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Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]L'ours sacré.
24 août 2037,

[center][img]https://zupimages.net/up/18/46/dvg5.png[/img]
Un ours dans les montagnes, près de Bjørndal.[/center]

A la christianisation du pays au Ve siècle, la place donnée à l'ours, adoré comme un dieu jusque là, posa problème. Certains missionnaires tentèrent de le diaboliser et organisèrent des battues contre lui. Ces méthodes furent dans l'ensemble isolée et l'Église comprit que christianiser l'ancienne culture nordique et ses croyances serait localement bien plus efficace. Cette méthode permit la survie des superstitions liées au paganisme, dont le culte de l'ours. Les vieilles croyances et légendes teintées de paganisme demeurèrent et étaient toujours très prégnantes chez les paysans et la noblesse d'épée. Pour l'imaginaire des peuples de Thorval, l'ours avait une aura mystérieuse, il était autant redouté que vénéré pour sa force, sa puissance et sa bravoure hors du commun. Il représentait l'archétype du grand guerrier imbattable, n'avait pas de prédateur, et savait se mettre sur ses deux pattes arrières, qualité qui le rapprochait des hommes. L'image du guerrier invincible et furieux renvoyait à celle des Berserker norrois, hommes devenus combattants-fauves après avoir absorbé des mixtures à base d'hydromel, de champignons et d'herbes, et passé par une série de rites mystiques. Leur état leur permettait même de changer d'apparence - en loup ou en ours justement.

Ainsi, les ours ont été christianisés : leur aura mystérieuse si fascinante fut mise au service de Dieu. Au cours des époques, les prêtres les ont baptisé, ramené vers Dieu à coup de sermons lorsque les démons en prenaient le contrôle, consacré au Christ ou à des saints, etc. Encore aujourd'hui, il n'était pas rare que des curés s'en aillassent en forêt ou en montagne à la rencontre de ces grands mammifères. L'ours était particulièrement célébré les 11 novembre et 2 février. Ces fêtes étaient christianisées mais donnaient lieu à des rites d'apparence païenne : on s'y déguisait en ours, on mangeait sa chair, on buvait son sang, on confectionnait des amulettes (bénies et consacrées à Saint Martin par le curé) avec ses canines et ses griffes, on dansait et enfin on organisait des simulacres de rapts et de viols. En effet, l'ours était aussi, selon les mythes, un être concupiscent à la recherche de jeunes filles à violer, donnant naissance à des lignées mi-hommes, mi animales. L'Église tolérait ces débordements paillards pour d'obscures raisons.

Dans certains clans, pourtant catholiques, la chair et le sang des ours étaient consommées en banquet avant chaque grande guerre afin de recevoir leur force. Dans l'esprit des gens, l'animal était vu comme le roi des animaux, à la place du lion. Cela se constatait en terme d'héraldique : 20% des blasons de l'aristocratie thorvaloise arboraient un ours, devant le cerf (18%), le sanglier (17%) et le lion (10%). Des nobles se couvraient aussi les épaules d'une cape en peau d'ours.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Les ablutions.
5 septembre 2037,

[center][img]https://zupimages.net/up/18/47/bj7n.png[/img]
Une paysanne du clan des Heidruning préparant le bain.[/center]

L'hygiène est vu d'un bon œil. Le bain est régulièrement conseillé dans les divers traités de médecine issus des Universités, ainsi que dans certaines sagas telles que Ymir et la tour mausdite. Il faut de l'eau, du savon et frotter hardiment la peau, au point de la rendre rouge, afin d'en « destacher les orsdures ». Les parents doivent laver leurs enfants plusieurs fois par jour, comme le recommande un manuscrit savant de maitre Anders Denkloge (l'érudit) : « quand l’enfant aura assez dormi, ci le doit-on purisfier d'ablutions trois fois par jour ». Pour les adultes, les règles d'hygiène sont moins strictes, on se baigne une fois par semaine ou presque. Quotidiennement, ils se lavent surtout les parties exposées que sont le visage et les mains.

Les villes possèdent des bains publiques. En l'An de Grâce 2037, avec 180 000 habitants, la capitale compte jusqu'à vingt étuves. Trois ont des prix très élevés et sont par la force des choses réservés à la haute bourgeoisie. Les autres, gratuits ou peu cher, reçoivent quant à eux le tout venant. Les divers établissements ne séparent pas les hommes des femmes, si bien qu'ils sont souvent des lieux d'orgies, de débauches et de prostitutions. Les bains citadins sont, avec les tavernes-bordels, de vrais fiefs à ribaudes. Le manque de surveillance et l'impossibilité de faire appliquer la loi aussi strictement que dans un pays moderne en sont la cause. L'Église dénonce ces cloitres d'impureté et tente de sortir les prostitués de leur état par des œuvres de charité comme le couvent des Pauvres Filles du Christ à Jensgård.

A la campagne, les paysans se baignent dans les nombreux lacs et rivières. En hiver, quand les cours d'eau sont trop froids ou gelés, leurs ablutions s'effectuent dans un baquet en bois recouvert d'un linge pour se protéger des échardes. Produit par les campagnards, le savon est à base de cendre de chêne et de suifs. L'eau est chauffée sur l'âtre et le rinçage se fait avec une cruche ou une chantepleure. Le baquet se partage au sein du clan. Les choses sont grosso-modo identiques chez la noblesse guerrière, à l'exception du baquet, en cuivre chez les Grands. Les vassaux de vassaux doivent quant à eux se contenter de bois.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Les Thing.
11 septembre 2037,

[center][img]https://zupimages.net/up/18/47/gjvd.png[/img]
La Bondeting de Gudmor.[/center]

Régit par un ordre féodalo-clanique, le Thorval est un royaume morcelé, fragile et tumultueux. La centralisation politique est systémiquement impossible. La Reine n'est pas monarque mais un Primus Inter Pares. Ses édits sont régulièrement contestés, piétinés et ignorés. Il n'y a pas de Couronne (État) au sens propre du terme, ni de gouvernement central. Le fin vernis royal feint à peine l'unité, les forces centrifuges paraissent omnipotentes et tempétueuses. L'ordre est constamment troublé, agité, bouleversé et traversé par d'innombrables rivalités claniques, ambitions politiques et désirs de vengeance. La vie politique est principalement régionale, voir purement locale.

En l'An de Grâce 2037, le Thorval renferme :

12 000 Bondeting (assemblées paysannes) qui font l'autogouvernement et votent les lois au niveau des villages. Elles sont très libres et gardent également une forte influence sur des sujets primordiaux tels que l'impôt ou la justice. Les réunions relatives au gouvernement local se déroulent dans une longère paysanne ou un endroit naturel traditionnel (voir exemple sur la photo), alors que les votes se tiennent devant l'église paroissiale. Ces derniers appellent la participation de l'ensemble du village.

3 Borgerligting (assemblées de bourgeois) fonctionnent sur le même principe en ville, à la différence que le bourgmestre et ses échevins possèdent une emprise supérieure sur les choses municipales que les seigneurs locaux à la campagne.

28 Lavting (assemblées provinciales) dont le rôle est de discuter, proposer et voter sur les affaires provinciales. Les délégués sont élus ou renversés par les villages et les villes.

1 Højting (haute assemblée) qui réunie les États-Généraux convoqués par Sa Majesté afin de discuter et délibérer sur des sujets cruciaux en période extraordinaire. Ils sont appelés en moyenne tous les vingt ans. Le dernier rassemblement remonte au printemps 2037 où l'on décida, notamment, de ne pas céder aux revendications politiques et économiques émanant de la bourgeoisie.

6280 Ætting (assemblées de clan) qui regroupent les membres de chaque clan afin de parlementer des affaires familiales (guerres, mariages, pillages, vengeances, etc). Les réunions sont présidées par le chef de clan et ont lieu dans sa longère. Les Ætting accueillent également la justice clanique et servent, enfin, de force régulatrice au chaos social. Cependant, une assemblée devient immédiatement inopérante quand son clan est lui même impliqué dans une faide, ne pouvant être juge et partie à la fois.

≈1000 Herreting (conseils seigneuriaux) entourent les seigneurs. Ceux-ci se composent des vassaux, des chevaliers, des capitaines, des proches, d'autres familiers et amis. Chaque décision seigneuriale donnent lieu à ce genre de conciliabules, exigés par la coutume et fondement du Lien Féodal. La juridiction des conseils seigneuriaux chevauchent et s’entremêlent souvent avec celles des Ætting.

Sans doute pas exhaustif...[/justify]
Zaldora

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[justify]Au cœur du Thorval (26).
27 septembre 2037,

Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.

La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois, elle sera relatée ici :


[center][img]https://zupimages.net/up/18/48/d9sa.png[/img]
Gisela, fille de Ragnar III, encagée. [/center]

[center]Le Jeu[/center]

- La fille du Comte Ragnar III af Engegaard, Gisela, s'était fait enlevée par des hommes du Comte Anders II af Almargård. Ce dernier la détenait dans sa forteresse de Lysehejm. La pauvre était enfermée au sein d'une cage suspendue dans la basse cour du castel. Exposée là, à la vue de tous, elle subissait les moqueries et les humiliations des gens du château. Pas les moins actifs, les soudards buvaient dans les relents et la toisaient avidement. Néanmoins, le châtelain interdisait quiconque de la toucher et avait, de ses propres mains, occis un sergent qui tenta de labourer la damoiselle. L'otage était nourrit de pain et d'eau, et jouissait d'une relative sécurité. Pour sa libération, Anders II exigeait 15 000 pièces d'or, 50 000 pièces d'argent, 3000 pierres précieuses, 17 000 vaches, 900 000 poules, 4000 chevaux, 60 000 livres de grains par an, 100 000 livres de foin par an, la libération de son cadet et le fief d'Engegaard, son héritage légitime. Le messager chargé de porter les revendications revint ce matin à Lysehejm, nu et attaché à sa monture, avec un rouleau diplomatique plongé dans le fondement, disant : « Tu n'avras rien, fot-en-cul truandaille chiure de bastard ! Signé : Ragnar III. »

L'épisode était le dernier en date de la querelle qui opposaient les deux Grands. En aoust de l'an de grâce 2036, Ragnar III avait contraint Anders II à une paix désastreuse à la suite de la guerre pour l'héritage des riches terres Engegaardaises. Le perdant avait patiemment ruminé sa vengeance et se vengeait aujourd'hui avec éclat ! Voisine par son domaine de Gamlemunke, la Reine Marie suivait la dispute avec intérêt : le comte d'Engegaard était son plus grand ennemi, il avait plusieurs fois essayé de l'assassiner et intrigueait pour se saisir du trône. En se querellant, Ragnar III était moins prudent, abaissait sa garde et facilitait le travail de Sa Majesté qui soufflait patiemment (depuis 12 lunes) sur les braises de la révolte en Engegaard. Le réseau personnel d'espions au service de la Reine lui rapportait chaque évènement urgent et nouvelle d'importance sur ses ennemis. Elle jouissait dorénavant d'yeux et d'oreilles dans presque toutes les cours seigneuriales de renom.[/justify]
Zaldora

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[justify]Une Église et des Princes divisés.
13 octobre 2037,



[center][img]https://zupimages.net/up/18/49/5kts.png[/img]
Au sein de l'église Saint Vilhelm de Jensgård.[/center]

Peu avant le voyage jusqu'en Papauté, il y a plusieurs lunes de cela, les cardinaux de Thorval (27 abbés mitrés des campagnes et 3 évêques bourgeois) s'étaient assemblés en l'église Saint Vilhelm de Jensgård pour un conciliabule secret afin de trouver un consensus en vue du prochain conclave. Mgr Bødkersen, Primat et évêque de la capitale, perdit vite tout contrôle et au lieu de l'avenir de l'Église, le décorum gothico-romane devint la scène privilégiée des méfiances de chacun, des rivalités nombreuses, des règlements de compte, des ambitions et des intrigues les plus tordues. L'abbé Lars III de Notre-Dame des Prés, qui contestait depuis des années la primauté du siège Jensgårdois, fut parmi les plus actifs à chuchoter, injecter son venin, brouiller les esprits, instiller le doute, monter les uns contre les autres, diviser pour mieux régner, arriver à ses fins. C'était donc en un groupe de trente étrangers, distant les uns des autres, que les cardinaux firent voiles vers les ports papaux, plus désunis que jamais. Ailleurs dans le pays, les curés de campagne et les sorcières se réjouissaient de l'abdication d'Innoncentius et priaient pour un Saint Père plus compréhensif à l'égard du catholicisme populaire et de ses croyances peu orthodoxes pleines de paganisme.


[center]HABEMUS PAPAM[/center]

Au lendemain du conclave, les cardinaux de Thorval eurent l'étrange impression qu'un Pape Huguenot avait été élu à la Chaire de Pierre. Leurs votes s'étaient étalés sur les diverses tendances que renfermait le Sacré Collège. Mgr Alan Mac Dougall des Iles-Lorthon n'avait pas été le choix d'une majorité d'eux, à cause de ses relations avec le protestantisme, qui pouvaient s'avérer dangereuses pour la Foi superstitieuse des thorvalois. Face aux divers courants contradictoires qui se présentèrent à eux, la plupart se résignèrent à choisir le moins pire ou le moindre mal, avec l'espoir d'influer sur l'élu...[/justify]
Zaldora

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[justify]Au cœur du Thorval (27).
24 octobre 2037,

Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.

La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois, elle sera relatée ici :


[center][img]https://zupimages.net/up/19/24/xxjz.png[/img]
Adda en pleine œuvre dans sa chaumière.[/center]

- Le tribunal ecclésiastique de Notre-Dame des Prés s'était assemblée hier pour mener l'interrogatoire d'une personne, Adda, amenée par les gardes-champêtres à la suite d'une plainte déposée contre elle pour sorcellerie par un marchand ambulant venant de Jensgård. Ayant une grande réputation dans son pays de Nóttlag, le peuple l'a décrivait aussi bien telle une sage-femme qu'une guérisseuse, une apothicaire, une voyante, une prophétesse, une sorcière ... et pour cause : il n'y avait au Thorval qu'un pas entre ces activités aux contours somme toute mal définis. Adda avoua tout aux clercs de l'Inquisition : ses filtres d'amour à base de cordons ombilicaux et de menstruations de jeunes filles, ses philtres magiques contre l'infertilité et une vie amoureuse assez libre faite de trois amants. Elle se dépeignit toutefois comme une pieuse catholique, réalisant la volonté de Dieu par ses dons, avouant enfin que le Seigneur connaissait ses péchés et ses difficultés. Témoignage peu orthodoxe ! Mais l'Inquisiteur ne s'en émut guère, profitant simplement de l'occasion pour conseiller de guérir l'infertilité par la prière à Dieu, la Vierge Marie ou Saint Nicolas, au lieu de boire des potions. Au final, la cour cléricale prescrivit prières et pénitences, et libéra la jeune dame le soir-même.

Adda était plutôt bien aimée dans les villages de son pays. Les paysans la voyaient comme « quelqu'un qui connaissoit les herbes », avec qui « s'estoit joyeulz et mil miracles », « une gente pucelle qui chassent l'iceux desmons ». Seule une minorité de sorcières (un tiers environ), effrayantes et hostiles, peuplaient les forêts profondes ou les hautes vallées. Les autres vivaient parmi les gens des campagnes et inspiraient pêle-mêle de la crainte, du respect ou de la sympathie. Il n'y avait pas de chasse aux sorcières, au delà de colères populaires périodiques contre des sages-femmes après une recrudescence de mort chez les nourrissons. En ville, les choses étaient assez différentes et les mentalités tendaient à les détester ou à ne pas y croire. Le renoncement du Pape rigoureux Innocentius faisait la joie des alchimistes et des sorcières qui reprenaient toutes leurs aises. [/justify]
Zaldora

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[justify]Préoccupations pour le Pape.
26 octobre 2037,



[center][img]https://zupimages.net/up/18/49/3dds.png[/img]
Une messe-basse célébrée dans le Kornlager en présence
et à l'intention du clan Carstening.
[/center]

Unie par des liens indéfectibles à "Rome", l'Église catholique de Thorval dispose pourtant d'une importante autonomie avec un Codex Canonicum propre, un [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=324880#p324880]rite thorvalois particulier[/url], plusieurs calendriers liturgiques régionaux, autant de missels que de paroisses, un Primat en la personne de l'évêque de Jensgård (qui rêve secrètement de voir le Pape lui conférer un Patriarcat de tous les Norrois et tous les Tötterns) etc. Il existe deux types de cérémonies : la messe haute célébrée les dimanches et jours de fêtes avec déploiement de faste, de chants, d'encens et réunissant le peuple ; la messe basse célébrée plusieurs fois par jour, plus courte, sans chant, moins de cérémoniel mais avec piété silencieuse et dignité. La plupart des chœurs (jusqu'à deux tiers des églises) sont clos par un jubé, selon l'idée que le mystère doit être entouré de silence. Cette messe-ci est de fait plus spirituelle que la première. Cela, toutefois, ne la protégea pas des écueils inhérents d'une société féodale, clanique et dans l'ensemble très communautariste. La vie religieuse est donc marquée par des mauvaises habitudes prises au fil des siècles :

Les messes basses sont de loin les plus courantes et tendent aujourd'hui a dépasser en importance les messes hautes, devenues secondaires alors qu'elles sont supposées marquer les principales fêtes et honorer le jour du Seigneur. Plus grave encore, les messes basses sont dans l'écrasante majorité des liturgies votives dites à telle ou telle intention, accompagnées d’une offrande à laquelle s'ajoute une intention spéciale à tel ou tel défunt, telle ou telle personne ou telle ou telle famille. Ce glissement d'un caractère public au domaine privé s'accompagne par ailleurs d'arrangements rituels plus ou moins fumeux et d'écarts non-négligeables par rapport au calendrier liturgique. Ce n'est plus le peuple chrétien qui s'y réuni mais chaque clan, communauté, confrérie, groupe de manière communautaire. Cette tendance marque d'ailleurs l’architecture des églises qui sont parsemées de chapelles rayonnantes et autant d'autels. Le sentiment religieux thorvalois se démarque donc fortement de celui des vieux latins de l'Antiquité marqué d'un unique autel et d'une unique messe par édifice. L'Université s'est plusieurs fois exprimée pour dénoncer ces dérives : messes communautaires bâclées, présence de troupeaux dans les églises rurales, paille et boue jonchant les sols.[/justify]
Zaldora

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[justify]Au cœur de Thorval (28).
3 novembre 2037,

Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.

La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois, elle sera relatée ici :


[center][img]https://zupimages.net/up/18/50/92nd.png[/img]
Scène de justice typique : le « pilery » au sud-est de Lysebjerg.[/center]

- La Grande Cour royale [désignant Sa Majesté siégeant en sa cathèdre à Frueborg entourée de ses familiers afin de juger en appel la décision judiciaire d'un seigneur] a rendu son verdict dans l'affaire des « vesganes » Santognais. Chacune des partis put s'exprimer, présenter ses preuves, avancer ses arguments, mais ne put en venir aux mains à moins d'avoir d’explicitement réclamer un duel judiciaire. Après quelques semaines de procès, la reine, avec son assemblée, jugea que la libération d'animaux des basses-cours et des étables constituait bel et bien un larcin car ce fut sur ces actes-ci, et non d'autres, que les militants avaient été jugés ; que la Dame Freya af Svendalen s'était par conséquent montrée juste en son jugement, et que les plaignants devaient au contraire louer celle-ci pour sa miséricorde, se retenant de sévir davantage alors que leurs méfaits présentaient des circonstances aggravantes, celles de priver plus humbles qu'eux de leurs subsistances. En mai dernier, la dame Freya af Svendalen avait reconnut les militants coupables de « volement de bestail » et fit couper le poing droit à deux d'entre eux. L'association avait contesté la décision et réclamé mille pièces d'or en appel, à titre de dédommagements. Au final, elle repartira les mains vides.

- La fille du Comte Ragnar III af Engegaard, Gisela, a été libérée ce matin contre une rançon de 5000 pièces d'or, 8000 pièces d'argent, 1000 pierres précieuses et 3000 chevaux. Elle était actuellement en route vers le castel de son père, Syvind, suivit d'une impressionnante escorte. Sa libération intervenait après l'Interdit prononcé contre la province d'Almargård par l'abbé-mitré Jens [Abbaye Notre-Dame des Anges], dans le but de forcer le comte Anders II à revoir ses prétentions à la baisse, jugées comme absolument excessives par beaucoup. Sans l'acte du clerc, Gisela serait surement toujours dans sa cage. Son père Ragnar III la méprisait et ne montrait aucune intention de la sauver.

- Les rumeurs de mariage entre Anatolios des Ménechmes et Marie III allaient bon train après que cette dernière ait défendu l'honneur du Prince face aux insultes de l'un de ses vassaux qui le traitait de « Chiure d'estranger ». A ce moment, Marie aurait rétorqué « Assez ! » et de prévenir en ces termes : « Si j'ouye austruy dire ces mauvaises paroles, il avrat la langue escouper tout outre ! ». Dès lors, plus personne ne proféra parole. Anatolios apprécia grandement le geste et estimait désormais toucher au but.[/justify]
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[justify]Au cœur de Thorval (29).
19 novembre 2037,

Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.

La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois :


[center][img]https://zupimages.net/up/18/51/a4du.png[/img]
Château fort de Fjallmaðrland, vu sur la chapelle surplombant les murailles
nord et leurs chemins de ronde.
[/center]

- Une rude jacquerie s'était déclarée le lendemain du jour des morts dans le Fjallmaðrland, fief médiat, afin de protester contre les « pilleries, abus et concussions » de Olaf Skraastauga (« œil crevé ») le collecteur d'impôt. Originaire d'une dizaine de hameaux, les furieux paysans pillèrent son étable et ravagèrent sa chaumière, avant de castagner le prevost, lui arrachant un bras. La protestation prit de l'ampleur lorsque les chevaliers du sire de Fjallmaðrland se mêlèrent à la foule, s'insurgeant contre le « malfondement d'icelui Ost » qui duraient depuis cinquante jours au lieu des quarante fixés par la coutume féodale. Les violences cessèrent à l'aube quand le seigneur, acculé, pendit Olaf, permit à ses hommes de rentrer et autorisa le peuple à élire lui même le prochain collecteur. La paix risquait toutefois de ne pas durer : le clan du prevost, mutilé par les protestataires, promit de venger son parent et préparait moult raides vengeurs contre les coupables.

- Dans le Gytharike, les frères du monastère Saint Sigfrid avaient quitté leur cloître afin de rouspéter contre le souhait du seigneur d'instaurer une taxe sur le brassage de bière, appelée localement « droigt de gruyt » et payable en monnaie (trois pièces d'argent par an) ou en nature (100 tonneaux de bière). Mécontents, les moines mirent la pagaille dans la grange aux dîmes et rudoyèrent un sergent. Ils étaient depuis revenus dans leur monastère, à l'abri de la justice laïque, annonçant ne pas s'acquitter du prochain cens. Durant l'émeute, des paysans du voisinage profitèrent du tumulte pour faire main basse sur la bière seigneuriale.

-[spoiler="Interdit aux -18 ans"]En ce jour, les clercs de l'Université publiaient un traité de médecine sur l'amour, dénommé Ludus coitus. Si l'Église condamnait les sexualités déviantes, le sexe n'était, en soi, pas matière à tabou. Dans son introduction, le manuscrit, pas le premier du genre, subordonnait le plaisir à la procréation. Plus loin, il conseillait aux amoureux d'adopter la position du missionnaire, avec laquelle l'on était le plus à même d'enfanter, et de faire l'amour pendant la dorveille. Cependant, poursuivaient les médecins, pour tomber enceinte, une femme devait impérativement ressentir du contentement et comme d'ordinaire elle tardait plus que l'homme, celui-ci devait se refréner, se retenir et faire en sorte que la femme éprouve le même plaisir que lui. Le traité l'incitait à jouer avec elle en lui donnant des baisers, en lui touchant les seins, les mamelons, les parties génitales.... Et lorsque l'homme verra la femme passer de pâle à rouge, que sa respiration deviendra plus fréquente et qu’il sentira sous ses doigts un léger soubresaut, cela sera le signe que le moment est venu. L'idéal à atteindre afin de procréer étant de jouir au même moment, c'est-à-dire verser ensemble la dette due à Dame Venus. Enfin, le texte encourageait tout ce qui pouvait stimuler l’imagination (chansons, récits érotiques...) ainsi que toute une série d’aphrodisiaques comme le fiel de chèvre ou les testicules de coq.[/spoiler][/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Préoccupations pour le Pape (2).
26 novembre 2037,



[center][img]https://zupimages.net/up/18/51/zqs3.png[/img]
Reliquaire du XIXe siècle en l'église Saint Olaf dans le Sigmandlag[/center]

Animée d'une profonde ferveur religieuse, la Reine Marie III fait l'acquisition de trois saintes et inestimables reliques, chacune certifiée authentique par une bandelette de parchemin authenticae : un flacon contenant le lait maternel de la Vierge, un fragment des langes de l'Enfant Jésus et une dent de Sainte Brigitte. Les merciers repartent avec cinq cent couronnes d'or, sans compter le fruit des ventes réalisées auprès des monastères de la région.

Un commerce très juteux car il touche toute la population. Les principaux instigateurs en sont les Juifs et les Orfèvres de Jensgård qui ont rapidement comprit que plus de reliques se vendaient, plus ils auraient de somptueux reliquaires et châsses à confectionner. L'odieux trafic fait d'eux les bourgeois les plus riches du royaume. La réforme protestante n'y fit rien et l'Église locale essaye encore aujourd'hui de mettre de l'ordre dans une pagaille sans nom. Cependant, ses tentatives pour circonscrire le mal se sont pour l'heure avérées vaines.

Le culte des reliques est florissant et fait intiment partie de la ferveur religieuse populaire. Il existe les reliques directes qui renvoient au corps ou fragments de corps, aux ossements, aux cheveux, aux dents; et les reliques indirectes que sont les vêtements et les objets ayant appartenu au saint ou ayant été, après sa mort, en contact avec son corps ou son tombeau. De la sainte dépouille se dégage une puissance magique dont la terre, les arbres et la tombe sont investit. De là naissent des pratiques comme gratter les pierres tombales pour en récupérer la poudre, dormir près d'elle, boire de l'eau ou de la bière dans laquelle on a au préalable plonger une relique, etc. Certains saints moines toujours vivants, tel que le frère Oddgeirr du monastère Saint Jean-Baptiste de Gudøje, ont quant à eux la réputation de posséder des pouvoirs thaumaturgiques, c'est à dire le don de provoquer des miracles. Leurs vêtements ne sont pas en reste non plus et on sait qu'ils contiennent des vertus miraculeuses afin de prévenir ou soigner les maladies. En tous cas, des guérisons miraculeuses et des résurrections sont régulièrement constatées : cela concerne les sourds-muets, les aveugles, les paralysées, les malades. En bref, les miracles surgissent de toute part, positifs ou négatifs (punitions)... Autant de manifestations extraordinaires, de signes divins qui rappellent l’œuvre du Christ. Chaque translation, exposition ou découverte de nouveaux vestiges sacrés entraine une explosion de ferveur. La dévotion vis-à-vis de ceux-ci est telle que les églises, abbayes et monastères les recherchent sans arrêt, ce qui attire les pèlerins, les aumônes, les dons... Les reliques s'insinuent enfin dans la politique, c'est sur elles que les vassaux prêtent serment.

Au final, l'ensemble des phénomènes ci-dessus caractérise fidèlement une société où Foi côtoie étroitement les superstitions et les vieilles coutumes d'origine païenne. L'abondant commerce de reliques fait qu'il existe dix bras de Saint Olaf, quinze crânes de Saint-Kjeld et des centaines de Saints Clous. Les églises sont également victimes de nombreux vol pour alimenter ce commerce sacré. Toutefois, la mentalité des thorvalois n'accorde aucune importance à ces incohérences tant la multiplicité des reliques répond chez eux à un besoin anthropologique. Saint Thomas d'Aquin, père du rationalisme chrétien, s'en retournerait dans sa tombe.[/justify]
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