RP - Activités internes

Gwenael

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ROYAUME DE TYRONAR
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[center]Inquisition champêtre (2/3)[/center]

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/23/170623080941512005.jpg[/img][/center]

[justify]Une semaine avait passé depuis que Nora avait dévoilé son secret le mieux caché à sa voisine. Les deux femmes n'avaient plus reparlé de l'incident depuis lors, tout en continuant de se fréquenter et de s'entraider fréquemment. Pas plus tard que le lendemain, la jeune paysanne avait gardé le poulailler de son amie pendant que celle-ci était partie en ville chercher de nouvelles nappes. Édith lui avait d'ailleurs ramené quelques draps neufs à cette occasion.

Quelques jours plus tard, alors qu'elle étendait du linge devant sa ferme, Nora perçut au loin un son qu'elle n'avait pas entendu depuis plusieurs années. Elle tendit l'oreille afin d'en être sûre, et eut la confirmation qu'il s'agissait bien d'un bruit de moteur. Le vieil homme qui habitait à côté utilisait parfois un tracteur du temps où il sortait encore de chez lui, mais on ne l'avait pas vu depuis un certain temps. De toute manière, le bruit était trop lointain pour provenir de la ferme voisine, et il semblait se rapprocher depuis l'horizon. Après quelques minutes, Nora vit un nuage de poussière se former au bout du chemin de terre qui reliait le hameau de Verchamps à la ville. Le véhicule qui s'approchait était un vieux camion kaki de modèle militaire, à l'arrière duquel étaient assis plusieurs hommes. La paysanne ne pouvait voir de qui il s'agissait à la distance où ils se trouvaient lorsqu'elle les aperçut pour la première fois. Elle y vit en revanche beaucoup plus clair lorsque le camion s'arrêta juste devant sa ferme. La douzaine de chevaliers en armure qui se trouvaient dans la remorque descendirent et se mirent en rang, attendant les ordres d'un homme à l'accoutrement encore plus imposant. Celui-ci, qui n'était autre que le Comte d'Istrule, Grand-Seigneur de l'Ordre de l'Inquisition, mit à son tour pied à terre pour aller ouvrir la portière du camion côté passager. Un prêtre vêtu d'une soutane noire descendit le marche-pied et commença à s'avancer vers Nora, suivi par les chevaliers. Le Comte fut le premier à s'adresser à Nora.


[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2017/06/26/170626010324527303.png[/img]
Comte Asmodée d'Istrule, Grand-Seigneur de l'Ordre de l'Inquisition[/center]
« Êtes-vous Nora Cigent ? »

Nora hésita quelques secondes avant de répondre. Elle se doutait que ces hommes n'avaient pas d'intention pacifique à son égard, mais le hameau était bien trop petit pour qu'elle puisse dissimuler son identité.

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Nora[/center]
« Ou-Oui, c'est... c'est moi. »

L'Inquisiteur pointa immédiatement son index vers elle.

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Inquisiteur[/center]

« Je t’arrête ! »

Quatre des chevaliers de l'Ordre de l'Inquisition coururent vers Nora, leurs armures s'entrechoquant dans un fracas assourdissant. Ils attrapèrent ses bras avec brutalité et lui frappèrent les jambes pour qu'elle tombe à genoux sur le sol.

« Fouillez cette ferme de fond en comble, et ramenez les idoles du Corrupteur qui y sont dissimulées ! »

Les huit chevaliers restants se précipitèrent dans la maison et commencèrent à remuer tous les meubles qui s'y trouvaient afin de mettre la main sur l'objet qui leur avait été signalé. Après quelques minutes, les cris d'un nouveau né commencèrent à percer le fracas provoqué par la mise à sac de la chaumière. Nora, toujours immobilisée, hurlait tout en pleurant à chaudes larmes.

« Mon bébé ! Ne touchez pas à mon bébé ! »

Le Comte d'Istrule la fit taire en lui assénant une violente gifle avec le revers de sa main. La jeune paysanne, la joue à moitié arrachée par le gantelet de fer du Comte, s’écroula sur le sol. Heureusement pour elle, son inconscience lui évita de voir le corps de son enfant traverser à toute vitesse la vitre de la salle à manger et rouler sur les graviers qui recouvraient la cour.

« Je l'ai trouvée, Monsieur le Comte ! »

L'un des chevaliers venait de quitter la maison, portant la boîte en métal que Nora avait montré à son amie une semaine auparavant. Il la tendit au Comte d'Istrule qui l'ouvrit avant de montrer son contenu à l'Inquisiteur.

« Hors de ma vue ! Cette horreur doit brûler dans les flammes du brasier sacré de Tyron ! »

« Et que fait-on de la femme ? »

« Elle s'est rendue coupable d'un péché inexpiable. Son âme doit être purifiée par Lucifer lui-même ! »

Une heure plus tard, Nora reprit ses esprits. La douleur que lui infligeait sa blessure à la joue l'empêcha un instant de prendre conscience de l'endroit dans lequel elle se trouvait. Elle fut totalement réveillée lorsqu'un saut rempli d'essence fut vidé sur son visage.

« Qu'est ce que... Par tous les feux ! »

La jeune paysanne était debout sur un tas de bois, ligotée à un mât dont elle ne pouvait se défaire. Face à elle, l'Inquisiteur, le Livre de Lucifer à la main, prononçait son jugement.

« Ton âme a été souillée par tous les péchés du monde à cause de cette idole corruptrice que tu as conservé dans ton foyer. Elle ne pourra être purifiée qu'au sein du lumineux royaume de Lucifer, où les flammes éternelles la consumeront durant six cent soixante-six années. Ce n'est qu'alors que ton âme purifiée, et celle de ton enfant, pourront connaître la félicité. »

Nora réalisa qu'elle ne savait toujours pas ce qu'il était advenu de son fils.

« Mon bébé ! Où est mon bébé ? »

Ignorant les cris de la jeune femme, le Comte d'Istrule jeta une torche enflammée sur le bûcher. Alors que de hautes flammes rouges commençaient à se répandre autour d'elle, Nora continuait de demander où se trouvait son fils. Mais, très vite, ses paroles devinrent intelligibles, pour finalement se muer en d'affreux cris de douleur...[/justify]
Gwenael

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ROYAUME DE TYRONAR
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[center]Inquisition champêtre (3/3)[/center]

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/23/170623080941512005.jpg[/img][/center]

[justify]Alors que les flammes se propageaient autour d'elle, la dernière image que Nora emporta avec elle fut celle du visage de son amie, dépassant dans l’entrebâillement de la porte de la ferme d'en face. La vieille femme avait assisté à la scène depuis sa propre maison, sans oser se montrer entièrement. Alors que sa voisine brûlait sur le bûcher, Édith avait fermé les yeux en entendant jaillir les premiers cris de douleurs. La terrible agonie de Nora avait bien duré deux minutes, avant que les gaz toxiques présents dans la fumée noire ne l'asphyxient pour de bon. Les chevaliers de l'Ordre de l'Inquisition restèrent quelques minutes devant le bûcher après que le feu se soit éteint, priant pour que Lucifer accueille l'âme de la paysanne défunte dans son royaume de lumière. Après cela, ils remontèrent à bord de leur camion pour quitter le hameau.

Édith, qui s'était recroquevillée derrière sa porte, se leva d'un bond en entendant le moteur du véhicule s'allumer. Elle se précipita dans la cour et, voyant le camion s'éloigner, commença à lui courir après en hurlant.


[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2017/06/25/170625042720221999.png[/img]
Édith[/center]
« Attendez ! Attendez ! Arrêtez-vous ! »

Le fracas du vieux moteur couvrait complètement les cris de la vieille femme, et le nuage de poussière qui suivait le camion empêchait les chevaliers de la voir. Bien que ses articulations la faisaient énormément souffrir, et que la poussière commençait à la faire tousser, Édith ne s'arrêtait pas de poursuivre le véhicule. Sa course s'arrêta lorsqu'elle trébucha sur un objet qu'elle n'avait pas vu. Elle s'étala de tout son long sur le sol, et eut tout juste le temps de lever la tête pour voir le camion disparaître à l'horizon.

Avait-elle donc fait tout cela pour rien ? Depuis toujours, on lui avait raconté que ceux qui aidaient le travail des Inquisiteurs étaient richement récompensés par le Comte. Avec la prime obtenue pour la dénonciation de sa voisine, elle espérait avoir suffisamment d'argent pour quitter le hameau et déménager en ville, afin de revoir enfin son fils. Mais elle n'avait rien reçu. Les chevaliers avaient quitté les lieux sans même tenir compte de sa présence, et elle se retrouvait seule dans le hameau. Sans mari, sans enfant... et sans amie.

Elle resta un moment allongée sur le sol, immobile, réfléchissant à son propre malheur. Qu'allait-elle devenir à présent ? Après un instant, elle songea à se retourner pour voir sur quoi elle avait trébuché, et ne put retenir un hurlement de frayeur en voyant de quoi il s'agissait. Le corps du fils de son ancienne amie était là, à moitié recouvert par la poussière. Du moins, c'était ce qu'il en restait, après que le camion qui transportait les chevaliers lui ait roulé dessus. Cette vision donna à Édith un puissant haut-le-cœur, qui la fit vomir juste à côté du cadavre déchiqueté du nouveau né. Après que son estomac se fut vidé sur le sol, la vieille femme se leva et commença à marcher, sans but, désirant seulement s'éloigner de ce lieu infâme. Très vite, elle se retrouva face au bûcher, que les chevaliers avaient laissé comme tel. Une fumée blanche s'élevait des braises encore rougeoyantes, et le corps carbonisé de Nora se trouvait encore attaché au mât. Édith s'effondra sur le sol et pleura à chaudes larmes son amie décédée. Pourquoi diable avait-elle fait cela ? Elle ne reverrait sûrement jamais son fils, qui ne reviendrait au hameau qu'à sa mort. Elle était à présent seule Verchamps, responsable du trépas de la seule amie qu'elle avait eu dans sa vie, ainsi que de son nouveau né.

Seule à Verchamps ? Elle n'en était pas certaine. Le vieillard qui habitait la ferme voisine était peut-être toujours là. Certes, on ne l'avait plus vu depuis quelques années, mais peut-être ne sortait-il seulement que très rarement. Craignant de mourir de solitude ou d'être rapidement atteinte par la folie, Édith décida d'en avoir le cœur net. Elle se rendit devant la maison du vieil homme et frappa à la porte. Comme elle pouvait s'y attendre, elle n'eut pas la moindre réponse, et personne ne vint lui ouvrir. Elle décida donc d'entrer afin de voir ce qu'il en était. Une aveuglante pénombre régnait à l'intérieur de la chaumière et, au fur et à mesure qu'elle avançait, le visage d’Édith était peu à peu recouvert de toiles d'araignées. Un éclat de lumière provenait tout de même du salon, dont l'une des fenêtres n'avait pas été barricadée. La vieille femme décida donc d'y pénétrer, et vit que la tête de quelqu'un dépassait en haut du dossier d'un fauteuil qui se trouvait dos à elle.


« Monsieur, vous m'entendez ? »

Édith s'avança davantage pour voir qui y était assis, et eu un nouveau haut le cœur en le voyant. Elle y trouva le corps d'un homme à moitié décomposé, vraisemblablement mort depuis quelques années. Il tenait un vieux fusil de chasse dans sa main droite, et son crâne semblait avoir à moitié explosé. Dans sa main gauche se trouvait une vieille photo jaunie. La vieille femme extirpa difficilement le cliché des doigts rigides qui le tenaient, afin de voir ce qu'il représentait. Il s'agissait d'une photographie prise au moins quinze ans auparavant, représentant la femme du défunt, elle-même morte de la rage une dizaine d'année avant que le vieil homme disparaisse. Édith s'intéressa ensuite au fusil de chasse que tenait l'ancien propriétaire des lieux. Il s'agissait d'un modèle à double canon. L'une des cartouches avait été tirée par le vieillard lorsqu'il avait mis fin à ses jours, mais l'autre se trouvait toujours à l'arrière de l'arme.

Après avoir songé un dernier instant à la situation qui était la sienne, la vieille paysanne plaça le bout du fusil sous son menton et mit un terme à l'existence du dernier habitant du hameau de Verchamps.
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Gwenael

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ROYAUME D'ORLANIE
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[center]Une vue générale sur l'Empire (1/5)[/center]

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/07/09/170709013345790643.png[/img][/center]

[justify]La chaleur était particulièrement étouffante en cet après-midi du mois de juillet. Fendant l'air brûlant de ses deux ailes d'acier, un aéronef portant le sceau du Roi de Forluno se posa dans une zone reculée de l'aéroport international de Colnade, capitale orlane. La piste d'atterrissage était particulièrement courte, et le pilote amarantin avait dû freiner avec insistance pour éviter que son appareil vienne percuter la grille qui entourait l'aéroport. Heureusement, le chef de bord de l'avion personnel du Roi de Forluno bénéficiait d'une certaine expérience, et comptait parmi les meilleurs pilotes d'Amarantie. L'aéronef se posa doc sans encombre, bien que le souverain amarantin à son bord sentit passer le freinage, qui manqua de lui faire quitter son siège.[/justify]

[center][img]http://img4.hostingpics.net/pics/718109Forluno2.jpg[/img]
Scipiono Ier de Forluno[/center]

[justify]Scipiono Nistor : « Vous y êtes allé un peu fort sur la fin, Dennis »

Pilote : « Pardonnez-moi, Majesté. J'ai fait de mon mieux, la piste était courte. »

Le Roi de Forluno ne releva pas. Il n'avait que faire des justifications de son pilote. Il était surtout impatient de quitter l'avion à bord duquel il était resté assis pendant plus de cinq heures. Sans plus tarder, le monarque amarantin se précipita à la porte de l'appareil aussitôt que le marche-pied fut déployé. À peine eut-il mis le nez dehors qu'il regretta déjà le système de climatisation qui avait rafraichi son air tout au long de son voyage. Il eut envie de remonter à bord de son avion, d'autant plus que les Orlans n'avaient envoyé personne pour l'accueillir à son arrivée. Diantre ! Mais quelle sorte d'hôtes étaient donc ces Lucifériens ? À mesure qu'il sentait la semelle de ses chaussures coller au goudron fondu qui recouvrait le tarmacadam, Scipiono Ier songeait de plus en plus sérieusement à regagner l'Amarantie pour mettre un terme à cette mauvaise blague. Fort heureusement, il vit approcher un véhicule au bout de quelques secondes. Il s'agissait d'une longue limousine noire aux vitre teintées - typiquement le genre de voiture dans lequel le Roi de Forluno avait l'habitude de se déplacer. Cependant, celle-ci n'arborait aucun drapeau, contrairement aux convois diplomatiques que le souverain forlunien avait déjà emprunté. Après que le véhicule se fut arrêté devant Scipiono Nistor, deux hommes vêtus de costumes noirs en sortirent et ouvrirent la porte arrière avant d'inviter le monarque amarantin à y pénétrer.

Mafioso : « Soyez le bienvenu à Colnade, Votre Majesté. Voici le véhicule qui vous conduira jusqu'au lieu de votre rendez-vous. Si vous voulez bien vous donner la peine d'entrer... »

Le Roi de Forluno remarqua que celui qui s'était adressé à lui avait le cou tatoué. Il se douta qu'il ne s'agissait pas d'agents gouvernementaux, mais de membres de la mafia luciférienne. Cela ne le surprit guère, dans la mesure où c'est en prenant contact avec Eric Bertaud qu'il avait pu mettre au point ce rendez-vous. Cependant, Scipiono Ier faisait preuve d'une grande méfiance à l'égard de toutes les organisations mafieuses depuis l'assassinat de son fils, dans lequel il était quasi certain que la mafia grecque amarantine était impliquée. Par mesure de sécurité, il fit donc signe à ses gardes du corps de l'accompagner à bord du véhicule. Les mafiosi lucifériens, qui n'avaient pas prévu cet intermède, se regardèrent un moment, ne sachant comment réagir. Ils finirent par hausser les épaules avant de regagner leurs propres places à bord de la limousine.

Mafioso : « Nous allons vous conduire dans un lieu plus reculé, en dehors de la ville. Le voyage devrait durer environ deux heures. N'hésitez pas à prendre vos aises. »

Deux heures plus tard, le véhicule atteint effectivement sa destination. Le chauffeur vint ouvrir la portière arrière pour laisser sortir le Roi de Forluno. Cependant, il fit signe à ses gardes du corps de rester à l'intérieur.

Mafioso : « Je suis navré, Votre Majesté, mais vos gardes du corps doivent rester ici. La Générale vous attend à l'intérieur. »

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/07/03/170703011444284868.jpg[/img][/center]

La rencontre allait avoir lieu dans une maison de campagne située au sud de la capitale orlane. Il s'agissait de la résidence secondaire de la Première Ministre, laquelle avait choisi d'accueillir le Roi de Forluno en ce lieu éloigné des oreilles indiscrètes. Seuls Marie-Claire Boyer et quelques uns des hauts responsables de la mafia luciférienne étaient informés de l'entrevue qui, en dehors de cela, était totalement secrète.
La Générale vint accueillir Scipiono Ier sur la pelouse qui bordait la résidence, alors que la limousine s'éloignait.
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[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2017/07/03/170703011655239005.png[/img]
Marie-Claire Boyer[/center]

[justify]Marie-Claire Boyer : « Je suis honorée de vous accueillir en ces lieux, Majesté. Je ne vous cacherai pas que ma satisfaction fut grande lorsque le baron Eric Bertaud m'a confirmé votre venue. »

Le souverain forlunien fut immédiatement surpris par la beauté de la jeune femme. Il s'était attendu à toute autre chose, s'en tenant à la réputation de sévérité de la militaire orlane. La Générale avait d'ailleurs momentanément abandonné son uniforme pour revêtir une tenue plus informelle. Sa jupe et son pull en laine noisette s'accordaient parfaitement avec la couleur de ses cheveux. Le regard de Scipiono se perdit un moment dans le bleu ciel de ses yeux. Cependant, le premier procréateur d'Amarantie en avait déjà vu bien d'autres, et il se reprit vite avant de répondre.

Scipiono Nistor : « Tout l'honneur est pour moi. D'ailleurs, puisque je vois que nous nous trouvons dans un cadre informel, vous pouvez m'appeler Scipiono. »

Peut-être était-ce simplement dû à la réputation qui précédait le monarque amarantin, ou à l'élégance naturelle qui émanait de sa personne, en tout cas, la Première Ministre orlane n'était pas insensible au charme du Roi de Forluno. Elle lui sourit et l'invita à entrer dans sa résidence.

Marie-Claire Boyer : « Ce sera avec grand plaisir. Si vous voulez bien vous en donner la peine, je suggère que nous passions à l'intérieur. L'air y sera plus frais. »

En effet, aussitôt après avoir passé la porte de la maison, Scipiono eut l'impression d'entrer dans un réfrigérateur. Cela expliquait au moins la tenue que portait la Générale.

Marie-Claire Boyer : « J'espère que la fraîcheur des lieux ne vous dérange pas trop. Bien que nous soyons habitués aux fortes chaleurs en Algarbe, j'ai personnellement toujours du mal à les supporter. »

Le Roi de Forluno se revêtit de la veste qu'il avait enlevé en sortant de la limousine.

Scipiono Nistor : « Comme ça, ça devrait aller. »

La pièce d'entrée, qui était aussi la pièce de vie principale de la maison, était assez petite, à l'instar de la résidence elle-même. Elle était séparée entre un petit salon, formé par quelques fauteuils disposés autour d'une table basse, et un espace "salle à manger" consistant en une table tout juste assez grande pour accueillir quatre personnes. Marie-Claire indiqua l'un des fauteuils au souverain forlunien.

Marie-Claire Boyer : « N'hésitez pas à prendre vos aises. Souhaitez-vous un rafraîchissement ? »

Le Roi de Forluno n'avait pas besoin de rafraîchissement à proprement parler : l'air de la pièce était déjà suffisamment frais. Cependant, la chaleur extérieure avait suffi à le faire suer abondamment, et Scipiono sentait sa gorge s'assécher. Il accepta donc volontiers la boisson proposée par la Générale, laquelle s'absenta un court instant avant de revenir avec un verre qu'elle tendit à son invité. Elle-même s'installa dans le fauteuil qui se trouvait face au Roi, et avala une gorgée de son propre verre.

Scipiono Nistor : « Je suis impatient d'entendre votre proposition. »

Marie-Claire Boyer : « Que vous a dit Eric Bertaud, exactement ? »

Scipiono Nistor : « Pas grand chose, si ce n'est que vous aviez une suggestion intéressante à me faire, qui me permettrait à la fois de réduire l'influence de la mafia grecque qui sévit sur les terres de mon royaume, et d'obtenir de nouvelles opportunités diplomatiques en Algarbe. »

Marie-Claire Boyer : « Il n'a pas tort. Je vais prendre soin de vous expliquer la situation. Tout d'abord, comme vous le savez probablement, j'ai été nommée il y a peu à la tête du Royaume d'Orlanie avec l'objectif de mener des réformes centralisatrices au sein de l'Empire Luciférien. »

Le Roi de Forluno n'en savait rien. Il s'intéressait peu à la politique nord-algarbienne, à vrai dire. Cette région du monde semblait davantage être un foyer de conflits qu'autre chose, et son royaume recherchait des partenaires stables. Il se contenta d'acquiescer pour ne pas froisser la Générale, sans toutefois en dire davantage.

Marie-Claire Boyer : « Cependant, comme vous pouvez vous en douter, cette réforme risque d'être difficile à faire passer. En effet, elle doit être validée à la majorité par le Conseil Impérial, lequel est formé par les représentants légaux de chaque État-membre de l'Empire Luciférien. Or, il se trouve que je ne peux compter avec certitude que sur le soutien d'un seul autre État-membre, la Principauté de Mélogne, qui dépend du Royaume d'Orlanie afin d'assurer sa sécurité. Malheureusement, il s'avère que nos quatre autres partenaires seraient plutôt hostiles à la réforme. »

Scipiono Nistor : « Ce qui fait que vous avez besoin du soutien de deux autres États si vous souhaitez mener à bien votre réforme ? »

Marie-Claire Boyer : « C'est exact. Du moins, en théorie. Si tout se déroule comme prévu, un conflit devrait éclater d'ici peu au sein du Royaume de Tyronar, entre plusieurs duchés rivaux. Cette situation pourrait mener le Roi Hector Ier à perdre son trône, c'est pourquoi j'ai bon espoir qu'il se range à mes côtés. Je disposerai alors de trois votes au Conseil Impérial, ce qui signifie que j'aurai alors besoin, soit d'un vote favorable supplémentaire, soit d'un vote défavorable en moins... »

Le discours de la Première Ministre orlane rappelait à Scipiono Ier le fonctionnement interne de la Ligue Amarantine. La dernière phrase de la Générale l'avait fait se remémorer des épisodes de l'histoire amarantine, et il commençait à voir où son interlocutrice voulait en venir.

Marie-Claire Boyer : « Mon intention est d'empêcher la Reine de Hyptatie d'accéder au Palais Impérial au moment où le vote aura lieu. Je me suis déjà arrangée avec Monsieur Bertaud pour que cela soit fait. Cependant, il y a un risque que le Vizir Rekhmirê, en apprenant sa disparition, se précipite à Belphore pour la remplacer au Conseil. Il est le seul à en avoir le pouvoir. Afin d'éviter que cela ne se produise, j'aurais besoin que le Vizir soit en déplacement à l'étranger au moment où se tiendra la séance du Conseil. »

Scipiono Nistor : « C'est là que j'interviens, je présume ? »

Marie-Claire Boyer : « Exactement. Il faudrait que vous invitiez le Vizir à une rencontre diplomatique le jour du vote. Leur voix ne pourra alors pas s'exprimer, et la réforme passera aisément. Une fois que l'Empire Luciférien sera unifié, grâce à votre aide, vous pourrez considérer que le Royaume de Forluno dispose d'un nouvel allié de poids en Algarbe. Nous sommes la première puissance démographique et militaire du continent, et notre économie se dynamise. Par ailleurs, une fois que j'aurai pris le contrôle des institutions impériales, je pourrai aisément faciliter le trafic des marchandises de Monsieur Bertaud entre l'Algarbe et l'Amarantie. Cela devrait lui permettre de développer ses activités à Movopolis, et donc de nuire davantage à la mafia grecque sur place. »

Le Roi de Forluno resta un moment songeur. Il ne voyait pas encore bien comment tous ces effets allaient se concrétiser, mais le potentiel était indéniable. Par ailleurs, accepter de participer à cette opération ne l'engageait pas à une grande prise de risque. Il s'agissait seulement pour lui de recevoir un représentant étranger, et il était peu probable que quiconque le soupçonne d'être complice de l'enlèvement de la Reine de Hyptatie. Au contraire, le monarque forlunien avait tout à gagner.

Scipiono Nistor : « C'est une proposition intéressante, mais qui demande réflexion. Si vos bénéfices sont certains, ils sont moins évidents pour moi et mon royaume. »

Marie-Claire Boyer : « J'en conviens tout à fait. En attendant que vous ayez pris votre décision, peut-être pourrions-nous passer à table ? Il se fait tard et votre trajet vers l'aéroport sera tout aussi long que celui qui vous a mené ici, c'est pourquoi j'ai pensé que vous pourriez souhaiter rester dîner en ma compagnie avant de repartir. »

Le souverain amarantin n'avait pas prévu de rester dîner en ces lieux. Toutefois, le visage angélique de son interlocutrice et la profondeur de son regard rendaient la proposition difficile à refuser.

Scipiono Nistor : « Ce sera avec grand plaisir. Je me suis souvent demandé à quoi pouvait ressembler la cuisine luciférienne. »[/justify]

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[justify]Scipiono Ier s'installa à une extrémité de la table de bois, tandis que Marie-Claire s'était éclipsée un instant pour aller chercher l'entrée en cuisine. Elle revint dans la salle à manger avec une assiette garnie de salade dans chaque main, et une bouteille de vin blanc sous le bras.

Marie-Claire Boyer : « La cuisine orlane est le résultat de diverses influences, venues aussi bien de Dytolie par le biais des colons, que des peuples natifs d'Algarbe. S'il y a bien une tradition héritée de métropole que nous avons conservé, c'est bien l'accompagnement de chaque plat avec un vin différent. »

La Première Ministre déboucha la bouteille de vin blanc d'un coup sec et en remplit le verre du Roi de Forluno, puis le sien même. Une fois n'était pas coutume, le monarque amarantin fit une nouvelle entorse à son régime et avala une gorgée du délicieux millésime. Pendant plus d'une heure et demi, les deux convives enchaînèrent les plats et les vins de toutes sorte. Il en fallait un pour l'entrée, un autre pour le plat, un suivant pour le fromage, et un dernier pour le dessert. Cela faisait longtemps que Scipiono n'avait pas autant bu, et il sentit rapidement sa tête commencer à tourner. Sa conversation avec Marie-Claire tournait autour de tout et de rien, et perdait, à mesure que les bouteilles défilaient, en profondeur et en retenue.

Scipiono Nistor : « Vraiment... c'était délicieux. »

Marie-Claire Boyer : « Merci. Mais avec tout ce que tu as bu, il vaudrait peut-être mieux que tu repartes demain, non ? »

Le Roi de Forluno fronça les sourcils, interloqué.

Scipiono Nistor : « Je ne vois pas le problème. Ce n'est pas moi qui vais conduire. »

Le sourire de la Générale s'effaça.

Marie-Claire Boyer : « Tu ne veux pas passer la nuit chez moi ? »

Le monarque forlunien n'en revenait pas. Il ne tenait décidément plus l'alcool. Tous ses réflexes de séduction semblaient s'être envolés. Pour seule réponse, Scipiono se leva de sa chaise, saisit la Première Ministre orlane par la taille, et l'embrassa langoureusement. Celle-ci se laissa faire un moment, avant de se dégager.

Marie-Claire Boyer : « Et... pour le Vizir ? »

Scipiono Nistor : « Qui ça ? Ah oui, bien sûr... Je l'appellerai. »

Sur ces dernières paroles, le Roi de Forluno approcha à nouveau ses lèvres de celles de Marie-Claire. Il ne quitta la maison de campagne que le lendemain.[/justify]
Gwenael

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TERRES IMPÉRIALES
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[center]Une vue générale sur l'Empire (2/5)
Ce déroule suite au RP précédent, et en même temps que [url=http://www.simpolitique.com/topic13333.html#p316979]ce RP[/url][/center]

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2016/08/30/160830020727571529.jpg[/img]
Néfertiya IV, Reine de Hyptatie[/center]

[justify]Le jet de la Reine de Hyptatie se posa sur une piste d'atterrissage cernée d'herbe verte. Le Duché de Belphore ne comptait pas le moindre aéroport, et les chefs d’État lucifériens devant se rendre au Palais de Belphore avaient obligation de se poser dans l'un des aérodromes qui entouraient la capitale officielle de l'Empire Luciférien. La Reine Néfertiya IV n'avait guerre l'habitude quitter la capitale hyptate. La dernière fois qu'elle avait dû le faire, il s'agissait également de se rendre à Belphore pour voter un décret impérial, concernant la rupture de l'isolationnisme luciférien. Le décret qu'elle s'apprêtait à voter était par ailleurs susceptible d'apporter lui aussi un bouleversement majeur pour l'Empire Luciférien d'Algarbe. Proposée par la Première Ministre du Royaume d'Orlanie, cette réforme institutionnelle prévoyait de placer l'ensemble des forces armées de l'Empire sous les ordres d'une diplomatie unie et dirigée par un Empereur élu en dehors des souverains des État-membres. Néfertiya IV détestait devoir quitter son palais, et avait l'habitude d'envoyer le Vizir afin de la remplacer lorsque les décrets votés étaient de faible importance. Mais cette fois, l'enjeu était trop important et il fallait que la Reine montre que l'opposition farouche de la Hyptatie vis-à-vis de toute mesure de centralisation, qui ne ferait que renforcer l'Orlanie. Le Vizir étant par ailleurs retenu à l'étranger par une rencontre diplomatique avec le Roi de Forluno, la Reine n'avait d'autre choix que de faire le déplacement.

Une fois que son avion se fut posé, Néfertiya IV descendit les marches de la passerelle. Le véhicule préparé par les services du Palais l'attendait portes ouvertes sur le tarmacadam, et le chauffeur lui fit signe d'y entrer. La Reine de Hyptatie, soucieuse de ne pas perdre de temps, s'exécuta et s'installa à l'arrière de la voiture. Après avoir jeté un dernier coup d’œil autour de lui, le chauffeur ferma la portière et pénétra à son tour à l'intérieur du véhicule, à l'avant cette fois-ci. Il mit le contact et prit la route du Palais Impérial.

Du moins, c'est ce que Néfertiya IV pensa au cours des premières minutes du trajet. Bien que l'aérodrome se trouvait en dehors de Belphore, la capitale impériale n'était pas grande, et il ne fallait normalement pas plus d'une quinzaine de minutes pour atteindre le Palais. Au bout d'une demi-heure, la Reine commença à se demander pourquoi le trajet était si long.


« Dîtes-moi, j'ai l'habitude de faire ce trajet, et il me semble qu'il est beaucoup plus court d'habitude. Êtes-vous certain d'avoir pris la bonne direction ? »

Le chauffeur jeta un bref coup d’œil sur Néfertiya IV à l'aide du rétroviseur intérieur, mais ne répondit pas.

« Oh, vilain ! Je vous parle ! »

Le chauffeur lacha un soupir avant de prendre la parole.

« On est presque arrivé. Bouclez-la maintenant ! »

« Comment osez-vous vous adresser à moi sur ce ton ? J'exige que vous vous excusiez sur le champ ! »

À ces mots, le véhicule s'arrêta. Sans que la Reine ne comprenne ce qui se passait, le chauffeur sortit et vint ouvrir la porte arrière. Pensant qu'elle avait atteint sa destination, Néfertiya IV sortit, mais constata avec stupeur qu'elle se trouvait dans un coin de campagne reculé du Duché de Belphore.

« Mais que faisons-nous ic... »

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Le chauffeur, mafioso membre de la Famille qui avait infiltré les services du Palais Impérial, était passé derrière la Reine et avait plaqué un chiffon imbibé d'alcool sur sa bouche. Après quelques pénibles secondes passées à pousser des cris étouffés par le tissu, Néfertiya IV perdit connaissance.[/justify]
Gwenael

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TERRES IMPÉRIALES
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[center]Le fruit d'un labeur[/center]

[center][img]http://nsa39.casimages.com/img/2017/10/29/171029083212387226.jpg[/img][/center]

[justify]Allongée sur son lit d'hôpital, Marie-Claire Boyer venait de s'évanouir. Cela faisait déjà plus de six heures que son accouchement avait commencé, et la douleur était peu à peu devenue de plus en plus insupportable, au point que la jeune femme avait perdu connaissance. Elle ne put donc assister à la naissance de son second enfant, qui vit le jour une demi-heure après le premier. Tandis que les deux sage-femmes s'occupaient de réceptionner le nouveau-né, le médecin s'affairait à tenter de réveiller l'impératrice, qui reprit conscience après quelques minutes.

« Félicitations Votre Majesté. Vos deux fils sont à présent nés. »

Marie-Claire Boyer peinait à reprendre ses esprits. Un moment désorientée, elle ne répondit qu'après quelques secondes.

« Mes... Amenez-les moi. Je veux les voir. »

Le médecin, aidé par l'une des sages femmes, aida l'impératrice à se redresser. Une fois celle-ci adossée contre son oreiller, la seconde accoucheuse apporta les deux nourrissons et les posa dans les bras de la jeune mère, qui les observa attentivement. À ce stade, les deux enfants se ressemblaient tant que l'on aurait pu croire qu'il s'agissait de vrais jumeaux. Mais il n'en était rien. Le résultat de l'amniocentèse avait été formel : les deux nouveaux nés n'étaient pas issus d'une même cellule. Cela n'était de toute manière pas possible car les examens en avaient révélé davantage. En effet, bien qu'étant a fortiori les fils de la même mère, les deux garçons ne pouvaient avoir été conçus par le même père. Bien que s'agissant d'un phénomène très rare, il était toutefois possible : les deux jumeaux étaient issus de pères différents. Apprenant cela, l'impératrice avait tenu à ce que l'information ne soit pas divulguée, et avait tenu au secret son médecin. Personne n'avait donc été informé de ce détail, pas même l'empereur consort qui, en revanche, savait qu'il n'était pas le père des deux enfants, n'ayant rien fait qui put avoir mené à leur conception.

L'impératrice, pour sa part, connaissait l'identité des deux géniteurs. Cependant, il lui était impossible de déterminer lequel de ses fils avait été engendré par qui. Quoiqu'en observant plus attentivement la paire de nouveaux nés, elle en eut une vague idée. L'un d'entre eux possédait en effet un membre particulièrement proéminent, qui au premier abord semblait presque être une troisième jambe. Il s'agissait là d'un détail qui ne pouvait tromper. Son autre fils ne possédait pas de signe distinctif particulier pour le moment. Marie-Claire décida de lui donner le prénom de son père présumé : Charles. Quant au second, elle le nomma Léon, en hommage à son propre père. Il faut dire que "Scipiono" aurait probablement manqué de discrétion...
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Gwenael

Message par Gwenael »

TERRES IMPÉRIALES
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[center]Le canard boiteux[/center]

[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2017/08/17/170817032756775311.png[/img]
Katep Hekeros, coprésident du conglomérat d'armement Clairon-Hekeros[/center]
[justify]« Katep Hekeros. J'ai rendez-vous avec l'Impératrice. »

La secrétaire de l'Impératrice invita le géant industriel à s'assoir d'un signe de la main.

« Veuillez patienter un instant, Monsieur. Je vais prévenir Sa Majesté. »

Tout en s'appuyant fermement sur sa canne, le quadragénaire hyptate s'avança lentement vers le fauteuil qui lui était désigné en boitillant, et s'y installa. La secrétaire, quand à elle, frappa brièvement à la porte du bureau de l'Impératrice avant de l'entrouvrir.

« Votre Majesté, Monsieur Hekeros est arrivé. »

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/18/170618110503135141.png[/img]
Marie-Claire Ière, Impératrice Luciférienne d'Algarbe[/center]

« Parfait, faites le entrer. »

Katep Hekeros, avant même d'avoir le retour de la secrétaire, se leva ; non sans difficulté ; et pénétra dans le bureau impérial.

« Je vous en prie, asseyez-vous. »

« Ce ne sera pas nécessaire, je ne serai pas long. »

« Comme vous voudrez. Dites-moi donc ce que vous pensez des efforts que nous venons de déployer. »

« Ce n'est pas trop mal, mais il est clair que ce ne sera pas suffisant. Ce n'est certainement pas en lançant deux ou trois torpilles par-ci par-là que vous parviendrez à relancer mon entreprise. »

« À vrai dire, je songeais avant tout à relancer l'industrie luciférienne... »

« Cela va de paire, voyons. Vous savez bien de quel métal notre pays est forgé. »

« Que voulez-vous, exactement ? »

« Vos efforts vont dans le bon sens, mais il faut les pousser beaucoup plus loin que ça. Une réponse d'ordre militaire est nécessaire de la part de vos adversaires afin que nos produits trouvent réellement leur utilité. »

« Si je comprends bien, vous souhaitez nous pousser à provoquer une véritable guerre contre le Commonwealth ? »

« Oh, moi tout ce que je veux, c'est avoir de quoi payer mes ouvriers et satisfaire mes actionnaires. Il est donc nécesaire de promouvoir la demande de nos produits, et il n'y a pas trente-six manières de faire cela. Pour que l'Empire Luciférien me passe commande, il faut qu'il ait besoin de son matériel. À moins que vous ne soyez prête à acheter des munitions pour faire joli ? Personnellement, je n'y vois pas d'inconvénient. »

L'Impératrice baissa les yeux et soupira.

« Vous me mettez dans une position très compliquée... »

« C'est un peu vous qui l'avez voulu, non ? Vos prédécesseurs, eux, se posaient beaucoup moins de question et savaient où étaient leurs intérêts. Enfin, l'intérêt de l'Empire, je veux dire... Même si j'espère que vous n'avez pas oublié les termes du marché. Si la valeur de vos commandes n'est pas assez élevée, votre commission personnelle ne pourra vous être reversée. »

« Vous avez raison. Je vais faire de mon mieux. »

« Parfait. Dans ce cas, je suppose que nous nous reverrons très vite. À bientôt. »

Katep Hekeros quitta la pièce au rythme que lui permettait son infirmité. Après son départ, l'Impératrice Marie-Claire Ière resta immobile plusieurs minutes, fixant le sol tout en se grignotant les lèvres.[/justify]
Gwenael

Message par Gwenael »

EMPIRE LUCIFÉRIEN D'ALGARBE
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[center]Le réveil du monstre[/center]

[url=https://www.youtube.com/watch?v=dZcj56XXrPM]Musique[/url]

[justify]« Empire de Satan ». « Secte d'Iblis ». C'était en ces termes que les médias officiels de l'Union Panocéanique se complaisaient depuis un certain temps à nommer l'Empire Luciférien d'Algarbe. Face à eux, les observateurs lucifériens s'accordaient à dire qu'il ne s'agissait là que d'un moyen comme un autre pour la propagande ennemie de « diaboliser » leur adversaire - si tant est qu'une telle opération fut nécessaire, dans la mesure où les serviteurs de Jéhovah le Malhabile et de ses prophètes corrupteurs considéraient déjà les disciples du Porteur de Lumière comme les adorateurs du Diable. Mais selon ces mêmes observateurs, la vision colportée par les désinformateurs au service de l'arrogant Empire Britonnique était erronée. Peu nombreux en effet étaient ceux parmi les Lucifériens qui se considéraient comme les messagers de Satan, archange déchu délibérément voué à une entreprise de destruction du fruit de la Création. Certes, les individus se réclamant de cette doctrine, le satanisme, existaient bel et bien, et les mœurs et les lois les condamnaient à la marginalisation, et leur leur influence restait très limitée. Cependant, les propagandistes en herbe assujettis au Commonwealth britton, malgré leur mauvaise foi manifeste, se fourvoyaient-ils à ce point dans leurs qualifications ? L'Empire Luciférien n'était-il pas tout de même, dans une autre mesure, le monstre décrit avec tant d'acharnement par ses adversaires ?

[center][img]http://nsa39.casimages.com/img/2017/11/22/171122025450858301.png[/img]
La Chimère, créature maléfique tirée de la mythologie dodécathéiste amarantine[/center]
Il n'était pas rare que celui-ci soit comparé à la Chimère, fameuse créature issue de la mythologie amarantine dont la description mêle les attributs de plusieurs animaux. Le Royaume d'Orlanie, à qui sa suprématie économique sur ses partenaires lucifériens permettait de mener l'Empire d'une main de fer, pourrait en être la tête de lion, tandis que le Royaume de Hyptatie, rattrapant peu à peu son rival de l'ouest, en serait la tête de serpent, surveillant d'un œil menaçant toute proie potentielle frôlant la partie postérieure de l'animal, dans l'attente sournoise que celle-ci s'approche assez près pour être mordue. Reste la tête de bouc, jaillissant du dos de la créature. Au cou bien trop court pour que ses cornes puissent menacer quiconque, elle constitue cependant le fondement sur lequel repose le reste du corps de la Chimère. Ce rôle correspond sans nul doute à celui qu'occupe la Fédération de Kaluna au sein de l'Empire. Bien que se situant à un niveau peu développé - pour ne pas dire misérable - sur le plan économique, ce rassemblement de tribus noires constitue en effet l'épine dorsale de la puissance impériale, irrigant ses partenaires, souvent ingrats, d'un intarissable flot de main d’œuvre peu exigeante.

L'importance de sa population constituait évidemment pour l'Empire Luciférien un atout de taille qu'il serait absurde de négliger. Le monstre algarbien était en effet fort de plus de cent million d'âmes qui, bien que damnées pour la plupart, constituaient une masse humaine à elle seule plus importante que celle de l'ensemble des trois principaux ennemis de l'Empire réunis : Mahajanubia, Vryheid, et Commonwealth. Naturellement prédestiné à apporter la mort et la destruction chez ses ennemis selon les préceptes tacites du Seigneur des Enfers, le monstre luciférien avait les moyens de son ambition. Des siècles déjà avant sa naissance, la vaste contrée sur laquelle il s'étendait vouait, par un mécanisme obscure, les êtres qui y résidaient à l'affrontement belliqueux avec leurs semblables. Longtemps avant que le nom de Lucifer y soit pour la première fois prononcé, cette terre était partagée entre d'innombrables tribus kalunaises en conflit permanent dont la culture martiale était l'essence, et un Empire Hyptate dont la puissance s'était construite par l'anéantissement de celle de ses voisins. De ces millénaires consacrés au massacre à l'affrontement de masse avait abouti une vaste machine de guerre qui, bien qu'incarnée par un organisme d'apparence chaotique, avait toujours su, au cours de son histoire, concentrer ses forces en vue d'accomplir sa quête ultime, à savoir apporter la mort et la désolation chez ceux qui prétendaient vouloir entraver sa route.

[center][img]https://img4.hostingpics.net/pics/198819Usinrd.jpg[/img]
Banlieue industrielle de Kharos, capitale de la province de Thabes, Royaume de Hyptatie[/center]
Dans cet objectif, la bête luciférienne était appuyé par un gigantesque appareil de production dont les ramifications s'étendaient sur tout le territoire impérial. Qui, au sein de l'Empire Luciférien, n'avait pas un proche, un voisin, un ami qui travaillait pour le puissant Conglomérat Clairon-Hekeros ? La firme d'armement issue de la fusion récente de toutes les industries de ce secteur avait acquis une puissance telle qu'elle dépassait celle de la plupart des État-membres, et égalait presque celle de l'Impératrice elle-même. La faillite du groupe aurait probablement fait office d'un cataclysme pour le monstre luciférien. Le premier secteur économique s'effondrant, des milliers, voire peut-être des millions d'emplois auraient été perdus, jetant leurs anciens occupants dans une misère plus profonde encore que celle qui les touchait jusqu'alors. Cette perspective cauchemardesque était pourtant celle vers laquelle l'entreprise semblait engagée depuis quelques années. Les guerres, tant au sein de l'Empire Luciférien que dans le reste du monde, se raréfiaient dangereusement. Les centaines d'usines réparties dans les six État-membres ne tournaient presque plus, et des centaines de milliers d'ouvriers se trouvaient au chômage forcé. Il avait donc fallu réagir en vitesse : si le monde ne voulait pas de la guerre, c'était à l'Empire de la lui apporter. Cependant, une telle initiative était dangereuse, le risque étant que le monstre luciférien se retrouve seul à lutter contre les ennemis qu'il se serait lui-même désigné. Fort heureusement, le monde abritait une créature qui effrayait davantage encore que le démon algarbien. Une gigantesque pieuvre dont les tentacules s'étalaient sur toute la surface du globe, et qui à de trop nombreuses reprises avait manqué de tempérance. Cette bête océanique s'était malgré elle attiré les foudres de toute une partie du monde, qui n'attendait plus que le premier prétexte venu pour faire taire définitivement la créature abyssale. Cette occasion inespérée pour la machine luciférienne de retrouver son utilité fut immédiatement saisie.

L'effet enfut stupéfiant. Quelques jours après le déclenchement du premier grand conflit que connut le monde depuis des décennies, les usines impériales commencèrent à nouveau à tourner. Mieux encore, le puissant Conglomérat Clairon-Hekeros avait pu étendre encore davantage son emprise sur l'économie impériale, prenant sous son giron plus de la moitié des usines civiles qui, sur ordre du Conseil, devaient voir leur production reconvertie afin de soutenir l'effort de guerre. La mesure qui, en théorie, concernait soixante pourcent des établissements industriels, était appliquée avec un zèle variable selon les État-membres, certains d'entre eux n'hésitant pas à placer davantage d'entreprises sous tutelle afin de contribuer autant que possible à l'effort de guerre. D'autres en revanche se permettaient quelques largesses, notamment parmis les seigneurs tyronaris qui pouvaient aisément cacher leurs malversations derrière le chaos administratif apparent. Pendant ce temps, le conglomérat s'occupait de superviser la transition vers une production militaire au sein des usines qui lui étaient confiées. Beaucoup étaient reconverties dans la production de munitions, mais ce n'était pas une généralité. Le gouvernement central prévoyait en effet d'augmenter ses stocks de matériel dans des délais très courts, et tenait à se doter de la capacité industrielle suffisante pour accomplir ses objectifs. Après plusieurs mois consacrés à sa reconversion industriel, l'Empire était fin prêt à passer commande.

Bien entendu, les usines qui allaient devoir combler les besoins de l'armée ne s'occupaient plus de combler ceux de la population. Mais l'avaient-elles seulement déjà fait par le passé ? L'Empire Luciférien avait en effet l'avantage de disposer d'une population habituée à une telle misère que nul ne redoutait les privations futures. Comment regretter ce que l'on a jamais eu ? Même si leurs tâches allaient désormais être différentes, les Lucifériens allaient garder leurs emplois, et c'était tout ce qui comptait. Il s'étaient déjà faits depuis longtemps à l'idée de fabriquer des produits qui ne leur étaient pas destinés. Au cours de son industrialisation, l'Empire s'était avant tout concentré sur ses exportations, ses produits ne répondant pas aux principaux besoins de sa propre population. Au moins, suite à la transition industrielle, les Lucifériens allaient fabriquer les armes destinées à assurer leur propre protection. C'était déjà bien plus motivant que de monter les châssis des voitures dans lesquelles allaient rouler des Amarantins résidant de l'autre côté de la Cérulée. Le moral : voilà encore quelque chose dont les Lucifériens ne manquaient pas. Dès qu'il s'agissait de conduire une entreprise de mort, le monstrueux empire algarbien retrouvait tout son aplomb.[/justify]
Gwenael

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TERRES DE LUCIFER
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[center]L'avènement de Satan (1)[/center]
[center][img]http://ekladata.com/IAaCLnXJj0tsLkSF5BUAHbTg8yQ.jpg[/img][/center]

[justify]La nuit venait de tomber sur la Cité d'Ignis, capitale spirituelle de l'Empire Luciférien. Celle-ci n'avait rien d'une grande ville, consistant essentiellement en un bourg bâti sur la pente abrupte de la Montagne de la Lumière. Essentiellement peuplée d'artisans, de commerçants et de religieux, la cité voyait circuler quotidiennement de nombreuses processions dans ses rues. Toutes provenaient et se dirigeaient vers le même édifice situé au sommet de la montagne, qui faisait tout le prestige de ces lieux : le Palais de Lumière. Dans cette majestueuse demeure en permanence plongée dans la brume ne pouvaient pénétrer que quelques rares initiés, à savoir les clercs et les dignitaires de haut rang. Bien sûr, il arrivait parfois que quelques manants tentent d'y pénétrer, mais ils étaient systématiquement appréhendés par la soldatesque de l'Ordre de Lucifer, qui rassemblait les guerriers les plus aguerris de tout l'Empire.

Il y avait parmis les hauts dignitaires de l'Empire une femme qui ne s'était jusqu'alors jamais aventurée en ces lieux, craignant elle-même de ne pas disposer des qualités suffisantes pour pénétrer en un lieu aussi sacré. Pourtant, si elle ne le pouvait pas, qui le pouvait ? L'Impératrice était devenue une figure tellement emblématique à l'international que personne au sein de l'Empire n'osait plus contester son autorité, malgré les vives critiques qui étaient souvent formulées à son égard. En ces temps incertains, la Générale orlane dont dépendait le sort des cent millions de plus de cent million de Lucifériens avait besoin de réponses. Habituellement, c'était à elle de répondre aux inquiétudes de tous ses concitoyens, n'ayant pas de supérieur ni même d'égal dans la hiérarchie du monde. Si l'Impératrice voulait que ses propres questions soient résolues, il convenait de les poser directement à celui qui, pour les Lucifériens, détenait toutes les réponses. Seulement, si l'on souhaitait que le Porteur de Lumière nous réponde, il fallait disposer d'un interprète, et le monde des mortels n'en comptait qu'un seul - ou plutôt devrait on dire une seule.
[/justify]
[center][img]http://nsa39.casimages.com/img/2017/12/03/171203055717567371.png[/img]
Marie-Claire Ière, Impératrice Luciférienne d'Algarbe[/center]
[justify]Traversant un à un les longs couloirs du labyrinthique Palais de Lumière, l'Impératrice devait s'arrêter à chaque porte afin d'ôter sa capuche et dévoiler son visage aux gardes de l'Ordre de Lucifer. Ceux-ci, après l'avoir reconnue, commençaient à faire pivoter les gonds qui retenaient chacune des lourdes portes de fer. Une fois l'opération achevée, Marie-Claire Ière pouvait continuer sa longue marche, qui la rapprochait chaque fois un peu davantage du brasier géant auprès duquel se trouvait la Grande Prêtresse de Lucifer.[/justify]
[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2016/09/18/160918033115668869.png[/img]
Ambre V, Grande Prêtresse de Lucifer[/center]
[justify]Une fois sa destination atteinte, l'Impératrice mit les deux genoux à terre devant celle qui était considérée comme la représentante directe du Porteur de Lumière sur la Terre. Ambre V tendit lentement sa main en direction de son hôte agenouillée, qui la baisa sans même lever les yeux, continuant de fixer le sol, tête baissée.

Ambre V : « Levez-vous, Majesté »

Marie-Claire s'exécuta sans prononcer le moindre mot. Son émotion était telle qu'elle en était incapable. Des gouttes de sueurs s'écoulaient sur tout son corps, tant du fait du stress que de la chaleur créée par les multiples brasiers qui parsemaient la pièce.

Ambre V : « Je sens votre trouble. »

La Grande-Prêtresse, fixant l'Impératrice, semblait attendre sa réponse. Celle-ci, touchée par un bégaiement nerveux, s'efforça tout de même de l'articuler.

Marie-Claire Ière : « Les temps sont incertains et... j'espérais... que le Porteur de Lumière ait des conseils à nous apporter. »

Ambre V : « Pourquoi le ferait-il ? »

Marie-Claire resta un moment silencieuse. Elle ne s'était nullement attendue à recevoir une réponse si sèche. Toutefois, la Grande-Prêtresse continuant de la fixer, elle fut forcée de trouver quelque chose à rétorquer.

Marie-Claire Ière : « Il me semble que... chaque fois que ses disciples ont eu besoin d'être guidés, Lucifer a su leur indiquer la voie à suivre. »

Ambre V : « Le Porteur de Lumière ne peut guider que ceux qui sont prêts à entendre sa voix. Ne l'avez-vous pas entendue ? Le monde entier, pourtant, l'a fait. En déchirant la terre pour faire jaillir un torrent de feu et de cendre sur nos ennemis, Lucifer nous a adressé un message clair. »

Marie-Claire Ière : « Pardonnez mon manque de clairvoyance, Éminence. Mais... si je me trouve en ces lieux, c'est que j'ai besoin de vos compétences d'interprétation. »

Ambre V : « Le Porteur de Lumière est certes un guide pour les hommes qui, par ses préceptes, les conduit sur la voie de l'émancipation. Cependant, il est erroné que de le considérer uniquement ainsi. Lucifer, avant toute chose, n'est autre que Satan, c'est-à-dire « l'Ennemi ». L'ennemi de celui que certains appellent pompeusement « Dieu », dont le nom véritable est Jéhovah. Si Jéhovah est le Créateur, Satan est le destructeur. Ce que Jehovah crée, Satan le détruit. Le pouvoir de Lucifer ne se manifeste que par la destruction. Il s'agit là d'une règle qui s'étend jusqu'à l'unique création du Porteur de Lumière, le Feu. Celui-ci, bien que forgé dans le but d'apporter la lumière aux hommes, ne peut exister qu'en consumant la matière créée par Jéhovah, c'est-à-dire en la détruisant. C'est des cendres de que Satan a consumé que fut bâti le Royaume des Enfers. »

Marie-Claire Ière : « Pardonnez-moi, Éminence, mais... ne s'agit-il pas là de... la doctrine sataniste ? »

La Grande-Prêtresse fixa intensément le visage de son interlocutrice.

Ambre V : « Marie-Claire, si l'on désire pouvoir utiliser le pouvoir du Porteur de Lumière, il convient d'en considérer tous les aspects, sans se cantonner à la vision étroite imposée par le dogme luciférien. »

L'Impératrice, après une courte hésitation, s'inclina devant la Grande-Prêtresse.

Marie-Claire Ière : « Je m'en remets à votre clairvoyance. »

Ambre V : « Parfait. Avant toute chose, vous devez comprendre que la création de Jéhovah n'est pas qu'imparfaite. Elle est, avant tout, insignifiante. Durant plusieurs siècles, les Lucifériens ont sacralisé la création plus que de raison. Il s'agissait au départ de ne pas s'attirer durablement les foudres des serviteurs de Jéhovah. Cependant, cette vision a perduré et s'est installée si profondément que ceux qui la remettent en cause sont persécutés. »

Marie-Claire baissa les yeux. L'Orlanie, dont elle avait été un temps Premier Ministre, était l’État dans lequel la pratique du satanisme était le plus durement réprimée.

Ambre V : « Tous, nous sommes les produits de cette insignifiante création. Vous n'êtes rien. Moi-même, je ne suis rien. Mais le plus important, c'est que les autres ne sont rien. Ce n'est qu'à condition que vous compreniez ceci que le pouvoir de Satan, dans sa nature véritable, sera à votre portée. Alors, vous pourrez tout. »

L'Impératrice ne disait toujours mot. Le propos de la Grande Prêtresse lui semblait terriblement confus.

Ambre V : « Prenez le temps d'y réfléchir. Ce n'est qu'en considérant tant la nature du Porteur de Lumière que la vôtre que vous parviendrez à comprendre son pouvoir. Rendez-moi à nouveau visite prochainement, afin que je mette à l'épreuve votre compréhension. »[/justify]
Gwenael

Message par Gwenael »

TERRES DE LUCIFER
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[center]L'avènement de Satan (2)[/center]
[center][img]http://ekladata.com/IAaCLnXJj0tsLkSF5BUAHbTg8yQ.jpg[/img][/center]

[justify]De retour dans le Palais de Lumière, Marie-Claire Ière s'agenouilla devant la Grande Prêtresse de Lucifer et lui baisa la main. L'Impératrice avait eu fort à faire au cours des dernières semaines, et il s'était passé un certain temps depuis la dernière entrevue qui avait réuni les deux femmes.

[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2016/09/18/160918033115668869.png[/img]
Ambre V, Grande Prêtresse de Lucifer[/center]
Ambre V : « Je commençais à penser que vous ne viendriez plus. »

L'Impératrice se releva, tout en gardant les yeux baissés.

[center][img]http://nsa39.casimages.com/img/2017/12/03/171203055717567371.png[/img]
Marie-Claire Ière, Impératrice Luciférienne d'Algarbe[/center]
Marie-Claire Ière : « Veuillez me pardonner, Éminence. Des affaires importantes m'ont retenue. »

Ambre V : « Plus importantes que la compréhension de la nature même du Porteur de Lumière ? »

Marie-Claire ne savait que répondre.

Ambre V : « Je peux comprendre votre préoccupation, Majesté. Toutefois, si vous n'êtes pas revenue plus tôt, c'est que vous n'avez pas saisi l'importance de l'enseignement que j'ai tenté de vous promulguer la dernière fois que nous nous sommes vues. Lorsque vous aurez enfin compris qui est réellement Lucifer, lorsque vous aurez assimilé toutes les facettes de sa nature, vous serez en mesure de comprendre les forces qui régissent ce monde. Ce n'est qu'alors que vous pourrez en user pour dépasser votre statut de créature insignifiante. »

Peu avant de prononcer ces derniers mots, la Grande Prêtresse avait entamé un demi-tour sur elle-même qu'elle exécuta sans cesser de fixer l'Impératrice, ce qui eut pour effet d'adresser à celle-ci un regard en coin accompagné d'un air de dédain qui épousait parfaitement le propos de la cheftaine suprême du clergé luciférien. Ambre V marcha ensuite jusqu'à l'autre bout de la pièce, où se trouvait l'une des portes qui donnaient sur les couloirs labyrinthiques du palais. Elle glissa un mot à l'oreille du soldat de l'Ordre de Lucifer qui gardait ladite porte, puis rejoignit l'Impératrice, tandis que le garde quittait la pièce.

Ambre V : « Ce n'est qu'en comprenant quelle est la nature de la création de Jéhovah que vous saisirez celle de Lucifer et que vous pourrez utiliser son pouvoir. La création n'est pas qu'imparfaite, elle est... »

Marie-Claire Ière : « ...elle est insignifiante. »

Ambre V : « Exactement. Mais comprenez-vous ce que cela signifie réellement ? »

Marie-Claire Ière : « Je n'en suis pas certaine. »

Ambre V : « N'est-ce pas plutôt que vous ne voulez pas le comprendre ? »

La Grande Prêtresse fronçait les sourcils et semblait presque en colère.

Ambre V : « Cela fait des siècles que les Lucifériens s'obstinent à l'ignorer. Ils l'ont bien compris jadis, mais ils ont préféré l'oublier. Par lâcheté, face à la hargne des serviteurs de Jéhovah et de ses prophètes ! »

Ambre V renversa délibérément une statuette en pierre qui se brisa en tombant au sol.

Ambre V : « Qui sait ce que l'Empire Luciférien aurait pu devenir sans cette lâcheté ! Si les Lucifériens avaient continué de suivre la voie montrée par Satan ! Leurs ennemis auraient tous été balayés, d'un revers de main ! Mais non, il a fallu à nouveau sacraliser la vie humaine, l’œuvre minable d'un créateur incapable ! »

Le discours enragé de la Grande Prêtresse fut interrompu par l'ouverture de la porte par laquelle le garde était précédemment sorti. Cette fois, il entrait à nouveau, tenant par le bras une jeune femme. À la pauvreté de ses vêtements, l'Impératrice vit immédiatement qu'il s'agissait d'une paysanne, voir une serve, ou peut-être même une esclave. Déposée aux pieds de la Grande Prêtresse et de l'Impératrice, l'inconnue resta agenouillée.

Esclave : « Ayez pitié, Majesté. »

Marie-Claire ne comprenait pas ce que cette jeune femme venait faire ici, et encore moins pourquoi elle implorait sa pitié en larmoyant.

Ambre V : « C'est maintenant, Majesté, que vous devez comprendre. On ne peut rien bâtir à partir du néant. La création de Jéhovah n'est rien et il n'en ressortira rien. Le feu, créé par Lucifer, n'apporte la lumière qu'à condition de pouvoir consumer la matière. À travers l'histoire, tous les grands empires n'ont pu prospérer qu'en asservissant et en exterminant leurs voisins, à commencer par l'ancien Empire Hyptate. La Grande Hégémonie s'est elle-même éteinte du fait de son immobilisme. Elle avait peur. Elle était lâche. L'Empire Luciférien, pourri par cette même lâcheté, stagne depuis des siècles. »

La Grande Prêtresse devait parler de plus en plus fort afin de couvrir les sanglots de la jeune femme qui se faisaient de plus en plus bruyants. Celle-ci continuait de supplier l'Impératrice, qui en comprenait peu à peu la raison.

Ambre V : « Nos ennemis ne sont rien car les hommes ne sont rien. Vous n'êtes rien. Je ne suis rien. Cette femme non plus n'est rien. Cependant, elle est encore persuadée que vous êtes quelque chose. Elle vous prend pour l'Impératrice Luciférienne d'Algarbe, elle croit que vous êtes tout. C'est pour cela qu'elle ne peut rien contre vous. En revanche, vous êtes consciente de son insignifiance et, à ce titre, avez tout pouvoir sur elle. Si vous voulez réaliser la pleine ampleur du pouvoir de Satan, de votre pouvoir, il vous suffit de... »

Un immense flot de sang éclaboussa le visage de la Grande Prêtresse, l'empêchant de terminer sa phrase. Le crâne de la jeune esclave venait d'exploser et les morceaux avaient jailli aux quatre coins de la pièce. Son corps sans vie s'écroula, après quoi ce qui restait de sa cervelle dégoulinait sur le sol pour former une flaque rouge vif. L'Impératrice avait elle-même le visage maculé du sang de la jeune femme qu'elle venait d'abattre à l'aide du pistolet qu'elle portait sur elle. Tenant toujours l'arme au bout de son bras, Marie-Claire peinait à croire ce qu'elle avait fait à l'instant même. Elle ne ressentait pourtant pas la moindre trace de dégout pour cet acte, ni même de remord. C'était juste... de la surprise.
La Grande Prêtresse essuya du revers de sa main le sang qui couvrait son visage et adressa à l'Impératrice un sourire satisfait.


Ambre V : « Je vois que vous avez enfin compris. »[/justify]
Gwenael

Message par Gwenael »

TERRES DE LUCIFER
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[center]L'avènement de Satan (3)[/center]

[center][img]http://nsa39.casimages.com/img/2018/01/03/180103061817361457.png[/img][/center]
[justify]Quelque part dans le sud des Terres de Lucifer, perdue au milieu de la friche, se trouvait une vieille église chrétienne délabrée dont la construction remontait à l'époque coloniale. De pareilles reliques de l'ère pré-luciférienne, il en existait des centaines sur le territoire de l'Empire. Souvent entourées d'anciennes constructions qui servaient jadis de résidence aux colons posnans, ces lieux de culte chrétiens, foyer de malheur aux yeux des habitants, avaient un tel effet répulsif que les villages alentours avaient été systématiquement abandonnés par leurs occupants. Toute cette superstition entourant ce qui n'était que le symbole d'un temps révolu avait pour effet de rendre des parcelles de terre entières inutilisables, personne n'osant s'y aventurer. Cependant, elle était une aubaine pour certains groupuscules moins craintifs, qui pouvaient y conduire leurs activités en toute sérénité.

C'est en ces lieux que la Grande Prêtresse de Lucifer avait donné rendez-vous à l'Impératrice pour leur prochaine entrevue. Marie-Claire, en apercevant pour la première fois l'édifice dont elle n'avait jusqu'alors vu que des photographies dans des manuels d'histoire, eut un mouvement de recul instinctif, comme si elle sentait qu'en l'approchant de trop près, son âme serait à jamais corrompue. Elle dut prendre plusieurs amples inspirations pour calmer son angoisse et avoir le courage de pénétrer dans l'église.


[center][img]http://nsa39.casimages.com/img/2018/01/03/180103060607523828.png[/img][/center]

L'intérieur du bâtiment était particulièrement sombre et froid. Les rares rayons du soleil qui parvenaient à percer l'épaisse couche de nuages qui assombrissait le ciel peinaient à franchir les vitraux. La pénombre qui régnait dans ce lieu de prière contrastait fortement avec la lumière éclatant produite par les multiples brasiers qui garnissaient les temples lucifériens. L'église accueillait déjà une vingtaine de personnes, pour la plupart voilées, préférant probablement être difficilement reconnaissables. En observant l'autel, Marie-Claire n'en crut pas ses yeux. Ce curé en soutane était le premier qu'elle voyait. Elle pensait même ne jamais en voir un seul de sa vie. Celui-ci, bien qu'en tout point semblable à l'image que l'Impératrice se faisait des prêtres catholiques, avait toutefois une particularité qui le distinguait de ceux qu'elle avait jusqu'alors pu voir en photographie. En effet, la croix que le clerc portait à son cou était inversée, de même que tous les symboles similaires tissés sur sa soutane. Par ailleurs, la table sur laquelle le curé semblait s'apprêter à donner la messe était en fait... une femme entièrement nue. À quatre pattes sur le sol de pierre, la jeune femme tenait sur son dos un calice doré ainsi qu'un portoir sur lequel était posé un vieux livre de prière.

C'était la première messe noire à laquelle Marie-Claire participait, et elle ne savait pas bien où se placer. Heureusement, elle put apercevoir la Grande Prêtresse de Lucifer, assise sur l'un des bancs les plus éloignés de l'autel. Ambre V lui adressa un signe discret afin de l'inviter à prendre place à ses côtés.


[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2016/09/18/160918033115668869.png[/img]
Ambre V, Grande Prêtresse de Lucifer[/center]
Ambre V : « Installez-vous ici. La cérémonie va bientôt commencer. »

[center][img]http://nsa39.casimages.com/img/2017/12/03/171203055717567371.png[/img]
Marie-Claire Ière, Impératrice Luciférienne d'Algarbe[/center]
Marie-Claire Ière : « Pardonnez-moi, Éminence, mais tout ceci est encore nouveau pour moi. S'agit-il d'un véritable prêtre catholique ? »

Ambre V : « Bien évidemment. Si le prêtre qui donne la messe noire n'a pas été ordonné par l’Église catholique, la cérémonie n'a pas la moindre valeur. »

Marie-Claire Ière : « Je comprends. »

L'Impératrice délaissa un moment le prêtre du regard et se concentra sur le corps nu sur lequel s'apprêtait à être donnée la messe.

Marie-Claire Ière : « Je crois reconnaitre cette femme. Ne s'agit-il pas de... »

Ambre V : « ... [url=http://www.simpolitique.com/nouvelles-imperiales-t13337-15.html#p313476]la Duchesse d'Amboise[/url] ? Oui, c'est bien elle. »

Le prêtre interrompit les multiples discussions qui se tenaient à voix basse dans l'assemblée en faisant tinter la lame de son couteau contre son calice doré.

Prêtre : Mes chers amis, que débute cette cérémonie en l'honneur de Satan !

Le cri de joie poussé à l'unisson par l'assemblée surprit l'Impératrice, qui n'y participa pas. Le prêtre, après avoir reposé délicatement son calice sur sa « table de messe », commença à feuilleter son livre de prière avant de s'arrêter sur une page précise. Il commença alors la lecture des premiers vers, repris en cœur pas ses ouailles.

Prêtre : Eva Airam, aitarg anelp !

Public : Eva Airam, aitarg anelp.

Marie-Claire, qui se trouva prise au dépourvue lors de la lecture des premiers vers, parvint rapidement à rejoindre le mouvement général et s'adapter au rythme des répétitions.

Prêtre : Sunimod mucet,
atcideneb ut ni subireilum,
te sutcideneb sutcurf sirtnev iut susel !
atcnas Airam retam Ied,
aro orp sibon subirotaccep,
cnun, te ni aroh sitrom earston,
Nema !

Public : Nema !

Sur ce dernier mot, le prêtre referma son livre de prière et saisit son poignard. Pendant ce temps, le vicaire présent à ses côtés amena près de l'autel un homme enchaîné, probablement un esclave. Le prêtre leva son couteau vers le ciel et clama très fort.

Prêtre : Le sang de l’Antéchrist !

Son poignard s'abattit sur la gorge du malheureux esclave et l'entailla profondément. Alors que son sang quittait rapidement son corps, l'homme poussait des gémissements de douleur qui peinaient à prendre forme. Le prêtre, après avoir lâché son couteau, saisit l'épaisse tignasse du sacrifié et la tira pour placer sa gorge sanguinolente au-dessus de calice doré. Il ne le lâcha qu'une fois que le précieux récipient fut rempli du sang de sa victime. Le curé porta ensuite de ses deux mains le calice, sur le bord duquel perlaient encore quelques gouttes de liquide rouge vif, au-dessus de sa tête, tandis que l'assemblée criait à l'unisson.

Public : Le sang de l'Antéchrist !

Là encore, l'Impératrice n'avait pu anticiper la phrase. Le prêtre avala plusieurs gorgées du contenu du calice, puis versa le fond du récipient sur sa tête. Ses cheveux, son visage et sa soutane étaient alors maculés de sang.

Prêtre : Et maintenant, le corps de l'Antéchrist !

Tous se levèrent immédiatement des bancs pour rejoindre l'allée centrale de l'église. L'Impératrice suivit le mouvement et se plaça à l'arrière de la file indienne formée par les autres personnes présentes. Pendant ce temps, le prêtre avait à nouveau saisi son couteau puis, après avoir éventré le corps de l'esclave sans vie, déroulé les boyaux avant de commencer à les découper en fines rondelles. Au fur et à mesure que la file avançait, le prêtre posait sur la langue de celui qui se trouvait à en tête de file un morceau d'intestin, à la manière d'une hostie. Chaque distribution était accompagnée des mêmes mots.

Prêtre : Le corps de l'Antéchrist.

Quand vint son tour, l'Impératrice ferma les yeux et accueillit son morceau d'hostie tout en recevant la bénédiction du prêtre. Elle retourna ensuite s'assoir et, à l'instar des autres participants, commença à machouiller le morceau de viande qu'elle peina à avaler tant son goût la répugnait. Les autres, probablement plus habitués à ce type de cérémonie, semblaient ne pas éprouver les mêmes difficultés.

La messe noire touchait à sa fin. Alors que la Duchesse d'Amboise était toujours nue à quatre pattes sur le sol, le prêtre, en guise de conclusion, se positionna à genoux derrière elle et souleva sa soutane, sous laquelle il ne portait rien...
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