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Zaldora

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[justify]Croyances populaires (14).
15 mars 2040,


[center][img]https://zupimages.net/up/19/39/ou73.png[/img]
La Fontaine Saint Ulfarr à Einhervangr.[/center]

La petite patrie de Vimur, longeant le lac Tivatn, à l'est du royaume, était une région de marécages nauséabonds dans laquelle coulait de nombreuses rivières. Sa topographie, assez plate et dépourvue de collines, en faisait un territoire difficile à défendre pour les seigneurs locaux malgré cinq châteaux forts s’élevant en des endroits stratégiques, barrant par exemple la route des gués. L'assèchement d'une importante partie des marais rendit la situation encore plus difficile. Depuis l'an dernier, les dites terres étaient recouvertes de blés et de seigles. D'autres furent laissées en prairies pour le pâturage des moutons, traditionnel en la région. Un grignotage de l'agriculture sur la nature plus que bienvenue dans un royaume où régnait l'autoconsommation et où les échanges étaient extrêmement limités. Les bergers Vimurois, vêtus de peaux de moutons, étaient rustres et semi-nomades. A la différence des gens du labour, vissés à leurs champs, ils fréquentaient l'immensité de la mer herbeuse jusqu'aux confins de Vimur. Outre ses troupeaux, la petite patrie renfermait plusieurs sources et fontaines magiques. Parmi elles se trouvait la Fontaine Saint Ulfarr à Einhervangr. Un lieu sacré dédié aux femmes qui s'y rendaient presque chaque année en pèlerinage afin de boire de son eau à laquelle on ajoutait de la roche sacrée issue du grattage de l'oratoire en pierre, construit au XIIIe siècle et devant lequel les paysannes déposaient leurs offrandes. La mixture permettrait, selon les croyances, de protéger l'âme des femmes enceintes et de leur garantir une santé robuste pendant la grossesse.

Chaque patrie thorvaloise possédait ses propres saints locaux, peu connus ailleurs, et son lot de sources miraculeuses. Disséminées partout, ces dernières seraient plus de six milles selon une enquête des gradués de l'Université de Jensgård. La piété populaire et seigneuriale à l'égard des lacs, des rivières ou des ruisseaux étaient vives ; les cours d'eau tenus pour sacrés. Christianisée, elle trouvait ses racines aux temps païens où les Thorvalois vénéraient les esprits aquatiques. Une fois encore, l'Église préféra intégrée à son culte les superstitions du peuple.

Quelques unes des sources guérisseuses, parmi les plus connues :

La fontaine Sainte Aðísla à Andigarðr soignait les fièvres.
La source Saint Dofri à Fossheimr soignait l'infertilité.
La source Saint Julfr à Yfirheimr soignait les maladies des yeux.
La fontaine Sainte Nefja à Mildrbiǫð guérissait les paralytiques.
La source Saint Jean de Flœð lavait de tout péché.[/justify]
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[justify]Dans la tempête (10).
21 mars 2040,

[center][img]https://zupimages.net/up/19/39/enxd.png[/img]
Derrière la fuite des groupes de brigands se cachait l'agitation religieuse naissante.
Ici le frère Kjalarr prêchant dans la paroisse Saint Liótr à Bǫlknǫttr.
[/center]

La couronne des Brigands flétrissait de jour en jour. Leur règne, débuté pendant l'été, s'en retournait au néant et ne survivrait vraisemblablement pas à la renaissance du printemps. Ils étaient chassés des tours, des châteaux et des donjons ; reprenant soudainement courage, les seigneurs les pourchassaient sans relâche et ne leur laissaient aucun répit. Les plus chanceux parvenaient à se cacher dans les forêts, pour un court repos dans la peur grandissante, avant de reprendre la fuite face aux féroces limiers lancés à leurs trousses. Les autres étaient tués ou fait prisonniers. La mort d'Álmarr Mains d'aciers se révéla décisive et changea le cours de l'histoire. Sa grande armée s'était, à l'aube du 16 mars, réveillée sous le son des olifants de l'ost royal, dont la charge dévastatrice décima ses rangs. Tailladant de chaque coté, la Reine s'y fraya un chemin dans la mêlée et battit, en combat singulier, deux des principaux chefs. L’œuvre d'Álmarr, née à coup d'or et maintenu dans l'unité par son charisme et ses promesses, fut détruit, ses hommes seuls et dispersés, à la merci de leurs ennemis. Ce fut une grande victoire pour le Trône, la paix et la sûreté demeuraient fragiles mais reprenaient peu à peu vie après une longue nuit. Un triomphe certes, mais un triomphe sanglant qui vit périr près de 3000 guerriers au total. Ce sacrifice sera chanté et célébré par les scaldes car si terrible fut la violence et le sang versé, la mort des preux assurera plus de sécurité sur les routes, moins de viols sur les femmes, moins de pillages et le retour de la liberté des assemblées paysannes qui, jusqu'au terrible été 2039, autogouvernaient les villages. Les méfaits des brigands, des routiers et des écorcheurs prenaient fin... tout n'était toutefois pas encore résolut, quelques bastions brigands subsistaient comme à Vetrborg. La forteresse, réputée imprenable, devait tomber.

Depuis le 17 mars, les grands et petits seigneurs défilaient devant Marie, auréolée de gloire, l'assurant de leur loyauté sans fin après avoir joué un jeu plus que trouble durant la longue nuit (juillet à fin décembre 2039) et même avant. Ils se surprenaient soudainement à la soutenir, à l'apprécier, à la respecter et à l'aimer... La suzeraine ne se fit néanmoins aucune illusion sur l'avalanche de si prompts bons sentiments et savait que les intrigues, les complots, les défiances et les traitrises reprendraient leurs cours très bientôt. Le soir du 21 mars, ce fut au tour du puissant Ragnarr III de se montrer à Hurðborg afin de renouveler la Foi et Hommage. Ce dernier devait plus qu'un autre confirmer sa féauté, surtout après avoir conclut une alliance secrète avec Álmarr. A son étonnement, il ne trouva ni la Reine, ni le Roi consort pour le recevoir mais le Grand capitaine Sören qui écouta froidement le serment du noble, avant de lui apprendre qu'après sept années de service dans la garnison de Frueborg, son fils avait choisit de renoncer aux armes pour rejoindre le monastère Sainte-Brigitte à Þybó. Dès lors, à la mort du Comte, c'est à sa cadette Gisela que reviendrait le Comté. Ragnarr III ne l'aimait guère et bouillonna de colère sous son armure. En vieux renard, il comprit que ceci n'était qu'une manœuvre de la Reine, autant la surprenante vocation religieuse de son fils, que l'insulte de ne pas daigner le recevoir ! Le seigneur ne comptait guère en rester là et entendait lui rendre la monnaie de sa pièce ! Il n'avait toutefois aucune connaissance de l'alliance secrète contre lui, conclut quinze jours auparavant entre Marie et sa fille honnie Gisela. Celle-ci ne craignait plus son père et considérait, sans le dire, n'avoir plus aucun devoir envers lui depuis qu'il avait obstinément refusé de la sauver en 2038 quand Anders II l'enleva. Et ce ne fut ensuite qu'à l'insistance et aux pressions de l'Église qu'elle fut libérée.

Entre temps, grâce au Chapelain de la Reine, la nouvelle du marquage ante-christique des gens de l'Ouest se diffusait. Des prêches enflammée de prêtres, appelant à lutter contre les forces de l'Antéchrist, naissaient au sein des campagnes. Ils encourageaient les paysans à dévaster les villes, sièges du Malin ! L'ambassadeur du Jernland entendit des rumeurs d'agitations religieuses et se sentit aussi menacé, craignant bientôt être lui même la cible des prédicateurs. Qui sait où cela pouvait mener... jusqu'au bûcher ? Pour sa sûreté, il choisit de ne plus quitter sa chambre d'Hurðborg pour un temps. [/justify]
Zaldora

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[justify]Dans la tempête (11).
30 mars 2040,

[center][img] https://zupimages.net/up/19/40/r8ax.png[/img]
L’auberge fortifiée, ravagée par l’éruption religieuse.[/center]
Les prédicateurs essaimaient leurs graves prêches dans un nombre croissant de villages et de carrefours ruraux. Leurs détonantes paroles sidéraient les foules et enflammaient le cœur des paysans qui, aussitôt, se constituaient en petites bandes armées sillonnant les campagnes à la recherche des forces de l’Antéchrist. Ces dernières étaient non seulement représentées par les gens de l’Ouest [Jernland et Jernlanders qui apposaient et acceptaient de se faire apposer la marque de la Bête) mais aussi plus généralement les marchands et les villes en tant que tels. Après l’oppression, la violence et l’insécurité qui marqua l’ère des Brigands, le Royaume entrait dorénavant dans une époque elle-même trouble et incertaine, celle de l’agitation religieuse, des prédicateurs zélés et des soubresauts religieux incontrôlables. Craignant pour sa vie, le diplomate Erik Vidheim ne sortait plus des épais murs de la forteresse d’Hurðborg. Au dehors, des paysans galvanisés et très agressifs partaient vers le nord, armés qui de fourches, qui d’arc, qui de poignards. Pour l’instant, aucun ne s’était approché trop près, ni n’avait initié de mouvement vers le logis royal. Et pour cause, la Reine profitait toujours, chez les peuples, de la gloire d’avoir défait la Grande armée des Brigands. Plus loin, on se rappelait aussi d’elle comme la cheftaine initiatrice de la réforme agraire qui offrit des alleux et des terres aux clans paysans. Un temps remise en cause, voir annihilée par les évènements de l’été, elle reprenait aujourd’hui de plus belle. Ainsi, il était espéré que les sans-terres disparaissent complètement d’ici quelques années.

L’ambassadeur du Statsråd tenta plusieurs fois de s’entretenir avec le Roi consort mais ce dernier cherchait à l’éviter, prétextant être pris par les audiences publiques auprès de sa femme, ou par les innombrables et très nombreux entrainements auxquels les féodaux prenaient part. La guerre et les armes faisaient partie de leur identité, c’étaient leur vocation, pour ne pas dire leur sacerdoce. Lorsqu’il pu enfin avoir l’attention d’Austmarr, le serviteur Jernlander tenta tant bien que mal de présenter son pays sous un nouveau jour, s’appuyant sur la proximité culturo-religieuse. Si le Roi consort ne le nia pas, il fut en revanche peu convaincu par les explications théologiques et ses suspicions eschatologiques envers les voisins occidentaux demeurèrent intactes. En attendant, ni la Reine, ni les seigneurs ne donnait l’impression de vouloir réprimer les bandes paysannes fanatisées. C'était comme s’ils avaient d’autres chats à fouetter ou pire, qu’ils approuvaient leurs actes. Erik Vidheim était en plein doute et s’inquiétait toujours davantage chaque jour. De leur côté, les abbés-mitrés ne réagissaient pas non plus face aux prêcheurs et restaient dans un mutisme étonnant. Et pourtant…

En le pays d’Àstland, trois bandes paysannes avaient dévasté l’auberge fortifiée « A l’âstre » après que le tenant et la tenante aient refusé de les servir gratuitement. Plus à l’ouest, dans l’Hljóðrland, une autre cohorte avait tabassé la guérisseuse de plusieurs villages. Et enfin, au Líttjǫrð, un dernier groupe s’était mal comporté en vandalisant une taverne et en violant l’une des serveuses. La lutte face à l’Antéchrist, sincère chez la majorité, semblait, chez la minorité restante, servir de prétexte au défoulement de bas instincts comme le permettait, de manière contrôlée, le Carnaval, les fêtes de l’ours, la fête des fous, etc. Avec les guerres privées, le désordre était un phénomène coutumier, presque normal. Néanmoins, celui-ci, attisé par la flamme religieuse, avait tous les ingrédients pour dégénérer en une grave guerre civile. Une de plus ! [/justify]
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[justify]Dans la tempête (12).
5 avril 2040,

[center][img]https://www.zupimages.net/up/19/40/if1u.jpg[/img]
Le cachot dans lequel fut jeté un brigand, ex-seigneur…[/center]

Les soudards le balancèrent sans ménagement et refermèrent la lourde porte derrière eux. Le brigand se releva lentement, faible et brisé, et vit que la geôle contenait cinq autres prisonniers. L’un riait comme un « fol » et éructait des choses obscènes. Son œil gauche était enflé et semble-t-il fermé pour de bon. Son visage était en outre bardé de sang séché et de boursouflures. Les autres occupants ne se portaient guère mieux : l’un se tenait dans un coin sombre, allongé sur le côté et semblait avoir mal au cul. Un autre, la face recouverte de profondes cicatrices, dévisageait d’un regard noir chaque personne présente. Le cachot était humide et infesté de rats. Il n’y avait pas de couche et chacun dormait à même le sol sur un mince lit de paille. Le repas quotidien se limitait à du pain rassis et à de l’eau. Les seuls signes visibles de confort étaient cette fenêtre, offrant la lumière du soleil, et ces quelques seaux où les criminels chiaient et pissaient au lieu de souiller le sol. Telles étaient les conditions au sein des prisons du seigneur Erlandr IX. Contrairement aux culs-de-basse-fosse contrôlés par Marie III, les prisonniers ne recevaient pas la visite d’un mire [médecin], ni ne profitaient d’une cuve pour se laver, et encore moins l'instinct de chats pour tuer les rongeurs.

La prison fermée était traditionnellement peu appliquée et limitée à certains crimes. On lui préférait la prison ouverte [rester dans les limites d’un château, d’une ville, d’un pays etc], l’amende, la punition corporelle, le bannissement ou la mort (qui demeurait tout de même rare et réservée à d’aucuns actes très précis. Banaliser la peine de mort par une utilisation trop fréquente lui retirerait son aura et n’aurait plus aucun sens). Cependant, avec l’ère des brigands finissante, le nombre d’incarcérés explosa littéralement. D’environ 700 l’été dernier, les prisonniers au sein des divers cachots seigneuriaux se comptaient désormais par milliers. Bondés, les geôles ne pouvaient plus accueillir grand monde. Ce que notre brigand, ancien seigneur autoproclamé, ignorait, c’est qu’un bandit arrêté à la précédente lune souffrait de fièvre contagieuse. A la faveur de la récente promiscuité, la question n’était pas de savoir si une épidémie aura lieu, mais quand elle se propagera… Adossé contre le mur de pierre, un frisson lui parcourra l’échine : après une vie faite de rapine, de viol, de gloire puis de décadence, ne valait-il pas mieux rapidement rejoindre le Tribunal du Créateur que de passer le restant de ces jours dans cet enfer sale, puant, infecte et dangereux ? [/justify]
Zaldora

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[justify]Dans la tempête (13).
12 avril 2040,

[center][img]https://zupimages.net/up/19/40/dw7f.png[/img]
L'endroit de la rencontre secrète.[/center]

Il faisait nuit et particulièrement sombre au sein de la forteresse. Edna (ou Eðna pour les locaux) circulait prudemment, à la lumière d'une bougie, entre les escaliers et les dédales de pierre. En chemin, elle croisa des gardes en patrouille mais aussi des gens du clan se rendant aux cuisines, s'entrainant à l'épée ou, au vu des bruits, à des activités plus charnelles. L'on était au milieu de la nuit et pourtant l'endroit paraissait aussi vivant que le jour. La Westréenne ne s'était pas encore habituée à la dorveille et aux façons de dormir des Thorvalois, si bien qu'elle semblait fatiguée. Celle-ci arriva enfin près du lieu de rendez-vous, dans un couloir éclairé par des torches. Sa complice d'intrigues, la Reine en personne, sortit d'un coin de pénombre et fit signe d'approcher. Marie portait une ample chemise de lit blanche. Un vêtement qu'elle revêtit seulement pour ne pas se promener entièrement nue dans les couloirs. Et ce dernier n'avait pas davantage ses faveurs au lit, au moment de dormir, car son port avait une signification sociale bien certaine : le refus du devoir conjugal. Ainsi, à l'exception des moines et du clergé, les gens étaient presque entièrement nus sous les fourrures. Edna ignorait ce que la Reine désirait. En fin d'après-midi, un jeune marmiton aux joues roses l'avait interpelé pour lui dire que Marie voulait la voir durant la dorveille. Il ajouta de venir seul, de n'en parler à personne et d'être discret. Pour se cacher ainsi des regards indiscrets, l'affaire devait relever de la plus haute importance. L'espionne, plus subtile que son compère Tom, adepte de la force, s'en réjouissait intérieurement car cela signifiait que la matriarche lui faisait confiance.

« Mestresse ? se présenta la femme.
– Eðna. Conoissiez vos li letre ? [savez-vous lire ?] demanda Marie.
– Aye. »

La suzeraine lui remit alors un petit rouleau. Elle le déroula et prit connaissance des quelques lignes. Celles-ci y figuraient en cursive gothique dite thorvaloise. Un style primitif qu'Edna parvint à déchiffrer sans mal. Dieu merci, sa formation incluait des cours de paléographie. Sans ces connaissances, le texte n'aurait ressemblé qu'à une succession anarchique de lettres ésotériques. Par ailleurs, si jamais il eut plu à Marie d'écrire en runique, la Westréenne le maitrisât également. L'espionne opina du chef, en guise d'acceptation de la mission, avant de jeter la missive dans l'un des braseros.

« Boine forstune, Eðna. Oh, este por Tómas. » conclut la reine en envoyant une bourse à son interlocutrice, avant de disparaitre.

Edna regarda à l'intérieur, il s'y trouvait plusieurs pièces de divers métaux. Que mijotait Tom ? Quoi qu'il en soit, sa mission importait davantage désormais, dont la réussite ou l'échec marquera probablement le cours des évènements. [/justify]
Zaldora

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[justify]Écrits privés et secrets (8).
14 avril 2040,


[center][img]https://zupimages.net/up/19/29/3otq.png[/img][/center]

Les différentes étapes admises de la vie d'un Homme sont l'enfance, l'âge adulte et la vieillesse. La croyance commune place l'apogée anthropologique au sein d'une période grossièrement comprise entre trente et cinquante ans, ce que l'on nomme la fleur de l'âge. Or, ce raisonnement est faux : l’apex de l'Homme se situe dans l'enfance réceptive autant à l'émerveillement qu'au merveilleux. Pas encore pervertie par l'opportunisme et la compromission, pas plus que corrompue par la possession de biens terrestres matériels, l'esprit des petits crée une vision du monde et une morale conforme à leur innocence, spontanément chevaleresques ! Qu'est-ce qu'une reine, pour un enfant, si ce n'est une femme sur un cheval qui n'a pas peur ? La patrie des enfants est le royaume des grands mythes fondateurs, des légendes, des mystères et des contes où la première loi est l'honneur, et la principale vertu le courage. En outre, les enfants possèdent une disposition d'âme qui plait au Seigneur. Celle-ci se traduit par un abandon total entre les mains de Dieu, la pleine conscience de son dénuement, l'acceptation joyeuse de sa faiblesse intrinsèque et la Foi surnaturelle en le secours divin qui ne saurait jamais manquer. Cette inclinaison enfantine, profondément innocente et naïve, possède des liens étroits avec l'esprit de pauvreté cher aux Évangiles. D'ailleurs, le Christ ne nous dit-il pas de devenir semblable aux enfants ? A ce titre, Dieu lui-même est enfance, trop grand pour que les hommes l’appréhende avec leur intelligence limitée et, au même moment, trop simple pour leurs raisonnements et calculs compliqués. La Vierge Marie n'est pas seulement la Nouvelle Eve et la Reine des Anges, elle est aussi cette merveilleuse et si charitable petite fille. L'enfance est liée au Divin, à ce titre, elle est sacrée, et correspond aux temps bénis de la vie d'un Homme.

Au contraire, le passage à l'âge adulte est non une maturation ou un épanouissement, mais une chute terrible et un flétrissement ravageur. A ce moment, l'Homme devient sceptique, désabusé et méfiant. Il perd la disposition de l'âme vers le Divin et c'est l'esprit d'affirmation qui domine : les repères s'en vont, le sens disparait, le cynisme et le pessimisme deviennent maitres. Ces symptômes empirent jusqu'au dernier stade de la vie, les derniers jours, marqué par l'esprit de vieillesse caractérisé par l'absurdité et le vide existentiel. Toutefois, c'est paradoxalement au crépuscule de sa vie que l'Homme entrevoit les rayons d'une nouvelle Aurore. C'est dans son agonie, faible et dépendant, qu'il peut revenir à l'humilité et se tourner à nouveau vers Dieu.

Le destin des Civilisations suit à peu de choses près le même cheminement. Il s'y trouve en effet un étrange parallèle. Dans son enfance, la civilisation vit dans l'esprit de piété et d'enchantement. Elle se construit, bâtit ses plus belles choses et atteint son age d'or. Arrivant à l'age adulte, la civilisation entame son déclin en se révoltant contre la piété au profit de la Raison déifiée. Désormais, c'est l'esprit de conquête qui la guide : embourgeoisement, progrès technique et scientifique, urbanisation, industrialisation, colonisation, accumulation du capital, volonté de conformer l'Église au monde, bouffonnerie des casuistes qui nient le péché etc. Enfin vient le temps de la vieillesse, les dernières heures de la civilisation en décomposition, où règne l'esprit nihiliste : volonté de confort, volonté de consommer, volonté de jouir ; Dieu et l'Église disparaissent totalement des discours, des pensées et des attentes. Heureusement, cet état ne saurait être éternel et il est déjà possible d'apercevoir les petites lumières annonçant l'enfance civilisaitionnelle retrouvée de demain. Pour nous, c'est très clair : l'âge adulte et la vieillesse correspondent, au niveau civilisationnel, à deux phases du monde moderne. Cependant, nous ne nous hasarderons pas à dire où se situent exactement chacune des nations de la terre.


[right]Percefal Fenton-Beckett[/right][/justify]
Zaldora

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[justify]La Foi militante (1).
24 avril 2040,


[center][img] https://www.zupimages.net/up/19/41/arch.jpg[/img]
On s’entrainait désormais au sein des jardins monastiques…
(Monastère Sainct-Ísólfr dans le Duraþrórheimr)
[/center]

La crispation religieuse, née de la marque de la Bête apparue au Jernland, ne ralentissait pas et paraissait au contraire en plein avènement. Les bandes paysannes fanatisées poussaient comme de la mauvaise herbe, touchant les vallées les plus étroites et les villages de forêt les plus inaccessibles. Face aux débordements des premiers jours, les milices étaient désormais reprises en main, organisées et regroupées par la Confrérie Sainct-Ólafr. L'organisation était un mouvement religieux et clérical dont le dessein était d’instaurer une théocratie sociale au Thorval. Elle représentait un important allié des paléo-communistes à Jensgård et le seul parmi les grands mouvements politiques à posséder une toile à l’échelle du royaume ; en effet, une part grandissante d’églises, d’abbayes et de monastères ruraux devenaient loyaux à la Cause. Les responsables d’exactions et de désordres inutiles furent renvoyés dans leurs villages et priés d’y rester sous peine d’excommunication. Les crieurs affiliés à l’Église annonçaient sur le parvis des Cathédrales, sous le porche des églises rurales et sur les carrefours de l’arrière-pays la fondation d’un ordre religieux combattant : Les Freres Crestiens du Sainct Nom. Celui-ci se composait, pour l’heure, des paysans et paysannes ralliés à l’objectif sacré. Ils étaient armés de haches, de poignards, de fourches et de bâtons. Toutefois, la Confrérie était parvenue à ramener à elle les forges de Draumrland et de Vesallvegarðr qui produisaient, le plus discrètement possible, des armes pour eux. Ces derniers s’entrainaient sous la supervision de vrais maitres d’arme à l’ombre des abbayes rurales dont les pâtures, les jardins, les pommeraies, les réfectoires et les bibliothèques faisaient dorénavant aussi office de camps d’entrainement. Les Chefs de la Confrérie ne se reposaient toutefois pas sur leurs lauriers et essayaient, entre temps, de convaincre les chevaliers errants ou en rupture de ban, voir de retourner les guerriers fidèles contre leur lige ! Des pourparlers avec le grand maitre des Chevaliers de la Foi, autre ordre combattant, se tenait également au sein de la commanderie d’Heiðrúnland. Si les deux institutions parvenaient à converger, elles formeraient une force dangereuse et incommensurable… Cependant, l’union allait-elle réellement de soi ? Ce n’était pas si certain, dans la mesure où les Chevaliers de la Foi n’obéissaient (et ne payaient impôts) qu’au Très Saint Père Célestin.

Au final, en quoi consistait la Cause défendue par la Confrérie Sainct-Ólafr ? Lutter contre les forces démoniaques de l’Antéchrist que les gens de l’Ouest (Jernland) servaient… mais aussi prendre le Pouvoir, instaurer une Théocratie sociale et rurale susceptible de conduire le royaume à l’Age d’or en vue du très prochain retour du Christ qui jugera les Hommes. A ce titre, chacun devait se mettre en conformité. Malgré une vision du monde, des solutions et des raisonnements différents, les conclusions de la Confrérie se rejoignaient avec celles de la Fraternité, d’où leur alliance dans la capitale. Si la guerre contre l’ordre féodal et clanique n’était pas exclue, au contraire même, elle s’y préparait activement, la Confrérie voulait en premier lieu essayer de régner de facto, à défaut de gouverner de jure. Cela passait par le placement ou l’infiltration de ses gens à la Cour des Grands. D’importantes intrigues se préparaient afin que les offices de chanceliers, de maitres des monnaies et de maitres des espions soient, à MINIMA, tenus par des personnes loyales à la cause théocratique. Sans résultat d’ici six mois ou si les féodaux opposaient une trop forte résistance, contre le bon sens, la Confrérie partira en guerre ouverte. Elle était, avec la Fraternité Aurr (paléo-communiste), la puissance montante, la vague ascendante que rien ne semblait pouvoir arrêter, si ce n’est une destruction brutale et cruelle. Chose qui conduirait à la disparition d’une bonne part du clergé menant, par effet domino, à la chute des Hôtels-Dieu et des œuvres sociales de l’Eglise, vacuum conduisant ensuite au chaos social, à la guerre civile sanglante et in fine à la destruction finale de Thorval. Pour ne pas arriver à de telles extrémités, il fallait prier pour que l’entrisme, l’infiltration chez les féodaux fonctionnent. C’est pourquoi, la Confrérie se démenait afin de sélectionner ses représentants avec discernement. Elle prenait un soin encore plus grand et tout particulier pour les gens réservés à l'entourage de la Reine. Parmi eux, pour le poste de Chancelier, se trouvait le chanoine Markus Petrusson Hundólfring. Celui-ci s’opposait aux lois de la vengeance, aux guerres privées féodales, aux guerres privées claniques, à la bourgeoisie, au prêt d’argent etc… et prônait une organisation sociale collective des terres et des outils, l’abolition de la monnaie et des échanges, ainsi qu’une morale publique rigoureuse. Tels étaient les personnages qui pullulaient au sein de la Confrérie. Marie allait-elle coopérer ? Allait-elle embrasser la Cause sacrée en laissant le Seigneur monter, à sa place, sur le trône de Sainct-Ólafr (l’unique roi sanctifié de l’histoire du Royaume) ? Ou se battra-t-elle pour sauvegarder sa propre gloire ? La Confrérie n’était pas unie sur la question : certains la souhaitaient Régente, d’autres conseillaient de l’éliminer et une dernière portion, néanmoins non-négligeable, recommandait de l’envoyer à vie au couvent.

La Foi Militante triomphera… ou pas.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Écrits privés et secrets (9).
28 avril 2040,


[center][img]https://zupimages.net/up/19/29/3otq.png[/img][/center]

J’ai pu, entre deux chapitres de mon prochain roman, discuter assez longuement avec l’envoyé permanent du Jernland au Thorval. C’est un homme très inquiet par les troubles politico-religieux qui agitent le Royaume. Après la victoire contre les brigands aux ambitions seigneuriales et royales, ne subsistant plus que par quelques bastions assiégés, le diplomate ne semble guère avoir anticipé le risque actuel, né du projet de puçage du peuple Jernlander, rapporté par le Roi Consort, à la suite de son voyage en Arctique, et diffusé au sein du Royaume par le Chapelain de la Reine. Il craint pour sa vie et d’éventuels débordements en son pays. Je lui ai dis que cela était peu probable : les Thorvalois ne s’approchent que rarement des forêts et collines qui forment la frontière naturelle entre nos deux pays. Recevant, d’où je suis, presque aucun écho sur les évènements du monde, je l’ai prié de me conter cette affaire des puces, ses débats, ses répercussions internationales etc. Il a gracieusement accepté et mis un point d’honneur à demeurer factuel malgré son patriotisme. Ce qu’il m’a rapporté m’a grandement surpris.

Comment est-ce possible que le Sénat majeur vote par deux fois l’interdiction des puces, avant de rétropédaler en les autorisant de nouveau, cela en quelques semaines seulement ? Le peu de poids de la Politique face aux grands intérêts industriels et financiers est bien connu à Lébira, mais je ne la voyais pas à ce point impuissante… Il suffit qu’une chancellerie étrangère fasse du chantage économique pour que les autorités à Cartagina se soumettent sans trop de résistance. Dès lors, elles se plient en quatre pour offrir ce que le maitre chanteur exige : menaces sur la classe politique, démission forcée, élections anticipées sans raison, négociations et magouillages de voix pour au final déposséder le peuple de sa souveraineté. Le Jernland en sort grand vainqueur et Lébira subit certainement la pire humiliation de son histoire. En Britonnie, face à une situation analogue, le Parlement n’aurait jamais accepté de se faire ainsi marcher sur les pieds, même s’il n’a pas toujours été l’expression exemplaire de la volonté populaire. Au contraire, dans son histoire, le Parlement a plus souvent agi comme le gardien des intérêts des grandes familles et de la Couronne.

Pire encore, personne au sein de la classe politique Lébirienne, des Présidents aux députés, jusqu’aux ministres, ne semble avoir démissionné, ne serait-ce qu’en signe de protestation face à un vol de démocratie. Comment est-ce possible ? En Albion, confrontée à pareil scandale, foule de politiciens seraient partis au nom de leurs convictions ou par conscience de leur manque de légitimité et de leur incapacité à continuer dans de telles infamantes conditions. Dès lors, j’en conclus que la démocratie Lébirienne est malade, malade de l’emprise de l’économie sur la politique et des petits trafics politiciens l’ayant éloigné de sa vocation première : le service du citoyen. Je ne suis moi-même pas démocrate mais je compatis avec les Lébiriens qui croient en cette forme politique et qui sont forcés d’assister à pareil spectacle désolant.

La démocratie représentative est morte à Lébira et les vieux partis traditionnels de gouvernement vivent probablement leurs dernières heures. L’avenir est à la démocratie directe avec de nouveaux acteurs, que les peuples Lébiriens, forts de leur culture démocratique, au moins dans les trois provinces historiques du Montalvo, réclameront à corps et à cri dans un futur proche, une fois la sidération passée.


[right]Percefal Fenton-Beckett[/right][/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Influence et grand jeu (1).
1er mai 2040,

[center][img]https://zupimages.net/up/19/41/ge22.png[/img]
Pétr, un des oiselets. A l'entrainement du corps.[/center]

Des espions Westréens étaient apparus à dos de cheval sur les rives impérieuses du Ǫlfossá. Ils s'étaient résolument fondus dans la masse : si ce n'est leurs tignasses foncées, comparés aux cheveux clairs des locaux, rien ne les distinguaient des autres péquenauds du terroir, pas même l'attitude. Ils y rencontrèrent leur collègue Tom, tandis qu'Edna se trouvait en mission quelque part dans le Nord. La tâche des nouveaux venus était d'organiser une petite école d'espionnage. Le clan royal les accueillit au sein de la forteresse et mit à leur disposition des chambres et une grande pièce avec des bancs recouverts de laine pour les cours théoriques. Quant aux entrainements physiques et pratiques, la campagne environnante devra faire l'affaire. Ainsi, les Westréens auront pour objectif de dispenser leur savoir-faire en terme d'infiltration, de filature, de crochetage de serrures, etc. Des connaissances artisanales mais fort utiles pour former proprement le réseau personnel d'informateurs que Marie s'était échinée à tisser au sein des cours seigneuriales de renom. La Reine les appelait ses « oiselets » (oisillons) et était très fière d'eux. Ils lui avaient, en effet, rendu d'excellents services. Un bon tiers étaient adultes, fin intrigueurs, postés dans les plus dangereux et lointains fiefs. Ceux-ci n'avaient guère besoin d'apprendre. Les autres, en revanche, étaient encore des enfants, orphelins et sans clan, se limitant à des missions simples au sein du voisinage plus ou moins éloigné. En tant que matriarche, Marie les fit rapidement adopter par le clan. Au départ, plusieurs s'étaient interrogés sur ses petits qui allaient et venaient pour chuchoter à l'oreille de la suzeraine. La parentèle finit par s'y habituer et les oiselets faisaient désormais parties intégrantes de la cour. La jeunesse des futurs apprentis en surprit plus d'un chez les Olgariens mais après tout, la République des Conseils ne les avaient pas envoyé pour poser des questions. La construction d'une communauté d'espions compétents et réellement fidèles devait à plus ou moins long terme permettre à la Reine de couper les liens venimeux qui unissaient le trône avec l'Ordre des Murmureurs, confrérie d'espionnage, nid de vipères qui ne répondait qu'à lui même et jouait un jeu trouble depuis trop longtemps. Évidemment, la séparation ne se fera pas sans heurts et promettait des guerres sanglantes.

Du reste, la présence du Westrait, via des espions amicaux, rentrait aussi dans le cadre du grand jeu géopolitique. A terme, le Thorval devait devenir une des têtes de pont du Westrait pour le communisme mondial. A ce titre, le chef McKenna et ses ministres soutenaient ouvertement la Fraternisté Aurr et son bastion à Jensgård. La présence d'agents permettait de défendre la Cité contre ses ennemis mais aussi de faciliter et d'encourager la propagation du paléo-communisme dans les autres villes, voir même au sein des campagnes. De l'autre coté se tenait le Jernland qui voyait tout cela d'un très mauvais œil. Depuis l'été 2039, le Royaume s'était placé sous son protectorat. Et pareil acte n'était guère nouveau : le Traité de Røros plaça une première fois le Thorval sous protectorat Jernlander en 1603. La situation dura jusqu'en 2020 quand le Jernland sombra profondément dans la crise. Ainsi, la piteuse année 2039 n'aura été que la reprise officieuse de 1603, le vieux Traité étant officiellement caduque. Face au péril communiste, il ne serait donc pas étonnant que le Statsråd ne cherchât à relancer en grande pompe le Traité de Røros afin de montrer au Westrait que le Thorval était son pré-carré exclusif. Le Roi consort Austmarr, chargé plus ou moins ouvertement de veiller aux affaires horsaines, avait quant à lui une vision plus glorieuse et rêvait d'édifier une Union norroise sous la forme d'une confédération, où chaque État garderait une autonomie maximale mais vivrait sous le sceptre d'un unique Roi ou d'une unique Reine (HRP : Union de Kalmar).[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]La Foi Militante (2).
12 mai 2040,

[center][img]https://www.zupimages.net/up/19/42/f1rd.jpg[/img]
Enluminure d’un livre monastique ; sculpture sur l’église romane Sainct-Ólafr de Dýrrland.
Les représentations du diable, des démons et des peines de l’enfer étaient pour la plupart risibles
et grotesques, témoignant d'un christianisme populaire éloigné de la vallée de larmes. Et pourtant…
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Les cloches de l’église retentirent, la Reine sortit avec des cousins et le Roi. Devant l’édifice s’étaient réunis quelques dizaines de paysans pauvres, mal en point, effrayés… autant debout qu’à genoux. Marie s’arrêta et commença aussitôt l’aumône, garnissant de pièces d’or la nuée de main tendues, bénissant les hères d’un « Ti Dieu beniste ». Elle caressa tendrement les plus affligés et releva la tête des fatigués, leurs intimant délicatement de ne point craindre car le Paradis leur était déjà destiné. Lui rendant grâce, les pauvres la remercièrent sans fin, se prosternant, embrassant ses vêtements, ses pieds et ses mains. Les malades cherchèrent également à se placer dans son ombre ou à se faire apposer les mains, ce que la cheftaine fit avec dévotion. Cela n’avait rien de nouveau : la Reine avait toujours montré beaucoup de piété pour Dieu et d’amour, de bienveillance, de compassion et de charité pour son prochain, en particulier à l'égard des faibles qui étaient des Christs apparaissant sur terre. Cette dévotion s’était néanmoins grandement approfondie ces dix derniers jours. Alors que la réforme agraire avait reculé et que les mois de guerre civile avaient incontestablement causé des dégâts, la suzeraine multipliait les aumônes, les jeûnes, les prières, les messes, les confessions, fondait des monastères, dotait les hospices et les Hôtel-Dieu, prenait toujours le parti du pauvre face au fort, même s’il avait tort, car rien ne servait de l’accabler encore davantage, etc. Marie voulait changer nombre d’aspects de la société afin de la rendre plus juste mais elle ne le pouvait pas, cela lui était impossible ou du moins extrêmement difficile et périlleux.

Marie s’était, une nuit récente, réveillée en nage, tremblotante et paniquée. Cette nuit-là, elle raconta au Roi que le Seigneur lui était apparu en rêve, qu’Il lui avait montré une vision, une vision de l’Enfer, et qu’elle devait une bonne fois pour toute renoncer à sa vie de pècheresse sans quoi jamais elle ne verrait Son visage divin. Depuis, la Reine avait peur et si elle disait aux petits que le Paradis leur appartenait, c'était également parce qu’elle pensait ne pas y aller personnellement. Sa position, et tous ce que celle-ci exigeait (guerres, intrigues, trahisons, compromissions…), constituait une voie royale pour l’Enfer. De même que celle de seigneur, marchand, chancelier, connétable… les Grands de ce monde avaient incomparablement plus de chances de se damner que le petit peuple dont le Salut était au combien plus certain. Il n’était pas rare que les seigneurs thorvalois prennent peur au crépuscule de leur vie, s’appliquant alors à se racheter, avant de tout laisser derrière eux pour finir leur existence en contemplation, dans l’humilité, au sein d’un monastère. La Reine était cependant loin de ses vieux jours et n’avait, tout au plus, atteint que son quart de siècle. Une prise de conscience qui arrivait bien plus tôt qu’à l’accoutumée dans le terrible monde féodal thorvalois. La suzeraine pensait dorénavant que mieux valait renoncer à sa place sur terre, que de risquer de la perdre au Ciel. La politique, les intrigues, les honneurs, le Grand jeu, être premier dans cette vie… n’étaient que vanité, allaient contre et mettaient en danger le Salut. Il était impossible de concilier sa position de Première avec les exigences d’une vie pleinement chrétienne.

Revenant au sein de la forteresse après sa rencontre avec les pauvres, Marie se rêvait d’abdiquer et de finir sa vie parmi les petits. Ce rêve, hélas, lui était inaccessible. Le Clan ne le permettrait jamais et préférait la tuer. Par ailleurs, abdiquer équivaudrait à une fuite en avant et causerait bien plus de mal que de bien. L'avenir en serait limpide : le Royaume foncerait tout droit vers une nouvelle guerre civile, alors qu’il souffrait déjà des prémices d’une crispation religieuse. Marie allait donc devoir continuer à régner malgré ses troubles de conscience. Un état qui tombait néanmoins à point nommé pour les ambitions théocratiques de la Confrérie Sainct-Ólafr qui comptait en profiter afin d’introduire massivement ses hommes dans l’entourage royal.[/justify]
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