ENCYCLOPÉDIE | Peuples et paysages santognais
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Sébaldie
LINGUISTIQUE | Différences lexicales régionales du mot « Sac »
[center][img]https://i.imgur.com/PmaGfBt.png[/img][/center]
[justify]Si le mot « sac » est communément admis dans la langue gallique santognaise, il subsiste des termes régionaux utilisés en complément, voire en substitut.
• Couffin renvoyait à l’origine à une corbeille munie d’anses, privilégiée jusqu’au siècle dernier pour faire les courses alimentaires. Ce terme de langue d’oc a, par métonymie, désigné tout type de sac, y compris les sacs à dos. Le terme de « couffin » est usité dans une majeure partie de la Santogne, dans les provinces du centre notamment.
• Sarr est un terme usité dans les provinces du nord de la Santogne et limitrophes de la Lagaranie. Il provient du terme lagaran « sac’h », qui a la même signification, mais dont le « h » aspiré, typiquement lagaran, prend plutôt le son /r/ en Santogne, d’où la modification orthographique.
• Mochille est usité dans les provinces du sud de la Santogne, limitrophes de la Léontarie. Etymologiquement, il trouve son origine dans le terme hispanique « mochila » qui signifie « sac à dos ». Subissant plusieurs transformations orthographiques, il adopte finalement la forme de « mochille » en gallique santognais.
• Troussier renvoie quant à lui à une société renommée de Santogne, les Conceptions Troussier, fondée au début du XXe siècle et spécialisée dans la maroquinerie et la conception de sacs. Cette industrie du textile très réputée a imprégné les esprits des Santognais, si bien qu’ils utilisent le nom de cette marque pour désigner un sac. Néanmoins, malgré son succès, la société Troussier a été rachetée par des capitaux étrangers, qui lui ont préféré un autre nom. Il n'est encore utilisé que dans les provinces industrialisées, le long du fleuve Méguès, et un peu dans le nord du pays.
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[justify]Si le mot « sac » est communément admis dans la langue gallique santognaise, il subsiste des termes régionaux utilisés en complément, voire en substitut.
• Couffin renvoyait à l’origine à une corbeille munie d’anses, privilégiée jusqu’au siècle dernier pour faire les courses alimentaires. Ce terme de langue d’oc a, par métonymie, désigné tout type de sac, y compris les sacs à dos. Le terme de « couffin » est usité dans une majeure partie de la Santogne, dans les provinces du centre notamment.
• Sarr est un terme usité dans les provinces du nord de la Santogne et limitrophes de la Lagaranie. Il provient du terme lagaran « sac’h », qui a la même signification, mais dont le « h » aspiré, typiquement lagaran, prend plutôt le son /r/ en Santogne, d’où la modification orthographique.
• Mochille est usité dans les provinces du sud de la Santogne, limitrophes de la Léontarie. Etymologiquement, il trouve son origine dans le terme hispanique « mochila » qui signifie « sac à dos ». Subissant plusieurs transformations orthographiques, il adopte finalement la forme de « mochille » en gallique santognais.
• Troussier renvoie quant à lui à une société renommée de Santogne, les Conceptions Troussier, fondée au début du XXe siècle et spécialisée dans la maroquinerie et la conception de sacs. Cette industrie du textile très réputée a imprégné les esprits des Santognais, si bien qu’ils utilisent le nom de cette marque pour désigner un sac. Néanmoins, malgré son succès, la société Troussier a été rachetée par des capitaux étrangers, qui lui ont préféré un autre nom. Il n'est encore utilisé que dans les provinces industrialisées, le long du fleuve Méguès, et un peu dans le nord du pays.
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Sébaldie
RASCASSIN | Le pays cathare, euskale et bohème de Santogne
[center][img]https://i.imgur.com/GJRvEuB.png[/img]
Illustration : hauteurs de Rodessac depuis le château cathare[/center]
[justify]Le Rascassin est une région située dans le sud-ouest de Santogne, dont le point névralgique est son chef-lieu Rodessac, encerclé par de vieux monts arrondis, appelés ballons ou « balouns » dans le dialecte local. Son nom vient d’ailleurs du patois « rascassi » qui signifie « brûlé d’aridité ». Terres rocailleuses et peu fertiles, elles ont néanmoins constitué un centre commercial important en Santogne, à la faveur d’un esprit de tolérance qui caractérise encore la région de nos jours.
[center][img]https://i.imgur.com/egovSz6.png[/img]
Localisation du Rascassin sur la carte de la Santogne[/center]
Un pôle commercial, hostile au Saint-Siège, et propice aux hérésies
Le Rascassin s’étale sur deux provinces administratives : le Grand-Rascassin à l’est et le Bas-Rascassin à l’ouest. Cette frontière n’est pas anodine : les provinces reprennent les frontières des anciens évêchés et sont aujourd’hui utilisées à des fins électorales. Or, la région a toujours été assez hostile à l’autorité du Saint-Siège. A pu s’y développer ici une communauté cathare et en actant cette séparation, l’église espérait la diviser de part et d’autre une frontière artificielle pour garder une meilleure emprise.
[center][img]https://i.imgur.com/JmGq5H5.png[/img][img]https://i.imgur.com/KCq0vf9.png[/img]
[img]https://i.imgur.com/0pv0FmB.png[/img][img]https://i.imgur.com/qHnb3E7.png[/img]
Illustration : Mémorial en hommage des victimes cathares – Local d’une association militante euskale
Grande foire d’automne de Rodessac en 1922 – Gitane lors d’une fête votive[/center]
La région était également un pôle commercial important entre la Léontarie et la Santogne. Ici se vendaient les produits exotiques (des simples épices aux pierres précieuses) importés de Nuevo Rio, qui transitaient par des marchands ambulants. Le Rascassin devient dès lors un point de passage privilégié des gitants et autres nomades, qui – pour s’assure une sécurité – s’associent en communautés assez larges pour résister au brigandage et protester contre les tonlieux et péages que les seigneurs locaux prétendaient lever à l’entrée des domaines. L’Eglise catholique qui exerçait son autorité grâce à son emprise territoriale voyait d’un mauvais œil ces populations nomades, qui ont épousé la réforme protestante, puis plus tard la foi évangélique. Accusés de faire circuler la lèpre, ils ont été victimes de violentes représailles du Royaume, avec la complicité de l’Eglise et les relations ne se sont apaisées qu’au détour d’une sécularisation progressive de la Santogne. Aujourd’hui, ces communautés continuent d’avoir des points d’attache dans les environs de Rodessac. Leur présence est particulièrement notable lors de l’organisation de fête votives et de festivals de musique gitane.
Le Rascassin, ce « petit Txile de gauche »
Le Rascassin est enfin considéré comme le « petit Txile de gauche », une petite minorité euskale – qui descendent de villageois qui n’ont pas participé au peuplement de la Dorimarie – subsiste. La faiblesse de l’autorité cléricale et la prégnance de gens du voyage ont sans doute contribué à un esprit de « tolérance » qui caractérise la région. La communauté euskale de Santogne est ainsi plutôt marquée à gauche et constitue un vivier de voix pour l’Alliance du pouvoir populaire, qui en échange ne manque pas de positions clientélistes pour la promotion de la langue euskale. Un consulat txiléen est d’ailleurs installé ici, pour continuer d’assurer les relations avec la diaspora.[/justify]
[center][img]https://i.imgur.com/GJRvEuB.png[/img]
Illustration : hauteurs de Rodessac depuis le château cathare[/center]
[justify]Le Rascassin est une région située dans le sud-ouest de Santogne, dont le point névralgique est son chef-lieu Rodessac, encerclé par de vieux monts arrondis, appelés ballons ou « balouns » dans le dialecte local. Son nom vient d’ailleurs du patois « rascassi » qui signifie « brûlé d’aridité ». Terres rocailleuses et peu fertiles, elles ont néanmoins constitué un centre commercial important en Santogne, à la faveur d’un esprit de tolérance qui caractérise encore la région de nos jours.
[center][img]https://i.imgur.com/egovSz6.png[/img]
Localisation du Rascassin sur la carte de la Santogne[/center]
Un pôle commercial, hostile au Saint-Siège, et propice aux hérésies
Le Rascassin s’étale sur deux provinces administratives : le Grand-Rascassin à l’est et le Bas-Rascassin à l’ouest. Cette frontière n’est pas anodine : les provinces reprennent les frontières des anciens évêchés et sont aujourd’hui utilisées à des fins électorales. Or, la région a toujours été assez hostile à l’autorité du Saint-Siège. A pu s’y développer ici une communauté cathare et en actant cette séparation, l’église espérait la diviser de part et d’autre une frontière artificielle pour garder une meilleure emprise.
[center][img]https://i.imgur.com/JmGq5H5.png[/img][img]https://i.imgur.com/KCq0vf9.png[/img]
[img]https://i.imgur.com/0pv0FmB.png[/img][img]https://i.imgur.com/qHnb3E7.png[/img]
Illustration : Mémorial en hommage des victimes cathares – Local d’une association militante euskale
Grande foire d’automne de Rodessac en 1922 – Gitane lors d’une fête votive[/center]
La région était également un pôle commercial important entre la Léontarie et la Santogne. Ici se vendaient les produits exotiques (des simples épices aux pierres précieuses) importés de Nuevo Rio, qui transitaient par des marchands ambulants. Le Rascassin devient dès lors un point de passage privilégié des gitants et autres nomades, qui – pour s’assure une sécurité – s’associent en communautés assez larges pour résister au brigandage et protester contre les tonlieux et péages que les seigneurs locaux prétendaient lever à l’entrée des domaines. L’Eglise catholique qui exerçait son autorité grâce à son emprise territoriale voyait d’un mauvais œil ces populations nomades, qui ont épousé la réforme protestante, puis plus tard la foi évangélique. Accusés de faire circuler la lèpre, ils ont été victimes de violentes représailles du Royaume, avec la complicité de l’Eglise et les relations ne se sont apaisées qu’au détour d’une sécularisation progressive de la Santogne. Aujourd’hui, ces communautés continuent d’avoir des points d’attache dans les environs de Rodessac. Leur présence est particulièrement notable lors de l’organisation de fête votives et de festivals de musique gitane.
Le Rascassin, ce « petit Txile de gauche »
Le Rascassin est enfin considéré comme le « petit Txile de gauche », une petite minorité euskale – qui descendent de villageois qui n’ont pas participé au peuplement de la Dorimarie – subsiste. La faiblesse de l’autorité cléricale et la prégnance de gens du voyage ont sans doute contribué à un esprit de « tolérance » qui caractérise la région. La communauté euskale de Santogne est ainsi plutôt marquée à gauche et constitue un vivier de voix pour l’Alliance du pouvoir populaire, qui en échange ne manque pas de positions clientélistes pour la promotion de la langue euskale. Un consulat txiléen est d’ailleurs installé ici, pour continuer d’assurer les relations avec la diaspora.[/justify]
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Sébaldie
POLITIQUE | Elections législatives de 2035 : liste arrivée en tête par province
[center][img]https://i.imgur.com/GdT5Hvl.png[/img][/center]
[justify]Alliance du pouvoir populaire (51 / 200 sièges)
Populisme | Anticapitalisme | Anti-mondialisation | Ecologie | Régionalisme | Nationalisme de gauche | Démocratie directe
Mouvement social-démocrate (13 / 200 sièges)
Social-démocratie | Social-libéralisme | Progressisme
Rassemblement pour la liberté (22 / 200 sièges)
Démocratie libérale | Capitalisme | Libertarianisme | Conservatisme fiscal
Parti populaire santognais (60 / 200 sièges)
Conservatisme | Libéral-conservatisme | Démocratie chrétienne | Capitalisme | Conservatisme fiscal
Ligue du Renouveau (54 / 200 sièges)
Populisme | Anticapitalisme | Anti-mondialisation | Xénophobie | Nationalisme de droite
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[justify]Alliance du pouvoir populaire (51 / 200 sièges)
Populisme | Anticapitalisme | Anti-mondialisation | Ecologie | Régionalisme | Nationalisme de gauche | Démocratie directe
Mouvement social-démocrate (13 / 200 sièges)
Social-démocratie | Social-libéralisme | Progressisme
Rassemblement pour la liberté (22 / 200 sièges)
Démocratie libérale | Capitalisme | Libertarianisme | Conservatisme fiscal
Parti populaire santognais (60 / 200 sièges)
Conservatisme | Libéral-conservatisme | Démocratie chrétienne | Capitalisme | Conservatisme fiscal
Ligue du Renouveau (54 / 200 sièges)
Populisme | Anticapitalisme | Anti-mondialisation | Xénophobie | Nationalisme de droite
[/justify]
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Sébaldie
BANDE DESSINÉE | Un art tour à tour contestataire, conservateur et populaire
[center][img]https://i.imgur.com/NIc4MiK.png[/img]
Tibèri, la bande dessinée la plus connue de Santogne, met en scène
un jeune berger globe-trotter.[/center]
[justify]La bande dessinée a connu ses prémices en Santogne à partir des années 1850. Imprimées clandestinement, les premières planches étaient composées de vignettes comportant un texte explicatif en-dessous. D’abord limitées à des dessins au crayon, parfois coloriées au pochoir, elles sont ensuite imprégnées de la couleur grâce à la chromolithographie, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Des premières publications scabreuses presque pornographiques, la bande dessinée est d’abord condamnée par l’Eglise pour ensuite être utilisée par celle-ci. Contestataire, elle est aujourd’hui devenue populaire et commerciale.
Contestataires et scabreuses : les premières planches dessinées font parler d’elles
En 1850, alors que la Santogne se dote peu à peu d’un régime parlementaire, au rôle cependant très limité, la presse satirique voit son audience sensiblement augmenter. Loin d’être démocratiques, les premières élections parlementaires n’étaient ouvertes qu’aux hommes de très bonne condition sociale, pouvant s’acquitter d’un impôt sur la fortune, ce qui représentant moins de 0.5 % de la population masculine. Cette situation était dénoncée par la petite bourgeoisie, trop peu riche pour être assujettie à cet impôt mais suffisamment instruite pour savoir lire. Ces petits patrons, qui préféraient avoir le soutien des classes populaires, nombreuses, pour asseoir leurs revendications, ont largement contribué à la diffusion à grande échelle des premières bandes dessinées. Nombre d’entre elles avaient un rôle politique : les dirigeants étaient alors dessinés sous des traits peu flatteurs. Il s’agissait à travers elles de développer une conscience politique auprès d’une classe populaire moins instruite, souvent analphabète et la force de l’image était sans équivoque par rapport à celle d’un tract.
[center][img]https://i.imgur.com/tLy1KMy.png[/img]
(Illustration : Vignette dans une bande dessinée satirique à la fin du XIXe siècle -
ici, l’auteur pointe la décadence d’une famille royale, qui perd en prestige et légitimité.)[/center]
Mais toutes les bandes dessinées n’avaient pas vocation à être politiques. Des planches dessinées érotiques voire carrément pornographiques circulaient clandestinement et trouvaient systématiquement leur public. Mal dessinées et mal imprimées, ces planches n’en restaient pas convoitées. Du fait de l’image qu’elles dégageaient, les bandes dessinées étaient considérées comme des torchons salaces, très dépréciées par l’élite et l’Eglise qui, gardant un rôle déterminant dans la politique, les fit interdire officiellement.
La bande dessinée reconnue à sa juste valeur et exploitée par ses adversaires d’hier
Les bandes dessinées étaient alors très peu « feuilletonnantes », il s’agit davantage d’une succession de vignettes caricaturales ou d’histoires très courtes qu’une construction sur le long terme. De plus, la bande dessinée n’existait pas pour elle-même : les journaux lui servaient de support. Peu à peu, l’interdiction tombe, à plus forte raison après la chute de la monarchie en 1938, à la faveur de nouvelles lois de libéralisation. Consciente de son impact auprès des classes populaires, et surtout chez les jeunes, l’Eglise – ne voulant pas être la victime collatérale d’un irrémédiable mouvement de sécularisation – fit éditer ses propres bandes dessinées. Les planches quasi-pornographiques cèdent leurs places à des publications imagées sur les Evangiles. Le but étant d’atteindre une population qui peine parfois à saisir les écrits bibliques.
[center][img]https://i.imgur.com/tffaEMJ.png[/img]
(Illustration : Planche d’une bande dessinée sur la vie de Jésus, éditée par l’Eglise à partir des années 1940, à destination des enfants.)[/center]
La bande dessinée trouve ainsi ses lettres de noblesse. Sentant le vent tourner, les auteurs de romans santognais célèbres font appel à des dessinateurs renommés pour mettre en images leurs livres, afin d’élargir leur lectorat à une population moins à l’aise avec les mots. Des publications pédagogiques reprennent même le format de la bande dessinée, ce qui participe à la démocratisation du savoir. Des historiographes affirment par exemple que la bande dessinée, qui a mis en images les œuvres de l’écrivain Lilian Boisselot (1885-1957) connu pour ses « fictions sociales et ouvrières », a contribué à la conscience de classes lors des [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=342950#p342950]grèves minières de 1949[/url]. En particulier, la ville de Varaunes se fait une réputation dans l’édition de bandes dessinées.
Le « neuvième art » au public populaire, redevient élitiste pour ses auteurs
Le développement de l’impression couleur a permis de réduire sensiblement les coûts pour les éditeurs. Les bandes mal dessinées, sur du papier de mauvaise qualité font maintenant place à des albums cartonnés au papier glacé, et suivent une trame pouvant s’écouler des décennies durant. L’histoire de Tibèri, ce jeune berger qui quitte sa montagne natale pour faire le tour du pays puis du monde avec son chien, a bercé l’enfance, l’adolescence et même l’âge adulte de nombreux Santognais entre 1978 et 1996. La bande dessinée est aujourd’hui traduite en une trentaine de langues et s’exporte aux quatre coins du monde. Cette success-story a alimenté des ambitions, qui ont fait aujourd’hui de la bande dessinée un marché très compétitif.
[center][img]https://i.imgur.com/GuIAGqo.png [/img]
(Illustration: Festival de la bande dessinée de Varaunes)[/center]
Certains, cependant, diront que la bande dessinée a perdu de son charme. Les personnages dessinés au crayon sont aujourd’hui modélisés à l’ordinateur. L’Institut des Arts graphiques de de Varaunes, qui forme les dessinateurs les plus talentueux, est l’illustration de cette modernité. L’école, qui coûte la bagatelle de 8 000 ₱ l’année se destine maintenant aux enfants choyés, aux descendants des grands auteurs d’hier, davantage qu’aux passionnés. Le festival de Varaunes intègre de plus en plus des logiques marchandes et craint la concurrence des mangas teikos. Toutefois, ceux qui n’ont pas la chance de faire partie des réseaux, peuvent toutefois tenter leur chance sur Internet. La bande dessinée n’a donc pas fini de se réinventer, au gré des desiderata du lectorat et des progrès technologiques.[/justify]
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Tibèri, la bande dessinée la plus connue de Santogne, met en scène
un jeune berger globe-trotter.[/center]
[justify]La bande dessinée a connu ses prémices en Santogne à partir des années 1850. Imprimées clandestinement, les premières planches étaient composées de vignettes comportant un texte explicatif en-dessous. D’abord limitées à des dessins au crayon, parfois coloriées au pochoir, elles sont ensuite imprégnées de la couleur grâce à la chromolithographie, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Des premières publications scabreuses presque pornographiques, la bande dessinée est d’abord condamnée par l’Eglise pour ensuite être utilisée par celle-ci. Contestataire, elle est aujourd’hui devenue populaire et commerciale.
Contestataires et scabreuses : les premières planches dessinées font parler d’elles
En 1850, alors que la Santogne se dote peu à peu d’un régime parlementaire, au rôle cependant très limité, la presse satirique voit son audience sensiblement augmenter. Loin d’être démocratiques, les premières élections parlementaires n’étaient ouvertes qu’aux hommes de très bonne condition sociale, pouvant s’acquitter d’un impôt sur la fortune, ce qui représentant moins de 0.5 % de la population masculine. Cette situation était dénoncée par la petite bourgeoisie, trop peu riche pour être assujettie à cet impôt mais suffisamment instruite pour savoir lire. Ces petits patrons, qui préféraient avoir le soutien des classes populaires, nombreuses, pour asseoir leurs revendications, ont largement contribué à la diffusion à grande échelle des premières bandes dessinées. Nombre d’entre elles avaient un rôle politique : les dirigeants étaient alors dessinés sous des traits peu flatteurs. Il s’agissait à travers elles de développer une conscience politique auprès d’une classe populaire moins instruite, souvent analphabète et la force de l’image était sans équivoque par rapport à celle d’un tract.
[center][img]https://i.imgur.com/tLy1KMy.png[/img]
(Illustration : Vignette dans une bande dessinée satirique à la fin du XIXe siècle -
ici, l’auteur pointe la décadence d’une famille royale, qui perd en prestige et légitimité.)[/center]
Mais toutes les bandes dessinées n’avaient pas vocation à être politiques. Des planches dessinées érotiques voire carrément pornographiques circulaient clandestinement et trouvaient systématiquement leur public. Mal dessinées et mal imprimées, ces planches n’en restaient pas convoitées. Du fait de l’image qu’elles dégageaient, les bandes dessinées étaient considérées comme des torchons salaces, très dépréciées par l’élite et l’Eglise qui, gardant un rôle déterminant dans la politique, les fit interdire officiellement.
La bande dessinée reconnue à sa juste valeur et exploitée par ses adversaires d’hier
Les bandes dessinées étaient alors très peu « feuilletonnantes », il s’agit davantage d’une succession de vignettes caricaturales ou d’histoires très courtes qu’une construction sur le long terme. De plus, la bande dessinée n’existait pas pour elle-même : les journaux lui servaient de support. Peu à peu, l’interdiction tombe, à plus forte raison après la chute de la monarchie en 1938, à la faveur de nouvelles lois de libéralisation. Consciente de son impact auprès des classes populaires, et surtout chez les jeunes, l’Eglise – ne voulant pas être la victime collatérale d’un irrémédiable mouvement de sécularisation – fit éditer ses propres bandes dessinées. Les planches quasi-pornographiques cèdent leurs places à des publications imagées sur les Evangiles. Le but étant d’atteindre une population qui peine parfois à saisir les écrits bibliques.
[center][img]https://i.imgur.com/tffaEMJ.png[/img]
(Illustration : Planche d’une bande dessinée sur la vie de Jésus, éditée par l’Eglise à partir des années 1940, à destination des enfants.)[/center]
La bande dessinée trouve ainsi ses lettres de noblesse. Sentant le vent tourner, les auteurs de romans santognais célèbres font appel à des dessinateurs renommés pour mettre en images leurs livres, afin d’élargir leur lectorat à une population moins à l’aise avec les mots. Des publications pédagogiques reprennent même le format de la bande dessinée, ce qui participe à la démocratisation du savoir. Des historiographes affirment par exemple que la bande dessinée, qui a mis en images les œuvres de l’écrivain Lilian Boisselot (1885-1957) connu pour ses « fictions sociales et ouvrières », a contribué à la conscience de classes lors des [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=342950#p342950]grèves minières de 1949[/url]. En particulier, la ville de Varaunes se fait une réputation dans l’édition de bandes dessinées.
Le « neuvième art » au public populaire, redevient élitiste pour ses auteurs
Le développement de l’impression couleur a permis de réduire sensiblement les coûts pour les éditeurs. Les bandes mal dessinées, sur du papier de mauvaise qualité font maintenant place à des albums cartonnés au papier glacé, et suivent une trame pouvant s’écouler des décennies durant. L’histoire de Tibèri, ce jeune berger qui quitte sa montagne natale pour faire le tour du pays puis du monde avec son chien, a bercé l’enfance, l’adolescence et même l’âge adulte de nombreux Santognais entre 1978 et 1996. La bande dessinée est aujourd’hui traduite en une trentaine de langues et s’exporte aux quatre coins du monde. Cette success-story a alimenté des ambitions, qui ont fait aujourd’hui de la bande dessinée un marché très compétitif.
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(Illustration: Festival de la bande dessinée de Varaunes)[/center]
Certains, cependant, diront que la bande dessinée a perdu de son charme. Les personnages dessinés au crayon sont aujourd’hui modélisés à l’ordinateur. L’Institut des Arts graphiques de de Varaunes, qui forme les dessinateurs les plus talentueux, est l’illustration de cette modernité. L’école, qui coûte la bagatelle de 8 000 ₱ l’année se destine maintenant aux enfants choyés, aux descendants des grands auteurs d’hier, davantage qu’aux passionnés. Le festival de Varaunes intègre de plus en plus des logiques marchandes et craint la concurrence des mangas teikos. Toutefois, ceux qui n’ont pas la chance de faire partie des réseaux, peuvent toutefois tenter leur chance sur Internet. La bande dessinée n’a donc pas fini de se réinventer, au gré des desiderata du lectorat et des progrès technologiques.[/justify]
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Sébaldie
RELIGION | Groupes religieux présents en Santogne en 2037
[center][img]https://i.imgur.com/CwoWADW.png[/img][/center]
[justify]Chrétiens
[indent]25[/indent]Catholiques
Le catholicisme reste de loin de la religion majoritairement pratiquée en Santogne, pour près de 74 % de la population. Les catholiques ne forment toutefois pas un groupe homogène et suivent des rites différents, plus ou moins rigoristes. On estime notamment entre 500 000 et 800 000 personnes le nombre de traditionalistes en Santogne. Mais si le nombre de catholiques ne recule pas, il ralentit et perd en représentativité dans le pays par rapport à l’année 2036.
[indent]25[/indent]Orthodoxes
Quasiment tous étrangers et de nationalité ménechméenne, les orthodoxes continuent à fuir la Santogne et rejoindre leur pays d’origine, qui affiche une meilleure embellie. Toutefois, cette fuite tend à ralentir année par année.
[indent]25[/indent]Protestants
Par « protestantisme conventionnel », on entend les formes de protestantisme classiques, par opposition aux mouvements évangéliques, fondamentalistes et charismatiques. Cette dénomination regroupe en particulier les églises réformées luthériennes et calvinistes. Cette forme de protestantisme tend à reculer légèrement en Santogne au profit d’une progression des mouvements évangéliques, avec l’ouverture d’[url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=342470#p342470]édifices d’envergure[/url], notamment sous l’influence d’Etats comme le New Eden qui ont investi dans le pays.
[indent]25[/indent]Autres chrétiens
Sous cette dénomination, on regroupe des mouvements, pléthoriques en nombre mais très minoritaires en effectifs (témoins de Jéhovah, mormons…). On distingue parmi eux la [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=340886#p340886]communauté cathare[/url], installée en Santogne depuis le Moyen Âge et particulièrement visible dans le paysage national malgré leur faible effectif. On regroupe enfin des chrétiens qui refusent de se reconnaître dans les précédentes dénominations.
Non-chrétiens
[indent]25[/indent]Juifs
Les Juifs de Santogne sont très concentrés dans quelques villes de Santogne, telles que Garignan, Mallonnès et Fos-sur-Méguès. Ces [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341456#p341456]séfarades[/url] sont quasiment absents dans le reste du pays.
[indent]25[/indent]Religions dharmiques et ventéliennes
Qualifiées de dharmiques (du sanskrit dharma qui signifie « loi »), elles regroupent les religions pratiquées en Janubie et en Ventélie (hindouisme, bouddhisme, sikhisme, jaïnisme). Dans le cas de la Santogne, il s’agit très majoritairement d’hindous, originaires d’Eashatri. Cette catégorie s’ouvre également à d’autres religions, pratiquées au Kaiyuan et au Teikoku.
[indent]25[/indent]Musulmans
La présence musulmane est ancienne en Santogne. La [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341919#p341919]Mosquée Al-Hashmi[/url], construite en 1554 dans la province de Castelarrès, est le premier édifice musulman dans le pays. Les Musulmans affichent la plus forte progression, à la faveur d’une arrivée de réfugiés aminiens souhaitant fuir le califat, ainsi qu’un taux de natalité supérieur à la moyenne.
[indent]25[/indent]Autres non-chrétiens
On regroupe dans cette catégorie des individus qui pratiquent des formes de spiritualités marginales et nouvelles, à la lisière de sectes pour certaines mais également et surtout des formes de paganisme, sous l’effet des vagues d’immigration.
Irréligion
[indent]25[/indent]Athées et agnostiques
Agnostiques, athées et autres libre penseurs constituent 16 % de la population santognaise, une proportion stable par rapport à 2036 mais qui en font la deuxième communauté religieuse, si on peut la considérer comme telle, avec une progression lente mais continue.[/justify]
[center][img]https://i.imgur.com/CwoWADW.png[/img][/center]
[justify]Chrétiens
[indent]25[/indent]Catholiques
Le catholicisme reste de loin de la religion majoritairement pratiquée en Santogne, pour près de 74 % de la population. Les catholiques ne forment toutefois pas un groupe homogène et suivent des rites différents, plus ou moins rigoristes. On estime notamment entre 500 000 et 800 000 personnes le nombre de traditionalistes en Santogne. Mais si le nombre de catholiques ne recule pas, il ralentit et perd en représentativité dans le pays par rapport à l’année 2036.
[indent]25[/indent]Orthodoxes
Quasiment tous étrangers et de nationalité ménechméenne, les orthodoxes continuent à fuir la Santogne et rejoindre leur pays d’origine, qui affiche une meilleure embellie. Toutefois, cette fuite tend à ralentir année par année.
[indent]25[/indent]Protestants
Par « protestantisme conventionnel », on entend les formes de protestantisme classiques, par opposition aux mouvements évangéliques, fondamentalistes et charismatiques. Cette dénomination regroupe en particulier les églises réformées luthériennes et calvinistes. Cette forme de protestantisme tend à reculer légèrement en Santogne au profit d’une progression des mouvements évangéliques, avec l’ouverture d’[url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=342470#p342470]édifices d’envergure[/url], notamment sous l’influence d’Etats comme le New Eden qui ont investi dans le pays.
[indent]25[/indent]Autres chrétiens
Sous cette dénomination, on regroupe des mouvements, pléthoriques en nombre mais très minoritaires en effectifs (témoins de Jéhovah, mormons…). On distingue parmi eux la [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=340886#p340886]communauté cathare[/url], installée en Santogne depuis le Moyen Âge et particulièrement visible dans le paysage national malgré leur faible effectif. On regroupe enfin des chrétiens qui refusent de se reconnaître dans les précédentes dénominations.
Non-chrétiens
[indent]25[/indent]Juifs
Les Juifs de Santogne sont très concentrés dans quelques villes de Santogne, telles que Garignan, Mallonnès et Fos-sur-Méguès. Ces [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341456#p341456]séfarades[/url] sont quasiment absents dans le reste du pays.
[indent]25[/indent]Religions dharmiques et ventéliennes
Qualifiées de dharmiques (du sanskrit dharma qui signifie « loi »), elles regroupent les religions pratiquées en Janubie et en Ventélie (hindouisme, bouddhisme, sikhisme, jaïnisme). Dans le cas de la Santogne, il s’agit très majoritairement d’hindous, originaires d’Eashatri. Cette catégorie s’ouvre également à d’autres religions, pratiquées au Kaiyuan et au Teikoku.
[indent]25[/indent]Musulmans
La présence musulmane est ancienne en Santogne. La [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341919#p341919]Mosquée Al-Hashmi[/url], construite en 1554 dans la province de Castelarrès, est le premier édifice musulman dans le pays. Les Musulmans affichent la plus forte progression, à la faveur d’une arrivée de réfugiés aminiens souhaitant fuir le califat, ainsi qu’un taux de natalité supérieur à la moyenne.
[indent]25[/indent]Autres non-chrétiens
On regroupe dans cette catégorie des individus qui pratiquent des formes de spiritualités marginales et nouvelles, à la lisière de sectes pour certaines mais également et surtout des formes de paganisme, sous l’effet des vagues d’immigration.
Irréligion
[indent]25[/indent]Athées et agnostiques
Agnostiques, athées et autres libre penseurs constituent 16 % de la population santognaise, une proportion stable par rapport à 2036 mais qui en font la deuxième communauté religieuse, si on peut la considérer comme telle, avec une progression lente mais continue.[/justify]
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Sébaldie
CINÉMA | Des « nanars » à foison qui voulaient inonder le marché mondial
[center][img]https://i.imgur.com/zyPCRlv.png[/img]
En raison de fortes subventions d’Etat, les années 2000 ont été très prolifiques pour le cinéma santognais bas-de-gamme.
Illustration : Scène du film d’horreur Le Rodeure de la Forêt, sorti en 2002 (avec la faute d’orthographe dans le titre).[/center]
[justify]Parmi les raisons qui expliquent la crise de la dette santognaise, figure le « Cap Santogne 2.000 », un plan de relance gigantesque, dans un contexte où le pays n’en avait pas même besoin. Empruntant pour près de dix milliards $, le pays escomptait devenir un Etat avant-gardiste du XXIe siècle. Soutenu par les gouvernements successifs, sociaux-démocrates comme conservateurs, de la fin des années 1990 au début des années 2010, ce plan a arrosé de subventions publiques des secteurs comme les nouvelles technologies, l’industrie aérospatiale ou la culture… le cinéma notamment. Le plan affichait parmi tant d’autres l’ambition d’inonder le marché mondial de la culture de productions santognaises pour accroître le soft power de la Santogne. Littérature, bandes dessinées, musique… le son de la gallophonie devait rayonner à travers toute la planète, avec la Santogne comme cheffe de file. Mais c’est au cinéma que les effets de ce plan ont été les plus manifestes. Producteurs amateurs, passionnés du septième art ou industriels furent subventionnés pour produire des films, en échange d’un calendrier assez serré.
Mais on ne s’improvise pas producteur ou réalisateur… La Santogne l’a appris à ses dépens. Très nombreux, les films santognais des années 2000 à 2010 sont aussi d’une piètre qualité. Plagiat sur des productions célèbres, films scabreux pour assouvir le voyeurisme, scénarios écrits à la va-vite, doublages et sous-titres horribles à destination de l’étranger, effets spéciaux arriérés, acteurs très amateurs… Les faux-pas ne manquent pas pour caractériser ces films. Ce ne sont pas seulement des navets, mais des « nanars », des films si mauvais tellement mal réalisés qu’ils en deviennent risibles.
[center][img]https://i.imgur.com/uMOPPDL.png[/img]
La Santogne s’est même essayée au western, en tournant dans les régions du sud et en Léontarie.
Illustration : ici, un acteur euskale du Rascassin livrant une ridicule interprétation d’un cow-boy dans un film de 1998.[/center]
Les stratégies commerciales étaient initialement bien rodées : ces productions de série B ou Z étaient destinés aux distributeurs de DVDs, afin qu’ils puissent vendre un pack de deux films (un film de très bonne qualité et un film nettement plus amateur) à des prix faussement attractifs. Cela permettait au film amateur de jouir du prestige du premier. De manière plus ostensible, des marques cofinançaient des productions si elles s’engageaient à placer leurs produits, jusqu’à devenir la raison d’être du film. La marque de jouets Tatabelle est ainsi au cœur du film pour enfants Le Noël des poupées, sorti en 2006. On peut encore citer l’exemple de plagiats de films à succès. La Quête du Tarot, un thriller aux récompenses multiples a ainsi eu droit à une « fausse suite », La Course au Tarot 2, sorti en 2008. En changeant légèrement le titre et en l’incrémentant d’un chiffre, ce nanar a pu rencontrer un certain succès d’audience, engageant un bras de fer judiciaire avec le producteur de La Quête du Tarot qui refusait de voir son film associé à cette « cagade » (« merde » dans le parler santognais).
Les films sortis étaient trop nombreux pour que l’Etat puisse avoir un contrôle sur eux. De trop nombreux films de cette période ont ainsi été dans l’illégalité : maltraitance animale pour rendre plus réalistes encore certains détails ; acteurs et techniciens surexploités pour tenir le calendrier fixé et mises en scène d’actes moralement condamnables. Le gouvernement a finalement mis fin aux subventions vers 2015 : le plan a été un échec considérable au niveau financier et pire encore, le cinéma santognais a été touché d’infamie dans sa globalité, associant les créateurs de qualité à ces nanars. De grands réalisateurs ont ainsi demandé leur nationalité étrangère – jusqu’à se qualifier ironiquement de « réfugiés culturels » - pour pouvoir continuer à exercer leur art sans se voir collée cette étiquette. Depuis lors, la Santogne tente de renouer avec le public mondial par la qualité et non la quantité, une tâche qui n’est pas sans difficulté puisque désormais les deniers manquent pour soutenir les vrais créateurs…[/justify]
[center][img]https://i.imgur.com/zyPCRlv.png[/img]
En raison de fortes subventions d’Etat, les années 2000 ont été très prolifiques pour le cinéma santognais bas-de-gamme.
Illustration : Scène du film d’horreur Le Rodeure de la Forêt, sorti en 2002 (avec la faute d’orthographe dans le titre).[/center]
[justify]Parmi les raisons qui expliquent la crise de la dette santognaise, figure le « Cap Santogne 2.000 », un plan de relance gigantesque, dans un contexte où le pays n’en avait pas même besoin. Empruntant pour près de dix milliards $, le pays escomptait devenir un Etat avant-gardiste du XXIe siècle. Soutenu par les gouvernements successifs, sociaux-démocrates comme conservateurs, de la fin des années 1990 au début des années 2010, ce plan a arrosé de subventions publiques des secteurs comme les nouvelles technologies, l’industrie aérospatiale ou la culture… le cinéma notamment. Le plan affichait parmi tant d’autres l’ambition d’inonder le marché mondial de la culture de productions santognaises pour accroître le soft power de la Santogne. Littérature, bandes dessinées, musique… le son de la gallophonie devait rayonner à travers toute la planète, avec la Santogne comme cheffe de file. Mais c’est au cinéma que les effets de ce plan ont été les plus manifestes. Producteurs amateurs, passionnés du septième art ou industriels furent subventionnés pour produire des films, en échange d’un calendrier assez serré.
Mais on ne s’improvise pas producteur ou réalisateur… La Santogne l’a appris à ses dépens. Très nombreux, les films santognais des années 2000 à 2010 sont aussi d’une piètre qualité. Plagiat sur des productions célèbres, films scabreux pour assouvir le voyeurisme, scénarios écrits à la va-vite, doublages et sous-titres horribles à destination de l’étranger, effets spéciaux arriérés, acteurs très amateurs… Les faux-pas ne manquent pas pour caractériser ces films. Ce ne sont pas seulement des navets, mais des « nanars », des films si mauvais tellement mal réalisés qu’ils en deviennent risibles.
[center][img]https://i.imgur.com/uMOPPDL.png[/img]
La Santogne s’est même essayée au western, en tournant dans les régions du sud et en Léontarie.
Illustration : ici, un acteur euskale du Rascassin livrant une ridicule interprétation d’un cow-boy dans un film de 1998.[/center]
Les stratégies commerciales étaient initialement bien rodées : ces productions de série B ou Z étaient destinés aux distributeurs de DVDs, afin qu’ils puissent vendre un pack de deux films (un film de très bonne qualité et un film nettement plus amateur) à des prix faussement attractifs. Cela permettait au film amateur de jouir du prestige du premier. De manière plus ostensible, des marques cofinançaient des productions si elles s’engageaient à placer leurs produits, jusqu’à devenir la raison d’être du film. La marque de jouets Tatabelle est ainsi au cœur du film pour enfants Le Noël des poupées, sorti en 2006. On peut encore citer l’exemple de plagiats de films à succès. La Quête du Tarot, un thriller aux récompenses multiples a ainsi eu droit à une « fausse suite », La Course au Tarot 2, sorti en 2008. En changeant légèrement le titre et en l’incrémentant d’un chiffre, ce nanar a pu rencontrer un certain succès d’audience, engageant un bras de fer judiciaire avec le producteur de La Quête du Tarot qui refusait de voir son film associé à cette « cagade » (« merde » dans le parler santognais).
Les films sortis étaient trop nombreux pour que l’Etat puisse avoir un contrôle sur eux. De trop nombreux films de cette période ont ainsi été dans l’illégalité : maltraitance animale pour rendre plus réalistes encore certains détails ; acteurs et techniciens surexploités pour tenir le calendrier fixé et mises en scène d’actes moralement condamnables. Le gouvernement a finalement mis fin aux subventions vers 2015 : le plan a été un échec considérable au niveau financier et pire encore, le cinéma santognais a été touché d’infamie dans sa globalité, associant les créateurs de qualité à ces nanars. De grands réalisateurs ont ainsi demandé leur nationalité étrangère – jusqu’à se qualifier ironiquement de « réfugiés culturels » - pour pouvoir continuer à exercer leur art sans se voir collée cette étiquette. Depuis lors, la Santogne tente de renouer avec le public mondial par la qualité et non la quantité, une tâche qui n’est pas sans difficulté puisque désormais les deniers manquent pour soutenir les vrais créateurs…[/justify]
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Sébaldie
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HISTOIRE | Doriana Soubeyre (1510-1573), cet homme de la Renaissance
[center][img]https://i.imgur.com/aW9Olel.png[/img]
Autoportrait de Doriana Soubeyre, peint en 1539[/center]
[justify]À l’heure où la Santogne, comme le reste de la Dytolie occidentale, redécouvre les classiques de l’Antiquité, les arts et les sciences restent à une écrasante majorité le fait des hommes. Plus encore que dans les temps antiques, la Renaissance relègue les femmes à une place secondaire dans la société santognaise, en particulier en milieu urbain. Les professions se sont organisées depuis le Moyen Âge en corporations, avec leurs règlements spécifiques qui excluent tous les femmes. C’est dans ce contexte particulièrement hostile que Doriana Soubeyre naît en 1510. Cette fille de petit nobliau deviendra l’esprit le plus vif du siècle dans le royaume de Santogne, sinon la plus éminente femme de l’histoire intellectuelle du pays. Douée d’une incroyable intelligence, Doriana Soubeyre est une polymathe : femme peintre, elle sera également ingénieur civil, et conseillera même le Roi dans sa stratégie militaire et diplomatique. S’accaparant la chasse gardée d’un monde exclusivement masculin, elle restera une conseillère de l’ombre, sans statut officiel, et devra même prendre le nom et l’apparat d’un homme quand elle fréquente la Cour.
Née de l’union du baron Ulisses d’Aubinergues avec une roturière, Doriana est la cadette d’une fratrie de trois enfants, dont elle est la seule fille. Bien que plus jeune, elle se démarque très tôt de ses frères par son importante stature qui l’apparente à un « garçon manqué ». La considérant « impossible à marier », estimant que « personne ne voudra épouser un cheval », son père envisage un temps son ordination au sein de l’abbaye locale. Il consent toutefois à lui offrir une éducation, sous la tutelle du Père Fabrici et là encore, malgré son jeune âge, elle se démarque de ses deux frères - lesquels recevaient une instruction bien plus développée – par la vivacité de son esprit, répondant aux questions avant ces derniers. Elle apprend à lire et compter avant eux, ce qui n’est pas sans impressionner le Père Fabrici, qui en informe le Baron. Conscient du potentiel de sa fille, Ulisses d’Aubinergues décide de sceller une union entre elle et le fils d’un enlumineur renommé, Edmont Camparan.
[center][img]https://i.imgur.com/S49hEi8.png[/img]
Illustration : Les ateliers Camparan de nos jours. Aujourd’hui transformés en musée,
ils ont connu des modifications mineures après la mort de Doriana Soubeyre.[/center]
Le mariage est organisé en 1527. À l’autel, c’est une femme d’un mètre-quatre-vingt qui se présente pour recevoir l’alliance. Le fils héritier des ateliers Camparan, prénommé Exupèri, est nettement moins doué que son père, et Doriana se montre bien plus compétente que son époux, comme elle l’était avec ses frères. Assistant son mari dans son travail, Doriana finit par le dépasser mais il s’attribue toutefois le mérite et le prestige auprès de ses commanditaires, conscient qu’aucun noble ou grand bourgeois n’ira commander une œuvre exécutée par une femme. Si le mariage donnera naissance à deux garçons, Doriana se refusera à être cantonnée à un rôle de mère et d’épouse. Le mariage d’intérêt, dépourvu de toute passion amoureuse, n’en reste pas moins productif. Dans son journal intime, Doriana admettra d’ailleurs qu’elle considérera son mari davantage comme un ami ou un associé.
La soif de savoir de Doriana est insatiable. Pour répondre à l’augmentation des commandes, les ateliers gagnent en superficie et c’est elle-même qui supervise les travaux. Malgré le défilement du temps et des intempéries, le local est toujours présent à Aubinergues, nouvelle preuve de son ingéniosité. Gagnant en réputation, les ateliers atteignent la consécration en 1535 en recevant une commande du Roi Octavian IV en personne, charge l’atelier d’orner sa Bible. La collaboration va plus loin lorsque le monarque souhaite rencontrer de visu l’enlumineur pour lui proposer de devenir peintre de la Cour. Rançon de la gloire, Doriana relate l’événement dans son journal intime : « Exupèri n’en mangera pas pendant trois jours. On ne déçoit pas le Roi. Mais on ne lui refuse rien non plus. ». Ne se sentant pas suffisamment aguerri, Exupèri céda sa place à Doriana, tout aussi mal à l’aise. Prenant l’apparat d’un homme, sa carrure aidant, elle consent toutefois à se rendre à Forcastel et à se présenter comme l’enlumineur d’Aubinergues. Le subterfuge fonctionne, en dépit des regards circonspects du roi qui l’accueille. « Votre talent est aussi unique que votre allure. » commentera le monarque, davantage habitué à l’image d’enlumineurs barbus peu gracieux.
[center][img]https://i.imgur.com/BZNcuWv.png[/img]
Portrait de la famille royale peint par Doriana Soubeyre-Camparan en 1543.
À gauche du Roi Octavian IV, les deux fils héritiers morts durant le complot protestant, et le futur Octavian V.
À droite du Roi, la Reine consort Cassiana et leurs deux filles.[/center]
Le subterfuge ne dupera pas le Roi très longtemps, surtout lorsque Doriana connaîtra une troisième grossesse, qui n’ira cependant pas à son terme. Suppliant le roi de l’excuser, celui-ci se sentira non pas trahi mais au contraire sera très amusé par la situation. La relation change de nature : Doriana n’entretiendra plus seulement des rapports professionnels avec lui, mais deviendra sa confidente, toujours dans l’ombre. Lorsque le fleuve Méguès sortit de son lit en 1541, elle l’informera de la marche à suivre pour endiguer tout risque d’inondation. En même temps, elle lui prodigue de précieux conseils durant les différentes campagnes de la Santogne contre les pays voisins : sa capacité à analyser l’espace en trois dimensions, jusqu’ici mise à profit de son œuvre artistique et architecturale, l’est désormais à des fins militaires.
Hélas, la collaboration prend fin à la mort du Roi en 1546, au cours d’un complot fomenté par des protestants qui s’estimèrent très lésés par sa politique religieuse. Le complot tuera également deux des trois princes héritiers. Cette « annus horibilis » sera également marquée par la mort d’Exupèri des suites d’une consomption. Le futur Octavian V est trop jeune pour gouverner et c’est sa mère Cassiana qui assure la régence. Voilà plusieurs années que le véritable genre de Doriana est mis au grand jour et, peinant à asseoir son autorité, la Reine Cassiana tiendra en horreur cette conseillère de l’ombre, à qui elle prêtera des relations extraconjugales avec le défunt roi. Doriana est condamnée arbitrairement à mort mais la peine sera commuée en bannissement devant la forte opposition de hauts dignitaires de Santogne. Son atelier confisqué, la désormais fauchée Doriana se réfugiera en Estura, où elle tentera difficilement de gagner de l’argent avec son art. Elle prend néanmoins l'initiative de voyager à travers toute la Dytolie, perfectionnant la maîtrise de langues étrangères, un périple qui l'amènera aussi bien au Lébira qu'en Valdaquie ou au Jernland. Parallèlement, elle élargit ses champs de compétence et rédige un premier traité sur l’électricité, en s’appuyant sur les observations des auteurs antiques. Confidentiel, ce traité ne sera redécouvert qu’à la fin du XVIIe siècle.
[center][img]https://i.imgur.com/p0TYgCY.png[/img]
Illustration : Machine électrique expérimentale à la fin du XVIIe siècle
Doriana Soubeyre aura contribué de manière indirecte, par ses écrits, à l’invention de l’électricité[/center]
La Reine Cassiana meurt de vieillesse en 1569 et dans la foulée, le désormais Roi Octavian V de Santogne lève le bannissement de Doriana et le réinvite à sa cour. Ce retour parmi les grands arrive néanmoins tardivement : plusieurs années de misère ont laissé des traces. Doriana souffre de la goutte depuis quelques années et ne se déplace plus qu’avec une canne. L’exercice de la peinture devient dès lors difficile mais le Roi tient tout de même à l’avoir à ses côtés pour le conseiller. Cette fois-ci, officiellement, non sans provoquer l’ire du reste du Conseil du Roi. La collaboration sera malheureusement de courte durée : malgré sa robustesse, Doriana est affaiblie par la maladie et s’éteint en octobre 1573, à l’âge de 63 ans. Privilège rare pour ne pas être unique, elle sera inhumée en la présence du Roi, sous son nom de jeune fille de Doriana Soubeyre. Au-delà du simple fait d’être une femme, son intelligence et son parcours font d’elle un personnage à la fois atypique et représentatif de la Renaissance. Son œuvre, pourtant, ne sera véritablement honorée qu’à partir de la fin du XIXe siècle.
[center][img]https://i.imgur.com/2dAYlhK.png[/img]
Autoportrait de Doriana Soubeyre peint en 1573, quelques mois avant sa mort[/center][/justify]
[center][img]https://i.imgur.com/aW9Olel.png[/img]
Autoportrait de Doriana Soubeyre, peint en 1539[/center]
[justify]À l’heure où la Santogne, comme le reste de la Dytolie occidentale, redécouvre les classiques de l’Antiquité, les arts et les sciences restent à une écrasante majorité le fait des hommes. Plus encore que dans les temps antiques, la Renaissance relègue les femmes à une place secondaire dans la société santognaise, en particulier en milieu urbain. Les professions se sont organisées depuis le Moyen Âge en corporations, avec leurs règlements spécifiques qui excluent tous les femmes. C’est dans ce contexte particulièrement hostile que Doriana Soubeyre naît en 1510. Cette fille de petit nobliau deviendra l’esprit le plus vif du siècle dans le royaume de Santogne, sinon la plus éminente femme de l’histoire intellectuelle du pays. Douée d’une incroyable intelligence, Doriana Soubeyre est une polymathe : femme peintre, elle sera également ingénieur civil, et conseillera même le Roi dans sa stratégie militaire et diplomatique. S’accaparant la chasse gardée d’un monde exclusivement masculin, elle restera une conseillère de l’ombre, sans statut officiel, et devra même prendre le nom et l’apparat d’un homme quand elle fréquente la Cour.
Née de l’union du baron Ulisses d’Aubinergues avec une roturière, Doriana est la cadette d’une fratrie de trois enfants, dont elle est la seule fille. Bien que plus jeune, elle se démarque très tôt de ses frères par son importante stature qui l’apparente à un « garçon manqué ». La considérant « impossible à marier », estimant que « personne ne voudra épouser un cheval », son père envisage un temps son ordination au sein de l’abbaye locale. Il consent toutefois à lui offrir une éducation, sous la tutelle du Père Fabrici et là encore, malgré son jeune âge, elle se démarque de ses deux frères - lesquels recevaient une instruction bien plus développée – par la vivacité de son esprit, répondant aux questions avant ces derniers. Elle apprend à lire et compter avant eux, ce qui n’est pas sans impressionner le Père Fabrici, qui en informe le Baron. Conscient du potentiel de sa fille, Ulisses d’Aubinergues décide de sceller une union entre elle et le fils d’un enlumineur renommé, Edmont Camparan.
[center][img]https://i.imgur.com/S49hEi8.png[/img]
Illustration : Les ateliers Camparan de nos jours. Aujourd’hui transformés en musée,
ils ont connu des modifications mineures après la mort de Doriana Soubeyre.[/center]
Le mariage est organisé en 1527. À l’autel, c’est une femme d’un mètre-quatre-vingt qui se présente pour recevoir l’alliance. Le fils héritier des ateliers Camparan, prénommé Exupèri, est nettement moins doué que son père, et Doriana se montre bien plus compétente que son époux, comme elle l’était avec ses frères. Assistant son mari dans son travail, Doriana finit par le dépasser mais il s’attribue toutefois le mérite et le prestige auprès de ses commanditaires, conscient qu’aucun noble ou grand bourgeois n’ira commander une œuvre exécutée par une femme. Si le mariage donnera naissance à deux garçons, Doriana se refusera à être cantonnée à un rôle de mère et d’épouse. Le mariage d’intérêt, dépourvu de toute passion amoureuse, n’en reste pas moins productif. Dans son journal intime, Doriana admettra d’ailleurs qu’elle considérera son mari davantage comme un ami ou un associé.
La soif de savoir de Doriana est insatiable. Pour répondre à l’augmentation des commandes, les ateliers gagnent en superficie et c’est elle-même qui supervise les travaux. Malgré le défilement du temps et des intempéries, le local est toujours présent à Aubinergues, nouvelle preuve de son ingéniosité. Gagnant en réputation, les ateliers atteignent la consécration en 1535 en recevant une commande du Roi Octavian IV en personne, charge l’atelier d’orner sa Bible. La collaboration va plus loin lorsque le monarque souhaite rencontrer de visu l’enlumineur pour lui proposer de devenir peintre de la Cour. Rançon de la gloire, Doriana relate l’événement dans son journal intime : « Exupèri n’en mangera pas pendant trois jours. On ne déçoit pas le Roi. Mais on ne lui refuse rien non plus. ». Ne se sentant pas suffisamment aguerri, Exupèri céda sa place à Doriana, tout aussi mal à l’aise. Prenant l’apparat d’un homme, sa carrure aidant, elle consent toutefois à se rendre à Forcastel et à se présenter comme l’enlumineur d’Aubinergues. Le subterfuge fonctionne, en dépit des regards circonspects du roi qui l’accueille. « Votre talent est aussi unique que votre allure. » commentera le monarque, davantage habitué à l’image d’enlumineurs barbus peu gracieux.
[center][img]https://i.imgur.com/BZNcuWv.png[/img]
Portrait de la famille royale peint par Doriana Soubeyre-Camparan en 1543.
À gauche du Roi Octavian IV, les deux fils héritiers morts durant le complot protestant, et le futur Octavian V.
À droite du Roi, la Reine consort Cassiana et leurs deux filles.[/center]
Le subterfuge ne dupera pas le Roi très longtemps, surtout lorsque Doriana connaîtra une troisième grossesse, qui n’ira cependant pas à son terme. Suppliant le roi de l’excuser, celui-ci se sentira non pas trahi mais au contraire sera très amusé par la situation. La relation change de nature : Doriana n’entretiendra plus seulement des rapports professionnels avec lui, mais deviendra sa confidente, toujours dans l’ombre. Lorsque le fleuve Méguès sortit de son lit en 1541, elle l’informera de la marche à suivre pour endiguer tout risque d’inondation. En même temps, elle lui prodigue de précieux conseils durant les différentes campagnes de la Santogne contre les pays voisins : sa capacité à analyser l’espace en trois dimensions, jusqu’ici mise à profit de son œuvre artistique et architecturale, l’est désormais à des fins militaires.
Hélas, la collaboration prend fin à la mort du Roi en 1546, au cours d’un complot fomenté par des protestants qui s’estimèrent très lésés par sa politique religieuse. Le complot tuera également deux des trois princes héritiers. Cette « annus horibilis » sera également marquée par la mort d’Exupèri des suites d’une consomption. Le futur Octavian V est trop jeune pour gouverner et c’est sa mère Cassiana qui assure la régence. Voilà plusieurs années que le véritable genre de Doriana est mis au grand jour et, peinant à asseoir son autorité, la Reine Cassiana tiendra en horreur cette conseillère de l’ombre, à qui elle prêtera des relations extraconjugales avec le défunt roi. Doriana est condamnée arbitrairement à mort mais la peine sera commuée en bannissement devant la forte opposition de hauts dignitaires de Santogne. Son atelier confisqué, la désormais fauchée Doriana se réfugiera en Estura, où elle tentera difficilement de gagner de l’argent avec son art. Elle prend néanmoins l'initiative de voyager à travers toute la Dytolie, perfectionnant la maîtrise de langues étrangères, un périple qui l'amènera aussi bien au Lébira qu'en Valdaquie ou au Jernland. Parallèlement, elle élargit ses champs de compétence et rédige un premier traité sur l’électricité, en s’appuyant sur les observations des auteurs antiques. Confidentiel, ce traité ne sera redécouvert qu’à la fin du XVIIe siècle.
[center][img]https://i.imgur.com/p0TYgCY.png[/img]
Illustration : Machine électrique expérimentale à la fin du XVIIe siècle
Doriana Soubeyre aura contribué de manière indirecte, par ses écrits, à l’invention de l’électricité[/center]
La Reine Cassiana meurt de vieillesse en 1569 et dans la foulée, le désormais Roi Octavian V de Santogne lève le bannissement de Doriana et le réinvite à sa cour. Ce retour parmi les grands arrive néanmoins tardivement : plusieurs années de misère ont laissé des traces. Doriana souffre de la goutte depuis quelques années et ne se déplace plus qu’avec une canne. L’exercice de la peinture devient dès lors difficile mais le Roi tient tout de même à l’avoir à ses côtés pour le conseiller. Cette fois-ci, officiellement, non sans provoquer l’ire du reste du Conseil du Roi. La collaboration sera malheureusement de courte durée : malgré sa robustesse, Doriana est affaiblie par la maladie et s’éteint en octobre 1573, à l’âge de 63 ans. Privilège rare pour ne pas être unique, elle sera inhumée en la présence du Roi, sous son nom de jeune fille de Doriana Soubeyre. Au-delà du simple fait d’être une femme, son intelligence et son parcours font d’elle un personnage à la fois atypique et représentatif de la Renaissance. Son œuvre, pourtant, ne sera véritablement honorée qu’à partir de la fin du XIXe siècle.
[center][img]https://i.imgur.com/2dAYlhK.png[/img]
Autoportrait de Doriana Soubeyre peint en 1573, quelques mois avant sa mort[/center][/justify]
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Sébaldie
HISTOIRE | La Reine Ivona « la Catin » (1674-1736)
[center][img] https://i.imgur.com/lay8keM.png[/img]
Illustration : Portrait de la Reine Ivona, peint en 1693[/center]
[justify]Petite-fille de l’emblématique [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341464#p341464]roi Léon Ier[/url], qui a instauré la monarchie absolue en Santogne, Ivona est une figure bien plus controversée encore de la royauté santognaise, en plus d’être l’une des rares femmes à avoir régné sur le pays. Confrontée à la mort précoce de ses deux parents, la jeune Ivona est très tôt confrontée à l’exercice du pouvoir, à son grand dam. La reine, qui espérait jouir de sa jeunesse comme toutes les filles de son âge, marquera l’histoire par ses mœurs très légères avec aussi bien des roturiers que des hauts-dignitaires. On parlera d’ailleurs de « diplomation du matelas », chaque aventure lubrique étant l’occasion de signer une alliance informelle. Volontairement provocatrice, instable, elle n’assagira pas au terme de ses quarante longues années de règne, si bien qu’elle sera frappée d’excommunication par l’Eglise avec laquelle elle entretiendra un conflit ouvert.
Au moment où naquit Ivona en 1674, près d’un demi-siècle de monarchie absolue s’est écoulé, façonnant et quadrillant le pays. Doté d’une administration aussi coûteuse qu’efficace, le royaume s’est débarrassé de la vieille noblesse et la dynastie est peu contestée. Jamais la Santogne ne s’est aussi bien portée, le pays se dote d’un premier maillage colonial entrepris par Léon Ier. Et par son mariage avec la Reine des Ménechmes, les deux couronnes sont réunies. Les conditions sont donc extrêmement favorables. Très choyée, la petite Ivona apprend très vite qu’elle peut avoir ce qu’elle veut quand elle le souhaite. Couronnée à l’âge de 16 ans, les premières années de règne sont cependant laborieuses et Ivona n’éprouve aucun intérêt pour les affaires publiques, qu’elles délèguent facilement à ses conseillers.
[center][img]https://i.imgur.com/wZgCuiS.png[/img][img]https://i.imgur.com/B6tOlM3.png[/img]
L’aventure extraconjugale avec le jeune empereur eashe Dhananjay II (à gauche)
permettra au Prince consort Dumitru (à droite) d’obtenir le divorce et toucher la généreuse dot.[/center]
Liée, par un mariage arrangé par sa mère, au Prince Dumitru, l’un des fils du roi valdaque qu’elle déteste, Ivona s’évertuera durant ses premières années de règne à obtenir un divorce. Ils ont toutefois une première fille, prenant le nom de sa mère, née en 1694. Cassant avec les codes de la bienséance, elle se montre très désinvolte par sa très faible assiduité aux offices religieux et surtout par son insatiable luxure. Elle se débarrasse de toutes ses courtisanes nobles et charge, en lieu et place, les précepteurs fiscaux, en plus de leur mission, de repérer parmi les roturiers et les paysans les plus beaux hommes du royaume à des fins charnelles. Provocatrice, elle oblige d’ailleurs leurs épouses à assister comme spectatrice aux ébats, parfois moyennant quelques deniers. Selon les dires de son aumônier rapportés par un scribe, « la Cour est alors une véritable porcherie, où des hommes de faible condition, odorants et mal vêtus, s’adonnent à des orgies dans le Palais royal dignes des enfers ». Le surnom de « Catin » qui lui sera attribué à titre posthume est avant tout l’apanage de la noblesse et de la bourgeoisie éduquées. Paradoxalement, elle est considérée par les petites gens comme « la Reine du petit peuple ». Jusqu’à peu, l’historiographie ne retiendra à vrai dire que la perception des nobles.
Au cœur de plusieurs routes commerciales maritimes, la Santogne doit cependant se confronter à des actes de piraterie réguliers contre ses navires et c’est à partir de ce moment que son règne débute réellement. Depuis le règne de son grand-père Léon Ier, la Santogne dispose de plusieurs colonies dont les plus importantes sont en Olgarie avec la Polarésie et en Janubie avec l’Eashatri, qui permettent à la métropole santognaise de se fournir en matières précieuses et industrielles. En tissant un réseau d’espionnage dans le pays, elle est informée en 1696 que son intendant trafique les comptes du royaume, de telle sorte que les marchandises qui arrivent dans le port de Fos-sur-Méguès sont constamment inférieures aux commandes passées. Alors en visite en Eashatri, elle est reçue par le Rajaputri Dhananjay II, qui lui confirme ses soupçons. La sanction ne se fait pas attendre pour l’intendant, qui est pendu dès que possible. Subjugué par la beauté de la reine santognaise, le monarque eashe noue une idylle avec elle, qui se soldera par une grossesse adultérine. La naissance d’un bébé typé janubien ne trompera pas le Prince consort Dumitru. Le bâtard, qui prendra lui aussi le nom de Léon, deviendra l’objet de toutes les crispations, d’autant plus quand la Reine Ivona tentera de le légitimer. Cet épisode permettra au Prince consort d’exiger le divorce et la dot, qui comprenait le château de Mallonès.
[center][img]https://i.imgur.com/Vna3Xe9.png[/img][img]https://i.imgur.com/7JdA7MU.png[/img]
En plus de jouer sur l’iconographie antique et mythologique (à gauche), la Reine Ivona
cultivera l’image d’une cheffe militaire (à droite) pour asseoir son autorité et se montrer comme
l’égale de l’homme.[/center]
La Reine déteste la compagnie des femmes et ses contemporains la décrivent sous une « féminité virile » qui s’affirme à l’aube de ses trente ans. Quasi-exclusivement composée d’hommes, sa Cour fourmille d’amants, la plupart roturiers d’ailleurs, qui se livrent une âpre bataille pour conquérir le cœur et donc l’influence de la Reine. À l’instar des rois qui avaient des maîtresses officielles, la Reine Ivona accordera un statut officiel de « favoris de la Reine » à certains de ses amants, pour assurer qu’elle est l’égal de ses homologues masculins. Mais plutôt que ses favoris, ce sont des hommes aux mœurs homosexuelles qui auront le plus d’influence sur elle. La cour est à l’image d’une politique intérieure santognaise de plus en plus décadente et moralement libérale. Les peines prévues à l’encontre des sodomites sont suspendues, l’adultère mieux toléré. Le Saint-Siège, qui garde des possessions sur le territoire de la Santogne actuelle, tentera en vain de ramener la Reine à la raison. Mais c’est la reconnaissance comme héritier légitime de son bâtard avec l’empereur eashe qui poussera le pape à signer l’excommunication de la Reine en 1710. Isolée par ses voisins catholiques, la Santogne manque d’alliés et voit certaines routes commerciales se refermer.
Ce début de XVIIIe siècle n’est pas sans rappeler les conflits de religion qui ont secoué la Santogne une première fois il y a deux siècles. Ostracisée par l’Eglise catholique, la Reine Ivona aura dès lors un intérêt certain à développer des relations avec les cultures plus exotiques et à accorder une bienveillante tolérance à l’égard des autres communautés religieuses, y compris à l’égard de l’hérésie cathare qui aura survécu au Moyen Âge : cet intérêt l’amènera en Algarbe, en Ventélie comme en Dorimarie, avec cette même lascivité. La capitale Forcastel devient dès lors sous son règne un centre philosophique important, sur lequel le clergé ne peut plus exercer de contrôle. En effet, depuis le Roi Léon Ier, et l’épisode [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341849#p341849]d’Aigues-Lisses de 1655[/url] durant lequel des moines hostiles à l’idée de reconnaître le roi comme chef temporel de l’Eglise ont été torturés et pendus, l’Eglise catholique de Santogne a été nettoyée de ses félons, pour ne laisser que des clercs légitimistes.
[center][img]https://i.imgur.com/axY8kwT.png[/img][img]https://i.imgur.com/IZQx9go.png[/img]
La Reine Ivona (ici peinte à l’âge de 50 ans) nouera une relation de complicité et
de bons conseils avec le tout nouveau roi Charles de Lorthon, de 27 ans son cadet.[/center]
En 1718, le pape Jules VI, qui a signé l’excommunication de la Reine Ivona, décède. La Santognaise commémore l’événement à sa façon, à travers des festivités organisées dans tout le pays. Le clergé santognais exclu de toute représentation au collège cardinalice, la Reine lance une ultime provocation à l’égard de l’Eglise, par l’élection d’un antipape simultanément au conclave. Reconnu essentiellement par le clergé santognais, mais aussi par les prêtres impies du monde, l’antipape Augustin prend ses fonctions et est installé dans un premier temps à Forcastel. La même année, une révolte du Lorthon éclate contre son colonisateur. Par intérêts politiques, la Reine Ivona propose au jeune [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=339852#p339852]Charles de Northmond[/url], 17 ans, héritier de l’ancienne dynastie royale et qui chapeaute la révolution, de joindre ses forces armées aux siennes. La reine, maintenant âgée de 44 ans, jouera de son charme et de son influence auprès du jeune futur roi. L’historiographie pudique ne nous renseignera pas davantage sur la nature de leurs relations. S’il n’est pas improbable qu’elle fût également charnelle, la relation entre les deux personnages sera tout du moins complice. La Reine Ivona le considérera comme son pupille – pour ne pas dire son propre fils - à qui elle enseigne les ficelles du métier et même la stratégie militaire. Après la victoire du Lorthon sur son adversaire, elle assistera d’ailleurs au couronnement du nouveau roi, le 3 août 1726.
Les dernières années de la Reine Ivona seront marquées d’une part par un conflit désormais militarisé contre l’Eglise catholique. Ne reconnaissant que l’antipape Augustin, elle engage une offensive pour reprendre les terres enclavées dans le royaume de Santogne cédées à l’Eglise plusieurs siècles auparavant, en vue de les accorder à « son » souverain pontife. La Santogne se confronte alors à une coalition de la part des Etats restés fidèles à l’Eglise catholique régulière, qui atteindra son point d’orgue à Gignoux. Cette ancienne [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341011#p341011]ville libre médiévale[/url] dirigée par un prince-évêque est située à l’actuelle frontière avec le Lagac’hann, qui plus est à un point stratégique qui permet de prévenir les invasions en provenance du nord du pays. Après plusieurs années de conflit, qui nécessiteront l’appui du Lorthon désormais allié, la Santogne parviendra à incorporer la petite ville au royaume, où l’antipape Augustin installera son ministère.
[center][img]https://i.imgur.com/rIdmWrS.png[/img]
Aujourd'hui sous administration conjointe entre la Santogne, le Lagac'hann et l'Eglise catholique,
la Cité de Gignoux catalysera les tensions entre le royaume santognais et la Papauté.[/center]
D’autre part, un conflit d’une toute autre nature se prépare : la succession de la Reine. La « diplomatie du matelas » aura en effet multiplié les prétendants au trône, entre sa fille aînée issue du mariage malheureux avec le prince valdaque Dumitru, son fils bâtard légitimé qu’elle eut de l’empereur eashe et un dernier fils issu d’un mariage éphémère avec un beau paysan de dix ans son cadet. En comptant les autres bâtards, Ivona aura eu pas moins de six enfants qui, à force de s’entredéchirer, contribueront à la chute de la dynastie. Dans les années 1730, la beauté d’Ivona semble lointaine : son visage est couvert de furoncles qu’elle dissimulera tant bien que mal sous d’épaisses couches de maquillage. Les historiens s’accordent à dire qu’elle était atteinte de la mal nommée « petite vérole », c’est-à-dire de syphilis. Alitée depuis plus d’un mois, la Reine Ivona meurt le 11 juin 1736. À l’image de son grand-père qui aura inauguré la Maison de Chalendar, la Reine Ivona aura durablement marqué son temps. Sa personnalité hors du commun, sa haine des conventions, sa guerre contre l’Eglise, ses aventures extra-conjugales ne laissent insensible aucun Santognais. Honnie par la vieille noblesse, elle aura pourtant conquis bien des cœurs, y compris celui du petit peuple.[/justify]
[center][img] https://i.imgur.com/lay8keM.png[/img]
Illustration : Portrait de la Reine Ivona, peint en 1693[/center]
[justify]Petite-fille de l’emblématique [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341464#p341464]roi Léon Ier[/url], qui a instauré la monarchie absolue en Santogne, Ivona est une figure bien plus controversée encore de la royauté santognaise, en plus d’être l’une des rares femmes à avoir régné sur le pays. Confrontée à la mort précoce de ses deux parents, la jeune Ivona est très tôt confrontée à l’exercice du pouvoir, à son grand dam. La reine, qui espérait jouir de sa jeunesse comme toutes les filles de son âge, marquera l’histoire par ses mœurs très légères avec aussi bien des roturiers que des hauts-dignitaires. On parlera d’ailleurs de « diplomation du matelas », chaque aventure lubrique étant l’occasion de signer une alliance informelle. Volontairement provocatrice, instable, elle n’assagira pas au terme de ses quarante longues années de règne, si bien qu’elle sera frappée d’excommunication par l’Eglise avec laquelle elle entretiendra un conflit ouvert.
Au moment où naquit Ivona en 1674, près d’un demi-siècle de monarchie absolue s’est écoulé, façonnant et quadrillant le pays. Doté d’une administration aussi coûteuse qu’efficace, le royaume s’est débarrassé de la vieille noblesse et la dynastie est peu contestée. Jamais la Santogne ne s’est aussi bien portée, le pays se dote d’un premier maillage colonial entrepris par Léon Ier. Et par son mariage avec la Reine des Ménechmes, les deux couronnes sont réunies. Les conditions sont donc extrêmement favorables. Très choyée, la petite Ivona apprend très vite qu’elle peut avoir ce qu’elle veut quand elle le souhaite. Couronnée à l’âge de 16 ans, les premières années de règne sont cependant laborieuses et Ivona n’éprouve aucun intérêt pour les affaires publiques, qu’elles délèguent facilement à ses conseillers.
[center][img]https://i.imgur.com/wZgCuiS.png[/img][img]https://i.imgur.com/B6tOlM3.png[/img]
L’aventure extraconjugale avec le jeune empereur eashe Dhananjay II (à gauche)
permettra au Prince consort Dumitru (à droite) d’obtenir le divorce et toucher la généreuse dot.[/center]
Liée, par un mariage arrangé par sa mère, au Prince Dumitru, l’un des fils du roi valdaque qu’elle déteste, Ivona s’évertuera durant ses premières années de règne à obtenir un divorce. Ils ont toutefois une première fille, prenant le nom de sa mère, née en 1694. Cassant avec les codes de la bienséance, elle se montre très désinvolte par sa très faible assiduité aux offices religieux et surtout par son insatiable luxure. Elle se débarrasse de toutes ses courtisanes nobles et charge, en lieu et place, les précepteurs fiscaux, en plus de leur mission, de repérer parmi les roturiers et les paysans les plus beaux hommes du royaume à des fins charnelles. Provocatrice, elle oblige d’ailleurs leurs épouses à assister comme spectatrice aux ébats, parfois moyennant quelques deniers. Selon les dires de son aumônier rapportés par un scribe, « la Cour est alors une véritable porcherie, où des hommes de faible condition, odorants et mal vêtus, s’adonnent à des orgies dans le Palais royal dignes des enfers ». Le surnom de « Catin » qui lui sera attribué à titre posthume est avant tout l’apanage de la noblesse et de la bourgeoisie éduquées. Paradoxalement, elle est considérée par les petites gens comme « la Reine du petit peuple ». Jusqu’à peu, l’historiographie ne retiendra à vrai dire que la perception des nobles.
Au cœur de plusieurs routes commerciales maritimes, la Santogne doit cependant se confronter à des actes de piraterie réguliers contre ses navires et c’est à partir de ce moment que son règne débute réellement. Depuis le règne de son grand-père Léon Ier, la Santogne dispose de plusieurs colonies dont les plus importantes sont en Olgarie avec la Polarésie et en Janubie avec l’Eashatri, qui permettent à la métropole santognaise de se fournir en matières précieuses et industrielles. En tissant un réseau d’espionnage dans le pays, elle est informée en 1696 que son intendant trafique les comptes du royaume, de telle sorte que les marchandises qui arrivent dans le port de Fos-sur-Méguès sont constamment inférieures aux commandes passées. Alors en visite en Eashatri, elle est reçue par le Rajaputri Dhananjay II, qui lui confirme ses soupçons. La sanction ne se fait pas attendre pour l’intendant, qui est pendu dès que possible. Subjugué par la beauté de la reine santognaise, le monarque eashe noue une idylle avec elle, qui se soldera par une grossesse adultérine. La naissance d’un bébé typé janubien ne trompera pas le Prince consort Dumitru. Le bâtard, qui prendra lui aussi le nom de Léon, deviendra l’objet de toutes les crispations, d’autant plus quand la Reine Ivona tentera de le légitimer. Cet épisode permettra au Prince consort d’exiger le divorce et la dot, qui comprenait le château de Mallonès.
[center][img]https://i.imgur.com/Vna3Xe9.png[/img][img]https://i.imgur.com/7JdA7MU.png[/img]
En plus de jouer sur l’iconographie antique et mythologique (à gauche), la Reine Ivona
cultivera l’image d’une cheffe militaire (à droite) pour asseoir son autorité et se montrer comme
l’égale de l’homme.[/center]
La Reine déteste la compagnie des femmes et ses contemporains la décrivent sous une « féminité virile » qui s’affirme à l’aube de ses trente ans. Quasi-exclusivement composée d’hommes, sa Cour fourmille d’amants, la plupart roturiers d’ailleurs, qui se livrent une âpre bataille pour conquérir le cœur et donc l’influence de la Reine. À l’instar des rois qui avaient des maîtresses officielles, la Reine Ivona accordera un statut officiel de « favoris de la Reine » à certains de ses amants, pour assurer qu’elle est l’égal de ses homologues masculins. Mais plutôt que ses favoris, ce sont des hommes aux mœurs homosexuelles qui auront le plus d’influence sur elle. La cour est à l’image d’une politique intérieure santognaise de plus en plus décadente et moralement libérale. Les peines prévues à l’encontre des sodomites sont suspendues, l’adultère mieux toléré. Le Saint-Siège, qui garde des possessions sur le territoire de la Santogne actuelle, tentera en vain de ramener la Reine à la raison. Mais c’est la reconnaissance comme héritier légitime de son bâtard avec l’empereur eashe qui poussera le pape à signer l’excommunication de la Reine en 1710. Isolée par ses voisins catholiques, la Santogne manque d’alliés et voit certaines routes commerciales se refermer.
Ce début de XVIIIe siècle n’est pas sans rappeler les conflits de religion qui ont secoué la Santogne une première fois il y a deux siècles. Ostracisée par l’Eglise catholique, la Reine Ivona aura dès lors un intérêt certain à développer des relations avec les cultures plus exotiques et à accorder une bienveillante tolérance à l’égard des autres communautés religieuses, y compris à l’égard de l’hérésie cathare qui aura survécu au Moyen Âge : cet intérêt l’amènera en Algarbe, en Ventélie comme en Dorimarie, avec cette même lascivité. La capitale Forcastel devient dès lors sous son règne un centre philosophique important, sur lequel le clergé ne peut plus exercer de contrôle. En effet, depuis le Roi Léon Ier, et l’épisode [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341849#p341849]d’Aigues-Lisses de 1655[/url] durant lequel des moines hostiles à l’idée de reconnaître le roi comme chef temporel de l’Eglise ont été torturés et pendus, l’Eglise catholique de Santogne a été nettoyée de ses félons, pour ne laisser que des clercs légitimistes.
[center][img]https://i.imgur.com/axY8kwT.png[/img][img]https://i.imgur.com/IZQx9go.png[/img]
La Reine Ivona (ici peinte à l’âge de 50 ans) nouera une relation de complicité et
de bons conseils avec le tout nouveau roi Charles de Lorthon, de 27 ans son cadet.[/center]
En 1718, le pape Jules VI, qui a signé l’excommunication de la Reine Ivona, décède. La Santognaise commémore l’événement à sa façon, à travers des festivités organisées dans tout le pays. Le clergé santognais exclu de toute représentation au collège cardinalice, la Reine lance une ultime provocation à l’égard de l’Eglise, par l’élection d’un antipape simultanément au conclave. Reconnu essentiellement par le clergé santognais, mais aussi par les prêtres impies du monde, l’antipape Augustin prend ses fonctions et est installé dans un premier temps à Forcastel. La même année, une révolte du Lorthon éclate contre son colonisateur. Par intérêts politiques, la Reine Ivona propose au jeune [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=339852#p339852]Charles de Northmond[/url], 17 ans, héritier de l’ancienne dynastie royale et qui chapeaute la révolution, de joindre ses forces armées aux siennes. La reine, maintenant âgée de 44 ans, jouera de son charme et de son influence auprès du jeune futur roi. L’historiographie pudique ne nous renseignera pas davantage sur la nature de leurs relations. S’il n’est pas improbable qu’elle fût également charnelle, la relation entre les deux personnages sera tout du moins complice. La Reine Ivona le considérera comme son pupille – pour ne pas dire son propre fils - à qui elle enseigne les ficelles du métier et même la stratégie militaire. Après la victoire du Lorthon sur son adversaire, elle assistera d’ailleurs au couronnement du nouveau roi, le 3 août 1726.
Les dernières années de la Reine Ivona seront marquées d’une part par un conflit désormais militarisé contre l’Eglise catholique. Ne reconnaissant que l’antipape Augustin, elle engage une offensive pour reprendre les terres enclavées dans le royaume de Santogne cédées à l’Eglise plusieurs siècles auparavant, en vue de les accorder à « son » souverain pontife. La Santogne se confronte alors à une coalition de la part des Etats restés fidèles à l’Eglise catholique régulière, qui atteindra son point d’orgue à Gignoux. Cette ancienne [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341011#p341011]ville libre médiévale[/url] dirigée par un prince-évêque est située à l’actuelle frontière avec le Lagac’hann, qui plus est à un point stratégique qui permet de prévenir les invasions en provenance du nord du pays. Après plusieurs années de conflit, qui nécessiteront l’appui du Lorthon désormais allié, la Santogne parviendra à incorporer la petite ville au royaume, où l’antipape Augustin installera son ministère.
[center][img]https://i.imgur.com/rIdmWrS.png[/img]
Aujourd'hui sous administration conjointe entre la Santogne, le Lagac'hann et l'Eglise catholique,
la Cité de Gignoux catalysera les tensions entre le royaume santognais et la Papauté.[/center]
D’autre part, un conflit d’une toute autre nature se prépare : la succession de la Reine. La « diplomatie du matelas » aura en effet multiplié les prétendants au trône, entre sa fille aînée issue du mariage malheureux avec le prince valdaque Dumitru, son fils bâtard légitimé qu’elle eut de l’empereur eashe et un dernier fils issu d’un mariage éphémère avec un beau paysan de dix ans son cadet. En comptant les autres bâtards, Ivona aura eu pas moins de six enfants qui, à force de s’entredéchirer, contribueront à la chute de la dynastie. Dans les années 1730, la beauté d’Ivona semble lointaine : son visage est couvert de furoncles qu’elle dissimulera tant bien que mal sous d’épaisses couches de maquillage. Les historiens s’accordent à dire qu’elle était atteinte de la mal nommée « petite vérole », c’est-à-dire de syphilis. Alitée depuis plus d’un mois, la Reine Ivona meurt le 11 juin 1736. À l’image de son grand-père qui aura inauguré la Maison de Chalendar, la Reine Ivona aura durablement marqué son temps. Sa personnalité hors du commun, sa haine des conventions, sa guerre contre l’Eglise, ses aventures extra-conjugales ne laissent insensible aucun Santognais. Honnie par la vieille noblesse, elle aura pourtant conquis bien des cœurs, y compris celui du petit peuple.[/justify]