RP | Activités internes

Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center][img]https://i.imgur.com/8cSiwZW.jpg[/img] ACTIVITÉS INTERNES [img]https://i.imgur.com/8cSiwZW.jpg[/img]
RP et intrigues internes à la RDM.


[/center]

[hr][/hr]

[center]

Utilisation restreinte mais possible. En cas de doute n'hésitez pas à demander.
Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Le Lion du Makengo

[/center]

[hr][/hr]

[justify]Firmin venait d’arriver au palais présidentiel. Cela faisait une éternité qu’il n’avait pas vu son oncle en chair et en os. Il rentrait à peine de Santogne, où il venait d’y terminer ses études de droit des affaires. Dix longues années passées pour la plupart hors de son pays natal. Le climat chaud et humide du littoral makengais lui avait manquait terriblement. Mais cela en valait la peine, car un diplôme santognais faisait bien lus forte impression sur son CV que n’importe quelle autre formation, même la meilleure, obtenue ici. Revoir Youssouf, son oncle, lui remplissait le cœur de bonheur, surtout qu’il savait que ce dernier avait quelque chose à lui demander. Son oncle, il ne l’avait pas vu depuis quelques années déjà, lors d’un bref retour au pays pour le décès de sa grand-mère. Et ce n’était évidemment pas facile de trouver un moment avec Youssouf Botamba, président de la République, mais aussi oncle de Firmin et chef d’une grande famille « à la makengaise ». Le clan Botamba était si grand et si important que même Firmin ne connaissait pas tout le monde. Youssouf lui, si. Il dirigeait tout, connaissait tout le monde, planifiait tout. Le colosse aux mains de fer, certes grisonnant maintenant, restait un chef dans l’âme, un vrai leader.
Lorsqu’il arriva devant la porte du bureau présidentiel, il s’arrêta un instant et repensa à ses derniers moments passés ici avant de partir il y avait de cela près de 10 ans. Quel bonheur de revenir ici ! Il frappa à la porte, puis entendit la voix rauque de Youssouf.

En entrant, il vit le « lion du Makengo », comme on le surnommait dans sa jeunesse, assis à son bureau. Bien que l’âge commençait à se faire ressentir chez lui, Youssouf était toujours imposant, avec sa carrure importante et une présence certaine. Une véritable force de la nature. Le président makengais paraissait pourtant fébrile ce jour-là. La manche gauche de sa chemise était remontée, un garrot attaché au-dessus du coude, et au moment où son neveu entrait dans la pièce, il reposa sur son bureau la seringue qu’il avait en main
.

Firmin Botamba, neveu de Youssouf
« Toujours des crises ? » demanda Firmin tout en pointant la seringue.[/justify]


[center][img]https://i.imgur.com/r0ULUh8.jpg[/img][/center]

Youssouf Botamba, président de la RDM
[justify]« Par périodes seulement. Cette sortie devant l’armée pour mes vœux, là, elle est arrivée au plus mauvais moment. Mais ça va passer. Ne t’inquiète pas mon neveu. »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf
« Je ne me fais pas de soucis pour toi, tu es invincible et fort. Cependant, tu devrais tout de même aller en Santogne voir le médecin dont je t’ai parlé. Les docteurs makengais tu sais… »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Tu me l’a déjà dit oui. J’y réfléchirai. Mais je ne t’ai pas fait venir ici pour que tu me sermonne. Viens là garçon, ça fait une éternité que je ne t’ai pas vu. »

Youssouf empoigna la main droite du jeune homme, posa sa main gauche sur son épaule, et les deux hommes collèrent leur front sur celui de l’autre. Un coup à gauche, un coup à droite. Puis Youssouf pris Firmin par les épaules, le remis droit, se recula.

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Tu est bien maigre. La nourriture dytolienne est donc si mauvaise que ça ? Comment est-ce possible à ton âge d’être si frêle ! »

Firmin semblait redevenir un petit garçon de 10 ans face au colosse makengais.

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Enfin bref, je ne suis pas là non plus pour te sermonner petit. Installe-toi ! »

Les deux hommes prirent place dans les luxueux fauteuils du bureau présidentiel. La décoration n’avait pas changé depuis la dernière fois que Firmin était venu. Il y avait toujours les mêmes photographies de Youssouf en tenues militaires, avec ses acolytes d’antan. La même tête de tigre empaillée. Les mêmes défenses d’éléphants accrochés au mur.
Youssouf repris :


Youssouf Botamba, président de la RDM
« Je suis content de te voir. C’est bien que tu reviennes au pays. Le pays à besoin de ça. J’ai besoin de m’entourer de jeunes garçons talentueux comme toi. »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf
« Tu as déjà tous les meilleurs esprits makengais autour de toi mon oncle. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Certes. Mais pourquoi sont-ils autour de moi à ton avis ? Pour l’argent le pouvoir. Ils sont tous avides de ça. »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf
« C’est un problème ? »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Non pas tellement. Tant que je reste assez puissant, ils n’oseront pas me contester. Mais je préfère m’entourer de personnes de confiance. Des gens comme toi, comme tes frères, mes fils, la famille. »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf
« Tu ne fais confiance à personne d’autre donc. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Jamais. Ne fais confiance à personne, personne d’autre que les tiens. Et tu sais même, fais attention à tous, même ta famille. Choisi bien tes confidents. C’est comme ça que tu durera. Tous les autres, ils ne sont là que pour prendre un jour ou l’autre ta place. Tu sais ces derniers temps, je le ressens encore plus. Aboki, Kamano, et tous les autres… Ils n’attendent qu’un faux pas, une faiblesse. C’est pour cela que je ne peux pas me permettre d’aller tout de suite en Santogne voir ton médecin. Trop risqué. »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf
« Je comprends. Et Mubeye ? Tu ne lui fais pas confiance ? Il reste un de tes plus fidèles, depuis le début. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Tu as raison, il est fidèle. Mais jusqu’à quand ? Non, même lui je ne lui accorde pas plus de crédit qu’aux autres. C’est pour ça que c’est une très bonne nouvelle qu’il ait été nommé à la tête de la SAMD. Il passera plus de temps à se les peler à Dunmore dans des réunions interminables au milieux d’enissois en costumes cravates. C’est une bonne chose. Je n’aurai qu’à le faire surveiller quand il sera au Makengo seulement, de là-bas il est impuissant. Si jamais l’idée lui venait de vouloir me nuire… »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf
« Tu n’as donc pas changé mon oncle ! Mais pourquoi me raconte tu tout cela ? Pourquoi m’as-tu fais venir ici ? »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Justement, j’y venais. Vois-tu, je me fais vieux. E reste fort, ne t’inquiète pas. Mais ces derniers temps, avec toute cette nouvelle agitation autour de notre pays, je sens que les convoitises et ambitions de chacun sont de plus en plus menaçantes. Il faut donc que je m’assure de pouvoir contenir tout le monde. Je préfère m’entourer de réelles personnes de confiances. Je vais avoir besoin de toi, notamment. J’aimerais que tu prennes la direction de l’agence de gestion des aides au développement. Tu dois gérer tout ça. »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf
« Ce serait un honneur mon oncle. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Ton rôle va être très important. Tu sais, les makengais aiment le pouvoir. Enormément. Mais plus que le pouvoir, ils aiment par-dessus tout l’argent. »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf
« Et cette agence, de grosses sommes vont y transiter. Je saisis l’idée. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Je suis heureux de ton retour tu sais. Tu as toujours été un jeune homme brillant, bien plus que tes frères. Tu tiens ça te ta sœur, pour sûr. Elle me manque, mais je la revois en toi parfois. »
[/justify]
Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[quote][center][img]https://i.imgur.com/Du4qP7Y.png[/img]

[/center]

[hr][/hr]

Émetteur : Groupe d'intervention "Imfilho"
Récepteur : Youssouf Botamba
Objet : Rapport de mission
Mission : Opération Izinwele
Classification : SECRET DÉFENSE


[justify]La mission Izinwele, visant à mettre hors d'état de nuire la cible désigné sous le nom de code [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1342&t=17413&p=351974#p351974]Wezinwele[/url], a été effectué avec succès.
Aucune trace ni preuve n'a été laissé sur place, déroulement de l'opération sans encombre. Aucune autorité locale ne suspecte l'opération.

La mission Izinwele est un succès.

Le groupe d'intervention Imfhilo est désormais en attente d'une nouvelle affectation.[/justify]

Vive le Makengo !

[/quote]
Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Sur les rives d'Echibini (1)
[/center]


[hr][/hr]
[justify]L’après midi était calme à Gurundi. Situé sur les bords du lac Echibini, à quelques heures de routes de Kifi, capitale de la région de ruwa, le petit village peuplé de quelques milliers d’âmes tout au plus était le fief de la famille Diop. Les Diop étaient une dans grandes famille de l’ethnie kivuvu, principale ethnie de la région des grands lacs. Les kivuvus étaient des pêcheurs des grands lacs, mais depuis des décennies les membres de l’ethnie, et notamment les Diop, avaient achetés de nombreuses terres pour y cultiver bananes, manioc et taro. Les alentours de Gurundi s’étaient grandement transformés ces dernières années, la forêt reculant au profit de ces cultures sur brûlis. Les petites pistes de terres traversant l’épaisse forêt dense laissaient désormais place à des chemins plus large, sur lequel les camions pouvaient allègrement circuler, sans encombre (pour un conducteur local). Gurundi était le village des Diop. Un habitant sur deux au moins était un membre de la famille (au sens makengais, très large donc), et les chefs étaient tous des Diop depuis des générations entières. Moussa n’en était pas un, de chef, mais bien un Diop. Grand, costaud, bel homme, il était l’archétype du makengais. Il connaissait tout le monde ici, et bientôt ce serait à lui de diriger la famille et le village entier, après son père Abdoulaye.

Moussa revenait de Kifi, où il passait quelques jours par semaine chez sa tante. Il n’aimait pas la ville, et préférait largement son petit village des bords de l’Echibini, lui le pêcheur dans l’âme. Mais désormais avec toute les nouvelles terres de sa famille, il devait y passer une bonne partie de sa semaine pour y gérer les affaires agricoles. Cela ne lui plaisait pas. Les Diop, comme l’ensemble des kivuvus, n’étaient pas fait selon lui pour travailler la terre. Et ce qui ne lui plaisait pas, c’était surtout les problèmes que cette nouvelle activité apportait aux siens.

Longtemps restés isolés sur les bords des lacs, les kivuvus étaient certes majoritaires dans la région, mais n’avaient jamais étaient les dominants. Pendant la période coloniale, les santognais s’étaient appuyés et alliés aux mulutsis, l’autre ethnie présente dans la région, pour gouverner. Les mulutsis, c’étaient les peuples des grandes villes, mais aussi historiquement les plus grands propriétaires terriens du Ruwa. Les coopératives agricoles leur appartenaient toutes, et dans le commerce agricole local, tous les grands négociants étaient des mulutsis. Les plus grands producteurs, des mulutsis aussi. Pas étonnant qu’à leur arrivé dans la région les santognais aient appuyé les mulutsis plutôt que les kivuvus. A l’indépendance, la différence était alors encore plus forte entre les deux ethnies, mais cela n’avait posé problème à personne.

Après les premières réformes agraires des années 1970, les mulutsis, considérés par le pouvoir central comme des « makengais santognisés » s’étaient vu retiré une grande par de leurs terres. Les kivuvus en avaient alors profités. Mais une quarantaine d’année après, lors des grands troubles ethniques des années 2000, les mulutsis réclamaient de retrouver leurs terres. Après son arrivé au pouvoir, Youssouf Botamba créait le Conseil National du Dialogue Inter-ethnique (CNDIE), qui, se penchant sur la question, donnerai quelques années plus tard raison aux mulutsis et recommandant aux autorités locales de reconsidéré un nouveau partage des terres plus équitables entre les deux ethnies. Chose qui jusqu’à maintenant n’avait jamais encore été fait.
Moussa devait alors faire face chaque jour à de nombreuses réclamations, des siens, mais aussi de mulutsis voulant retrouver leurs terres qui désormais étaient la principale richesse des kivuvus. Les kivusus n’étaient plus des pêcheurs paisibles des bords des grands lacs, et il regrettait amèrement cela. Alors dès qu’il rentrait dans son petit village, loin des tumultes de la ville et de tous ces problèmes, pour passer quelques jours chez sa mère bien aimé, il se sentait revivre.

La semaine avait été particulièrement dure cette fois, et les tensions avec les mulutsis encore plus fortes. Et tout cela à cause d’un drame déroulé à des milliers de kilomètres de là. [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1355&t=17662&p=352126#p352126]La mort brutale de sa cousine éloignée, Issa Diop, coiffeuse de Mahra au Royaume de Kars[/url] en était la cause. Une Diop, exilée loin de là, plus connue pour ses prises de positions politiques que pour son appartenance à son ethnie, et qu’il n’avait pas vu depuis près de deux ans. Sa cousine ne revenait plus au Makengo, par peur des représailles du gouvernement, mais elle faisait tout de même partie de sa famille. Elle était même la seule fille de son oncle, un des plus grands propriétaires terriens des kivuvus. Il détenait un ensemble immense de cultures de manioc un peu plus au nord de Gurundi, et Issa devait donc à sa mort en hériter (les kivuvus ne différenciant pas les hommes et les femmes à l’héritage). Ces terres étaient très convoitées, et appartenait auparavant à l’une des plus grande famille mulutsis, les Kadiatou. Craignant de fortes tensions à la succession, l’oncle de Moussa avait donc trouvé une solution qui aurait satisfait tout le monde : Issa devait épouser un Kadiatou, Désiré Kadiatou, et ainsi réunir les deux familles (et ethnies) en une seule et grande famille, la plus puissante de la région de Ruwa. C’était sans compter sur Issa, qui n’avait jamais accepté l’arrangement, et était donc partie s’exiler à Mahra, devenant par la même occasion une fervente opposante au régime Botamba, ce qui rendait son retour compliqué.

Evidemment ce refus avait exacerbé les tensions entre mulutsis et kivusus, entre Kadiatou et Diop. Mais cette semaine, lorsque Moussa et tout le Makengo apprenait la mort d’Issa Diop, tout espoir de voir la situation se régler était parti en fumée. Les prochaines semaines allaient être difficiles à gérer pour Moussa…[/justify]
Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Sur les rives d'Echibini (2)
[/center]


[hr][/hr]
[justify]« Et toi, qu’en penses-tu Moussa ? ». A ces mots, Moussa Diop ne savait pas quoi répondre. Pourtant, le vieux chef du village de Gurundi attendait une réponse. Moussa devenait quelqu’un d’importance chez les Diop, et par là même chez les kivuvus. Son avis comptait alors.

« Je ne sais pas trop. La version de la police karsaise ne tiens pas debout. Issa, je ne la connaissais pas vraiment, mais jamais une Diop ne se serait acoquinée d’un musulman.

- Je suis d’accord, une hypothèse en moins ! enchaîna le vieux.

- Bien que sa famille sur place, là-bas à Mahra, crie au complot politique, Botamba n’aurait aucun intérêt à faire disparaître Issa. Elle ne représentait pas une réelle menace, et ses prises de position n’étaient même pas relayées ici.

- Donc, quelle est ta conclusion ?

- Et bien…

Moussa n’avait pas terminé sa phrase qu’il fut interrompu par un jeune, assis dans le fond de la pièce.
- C’est les mulutsis ! C’est sûr que c’est eux ! cria-t-il.

- Tais-toi, jeune ! cria le vieux chef. Laisse dont Moussa s’exprimer. Ton avis ne compte pas, contrairement au sien. »

Moussa savait que sa nouvelle position dans le village l’amenait à prendre plus de responsabilité. Mais cela ne lui plaisait pas tant, lui l’introverti. Il préférait l’époque où il écoutait les sages et les chefs de familles discuter lors de ces réunions interminables. Il reprit :
« L’hypothèse d’une vengeance mulutsis n’est pas à écarter. Mais j’ai tout de même du mal à croire qu’ils auraient pu agir si loin. Et pourquoi ne pas être venu discuter avec nous ici ? Toute cette histoire est étrange.

- Etrange, en effet, lui répondit le vieux. Merci de ton avis Moussa. Je partage presque ton opinion. Mais tu oubli une chose dans ton analyse : les mulutsis sont rancuniers. Jamais ils n’oublient. Et ils sont fiers. Jamais ils ne se laissent déshonorer. Mais surtout, ils sont lâches. Je reconnais donc là-dedans leur caractère.

- Vous pensez réellement qu’ils ont fait tuer Issa ?

- Peut être pas directement, mais ils y sont pour quelque chose c’est certain. Et cette affaire les arrange d’une certaine manière. Avec sa mort, Issa laisse sans solution satisfaisante ce conflit autour des terres Diop, qui oppose ta famille aux Kadiatou depuis près de 60 ans maintenant. Ainsi, ils vont avoir toute légitimité de retourner se plaindre auprès des autorités régionales pour régler l’affaire une bonne fois pour toute.

- Et comme le dernier jugement donnant raison aux mulutsis n’a jamais été appliqué, ils seront en position de force pour réclamer leur dû, pouvant même faire appel au plus haut… » termina Moussa, voix basse.

La réunion s’éternisa encore quelques heures, le temps d’entendre l’avis de tous les chefs ou représentant de familles importantes des kivuvus. Même si Moussa n’y croyait pas trop, il était forcé de constater que la majorité des kivuvus croyaient à l’hypothèse faisant des mulutsis les auteurs de la mort d’Issa.[/justify]



[center]* * * * *[/center]

[justify]Cela faisait maintenant plus de deux semaines qu’Issa était morte. Et la tension n’avait fait que monter entre kivuvus et mulutsis. Dans chaque village de la région, des vieux conflits autour des terres se ravivaient, à chaque fois les uns accusaient les autres, et inversement. Et quand il n’y avait a priori aucun différent, l’affaire Issa Diop revenait sur le tapis. Les kivuvus étaient convaincus de la culpabilité, au moins partielle des mulutsis. On commençait par ci et par là à raconter que des mulutsis allait venir dans la nuit égorger des familles entières pour récupérer leurs terres, qu’ils enlèveraient des enfants. Toutes sortes de rumeurs qui ne reposait que sur la crainte.

Et les mulutsis se sentaient insultés, car en plus d’avoir été mis sur le côté par les autorités depuis plus de trente ans, en plus d’avoir perdu une grande partie de leurs terres, ils étaient maintenant accusés de vengeance et d’être des lâches. Ils voyaient cela comme une grande manœuvre des kivuvus pour les discréditer définitivement auprès du pouvoir central et régional, afin de les mettre sur la touche pour des dizaines d’années encore. Là aussi, des rumeurs circulaient : les kivuvus auraient eux même éliminé Issa Diop pour les accuser derrière, et tout autre de délire paranoïaque de ce genre.

Chacun accusait l’autre, plus personne ne faisait confiance à personne. Moussa sentait cette tension. Au village de Gurundi, mais aussi à Kifi, la grande ville centrale de la région. Là-bas, même si les kivuvus et mulutsis n’étaient pas majoritaires, tout le monde se sentait concerné par la rivalité. Tout ceci n’allait pas se terminer de sitôt.
[/justify]
Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Sur les rives d'Echibini (3)
[/center]


[hr][/hr]
[justify]Quelques jours après les violences interethniques qui avaient causées la mort de 38 personnes, la tension était palpable dans la région de Ruwa, même si le calme était quelque peu revenu. Les familles kivuvus et mulutsis s’évitaient, les écoles avaient réouvertes, et le sujet était presque devenu tabou. Pourtant, chez les Kadiatou, famille mulutsis au cœur des évènements, un drôle de sentiment était né. Il y avait ce mélange de peur, mais aussi d’une réelle envie de vengeance et d’en terminer une bonne fois pour toute avec toute cette histoire : récupérer les terres, ne plus entendre parler des kivuvus. Une grande violence s’était emparé des jeunes hommes, les vieux ne cherchaient plus comme avant à calmer leurs ardeurs. Les autorités, que ce soit la région ou la CNDIE, n’avaient jusqu’à maintenant pas rouvert le débat sur l’attribution des terres agricoles. Pour eux, il n’y avait plus de soucis de cadastre. Pour les mulutsis, ces terres leur revenaient de droit. Et voir les camions remplis de denrées émanent de ces terres fertiles et riches dégoutaient les mulutsis, Joséphin en premier lieu. Agé d’une vingtaine d’année, bien bâti, c’était un Kadiatou fier, et il souhaitait ardemment participer au bien-être des siens. Pour lui maintenant, cela ne pouvait passer que par le retour de ces terres dans le giron mulutsis.

Il cherchait avec les autres jeunes de son village et des villages alentours à faire entendre raison aux autorités, à alerter la presse nationale qui n’avait jusqu’à maintenant relayer les conflits récents sans réellement parler du problème initial. Toutes leurs tentatives restaient vaines, et cela commençait à les agacer au plus haut point. Comment retrouver ces terres sans l’appui des haut placés ? C’était impossible. Il fallait passer à une autre étape, et se débrouiller seul, entre mulutsis.

Cette nuit-là, l’atmosphère dans son village était spéciale. Tous les hommes en âge de travailler s’étaient retrouvés sur la place centrale, autour du puits. Chacun avait amener un bout de bois, une machette, un flambeau, une fourche… Ils s’étaient décidés : si personne ne les écoutait, alors ils allaient passer à l’action eux-mêmes et se faire justice. Joséphin n’était pas de nature violente, mais ces derniers temps, il n’était plus le même. La foule se mis en marche sur les coups de 4h du matin. Il fallait faire vite, et ne surtout pas traîner en route. Ils se dirigèrent quelques kilomètres vers le sud, en direction de Gurundi, le village central des kivuvus. Ils leurs avaient voler leurs terres il y avait de cela trop longtemps, ils allaient maintenant payer.

Arrivée aux abords du village, la bande de mulutsis se mit à brûler les champs, et dès l’entrée du village, les premières cases et baraques se furent aussi mises à feu. Très rapidement, la cloche de la petite chapelle de Gurundi, qui n’abritaient que quelques milliers d’âmes, retentit. Dans le vacarme, les mulutsis entraient dans chaque maison et brûlaient, détruisaient tout. Chacun semblait possédé, avec une lueur terrible dans leurs yeux, ils n’étaient plus des hommes, mais juste des machines à détruire tout sur leur passage. On entendait les cris, les femmes appelaient à l’aide, les enfants pleuraient. Même au beau milieu de la nuit, on y voyait comme en plein jour, éclairé par les flammes qui prenaient une hauteur phénoménale. Joséphin entra dans une maison. Avançant vers le fond de la première pièce, il aperçu un jeune d’une dizaine d’année. Il protégeait une petite fille qui savait à peine se tenir seuls debout. Levant son arme, la fureur dans les yeux, il entendit les autres mulutsis crier : « On part ! On part ! ». Tout en fixant le jeune garçon, il s’arrêta net. Quittant la maison aussi vite qu’il n’y fut entré, il se stoppa, regarda autour de lui, et ne vit que des flammes, des gens crier, des femmes pleurer, des hommes courir éteindre les flammes, et d’autres arriver vers lui armés de machettes et gourdins. Il se demanda ce qu’il venait de faire, pourquoi i était là. Puis, dans un élan de survie, se mit à courir aussi vite que possible vers la sortie du village pour retrouver les autres mulutsis qui partaient.

[/justify]
Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Sur les rives d'Echibini (4)
[/center]


[hr][/hr]
[justify] Trois jours après la nuit sanglante, Gurundi sentait toujours cette odeur mélangeant sang, cendres er brûlé. Les militaires circulaient dans la région à bords de pick-up, ce qui rassurait la population tout en la pétrifiant en même temps. Cette ambiance rappelait les heures sombres des troubles ethniques des années 2000. Les villageois avaient assemblé les corps des victimes à l’extérieur du village. Les corps étaient allongés les uns à côté des autres, par famille souvent, et recouverts de draps. Des femmes pleuraient encore les enfants ou les maris, et les hommes discutaient violemment, avec un seul mot à la bouche : « Vengeance ». La vengeance, c’était ce que voulait absolument éviter Moussa. Pourtant il comprenait la colère de ses voisins.

Dans cette ambiance, Moussa avait été désigné naturellement pour aller représenter les Diop à la commission spéciale de la CNDIE qui devait essayer de trouver une solution au conflit. Il n’aimait pas les responsabilités mais souhaitait tout de même participer au processus de paix. Il partait aujourd’hui pour Kifi, avec d’autres membres kivuvus, qui participerait aussi aux discussions. Lui voulait trouver une solution acceptable pour tous. Ces compagnons ne voulaient rien céder aux mulutsis. Leurs terres, ils allaient les garder coûte que coûte. Ils considéraient les mulutsis comme une ethnie inférieure, traître, et donc non digne de terres si fertiles et riches.

Arrivés aux lieu des discussions, lui et ses camarades se sentaient perdus, lâchés au milieu des fauves. Ils étaient entourés d’hommes en costumes, des représentants locaux et gouvernementaux, des administrateurs de la CNDIE, des chercheurs et spécialistes des affaires ethniques. Les kivuvus et les représentants mulutsis n’étaient pour l’instant pas convoqués à la même table de discussion. Chaque ethnie était appelée d’abord à être entendue par le commission. Les kivuvus passaient les premiers, ce serait après aux tours des mulutsis.

Quelques jours plus tard, ce fut au tour des mulutsis de passer devant la commission. Suite à cela, tous se retrouveraient, quelques jours avant la fête nationale, pour discuter tous ensemble de la situation. Pendant ce temps, la police continuait de chercher les auteurs des violences meurtrières de Gurundi, et l’armée circulait toujours dans la région. D’autres échauffourées avaient éclatées ici et là, causant encore la mort d’une dizaine de personnes, et des blessés. Mais le calme était presque revenu, même si la tension était au plus haut…

[/justify]
Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Le Lion du Makengo (2)

[/center]

[hr][/hr]


[center][img]https://i.imgur.com/r0ULUh8.jpg[/img]
Youssouf Botamba, président de la RDM[/center]

[justify]Youssouf Botamba, président de la RDM
« Bien, messieurs, passons au dernier sujet du jour. Je vous avais demandé un rapport sur la situation dans la région de Ruwa, six mois après les débuts des incidents, qu’en est-il ? »

Joseph Kamano, premier ministre de la RDM
« Monsieur le Président, j’ai personnellement pris soin de coordonner la rédaction de ce rapport, impliquant nombreux de mes ministres ici présents. »

Pendant que le premier ministre s’exprimait, une assistante apporta un dossier de quelques pages au président, assis en bout de table. Les autres ministres étaient tous installés autour, dans l’ordre protocolaire, alors que Joseph Kamano faisait face à Youssouf Botamba. Le dossier être les mains, Youssouf Botamba le feuilleta rapidement, puis s’adressa à son premier ministre assez sèchement.


Youssouf Botamba, président de la RDM
« Eh bien Joseph, accouchez ! Qu’y a-t-il de nouveau à Ruwa ? Cette réunion s’éternise et j’ai l’impression de perdre mon temps. »

Joseph Kamano, premier ministre de la RDM
« Oui bien sûr monsieur le président… Alors, l’important à retenir est principalement l’apaisement des violences impliquant les communautés kivuvus et mulutsis, malgré un climat de tension continue. La CNDIE n’a toujours pas rendu son avis définitif et reste donc pour l’instant attachée à sa première décision du 21 mai dernier, ce que nous reproche les mulutsis, et notamment ceux ayant adhéré au FMLE, soutenus de plus en plus clairement par les fédéralistes locaux et nationaux. Monsieur Kemaiou a peu être eu des nouvelles venant de la CNDIE ? »

François Kemaiou, vice-ministre délégué aux Affaires coutumières
« La commission spéciale de la CNDIE continue son enquête et son travail de médiation. A ma connaissance, aucune nouvelle date n’a été donné pour son avis définitif, et la situation reste bloquée tant que les mulutsis n’accepterons pas le premier avis et la poursuite des négociations. D’un point de vue personnel, le premier avis rendu par la CNDIE a été une erreur, étant donné du contexte, mais elle a écouté les autorités locales… »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« On ne vous demande pas votre avis François. Messieurs Mbayo et Badibanga pourront peut-être m’éclaircir un peu plus sur la situation ? », dit-il en foudroyant du regard son premier ministre.

Fabrice Mbayo, ministre de la Défense nationale et des forces armées
« Monsieur le président, vous trouverez dans le rapport un état des lieux complet de la situation militaire en Ruwa. Depuis le déploiement des troupes, les actes de violences ont considérablement diminué. Nous n’avons à déplorer qu’une dizaine de blessés dans les rangs de l’armée. Nous nous sommes essentiellement concentrés dans la région des grands lacs pour protéger les communautés kivuvus, les principales cibles. De notre côté la situation est sous contrôle, malgré des tensions, mais l’ordre est maintenu. »

Simplice Badibanga, ministre de l'Intérieur et de la Sécurité
« La situation est globalement la même pour les forces de police, je rejoins l’avis et le constat de monsieur Mbayo. Nous avons cependant commencé à suivre de plus près les leaders et adhérents du FMLE. Si jusqu’à maintenant aucuns de leurs agissements n’est à relier directement à des violences, nous les suspectons de préparer un sale coup. Leur posture est essentiellement politique, mais il semblerait qu’une branche plus radicale et armée soit en gestation dans leurs rangs. La complicité de certains miuvements fédéraliste n’est pas à exclure, mais les services de renseignements sont sur le qui-vive, bien que pour l’instant rien ne soit confirmé. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Merci messieurs, enfin voilà de nouvelles informations importantes. » Joseph Kamano, les yeux baissés, n’en menait pas large. « Bien, mettons fin à cette réunion, nous nous reverrons la semaine prochaine, avec j’espère du nouveau sur bien de nombreux points. Au revoir messieurs ».

Sur ces mots, le président indiquait la porte de sortie à ses ministres, qui se levèrent d’un seul homme pour en prendre la direction. [/justify]


[center]***[/center]


[justify]Une fois l’ensemble de son gouvernement parti, alors qu’il feuilleté de nouveau les nombreux documents qu’il avait sous ses yeux, un assistant toqua à la porte.

Assistant
« Monsieur le président, monsieur Firmin Botamba est là. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Très bien, faites-le entrer. »

Firmin arriva quelques minutes plus tard. Le jeune homme était habillé élégamment, comme à son habitude. Il avait ces derniers mois pris de l’importance, notamment grâce à son poste de directeur de l’Agence Makengaise de Développement. Et dans l’entourage du président, il était de plus en plus présent.[/justify]


[center][img]https://i.imgur.com/PsmbDhU.png[/img]
Firmin Botamba, neveu du président Botamba et président de l’AMD[/center]


[justify]Firmin Botamba, neveu du président Botamba et président de l’AMD
« Bonjour mon oncle. Je suis heureux de te revoir. Comment s’est passé ton voyage en Santogne ? »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Très bien Firmin. Merci pour tout. Tout était très bien organisé. »

Les deux hommes se saluèrent à la makengaise, front contre front, pendant de longues secondes.

Firmin Botamba, neveu du président Botamba et président de l’AMD
« Je suis heureux que cela t’a convenu. Comment te sens tu ? Les douleurs sont-elles parties ? »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« En partie oui. Le médecin que j’ai vu était très sympathique, et il m’a semblait très compétent. Ce petit séjour m’a bien requinqué, et j’espère ne pas avoir à y retourner de sitôt. Tu avais sans doute raison quand tu m’as poussé à y aller. »

Firmin Botamba, neveu du président Botamba et président de l’AMD
« Je l’espère aussi. En tout cas, s’il le faut, je m’en occuperai de nouveau. Autant laisser le moins de personnes possibles dans la confidence. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Oui tu as raison. D’ailleurs, es-tu sûr que tout est bien resté confidentiel ? Aucune fuite n’est possible ? »

Firmin Botamba, neveu du président Botamba et président de l’AMD
« De notre côté, tout est sûr. Seul nous deux, ta femme, ton personnel de sécurité rapproché du palais ainsi que le pilote de l’avion. Ils ont tous été rincé plus que d’habitude, ce qui devrait nous éviter tout risque de fuites. Aucun autre makengais n’est au courant, et si jamais ta visite express en Santogne venait à sortir, nous avons préparé une explication diplomatique pour la justifier, personne n’y verra que du feu. Mais nous n’auront pas à nous en servir. Côté santognais, seul le personnel de la clinique et monsieur Savian Bonnecase sont au courant. Il a préféré ne pas informer sa femme, trop à cheval sur certains principes. Je pense qu’on peut lui faire confiance, il se chie dessus à l’idée que tout ça sorte dans la presse, ça nuirai trop à l’image de sa femme nouvellement élue. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Très bien, très bien. La peur fait mieux son travail que l’argent, ça devrait alors bien se passer. »

Firmin Botamba, neveu du président Botamba et président de l’AMD
« Il m’a d’ailleurs donné des nouvelles des Dents de Lait. Visiblement, tout se passe comme prévu, là aussi tout est en ordre. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« J’avais presque oublié ça tient. Tant mieux alors… Bon Firmin, mettons-nous au travail, nous avons une campagne à préparer. »[/justify]
Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Le Lion s'endort ce soir...

[/center]

[hr][/hr]


[center][img]https://i.imgur.com/qaZkJaA.jpg[/img]
La terrasse du bar « Chez Moussa ».[/center]


[justify]Le petit bar « Chez Moussa » était comme, à son habitude, plein a craqué. Il n’était pourtant que 16h, mais les habitants du quartier, pour la plupart sans emplois, aimer s’y retrouver dès le début d’après-midi pour y discuter, s’échanger des bons plans ou encore jouer aux cartes. La salle principale était emplie de fumée de cigarettes, et les vieux installés terrasse (ou plutôt le but de trottoir aménagé avec quelques tables basses et des coussins au sol en guise de sièges) observaient, d’un air moqueur, les plus jeunes qui s’amusaient sur les bords du Babankogi, en face du bar. Une après-midi tout à fait banale dans cette banlieue populaire de Kabangu.

L’homme en costume qui venait d’entrer dans le bar, accompagné d’un colosse aux lunettes noires, essayait de passer inaperçu au milieu de la foule. Mais son costume trop terne ne dupait personne, ce n’était pas un sapeur local.


Barman
« Eh l’ami ! Par ici, il vous attend en haut. »

Sans poser de question, l’homme en costume s’engouffra derrière le bar par une petite porte menant à l’arrière-boutique, puis grimpa d’étroits escaliers, avant d’arriver dans un salon plus cosy, où était déjà installé sur un grand canapé recouvert de tissus en velours rouge et de nombreux coussins multicolores un jeune homme d’une quarantaine d’année, tout aussi bien vêtu que lui. Le colosse aux lunettes noires resta à la porte, surveillant l’arrière-boutique du bar bondé.

Homme mystère
« Ah vous voilà enfin ! », s’exclama l’homme avachi sur le canapé. « Cigare ? »

Homme en costume
« Non merci. J’espère que vous avez pris vos précautions, et que le barman ne sait pas qui je suis ! Il m’a tout de suite reconnu ! Ça foutrait tout en l’air s’il était au courant de quoi que ce soit ! »

Homme mystère
« Ne vous inquiétez pas. C’est plutôt à vous qu’il faudrait poser la question : personne ne vous a suivi ? J’espère que non… pour vous. Nous ne risquons rien, personne ne me connaît, je peux très bien être votre frère, le patron du coin, ou même le mac des putes que vous être en train de vous envoyer à l’arrière de ce bar minable à l’heure où nous causons. Quant au barman, vu votre dégaine de politicard à l’ancienne, engoncé comme vous l’êtes, n’importe qui verrait que vous n’avez rien à foutre là. Ne faites pas de manières Pape, installez vous et prenez un cigare ça vous détendra ! »

L’homme en costume était Pape Faty-Gouano (leader du Mouvement Fédéraliste Makengais). Il prit place face à l’autre homme, et pris le cigare qu’il lui tendait. [/justify]



[center][img]https://i.imgur.com/b7mmnTw.jpg[/img]
Pape Faty-Gouano, leader du MFM[/center]

[justify]Pape Faty-Gouano, leader du MFM
« Ne perdons pas trop de temps. J’ai un agenda chargé, et me dégager pour venir ici à déjà été difficile. J’espère que vous ne me faites pas perdre mon temps au moins et que vous avez des infos intéressantes. »

Homme mystère
« N’y allons pas trop vite Pape. Dites m’en d’abord où vous en êtes, je verrais ce que je peux faire. »

Pape Faty-Gouano
« Comme je vous l’ai déjà dit la dernière fois au téléphone, les choses avances. Ils sont plutôt difficiles à convaincre, et à tenir ! Mais c’est en bonne voie. »

Homme mystère
« C’est important vous savez. Si vous ne ralliez pas les mulutsis à votre cause, tout fout le camp. Les rallier à vous, c’est entraîner de nouvelles tensions, et nous, nous en fichons que vous grimpiez dans les sondages. Ce qu’il faut, c’est que la situation en Ruwa ne se calme pas tout de suite. Alors si les petits activistes du FMLE sont trop remuant, pas de soucis : laissez-les faire. Vous n’aurez qu’à condamner leurs actes, mais ça n’entachera en rien vos relations avec les autres mulutsis. C’est même un bon point si ça pète encore un peu. »

Pape Faty-Gouano
« Je ne comprends pas trop votre intérêt dans tout ça. Vous êtes dans le même camp que Botamba pourtant. Après, soit, si ça vus chante. J’y gagne quand même dans l’affaire. Surtout si vos infos sont bonnes, et je les attends toujours d’ailleurs ! »

Homme mystère
« Que vous êtes pressé, Pape ! ». L’homme se servit un verre de whisky, se leva de son canapé au ras du sol, puis se dirigea vers la fenêtre donnant sur la rue où des enfants jouaient avec des pneus et des bâtons. « Notre intérêt dans tout ça ? Tout uste comme le vôtre, faire mal à Botamba. Alors oui, nous sommes « dans son camp », mais vous vous y connaissez mieux que moi en politique : il faut davantage se méfier de ses amis que de ses ennemis. Si nous souhaitons tout cela, c’est pour la bonne cause. »

Pape Faty-Gouano n’était qu’à moitié satisfait de cette réponse. Mais peu lui importait : si les amis de Botamba voulaient faire tomber le Lion, grand bien leur fasses ! C’était aussi le but du MFM, alors autant être pragmatique. La seule chose qu’il aurait bien voulu savoir, c’était pour qui travaillaient les hommes qu’il contactait et qu’il rencontrait depuis quelques semaines, comme aujourd’hui : des hommes d’Aboki ? De Kamano ? de l’armée ? Il se tramait quelque chose derrière le Lion du Makengo. Depuis quelques semaines on murmurait qu’il aurait choisi de faire de Firmin, son neveu, son successeur. Et ça, ça en énerverait plus d’un de voir qu’un petit jeune sorti de nulle part leur piquerait la place après laquelle ils couraient tous depuis trente ans.

Homme mystère
« Bien, si c’est en bonne voie, il faut quand même que vous officialisez ça rapidement. Allez, tenez ça, en récompense l’ami ! ». Il balança sur la table basse une enveloppe.

Pape Faty-Gouano
« Qu’est-ce ? »

Homme mystère
« Eh bien jetez y un œil ! ». Tandis que Pape Faty-Gouano ouvrait l’enveloppe et découvrait son contenu, l’homme repris : « Un plan de vol, daté de novembre dernier. Botama est parti discrètement en Santogne, sans que personne ne soit au courant, sans aucune raison, pour une petite semaine. Ça peut peut-être vous intéresser. Nous ça nous a bien intrigué en tout cas. »[/justify]
Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]La petite vie de Paul-José

[/center]

[hr][/hr]


[center][img]https://www.terresacree.org/actualites/fichiers/images/2014-09/1411333043-t7E.jpg[/img][/center]


[justify]Paul-José se réveillait comme chaque jour à l’aube. De toute façon, en ce mois de décembre, avec les températures qui frôlaient les 35°C au plus haut de la journée, rester au lit aurait été insupportable sous ce toit de tôle. Un jour, il aurait de quoi vivre dans une maison mieux isolée. Du moins c’était un de ses buts. Et si la chance lui souriait, peut-être même une climatisation. En attendant, le ventilateur rafistolé posé à côté du lit lui apportait le minimum d’air nécessaire.

Paul-José se leva, enfila un t-shirt avec une inscription « [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1016&p=350686#p350686]Cumann Mianaigh agus Taiscí na hAlgarbáir[/url] ». Il ne savait pas trop ce que cela signifiait, mais le directeur de la mine où il travaillait avait offert ça à tous les employés pour noël, et il le trouvait plutôt joli. Après avoir réveillé les enfants, il se fit réchauffer dans une casserole son café de la veille. Le groupe électrogène faisait encore un drôle de bruit ce matin, mais tant qu’il fonctionnait, pas la peine de mettre les mains dedans pour vérifier l’origine du cliquetis inhabituel. Paul-José embrasse ses enfants sur le front avant de les voir partir pour l’école, à 8km de là. Ils faisaient le trajet à pied, ou parfois réussissaient à s’accrocher à l’arrière d’un camion sur le chemin. Mais Paul-José et sa famille étaient plutôt bien lotis, d’autres enfants avaient deux fois plus de trajet à parcourir pour se rendre à l’école.

Paul-José parti sur les coups de 7h30 de chez lui. Il enfourcha sa bicyclette, et pris la direction du nord. Il n’était pas loin de la mine, alors en chemin il pouvait s’arrêter au café du village pour saluer les vieux, et aller aux nouvelles. Arrivé à la mine, il se dirigea vers le poste du contremaître. Signaler sa présence, pointer, récupérer son casque, sa lampe-torche, et tout son attirail : il avait l’habitude de cette routine quotidienne. Il salua un à un ses collègues, et ensemble, ils prirent la direction de la veine sur laquelle ils travaillent depuis quelques semaines.

Partout il voyait écrit « Cumann Mianaigh agus Taiscí na hAlgarbáir ». Depuis presque un an c’était comme cela. Depuis que le nouveau directeur de la mine, un blanc roux, était venu s’adresser aux employés. Il parlait une langue étrange et difficilement compréhensible, avec un traducteur (qui peinait à traduire) à côté de lui. Son speech avait duré une bonne heure. Une heure de travail perdu (et non payée). D’après ce que Paul-José avait compris (et surtout écouté), ces nouveaux directeurs travaillaient avec le gouvernement, et ils venaient d’une île au nord, bien au nord. D’un autre continent. Paul-José n’y connaissait rien en géographie, et se placer sur une carte du Makengo était déjà impossible. Contrairement à ses enfants, il n’était pas allé à l’école, et ne savait qu’à peine lire et écrire.

Depuis ce discours en tout cas, il n’y avait pas eu de grands changements à la mine. On leur avait parlé de nouvelles machines modernes, d’augmentations, et de formations. Mais pour l’instant, ils n’avaient eu qu’une légère augmentation à l’heure, des nouveaux vestiaires et ce t-shirt. Les nouveaux contremaîtres avaient eu des formations, mais les mineurs, pas encore. Le travail commençait toujours à 8h, et se terminait toujours à 20h. Ils avaient toujours le droit à une pause de 5 minutes par tranche de deux heures, et d’une pause méridienne de 15 minutes pour grignoter. Le travail était dur, très dur, et il payait peu. 2$ par jour, soit un peu plus de 15 centimes de l’heure. Mais dans la région, c’était suffisant pour vivre.

Mais il s’en fichait, au fond, de savoir qui était ses étranges rouquins. Que ce soit eux ou d’autres, ça ne changeait rien. Paul-José n’y connaissait rien en politique, et cela ne l’intéressait pas. Il entendait des collègues de fois, ou des vieux au café, dire qu’il y a longtemps, sous la présidence de Brice Ambassa, c’était mieux. Qu’on pouvait au moins dire ce qu’on pensait, que les élections n’étaient pas truquées, que les makengais étaient les maîtres chez eux. Alors que sous Botamba, il n’y en avait que pour les riches de Lunda, ou les étrangers. Paul-José ne détestait pas Botamba, il l’aimait bien même. Il n’avait conu que lui comme président, et franchement, ces jérémiades de vieux, il pensait que ce n’était que des foutaises.

La vie n’était pas facile tous les jours certes, mais tant qu’il pouvait se nourrir, et nourrir ses enfants. En tout cas, ce n’était pas à cause de Botamba si la vie était difficile, selon lui. Contrairement à ses collègues, il ne voulait pas faire la révolution. A part causer du tort et faire des malheureux, cela ne changerait rien. Alors Paul-José préférait ne pas s’occuper de politique, et tâchait de vivre dans son coin, tranquillement.

Son frère parti en Santogne quelques années plus tôt envoyait de temps en temps un peu d’argent aussi. La plupart du temps, il servait à acheter de nouveaux meubles, ou un petit cadeau à ses enfants. La dernière fois, c’était pour sa nouvelle bicyclette, toute neuve, bien brillante, et une belle sacoche accrochée au guidon. Paul-José n’était pas si mal loti finalement, dans sa petite maison de bric et de broc, avec ses deux jeunes enfants, et son travail. Car lui au moins avait un travail, et même si la mine, c’était difficile, il n’avait pas d’autres choix. Ses enfants auront d’autres choix, du moins l’espérait-il.

[/justify]
Répondre

Retourner vers « Makengo »