sous ces tropiques.
C’est dans le très noble Royaume d’Oroverdie que la junte du Vryheid avait trouvé son bonheur. L’avantage d’être à la tête d’un appareil étatique, c’est qu’on avait moins de difficulté à attirer l’attention des milieux les moins recommandables de la société humaine. Il suffisait de faire savoir à travers les réseaux des bas-fonds que le Gouvernement du Vryheid cherchait à se procurer en toute discrétion des armes. A quel but ? Cela n’avait aucune importance. Dans le monde des tréfonds, seul le son des pièces trébuchantes comptait. Aucun mafieux demandait une confession avant de discuter affaire.
Ce qui aurait donc demandé des jours de négociation s’avérait d’être une facilité presque insultante. On envoyait un représentant en Oroverdie, armé d’un bon passeport diplomatique pour régler les derniers détails et également organiser le virement bancaire sur un compte offshore les sommes nécessaires à la conclusion de l’affaire. Tout était nettement plus simple quand on pouvait jouir d’une administration publique à son service. Un tampon par ici, une signature par-là, et vous pouviez transformer un simple malfrat en honnête diplomate. Un Gouvernement pouvait littéralement transformer en un tour de papier de l’argent sale comme du charbon en l’or le plus pur et immaculé.
Et c’est là que les entrepôts de Houndstad entraient en jeu, car c’est dans ces lieux misérables et attristants qu’on allait faire livrer les armes et les stocker, en attendant de les distribuer en fonction des besoins. Certes, c’étaient des armes obsolètes, mais elles feraient certainement l’affaire pour tenir le pays par la persuasion armée. Qui pourrait soupçonner ce lieu malfamé d’être au centre d’un trafic d’arme international au but d’assurer la pérennité d’un régime fort peu démocratique ?