[RP] La voie du Haixi

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Frederick St-Luys

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[center]Rupture 1.1

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4 janvier 2040 - 17:49

[justify]Le froid glacial des hivers de la steppe avait envahi Alxaar en ce début de janvier. Cependant, alors que l'après-midi commençait à s'achever lentement, la population s'activait. Non loin du centre ville et de l'avenue Huerenyantaar, une grande place, d'habitude réservée aux marchés et aux concerts, s'était couverte de podiums, de haut-parleurs, de barrières métalliques et de nombreux drapeaux bleus et or. Autour, d'importantes queues s'étaient formées, comme les hommes et femmes d'Alxaar se pressaient pour assister au grand spectacle public s'annonçant. Des milliers de discussions se tenaient, certaines ordinaires, certaines pleines de verve, d'autre d'indifférence, voire d'antipathie, mais toutes illustrant une inévitable ignorance de ce qui se préparait.

Cinq personnes se trouvaient ici, et se préparaient, chacune à sa façon, pour les heures à venir.

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Jarman Khote'an
Debout a proximité de la grande scène installée plus tôt par les équipes techniques, Jarman Khote'an scannait la foule d'un air impassible. Même si son costume, son oreillette et son brassard "Sécurité" ne l'illustraient pas déjà assez, toute son attitude évoquait une vigilance tout à la fois flegmatique et inflexible. Pour lui, cette journée était un moment comme les autres. Il avait déjà assuré la sécurité de ce types d'évènements des dizaines de fois, y compris après qu'il ait quitté la police.

Peut-être même aurait-il pu superviser une équipe, maintenant. A trente-neuf ans, il aurait du, vraiment. Mais son chef, à l'époque où il était brigadier au commissariat central de Tiliar, avait jugé qu'il était préférable de donner cette tâche à son fils, qui venait d'entrer dans le métier. Jarman n'avait pas été d'accord, et, malheureusement, le tact ne faisait pas partie de ses qualités.

Depuis ce jour, il travaillait comme agent de sécurité. Et protéger des évènements comme celui-ci faisait partie de son pain quotidien. Rien de neuf. Il n'y avait qu'à observer les environs, et anticiper toute menace. Ici, en plus, les gens avaient déjà été fouillés à l'entrée. Tout au plus prêtait-il une attention particulière à ceux qui n'avaient pas pu passer - ceux-là rôdaient de l'autre côté des barrières de sécurité métallique. Si une menace devait surgir, ce serait de là. Par exemple, de ce dingue avec la pancarte condamnant le gouvernement comme une menace pour les existences immortelles des humains. Elle affichait un slogan de la Ligue du Dharma, une formation bouddhiste extrémiste: "Purgez les passions, éliminez les docteurs de l'ignorance, protégez la Roue".

Cela lui donnait envie de secouer tristement la tête, mais il ne le fit pas, et laissa son regard courir sur le reste des hommes et femmes assemblés...

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Cheng Ping
-Ils attaquent notre mode de vie, notre foi! Rejetez-les, et restez sur la Voie des Huit aspects! Repentez-vous! S'écria d'une voix rauque Cheng Ping, noyé dans la foule malgré sa robe ocre, mais brandissant très haut la pancarte qu'il avait assemblé ce matin.

Le slogan provenait du site de la Ligue, comme celui de la demi-douzaine d'autres fidèles répartis dans la foule, lançant leurs imprécations aux séculiers, aux apostats et aux ignorants formant l'essentiel de l'assistance de cet évènement. Ils n'avaient malheureusement pas pu passer le contrôle de sécurité sommaire avec leurs banderoles et pancartes, mais ne s'étaient pas démonté.

Le Bouddha n'avait après tout jamais affirmé que la voie du Boddhisatva serait aisée. Et, même si le chemin que Cheng Ping avait choisi n'était certainement pas celui de la contemplation, il n'avait aucun doute sur le fait que protéger ses congénères du venin insidieux de l'ignorance répandu par les autorités séculières était une action habile, qui allégerait la charge de son karma, et celui de tout ceux autour de lui.

-Adoptez la voie de l'Illumination, échappez au samsara, rejetez les menteurs et les ennemis du peuple!

Car le Xilinhar, jadis un pays où le bouddhisme était enseigné dans sa forme la plus pure par les lamas les plus pieux, avait entamé ces dernières années une glissade détestable, entre sécularisme occidentalisé et essor des superstition déistes, qui faisaient miroiter le salut d'une âme inexistante, par des dieux aussi ridicules qu'imaginaires. Lorsqu'un missionnaire du Néphiland, ce pays du mensonge le plus insolent, [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1316&t=17017&start=15#p353839]avait bouté le feu à l'un des plus vénérables temples du pays[/url], cela avait été la provocation de trop.

Cheng Ping, jusqu'alors un moine pacifique, avait rejoint la Ligue du Dharma, en se jurant de ramener la nation dans la bonne voie. La voie juste, la voie vraie, la voie de la seule vraie foi.

Occupé à déclamer tout haut un autre slogan, il ne remarqua presque pas l'homme anodin qui le dépassa en le bousculant légèrement.

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Choisan Tulgayeer
Repoussant d'un coup de coude le bonze puant et beuglant, Choisan Tulgayeer s'avança à travers la foule jusqu'au contrôle de sécurité. Avec la tombée de la nuit et l'approche de l'heure de début, les flux autour des quelques stations de contrôle s'étaient densifiés. Les quelques gardes de la sécurité placés près des tables servant à diriger les entrant en deux flux relativement cohérents semblaient légèrement dépassés.

Après une brève hésitation, le jeune homme en sweat shirt bleu marine pris le passage de gauche. Il se trouva en sandwich entre ce qui était apparemment un couple d'ouvriers Xilkins de la banlieue sud d'Alxaar, et une jeune femme d'origine indéterminée, portant un jean et un long manteau d'hiver rembourré. Son regard était sur son portable, et elle ne remarqua pas la moue dégoûtée de Choisan.

L'existence de ces gens lui était répugnante: elle était une verrue ignoble dans son champ de vision. Il était descendu du nord à Alxaar, et avait découvert que le peuple de la capitale cumulait presque tous les défauts que l'on prêtait aux ethno-traitres de l'ouest. Il partageait cette opinion avec de nombreuses connaissances en ligne, certains membres des Tigres, d'autres, comme lui, des indépendants, qui ne pouvaient que constater avec épouvante la direction où allait leur pays.

Entre les dingues religieux, les putes a-nationales d'Alxaar, les vaux-rien Telenge grouillant dans tout le sud, et les politiciens huileux et répugnants du PND, le Xilinhar n'était plus une nation: c'était un cloaque putride, que seul un nettoyage à haute pression pourrait purger.

Il passa la sécurité, le visage parfaitement neutre. L'agent de sécurité lui tata brièvement le dos, et jeta un coup d'oeil dans son sac. Puis, d'un geste distrait, il lui fit signe de continuer. Calmement, Choisan pénétra dans le périmètre, se mêlant aux spectateurs, qui formaient déjà une forêt humaine dense à proximité du podium. Avec un haussement d'épaules intérieur, le jeune homme s'en approcha. Tout en faisant cela, il laissa retomber sa pain droite sur la doublure de son pantalon, sentant du bout des doigts le métal dur de l'arme à feu qu'il avait dissimulé dans ses sous-vêtements.

Car il faudrait bien que quelqu'un commence la purge. Cela, il l'avait promis à ses amis des Tigres.

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Ke Jing
Sur le toit de l'immeuble de la Gushu Bank, à une distance neuf cent mètres du podium, et une hauteur de soixante-dix mètres du sol, Ke Jing jeta par terre le mégot de sa cigarette, et l'écrasa consciencieusement avec la pointe de sa botte à talon. Puis la trentenaire aux cheveux sombres coupés au plus court rajusta sa veste fourrée, et s'assit sur la longue valise noire qu'elle avait tout juste récupéré dans le coffre de la voiture garée dans le parking souterrain d'un immeuble voisin.

-Toujours rien? Demanda-t-elle sur un ton exaspéré à son partenaire.
-Toujours rien, mais ça ne tardera pas trop je pense, répondit Mi Fan en relevant le nez de son petit télescope à trépied, ils viennent de fermer l'accès au périmètre. Et, si nos informations sont exactes, le colis est déjà arrivé.

Jing gratta pensivement sa joue, examinant le festival de lumière et de vie au loin. Vu depuis leur nid d'aigle, il ne s'agissait guère plus que d'une tâche colorée dans la nuit tombante de cette ville froide et laide. Elle avait hâte d'en finir. Avec un soupir, elle s'accroupit devant sa valise, et l'ouvrit, dévoilant son contenu.
Démonté et soigneusement lové dans de la mousse protectrice, un fusil de précision et son bipied s'y trouvaient. Plus que Mi Fan, cette beauté soigneusement entretenue et astiquée était depuis des années le compagnon et le vrai partenaire de celle qui avait fait ses classes dans les Kheshigtan de l'armée liangoise, avant de décider de partir faire fortune dans le privé.
Car, après tout, les clients pour un professionnel de la mort ne manquaient pas, quand on savait à qui s'adresser.

-Allez, c'est reparti pour un tour, murmura-t-elle à l'adresse de son amie, tapotant en souriant sa crosse.
-Humm? marmonna Mi Fan sur un ton interrogatif, se croyant - à tort - interpellé.
-Non, rien. Je disais juste que j'avais hâte d'en avoir fini. On se les gèle dans ce trou.

L'autre ricana de manière approbatrice, et retourna à la contemplation de leur cible.

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Chayan Jisingioro
Une personne se chargeait des cheveux, une autre du maquillage, et son directeur de campagne ne cessait de lui débiter des chiffres.

-39% à Yerülburen, 41% à Khalage, et 44% dans l'est de Kazay. Si tu parviens à retourner la capitale, Chayan, c'est gagné. Il suffit de lire entre les lignes des sondages.
-J'ai des doutes, Ghan, répondit en grimaçant un peu le candidat en cours de maquillage. La semaine dernière, à Naral', ils nous promettaient aussi un public réceptif, et je crois que je n'ai jamais été autant insulté de cette fichue campagne.

Le directeur de campagne, un homme dont la petite moustache brune descendait sur les côtés pour encadrer une bouche aux dents d'un blanc éblouissant, secoua la tête.

-Naralkorgan, c'est dans l'ouest. Ils ont leurs propres problèmes. Les histoires d'uranium, et tout. Mais ici, à Kazay, l'économie marche. Tu as vu les chiffres de la croissance. Les gens sont optimistes. Si tu leur vends une belle histoire, ils seront prêts à acheter. Et les types du PH ne pourront rien dire. Leur programme éco n'a pas de valeur si nous pouvons promettre la prospérité et la paix.
-La paix... fit pensivement le candidat-phare du PND, j'espère qu'on pourra vraiment leur fournir...

Rapidement, ces derniers préparatifs furent achevés, et son entourage se retira pour lui laisser, comme à l'accoutumée, quelques instants de solitude.

Harnaché dans un costume ni trop cher, ni trop bon marché, tombant parfaitement, son visage ajusté au millimètre pour éveiller la sympathie aussi bien de la ménagère de plus de cinquante ans que du jeune primo-votant, il se sentait prêt.

Même si intérieurement, il était aussi en proie au doute. Car, si la campagne avait été jusqu'ici un grand succès, qui avait sans doute sauvé du gouffre un PND englué dans les affaires, les conflits ethniques et confessionnels, et confronté à une opposition hautement agressive, quelque chose en lui refusait de se taire. Une appréhension, un sentiment que, pour tout ses succès électoraux, il assistait au délitement d'une nation. Que tout était arrivé à un point de rupture. Les espoirs, les craintes et les projets de ses concitoyens. La réputation internationale du Xilinhar. La stabilité de ses institutions. Tout cela.

Claquant de la langue, Chayan Jisingioro écarta ces pensées sombres du devant de son esprit, et se concentra sur le texte de son discours. Ce serait sans doute le plus important de la campagne, ce lui qui devrait faire basculer l'opinion publique d'ordinaire pro-libérale de la capitale dans la camp du PND, et offrir à son parti la majorité au Khurul Suprême.

Et, quelques minutes plus tard, il émergea de sa cabine dans le préfabriqué installé derrière la scène. Son regard embrassa l'état-major de sa campagne, qui l'accompagnerait ce soir sur scène. Son directeur, Ghan Chuzay, sa chef de la communication, Wen Yan, son assistant, Tughlur Hraar, le candidat PND de la circonscription où ils se trouvaient en ce moment, Ulnur Zatü, et le plus important de ses appuis: sa femme, la belle, la patiente, la sage Yönar.
Il leur offrit son meilleur sourire, et déclara:

-C'est bon, on peut y aller.[/justify]
Frederick St-Luys

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[center]Rupture 1.2

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4 janvier 2040 - 18:02

[justify]Récapitulatif des évènements précédents:
Sur la place centrale d'Alxaar, la froide capitale du Xilinhar, une grande foule s'est massée à l'occasion de ce qui promet d'être le plus grand meeting électoral de la campagne. Le candidat le plus en vue du PND au pouvoir, Chayan Jisingioro, doit à tout prix parvenir à convaincre les habitants de la capitale de voter pour son parti, afin d'éviter l'arrivée au pouvoir de l'opposition Haixiste. Mais, dans un pays constellé de tensions ethniques et religieuses, les eaux les plus calmes peuvent cacher des profondeurs traitreuses. Trois individus suspects sont également présents: le fanatique religieux bouddhiste Cheng Ping, le nationaliste Xilkin Choisan Tulgayeer, et l'ancienne sniper liangoise aux allégeances mystérieuses, Ke Jing...


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Jarman Khote'an
Une immense clameur s'éleva depuis le centre de la place, au moment où un homme s'avança sur la scène. Chayan Jisingioro, un Xilkin au visage avantageux et aux cheveux d'un noir de jais soigneusement coiffés se dirigea sur un fond musical grandiose vers le pupitre au milieu de la scène, suivi de l'état-major du PND local - mais d'aucun responsable national. Des confettis et des drapeaux encombraient l'arrière du lieu, et donnaient presque une atmosphère de fête au meeting.

Jarman observa le candidat aux législatives lever très haut les bras, et saluer les sympathisants et les militants. Puis, après quelques instants, Jisingiori prit la parole:

-Merci à vous, chers concitoyens, chers alxaariens pour votre accueil splendide!

Nouvelle clameur. Ne prêtant qu'une attention périphérique au discours qui suivit, le vigile continuait de balayer la foule du regard. Il y avait beaucoup de monde. Des dizaines de milliers de gens, vraiment. Le patron aurait préféré organiser l'évènement dans une salle, mais l'équipe de campagne du candidat avait insisté pour que la chose se déroule en extérieur. "Il faut que les xilinhariens nous voient!" Voilà ce qu'avait déclaré l'un des assistants.
Ce qui facilitait tellement le travail de Jarman.

-... nous pouvons, si nous nous rassemblons et laissons derrière nous des clivages démodés, construire une société et une économie qui soient réellement moderne! Et...

Le regard du vigile s'arrêta sur un grand gaillard fouillant dans un sac à dos. Il était sur le point d'intercepter l'individu, quand l'homme finit par extraire du sac un gros appareil photo. Soupir de soulagement.
Quelques pas plus loin, dans la foule à proximité la scène, un autre homme attira l'attention de Jarman. Plus jeune. Avec un sweat shirt bleu sombre, et un visage parfaitement neutre. Trop neutre, pour un pareil évènement.

-J'ai un individu suspect, rangées de l'avant. Sweat bleu marine, jeans noirs, pas de sac, signala-t-il.
-Entendu. Intercepte-le et interroge-le.

Avec un grognement d’assentiment, Jarman quitta sa position pour rejoindre le plus discrètement possible sa cible.

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Cheng Ping
Agrippant sa pancarte, Cheng Ping repéra immédiatement le trou dans le dispositif de sécurité. De l'autre côté de la barrière métallique, le vigile à l'air mal embouché s'était éloigné. Une opportunité pareille ne se représenterait pas. Il s'élança immédiatement dans la brèche, grimpa sur la balustrade, et agita sa pancarte en criant à tue-tête:

-REPENTEZ-VOUS, VOTEZ POUR LA LIGUE DU DHARMA! VOTEZ POUR LA LIGUE DU DHARMA, REJETEZ LES IMPURS!

Immédiatement, une petite commotion fut déclenchée, mais les autres vigiles mirent un peu de temps à l'atteindre. Dans l'intervalle, Cheng Ping avait vu la manière dont certaines des caméras de télévision s'étaient braquées sur lui.
La bonne parole avait été répandue à travers le pays. Une victoire pour le dharma.
Une paire de mains le tirèrent rudement de son perchoir, mais il ne cessa pas de sourire.

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Choisan Tulgayeer
Le discours de Chisigioro était aussi insipide que prévu. Cet homme n'avait réellement rien à dire. Que des platitudes, des promesses hypocrites de réconciliation entre les différentes ethnies. Comme si les Xilkins pouvaient oublier les crimes des liangois, et coexister avec ces parasites Telenge. Il n'était pas étonnant que la criminalité soit en hausse. Discrètement, le jeune xilkin tapotait l'endroit où, sous ses vêtements, se cachait son couteau à lame rétractable. Si seulement...

Un étrange vacarme retentit à l'arrière du site, et Choisan se retourna machinalement... pour voir le même bonze répugnant que tout à l'heure, hurlant ses inepties depuis le haut de la barrière de sécurité.
Quel avorton. Le jeune homme ressentait un dégoût presque viscéral en voyant cet imbécile se mettre ainsi en scène, défendre ainsi ses idées stupides. N'avait-il aucune honte? Qu'il retourne mourir en silence dans son monastère...
... mais c'est parce qu'il jetait un coup d’œil dans cette direction que son regard croisa celui d'un homme en costume et équipé d'une oreillette, qui se dirigeait droit vers lui. Un vigile.
Splendide. Il allait devoir... oh. Si jamais on le découvrait avec son arme, il devrait s'expliquer devant la police. Et il n'avait pas envie de devoir ramper et mendier la clémence des laquais du système.
Avec un grondement enragé, il se fraya à coups de coude un chemin dans la foule, afin de s'éloigner de son poursuivant.

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Ke Jing
Au sommet de la tour de la Gushu Bank, deux anciens soldats observaient la situation d'un oeil dépassionné. Le discours de leur cible avait commencé depuis quelques minutes. Ils ne pouvaient pas entendre ce qui se disait depuis leur position, mais l'agitation dans la foule était clairement visible grâce à leurs télescopes.

-Qu'est-ce qu'il fiche, ce taré? Demanda Mi Fan sur un ton mi-amusé, mi-agacé. Et puis, ça veut dire quoi cette pancarte? "Adoptez la voie de l'illumination"?

Ke Jing fit claquer sa langue, et haussa les épaules, ajustant légèrement l'angle de son bipied. Il faisait froid, et elle ne portait qu'une veste en cuir noir surmontée d'une écharpe de la même couleur.

-Arrête de te distraire, et donne-moi plutôt la vitesse du vent, grinça-t-elle.
-Ouais, ouais. Ne soit pas trop pressée, Jing... 2,2 mètres par seconde.
-Je corrige.

Elle ajusta légèrement la position de son long fusil de précision. L'attroupement autour du bonze et le tumulte au milieu de la foule disparurent de son esprit, l'univers se réduisant à la vue de l'homme derrière le pupitre, observé à près d'un kilomètre de distance à travers son télescope.

-18:09, déclara Mi Fan, sa voix soudain parfaitement professionnelle, c'est l'heure.

Elle ne dit rien. Ne bougea presque pas. Laissant son doigt tomber sur la gâchette, elle expira longuement, et la tapota deux fois, presque avec légèreté.
Deux détonations successives, presque confondues, retentirent, au moment où Chayan Jisingioro s'abattait au sol, sur la scène. Une vaste tâche rouge fleurissait sur son torse.

-Le colis est livré, déclara-t-elle sur un ton égal. On range.

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Chayan Jisingioro
C'est dans la foule qu'on est le plus seul. Et, à cet instant, entouré des dizaines de collaborateurs de sa campagne, d'agents de sécurité, de badauds et d'infirmiers, Chayan Jisingioro se sentait plus seul que jamais.
Car il était en train de mourir. Plus tôt que prévu, c'était vrai.
Les paroles rassurantes de ses proches ne servaient à rien. Il n'était pas un imbécile. Il avait senti son corps tout entier vibrer sous l'effet des deux impacts, et, même à présent, alors que son torse se vidait de son sang, il peinait à rester conscient.
Ce n'était pas le type de blessure dont on se relevait.

-Monsieur, restez avec nous! Restez avec nous! S'écriait l'homme tenant une compresse sur sa poitrine dévastée, avant de se retourner et de hurler: Un médecin, putain de merde, il nous faut un médecin tout de suite! On le perd!

Il essaya de lui dire que ce n'était pas la peine, que cela commençait çà ne plus faire mal, mais échoua. Sa bouche était engourdie, comme si du plomb avait été versé dedans. Les environs devenaient de plus en plus un tourbillon de faces anonymes... exceptée l'une d'entre elles.
Ulnur s'était précipitée à ses côtés. Les petites mains garnies de bagues de sa femme serraient son bras droit, tellement fort qu'il le ressentait encore malgré tout le reste. Elle était en train de lui parler... mais il ne savait pas ce qu'elle disait. Elle pleurait. Elle était si belle, même comme ça, même en larmes.
Il était un homme chanceux, même maintenant.
Faiblement, il serra la main d'Ulnur dans la sienne, et lui sourit.
Et c'est avec un sourire sur les lèvres que Chayan Jisingioro mourut.[/justify]
Frederick St-Luys

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[center]Exploitation 2.1

[img]https://lefteyeonthemedia.files.wordpress.com/2009/03/smoke-filled-room-02.jpg?w=550[/img][/center]

12 janvier 2040 - 14:24

[justify]Récapitulatif des évènements précédents:
L'espoir des modérés du Xilinhar, le politicien PND Chayan Jisingioro, est mort. Abattu de deux balles de sniper en plein meeting dans le centre ville d'Alxaar, il a laissé derrière lui un pays en ébullition. Tel un spectre, l'assassin, la mystérieuse Ke Jing, n'a été aperçue par personne, et a sans doute déjà quitté le pays, où désormais les lignes de faille sont plus apparentes que jamais. Le PND, sous le choc, [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1316&t=17017&start=30#p358184]semble tenté par la réaction xénophobe[/url], alors que ses barons du nord accusent les ethnies Telenge et Liang du sud d'être derrière l'assassinat. Le Parti Haixiste (PH), principale force d'opposition, rejette l'accusation...


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Dian Wu

Tout juste entré dans la pièce, Wu écrasa son mégot de cigarette dans le cendrier placé à côté du vide-poche, et jeta sur la table le journal autour de laquelle étaient assis les principaux responsables du PH.

-Quelle est l'ambiance dans la rue? Lui demanda Jang Shi, après avoir jeté un coup d'oeil au titre sur la première page du [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1253&t=16250&p=358245#p358245]Daoxi Shizeng[/url].

Wu haussa les épaules.

-Les gens ne disent pas grand chose. Ils lisent. Ils considèrent l'idée. Mais que disent les réseaux?

Zoe Vatang, la plus jeune d'entre eux, était assise avec un mug de café devant son ordinateur portable. Plusieurs onglets y affichaient des réseaux sociaux. Elle répondit tout en jouant avec une boucle de ses cheveux châtains:

-Les trolls de l'Esen Aixia promettent de tous nous tuer. Je les bloque, mais ils reviennent toujours. Après, il y a pas mal de réactions positives.
-De nos gens, ou des Xilkins?
-Les deux, répondit-elle, tout le monde a peur, dans cette ambiance, mais nous, au moins, on leur promet quelque chose d'autre que la guerre civile.
-
Wu émit un grognement sourd. La guerre civile. Jadis, cela avait semblé être de la science fiction, mais maintenant, avec la mort de Jisingioro, le risque était devenu réel. Certains des groupes Xilkins les plus militants parlaient de "descendre à Alxaar, et de purger les traitres". Les ultrabouddhistes de la Ligue du Dharma étaient aussi prêts à en découdre, mais pour d'autres raisons. Apparemment, ils n'avaient pas apprécié que leur bonze se fasse mettre en taule, après le coup qu'il avait fait le soir de la mort de Jisingioro.

-Espérons que cela n'en vienne pas à ça,marmonna-t-il.
-Oui, espérons, fit la voix grave de Dolsan Chulrogyaan, le président du PH, un vieil homme Telenge, à la barbe soigneusement taillée, et à l'oeil vif, mais ne sous-estimons pas leur détermination. Ou l'habileté des PND. N'oublions pas que c'est le loup encerclé qui est le plus dangereux.

Zoe Vatang éternua, sans doute pour cacher un rire. Elle faisait partie d'une autre génération, et ne cachait généralement pas son amusement devant les manières de vieux sage de Chulrogyaan.

-En attendant, il faut capitaliser sur le choc, déclara Wu, ramener les gens de notre côté. La tribune, c'était bien: maintenant il faut occuper le terrain.

Tous opinèrent.


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Cheren Hasya

Dans une autre pièce, une autre assemblée se tenait. L'ambiance y était très différente aussi.

-Ils vont nous vendre, comme ça! Ils n'ont honte de rien, les chiens! Déclara un homme, dont les bras de chemises retroussés révélaient une peau tatouée de signes tribaux Xilkins.
-Ils avaient prévu de le faire depuis le début. Je parie que c'est eux qui ont buté Jisingioro, juste pour pouvoir apparaître en sauveurs, cracha en réponse Cheren Hasya.
-Il aurait fallu les buter il y a longtemps, reprit le premier, on n'en serait pas venu là. Mais les types du PND sont trop faibles et corrompus pour ça. M'étonnerait pas qu'ils soient tous...
-Silence.

Immédiatement, ils s'arrêtèrent net. Les autres conversations qui se tenaient dans la pièce cessèrent également instantannément, et tous tournèrent leur tête vers l'homme assis sur une simple chaise de plastique, au bout de la table. Il n'était pas remarquable cet homme: un peu plus petit que la moyenne, portant un costume fatigué, quelques pellicules couvrant ses épaules. Mais ses yeux - ces yeux étaient remarquables. Ils brillaient d'une flamme intérieure qui coupait le souffle à tout ceux qui la voyaient.

-Il est inutile d'épiloguer, mes amis, repris Tolgan Kuraï, chef des Tigres Blancs de l'Esen Aixia, ce qui caractérise les vrais hommes, c'est d'agir. Nos ennemis ont dévoilé leur objectif final, mais personne ici n'est réellement surpris par ça, n'est-ce pas?
a
Il laissa quelques instants de silence s'écouler. Aucun des assistants n'intervint.

-Exactement. Rien ne change donc pour nous. Nos objectifs demeurent aussi les mêmes. Et, pour les réaliser, nous allons faire saigner ces traitres.

Cette fois-ci, ce ne fut pas le silence, mais bien une clameur qui répondit à cet homme d'apparence si peu remarquable.[/justify]
Frederick St-Luys

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[center]Exploitation 2.2

[img]https://lefteyeonthemedia.files.wordpress.com/2009/03/smoke-filled-room-02.jpg?w=550[/img][/center]

30 janvier 2040 - 14:24

[justify]Récapitulatif des évènements précédents:
La campagne électorale qui suit la mort du politicien PND Chayan Jisingioro a été l'une des plus extraordinaires de l'histoire du pays. Selon les [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1316&t=17017&p=359314#p359314]sondages[/url], la perspective d'un renversement politique de grande ampleur est proche, comme le Parti Haixiste (PH) pourrait bien dépasser les 50% des votes. Grâce à cette super-majorité, il serait en mesure d'amender la constitution sans peine, voire mettre en œuvre ce qui est devenu la pierre angulaire de son programme politique: dépasser les division ethniques internes, et briser le face-à-face tendu entre les trois ethnies principales, Telenge, Xilkin et Kuchi, en réunissant le Xilinhar, ancien Haixi, au Liang, dont il faisait jadis partie.
Las et choqués par l'évolution de la politique dans le pays, les électeurs semblent plébisciter cette orientation. A l'approche du jour des élections, la tension est palpable...


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Dian Wu

Dian Wu, l'un des chefs du Parti Haixiste, raccrocha et posa son téléphone sur la table que partageaient les membres de l'état-major de campagne. Ses collègues présents interrompirent leurs activités, et l'interrogèrent du regard.

-Alors? Demanda Gulbukan Khutanaar, tête de liste dans la Bannière de Sokar Tsengal.

Dian Wu s'autorisa un sourire.

-Ils ont cavé. Le syndicat va retirer son soutien à la gauche dans toutes les villes minières de l'ouest, et appeler à voter PH. Avec ça, on tient Keryal et Tavagaï.

Une exclamation retentit autour de la table. Les plus jeunes échangèrent une tape de leurs mains droites, tandis que les plus âgés se bornaient à des sourires satisfaits et des paroles enthousiastes.
Zoe Vatang, la responsable des réseaux sociaux, se leva, et plaça deux petits drapeaux jaunes sur les régions correspondantes de la carte attaché à un tableau de liège au mur. Une idée des jeunes, encore, mais Dian Wu ne pouvait pas contester le fait que voir le jaune grignoter graduellement du terrain faisait du bien.

-Et qu'est-ce qu'ils réclament en échange? Demanda le président du parti, Dolsan Chulrogyaan.
-Moins que je l'aurais pensé. Remettre à plat les conventions collectives, et certaines régulations environnementales, pour préserver les emplois dans le charbon. Rien sur les prestations sociales, bizarrement.

Le vieux telenge poussa un grognement d'approbation. Le soutien des puissant syndicats miniers de l'ouest était un beau coup, et le PH aurait sans doute même été disposé à le payer plus cher. Surtout à l'aube de l'élection qui allait décider le rattachement ou non du pays au Liang.
C'est à ce moment que la porte s'ouvrit à la volée, et que Jang Shi pénétra dans le centre névralgique de la campagne:

-Vite! Allumez la télé!

Ils s'exécutèrent aussitôt, allumant le grand écran LCD trônant dans un coin de la pièce. Immédiatement, Zoe Vatang inspira brutalement.

-Oh mon dieu... Eshua!

[center]~~ ~~ ~~[/center]

Cheren Hasya

Debout, cagoulé et agrippant fermement son fusil d'assaut, Cheren Hasya se tenait quelques pas derrière son chef, et la personne qu'ils avaient saisi quelques heures plus tôt, à la sortie de son domicile. Cette dernière était ligotée et bâillonnée, et un petit filet de sang s'écoulait le long de sa tempe, là où la crosse d'une arme l'avait percutée plus tôt.
A cet instant, ils se trouvaient dans un vieux hangar ferroviaire, dans les quartiers pauvres de Yarkush. L'endroit était discret, proche des routes, et personne ne viendrait chercher qui que ce soit ici. Cela faisait longtemps que les Tigres Blancs de l'Esen Aixia l'avaient repéré comme base arrière potentielle, même s'ils n'avaient encore eu recours à l'emplacement - jusqu'ici.

-...la libération de tous les prisonniers politiques des Tigres Blancs de l'Esen Aixia, ainsi que de tous ceux qui ont été emprisonnés pour leur opposition au système corrompu d'aservissement des Xilkins du Xilinhar, expliquait leur chef, Tolgan Kuraï, le visage également dissimulé tandis qu'il lisait le papier rédigé pour l'occasion. Nos revendications ne sont pas négociables. Si dans vingt-quatre heures elles n'ont pas été exécutées, Eshua Vernadziar mourra, et nous ferons en sorte que personne ne puisse ignorer les circonstances de sa mort. Long vie à l'Esen Aixia!

Après un hourra de tous les combattants masqués, les hommes filmant la scène coupèrent l'enregistrement. Kuraï quitta sa position à côté de leur victime, et retira sa cagoule.
Visiblement le fait que Vernadziar soit en mesure de voir son visage ne semblait pas lui poser de problème.

-Mettez-moi ça en ligne, et envoyez-le aux médias. Je veux que ça circule autant que possible. Montrez-leur que nous ne plaisantons jamais.[/justify]


[HRP]Pour des raisons de cohérence du RP, ceci est antidaté.
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