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Zaldora

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[justify]Complots et intrigues (9).
29 mai 2036,

[center][img]https://zupimages.net/up/19/10/dnhg.png[/img]
Château de Syvind, construit au XIe siècle.
Craignant les attaques, l'enceinte compte plus de meurtrières que de fenêtres.
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Dans sa forteresse, Ragnar III, maitre de la confrérie des Chevaliers de l'Épée, jubilait. En fragilisant un trône déjà chancelant, la mort accidentelle du Roy arrangeait ses plans. C'était le doigt de Dieu, plus de doutes, la Providence se rangeait du coté des guerriers aristocrates, véritables piliers du royaume, source de sa force, de sa grandeur et de sa vitalité. Une fois débarrassé de la royauté, à la tête de la république, lui et ses pairs de la table ronde mèneraient le Thorval vers l'abondance et la prospérité. C'était tout du moins le discours adressés à ses soutiens. En vérité, Ragnar III sera le seul et unique chef et il avait nullement l'intention de partager, ni avec les grands barons, ni avec la paysannerie, et encore moins avec cette race puante qu'était la bourgeoisie.

La disparition d'Arthur redonna de la vigueur à un complot qui pataugeait ces derniers temps. La diplomatie secrète en faveur de la monarchie élective ne fonctionnait pas très bien, le piège à l'auberge avait piteusement échoué et l'Ombre insaisissable de Marie III avait déjoué nombres des machinations, mis la main sur des prête-noms et court-circuité les tentatives d'infiltrations de la Cour. « Ce vermisseau aura sa part ! » s'était un soir emporté le Comte Ragnar lors d'une réunion des conjurateurs. On y changea de stratégie. Plutôt que les assassinats et les factions, les Chevaliers de l'Épée allaient attenter à l'honneur de Marie et la rendre détestable au yeux de tous.

Les histoires de sorcière, c'étaient eux, ou du moins l'ampleur que celles-ci prirent ces derniers jours. Des menaces et cinq Skilling [pièces d'argent] suffirent à corrompre les journalistes bourgeois de l'Aften, et transformer d’abracadabrantesques balivernes de soulards en soupçons sérieux. Désormais, Ragnar III s'évertuait à « convaincre » des abbés, des exorcistes et même quelques clercs de l'Université... Sa seule inquiétude se situait chez le bas-peuple : comment les laboratores pourraient-ils se retourner contre la Reine après les terres qu'elle offrit et contribua d'offrir aux paysans ? Le soutien accordé aux mendiants des villes ? La protection donnée à l'Université face aux prétentions des bourgmestres ? Et le temps de repos supplémentaire obtenus pour les compagnons des Métiers urbains ?

Son écuyer Bjørn entra au sein de la Grand'salle.

« Sire ?
– Qu'est-ce-que c'est ?
– Le seigneur de Rjukangaard a déclaré la guerre au seigneur de Hålrike.
– Plaît-il ? La paix n'a duré que de tierce à l'Angélus ! Je viens ! » réagit le noble.[/justify]
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[justify]Croyances populaires (12).
Temps présents,


[center][img]https://i.imgur.com/e0ZxMYC.png[/img]
Extrait du Bestiaire de Valborg : le poisson-évêque.[/center]

Les chroniqueurs monastiques font maintenant état d'un petit village de pêcheurs, Vågar, sis dans la baie de Nidhug, entre la prétentieuse Jensgård et la méprisée Valborg. S'en allant pêcher près de la côte, des gens racontent être tombés nez à nez avec un poisson-évêque. Munit d'une crosse, la créature les aurait bénit avant de replonger au fond des eaux. Jadis, une pareille bête avait été capturée par des pêcheurs thorvalois en 1430 dans la mer des Crabes, et ramenée à la cour du roy Ragnar II. Ce dernier la relâcha peu de temps après, sous la pression d’ecclésiastiques qui y reconnurent l'un des leurs. Les traits décrient par les Vågarais tendent point par point à corroborer ceux rapportés au XVe siècle : un monstre mi-homme mi-poisson, doué en théologie, dont les écailles du chef forment une mitre et les nageoires, la robe portée par les évêques et les abbés mitrés pendant l'Office. Selon les légendes et les croyances populaires, le poisson-évêque exerce le sacerdoce pour les habitants de la mer et célèbre la messe pour les sirènes et les tritons.

La sirène, dans sa forme la plus connue, vient du folklore scandinave. L’œuvre thorvaloise Kongespejlet (« Miroir royal »), d'auteur inconnu, l'appelle Margygr (la « géante de mer ») et la dépeint comme une bête monstrueuse, une femme au visage terrible avec de larges yeux globuleux, des joues ridées et une immense bouche. Toutefois, au Xe siècle, le moine thorvalois Peter af Tårnlund en parla comme d'une ravissante vierge aux longs cheveux et à queue de poisson écaillée. Ces deux récits cohabitent encore aujourd'hui avec un sérieux penchant pour le second. Dans l'imaginaire populaire et savant, la sirène représente l'anima et possède une nature double et ambiguë, mêlant l'Eros (érotique) et le Thanatos (morbide). Elle est une séductrice qui, tout en provoquant le désir chez l'homme, ne peut l'assouvir à cause de sa conformation mi-femme mi-poisson. Une « bonne poignée » de sirènes vivraient dans les fleuves et rivières du royaume, étant même chaque année l'une des principales sources d'accidents des navires fluviaux. Quant au triton, d'ascendance hellène, il est localement vu comme le pendant masculin de la sirène.[/justify]
Zaldora

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[justify]Jour de l'an.
Temps présents,


[center][img]https://i.imgur.com/nRd47dG.png[/img]
Carte retraçant les différents Jour de l'an (à la majorité relative des paroisses).[/center]

A la fin du XVI siècle, l'adoption du calendrier grégorien, venant remplacer le calendrier julien jusqu'alors en usage, se fit très progressivement. La première a respecter la bulle du pape Grégoire fut Jensgård qui l'accepta dès 1582. Le roy Ragnar V suivit l'exemple quelques mois plus tard en imposant la nouvelle monture à ses domaines propres. Les Grands furent les derniers à montrer fidélité au Saint-Père en ne remplaçant l'ancien par le nouveau que dix ans plus tard, dans une période comprise entre 1593-1598. Malgré l'unicité du calendrier grégorien partout dans le royaume, les années ne commencent pas au même moment que vous soyez en la terre de Hårland ou en la province d'Almargård. Il est divisé en sept styles différents : Nativité de Jésus (25 décembre), Pâques (date mobile), Annonciation (25 mars), Pentecôte (date mobile), Saint-Jean (24 juin), Nativité de Marie (8 septembre) et Assomption de Marie (15 août). Aucun village, pays, province ou ville ne change toutefois d'année le 1er janvier. L'Édit de Kildergård en 1629 tenta d'harmoniser les pratiques au profit du 25 décembre mais fut piétiné au nom de de la liberté des clans.

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Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Brigandage.
22 juin 2036,

En ce temps où l'astre du jour s'élevait au plus haut du firmament et baignait de son éclat champs d'or et prés luxuriants, le cortège royal traversait d'un pas pressé les terres de Treenigheden. Nulle discrétion n'était de mise alors que claquaient au vent les bannières royales portées fièrement par les chevaliers bannerets ceinturant le convoi. La Reine se trouvait dans le Coche du milieu, en compagnie de ses deux enfants, et arborait une robe d’étoffe sombre en signe de deuil. Un état qui risquait de se prolonger pour de longs mois. De nombreuses lieues et plusieurs jours de voyage la séparaient encore de Frueborg et de son donjon, alors que les villages se faisaient plutôt rares et distants dans la région-ci. Cela était caractéristique de la moitié nord du royaume qui, en dehors des terres agricoles, était un lieu désert et sauvage, rude, parsemé de rivières et de forêts. Toutefois, un autre monde se dessinait dès Midgård, pays au cœur du royaume, porte d'entrée vers un Thorval plus peuplé, grouillant de vie, plus généreux, constellé de villages aux récoles abondantes.

Le cortège réduisit son allure et fit halte devant une auberge sise à l'orée de la forêt de Modigelund. Tandis que l'aubergiste saluait bien bas, rêvant à l'avance des monnaies sonnantes et trébuchantes qu'il recevra, Marie III confia ses petites à la nourrice et s'éloigna du groupe jusqu'à ne plus entendre que le chant des oiseaux et celui du vent traversant les frondaisons. Elle enleva sa couronne, tel un fardeau, et se sentit si légère qu'elle crut pouvoir s'envoler. Un malotru l'a sortit inopinément de son état de grâce. Que lui cherchait-il, l'étranger ?


[center][img]https://i.imgur.com/bdKLgn2.png[/img]
Le voleur en question.[/center]

« Plus un geste, belle chastelaine ! Cède moi prestement ton or et tes pierreries ! menaça le brigand de son arc bandé.
– Il te faut afuier, la nostre arestaille est à moins d'une lieue d'ici, répondit Marie en replaçant sa couronne, rassurée que ça ne soit pas un assassin.
– Silence ! Donne ta couronne aussi ! rétorqua-t-il, sortant une pièce de 4 deniers pour y scruter le portrait gravé, visiblement interloqué.
– Dois-je me tourner ?
– Oui.... ! Dis moi, chastelaine, ne serois-tu pas... »

Alerté par le bruit, le bandit se retourna et reçu une masse d'armes d'un chevalier qui lui brisa le crâne. Après, Sa Majesté s'en retourna à l'auberge avec son chevalier. On y ripailla quelques temps avant de reprendre la route. Le clan royal eu la panse pleine et l'aubergiste devint riche. Dans quelques jours, les Thorvalois fêteront la Saint-Jean, s'adonnant à ses coutumières scènes magiques, burlesques et au combien paganisantes. Bien loin de la rigueur voulue dernièrement par le Pape Innocentius... La Papauté réagira-t-elle ? Enverra-t-elle ses Inquisiteurs, jugeant ceux des tribunaux ecclésiastiques au Thorval trop indulgents ?[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Les précieuses semences.
28 juin 2036,

[center][img]https://zupimages.net/up/18/26/svdz.png[/img]
La porcherie de la ferme d'Ingvar.[/center]
En ce temps, le paysan Ingvar, chef de clan, n'avait qu'une hâte : participer à la Bondeting, au cimetière, où les clans locaux s’apprêtaient à discuter sur le lancement des moissons, grands labeurs d'été que les paysans organisaient en commun sur les soles cultivées. Ingvar élevait aussi un peu de bétail, une trentaine de poules, quelques pourceaux, et une vache pourvoyeuse de bon fumier. Le système agraire traditionnel – de polyculture élevage vivrière – auquel il s'adonnait reposait essentiellement sur le blé. Si bien que les semences représentaient un sujet tabou, une question de dignité, de liberté, de vie ou de mort. Tuer pour protéger ses petites graines n'était pas quelque chose d'immoral.

Les semences utilisées au Thorval venaient entièrement de la campagne. Leur sélection était le fruit des paysans eux-mêmes sur de nombreux siècles. Celle-ci [la sélection] avait pour particularité de n'être pas transgressive, ni intrusive et de ne pas attenter à la nature. Elle reposait sur un critère essentiel, celui de l’adaptation à l’environnement local. Par conséquent, vu que chaque semence correspondait à un type de sol, de climat et d'environnement, les paysans thorvalois en disposaient d'une multitude de variétés au sein de chaque terroir ; en tout, pour tout le royaume, on comptait au moins, si ce n'est davantage, plusieurs dizaines de milliers de semences différentes, autant pour les céréales que les légumes, les légumineuses, les fruits, etc. Les terres agricoles étaient de véritables puits de diversité génétique.

Si bien que quant un étranger collecteur de graines se montra au village d'Ingvar, Fruegaard, la suspicion grandit parmi les clans ruraux. Quant l'individu, étrangement vêtu, vint à Ingvar, près de sa chaumière, dans la boue, le fier chef lui répliqua : « A le vostre fessard pouvât mestre icelui le vostre volement ! » Dans d'autres hameaux, le lieutenant du Marquis Couleurs-du-Ciel fut reçue violentement avec les fourches et la hardiesse des petites gens du monde rural.[/justify]
Zaldora

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[justify]Croyances populaires (13).
5 juillet 2036,


[center][img]https://zupimages.net/up/18/27/vxbd.png[/img]
Pierre runique érigée en 522 par le paysan Anundr
fondateur du clan des Anunding, afin de célébrer son évangélisation
et l'avènement d'une ère nouvelle. La pierre comprend une croix
et un lindworm. Elle est aujourd'hui gardée et entretenue par
la descendance de Anundr. On peut l'apercevoir dans les montagnes de Højgård.[/center]

Au fin fond de la province de Lysebjerg, sur les hauteurs du pays de Dalsgård, un paysan a rapporté aux moines de la vallée sa rencontre avec un grand serpent. Celle-ci se déroula dans la matinée du 5 juillet, près d'une berge isolée – endroit dépourvu de gué – alors qu'il péchait le repas du soir (brèmes) sur son vieux Scute. La description que l'humble en fit ne laissa point de doute aux hommes de Dieu : cela s'agissait du Lindworm, créature mythique des contes et légendes scandinaves ressemblant à un serpent-dragon. Voilà au moins un siècle que plus personne n'en croisa en chair et en os dans la région ! C'était extraordinaire et inquiétant ! Les spécimens se faisaient rares et n'habitaient que dans des lieux très précis du royaume après que la prière de Saint Kjeld les eu chassé des cimetières où ils se nourrissaient des cadavres. La croyance en le Lindworm était néanmoins très répandue, jusqu'en ville, mais particulièrement forte et prégnante au sein des superstitions montagnardes.

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Le Lindworm apparaissait au sein de divers récits et balades de Thorval :

Le conte Jarl Lindorm était l'histoire d'une princesse qui désespérait de sa stérilité. Pour s'en débarrasser, elle se rendit discrètement à l'antre d'une sorcière qui lui conseilla de manger deux gousses d'ail. La dame le fit, mais sans peler la seconde. Elle tomba rapidement enceinte et accoucha d'un sublime garçon (issu de la première gousse) et d'un lindworm (issu de l'autre). Les années passèrent et une fois en âge de se marier, le serpent-dragon insista pour prendre femme en premier. Pour cela, il dévora d'abord son parfait frère aîné. Toutefois, aucune fille du royaume ne voulait de lui et il les dévora toute une par une, à l'exception d'une jeune bergère. La pastourelle alla au devant de lui, effrayée, vêtue de toutes ses robes empilées l'une sur l'autre. Le prince serpent lui ordonna de les retirer, chose que la paysanne n'accepta que s'il enlevait lui même ses peaux. Petit à petit, l'odieux monstre se transforma en beau prince.

Les histoires de la vie semi-légendaire du roy Gerlef racontaient que le Jarl Lief offrit à sa fille ainée un joli petit dragon qui, grandissant, finit par encercler le château du clan. Le brave Gerlef vint au secours de la famille et trucida finalement le serpent après bien des péripéties. Il se maria avec Alfrún, la fille du Jarl.

Saint Georges, le fameux tueur de dragon, affronta un Lindworm. Néanmoins, cela n'était pour les Thorvalois pas une simple allégorie du combat entre le Bien et le Mal, mais des faits réels. Saint Georges bénéficiait à ce titre d'une piété particulière à la campagne et sa fête était fériée chômée dans tout le royaume.

Dans l'ancienne mythologie scandinave païenne, Nídhögg était le lindworm se trouvant sous Yggdrasil, l'Arbre-Monde primordial, le dévorant petit à petit. Jörmungand était un autre lindworm, fils de Loki et ennemi de Thor. Le christianisme et le paganisme se rejoignant à cet endroit, il ne fut guère difficile aux évangélisateurs du Thorval de christianiser Nídhögg en le vieux serpent de la Genèse et Thor en Saint Michel.

Pour les thorvalois christianisés, mais dont la Foi recélait de superstitions, et l'imaginaire inondé des vieilles légendes, les lindworm symbolisaient le mal, la guerre et la peste. Néanmoins, en dépit de ces défauts, les gens pensaient que posséder la peau d'un serpent-dragon donnait à son possesseur des connaissances supérieures en la nature et dans l'art de guérir. Cette croyance venait des mues du lindworm perçues tel un symbole lié à la renaissance cyclique.

Les serpents-dragons étaient aussi des signes très présents dans les forges, du fait de nombreuses légendes scandinaves relatant des Lindworm munit d'une épée extraordinaire. Les orfèvres appréciaient également plus ou moins ce monstre, sympathie à lier avec Fáfnir, puissant nain se transformant en dragon pour protéger le trésor maudit qu'il venait de voler. Enfin, le reptile avait une connotation plus ou moins positive en héraldique, figurant la persévérance ou la vengeance. Certains seigneurs en recouvrirent leurs armoiries ou les pierres runiques qu'ils firent construire.

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Quant au runique, il fut, à partir du IIe siècle, l'alphabet prédominant de Thorval avant l'adoption de l'alphabet latin par le Roy Styrkar en l'an-Mil. Les deux cohabitèrent à travers les ages jusqu'à nos jours. Les originaux des sagas et des vieux poèmes thorvalois étaient écrits en runes, de même que les quelques 1800 pierres runiques élevées dans le pays à travers les époques. Certaines étaient très vieilles, d'autres avaient moins de vingt ans. La tradition des pierres runiques restait forte et servait à marquer un évènement important, l'entrée dans une nouvelle ère ou rendre hommage à un ancêtre. Malgré sa survie à coté du latin, le runique était néanmoins clairement surpassé et on ne l'utilisait plus que pour les inscriptions et messages courts, ou dans l'art divinatoire des sorcières et des apothicaires.[/justify]
Zaldora

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[justify]Au cœur du Thorval (15).
15 juillet 2036,

Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.

La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois, elle sera relatée ici :


[center][img]https://i.imgur.com/451OBrQ.jpg[/img]
Les pillards à l’œuvre près de l'école-abbatiale


~ Les paysans se regroupent et moissonnent du matin au soir les terres emblavées. Néanmoins, en arrière-fond, l'anarchie politique ne ralentit pas ~ [/center]


- L'école-abbatiale Notre-Dame des Prés où sont enseignés les arts libéraux, la théologie ou encore le droit canon, se relèvait douloureusement du pillage qu'elle eut à subir du seigneur brigand Poul af Kikkertårne et de ses sales reîtres. Mettant les bâtiments sans dessus-dessous, violentant les clercs sans distinction, les bandits emportèrent pléthores d'orfèvreries, de tapisseries et de la monnaie de bon aloi issue du temporel. Le village aggloméré autour de l'école déplorait lui aussi des dommages collatéraux, quoique moins violents, étant par définition peu intéressant pour les criminels. L'abbé-mitré Lars III a décidé de jeter l'anathème et d'excommunier la bande de malfrats, tandis que l'idée d'une milice religieuse (les Chevaliers de la Foi ?) pour protéger l'Église faisait son chemin...

- Le seigneur Lasse af Audhumand perdit la vie après une chute accidentelle des remparts de son château. Le nobliau aurait, en milieu d'après-midi, été précipité dans le vide par un terrible vent d'ouest alors qu'il scrutait au loin les travaux d'été de ses paysans. Un garde a été retrouvé sans vie à ses côtés, visiblement emporté avec lui. La plaie découverte sur sa panse semblait être l’œuvre d'un méchant rocher. Lasse af Audhumand était un hobereau plutôt estimé de ses sujets mais des bruits courraient sur le complot qu'il fomentait depuis des mois contre son lige, la Duchesse de Mølleåen, avec l'aide de l'abbé-mitré Klement, cardinal de l'Église, afin d'accroitre son pouvoir.

- Revenue à son château de Frueborg, Sa Majesté s'adonnait depuis, non à se chercher un nouvel époux, mais à tisser une puissante toile d'informateurs et d'espions à son service seul, partout dans le royaume. A terme, ce choix lui permettra de mieux manœuvrer au sein des intrigues féodales, en plus de n'avoir plus besoin des savoirs de l'Ordre des Murmureurs, trop obscure et dont la duplicité devenait de plus en plus gênante. A la fin, la lutte ne pourra guère être évitée, et il n'en restera plus qu'un, le mot d'ordre étant « Pas de quartier ! »

- La bataille de Lysehjem, sur un pré à l'orée d'une forêt, a penché en faveur de l'ost du Comte Ragnar III qui s'était rendu maitre du champs de bataille après la débandade des troupes de son adversaire, le Comte Anders II af Almargård, dont la retraite se fit dans le plus grand désordre. Le vainqueur en profita pour ravager les villages bohémiens de la région. Hélas, l'affrontement tourna dès les prémices lorsque les chevaliers du seigneur Karl af Urdland (aile droite de l'ost d'Anders II) décampèrent ensemble juste avant le choc. Tôt dans la matinée, un acteur tapis dans l'ombre avait informé le clan d'Urdland sur les manœuvres souterraines lancées par leur Lige afin de s'emparer des domaines familiaux, rendant Karl fou de rage. Après son départ, ce dernier aurait jeté la bannière comtale au sol et l'aurait fait piétiner en public par son cheval et celui de ses combattants. Concernant la guerre d'héritage entre les deux mesnies, une trêve a été décidée. Ivre de sa victoire, sans doute décisive, Ragnar III semblait, pour le moment, ne pas remarquer les actions du troisième acteur au cœur même de ses terres, y promettant alleux aux paysans et meilleure justice aux hobereaux, soufflant sur les braises de la révolte... [/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Au cœur du Thorval (16).
20 juillet 2036,

Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.

La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois, elle sera relatée ici :


[center][img]https://i.imgur.com/VPISOUo.png[/img]
Gerbes entassées en meule, pour le séchage au soleil, près de Agerngård.[/center]

- Le royaume vivait l'été le plus chaud depuis 200 ans. Les plaines les plus torrides connaissaient des températures s'élevant jusqu'à 33°C, les plus fraiches pas moins de 30°C. Malgré tout, les paysans et les paysannes poursuivaient du matin au soir leurs travaux dans les champs, de manière imperturbable, si ce n'est pour s'essuyer le front de temps à autre. Chacun donnait de la faux, organisait les javelles et confectionnait les gerbes de blé qui étaient laissées à sécher quelques temps à l'air libre. Aguerrit était la race des campagnes et ce n'était pas une petite chaleur inhabituelle qui la fera gémir. Certains incidents se sont néanmoins produit : le gros Hans du village d'Himlenforår fut prit de grosses fièvres et alla s’aliter. Peu auparavant, après une éreintante journée de labeur parmi les céréales, il s'était soulagé le gosier en avalant un plein baquet d'eau glaciale. Plus dramatique fut la mésaventure du chevalier Oddmar af Peturhjem : échauffé par son entrainement, il sauta avec son armure dans le lac et coula à pic. Essayant de le secourir, sa dame périt avec lui. Grand' tristesse tomba alors sur la région.

- La Bête de Rugland terrorisait à nouveau la petite région pastorale : au petit matin, un berger a été retrouvé sans vie au sein de la vallée. Son corps, démembré, semblait avoir été déchiqueté avec une rare violence. Ses chiens connurent le même sort, ainsi que deux de ses chèvres. Les autres semblaient être parvenues à s'enfuir mais restaient introuvables. La nuit, les villageois assuraient vivre dans la crainte d'un terrible vent plaintif portant les hurlements féroces d'un ou plusieurs grands loups. Des gémissements et des grincements de dent humains se faisaient aussi entendre, renforçant la croyance qu'une Porte des Enfers se trouvait dans les parages. Après son enqueste, le clergé local n'en su pas davantage sur ces étranges phénomènes mais assura bruyamment que la Bête de Rugland n'était autre qu'un Ouargue, descendant du loup Fenrir, fils du mauvais génie Loki !

- La Bondeting de Blomhus, village de trois cent habitants et quatre clans, avait décidé d'emblaver 100 tøndeland de terres communes laissées en friche depuis l'aube du XXe siècle. En dehors des années de jachère, ces nouvelles parcelles recevront principalement du seigle panifiable et de l'avoine. L'assemblée villageoise prévoyait aussi de planter des pommiers sur les prés communaux, alors que les petites surfaces herbeuses adjacentes à certaines chaumières sortaient des communaux au profit des familles pour entretenir des potagers. Elles y cultiveront, selon la rotation culturale, des légumes nécessaires à la soupe et au ragoût paysans. [/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]La fête de soi.
Temps présents,


[center][img]https://zupimages.net/up/18/28/hc9d.png[/img]
Omnia mors aequat, gravure située dans le Traité de moral « For det større gode »
imprimé à Jensgård courant XVIIe siècle.
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La fête de soi, ou autrement dit le jour d'anniversaire. Alors que ce genre de célébration semble exister dans le monde entier, il n'en est pas de même au Thorval. Les mentalités locales trouvent la coutume très étrange et ne comprennent pas pourquoi « l'estranger festoie chascun an de sa nativité ». Les raisons sont diverses.

La première, certainement la plus fondamentale, est liée à des conceptions théologique ancrées. Le christianisme populaire et médiéval irriguant le royaume occulte, voir rejette, les fêtes de la naissance et met plutôt l'accent sur le jour anniversaire de la mort, car le retour vers Dieu marque l’entrée dans la vraie vie, celle du salut de l'individu qui monte au Paradis. Là réside sa vraie naissance. De même, les saints sont célébrés à la date supposée ou avérée de leur martyre, pas à leur venue au monde qui n'a aucun intérêt. Seuls trois personnages méritent que leur naissance soit fêtés : le Christ, la Vierge et Saint Jean-Baptiste. L'importance de ces trois figures en renforce le caractère exceptionnel. Il y a ici à saisir une chose propre à l'esprit du christianisme au Thorval, c’est l'incapacité de l’individu, fût-il un puissant, de s’approprier au bénéfice de sa vie terrestre le rythme du calendrier liturgique.

La seconde raison est de nature plus pratique et réside en la difficulté de connaître sa date exacte et d'en conserver la mémoire. L'année demeure une notion floue et largement fluctuante à cause de calendriers grégoriens ne commençant pas au même moment, restant par ailleurs rares au sein des foyers. L’inexistence de registre de baptême dans 99% des paroisses empire encore davantage le problème. Ainsi, presque personne (95%) ne connait précisément sa date de venue au monde. Au mieux, certaines rares personnes en savent vaguement l'année. Cela touche tant le paysan que le seigneur, exemple de la Reine Marie III, née en l'an de grâce 2014 ou 2015, où peut-être 2016 ? L'incertitude est réelle.

Selon d'aucuns clercs, l'occultation du jour de naissance et l'absence de célébration est un facteur parmi d'autres qui empêcha à l'individualisme moderne (l'individu est la mesure de toute chose) de prendre d'assaut la société, permettant à l'individualisme traditionnel des scandinaves de vivre à travers le clan. Le thorvalois païen avait pleinement conscience de son individualité, c'est lui qui allait au Valhalla par ses mérites guerriers, tandis que le thorvalois catholique vit une Foi moins individuelle, celle-ci étant extériorisée et portée par la communauté locale. Malgré tout, il garde une très haute idée de son individualité mais sait que cette dernière n'est rien en dehors du clan, si ce n'est une proie facile pour les autres.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Les aventures de l'Ermite.
4 août 2036,


[center][url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341334#p341334]~ INTRODUCTION (LIEN) ~[/url][/center]

Joseph, l'ermite Santognais, poursuivait ses pérégrinations à la recherche de pauvres malades. La paysanne Sigrid, son visage et ses courbes, accaparaient ses pensées et hantaient ses songes. Autour de lui, les paysans s'affairaient rudement aux moissons : le fauchage et le séchage semblaient s'être conclut et la plupart du labeur se déroulait désormais au sein des granges, à donner du fléau sur les blés afin d'en séparer le grain. Le mystique occitan n'eut guère de mal à trouver un malade à soulager : dodelinant, le jeune paysan avait un pied-bot et paraissait en souffrir terriblement. A ses cotés, sa femme le soutenait dans ses travaux. De taille moyenne, celle-ci arborait une ravissante chevelure d'or qui couronnait un doux visage clair, et ses yeux azur perçait l'âme de Joseph. Ce dernier n'eut aucun mal à dissiper la suspicion de ces personnes très pieuses et parvint sans mal à se faire inviter à table.


[center][img]https://zupimages.net/up/18/28/96sm.png[/img][/center]

L'on vivait ici en clan, si bien que la chaumière fut plus populeuse que prévu. On y trouvait des grands-pères, des oncles, des tantes, des cousins, etc. Heureusement, Joseph pu mangailler en compagnie de ses nouveaux amis : Pétr et sa douce Marie, l'innocente. Le repas fut copieux : un ragoût au lard et aux pois secs, accompagné de morceaux de fromage, d'innombrables miches de pain et de beaucoup de bière épaisse et nourrissante. Après les grâces, Marie s'occupa de débarrasser les tranchoirs, alors que le Santognais resta coi (coït) et plus ou moins seul avec elle. Il posa une main sur sa poitrine mais la paysanne eut un mouvement de recul. Des brutes de la famille l'attrapèrent de derrière et le conduisirent au chef de clan car Marie était sa fille ainée.

Joseph reprit connaissance plusieurs heures plus tard, sur un chemin, alors que le soleil se couchait lentement à l'ouest. Il avait enduré la justice interne du clan des Sestriding et son dos lui faisait atrocement mal. Ayant touché une femme mariée, fille du chef de clan (!), l'ermite reçut au double de son méfait : cent coups de ceinture sur le dos. Par miséricorde, on avait renoncé à lui crever les yeux. Joseph leva le regard et vit, au loin dans la campagne, un grand château-fort, une forteresse perchée sur un tertre entourée d'arbres. Frueborg. Place forte de laquelle on voyait absolument tout et grand verrou qui fermait ou ouvrait l'accès par le nord, l'est ou l'ouest, au Duché de Gamlemunke. Mais la bâtisse était également le logis de Sa Majesté et l'homme se dit que cela sera sa prochaine étape. Se relevant à l'aide de son bâton de pèlerin, Joseph avait apprit une leçon et redoublera de prudence et de finasseries pour se faire une place à la Cour. [/justify]
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