Sur les chemins du Selemecci...
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Arios
[center][img]https://nsa39.casimages.com/img/2018/09/04/180904123418600557.png[/img][/center]
Deux jeunes hommes se trouvent genoux à terre, dos contre un mur, les mains attachées dans le dos. Un militaire, à la peau sombre et aux traits fins, casquette sur la tête, les menace avec une matraque télescopique apparemment cassée, fortifiée par du ruban adhésif. Un autre, assis à son bureau, vraisemblablement un sous-officier, scrute les papiers dérobés aux prisonniers, probablement leur passe-port. Les prisonniers sont sales, fatigués, la barbe non taillée, les cheveux gras ; l'un est épais et déjà vieillissant, l'autre plus jeune, laissant apparaitre une musculature de travailleur.
Le sous-officier : Vous êtes partis il y a quatre jours du port étranger sus-cité... vous êtes ravitaillé en dehors des frontières de ce pays... pour atteindre Aznella, dîtes-vous. Et vous avez raté l'embouchure du fleuve, vous êtes trompé d'embouchure... Cela déjà, ce n'est pas donné à tout le monde ; d'autant lorsque l'on sait que cette côte souveraine est une zone militaire, cela vous ne l'avez pas découvert hier matin, je crois. Vous êtes sans doute porteurs d'une certaine science, vu d'où vous venez.
L'un des deux hommes prisonniers fait mine de vouloir dire quelque chose.
Le sous-officier : La parole est au prisonnier.
Il lui fait un signe de la tête pour l'inciter à s'exprimer.
Prisonnier 1 : Militaire, mon compagnon et moi-même ne sommes guère des hommes de science. Nous avons appris qu'il était désormais autorisé de se rendre à Aznella, pour les étrangers, et sans laisser-passer militaire, et nous pensions sans malice pénétrer dans le bon fleuve.
Le sous-officier : Il est autorisé de se rendre à Aznella, mais pas dans cette vallée, et certainement pas sans autorisation, même si elle n'est plus forcément militaire.
Prisonnier 1 : Pardon, Monsieur l'Officier, mais je me dois de vous dire que mon compagnon et moi-même sommes des gens bien modestes, qui ne cherchions à entrer dans votre pays que pour y retrouver notre maître, qui est Monsieur Adalbertus Vernoj de Parjsporgue.
Le sous-officier : J'ai compris que vous étiez de ces esclaves dont les gens de votre race aiment à s'amuser.
Prisonnier 1 : Pardon, Monsieur l'Officier, il me parait y avoir méprise : mon compagnon est un travailleur de force, et rien d'autre, moi-même ne suis qu'un scribe au service des Vernoj, dont notre maître devrait résider en la ville de Parjsporgue...
Le sous-officier : Je n'ai aucun moyen de vérifier vos dires. Je pourrais toujours me référer au responsable de bâtiment, qui dispose d'un téléphone à vocation portative, mais sa connexion au réseau est défectueuse et je doute que les registres en ligne soient tenus à jour. Donc, vous êtes arrivés... avec un voilier de tourisme... jusqu'à l'avant-poste de Léodé... avant d'être interceptés. Je crois qu'à ce stade, les fouilles de votre embarcation jouent plutôt en votre faveur, mais rien ne nous assure que vous n'avez pas jeté votre matériel par-dessus bord. Étiez-vous attendus à Aznella ?
Prisonnier 1 : Non, nous pensions que cette ville était libre et qu'il y serait possible de s'abriter, et de se refaire une santé quelques jours avant de reprendre nos recherches.
Le sous-officier : Pensiez-vous honnêtement que débarquer à Aznella pour rechercher un homme censé habiter à Parjsporgue, serait une entreprise réalisable ? Votre récit tient difficilement !
Prisonnier 1 : Pardon Militaire, mais nous n'avons qu'une idée mince de la géographie de votre pays, dont les côtes ont été jusqu'à il y a quelques semaines, un territoire exclusivement réservé à l'armée... Nous nous sommes renseignés, auprès de passeurs montalvéens, qui nous ont certifié, lorsque nous nous trouvions encore en Nazalie, et contre une somme importante pour laquelle mon ami a dû prendre sur son temps et sa santé en travaillant plusieurs jours durant afin de s'en acquitter, que la ville d'Aznella était la porte d'entrée de votre pays, et que là-bas nous n'aurions aucune difficulté pour trouver des gens capables de nous emmener à Parjsporgue...
Le sous-officier : Mais comprenez qu'il y a peut-être dix vallées entre Aznella et Parjsporgue ! Je suis embêté, on m'a fait faire une heure de route pour venir vous rencontrer, uniquement car je sais parler amarantin... et je crains de ne pas avoir de solution à votre problème. Mais cette histoire d'esclaves qui viennent se perdre au milieu de l'Algarbe pour retrouver un maître qui a oublié de les prendre dans ses valises... est assez hasardeuse. Est-ce bien le mot, hasardeux ?
Prisonnier 1 : Notre maître ne nous a pas oublié, il comptait que nous le rejoignions une fois établi à nouveau dans sa famille à Parjsporgue, mais nous avons perdu sa trace une fois en Alilée où nous avons été attrapés en situation irrégulière, et dû nous faire passer pour des demandeurs d'un visa d'affranchissement... nous avons fini par pouvoir nous évader et alors, et n'avons jamais réussi à le joindre aux coordonnées qu'il nous avait laissées.
Le sous-officier : Je crois que cette affaire ne peut pas se terminer de façon satisfaisante pour nous tous.
Le scribe se mit à déglutir. Son compagnon de route, qui n'avait cessé de fixer le sol en béton du bureau, eut un tressaillement dans les muscles du visage, semblant trahir son état de désespérance devant une situation apparemment si compliquée.
Le sous-officier : Le mieux est que nous fassions comme si vous n’étiez jamais arrivés ici.
Prisonnier 1 : Allez-vous nous relâcher ?
Le sous-officier : Je pourrais vous relâcher, après tout nous ne sommes qu'à quelques 7 heures de bateau d'Aznella. Mais croyez-moi, deux esclaves amarantins en fuite n'y trouveraient pas d'alliés, Aznella est une ville de cons prétentieux, comme le sont tous les Céruléens. Tesfaje, saigne-les.
Le soldat qui les menaçait de sa matraque attrapa le plus musclé des deux hommes sous les yeux inquiets du scribe, qui n'avait pas compris les paroles prononcées en dialecte par le sous-officier. Il l'entraina dans la pièce d'à coté. On entendit un grand coup, suivi d'un cri rauque, puis un second coup, le bruit d'une masse que l'on pose sur une table, enfin comme un percement, et un écoulement saccadé. Quelque chose coulait dans la pièce d'à côté. Le bruit devient distinct : on remplissait un seau en plastique, comme une bouteille d'eau qui se vidait. Un dernier rauque vint surprendre le sous-officier et le scribe. Le premier se mit à rire, dévoilant ses robustes canines taillées à la façon des tribus forestières du grand est. Le second, pris de stupeur, dévisageant son interlocuteur, ne trouva plus aucun mot, bien qu'il prenait alors conscience qu'il s'agissait des derniers instants où ils pourraient en prononcer un.
Le soldat revint dans la pièce, armé d'une masse à l'outil en fer forgé. Il ne se fit pas attendre pour frapper au crâne sa seconde victime, dont le visage se fractura doucement, ne ressemblant au premier coup frappé qu'à une de ces montres coulantes de Dali. Son corps gigotant encore, comme pour s'extraire de ce mauvais rêve, le soldat leva sa masse en l'air pour asséner un second coup.
Le sous-officier : C'est rien, ce sont les nerfs.
Le soldat fit retomber sa masse sur le côté, sorti le couteau de sa poche, et de l'autre main traina ce qui devait donc être, de l'expertise de son supérieur, un cadavre, mais qui devait encore probablement être animé par quelque trace de vie, bien que l'état de conscience s'en était probablement déjà extirpé, du moins personne n'irait tenter de démontrer le contraire.
Le sous-officier : Fais attention en les vidant, ne souille pas le sang ! Sinon ensuite, le boudin aura encore le goût de vomi. Ah ah, des esclaves qui mangent d'autres esclaves, tu vois qu'il y a du bon à venir faire le soldat.
Le soldat regarda son chef en souriant et approuva d'un mouvement de tête.
Le sous-officier : Tu y prendras goût ! Tu sais, les soirées sont longues, les journées sont longues, et les paquets de nourriture sont rares. Si tu veux rester en bonne santé, il faut manger de la viande. Personne ne te juge ici, les arbres et les rivières n'ont pas d'âme ici, tes dieux ne peuvent pas te voir, ils sont loin. Allez... tu vides ces hommes, tu mets un peu d'eau là, tu fais quatre morceaux que tu accroches, et tu peux disposer pour aujourd'hui.
Le soldat, qui était occupé à gonfler ses dépouilles en soufflant dans l'incision qu'il leur avait faite au niveau du bras, pour que s'en décollât plus facilement la peau, profita d'une reprise de respiration pour remercier son chef, lui sourire une nouvelle fois, avant de reprendre son ouvrage.
Deux jeunes hommes se trouvent genoux à terre, dos contre un mur, les mains attachées dans le dos. Un militaire, à la peau sombre et aux traits fins, casquette sur la tête, les menace avec une matraque télescopique apparemment cassée, fortifiée par du ruban adhésif. Un autre, assis à son bureau, vraisemblablement un sous-officier, scrute les papiers dérobés aux prisonniers, probablement leur passe-port. Les prisonniers sont sales, fatigués, la barbe non taillée, les cheveux gras ; l'un est épais et déjà vieillissant, l'autre plus jeune, laissant apparaitre une musculature de travailleur.
Le sous-officier : Vous êtes partis il y a quatre jours du port étranger sus-cité... vous êtes ravitaillé en dehors des frontières de ce pays... pour atteindre Aznella, dîtes-vous. Et vous avez raté l'embouchure du fleuve, vous êtes trompé d'embouchure... Cela déjà, ce n'est pas donné à tout le monde ; d'autant lorsque l'on sait que cette côte souveraine est une zone militaire, cela vous ne l'avez pas découvert hier matin, je crois. Vous êtes sans doute porteurs d'une certaine science, vu d'où vous venez.
L'un des deux hommes prisonniers fait mine de vouloir dire quelque chose.
Le sous-officier : La parole est au prisonnier.
Il lui fait un signe de la tête pour l'inciter à s'exprimer.
Prisonnier 1 : Militaire, mon compagnon et moi-même ne sommes guère des hommes de science. Nous avons appris qu'il était désormais autorisé de se rendre à Aznella, pour les étrangers, et sans laisser-passer militaire, et nous pensions sans malice pénétrer dans le bon fleuve.
Le sous-officier : Il est autorisé de se rendre à Aznella, mais pas dans cette vallée, et certainement pas sans autorisation, même si elle n'est plus forcément militaire.
Prisonnier 1 : Pardon, Monsieur l'Officier, mais je me dois de vous dire que mon compagnon et moi-même sommes des gens bien modestes, qui ne cherchions à entrer dans votre pays que pour y retrouver notre maître, qui est Monsieur Adalbertus Vernoj de Parjsporgue.
Le sous-officier : J'ai compris que vous étiez de ces esclaves dont les gens de votre race aiment à s'amuser.
Prisonnier 1 : Pardon, Monsieur l'Officier, il me parait y avoir méprise : mon compagnon est un travailleur de force, et rien d'autre, moi-même ne suis qu'un scribe au service des Vernoj, dont notre maître devrait résider en la ville de Parjsporgue...
Le sous-officier : Je n'ai aucun moyen de vérifier vos dires. Je pourrais toujours me référer au responsable de bâtiment, qui dispose d'un téléphone à vocation portative, mais sa connexion au réseau est défectueuse et je doute que les registres en ligne soient tenus à jour. Donc, vous êtes arrivés... avec un voilier de tourisme... jusqu'à l'avant-poste de Léodé... avant d'être interceptés. Je crois qu'à ce stade, les fouilles de votre embarcation jouent plutôt en votre faveur, mais rien ne nous assure que vous n'avez pas jeté votre matériel par-dessus bord. Étiez-vous attendus à Aznella ?
Prisonnier 1 : Non, nous pensions que cette ville était libre et qu'il y serait possible de s'abriter, et de se refaire une santé quelques jours avant de reprendre nos recherches.
Le sous-officier : Pensiez-vous honnêtement que débarquer à Aznella pour rechercher un homme censé habiter à Parjsporgue, serait une entreprise réalisable ? Votre récit tient difficilement !
Prisonnier 1 : Pardon Militaire, mais nous n'avons qu'une idée mince de la géographie de votre pays, dont les côtes ont été jusqu'à il y a quelques semaines, un territoire exclusivement réservé à l'armée... Nous nous sommes renseignés, auprès de passeurs montalvéens, qui nous ont certifié, lorsque nous nous trouvions encore en Nazalie, et contre une somme importante pour laquelle mon ami a dû prendre sur son temps et sa santé en travaillant plusieurs jours durant afin de s'en acquitter, que la ville d'Aznella était la porte d'entrée de votre pays, et que là-bas nous n'aurions aucune difficulté pour trouver des gens capables de nous emmener à Parjsporgue...
Le sous-officier : Mais comprenez qu'il y a peut-être dix vallées entre Aznella et Parjsporgue ! Je suis embêté, on m'a fait faire une heure de route pour venir vous rencontrer, uniquement car je sais parler amarantin... et je crains de ne pas avoir de solution à votre problème. Mais cette histoire d'esclaves qui viennent se perdre au milieu de l'Algarbe pour retrouver un maître qui a oublié de les prendre dans ses valises... est assez hasardeuse. Est-ce bien le mot, hasardeux ?
Prisonnier 1 : Notre maître ne nous a pas oublié, il comptait que nous le rejoignions une fois établi à nouveau dans sa famille à Parjsporgue, mais nous avons perdu sa trace une fois en Alilée où nous avons été attrapés en situation irrégulière, et dû nous faire passer pour des demandeurs d'un visa d'affranchissement... nous avons fini par pouvoir nous évader et alors, et n'avons jamais réussi à le joindre aux coordonnées qu'il nous avait laissées.
Le sous-officier : Je crois que cette affaire ne peut pas se terminer de façon satisfaisante pour nous tous.
Le scribe se mit à déglutir. Son compagnon de route, qui n'avait cessé de fixer le sol en béton du bureau, eut un tressaillement dans les muscles du visage, semblant trahir son état de désespérance devant une situation apparemment si compliquée.
Le sous-officier : Le mieux est que nous fassions comme si vous n’étiez jamais arrivés ici.
Prisonnier 1 : Allez-vous nous relâcher ?
Le sous-officier : Je pourrais vous relâcher, après tout nous ne sommes qu'à quelques 7 heures de bateau d'Aznella. Mais croyez-moi, deux esclaves amarantins en fuite n'y trouveraient pas d'alliés, Aznella est une ville de cons prétentieux, comme le sont tous les Céruléens. Tesfaje, saigne-les.
Le soldat qui les menaçait de sa matraque attrapa le plus musclé des deux hommes sous les yeux inquiets du scribe, qui n'avait pas compris les paroles prononcées en dialecte par le sous-officier. Il l'entraina dans la pièce d'à coté. On entendit un grand coup, suivi d'un cri rauque, puis un second coup, le bruit d'une masse que l'on pose sur une table, enfin comme un percement, et un écoulement saccadé. Quelque chose coulait dans la pièce d'à côté. Le bruit devient distinct : on remplissait un seau en plastique, comme une bouteille d'eau qui se vidait. Un dernier rauque vint surprendre le sous-officier et le scribe. Le premier se mit à rire, dévoilant ses robustes canines taillées à la façon des tribus forestières du grand est. Le second, pris de stupeur, dévisageant son interlocuteur, ne trouva plus aucun mot, bien qu'il prenait alors conscience qu'il s'agissait des derniers instants où ils pourraient en prononcer un.
Le soldat revint dans la pièce, armé d'une masse à l'outil en fer forgé. Il ne se fit pas attendre pour frapper au crâne sa seconde victime, dont le visage se fractura doucement, ne ressemblant au premier coup frappé qu'à une de ces montres coulantes de Dali. Son corps gigotant encore, comme pour s'extraire de ce mauvais rêve, le soldat leva sa masse en l'air pour asséner un second coup.
Le sous-officier : C'est rien, ce sont les nerfs.
Le soldat fit retomber sa masse sur le côté, sorti le couteau de sa poche, et de l'autre main traina ce qui devait donc être, de l'expertise de son supérieur, un cadavre, mais qui devait encore probablement être animé par quelque trace de vie, bien que l'état de conscience s'en était probablement déjà extirpé, du moins personne n'irait tenter de démontrer le contraire.
Le sous-officier : Fais attention en les vidant, ne souille pas le sang ! Sinon ensuite, le boudin aura encore le goût de vomi. Ah ah, des esclaves qui mangent d'autres esclaves, tu vois qu'il y a du bon à venir faire le soldat.
Le soldat regarda son chef en souriant et approuva d'un mouvement de tête.
Le sous-officier : Tu y prendras goût ! Tu sais, les soirées sont longues, les journées sont longues, et les paquets de nourriture sont rares. Si tu veux rester en bonne santé, il faut manger de la viande. Personne ne te juge ici, les arbres et les rivières n'ont pas d'âme ici, tes dieux ne peuvent pas te voir, ils sont loin. Allez... tu vides ces hommes, tu mets un peu d'eau là, tu fais quatre morceaux que tu accroches, et tu peux disposer pour aujourd'hui.
Le soldat, qui était occupé à gonfler ses dépouilles en soufflant dans l'incision qu'il leur avait faite au niveau du bras, pour que s'en décollât plus facilement la peau, profita d'une reprise de respiration pour remercier son chef, lui sourire une nouvelle fois, avant de reprendre son ouvrage.
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Arios
[center][img]https://nsa39.casimages.com/img/2018/09/04/180904123419134813.png[/img][/center]
Au milieu d'un grand carrefour au trafic ralenti, un jeune crieur tente de vendre ses journaux en répétant inlassablement les grands titres de l'actualité traités dans les feuilles du jour. Les voitures des passants, fenêtres ouvertes, mêlées aux charrettes tirées par des chevaux amaigris, roulent assez lentement pour que leur conducteur s'il le veut puisse saisir un de ces journaux, et donner une pièce au jeune homme.
Le crieur : Berri-Metan sous les eaux ! La rivière déborde une nouvelle fois de son lit et envahit les quartiers pauvres de la ville caskare. Les édiles promettent des reconstructions aux sinistrés ! - le grand Ascium conseille à l'Empereur de cesser le recours aux troupes auxiliaires suite à des actes répétés de barbarie de leur part, et même de cannibalisme ! - Segaroj accueille ce mardi plus de 250 réfugiés d'Amarantie ! - Aznella mets à l'eau ses premiers chalutiers qui parcourront les eaux de la Mer d'Algarbe pour exploiter ses riches fonds poissonneux ! - l'Armée impériale nettoie une vallée dans le grand est et abat plus de 7 000 Ekongs !
Une voiture s'immobilise quelques secondes au niveau du crieur. Son conducteur tend le bras, fait tomber une pièce dans la main de l'enfant, et récupère deux journaux.
Dans la voiture, il donne les journaux à son épouse, une femme bien habillée, à la mise en pli parfaite, voilant son visage d'un petit tissu percé et transparent censé la protéger des mouches qui pourraient venir troubler son maquillage. L'homme avance ensuite la voiture, continuant sa lente course au milieu des véhicules.
La femme : Berri-Metan sous les eaux ! Les pauvres...
L'homme : Caskars de merde.
La femme : Adalbertus enfin ! Il n'est pas 9h, et te voilà déjà en train de jurer...
L'homme : Pardon, pardon. Si j'avais encore mes hommes pour me conduire, peut-être pourrai-je commencer mes journées de façon plus sereine.
La femme : Allez, ça va bien se passer. Nous sommes en avance, on va trouver l'hôtel.
L'homme : Il vaudrait mieux qu'on ne le trouve pas, comme ça au moins...
La femme : Ah non, ça ne va pas commencer ! Il te faut un travail !
L'homme : Si l'autre con qui me sert d'oncle me donnait les parts qu'il me revient, je n'aurais pas à travailler comme n'importe-quel esclave.
La femme : Écoute, Horatius a dit que nous en reparlerions, en attendant il faut faire bonne figure dans ce pays, et il faut travailler, c'est comme ça, sinon on va finir dans le besoin. Il nous l'a bien dit : tu n'es pas le premier Amarantin qui pense arriver ici en pacha, et qui se retrouve à devoir trouver du travail... il y a des gens très bien qui travaillent dans ces hôtels.
L'homme : Faire le major d'homme pour des milliardaires de l'uranium, tu te rends compte du ridicule si je croise des gens comme Evardo, Samoj, ou même Varifacchi. Tu vas voir : un beau matin, je verrai arriver mes anciens partenaires pour affaires, et moi je serai en train de pousser les portes, et c'est toute notre famille qui sera humiliée.
La femme : Nous sommes déjà humiliés, Adal, nous avons déjà tout perdus, je suis désespérée que tu ne fasses pas ton deuil de tout ça. Le Conseil Exécutif a dit qu'il fallait du courage, et que l'économie reprendrait par le travail de tous...
L'homme : J'emmerde ces salauds du Conseil Exécutif ! Ils veulent que l'on travaille comme des esclaves ! Et ces gens comme mon oncle, qui les encensent, tout en ne levant pas le petit doigt ; il faut que ce soit les autres qui travaillent !
La femme : Je suis sûr que Horatius finira par te donner les parts de ta mère. En attendant nous n'avons pas le choix.
La voiture s'était engagée dans une petite avenue parée d'hôtels particuliers aux jardins luxuriants et aux volets colorés contrastant avec les murs de bois peints en blanc, et les toitures rouges terre-cuite. La femme se mit à relire l'adresse qu'elle avait noté sous sa manche sur son poignet clair.
La femme : Le 14, c'est ici.
Un portier fit coulisser le portail de fer pour permettre à la voiture de s'engager dans les jardins de l'hôtel. A l'intérieur, Adalbertus se préparait à passer le premier entretien d'embauche de sa vie. Parjsporgue était plus difficile que ce qu'il avait imaginé, mais il savait que derrière la jungle qui enserrait la ville se trouvaient plus de richesses que jamais l'Amarantie n'avait pu contenir. Si son oncle lui permettait de reprendre les affaires de sa mère, il se promettait de retourner en Cérulée pour se venger de ceux qui avaient précipité la chute de ses plantations en Caducée.
Au milieu d'un grand carrefour au trafic ralenti, un jeune crieur tente de vendre ses journaux en répétant inlassablement les grands titres de l'actualité traités dans les feuilles du jour. Les voitures des passants, fenêtres ouvertes, mêlées aux charrettes tirées par des chevaux amaigris, roulent assez lentement pour que leur conducteur s'il le veut puisse saisir un de ces journaux, et donner une pièce au jeune homme.
Le crieur : Berri-Metan sous les eaux ! La rivière déborde une nouvelle fois de son lit et envahit les quartiers pauvres de la ville caskare. Les édiles promettent des reconstructions aux sinistrés ! - le grand Ascium conseille à l'Empereur de cesser le recours aux troupes auxiliaires suite à des actes répétés de barbarie de leur part, et même de cannibalisme ! - Segaroj accueille ce mardi plus de 250 réfugiés d'Amarantie ! - Aznella mets à l'eau ses premiers chalutiers qui parcourront les eaux de la Mer d'Algarbe pour exploiter ses riches fonds poissonneux ! - l'Armée impériale nettoie une vallée dans le grand est et abat plus de 7 000 Ekongs !
Une voiture s'immobilise quelques secondes au niveau du crieur. Son conducteur tend le bras, fait tomber une pièce dans la main de l'enfant, et récupère deux journaux.
Dans la voiture, il donne les journaux à son épouse, une femme bien habillée, à la mise en pli parfaite, voilant son visage d'un petit tissu percé et transparent censé la protéger des mouches qui pourraient venir troubler son maquillage. L'homme avance ensuite la voiture, continuant sa lente course au milieu des véhicules.
La femme : Berri-Metan sous les eaux ! Les pauvres...
L'homme : Caskars de merde.
La femme : Adalbertus enfin ! Il n'est pas 9h, et te voilà déjà en train de jurer...
L'homme : Pardon, pardon. Si j'avais encore mes hommes pour me conduire, peut-être pourrai-je commencer mes journées de façon plus sereine.
La femme : Allez, ça va bien se passer. Nous sommes en avance, on va trouver l'hôtel.
L'homme : Il vaudrait mieux qu'on ne le trouve pas, comme ça au moins...
La femme : Ah non, ça ne va pas commencer ! Il te faut un travail !
L'homme : Si l'autre con qui me sert d'oncle me donnait les parts qu'il me revient, je n'aurais pas à travailler comme n'importe-quel esclave.
La femme : Écoute, Horatius a dit que nous en reparlerions, en attendant il faut faire bonne figure dans ce pays, et il faut travailler, c'est comme ça, sinon on va finir dans le besoin. Il nous l'a bien dit : tu n'es pas le premier Amarantin qui pense arriver ici en pacha, et qui se retrouve à devoir trouver du travail... il y a des gens très bien qui travaillent dans ces hôtels.
L'homme : Faire le major d'homme pour des milliardaires de l'uranium, tu te rends compte du ridicule si je croise des gens comme Evardo, Samoj, ou même Varifacchi. Tu vas voir : un beau matin, je verrai arriver mes anciens partenaires pour affaires, et moi je serai en train de pousser les portes, et c'est toute notre famille qui sera humiliée.
La femme : Nous sommes déjà humiliés, Adal, nous avons déjà tout perdus, je suis désespérée que tu ne fasses pas ton deuil de tout ça. Le Conseil Exécutif a dit qu'il fallait du courage, et que l'économie reprendrait par le travail de tous...
L'homme : J'emmerde ces salauds du Conseil Exécutif ! Ils veulent que l'on travaille comme des esclaves ! Et ces gens comme mon oncle, qui les encensent, tout en ne levant pas le petit doigt ; il faut que ce soit les autres qui travaillent !
La femme : Je suis sûr que Horatius finira par te donner les parts de ta mère. En attendant nous n'avons pas le choix.
La voiture s'était engagée dans une petite avenue parée d'hôtels particuliers aux jardins luxuriants et aux volets colorés contrastant avec les murs de bois peints en blanc, et les toitures rouges terre-cuite. La femme se mit à relire l'adresse qu'elle avait noté sous sa manche sur son poignet clair.
La femme : Le 14, c'est ici.
Un portier fit coulisser le portail de fer pour permettre à la voiture de s'engager dans les jardins de l'hôtel. A l'intérieur, Adalbertus se préparait à passer le premier entretien d'embauche de sa vie. Parjsporgue était plus difficile que ce qu'il avait imaginé, mais il savait que derrière la jungle qui enserrait la ville se trouvaient plus de richesses que jamais l'Amarantie n'avait pu contenir. Si son oncle lui permettait de reprendre les affaires de sa mère, il se promettait de retourner en Cérulée pour se venger de ceux qui avaient précipité la chute de ses plantations en Caducée.
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Arios
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Homme 1 : Voilà ! Le Felanscia, 2083 mètres ! Bravo !
Homme 2 : Il faut aussi chaud qu'en bas. Putain, je brûle. J'ai soif.
Homme 3 : Tu aurais dû rester à Berri-Metan, au moins tu te serais rafraichis.
Homme 2 : Rigole pas de ça, j'ai de la famille là-bas.
Homme 1 : C'est surtout que ça va encore nous retomber dessus.
Homme 2 : Si on prenait soin de ne pas détourner n'importe-quelle rivière, c'est sûr qu'on éviterait ce genre de choses. Putain, pourquoi je parle ?
Il reprend sa respiration par grandes bouchées d'air, son tronc trempé jusqu'à la ceinture continue de frémir au rythme de ses inspirations et expirations. L'homme en difficulté s'appelle Osgo Veretan, comme les deux autres il s'agit d'un homme d'affaires, qui a été amené sur les lieux pour une raison bien précise.
Osgo Veretan : Il faut que j'arrête de parler.
Egrius Daplanoj : Bon, ici vous avez la petite vallée du Scianscieriggi. C'est habité.
Varin Ferpan : Zut.
Egrius Daplanoj : C'est pas un problème. Cela va coûter de l'argent, il va falloir graisser pas mal de pattes, mais on arrivera à déplacer tout le monde. Les éleveurs pourront continuer de manger le plateau, et les cultivateurs devront avoir des terres dans les vallées d'à côté.
Varin Ferpan : À combien on estime le gisement ?
Egrius Daplanoj : Entre 3 et 4 milliers de tonnes.
Osgo Veretan : C'est bon, ça va mieux.
Egrius Daplanoj : Ce qu'il faut, c'est éviter que Parjsporgue ne dévoile l'affaire trop tôt. Donc n'en parler qu'au cercle restreint, et commencer les graissages assez haut pour éviter que les Épibates ne revendent l'information. Normalement, le chef du camp local est déjà dans notre poche, et il s'est même proposé d'aider au déplacement de la population en cas de résistance.
Osgo Veretan : Ça, il vaut mieux l'éviter.
Varin Ferpan : Je suis du même avis, il ne faut surtout pas que les bourgeoises parjsporguéennes s'emparent du sujet en se prenant d'affection pour les pauvres petits éleveurs obligés de céder leurs terres.
Osgo Veretan : Si on avait travaillé chez les Meggi, on aurait pas eu ce problème. Mais quand tu parles de 3 à 4 milliers de tonnes, c'est vrai qu'on peut se permettre de gérer des difficultés derrière.
Egrius Daplanoj : Ouais, de toutes façons le projet dont tu parles, en territoire meggi, se serait heurté aux autorités scientifiques de la zone - on aurait dû graisser de la blouse, plutôt que de l'uniforme, et pour une estimation à pas plus d'une tonne cinq. Pour des gens de Parjsporgue ou Aznella, l'effet médiatique aurait même été pire.
Varin Ferpan : On imagine d'ici les unes montrant des amoncellements de Meggi neutralisés pour que les pelleteuses puissent travailler. Au fait, le projet est sur du souterrain ?
Egrius Daplanoj : Tout en souterrain, au moins on évite que les associations écologiques s'en mêlent. Je ne vous l'ai pas dit, mais c'était une condition pour que Novaj-Palumbo nous délivre les autorisations.
Osgo Veretan : M. Ferpan, prenez les photos comme ça on décampe, ce soleil me tape sur la tête, si ça continue je vais décider de retirer mes fonds et de rentrer au Caskar.
Varin Ferpan fit des photographies de la vallée en contre-bas, des nuages du ciel et des sommets alentours, sans oublier les reflets lointains du fleuve. L'air important sur la cime venait confirmer la chaleur de la journée. Le soleil frappait, au lointain on pouvait distinguer la cime du Selemecci, brillante comme une lame gigantesque perçant l'horizon, et l'ombre qu'il dessinait malgré-lui sur les hauts-plateaux obscurs de la forêt équatoriale.
[center][img]https://www.skr.de/fileadmin/_processed_/simien_gebirge_d13fed3616.jpg[/img]
Plateau entourant le Mont Felanscia[/center]
Homme 1 : Voilà ! Le Felanscia, 2083 mètres ! Bravo !
Homme 2 : Il faut aussi chaud qu'en bas. Putain, je brûle. J'ai soif.
Homme 3 : Tu aurais dû rester à Berri-Metan, au moins tu te serais rafraichis.
Homme 2 : Rigole pas de ça, j'ai de la famille là-bas.
Homme 1 : C'est surtout que ça va encore nous retomber dessus.
Homme 2 : Si on prenait soin de ne pas détourner n'importe-quelle rivière, c'est sûr qu'on éviterait ce genre de choses. Putain, pourquoi je parle ?
Il reprend sa respiration par grandes bouchées d'air, son tronc trempé jusqu'à la ceinture continue de frémir au rythme de ses inspirations et expirations. L'homme en difficulté s'appelle Osgo Veretan, comme les deux autres il s'agit d'un homme d'affaires, qui a été amené sur les lieux pour une raison bien précise.
Osgo Veretan : Il faut que j'arrête de parler.
Egrius Daplanoj : Bon, ici vous avez la petite vallée du Scianscieriggi. C'est habité.
Varin Ferpan : Zut.
Egrius Daplanoj : C'est pas un problème. Cela va coûter de l'argent, il va falloir graisser pas mal de pattes, mais on arrivera à déplacer tout le monde. Les éleveurs pourront continuer de manger le plateau, et les cultivateurs devront avoir des terres dans les vallées d'à côté.
Varin Ferpan : À combien on estime le gisement ?
Egrius Daplanoj : Entre 3 et 4 milliers de tonnes.
Osgo Veretan : C'est bon, ça va mieux.
Egrius Daplanoj : Ce qu'il faut, c'est éviter que Parjsporgue ne dévoile l'affaire trop tôt. Donc n'en parler qu'au cercle restreint, et commencer les graissages assez haut pour éviter que les Épibates ne revendent l'information. Normalement, le chef du camp local est déjà dans notre poche, et il s'est même proposé d'aider au déplacement de la population en cas de résistance.
Osgo Veretan : Ça, il vaut mieux l'éviter.
Varin Ferpan : Je suis du même avis, il ne faut surtout pas que les bourgeoises parjsporguéennes s'emparent du sujet en se prenant d'affection pour les pauvres petits éleveurs obligés de céder leurs terres.
Osgo Veretan : Si on avait travaillé chez les Meggi, on aurait pas eu ce problème. Mais quand tu parles de 3 à 4 milliers de tonnes, c'est vrai qu'on peut se permettre de gérer des difficultés derrière.
Egrius Daplanoj : Ouais, de toutes façons le projet dont tu parles, en territoire meggi, se serait heurté aux autorités scientifiques de la zone - on aurait dû graisser de la blouse, plutôt que de l'uniforme, et pour une estimation à pas plus d'une tonne cinq. Pour des gens de Parjsporgue ou Aznella, l'effet médiatique aurait même été pire.
Varin Ferpan : On imagine d'ici les unes montrant des amoncellements de Meggi neutralisés pour que les pelleteuses puissent travailler. Au fait, le projet est sur du souterrain ?
Egrius Daplanoj : Tout en souterrain, au moins on évite que les associations écologiques s'en mêlent. Je ne vous l'ai pas dit, mais c'était une condition pour que Novaj-Palumbo nous délivre les autorisations.
Osgo Veretan : M. Ferpan, prenez les photos comme ça on décampe, ce soleil me tape sur la tête, si ça continue je vais décider de retirer mes fonds et de rentrer au Caskar.
Varin Ferpan fit des photographies de la vallée en contre-bas, des nuages du ciel et des sommets alentours, sans oublier les reflets lointains du fleuve. L'air important sur la cime venait confirmer la chaleur de la journée. Le soleil frappait, au lointain on pouvait distinguer la cime du Selemecci, brillante comme une lame gigantesque perçant l'horizon, et l'ombre qu'il dessinait malgré-lui sur les hauts-plateaux obscurs de la forêt équatoriale.
[center][img]https://www.skr.de/fileadmin/_processed_/simien_gebirge_d13fed3616.jpg[/img]
Plateau entourant le Mont Felanscia[/center]
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Arios
[center][img]https://nsa39.casimages.com/img/2018/09/11/180911085855364764.png[/img][/center]
Marchand [d'une forte voix] : Honnêtes gens des esclaves à un prix dérisoire ! Des travailleurs de force exceptionnels issus des plus grandes plantations d'Amarantie ! Des plus profondes forêts d'Épibatie ! Profitez de remises hors du commun pour une entreprise de notre envergure et de notre expérience ! Admirez ces créatures de toute beauté !
L'artère bouillonnait de gens, la chaleur équatoriale se mêlait aux exhalations des citadins repus de quelques grillades et sandwichs bons marchés achetés aux échoppes de la capitale régionale. Il était aux alentours de 14h, mais comme depuis le matin tôt les vendeurs à la criée ne laissaient de répit aux passants et s'égosillaient pour attirer l'attention, qui sur ses légumes, qui sur ses objets d'arts soi-disant authentiques, qui sur ses singes grillés, qui sur ses esclaves dont il tentait de se débarrasser.
Marchand [toujours criant] : Attention attention, déstockages de lots décommandés ! Des remises exceptionnelles sur des travailleurs remarquables ! Faites faire votre travail par quelqu'un d'autre, un esclave mange moins qu'un mulet et peut satisfaire bien d'autres envies !
Parmi la foule deux hommes se détachèrent pour s'approcher de notre marchand. On distinguait à leurs habits qu'il s'agissait de notables.
Homme 1 : Oh marchand, parle-moi de celui-là.
Marchand : Celui-là ?
Il désigna l'un de ses produits et son client approuva. Il s'agissait d'un grand brun, à la musculature moyenne mais ferme, à la mâchoire carrée et aux traits bruts, qui semblait originaire de Cérulée. Il ne portait qu'un tissu de lin entouré autour de sa taille pour cacher ses parties. Sur celui-là, un écriteau était accroché par une cordelette entourant ses hanches, on pouvait y lire, en amarantin : "Regarde dessous et émerveille-toi !".
Homme 1 : Je peux ?
Marchand : Bien sûr !
L'homme souleva l'écriteau d'une main, puis le linge de l'autre. Le marchand pris le relai, dévoilant à la foule stupéfaite le dessous de son esclave. Un "Oh" d'étonnement respectueux traversa l'assistance, et le pas des passants ralentit devant le sujet.
Homme 2 [bravache] : Qu'est-ce qui nous dit qu'il fonctionne ?
La foule se mit à rire. Le marchand fit un signe à sa femme, qui était assise à l'arrière de la ruelle. C'était une grosse femme, à la chevelure déjà grisée par les années, tirée et accrochée en chignon à l'arrière de la tête, portant une robe sombre semblant sortir de l'ancien temps, et semblant négliger tout soin de parure ou de maquillage. Elle avait le visage marqué par d'évidentes premières rides. Sans sourrir, elle se leva impassible de son bureau et se mouva de toute sa masse jusqu'au devant de l'étal, et à l'esclave, puis glissa sa main sous le linge tandis que le marchand avait lâché le tout. Elle fit son ouvrage, trafiquant sous le linge à mesure que la foule commentait, sans grand étonnement. Au bout d'une petite minute, elle cessa, retira sa main et retourna s'asseoir à sa place derrière l'estrade. Le marchand souleva à nouveau le linge, dévoilant son grand esclave brun, dont la morphologie intime s'était transformée de façon impressionnante. Et la foule fut impressionnée.
Marchand : Tu as ta réponse !
Homme 2 : Rien ne nous dit qu'elle fonctionne jusqu'au bout !
La foule s'esclaffa.
Marchand : Celle-là, tu ne l'auras pas ! Et tu n'en as pas besoin !
La foule s'esclaffa de plus belle et sembla se moquer de l'homme qui avait été trop curieux. Le premier lui posa la main sur l'épaule pour passer devant, en lui glissant à l'oreille : "Ce n'est pas grave, je le prends".
Homme 1 : Oh marchand, donne-moi ton prix.
Marchand : 450, et c'est un bon prix ; celui-là devait partir en Kaluna pour bien 600, mais le contrat a été rompu au vu des circonstances.
Homme 1 : C'est bon, je te paie les 450.
Marchand [s'adressant à la foule] : Voilà un homme intelligent qui sait où mettre son argent !
Il serra la main de l'acheteur et l'invita à se diriger vers le bureau où s'était rassis son épouse, afin de faire les papiers de la vente. L'esclave était resté impassible, et continuait de fixer un point inexistant dans le mur d'en face, de l'autre côté de la rue.
Marchand [d'une forte voix] : Honnêtes gens des esclaves à un prix dérisoire ! Des travailleurs de force exceptionnels issus des plus grandes plantations d'Amarantie ! Des plus profondes forêts d'Épibatie ! Profitez de remises hors du commun pour une entreprise de notre envergure et de notre expérience ! Admirez ces créatures de toute beauté !
L'artère bouillonnait de gens, la chaleur équatoriale se mêlait aux exhalations des citadins repus de quelques grillades et sandwichs bons marchés achetés aux échoppes de la capitale régionale. Il était aux alentours de 14h, mais comme depuis le matin tôt les vendeurs à la criée ne laissaient de répit aux passants et s'égosillaient pour attirer l'attention, qui sur ses légumes, qui sur ses objets d'arts soi-disant authentiques, qui sur ses singes grillés, qui sur ses esclaves dont il tentait de se débarrasser.
Marchand [toujours criant] : Attention attention, déstockages de lots décommandés ! Des remises exceptionnelles sur des travailleurs remarquables ! Faites faire votre travail par quelqu'un d'autre, un esclave mange moins qu'un mulet et peut satisfaire bien d'autres envies !
Parmi la foule deux hommes se détachèrent pour s'approcher de notre marchand. On distinguait à leurs habits qu'il s'agissait de notables.
Homme 1 : Oh marchand, parle-moi de celui-là.
Marchand : Celui-là ?
Il désigna l'un de ses produits et son client approuva. Il s'agissait d'un grand brun, à la musculature moyenne mais ferme, à la mâchoire carrée et aux traits bruts, qui semblait originaire de Cérulée. Il ne portait qu'un tissu de lin entouré autour de sa taille pour cacher ses parties. Sur celui-là, un écriteau était accroché par une cordelette entourant ses hanches, on pouvait y lire, en amarantin : "Regarde dessous et émerveille-toi !".
Homme 1 : Je peux ?
Marchand : Bien sûr !
L'homme souleva l'écriteau d'une main, puis le linge de l'autre. Le marchand pris le relai, dévoilant à la foule stupéfaite le dessous de son esclave. Un "Oh" d'étonnement respectueux traversa l'assistance, et le pas des passants ralentit devant le sujet.
Homme 2 [bravache] : Qu'est-ce qui nous dit qu'il fonctionne ?
La foule se mit à rire. Le marchand fit un signe à sa femme, qui était assise à l'arrière de la ruelle. C'était une grosse femme, à la chevelure déjà grisée par les années, tirée et accrochée en chignon à l'arrière de la tête, portant une robe sombre semblant sortir de l'ancien temps, et semblant négliger tout soin de parure ou de maquillage. Elle avait le visage marqué par d'évidentes premières rides. Sans sourrir, elle se leva impassible de son bureau et se mouva de toute sa masse jusqu'au devant de l'étal, et à l'esclave, puis glissa sa main sous le linge tandis que le marchand avait lâché le tout. Elle fit son ouvrage, trafiquant sous le linge à mesure que la foule commentait, sans grand étonnement. Au bout d'une petite minute, elle cessa, retira sa main et retourna s'asseoir à sa place derrière l'estrade. Le marchand souleva à nouveau le linge, dévoilant son grand esclave brun, dont la morphologie intime s'était transformée de façon impressionnante. Et la foule fut impressionnée.
Marchand : Tu as ta réponse !
Homme 2 : Rien ne nous dit qu'elle fonctionne jusqu'au bout !
La foule s'esclaffa.
Marchand : Celle-là, tu ne l'auras pas ! Et tu n'en as pas besoin !
La foule s'esclaffa de plus belle et sembla se moquer de l'homme qui avait été trop curieux. Le premier lui posa la main sur l'épaule pour passer devant, en lui glissant à l'oreille : "Ce n'est pas grave, je le prends".
Homme 1 : Oh marchand, donne-moi ton prix.
Marchand : 450, et c'est un bon prix ; celui-là devait partir en Kaluna pour bien 600, mais le contrat a été rompu au vu des circonstances.
Homme 1 : C'est bon, je te paie les 450.
Marchand [s'adressant à la foule] : Voilà un homme intelligent qui sait où mettre son argent !
Il serra la main de l'acheteur et l'invita à se diriger vers le bureau où s'était rassis son épouse, afin de faire les papiers de la vente. L'esclave était resté impassible, et continuait de fixer un point inexistant dans le mur d'en face, de l'autre côté de la rue.
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Arios
[center][img]https://nsa39.casimages.com/img/2018/09/11/180911091337343616.png[/img][/center]
Homme 1 : Sans déconner, qu'est-ce qu'on attend ?
Un homme entra dans la pièce sans frapper, de façon précipité et apparemment gêné d'être en retard. Les cadres assis autour de la table le regardèrent, certains l'air dérangé pour lui faire comprendre qu'il leur avait fait perdre du temps, les autres en ricanant.
Patronne : M. Berthou, quelle heureuse surprise !
Berthou : Voilà voilà, désolé, on peut commencer, merci.
Patronne : Je ne vous le fais pas dire. Alors, tout le monde écoute merci, vous regarderez la neige après 17h si vous voulez.
Dans cette grande salle de réunion, propre et éclairée de large baies donnant sur le port de Fos, on écoutait désormais la cheffe de service pour comprendre l'objet de la réunion.
Patronne : Merci à tous les membres de l'équipe marketing d'avoir bien voulu se joindre à nous. Rapidement, parce-qu'on est en retard, je voulais vous réunir par rapport au secteur méso-algarbien...
L'assistance se fit bruyante.
Patronne : Je sais, je sais, c'est un secteur compliqué. C'est par rapport donc à la surveillance sur l'Est... Vous savez que Clarivaux, donc, surveille ces secteurs pour le compte de l'État épibate.
Adjoint : L'Armée...
Patronne : Pardon ?
Adjoint [à voix inutilement basse] : C'est l'armée qui est en contrat.
Patronne : C'est l'armée qui est en contrat ? Enfin, on signe avec les représentants de l'État, donc non, c'est l'État, non ?
Adjoint [à voix toujours aussi inutilement basse, puisque tout le monde entend] : C'est plus compliqué, mais qu'importe.
Patronne : Oui donc, secteur compliqué je disais.
L'assistance approuve, quelques rires à l'appui.
Patronne : On surveille donc le vallée grâce aux algorithmes d'observation/détection par satellites et c'est un contrat très important, vous le savez, puisque sur les satellites qu'on achète il y en a une grosse minorité pour l'Épibatie - c'est un gros contrat, donc. Seulement voilà, on a toutes les raisons de penser qu'un gros dossier va sortir dans les médias, dans le courant du début d'année, pour mettre en lumière l'utilisation que fait l'Épibatie des informations données par Clarivaux.
Berthou : Pardon, pour résumer parce-que ce n'est pas tout à fait mon secteur : Clarivaux offre quels services exactement là-bas ?
Patronne : Surveillance de la forêt, détection d'activités sous le tissu forestier - on observe et on prévient dès que les satellites détectent une modification du tissu forestier...
Berthou : Modification naturelle ?
Patronne [apparemment gênée, et aussi apparemment peu surprise que la question survienne] : Non.
Berthou : Merci, donc on prévient les Épibates dès qu'on voit un arbre tomber et trois carottes être plantées.
Homme 2 : Ils ne cultivent pas la carotte.
Rires gênés dans la salle, tout le monde ayant conscience de la gravité du débat sur le fond.
Patronne : Clarivaux fait de la surveillance satellitaire, on vend un service et l'on n'est pas responsable de l'utilisation des informations transmises.
Berthou : Et vous nous réunissez pour trouver un moyen de court-circuiter ce qui va arriver : à savoir que la presse va reprocher à Clarivaux d'aider les Épibates à éliminer toute présence humaine dans cette forêt.
Patronne : Juridiquement, au niveau local, ce ne sont pas des humains.
Berthou : Ohhhhhh, non mais... à ce compte-là... vous savez bien que les juridictions locales, surtout en ce moment... et puis la presse s'en fout, la presse à des valeurs dans ce pays, elle sait trouver la merde et la cultiver.
Patronne : C'est pas que local : juridiquement, ces populations n'existent pas aux yeux des pays ayant des relations avec l'Épibatie, qui ne fait reconnaître que sa population, et fonctionne au cas par cas pour les communautés en liens avec des États extérieurs.
Femme 1 : Vous voulez qu'on trouve un moyen de dédouaner Clarivaux d'être responsable de la chasse aux humains dans l'Est de l'Épibatie, ou qu'on bosse sur le fait que ce ne sont pas des humains ? Ou alors vous voulez qu'on trouve les bases pour jurer sans rougir qu'il n'y a pas d'humains dans l'Est ? Et on s'arrête où niveau bobards, pour savoir ? Il faut que le service juridique nous assure que ce qu'on dira ne pourra pas se retourner contre Clarivaux à un moment ou à un autre.
Patronne : Il faut sauver le contrat, il faut étouffer l'affaire. Tout le monde se doute qu'il y a des populations dans ces forêts, et tout le monde s'en fou, il faut éviter que le fait que l'État épibate cherche et détruit ces populations devienne une évidence médiatique.
Homme 3 : Graissage de pattes !!!!
Berthou [l'air sceptique, prenant sa respiration avant de parler] : On va chercher moyen de faire un truc un peu plus construit.
Patronne [semblant vouloir résumer] : Clarivaux détecte les éclaircissements dans la forêt, Clarivaux envoie les infos à l'État épibate, le reste on s'en fout - et officiellement cela concerne la gestion écologique et économique des fonds forestiers - tâchons que l'officiel demeure.
Berthou : Tâchons ! On verra bien ce que dira la presse.
La neige continuait de tomber sur le port de Fos. Un dernier café après la réunion et tout le monde pourrait bientôt retrouver sa voiture, les bouchons et tenter de rentrer chez soi pas trop tard pour voir un peu ses enfants et regarder la télé en préparant le repas.
Homme 1 : Sans déconner, qu'est-ce qu'on attend ?
Un homme entra dans la pièce sans frapper, de façon précipité et apparemment gêné d'être en retard. Les cadres assis autour de la table le regardèrent, certains l'air dérangé pour lui faire comprendre qu'il leur avait fait perdre du temps, les autres en ricanant.
Patronne : M. Berthou, quelle heureuse surprise !
Berthou : Voilà voilà, désolé, on peut commencer, merci.
Patronne : Je ne vous le fais pas dire. Alors, tout le monde écoute merci, vous regarderez la neige après 17h si vous voulez.
Dans cette grande salle de réunion, propre et éclairée de large baies donnant sur le port de Fos, on écoutait désormais la cheffe de service pour comprendre l'objet de la réunion.
Patronne : Merci à tous les membres de l'équipe marketing d'avoir bien voulu se joindre à nous. Rapidement, parce-qu'on est en retard, je voulais vous réunir par rapport au secteur méso-algarbien...
L'assistance se fit bruyante.
Patronne : Je sais, je sais, c'est un secteur compliqué. C'est par rapport donc à la surveillance sur l'Est... Vous savez que Clarivaux, donc, surveille ces secteurs pour le compte de l'État épibate.
Adjoint : L'Armée...
Patronne : Pardon ?
Adjoint [à voix inutilement basse] : C'est l'armée qui est en contrat.
Patronne : C'est l'armée qui est en contrat ? Enfin, on signe avec les représentants de l'État, donc non, c'est l'État, non ?
Adjoint [à voix toujours aussi inutilement basse, puisque tout le monde entend] : C'est plus compliqué, mais qu'importe.
Patronne : Oui donc, secteur compliqué je disais.
L'assistance approuve, quelques rires à l'appui.
Patronne : On surveille donc le vallée grâce aux algorithmes d'observation/détection par satellites et c'est un contrat très important, vous le savez, puisque sur les satellites qu'on achète il y en a une grosse minorité pour l'Épibatie - c'est un gros contrat, donc. Seulement voilà, on a toutes les raisons de penser qu'un gros dossier va sortir dans les médias, dans le courant du début d'année, pour mettre en lumière l'utilisation que fait l'Épibatie des informations données par Clarivaux.
Berthou : Pardon, pour résumer parce-que ce n'est pas tout à fait mon secteur : Clarivaux offre quels services exactement là-bas ?
Patronne : Surveillance de la forêt, détection d'activités sous le tissu forestier - on observe et on prévient dès que les satellites détectent une modification du tissu forestier...
Berthou : Modification naturelle ?
Patronne [apparemment gênée, et aussi apparemment peu surprise que la question survienne] : Non.
Berthou : Merci, donc on prévient les Épibates dès qu'on voit un arbre tomber et trois carottes être plantées.
Homme 2 : Ils ne cultivent pas la carotte.
Rires gênés dans la salle, tout le monde ayant conscience de la gravité du débat sur le fond.
Patronne : Clarivaux fait de la surveillance satellitaire, on vend un service et l'on n'est pas responsable de l'utilisation des informations transmises.
Berthou : Et vous nous réunissez pour trouver un moyen de court-circuiter ce qui va arriver : à savoir que la presse va reprocher à Clarivaux d'aider les Épibates à éliminer toute présence humaine dans cette forêt.
Patronne : Juridiquement, au niveau local, ce ne sont pas des humains.
Berthou : Ohhhhhh, non mais... à ce compte-là... vous savez bien que les juridictions locales, surtout en ce moment... et puis la presse s'en fout, la presse à des valeurs dans ce pays, elle sait trouver la merde et la cultiver.
Patronne : C'est pas que local : juridiquement, ces populations n'existent pas aux yeux des pays ayant des relations avec l'Épibatie, qui ne fait reconnaître que sa population, et fonctionne au cas par cas pour les communautés en liens avec des États extérieurs.
Femme 1 : Vous voulez qu'on trouve un moyen de dédouaner Clarivaux d'être responsable de la chasse aux humains dans l'Est de l'Épibatie, ou qu'on bosse sur le fait que ce ne sont pas des humains ? Ou alors vous voulez qu'on trouve les bases pour jurer sans rougir qu'il n'y a pas d'humains dans l'Est ? Et on s'arrête où niveau bobards, pour savoir ? Il faut que le service juridique nous assure que ce qu'on dira ne pourra pas se retourner contre Clarivaux à un moment ou à un autre.
Patronne : Il faut sauver le contrat, il faut étouffer l'affaire. Tout le monde se doute qu'il y a des populations dans ces forêts, et tout le monde s'en fou, il faut éviter que le fait que l'État épibate cherche et détruit ces populations devienne une évidence médiatique.
Homme 3 : Graissage de pattes !!!!
Berthou [l'air sceptique, prenant sa respiration avant de parler] : On va chercher moyen de faire un truc un peu plus construit.
Patronne [semblant vouloir résumer] : Clarivaux détecte les éclaircissements dans la forêt, Clarivaux envoie les infos à l'État épibate, le reste on s'en fout - et officiellement cela concerne la gestion écologique et économique des fonds forestiers - tâchons que l'officiel demeure.
Berthou : Tâchons ! On verra bien ce que dira la presse.
La neige continuait de tomber sur le port de Fos. Un dernier café après la réunion et tout le monde pourrait bientôt retrouver sa voiture, les bouchons et tenter de rentrer chez soi pas trop tard pour voir un peu ses enfants et regarder la télé en préparant le repas.
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Arios
[center][img]https://nsa39.casimages.com/img/2018/09/11/180911095807514546.png[/img]
[img]https://nsa39.casimages.com/img/2018/09/11/180911095015411999.png[/img][img]https://nsa39.casimages.com/img/2018/09/11/180911095020419914.png[/img][/center]
Les habitants de toutes les vallées environnantes étaient descendus à Debre Sessi, le grand bourg sur la rivière, pour aller admirer la procession donnée par l'Évêque dans le cadre de la cérémonie saluant le renforcement de la défense de la région contre les attaques sauvages venues d'aval. Les religieux remontaient les principales rues du grand village, bénissant maison après maison, répétant les invocations à Dieu et ses Saints pour qu'il protège Debre Sessi et ses vallées, qu'il protège les montagnes et les pâturages, qu'il protège ses habitants cultivateurs, bergers, et forestiers travaillant dans les alentours. Qu'il protège aussi ses artisans, lorsqu'ils s'aventurent un peu au loin dans l'horizon, au-delà des crêtes, s'en allant chercher de bons arbres, de bons bois, de nécessaires plantes sauvages qu'on ne trouve qu'en dehors des zones habitées par les hommes.
L'Évêque : Oh Jésus-Christ ! Protège tes serviteurs contre les bêtes sauvages et les esprits qui rôdent dans la forêt !
Les bergers s'étaient avancés sur les hauteurs de Debre Sessi, desquelles ils pouvaient admirer la procession et la venue de temps de représentants de l'administration. Leurs bêtes risquaient de se mélanger derrière eux, mais les chiens veillaient à ce qu'elles demeurent groupées chacune restreintes à un morceau des grands prés de pente. Ils avaient de bons chiens, élevés à la dure, nourris peu mais bien, qui savaient les premiers que s'ils ne satisfaisaient pas leur maître, ils finiraient mangés à la place d'un agneau, sinon abandonnés à leur sort dans la jungle.
L'Évêque : Oh Jésus-Christ ! Souviens-toi de nos morts et du tribut que nous avons payé à la forêt. Souviens-toi des disparus, qui n'en sont pas revenus. Souviens-toi des martyrs enlevés par nos ennemis !
Les femmes du bourg s'étaient réunies aux sources où elles avaient l'habitude de laver les vêtements. Elles s'étaient apprêtées, tant bien que mal, pour la venue du cortège, remontant leur voile et se prosternant au passage des religieux, tandis que les porteurs d'encensoir prenaient de soin à leur passage de les diriger à trois reprises vers les fidèles ainsi agenouillées et tendant leurs mains dans l'espoir de toucher, sans regarder, le tissu des aubes saintes.
L'Évêque : Oh Jésus-Christ ! Bénit la ville de Debre Sessi et ses honnêtes habitants. Torture le sommeil des pécheurs, et calme celui des pieux. Que là-haut dans leurs huttes, tes fils et filles dorment sereins, ne craignent pas la menace du loup, de la sauterelle, du lion et de l'ekong bruyant !
Les cloches tintaient de toutes leurs forces, déchainant leurs sons s'envolant dans les hauteurs et rebondissants sur les murailles tenant la lourde terre qui composait les pentes entourant le bourg et sur laquelle s'épanouissaient les arbres chargés de fruits. L'encens montait au-dessus des toits, s'apercevant depuis les hameaux parsemant l'horizon de jungle éclaircie.
L'Évêque : Délivre-nous du mal, Seigneur !
[img]https://nsa39.casimages.com/img/2018/09/11/180911095015411999.png[/img][img]https://nsa39.casimages.com/img/2018/09/11/180911095020419914.png[/img][/center]
Les habitants de toutes les vallées environnantes étaient descendus à Debre Sessi, le grand bourg sur la rivière, pour aller admirer la procession donnée par l'Évêque dans le cadre de la cérémonie saluant le renforcement de la défense de la région contre les attaques sauvages venues d'aval. Les religieux remontaient les principales rues du grand village, bénissant maison après maison, répétant les invocations à Dieu et ses Saints pour qu'il protège Debre Sessi et ses vallées, qu'il protège les montagnes et les pâturages, qu'il protège ses habitants cultivateurs, bergers, et forestiers travaillant dans les alentours. Qu'il protège aussi ses artisans, lorsqu'ils s'aventurent un peu au loin dans l'horizon, au-delà des crêtes, s'en allant chercher de bons arbres, de bons bois, de nécessaires plantes sauvages qu'on ne trouve qu'en dehors des zones habitées par les hommes.
L'Évêque : Oh Jésus-Christ ! Protège tes serviteurs contre les bêtes sauvages et les esprits qui rôdent dans la forêt !
Les bergers s'étaient avancés sur les hauteurs de Debre Sessi, desquelles ils pouvaient admirer la procession et la venue de temps de représentants de l'administration. Leurs bêtes risquaient de se mélanger derrière eux, mais les chiens veillaient à ce qu'elles demeurent groupées chacune restreintes à un morceau des grands prés de pente. Ils avaient de bons chiens, élevés à la dure, nourris peu mais bien, qui savaient les premiers que s'ils ne satisfaisaient pas leur maître, ils finiraient mangés à la place d'un agneau, sinon abandonnés à leur sort dans la jungle.
L'Évêque : Oh Jésus-Christ ! Souviens-toi de nos morts et du tribut que nous avons payé à la forêt. Souviens-toi des disparus, qui n'en sont pas revenus. Souviens-toi des martyrs enlevés par nos ennemis !
Les femmes du bourg s'étaient réunies aux sources où elles avaient l'habitude de laver les vêtements. Elles s'étaient apprêtées, tant bien que mal, pour la venue du cortège, remontant leur voile et se prosternant au passage des religieux, tandis que les porteurs d'encensoir prenaient de soin à leur passage de les diriger à trois reprises vers les fidèles ainsi agenouillées et tendant leurs mains dans l'espoir de toucher, sans regarder, le tissu des aubes saintes.
L'Évêque : Oh Jésus-Christ ! Bénit la ville de Debre Sessi et ses honnêtes habitants. Torture le sommeil des pécheurs, et calme celui des pieux. Que là-haut dans leurs huttes, tes fils et filles dorment sereins, ne craignent pas la menace du loup, de la sauterelle, du lion et de l'ekong bruyant !
Les cloches tintaient de toutes leurs forces, déchainant leurs sons s'envolant dans les hauteurs et rebondissants sur les murailles tenant la lourde terre qui composait les pentes entourant le bourg et sur laquelle s'épanouissaient les arbres chargés de fruits. L'encens montait au-dessus des toits, s'apercevant depuis les hameaux parsemant l'horizon de jungle éclaircie.
L'Évêque : Délivre-nous du mal, Seigneur !
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Arios
[center][img]https://nsa39.casimages.com/img/2018/09/13/180913034148441438.png[/img][/center]
On se serait cru au mois de septembre quelque part dans le sud du Morino. Les façades colorées de la grande bourgade d'Aznella envoyaient leurs lumières ravivées par le crépuscule, et le fleuve large qu'elle embrassait par ses ponts accueillait déjà un millier de petites chaloupes s'avançant avec assurance vers l'aval. La ville était située à un nombre important de kilomètres de la Mer, dans les terres, et n'avait rien d'un port traditionnel - elle devait autrefois sa position à la stratégie de défense des premiers Aznelliens contre les pirates, les royaumes islamiques et la concurrence des compagnies maritimes dytoliennes, puis la mise sous scellé de toute la façade maritime de l'Épibatie par des autorités chrétiennes noires redoutant de devenir la sixième province du grand empire luciférien avait eu raison des liens officiels entre Aznella et la mer.
La ville gagna par la militarisation de toute la façade littorale ; non pas car les militaires employés pour cette surveillance étaient de bons clients à faire tourner l'économie, car ils n'avaient rien de gens galants, mais parce-que cette colonie italique dut très vite gagner en autonomie faute d'une régularité et d'une sécurité suffisante pour demeurer un grand port importateur de denrées céruléennes.
Les alentours de la ville, de hautes et larges collines alternant du jaune clair au vert opale, avaient été épierrées, quadrillées de petites murailles de pierre, défrichées et nettoyées en d'autres endroits pour accueillir de vastes prés utiles à un élevage vivrier, qui s'étendait dès lors vers tout un arrière-pays d'où furent chassés méthodiquement les bêtes sauvages, puis les quelques indigènes eux-mêmes victimes de la politique de l'Empire d'Épibatie. C'est sous son augure que se placèrent les comptoirs italiques, en vertu des liens de religion qui unissaient les deux peuples ; le Roi des Rois, Grand Roi, Messie et Fils de Salomon de l'époque, l'Empereur d'Épibatie, avait vu très tôt d'un bon œil cette aide intéressée des Chrétiens de Cérulée pour contrôler une interface maritime dont la souveraineté, durant tout le Moyen-âge, avait été détenue par ses ennemis. Il laisserait les Blancs installer leurs emporiums sur la côte, qui l'aideraient de fait à s'approprier les territoires d'aval des hautes-montagnes abritant son royaume.
Aznella était ainsi une ville italique où régnait une forme de dolce vita, établie sur les efforts contraints de générations de colons et fils de colons, qui avaient dompté un territoire hostile en profitant d'un climat beaucoup plus clément que plus au sud. Entre la savane et la forêt, le climat sec avait été facile à dompter, facilitant l'entreprise des Italiques là où d'autres colonisateurs, en d'autres points du littoral, s'étaient trouvé en des milieux qui leur étaient totalement étrangers, et plus compliqués. Aujourd'hui c'était une ville italique parmi d'autres, qui avait surtout grandi à partir du moment où l'Épibatie eut décidé de faire déporter toutes les populations côtières pour établir sa zone d'exclusion militaire ; Aznella avait ainsi accueilli les populations situées dans les quelques grands et petits comptoirs d'aval du fleuve.
Plusieurs siècles plus tard, lorsque l'effritement de l'Empire luciférien se confirma, l'Épibatie pour une raison bien précise s'avisa d'envisager un changement important de sa politique littorale. Après s'être coupée de la mer en n'autorisant plus les échanges que pour certains ports, tenus par des compagnies étrangères de surcroit et donc n'engageant que des intérêts étrangers mais chrétiens, elle imagina rouvrir petit à petit son interface maritime maintenant que la menace luciférienne s'était tue.
Aznella, qui avait été un de ces ports privilégiés, se trouvait maintenant à la croisée des chemins ; d'un côté, elle pourrait gonfler son activité en profitant de cette libéralisation, d'un autre elle était mise en concurrence directe avec des villes étouffées depuis 300 ans faute de droit d'accès à la mer. Pourtant, ses coffres étaient pleins et il lui fallait bien commercer...
On se serait cru au mois de septembre quelque part dans le sud du Morino. Les façades colorées de la grande bourgade d'Aznella envoyaient leurs lumières ravivées par le crépuscule, et le fleuve large qu'elle embrassait par ses ponts accueillait déjà un millier de petites chaloupes s'avançant avec assurance vers l'aval. La ville était située à un nombre important de kilomètres de la Mer, dans les terres, et n'avait rien d'un port traditionnel - elle devait autrefois sa position à la stratégie de défense des premiers Aznelliens contre les pirates, les royaumes islamiques et la concurrence des compagnies maritimes dytoliennes, puis la mise sous scellé de toute la façade maritime de l'Épibatie par des autorités chrétiennes noires redoutant de devenir la sixième province du grand empire luciférien avait eu raison des liens officiels entre Aznella et la mer.
La ville gagna par la militarisation de toute la façade littorale ; non pas car les militaires employés pour cette surveillance étaient de bons clients à faire tourner l'économie, car ils n'avaient rien de gens galants, mais parce-que cette colonie italique dut très vite gagner en autonomie faute d'une régularité et d'une sécurité suffisante pour demeurer un grand port importateur de denrées céruléennes.
Les alentours de la ville, de hautes et larges collines alternant du jaune clair au vert opale, avaient été épierrées, quadrillées de petites murailles de pierre, défrichées et nettoyées en d'autres endroits pour accueillir de vastes prés utiles à un élevage vivrier, qui s'étendait dès lors vers tout un arrière-pays d'où furent chassés méthodiquement les bêtes sauvages, puis les quelques indigènes eux-mêmes victimes de la politique de l'Empire d'Épibatie. C'est sous son augure que se placèrent les comptoirs italiques, en vertu des liens de religion qui unissaient les deux peuples ; le Roi des Rois, Grand Roi, Messie et Fils de Salomon de l'époque, l'Empereur d'Épibatie, avait vu très tôt d'un bon œil cette aide intéressée des Chrétiens de Cérulée pour contrôler une interface maritime dont la souveraineté, durant tout le Moyen-âge, avait été détenue par ses ennemis. Il laisserait les Blancs installer leurs emporiums sur la côte, qui l'aideraient de fait à s'approprier les territoires d'aval des hautes-montagnes abritant son royaume.
Aznella était ainsi une ville italique où régnait une forme de dolce vita, établie sur les efforts contraints de générations de colons et fils de colons, qui avaient dompté un territoire hostile en profitant d'un climat beaucoup plus clément que plus au sud. Entre la savane et la forêt, le climat sec avait été facile à dompter, facilitant l'entreprise des Italiques là où d'autres colonisateurs, en d'autres points du littoral, s'étaient trouvé en des milieux qui leur étaient totalement étrangers, et plus compliqués. Aujourd'hui c'était une ville italique parmi d'autres, qui avait surtout grandi à partir du moment où l'Épibatie eut décidé de faire déporter toutes les populations côtières pour établir sa zone d'exclusion militaire ; Aznella avait ainsi accueilli les populations situées dans les quelques grands et petits comptoirs d'aval du fleuve.
Plusieurs siècles plus tard, lorsque l'effritement de l'Empire luciférien se confirma, l'Épibatie pour une raison bien précise s'avisa d'envisager un changement important de sa politique littorale. Après s'être coupée de la mer en n'autorisant plus les échanges que pour certains ports, tenus par des compagnies étrangères de surcroit et donc n'engageant que des intérêts étrangers mais chrétiens, elle imagina rouvrir petit à petit son interface maritime maintenant que la menace luciférienne s'était tue.
Aznella, qui avait été un de ces ports privilégiés, se trouvait maintenant à la croisée des chemins ; d'un côté, elle pourrait gonfler son activité en profitant de cette libéralisation, d'un autre elle était mise en concurrence directe avec des villes étouffées depuis 300 ans faute de droit d'accès à la mer. Pourtant, ses coffres étaient pleins et il lui fallait bien commercer...
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Arios
[center][img]https://nsa39.casimages.com/img/2018/09/14/180914115216216610.png[/img][/center]
Milicien de Parjsporgue : Je suis désolé mais c'est ainsi, ce n'est pas la peine de faire histoires car la situation est pliée.
Gardien de Rarlan : Soyons clairs d'homme à homme : je ne fais pas d'histoires, je me contente de faire le travail pour lequel je suis là. Alors je vais tout de même tenter d'appeler ma hiérarchie à Berri-Metan, malgré ce que vous m'annoncez là.
Milicien de Parjsporgue : Je comprends, mais ça m'étonnerait que vous puissiez les joindre, dans l'état des télécommunications là-bas depuis les inondations.
En dehors de la maison du Gardien, des miliciens en uniformes venus de Parjsporgue, de Novaj-Palumbo, et même du port de Sanjelo sur la rivière Enoj, changeaient les cadenas et les serrures aux portes des bicoques groupées autour du Temple bithéiste.
Gardien de Rarlan : Vous ne trouvez pas cela dangereux, un an après la défaite de la Céjanoise, de prendre possession des vallées ?
Milicien de Parjsporgue : L'Empereur veut ré-ouvrir le commerce maritime, et si la Sargaij veut se positionner comme la future grande vallée d'exportation, il ne faut pas que Berri-Metan se mette en tête de faire de l'ombre à Parjsporgue et Novaj-Palumbo. Par sécurité, nous prenons possession de l'Oszar et de l'Anis.
Gardien de Rarlan : Vous savez bien que le Caskar ne va pas rester indifférent à votre politique...
Milicien de Parjsporgue : Écoutez, je ne fais qu'appliquer les ordres. Mais cela m'étonnerait que le Caskar ait son mot à dire là-dessus. Cela fait plus d'un siècle que Sojpan et Rarlan ne sont plus guère habitées par vos compatriotes, il n'y avait pas de raison pour qu'une réouverture occasionne le retour de familles caskars...
Gardien de Rarlan : Sojpan et Rarlan, malgré leur évacuation, sont restées toujours sous le giron théorique de Berri-Metan, de la circonscription de Berri-Metan, elles sont demeurées des sites gérés par l'administration berri-metanaise...
Milicien de Parjsporgue : Il va falloir dépasser vos préjugés ethniques.
Gardien de Rarlan : Ah ! Vous dîtes cela, mais je suis sûr que des pirogues chargées de familles amarantines sont déjà sur les eaux pour venir repeupler l'Oszar et l'Anis.
Le milicien posa la main sur l'épaule du gardien et le regarda au fond des yeux.
Milicien de Parjsporgue : Nous n'y pouvons rien. Soulagez-vous que la Nouvelle-Caducée indemnisera les derniers propriétaires.
Un bruit vif attira l'attention des deux hommes qui firent un mouvement de tête simultané pour observer ce qui se passait au-dehors. À la disqueuse, les miliciens néo-caducéens s'étaient mis à attaquer les boulons de la statue de bronze représentant l'ancien Grand-Duc Orekos IV qui était tenu pour avoir jadis fondé l'ancien comptoir de mangrove.
Milicien de Parjsporgue : Je suis désolé mais c'est ainsi, ce n'est pas la peine de faire histoires car la situation est pliée.
Gardien de Rarlan : Soyons clairs d'homme à homme : je ne fais pas d'histoires, je me contente de faire le travail pour lequel je suis là. Alors je vais tout de même tenter d'appeler ma hiérarchie à Berri-Metan, malgré ce que vous m'annoncez là.
Milicien de Parjsporgue : Je comprends, mais ça m'étonnerait que vous puissiez les joindre, dans l'état des télécommunications là-bas depuis les inondations.
En dehors de la maison du Gardien, des miliciens en uniformes venus de Parjsporgue, de Novaj-Palumbo, et même du port de Sanjelo sur la rivière Enoj, changeaient les cadenas et les serrures aux portes des bicoques groupées autour du Temple bithéiste.
Gardien de Rarlan : Vous ne trouvez pas cela dangereux, un an après la défaite de la Céjanoise, de prendre possession des vallées ?
Milicien de Parjsporgue : L'Empereur veut ré-ouvrir le commerce maritime, et si la Sargaij veut se positionner comme la future grande vallée d'exportation, il ne faut pas que Berri-Metan se mette en tête de faire de l'ombre à Parjsporgue et Novaj-Palumbo. Par sécurité, nous prenons possession de l'Oszar et de l'Anis.
Gardien de Rarlan : Vous savez bien que le Caskar ne va pas rester indifférent à votre politique...
Milicien de Parjsporgue : Écoutez, je ne fais qu'appliquer les ordres. Mais cela m'étonnerait que le Caskar ait son mot à dire là-dessus. Cela fait plus d'un siècle que Sojpan et Rarlan ne sont plus guère habitées par vos compatriotes, il n'y avait pas de raison pour qu'une réouverture occasionne le retour de familles caskars...
Gardien de Rarlan : Sojpan et Rarlan, malgré leur évacuation, sont restées toujours sous le giron théorique de Berri-Metan, de la circonscription de Berri-Metan, elles sont demeurées des sites gérés par l'administration berri-metanaise...
Milicien de Parjsporgue : Il va falloir dépasser vos préjugés ethniques.
Gardien de Rarlan : Ah ! Vous dîtes cela, mais je suis sûr que des pirogues chargées de familles amarantines sont déjà sur les eaux pour venir repeupler l'Oszar et l'Anis.
Le milicien posa la main sur l'épaule du gardien et le regarda au fond des yeux.
Milicien de Parjsporgue : Nous n'y pouvons rien. Soulagez-vous que la Nouvelle-Caducée indemnisera les derniers propriétaires.
Un bruit vif attira l'attention des deux hommes qui firent un mouvement de tête simultané pour observer ce qui se passait au-dehors. À la disqueuse, les miliciens néo-caducéens s'étaient mis à attaquer les boulons de la statue de bronze représentant l'ancien Grand-Duc Orekos IV qui était tenu pour avoir jadis fondé l'ancien comptoir de mangrove.
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Arios
[center][img]https://nsa39.casimages.com/img/2018/09/14/180914023720639069.png[/img][/center]
[right]Quelque part le long d'une piste goudronnée en mauvais état, entre Amosciderenat et San-Cristiano-sull'Anuzza[/right]
Il est bientôt 3h de l'après-midi lorsque le camion d'Ettore arrive en vue de celui de Beniamino. Les deux poids-lourds klaxonnent à tour de rôle pour se saluer et manifester la joie de leur conducteurs, satisfait de rencontrer enfin son homologue. Les camions s'arrêtent l'un à côté de l'autre. Les deux hommes descendent de leur cabine après avoir coupé le moteur. Là-haut l'écho des klaxon s'est poursuivi jusqu'aux roches acérées qui dominent le vallon dans lequel s'est engouffrée la route. Les vautours y répondent par des cris habituels qui à leur tour se répercutent dans l'immensité de la nature. Les deux camionneurs vont chacun à la rencontre de l'autre, l'un avec une pile de papiers sous le bras.
Beniamino : Ettore ! mon ami ! C'est toi qui conduit aujourd'hui !
Ettore : Salut à toi, Ben. Je suis content de te voir.
Ils s'expriment en italique. Le premier avec un très fort accent illythe, le second parlant plus calmement mais non sans une typicité dans la prononciation. Ils se tapent dans le dos, de trois claques codifiées, s'embrassant d'un seul côté du visage, comme un rituel de la région. Beniamino arrête quelques instants son regard sur celui de son interlocuteur, avant de l'accompagner à l'arrière de son véhicule pour en observer la cargaison. Il ouvre ainsi les portes de sa machine, y grimpe en s'aidant des bras, et aide son ami à se hisser à son tour.
Ettore : Alors, je dois récupérer...
Beniamino : Montre-moi ta liste, je vais te dire si j'ai tout, c'est une liste trop compliquée.
Ettore : A450, A451... je regarde si toutes les caisses sont là. C'est tout de l'électronique, je ne vais pas vérifier dedans, les destinataires n'ont qu'à faire confiance à leurs fournisseurs...
Beniamino : Il y a tout, Iacubo a vérifié après le chargement.
Ettore : A460...A461...A462...
Beniamino : Tout du bon électronique, des ordinateurs, des processeurs, du câblage... tout de la bonne marchandise céruléenne...
Ettore : A466... je l'ai déjà comptée... oui, de la marchandise céruléenne, tant qu'il y en a encore pour transiter par-là... A467...
Beniamino : C'est pas grave, après je t'apporterai du sable...
Il fait apparaitre son sourire édenté, continue de rire pendant qu'Ettore compte, et remet en place son chèche brun après s'être servi de son bord pour essuyer le peu de morve qui lui a coulé sur son épaisse moustache brune.
Ettore : Oh mais on en a du sable, en Anuzza, on n'a pas besoin de l'importer. Qui sait, un jour tu m'amèneras peut-être des camions remplis de diamants.
Beniamino : Ettore tu as raison ! Et je serai riche ! j'achèterai une troisième femme...
C'est Ettore qui rit à son tour.
Ettore : Pourquoi tu t'emmerdes à les acheter ? loue-les !
Beniamino : Ah ! ah, Ettore tu es drôle, non je l'achète la femme, et je me marie, et je t'invite...
Ettore : Tu sais bien que j'ai trop de travail pour aller dans ton pays. A478... A479... Moi aussi je veux des diamants, mais j'irai les chercher au sud, dans la jungle. S'il n'y avait pas ces Amarantins de merde, et leurs Meggis... J'en veux pas de tes diamants du désert...
Beniamino : Ah ! ah, Ettore, la vénalité te guette !
Ettore : Ouais, la vénalité, c'est ça, et bientôt je serai assez riche pour m'en aller acheter un appartement à Aznella, et c'est toi qui viendra me voir, avec tes trois femmes, je t'inviterai.
Beniamino : Ah ! ah, Ettore...
Ettore : C'est bon, il y a toutes les caisses.
Les deux hommes descendent du camion, se rendent à l'autre camion. Au passage, Beniamino récupère un sac à dos contenant ses affaires à l'avant du premier camion, sa bouteille d'eau et un chat empaillé au corps aplati qui était sur le tableau de bord.
Ettore : À toi, tout est là.
Beniamino : Ah, c'est pas grave, je me doute qu'il y a tout.
A l'arrière du second camion, des caisses remplies de sel marin laissent dépasser des demi-agneaux coupés dans la longueur, sans la tête, recourbés entre les côtes et le bassin. Il y a d'autres morceaux, durcis par le sel, de diverses carcasses, auxquelles Beniamino jette un coup d’œil alors qu'Ettore en soulève les couvercles pour lui montrer.
Beniamino : C'est bon, c'est bon.
Ettore : Bon, je prends mes affaires, et ciao. L'essence c'est bon sur ton camion ?
Beniamino : Oui oui, tu peux le prendre, les pneus c'est bon aussi, le moteur c'est bon...
Ettore : Pareil. Je te dis à plus tard Beniamino, et bonne route.
Beniamino : Elle est bonne, elle est bonne.
En haut, les vautours déçus se résignent à n'avoir rien vu tomber des camions. Ettore et Beniamino échangent leur camion, et reprennent la route dans l'autre sens après avoir pris place au siège de l'autre. Ils s'en retournent chacun d'où il vient, mais avec le camion qu'a apporté l'autre. Ils klaxonnent pour se saluer au départ. Les moteurs grondent, la poussière sur le goudron s'envole, le soleil frappe fort et la forêt claire sur les montagnes sèches alentours étouffe bientôt le bruit des deux véhicules.
[right]Quelque part le long d'une piste goudronnée en mauvais état, entre Amosciderenat et San-Cristiano-sull'Anuzza[/right]
Il est bientôt 3h de l'après-midi lorsque le camion d'Ettore arrive en vue de celui de Beniamino. Les deux poids-lourds klaxonnent à tour de rôle pour se saluer et manifester la joie de leur conducteurs, satisfait de rencontrer enfin son homologue. Les camions s'arrêtent l'un à côté de l'autre. Les deux hommes descendent de leur cabine après avoir coupé le moteur. Là-haut l'écho des klaxon s'est poursuivi jusqu'aux roches acérées qui dominent le vallon dans lequel s'est engouffrée la route. Les vautours y répondent par des cris habituels qui à leur tour se répercutent dans l'immensité de la nature. Les deux camionneurs vont chacun à la rencontre de l'autre, l'un avec une pile de papiers sous le bras.
Beniamino : Ettore ! mon ami ! C'est toi qui conduit aujourd'hui !
Ettore : Salut à toi, Ben. Je suis content de te voir.
Ils s'expriment en italique. Le premier avec un très fort accent illythe, le second parlant plus calmement mais non sans une typicité dans la prononciation. Ils se tapent dans le dos, de trois claques codifiées, s'embrassant d'un seul côté du visage, comme un rituel de la région. Beniamino arrête quelques instants son regard sur celui de son interlocuteur, avant de l'accompagner à l'arrière de son véhicule pour en observer la cargaison. Il ouvre ainsi les portes de sa machine, y grimpe en s'aidant des bras, et aide son ami à se hisser à son tour.
Ettore : Alors, je dois récupérer...
Beniamino : Montre-moi ta liste, je vais te dire si j'ai tout, c'est une liste trop compliquée.
Ettore : A450, A451... je regarde si toutes les caisses sont là. C'est tout de l'électronique, je ne vais pas vérifier dedans, les destinataires n'ont qu'à faire confiance à leurs fournisseurs...
Beniamino : Il y a tout, Iacubo a vérifié après le chargement.
Ettore : A460...A461...A462...
Beniamino : Tout du bon électronique, des ordinateurs, des processeurs, du câblage... tout de la bonne marchandise céruléenne...
Ettore : A466... je l'ai déjà comptée... oui, de la marchandise céruléenne, tant qu'il y en a encore pour transiter par-là... A467...
Beniamino : C'est pas grave, après je t'apporterai du sable...
Il fait apparaitre son sourire édenté, continue de rire pendant qu'Ettore compte, et remet en place son chèche brun après s'être servi de son bord pour essuyer le peu de morve qui lui a coulé sur son épaisse moustache brune.
Ettore : Oh mais on en a du sable, en Anuzza, on n'a pas besoin de l'importer. Qui sait, un jour tu m'amèneras peut-être des camions remplis de diamants.
Beniamino : Ettore tu as raison ! Et je serai riche ! j'achèterai une troisième femme...
C'est Ettore qui rit à son tour.
Ettore : Pourquoi tu t'emmerdes à les acheter ? loue-les !
Beniamino : Ah ! ah, Ettore tu es drôle, non je l'achète la femme, et je me marie, et je t'invite...
Ettore : Tu sais bien que j'ai trop de travail pour aller dans ton pays. A478... A479... Moi aussi je veux des diamants, mais j'irai les chercher au sud, dans la jungle. S'il n'y avait pas ces Amarantins de merde, et leurs Meggis... J'en veux pas de tes diamants du désert...
Beniamino : Ah ! ah, Ettore, la vénalité te guette !
Ettore : Ouais, la vénalité, c'est ça, et bientôt je serai assez riche pour m'en aller acheter un appartement à Aznella, et c'est toi qui viendra me voir, avec tes trois femmes, je t'inviterai.
Beniamino : Ah ! ah, Ettore...
Ettore : C'est bon, il y a toutes les caisses.
Les deux hommes descendent du camion, se rendent à l'autre camion. Au passage, Beniamino récupère un sac à dos contenant ses affaires à l'avant du premier camion, sa bouteille d'eau et un chat empaillé au corps aplati qui était sur le tableau de bord.
Ettore : À toi, tout est là.
Beniamino : Ah, c'est pas grave, je me doute qu'il y a tout.
A l'arrière du second camion, des caisses remplies de sel marin laissent dépasser des demi-agneaux coupés dans la longueur, sans la tête, recourbés entre les côtes et le bassin. Il y a d'autres morceaux, durcis par le sel, de diverses carcasses, auxquelles Beniamino jette un coup d’œil alors qu'Ettore en soulève les couvercles pour lui montrer.
Beniamino : C'est bon, c'est bon.
Ettore : Bon, je prends mes affaires, et ciao. L'essence c'est bon sur ton camion ?
Beniamino : Oui oui, tu peux le prendre, les pneus c'est bon aussi, le moteur c'est bon...
Ettore : Pareil. Je te dis à plus tard Beniamino, et bonne route.
Beniamino : Elle est bonne, elle est bonne.
En haut, les vautours déçus se résignent à n'avoir rien vu tomber des camions. Ettore et Beniamino échangent leur camion, et reprennent la route dans l'autre sens après avoir pris place au siège de l'autre. Ils s'en retournent chacun d'où il vient, mais avec le camion qu'a apporté l'autre. Ils klaxonnent pour se saluer au départ. Les moteurs grondent, la poussière sur le goudron s'envole, le soleil frappe fort et la forêt claire sur les montagnes sèches alentours étouffe bientôt le bruit des deux véhicules.
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Arios
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[right]Sur les hauteurs de Gighida, sur une de ces terrasses de laquelle on peut voir la cime de la Sagliana poindre sur l'épaule du Mont Sunra.[/right]
La ville se remettait de ses émotions. Ce n'était pas tous les jours que l'on pouvait apercevoir la sœur de l'Empereur parcourir la cité fluviale. Mais celle-ci avait déjà gagné son hôtel particulier et les militaires chargés de sa protection vidaient déjà les rues avoisinantes, forçant les marchands à la sauvette de quitter les principales rues, les curieux à aller flâner ailleurs. Quelques minutes après, signe fut fait depuis les terrasses environnantes au garde du corps qui demeurait dans le salon aux côtés de Son Altesse Mazaa Malacchi di Giaramiarrat. Celui-là même fit ensuite signe aux hôtes et suivants de l'Altesse qu'ils pouvaient investir la terrasse de l'appartement. Dehors, les attendaient toutes les réjouissances d'un banquet. L'Altesse poursuivit les présentations à l'extérieur, elle était introduite aux différentes femmes et hommes d'affaires qui avaient été invités à cette rencontre.
[center][img]https://trivialfernsehen.files.wordpress.com/2017/11/sara-nuru.jpg?w=300&h=200[/img][/Center]
Algarbiens, Dytoliens et Céruléens se suivaient les uns après les autres pour recevoir le salut de l'Altesse, certains en ayant déjà eu le privilège, les autres attendant impatiemment et comme paralysés cette rencontre. Tous la regardaient, hommes et femmes se sentant comme pétrifiés, certains par sa beauté et sa prestance, associée à son nom, d'autres par les enjeux qu'elle représentait. Il vient le tour d'un homme.
L'interprète : Voici Monsieur Lassuno, qui est de Nazalie. Monsieur est le responsable du projet Casatorre pour lequel les bienfaiteurs que vous avez vu tout à l'heure se sont déplacés.
Mazaa Malacchi : Enchantée M. Lassuno. J'espère que votre projet aboutira.
L'homme : Merci votre Altesse, Reine des Reines, Fille de Salomon... Merci pour votre soutien.
Mazaa Malacchi {posant sa main sur l'épaule du concerné pour atténuer ses paroles de déférence} : Vous réussirez dans votre projet. Nous avons besoin d'une grande banque comme la vôtre en Algarbe, et l'Empire vous soutiendra, vous abritera. Nous avons besoin qu'elle soit protégée. L'Algarbe se grandira par vous.
L'homme était soudain abruti par le contact avec la sœur de l'Empereur, et ne put plus rien prononcer. Il regarda, désespéré, l'interprète de l'Altesse, comme pour s'excuser et espérant trouver dans ses yeux de la compréhension. Mais celui-ci était passé à autre chose, suivant enfin l'Altesse vers son prochain interlocuteur.
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[right]Sur un terrain militaire du grand rift, cerné des deux côtés par les montagnes dessinant comme deux océans gris dans le ciel.[/right]
[center][img]https://pp.userapi.com/c629409/v629409310/18a67/yxOGSD6_TOA.jpg[/img][/center]
Des centaines d'hommes couraient sous le soleil, répondant aux ordres de leurs instructeurs. Ils participaient tous à un de ces relais pour entrainer les combattants. Alternant la course, le tir, l'escalade, le but du "jeu" était d'amener en équipe une lourde croix de bois de l'autre côté du parcours, lui faisant passer les obstacles un à un. Pendant que cinq à six hommes faisaient avancer la croix, les éclaireurs de chaque équipe devaient les précéder pour retirer certaines embûches du parcours : cordes, buches, filets...
Régulièrement les instructeurs invitaient les soldats à prier dans leur tête tout en exécutant leur ouvrage. Ils étaient invités à en appeler à Jésus-Christ et à se sentir honteusement heureux de ressentir un peu de la souffrance qu'il avait endurée. Les instructeurs les galvanisaient en leur faisant crier ô combien ils aimaient l'Empereur lui-même, qui était le Messie de leur nation, et ô combien ils détestaient les bêtes démoniaques qui attaquaient les fermes et pillaient les récoltes des Épibates. Peu importait ce que colportaient les étrangers sur la santé et la vigueur de l'Empereur, les militaires savaient faire la part des choses entre l'image qu'on leur demandait d'adorer, ou presque car cela n'était pas conforme à la religion, et celui qui était désormais tant critiqué par la presse libérale. En attendant, tous avaient en tête de ne pas finir derniers au parcours qui les occupait.
[right]Sur les hauteurs de Gighida, sur une de ces terrasses de laquelle on peut voir la cime de la Sagliana poindre sur l'épaule du Mont Sunra.[/right]
La ville se remettait de ses émotions. Ce n'était pas tous les jours que l'on pouvait apercevoir la sœur de l'Empereur parcourir la cité fluviale. Mais celle-ci avait déjà gagné son hôtel particulier et les militaires chargés de sa protection vidaient déjà les rues avoisinantes, forçant les marchands à la sauvette de quitter les principales rues, les curieux à aller flâner ailleurs. Quelques minutes après, signe fut fait depuis les terrasses environnantes au garde du corps qui demeurait dans le salon aux côtés de Son Altesse Mazaa Malacchi di Giaramiarrat. Celui-là même fit ensuite signe aux hôtes et suivants de l'Altesse qu'ils pouvaient investir la terrasse de l'appartement. Dehors, les attendaient toutes les réjouissances d'un banquet. L'Altesse poursuivit les présentations à l'extérieur, elle était introduite aux différentes femmes et hommes d'affaires qui avaient été invités à cette rencontre.
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Algarbiens, Dytoliens et Céruléens se suivaient les uns après les autres pour recevoir le salut de l'Altesse, certains en ayant déjà eu le privilège, les autres attendant impatiemment et comme paralysés cette rencontre. Tous la regardaient, hommes et femmes se sentant comme pétrifiés, certains par sa beauté et sa prestance, associée à son nom, d'autres par les enjeux qu'elle représentait. Il vient le tour d'un homme.
L'interprète : Voici Monsieur Lassuno, qui est de Nazalie. Monsieur est le responsable du projet Casatorre pour lequel les bienfaiteurs que vous avez vu tout à l'heure se sont déplacés.
Mazaa Malacchi : Enchantée M. Lassuno. J'espère que votre projet aboutira.
L'homme : Merci votre Altesse, Reine des Reines, Fille de Salomon... Merci pour votre soutien.
Mazaa Malacchi {posant sa main sur l'épaule du concerné pour atténuer ses paroles de déférence} : Vous réussirez dans votre projet. Nous avons besoin d'une grande banque comme la vôtre en Algarbe, et l'Empire vous soutiendra, vous abritera. Nous avons besoin qu'elle soit protégée. L'Algarbe se grandira par vous.
L'homme était soudain abruti par le contact avec la sœur de l'Empereur, et ne put plus rien prononcer. Il regarda, désespéré, l'interprète de l'Altesse, comme pour s'excuser et espérant trouver dans ses yeux de la compréhension. Mais celui-ci était passé à autre chose, suivant enfin l'Altesse vers son prochain interlocuteur.
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[right]Sur un terrain militaire du grand rift, cerné des deux côtés par les montagnes dessinant comme deux océans gris dans le ciel.[/right]
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Des centaines d'hommes couraient sous le soleil, répondant aux ordres de leurs instructeurs. Ils participaient tous à un de ces relais pour entrainer les combattants. Alternant la course, le tir, l'escalade, le but du "jeu" était d'amener en équipe une lourde croix de bois de l'autre côté du parcours, lui faisant passer les obstacles un à un. Pendant que cinq à six hommes faisaient avancer la croix, les éclaireurs de chaque équipe devaient les précéder pour retirer certaines embûches du parcours : cordes, buches, filets...
Régulièrement les instructeurs invitaient les soldats à prier dans leur tête tout en exécutant leur ouvrage. Ils étaient invités à en appeler à Jésus-Christ et à se sentir honteusement heureux de ressentir un peu de la souffrance qu'il avait endurée. Les instructeurs les galvanisaient en leur faisant crier ô combien ils aimaient l'Empereur lui-même, qui était le Messie de leur nation, et ô combien ils détestaient les bêtes démoniaques qui attaquaient les fermes et pillaient les récoltes des Épibates. Peu importait ce que colportaient les étrangers sur la santé et la vigueur de l'Empereur, les militaires savaient faire la part des choses entre l'image qu'on leur demandait d'adorer, ou presque car cela n'était pas conforme à la religion, et celui qui était désormais tant critiqué par la presse libérale. En attendant, tous avaient en tête de ne pas finir derniers au parcours qui les occupait.