Fenêtre sur le pays [utilisable sur demande]

Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Petite histoire du tabac.
27 janvier 2037,
[center][img]https://zupimages.net/up/18/36/5u7a.png[/img]
Un mystérieux voyageur fumant sa pipe à l'auberge "La chèvre accueillante" (pas en français sur la devanture)
dans le pays de Fitjar, en janvier 2037.
[/center]

Le tabac fut introduit au Thorval en 1641 par des marchands Vonalyens. Un an plus tard, le Pape Urbain en interdit strictement la consommation sous les termes suivants :

« Interdisons et défendons à tous en général et à chacun en particulier, aux personnes de tout sexe, aux séculiers, aux ecclésiastiques, à tous les ordres religieux, à tous ceux faisant partie d'une institution religieuse quelconque, de prendre dans la suite sous les portiques et dans l'intérieur des églises du tabac, soit en le mâchant, en le fumant dans des pipes, ou en le prenant en poudre par le nez ; enfin, de n'en user de quelque manière que ce soit. Si quelqu'un contrevient à ces dispositions, qu'il soit excommunié ».

Appelé « erbe panacée » ou simplement « erbe », le tabac était au Thorval exclusivement fumé à la pipe. C'était un art et un plaisir, avant d'être une consommation compulsive, d'où l'absence de la cigarette. Les pipes étaient façonnées en bois de chêne ou en argile et exhibaient diverses tailles : courte, longue, mi-longue. Selon les bourses, le tuyau pouvait également être décoré d'entrelacs, de gerbes de blé ou de tout autre forme sculptée. L'art de fumer n'était comme nous l'avons mentionné pas un phénomène de masse, il dépendait largement de l'exemple donné par le chef de clan ou le seigneur : si celui-ci s'y adonnait, alors ses gens le faisaient aussi. Par ailleurs, fumer était une pratique essentiellement masculine, contrairement à l'alcool qui concernait les deux sexes. Ainsi, il existait des pays sans tabac et d'autres où l'air des tavernes était régulièrement enfumé. En général, les fumeurs se concentraient au sud du royaume, en particulier dans les provinces les plus proches de la Mer intérieure. Ni la Reine, ni aucun seigneur ne taxait ou n'avait de monopole quelconque sur « l'erbe »

La précieuse plante était achetée au Karnobat, réputée de bonne qualité sans démonerie, pour environ 18 tonnes par an. Une petite part de ce tabac servait également aux pharmacopées des apothicaires.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]A la taverne.
31 janvier 2037,

[center][img]https://zupimages.net/up/18/37/6vry.png[/img]
Au nain bruyant, dans le Goteland.
Établissement réputé calme, discret et de bonne qualité.
Tous ne sont pas ainsi...
[/center]

Le royaume renferme quelques 13 551 tavernes de diverses tailles situées près des portes, autour des places et le long des chemins ruraux. La taverne est un lieu de sociabilité incontournable après l'Église et le cimetière. Elle permet de s'abreuver de bière servit dans des gobelets en bois, en corne ou en métal. Les disputes n'y sont pas rares, bien que les bagarres se déroulent à l'extérieur. L'établissement est en effet entouré de respect : les paroles et les gestes pleuvent mais les querelles se vident dehors. Outre la boisson, d'aucunes tavernes proposent aussi de quoi manger. Au sein de ces dernières, il y a toujours un porcelet en broche dans l'âtre ou un chaudron sur le feu dans lequel mijote un fond de viande et de légumes. Si boire et manger sont les premières occupations, elles sont loin d'être les seules.

Régulièrement, les buveurs jouent et parient des sommes modiques aux dés ou aux cartes. Parfois, c'est le propriétaire en personne qui encourage ces parties en fournissant les pièces nécessaires au jeu. La chose ne contrevient pas aux coutumes tant que celui-ci n'en tire pas de revenu. Quant aux tavernes de la capitale, elles sont souvent dotées d'une fosse, entourée de tribunes sommaires, au sein de laquelle se déroulent des compétitions de lutte entre le Champion local et des adversaires venus le défier. Silencieuse sur la question, la coutume municipale laissent les combats prospérer sans les inquiéter. Néanmoins, les tavernes ont aussi la réputation d'être des lieux où se tiennent toute sorte d'activités secrètes, criminelles ou illégales.

Un certain nombre d'entre elles sont le repaire de sociétés secrètes, de guildes d'assassins, de coupes-gorges, d'écorcheurs et de détrousseurs en tout genre. Le propriétaire est parfois ouvertement de collusion avec eux en réalisant le recel des biens volés. Les taverniers s'adonnent également à des fraudes liées à la boisson, comme celle de mélanger les alcools ou de mettre en perce un tonneau contenant du bon vin, avant de vendre de la piquette lorsque les clients affluent. Enfin, quel lieu plus commode qu'une taverne pour le racolage des filles de joie ? D'aucuns maîtres tolèrent largement leur présence dans la salle commune et offrent même des chambres à l'étage, transformant l'établissement en véritable bordel. Les responsables se rendent ici coupables du crime de maquerellage face auquel les justices municipales et seigneuriales prévoient, selon les endroits, l’amputation du nez, la bastonnade, le crevage des yeux, des coups de fouet, etc.

On peut donc classer les tavernes selon leur type, dont le nom inscrit sur la devanture peut être une indication (traduit en français) :

L'Hermès, rassemblement du Cercle des Hermétiques.
La rose farceuse, bordel.
Le leu étincelant, repaire d'une guilde.
Le josyeux gobelin, repaire de bandits.
Au nain brusyant, taverne calme et discrète.
L'asgneau gourmand, taverne bruyante.
Au taureau riant, tripot de jeux.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Pomme pourrie.
12 février 2037,

[center][img]https://encrypted-tbn0.gstatic.com/images?q=tbn%3AANd9GcQtitMam3zO9c9WYWH7zYWqSWyBmZWYeLZO07Di4hNmfC1176Ts[/img]
Le Cardinal scandaleux.[/center]

Monseigneur Gerolf Regelarsen, Évêque de Valborg et Cardinal de l'Église, est davantage réputé pour sa fréquentation des intrigues que pour donner la messe en sa Cathédrale. L'homme est doué d'un sens politique aiguisé et ne s'en prive guère en rendant des services réguliers à Sa Majesté et aux Feudataires afin de contenir les humeurs vindicatives de leurs vassaux respectifs. Le Prince de l'Église est cynique et sait berner son monde. Récemment, il sut convaincre la Reine de sa loyauté, tout en fournissant de précieuses informations en sous main à son pire ennemi chez les Grands, l'inquiétant Comte Ragnar III. Car les Grands ne sont pas des représentants de la Couronne mais des Chefs locaux dotés de leur propre légitimité et qui s'émanciperaient volontiers du royaume pour devenir eux mêmes rois souverains.

Au fil de ses chuchotements, le Cardinal devint également l'Usurier des féodaux, distribuant des coffrets emplit d'or sans que personne n'interroge leur provenance. Monseigneur Regelarsen est créancier de personnages aussi puissants que la Duchesse de Mølleåen, le Margrave de Taungrænser, le Duc de Skovegård et le Duc d'Hårland. Une position avantageuse et dangereuse à la fois, étant donné le « manque d'honneur » des Bellatores, plus connut pour se débarasser des Banquiers trop pressant, que de leur faire une quelconque allégeance.

Aujourd'hui, la presse Vonalyenne accuse le prélat de 61 ans d'être propriétaire d'un site pornographique. Hélas, l'information se perdit en cours de route et arriva complètement dégénérée à Valborg. Là, les gens des tavernes parlent plutôt de prétendus bordels que posséderaient l'Évêque, des relations sexuelles auxquelles il s'adonnerait, des messes noires qu'ils célèbreraient etc. La colère gronde et Gerolf Regelarsen semble être dans de beaux draps, d'autant que les tribunaux d'Inquisition prépareraient une enquête à son encontre. Les aventures de l’ecclésiastique passionnent dans sa ville de résidence, mais ne semblent pas faire de vagues ailleurs car les péripéties d'un étranger n'intéressent pas, aussi folles et épiques soient-elles. [/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Pomme saine.
14 février 2037,

[center][img]https://zupimages.net/up/18/37/b91d.png[/img]
Le savant venu de Santogne, photo de lui dans son pays natal.[/center]

La Højting (États-Généraux) approchait à grands pas. La question de savoir si le Thorval devait s'ouvrir à la Mondialisation y sera immanquablement posée. Bien que noyées dans la mer paysanne, il ne sera pas simple d'étouffer la voix et les aspirations bourgeoises. Pour se préparer au face-à-face, Marie III fit amener divers savants étrangers afin de l'éduquer sur la Mondialisation, que l'on connaissait mieux sous le nom de Loy des merciers. Les premiers intervenants s'y montrèrent favorables et enthousiastes, vantant ses nombreux mérites sans trop s'attarder sur ses défauts, si d'aventure elle en avait ! La Reine écouta de sa cathèdre, sans poser de questions, et en tira la peu heureuse impression d'être baratinée par les courtisans de quelconques Princes usuriers. Le 14 février de l'An de Grâce 2037, c'est un savant Santognais qui entra dans la Grand'Salle. Il s'inclina et se présenta. Joseph, un mystique originaire de Santogne, eu la tâche de traduire son discours en Teitrlandais, parler local archaïque dont les racines sont le vieux-thorvalois.

Ci dessous, l'intervention passionnée de Baptistòu Chareyre dans sa langue natale :

« Marie Reine 1,

La Mondialisation ou la Loi des Merciers n'est pas un phénomène neutre. Elle tend à uniformiser les pensées et à nier les identités particulières au profit d'un modèle mondial basé sur la société de consommation, le libre-échange, le primat absolue de l'économie et l'atomisation progressive des communautés nées du bon sens commun. Ne levez pas la herse devant la Mondialisation, ne la laissez pas entrer ! De votre royaume, elle asséchera les imaginaires, siphonnera les cultures, distendra les liens, empoisonnera les valeurs, moquera l'Honneur et encombrera les Portes du Ciel. Elle poussera vos sujets au seuil du désespoir, sur les bords de l’abime du Néant. Vos sujets trépasseront d'une nouvelle Peste : celle des gueules noires, des membres arrachés, des salaires de misère, des journées interminables, de l'exploitation sans pitié des enfants dès le plus jeune âge ! La terre sera abîmée et ne donnera plus de grains ! Les rivières pueront et plus un poisson n'y vivra. Vous serez témoin d'une misère générale, comme le Thorval n'en a jamais connu !

Marie Reine,

Les chefs de la Mondialisation sont pires que la Princesse de Votyakskiy, aussi folle soit-elle, car eux sont des tyrans en gants blancs, des bonimenteurs, des trompeurs, des manipulateurs, des hypocrites, des voleurs, des prédateurs, des assassins, des chiens, des hyènes, des vermines, des homoncules, des salauds ! Qu'ils soient maudits ! Puissent-t-ils connaître la ruine et le déshonneur !

Marie Reine,

Ne lui laissez jamais le bénéfice du doute, elle vous perdra. Ouvrez vos portes au monde pour semer les petites graines du réenchantement des peuples. Cela, en veillant à toujours affirmer et conserver la liberté d'être du Thorval, qui est la possibilité d'être soi-même et de tracer son propre chemin dans l'histoire, refusant le prêt-à-penser et le prêt-à-appliquer délétères que les banquiers réservent à tous ! En vos terres, corrigez les abus et offrez la justice, la multitude vous en saura grée. Merci.
»

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
1 Le philosophe essaye d'imiter la façon de s'adresser aux Rois et Reines (ici "Marie Dróttning") avant l'introduction du prédicat de Majesté au XIXe siècle par le courant légitimiste. Elle reste, malgré tout, assez communément pratiquée aujourd'hui.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Les talents d'or de David.
21 février 2037,

[center][img]https://zupimages.net/up/18/38/chs6.png[/img]
Chez ma tante, l'entrée de l'ex Mont-de-Piété de Jensgård.[/center]

Le Mont-de-Piété sis Rue des bancs [traduit en français] de Jensgård a mis la clé sous la porte. La Famille Larsen qui dirigeait l'organisme de prêt sur gage depuis la moitié du XVIIIe siècle était ruinée et devait dorénavant sa survie à la Charité de l'Église. L'établissement avait, ces dernières années, fait nombres d'affaires avec le monde féodal, dépensier et toujours à la recherche de fonds pour les rançons et l'entretien de ses domaines. Petit à petit, les créances impayées grossirent, et s'agrandit dans le même temps l'écart entre la valeur des biens posés en garantie et le montant des prêts. Certains n'en couvraient même pas 10%.

Ces comportements déloyaux n'épargnaient personne au sein de la Noblesse et étaient l'apanage aussi bien des Grands que des Hobereaux et de Sa Majesté. Celle-ci devait, au Mont-de-Piété, environ 3 000 couronnes d'or, somme qui ne fut jamais remboursée. Pire, les prêteurs ne reçurent pas le gage promis. Avec l'argent, la suzeraine dépensa sans compter et put notamment construire un monastère, réparer des moulins, assécher des marais pour l'agriculture, réparer son armure, faire l'aumône, etc. Le Mont-de-piété eut beau porter plainte contre Marie, rien n'y fit. La prévôté municipale émit d'abord une injonction de paiement, en vain. Elle ordonna ensuite de saisir le château-fort Sankt-Olaf et de soumettre la Reine à dix coups de fouet. Ah ah.

Au delà des questions économiques, c'étaient ici deux types d'individu qui s'affrontaient : d'un coté l'Homme Bourgeois rationnel, rigoureux, férus d'ordre et porté sur le calcul économique. De l'autre l'Homme Naturel irrationnel, impulsif, imprévisible, immodéré, fougueux, héroïque, évoluant constamment dans les extrêmes, entre la vie et la mort, capable aussi bien de méchancetés que de générosité. Son mode de vie était constitué de terribles actes mais aussi de dons, de prodigalités, de gratuité et de libéralité. Il était radical par nature : il aspirait à l’héroïsme évangélique ou sombrait dans l'incroyance. La tiédeur n'était pas de son tempérament. Enfin, pour l'Homme Naturel, la gestion rationnelle de l'économie n'avait rien d'indispensable, il ne tenait pas de livre de compte et quand il le faisait, l'exactitude des chiffres n'était guère visée.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Complot bourgeois.
23 février 2037,

[center][img]https://zupimages.net/up/18/38/l4yg.png[/img]
la ruelle sombre de Jensgård, enneigée au moment des faits.[/center]

La prochaine Højting (États Généraux) éveille les convoitises et aiguise les ambitions. La bourgeoisie locale souhaite profiter de l'occasion pour améliorer son statut et passer du rôle d'excroissance parasitaire à celui de force montante. Par dessus tout, elle espère un renversement des valeurs au profit des siennes, même si ces dernières demeurent encore un peu brouillonnes. Pour l'aider, elle peut néanmoins compter sur des soutiens étrangers. Ainsi, le Grand Chambellan a discrètement rencontré un philosophe germanique dans une ruelle sombre de Jensgård. Loin des regards, l'homme lui a remit plusieurs feuillets en Haut-Töttern expliquant la marche à suivre afin de passer d'une société traditionnelle à une société moderne. Il demande au Grand Chambellan de travailler Sa Majesté et de la convaincre du bien fondé de sa philosophie.

Voici le contenu des feuillets qui se devra être traduit dans une langue et des termes compréhensibles, sans doute par des écolâtres de l'Université :

[quote]

La société moderne se caractérise avant tout, si ce n'est fondamentalement, par la formation accomplit de l'État et du Marché. L'avènement de l'un ne saurait aller sans l'autre. Individualisme et étatisme marchent au même pas. L'entrée dans l'ère du Marché comblera aussi bien les intérêts du pouvoir politique que des familles bourgeoises. Le premier y gagnera la puissance et des entrées fiscales exponentielles, les secondes pourront enfin conduire des affaires économiques susceptibles de les mener au bonheur. Pour se faire, la Reine doit s’ailler à la bourgeoisie et imposer de gré ou de force un certain nombre de mesures.

Politique

Renforcement de l'État royal par la destruction du système féodal. Centralisation.
Affaiblissement puis dislocation des groupes naturels (clans familiaux, communautés villageoises, confréries, métiers) afin qu'il n'y ai plus d'intermédiaires entre l'État et l'individu.
Codification des lois.
Formation d'une éthique d'État, voulant que sa mission se borne principalement au respect du Droit.

Économie

Rationalisation de l'activité économique.
Affaiblissement par la réglementation ou la force des échanges intracommunautaires non-marchands.
Uniformisation des normes juridiques.
Abolition des monnaies féodales.
Abolition de la monnaie métal pour la monnaie papier.
Généralisation de la valeur d'échange.
Révocation de l'Édit bannissant les banques et interdisant le prêt à intérêt.
Abolition des douanes intérieures au profit d'un nouveau marché national.
Mise en place d'une politique mercantile tournée vers le monde.
Reconnaissance de la propriété privée comme droit absolu et naturel, suppression de toutes les limites, entraves et risques existants sur le sujet.
Politique d'enclosure à la campagne.
Punition de l'oisiveté.
Reconnaissance et garantie de la liberté économique.[/quote][/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Instruction philosophique.
16 février 2037 (antidaté)

[center][img]https://zupimages.net/up/18/48/lyvx.png[/img]
La Grand'salle, aménagée ici pour le midmál ou "repas du milieu" plus léger
par rapport au dagmál (réveil) et au náttmál (avant le coucher du soleil).
[/center]

A Frueborg, le savant slave scruta la Grand'Salle entrain d'être apprêtée : les valets amenaient chaises, tranchoirs, gobelets et tables à tréteaux. Tout autour, les murs étaient tapissés de peintures, tandis qu'un immense âtre faisait face à une cathèdre de bois constellée d'entrelacs. Apparemment, l'endroit servait aux audiences publiques mais aussi aux séances de justice, aux assemblées familiales, aux réunions du conseil et à la ripaille. A toute heure, on pouvait également y voir des membres de la parentèle et des paysans du voisinage jouer aux dés, s'entrainer à l'épée, boire, discuter, faire les pitres, se bagarrer. Les petits enfants y courraient et criaient dans tous les sens. La Grand'Salle était un lieu bouillonnant, toujours animé. La Reine s'attabla en compagnie de ses filles, de sa mère et de quelques autres gens du clan, dont certains étaient visiblement nobles et d'autres simplement paysans. Néanmoins, il existait entre eux une indéniable familiarité, une proximité qui aurait de quoi surprendre à l'international mais pas ici, où l'attache clanique adoucissait et surpassait la hiérarchie féodale. Après la prière et le lavage des mains, le repas put enfin commencer. L'avidité en surprit l'étranger : les personnes mangeaient leur chapon directement avec les doigts, mordaient à belles dents dans la bonne chaire, avaient de la sauce partout sur la figure et s'enfilaient la bière qui dégoulinait systématiquement sur leur menton. La Reine remarqua le changement d'humeur de son invité et demanda [en parler Teitrlandais, traduit ensuite par Joseph] : « Qu'y-a-t-il mestre ? Vous estes soudainement bien coi. De grâce, poursuivez vos lectio. ». Łukasz sourit et reprit son instruction, tout en mangeant de la même manière que le reste de la tablée :

« L'esprit bourgeois n'aspire qu'à la moyenne, qu'à se placer dans la zone tempérée. Les fortes convictions l'angoissent.

Le bourgeois n'aime rien autant que lui même et sa propre vie. Il fera tout pour la préserver de l'inconfort.

Il veut bien servir Dieu mais aussi le plaisir. Les vertus peuvent lui être chers, mais tient-il quand même à conserver ses aises.

Le bourgeois est moins moral, qu'il n'est moraliste. Ses bonnes paroles dissimulent des intérêts marchands car tout son être est tourné vers le calcul.

Les marchands moraux sont de misérables gredins. Le Marché a besoin d'une société à son horrible image : marchande, nihiliste, vide. En quelques décennies, les verrous sauteront. Le libéralisme appuie le marché, non les peuples.

Dans le monde, les valeurs bourgeoises sont tellement influentes et ancrées, que les Hommes les croient innées, naturelles et universelles.

La tournure d'esprit des Droits naturels est éminemment bourgeoise.
»
[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]La politique et les astres.
9 mars 2037,


[center][img]https://zupimages.net/up/18/38/e5iv.png[/img]
Le château de Jarlborg dans l'Hjortgård, et le va-et-vient des éclaireurs.
Scène de l'automne dernier.
[/center]

Le père Jesper Almveiging était d'âge mur – comme la majorité des gens, il ne connaissait pas sa date de naissance – et officiait en tant que chapelain auprès de la seigneur Borga af Hjortgård. Terre sauvage parsemée de forêts et de rivières, Hjortgård était néanmoins surtout réputée pour son luxuriant pays méridional, mers de verdure sur lesquelles naissaient et grandissaient parmi les meilleurs destriers du royaume. Ce statut particulier la protégea pour des siècles de la convoitise de ses voisins et participa activement à son image de terroir doux et pacifique. Toutefois, les choses allaient changer. Désormais, la maitresse régnante souhaitait agrandir son domaine en y rattachant l'héritage du Midhordland, ses nombreuses terres emblavées et sa riche foire aux bestiaux que l'on connaissait jusqu'a Jensgård ! Borga y fit dépêcher des éclaireurs qui revinrent munit de précieux rapports sur le château-fort ennemi, l'état de sa garnison, et les principales voix de communication. Un espion infiltra aussi la cour de l'adversaire, mais ne donna vite plus aucun signe de vie. Un Conseil de guerre se réunit, la Cheftaine à la belle chevelure y convia son capitaine, ses trois meilleurs chevaliers et son aumônier, le père Almveiging. Celui-ci était un petit curé de campagne, très provincial dans sa mentalité, mais aussi grand savant d'astronomie et d'... astrologie. Il était, en tant que tel, un inestimable et influent conseiller auprès de Borga qui ne prenait aucune grave décision sans que le bon père Jesper n'eut d'abord fait appel à la Science des Astres. Après moult discussions tactiques, militaires et stratégiques, le clerc tira le thème astral devant l'assemblée. Tous eurent les yeux rivés sur la « carte du ciel » sauf le capitaine Hákon qui fixa le prêtre avec mépris. Les minutes défilèrent et après une longue interprétation des positions de Venus et de Jupiter, le religieux conclut que la guerre serait une franche réussite à condition d'attendre la Saint Hallvard (15 mai). La Dame du château le remercia et ordonna qu'il en soit ainsi !

[center]---

[img]https://zupimages.net/up/18/38/enro.png[/img][/center]

Au Thorval, l'astronomie et l'astrologie étaient intimement liées. C'étaient les deux faces d'une même pièce : la première constituait l'un des sept arts libéraux, à la base de l'enseignement et tronc commun des Universités alors que la seconde venait d'obtenir une chaire à l'Université de Jensgård. Les relations entre l'astrologie et le Christianisme furent assez ambiguës. Aux premiers siècles, plusieurs conciles la mirent au ban de la société, mais sans la faire disparaitre. Au contraire, la science des astres continua de se répandre en Occident et d'y être étudiée, notamment par des savants religieux. La raison en fut que l'Église condamna moins la discipline en elle-même (lui reconnaissant des qualités), qu'un certain déterminisme astral évacuant autant la Providence que le Libre arbitre des Hommes. De nos jours, l'astrologie était largement pratiquée au Thorval et ne subissait pas d'inquiétude à condition de ne pas donner de caractère absolu aux astres. Les peuples faisaient dire leurs horoscopes, et les seigneurs entretenaient des astrologues qu'ils consultaient avant chaque grande décision. L'astrologie mondiale, qui étudie les correspondances entre la marche du monde et les mouvements planétaires, était la plus courante bien que la branche individuelle avait court aussi. C'est elle que l'Église surveillait le plus étroitement, étant aussi la variété à connaître le plus grand nombre de charlatans. Cela dit, le rival mortel de l'astrologie n'était de nos jours pas l'Église ou les escrocs, et encore moins le rationalisme, mais la lecture des runes, pratique traditionnelle du nord capable de convoyer des opérations magiques, divinatoires, de guérison et de nécromancie. Ces pratiques-ci étaient loin de ne pas avoir lieu dans le royaume ! Des devins et des apothicaires, notamment, s'y adonnaient.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Pomme pourrie (2).
12 mars 2037,

[center][img]https://zupimages.net/up/18/39/dtsd.png[/img]
Scène à l'Inquisition de Valborg, durant un témoignage contre l'Évêque de la ville.
L'Inquisition est l'une des rares institutions de l'Église locale à avoir des clercs étrangers
rigoureux en son sein. Cette présence, qui ne manque pas de susciter la controverse,
existe depuis janvier de l'An de Grâce 2037 sur demande du Pape, afin de contrôler
plus étroitement l'orthodoxie de la Foi au Thorval, pleine de superstitions païennes et de
légendes merveilleuses, raillée aussi bien par le catholicisme tridentin que moderne.
Le succès des puristes n'est pas encore venu, la Foi populaire, insaisissable, tient bon.
[/center]

Suivant un mois secoué par les rumeurs les plus folles, lourd de suspicions gênant considérablement la vie religieuse, l'Inquisition de Valborg a décidé de sanctionner l'Évêque de la ville, Monseigneur Gerolf Regelarsen, lui ordonnant de quitter sa cathèdre pour mener une vie de pénitence, loin de la cité, au monastère Sainte Brigitte de Fårgård. Le clerc a contesté la décision, se disant victime d'un complot et refusait de s'en aller. Il a aussi accusé certains membres de l'Inquisition de miner les efforts d'orthodoxie de Sa Sainteté en attaquant les plus fidèles serviteurs du Christ, tel que lui-même, au lieu de lutter contre l'hérésie, la vraie, ainsi que les superstitions païennes qui émaillaient les campagnes depuis des siècles, voir depuis la Christianisation du royaume.

Le prélat, fameux pour son habileté politique et ses richesses, était accusé de célébrer des messes noires, de s'adonner aux orgies et de pratiquer la simonie. Si au tribunal les témoignages de fidèles pauvres, de simples femmes et d'humbles pêcheurs abondaient contre lui, les preuves tangibles de sa culpabilité manquaient. Le Chapitre des chanoines de la Cathédrale Notre-Dame de Valborg était en pleine confusion, incapable de se prononcer sur la vacance du siège épiscopal, tandis que les chrétiens du diocèse se rabattaient sur les curés ruraux errants, causant la colère des prêtres résidant. En tous cas, l'affaire eu au moins le mérite de décupler la piété à l'encontre du [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=305537#p305537]Voile de la Vierge[/url], précieuse relique de la ville depuis l'An de Grâce 1399.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Essai privé.


[center][img]https://zupimages.net/up/18/39/7rk5.png[/img][/center]
Lutte pour la domination

La Dytolie est divisée en deux grands ensembles fortement influencés, si ce n'est dirigés, par la Reine du Vonalya et le Président de la Ligue de Lébira dont les cœurs géopolitiques respectifs sont la Mer Boréale et la Cérulée. Chacun participe activement à la Mondialisation économique (les autres aspects n'ont pas d'importance tant que l'économie va) et ambitionne de dominer la Dytolie. La Boréalie s'appuie sur la production énergétique et la recherche, quant la Cérulée mise sur le grand commerce, le tourisme et les services. Dans l'ensemble, ils sont tout deux des espaces urbains qui se structurent fondamentalement autour de la ville. Les deux rives-empires se méprisent réciproquement et n'entretiennent aucune relation notable ou très peu via l'UDO, mais la chose demeure à ce jour embryonnaire et la création d'un Occident unis sur les valeurs marchandes reste une quête jonchée d'embûches.

Les barbares

A la périphérie de la civilisation vivent les peuples barbares de Dytolie, les ploucs et les rebus du continent, tout ceux qui ne se retrouvent ni dans la vision du monde, ni dans le mode de pensée, ni dans les mœurs de la Boréalie et de la Cérulée, en dépit de racines communes. Bien que marginalisées, les nations sauvages ne s'unissent pas entre elles et conservent des habitudes éminemment tribales. Elles ont d'ailleurs peu en commun : certaines sont industrielles et vaguement conservatrices (Gänsernberg, Valaryan) quand d'autres sont plutôt rurales, traditionnelles, pieuses et familiales (Thorval, Lagac'hann, Karnobat). La Phalanstérie, enfin, est un État révolutionnaire au milieu d'un continent en grande majorité libéral qui hésite à proclamer la fin de l'Histoire.

Anarchie prochaine

La domination des forts pourrait bientôt prendre fin et abandonner la Dytolie à l'anarchie. En effet, la puissance Vonalyenne s'affaiblit au fur et à mesure du ralentissement de sa production gazière, alors que Lébira pourrait, à force de s'étendre en Algarbe, perdre sa légitimité dans les affaires du Vieux Continent. Le prochain vacuum du pouvoir géopolitique promet de rebattre les cartes. Qui en profitera ? Les barbares ? La Britonnie pour le Nord ? Le Caskar pour le Sud ? Ou bien l'idéologie communiste emportera tout sur son passage poussée par l'Internationale ?


[right]Écrit par Percefal Fenton-Beckett
Correspondant (et aventurier !) britonnique
pour l'Agence Monde Presse
[/right]
[/justify]
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