60ct ---------- 22/02/2040[/center]
"L'Alilée est le laboratoire du monde sans croissance de demain"
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Le PIB aliléen en 2039 reste inférieur à celui qu'il était avant la grande crise des années 2020[/center]
Ce 5 janvier, les mines étaient sévères au siège du gouvernement provincial. Lino Chefalla, colérique. Ses conseillers, penauds. À la machine à café, le personnel, comme en deuil, contre mauvaise fortune faisait bon cœur, les plus hauts placés rappelant aux collègues qu'ils n'y étaient pour rien. Mais 0,93% de croissance, ce n'était vraiment pas grand chose, et le Président libéral récemment élu aurait bien souhaité que "l'effet Chefalla" fût meilleur au troisième trimestre afin de commencer 2040 sur une meilleure lancée. Mais au fond, une stagnation du PIB aliléen est-elle si mauvaise que cela ?
Tous les partis aliléens, officiellement, courent derrière cette espérance et l'ambition d'une politique qui permettrait un retour plein à la croissance. Des nationalistes aux ultra-libertaires pro-immigration, tout le monde entend nourrir les siens avec les fruits d'un renouveau du développement économique. Et Lino Chefalla, malgré son électoral péché originel de la lutte contre le maintien des Affranchis sur le sol aliléen, est également un homme qui aspire à redonner à l'île ses couleurs industrielles et touristiques d'antan. Tous veulent du chiffre. Mais pour quelques voix dissidentes au sein du Movimento Basta Corruzione, l'absence de croissance serait une "chance" et permettrait d'inventer le monde de demain. Après une décennie de rattrapage incroyable de l'activité dans la Ligue, plusieurs économistes sortent du bois pour avancer la théorie selon laquelle cette boursouflure du PIB lébirien ne pourra pas durer longtemps, et qu'à la manière de ces transitions démographiques dont on brocarde d'incontournables courbes universelles, la croissance lébirienne est condamnée à ralentir et son PIB à stagner.
- "En dépit de l'immigration de masse, la disponibilité des sols, la soutenabilité écologique, la capacité d'ingestion limitée de nourriture et de médicaments pour les populations, font que la croissance est condamnée à ralentir. Le niveau de vie de l'extrême majorité de la population, lui, aspire à augmenter encore et beaucoup, car la pauvreté est un vrai problème, mais cette aisance se prendra sur la redistribution, et non sur la création de richesses... dont l'essentiel se trouve dans la poche de quelques-unes." avance Orfeo Ornelli, vice-président du MBC.
Avec plusieurs collègues, il inaugurera ce samedi à Calamoni les premières Assises de la non-croissance, en présence d'une trentaine d'invités du monde universitaire, médiatique et scientifique, invitant le public à venir assister à un cycle de conférences, d'ateliers et de rencontres autour de témoignages d'actifs engagés, et d'associations, pour le partage d'un retour d'expérience. "Factuellement, de très nombreux aliléens n'ont pas vu leur niveau de vie évoluer depuis 2030, et beaucoup l'ont vu baisser depuis 2020... et pourtant ils ont vécu, ils ont vieilli, ils ont aimé, ils ont construit leur vie, dans la débrouille, parfois dans l'illégalité, dans la galère, en se confrontant à un système ou en le contournant. Les Aliléens vivent, et ont survécu, dans un monde sans croissance, au moins dans une partie du territoire." annonce Irma Laschiole, agricultrice, philosophe et co-organisatrice des Assises.
Pour les militants de la non-croissance, la hausse du PIB sans une analyse poussée à l'échelle des territoires locaux, et des transitions de richesses au sein des groupes sociaux, est une illusion. L'important, disent-ils, est de voir si davantage de personnes vivent mieux, sur le plan alimentaire mais sur d'autres plans également. Rien de très inventif, diront les initiés, mais ces Assises comportent quelque chose d'assez hétérodoxe dans le monde de 2040. À l'échelle lébirienne, la croissance a été de 4,15% en 2039, une performance qui s'explique essentiellement par les plus de 18% de croissance de l'Illythie, territoire qui ne connaissait ni cadastre ni réseaux de distribution d'eau potable il y a dix ans. L'Arovaquie a perdu 0,53% de son PIB, mais la Nazalie affiche plus de 3% de croissance, alors qu'elle concentre une part importante de l'immigration.