La Destinée manifeste | 明らかな運命

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Gelebor

Message par Gelebor »

[quote][center]Introduction[/center]




[justify]Les aspirations à l'expansion territoriale ont, semble-t-il, constitué depuis l'aube des temps le dessein de tous les peuples. Partir à la conquête de nouvelles terres lorsque l'on considère être à l’étroit dans son territoire, étendre son espace vital pour mieux asseoir sa propre civilisation, répandre sa culture, son mode de vie, sa religion, sa langue quand on les estime supérieurs à la « barbarie » des autres peuples (voisins ou lointains), utiliser sa puissance pour en imposer sa volonté aux plus faibles et obtenir leur allégeance, accaparer des marchés extérieurs pour y écouler des produits ou s’y procurer des matières premières, telle semble avoir été, en tous lieux et en tous temps, le grand désir du genre humain et l'axe directeur de son histoire. Certes, les buts et les circonstances ont pu varier d’un siècle ou d’une nation à l’autre, de même que les méthodes utilisées et le degré de brutalité des comportements, mais systématiquement il fut question de régner, au nom d’un idéal fédérateur, sur un espace territorial étendu. L’histoire des hommes se confond avec celle des empires. L’histoire du peuple teiko n’a pas échappé à la règle, et des fragiles colonies fondées à la fin du XIXe siècle sur la façade maritime natolicienne est né une nation métissée qui, à bien des égards, a pris la succession d’un ancien empire, celui du Teikoku, par son militarisme poussé à l'extrême et sa politique réactionnaire et passéiste. La meilleure formulation du schéma directeur dont l'Etat-major voijien a tracé les lignes est celle qu’en a donnée le journaliste originaire de l'archipel originel, Hitsuko Mori : « Akirakana unmei » - la destinée manifeste.[/justify]


[center][img]http://image.noelshack.com/fichiers/2019/04/4/1548363331-war-period-747.jpg[/img][/center]


[justify]A toutes valeurs égales néanmoins, le concept de « destinée manifeste », redisons-le, existait depuis longtemps quand on lui avait attribué ce nom. Il est juste de faire le constat qu’il fut inhérent à la naissance du Voiji Kodalstvo ou du moins qu’il commença à se concrétiser à la fin du XIXe siècle et se fortifia à partir de l'ère Saigo, avec la Grande marche vers l'Ouest natolicien, mythifié, de vagues toujours plus nombreuses d’immigrants teikos. Pendant les premières décennies du siècle, des générations successives de pionniers entreprenants ont décidé de quitter leurs parcimonieuses contrées natales pour les basses terres de Sakovo et d'Iwari et de s’aventurer vers l’Ouest au-delà des obstacles naturels que constituaient prédateurs, populations indigènes et monts et forêts impénétrables... Là se consolidèrent le nationalisme grand-teiko et une conception de l’existence qui singularisera la mentalité voijienne. [/justify][/quote]
Gelebor

Message par Gelebor »

[justify][quote]« L'extension de nos possessions coloniales, loin de priver notre nations de ses forces vives, est au contraire un moyen de la fortifier en fournissant des opportunités économiques illimitées pour les générations suivantes. Nous avons acquit un vaste territoire, et ce n’est point seulement un marchepied vers les richesses insondables que nous promet le continent natolicien, mais un espace vital où notre race, épanouie du libre-développement de ses aptitudes, pourra croître et prospérer. L'abondance des terres est seule garante de la pérennité de notre peuple. Avec noblesse, labeur et rectitude, nous mettrons en oeuvre la mise en valeur de cette terre arrachée à la barbarie. Peut-être objectera-t-on dans un avenir proche que nous nous en sommes emparés par la force, par le sabre, par divers moyens et procédés retors qui jetteraient l'opprobre sur l'honneur ; mais nécessité est mère du pragmatisme : nous soustrairons aux nations impérialistes un large pan du littoral natolicien, affermissant, dussions-nous y déployer mille efforts pour se faire, la puissance du Teikoku. Voilà la plus belle œuvre de notre vie. Nous changerons de vastes solitudes en des pays florissants, sous l'oeil bienveillant des Dieux. » Incipit du Yamato no Musuko no Kibo.

En 1982 paraissait à Subarashi, sous la plume de l'écrivain Yosei Harigawa, et dans le cadre d’une œuvre plus vaste (Yamato no Musuko no Kibo - Espoirs des fils du Yamato), une biographie d'Hirazu Komei, premier gouverneur du Voiji Kodalstvo. Elle fut intitulée : Yusha no yusha no kuronikuru, ou "Chroniques du brave d'entre les braves". Cet ouvrage écrit dans un style archaique, et qui selon les écrits de ses contemporains s'apparentait à un pamphlet dissimulé sur l'état moral de la nation teiko, dresse le portrait d'un homme paré des atours d'un authentique chef providentiel, chef providentiel qui conduisit de braves pionniers vers les terres promises de l'Ouest dans lesquelles il avait restauré la grandeur du peuple teiko, réformé les mœurs, imposé l’observance des vieilles lois, et de la barbarie parvint à ériger la ville qui deviendra la capitale de l'Union fédérale voijienne. Nombreux furent ceux qui dans les premières décennies du XXe siècle avaient, comme Komei, le sentiment d’accomplir dans les étendues sauvages de Natolica une œuvre civilisationnelle relevant du même impératif religieux : ressourcer la foi, régénérer l’homme nippon, inscrire son histoire au sein des grandes puissances, mériter sa place. Les colons avaient définis en termes religieux le sens de leur périple :

« Nous entreprenons, pour la gloire de l'Empereur et la propagation de la seule vraie foi, un voyage pour construire la première colonie dans les parties méridionales du continent natolicien. Par nos efforts et notre dévotion, nous honorerons les Dieux et nos ancêtres... »

Ceux qui appartenaient aux groupes des Fils du Yamato ne représentaient qu'une vingtaine d'individus sur cent, mais ils surent, avant même de débarquer, imposer leur autorité morale et calquer la future organisation de leur colonie sur celle des groupes religieux ultra-nationalistes qui prenaient racines dans l'archipel. Au commencement – et l’exemple des Fils du Yamato allait être suivi sous des formes diverses dans nombre d’autres colonies -, l’enjeu spirituel et patriotique de la colonisation est proclamé. Dans ce court texte à la fois prosélyte et fondateur, tous les éléments de la double dimension raciale et religieuse sont réunis : l’avancement de la foi shinto, la présence des Dieux, l'essor du peuple teiko. L’histoire de la colonisation peut commencer ; elle sera « exceptionnelle ».

Dans ses écrits, Harigawa affirme certes le caractère conquérant et appropriateur de l’entreprise coloniale mais souligne l’exemplarité de l’expérience ; et met les Dieux du côté de ses congénères dans les faits historiques où la propagation de la juste foi s'était heurtée à des résistances. Ce discours est plus qu’un sermon ; c’est – parfois ouvertement, parfois en filigrane – un véritable projet civilisateur, un schéma spirituel et social offert au patriote nippon et, pour commencer, à ceux qui voudraient émigrer vers le Voiji Kodalstvo, terre où les anciennes traditions persistent...


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Gelebor

Message par Gelebor »

[quote] [justify]La distance à laquelle les Dieux ont placé l'archipel teiko et le continent natolicien est une preuve concrète et naturelle que l'autorité du premier sur le second est l'expression de la volonté des Dieux. Partout, une sorte de mission religieuse présida à la naissance de ce qui, un siècle et demi plus tard, servit d'argument à l'impérialisme nippon. Aux yeux de ceux qui, vague après vague, se sont implantés sur cette terre vierge de toute civilisation avancée, il n'y avait guère de doutes que le sol où ils s'étaient fixés était d’essence aussi divine que celui de l'archipel originel. À travers leur expérience, un noble sentiment d'abnégation empoigne leurs âmes, celui d’être les instruments des Dieux.

Ce concept va s'ancrer et, génération après génération, devenir un élément essentiel du nationalisme grand-teiko. Au crépuscule de l'ère Saigo, les dirigeants politiques du Voiji Kodalstvo réutiliseront ces arguments pour inciter leurs compatriotes à refuser la capitulation, à aligner leurs vues spirituelles sur les mantras divins et leurs actions sur la loi impériale. Ce « sanctuaire » mis en place par les Dieux ne pouvait être autre chose que le lieu désigné de la renaissance spirituelle et morale de leurs fidèles, l'espace salutaire dans lequel les Teikos, par l'effort, transcenderont leurs conditions matérielles. Les occupants des lieux, en l’occurrence les autochtones, sont considérés tantôt comme des nuisibles à éradiquer, tantôt comme des barbares à qui il faut enseigner les bienfaits de la civilisation. Ils n’inverseront pas l'impulsion colonisatrice lancée par le Teikoku.

Le mythe de la prédestination religieuse subira naturellement le poids de l’histoire. Aujourd'hui, il s’est passablement « sécularisé » sous l’effet de l’esprit rationnel et de la capitulation mais, même sous cette forme policée, il perdure et continue de structurer en profondeur les comportements individuels ou collectifs des Voijiens. La notion de « prédestination » ou celle de « peuple béni » en est une illustration révélatrice. Aux yeux de nombreux Voijiens, les peuples teikos continuent d’être la nation « élue », la nation désignée pour éclairer le monde et le régenter, car, contrairement aux individus, les peuples, pensent-ils, ne sont pas tous « faits égaux ». Ceci explique sans doute la difficulté qu’éprouve le gouvernement voijien à s’insérer dans le concert des nations, y compris dans les institutions.

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Gelebor

Message par Gelebor »

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Les années s'écoulent. Les vieilles peurs anciennes ne résistent pas longtemps aux tentations avantageuses des espaces offerts par la grâce du destin. Le peuple « choisi », promis à de rudes épreuves, se prit à croire, face à tant d’aubaines, qu’il était à l’évidence le peuple préféré, le peuple choyé par les Dieux. Valorisés par les efforts des colons nippons, les nouveaux territoires côtiers, désormais civilisés, deviennent les lieux réels et tangible où rêves et soifs de conquête se projettent à peu près librement. Forts de cette assurance, les Nippons choisissent tout naturellement, et sans guère se soucier des populations locales qui s’opposaient à leurs desseins, d’aller dans le sens de l’élan civilisateur et de "japoniser" à marche forcée chaque hectares providentiels offerts par la grâce divine.

l’Ouest bienheureux, qui ne constitue pas moins une épreuve délicate pour ceux qui se dévouent à la relever, forme aussi un horizon salutaire perçu de façon souvent contradictoire...

Ainsi, entre la révolution industrielle et l'essor du nationalisme grand-teiko, la notion de peuple élu s'ampute de son innocence et de sa générosité originelle pour devenir, sous l’apparence à peine modifiée du discours politique et des arguments religieux, un instrument de domination fondé sur la supériorité d’une groupe racial. Par ailleurs, la propagation au Teikoku de certaines interprétations douteuses du darwinisme a offert du grain à moudre ceux qui préconisaient ou voulaient mettre en œuvre une politique d’expansion fondée sur la supériorité « naturelle » de la race nippone. En effet, l’absence d’une puissante opposition dans ces territoires sauvages a donné à croire que l’expansion continentale relevait de l'ordre naturel. Le sauvage est tantôt exterminé, tantôt déporté, tantôt affamé, tantôt délogé, parfois civilisé, mais rarement respecté... Après tout, occuper un désert a créé l’illusion que ce qui habitait là était "dérisoire" et que cette expansion était non pas un processus conquérant, un processus oppresseur, mais un processus civilisateur, fécond et porteur de progrès.

L’expansion territoriale, l’explosion démographique au sein de cette colonie, sa relative réussite économique, le bon fonctionnement de ses institutions politiques conservatrices, une organisation sociale certes imparfaite mais harmonieuse et unique au monde, une homogénéité culturelle et religieuse, tous ces éléments ont modifié la perception d'eux-mêmes des colons nippons et de ceux qui les dirigeaient. On ne faisait même plus mine de respecter ou plus autant, ceux qu’on veut convertir ; on força la main, on imposa la loi du plus fort qui se trouvait être celle du meilleur... [/justify][/quote]
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