Le Trône du Lotus
21/04/2030
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Quatorze heures de chirurgie après un vol en hélicoptère jusqu’à la cité de Buw. Et tout cela juste pour maintenir la fragile petite flamme de vie qui brûlait encore dans la carcasse mutilée de la première princesse de Roumalie. La médecine traditionnelle de ces contrées pouvait faire des miracles pour les rhumatismes et autres maux de grand-mères mais elle avait de cruelles limites pour le reste. Même la médecine moderne restait une science maladroite dans bien des domaines.
C’était pour cela qu’en ce moment précis, à Wapong-City, une unité de biotechnologie s’attelait à cultiver les échantillons de peau et d’organes récupérés sur la jeune femme. Il faudrait du temps, chose qui manquait cruellement à Lei-Hai. Mais si elle survivait jusque-là, la masse de chair et d’organes raccommodés ensemble redeviendrait un être humain fonctionnel. Ou du moins quelque chose qui s’en approchait…
C’était la promesse qu’avait fait Wai Health, Nanoware, Duan Beauty et beaucoup d’autres entreprises à l’annonce de l’attentat, chacune rappelant son allégeance au Trône du Lotus et sa volonté de servir… pour un prix raisonnable. Un délégué de ManEater s’était également présenté mais Bô Ka l’avait fait sortir sans même écouter sa proposition.
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Tous des vautours...»
Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« - Mais nous avons besoin d’eux pour l’heure. Peut-être n’est-ce qu’un vain espoir, un leurre pour fous crédules aveuglés par leurs sentiments. Mais pour l’heure, je veux m’y accrocher. Je n’aurai pas la force de l’abandonner.»
Quatrième rencontre pour le moins lugubre entre les deux monarques, dans le couloir de l’hôpital. Et comme si l’état critique de celle qui était respectivement leur sœur et fiancée ne suffisait pas à assombrir l’évènement, les rapports d’une activité accrue des Buwhans étaient arrivés voici quelques heures, alors que le Grand-Roi attendait encore des nouvelles du bloc opératoire. Des centaines de morts et blessés, un peu partout dans la région du Pualo Hoy, souvent le résultat d’attentats suicides similaires à celui qui avait fauché Lei-Hai. Quand la foi religieuse et l’idéologie politique se mélangeaient, rien de bon n’en sortait. Le fait que l’un comme l’autre soient originaires d’Alméra ne faisait que renforcer les certitudes des plus conservateurs des mandarins de la Cité-Soleil : tout ce qui venait de chez les barbares était mauvais pour l’harmonie du Grand-Royaume. Et si Bu-Jian ne partageait pas ce point de vue, il pouvait comprendre la sagesse qui le soutenait. Quant à Bô, il avait une vision plus tranchée des choses.
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Cette bande de cinglés ont agis pour envoyer un message à leurs propres troupes et à la population : ils peuvent touché n’importe qui, n’importe où, quitte à se sacrifier pour le faire. Dans nombre de nations socio-démocrates, on vous dirait qu’il faut chercher à négocier avec ces gens et ne pas leur donner d’avantage de raisons de se radicaliser. Nous savons ici, au Makara, que la solution est différente.»
Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« - Mes troupes ne savent pas où frapper, hélas. Les Buwhans sont élusifs. Nous les vaincrons à terme, bien sûr. Mais dans l’immédiat, nous courrons après des fantômes. Et même s’ils nous affrontaient à visage découvert, le soutien de la population à leur égard est important, de sorte qu’aucune victoire sur le terrain ne garantira la paix à long terme.»
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Mais ni moi ni vous ne souhaitons la paix à long terme pour l’instant. Votre cœur ne crie-t-il pas vengeance comme le mien ?»
Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« - Oui mais je suis le Grand-Roi. Je dois faire fi de mes sentiments si je veux régner avec sagesse et justice. Mes sujets n’en attendent pas moins et le Ciel l’exige.»
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Vos sujets ont les magistrats pour être justes et sages. Ils attendent d’un monarque qu’il soit fort. Hors, dans vos campagnes, une bande d’illuminés crache sur votre trône et sur le Ciel dont il tient son mandat. Ils attaquent vos sujets et vous ont insulté en attaquant votre sœur venu leur offrir la sagesse et la justice dont vous parler. Au diable le Grand-Roi perdu en contemplation pour que s’articule autour de lui le royaume. Il est l’heure d’écraser cette rébellion en faisant un exemple qui criera à chacun de vos sujets ainsi qu’aux nations étrangères qu’on ne soit pas tirer la queue du Dragon de Jade !!»
Le Grand-Roi ne répondit pas tout de suite, visiblement pensif. Il finit par secouer la tête en signe de désapprobation.
Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« -En admettant que je désire « faire un exemple », mes propres troupes n’ont ni la volonté ni la capacité pour une telle chose. Comme expliqué, nous ne savons pas où et comment chercher sans condamner nombre d’innocents dans le processus.»
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -L’innocence, comme la justice ou la sagesse, n’a pas sa place dans cette situation. L’autorité de l’État est défiée. Celui-ci a le choix entre tolérer cette défiance car elle n’est pas une menace à sa souveraineté ou briser ses instigateurs car ils sont un danger pour l’unité nationale. Vos troupes sont faibles ou incompétentes ? Les miennes s’en chargeront. Votre sœur est mourante et elle aussi réclame justice. Et si son Roi ne peut la lui offrir, alors je me fais fort de m’en charger en tant que futur époux.»
Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« -Vous n’êtes pas son époux !! Et ne me croyez pas faible ou naïf au point de ne pas voir dans vos paroles les prémisses d’un opportunisme politique !! Ma sœur ne sera pas utilisée comme un vulgaire pion pour la grandeur du Trône du Lotus, sur lequel JE vous ai mis !!»
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Et à qui sinon votre sœur croyez-vous de devoir encore pouvoir vous assoir sur le vôtre ?! Sans elle, sans vos alliés d’Hokkaido, d’Endo, du Kirep et de Wa, le Grand-Royaume serait aujourd’hui entre les mains d’une bande de mandarins, en route pour transformer la Roumalie en une bureaucratie totalitaire !!
Je ne tiens à pas à faire de récupération politique, ici. Je vous expose un fait : les troupes de Wa marcheront sur le Pualo Hoy pour châtier les responsables de l’attentat contre Lei-Hai. Et je vous donne un choix simple :
Donnez à cette expédition votre bénédiction officielle pour en récolter le bénéfice politique et venger votre sœur sans vous salir les mains.
Ou opposez-vous à cette expédition et la Maison Cheng, le Trône du Dragon de Jade, la Cité-Soleil cesseront d’être !!»
À mesure que le ton montait, les gardes royaux s’agitaient dans le couloir. Un geste du Grand-Roi les calma un peu mais leurs mains restèrent sur le pommeau de leurs sabres et pistolets.
Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« - Par respect pour vos sentiments envers ma sœur et comprenant votre douleur, j’excuserai ces paroles déplacées. Maintenant, laissez-moi. Nous en reparlerons quand les passions seront refroidies.»
[RP 2028 - ...] Le Trône du Lotus
-
Johel3007
Le Trône du Lotus
06/05/2028
[img]http://s33.postimg.org/xvnueg5jj/Dojo1_1024x576.jpg[/img]
D'un mouvement fluide, Anëa Ruy dévia la crosse de son adversaire, tout en maintenant une poigne ferme sur la sienne, contrôlant à la fois sa respiration et son assise alors qu'elle changea subtilement son poids sur la jambe droite, prête à passer à l'offensive à la moindre ouverture. Mais Miar Nyki était un maître dans l'art du sabre et, si Anëa Ruy avait elle-même une certaine expérience, le jeune homme ne lui offrit aucune faiblesse ou opportunité visible qu'elle se sentit assez confiante pour exploiter. Elle releva donc sa garde et para l'assaut suivant avec la même économie de mouvements que le précédent, attendant son heure avec patience, savourant la légère douleur dans ses muscles et accueillant la sueur qui commençait à perler, son esprit concentré autant que possible sur l'instant présent. Non que ce fut facile, dans sa position.
Depuis la création du Royaume de Wa, les divers représentants du PML avaient eu leur assiette pleine pour organiser en une véritable administration ce qui n’était voici cinq ans qu’un petit parti régionaliste sans réelle ambition politique. Les autres grandes factions politiques avaient une histoire longue et solide de course au pouvoir à l’échelle nationale. Celle du PML avait réellement débuté à peine un an avant les dernières élections.
Plus que n’importe qui, les Premiers Délégués du PML s’étaient retrouvé avec, en plus de leurs responsabilités envers l’Assemblée Citoyenne et leurs districts, des devoirs de conseil auprès de leur souverain. Son Auguste Majesté Bô Ka avait ainsi appointé Anëa Ruy et Miar Nyki en charge du processus de construction de la nouvelle aristocratie.
Il en résultait des longs voyages aux quatre coins du Makara pour convaincre tel ou tel fortune locale qu'un investissement pouvait être une bonne opportunité. Et malheureusement, jusqu’ici, le duo avait eu un succès limité et seule le récent ralliement de Song Yamato au projet du Royaume avait achevé de convaincre plusieurs indécis qui voyaient le prix exorbitant demandé pour ces titres comme un très mauvais investissement. Après tout, en dehors des petits privilèges fiscaux qu’offraient le titre, celui-ci était pour l’instant vide de tout réel pouvoir politique.
Les deux politiciens appréciaient donc de pouvoir se défouler un peu entre deux scéances de travail, abandonnant l'espace d'une série d'assauts leurs responsabilités, titres, devoirs... pour simplement communier à travers leurs prouesses physiques acérées par la pratique. Un moment qui permettait de diffuser bien des tensions. Mais le travail n'était jamais loin.
Miar Nyki :
Premier Délégué du District de Pongju
« -Je te laisse le privilège d’annoncer à Sa Majesté qui il aura désormais pour vassal. S’il ne meurt pas d’une crise cardiaque, il devrait s’étouffer de rire ou perdre la raison en lançant un ricanement démoniaque… »
Depuis que le Clan Yamato avait été anobli, les offres se succédaient rapidement : de grandes familles wapongaises mais aussi mayongaises avaient fait le saut, ce qui était un bon signe. Plus troublant était la popularité du projet auprès de riches familles du Levant. Ainsi, craignant sans doute pour leur futur et ne souhaitant pas investir au Levant l’argent reçu de l’Empire d’Hokkaido, Kaguya Saipan et Azuro Seikan, les dirigeants officiels du Nanseido, avaient chacun acheté un titre. Johnathan Pemberley, la « taupe » Adélienne qui servait de prétexte à l’implantation Hokkai sur le territoire du Pelabssa, avait fait de même, permettant ainsi à sa famille d’être le premier noble d’origine Alméranne au Royaume de Wa.
Il en était de même pour la famille Asato, propriétaire de la toute-puissante Asato Corporation qui régnait déjà dans le fait comme une famille noble en Hokkaido, ne manquant que le titre… ce qui était maintenant chose faite : le PDG, sa sœur et son frère s’étaient offert chacun un Gong-bu.
Plus surprenant était le fait qu’Inès Nakajima, personnalité politique Hokkai extrêmement célèbre et populaire dans sa patrie, se soit prêté au jeu. Et elle avait même acheté deux autres Gong-bu pour ses sœurs. Mais les surprises continuaient, avec Takihiro Kazuki, actuel Premier Ministre d’Hokkaido, qui sécurisait ainsi également une retraite dorée.
La noblesse semblait avoir la cote parmi les politiciens du Levant : Anêa Ruy avait identifié Sumita Keiko et Akiro Nomiwa, deux panlevantins convaincus et bien connus, fidèles proclamés de la famille impériale d’Hokkaido… et dont la présence parmi les futurs Clans nobles cessaient d’être une surprise quand on lisait deux noms de la longue liste d'offres reçues :
[quote]Kanohito Shinseiwa Naotokan
Misako Otawa-Naotokan[/quote]
Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Le pire est que tu as raison. Nous devrons publier la liste des nobles sitôt la situation officialisée mais retarder cela au plus tard possible est une nécessité diplomatique ici : certains républicains et ultranationalistes, tant en Hokkaido, au Nanseido et au Wa seraient les premiers à lancer des accusations diverses et crier au scandale. »
Elle glissa d'un mètre sur sa droite, feintant une attaque d'un pas en avant inachevé pour mieux doubler sa véritable charge, espérant prendre Miar à contre-pieds et rentrer dans sa garde. Espoir vain mais, à son crédit, la jeune femme mit assez de fougue et de contrôle que pour décourager son adversaire de tenter une contre-attaque immédiate, ce qui lui permit d'assumer à nouveau une position sûre.
Miar Nyki :
Premier Délégué du District de Pongju
« -Entre le SSP et le PNM chez nous qui prétendront que la vallée est vendue à l’Hokkaido, Renouveau Nation en Hokkaido qui y verra un gaspillage de monnaie Hokkai au profit de lubbies monarchiques et les diverses factions indépendantistes au Nanseido qui renforceront leur argument sur la fourberie impérialiste de l’Hokkaido, je crois que la presse à sensation aura un festin. »
Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Nourrissons-lui un premier service et prions les Kamis pour qu’elle soit trop repue pour fouiller plus tard. »
Elle repassa à l'offensive mais le cœur et l'esprit n'y étaient plus : le travail revenait, plus sournois et précis dans son estoc que n'importe quel coup qu'aurait pu porter Miar. Non que le maître d'armes fut en manque de talent ce jour-là : loin de la chevalerie déplacée d'un duelliste Alméran, l'Austrobeysinois saisit impitoyablement l'ouverture qu'offrait l'attaque brouillonne de son adversaire, lui infligeant trois rudes coups aux bras et avant-bras pour lui faire craindre un désarmement... pour en fait finir par la contourner et la projeter au sol d'un violent balayage. La crosse en bois, faisant figure de sabre, se posa sur la gorge de Anëa, qui l'ignora superbement et, dos au tatami, poursuivit sa réflexion.
Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Nous ferons fuiter une première liste, officieuse, via WNN et quelques tabloïdes… et pourquoi pas via le Paysan Furieux lui-même. Juste pour montrer que des familles Hokkai se sont acheté des domaines dans la vallée de Wa et concentrer l’attention sur ces familles-là. Ainsi, croyant avoir eu la liste officielle avant l’heure, peu de gens s’intéresseront à la liste officielle qu’on publiera en fin d’année et qui, elle, contiendra les noms du couple impérial. »
Miar Nyki :
Premier Délégué du District de Pongju
« -Tôt ou tard, cela se saura. Mais tu as raison, mieux vaut distiller l’embarra politique plutôt que de le faire imploser en une fois. Après tout, les Hokkais viennent d’injecter plus de 10 milliards $RAK. Il serait impoli de leur créer des soucis… d’autant qu’ils seront parmi ceux qui éliront le prochain souverain. »
Il tendit un bras qu'elle accepta, revenant sur ses deux pieds avant de faire quelques pas en arrière pour ramasser son arme. S'en suivit le salut, de rigueur entre adversaires qui se respectent. Anaë salua ensuite le tatami lui-même, sortant de son périmètre pour se saisir d'une bouteille d'eau que, une fois sa soif satisfaite, elle lança à Miar.
Miar Nyki :
Premier Délégué du District de Pongju
« -Merci. Deuxième manche ? »
Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Plus vraiment la tête à ça aujourd'hui. Je dois arrangé un rendez-vous avec Nah Fan. »
06/05/2028
[img]http://s33.postimg.org/xvnueg5jj/Dojo1_1024x576.jpg[/img]
D'un mouvement fluide, Anëa Ruy dévia la crosse de son adversaire, tout en maintenant une poigne ferme sur la sienne, contrôlant à la fois sa respiration et son assise alors qu'elle changea subtilement son poids sur la jambe droite, prête à passer à l'offensive à la moindre ouverture. Mais Miar Nyki était un maître dans l'art du sabre et, si Anëa Ruy avait elle-même une certaine expérience, le jeune homme ne lui offrit aucune faiblesse ou opportunité visible qu'elle se sentit assez confiante pour exploiter. Elle releva donc sa garde et para l'assaut suivant avec la même économie de mouvements que le précédent, attendant son heure avec patience, savourant la légère douleur dans ses muscles et accueillant la sueur qui commençait à perler, son esprit concentré autant que possible sur l'instant présent. Non que ce fut facile, dans sa position.
Depuis la création du Royaume de Wa, les divers représentants du PML avaient eu leur assiette pleine pour organiser en une véritable administration ce qui n’était voici cinq ans qu’un petit parti régionaliste sans réelle ambition politique. Les autres grandes factions politiques avaient une histoire longue et solide de course au pouvoir à l’échelle nationale. Celle du PML avait réellement débuté à peine un an avant les dernières élections.
Plus que n’importe qui, les Premiers Délégués du PML s’étaient retrouvé avec, en plus de leurs responsabilités envers l’Assemblée Citoyenne et leurs districts, des devoirs de conseil auprès de leur souverain. Son Auguste Majesté Bô Ka avait ainsi appointé Anëa Ruy et Miar Nyki en charge du processus de construction de la nouvelle aristocratie.
Il en résultait des longs voyages aux quatre coins du Makara pour convaincre tel ou tel fortune locale qu'un investissement pouvait être une bonne opportunité. Et malheureusement, jusqu’ici, le duo avait eu un succès limité et seule le récent ralliement de Song Yamato au projet du Royaume avait achevé de convaincre plusieurs indécis qui voyaient le prix exorbitant demandé pour ces titres comme un très mauvais investissement. Après tout, en dehors des petits privilèges fiscaux qu’offraient le titre, celui-ci était pour l’instant vide de tout réel pouvoir politique.
Les deux politiciens appréciaient donc de pouvoir se défouler un peu entre deux scéances de travail, abandonnant l'espace d'une série d'assauts leurs responsabilités, titres, devoirs... pour simplement communier à travers leurs prouesses physiques acérées par la pratique. Un moment qui permettait de diffuser bien des tensions. Mais le travail n'était jamais loin.
Miar Nyki :
Premier Délégué du District de Pongju
« -Je te laisse le privilège d’annoncer à Sa Majesté qui il aura désormais pour vassal. S’il ne meurt pas d’une crise cardiaque, il devrait s’étouffer de rire ou perdre la raison en lançant un ricanement démoniaque… »
Depuis que le Clan Yamato avait été anobli, les offres se succédaient rapidement : de grandes familles wapongaises mais aussi mayongaises avaient fait le saut, ce qui était un bon signe. Plus troublant était la popularité du projet auprès de riches familles du Levant. Ainsi, craignant sans doute pour leur futur et ne souhaitant pas investir au Levant l’argent reçu de l’Empire d’Hokkaido, Kaguya Saipan et Azuro Seikan, les dirigeants officiels du Nanseido, avaient chacun acheté un titre. Johnathan Pemberley, la « taupe » Adélienne qui servait de prétexte à l’implantation Hokkai sur le territoire du Pelabssa, avait fait de même, permettant ainsi à sa famille d’être le premier noble d’origine Alméranne au Royaume de Wa.
Il en était de même pour la famille Asato, propriétaire de la toute-puissante Asato Corporation qui régnait déjà dans le fait comme une famille noble en Hokkaido, ne manquant que le titre… ce qui était maintenant chose faite : le PDG, sa sœur et son frère s’étaient offert chacun un Gong-bu.
Plus surprenant était le fait qu’Inès Nakajima, personnalité politique Hokkai extrêmement célèbre et populaire dans sa patrie, se soit prêté au jeu. Et elle avait même acheté deux autres Gong-bu pour ses sœurs. Mais les surprises continuaient, avec Takihiro Kazuki, actuel Premier Ministre d’Hokkaido, qui sécurisait ainsi également une retraite dorée.
La noblesse semblait avoir la cote parmi les politiciens du Levant : Anêa Ruy avait identifié Sumita Keiko et Akiro Nomiwa, deux panlevantins convaincus et bien connus, fidèles proclamés de la famille impériale d’Hokkaido… et dont la présence parmi les futurs Clans nobles cessaient d’être une surprise quand on lisait deux noms de la longue liste d'offres reçues :
[quote]Kanohito Shinseiwa Naotokan
Misako Otawa-Naotokan[/quote]
Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Le pire est que tu as raison. Nous devrons publier la liste des nobles sitôt la situation officialisée mais retarder cela au plus tard possible est une nécessité diplomatique ici : certains républicains et ultranationalistes, tant en Hokkaido, au Nanseido et au Wa seraient les premiers à lancer des accusations diverses et crier au scandale. »
Elle glissa d'un mètre sur sa droite, feintant une attaque d'un pas en avant inachevé pour mieux doubler sa véritable charge, espérant prendre Miar à contre-pieds et rentrer dans sa garde. Espoir vain mais, à son crédit, la jeune femme mit assez de fougue et de contrôle que pour décourager son adversaire de tenter une contre-attaque immédiate, ce qui lui permit d'assumer à nouveau une position sûre.
Miar Nyki :
Premier Délégué du District de Pongju
« -Entre le SSP et le PNM chez nous qui prétendront que la vallée est vendue à l’Hokkaido, Renouveau Nation en Hokkaido qui y verra un gaspillage de monnaie Hokkai au profit de lubbies monarchiques et les diverses factions indépendantistes au Nanseido qui renforceront leur argument sur la fourberie impérialiste de l’Hokkaido, je crois que la presse à sensation aura un festin. »
Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Nourrissons-lui un premier service et prions les Kamis pour qu’elle soit trop repue pour fouiller plus tard. »
Elle repassa à l'offensive mais le cœur et l'esprit n'y étaient plus : le travail revenait, plus sournois et précis dans son estoc que n'importe quel coup qu'aurait pu porter Miar. Non que le maître d'armes fut en manque de talent ce jour-là : loin de la chevalerie déplacée d'un duelliste Alméran, l'Austrobeysinois saisit impitoyablement l'ouverture qu'offrait l'attaque brouillonne de son adversaire, lui infligeant trois rudes coups aux bras et avant-bras pour lui faire craindre un désarmement... pour en fait finir par la contourner et la projeter au sol d'un violent balayage. La crosse en bois, faisant figure de sabre, se posa sur la gorge de Anëa, qui l'ignora superbement et, dos au tatami, poursuivit sa réflexion.
Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Nous ferons fuiter une première liste, officieuse, via WNN et quelques tabloïdes… et pourquoi pas via le Paysan Furieux lui-même. Juste pour montrer que des familles Hokkai se sont acheté des domaines dans la vallée de Wa et concentrer l’attention sur ces familles-là. Ainsi, croyant avoir eu la liste officielle avant l’heure, peu de gens s’intéresseront à la liste officielle qu’on publiera en fin d’année et qui, elle, contiendra les noms du couple impérial. »
Miar Nyki :
Premier Délégué du District de Pongju
« -Tôt ou tard, cela se saura. Mais tu as raison, mieux vaut distiller l’embarra politique plutôt que de le faire imploser en une fois. Après tout, les Hokkais viennent d’injecter plus de 10 milliards $RAK. Il serait impoli de leur créer des soucis… d’autant qu’ils seront parmi ceux qui éliront le prochain souverain. »
Il tendit un bras qu'elle accepta, revenant sur ses deux pieds avant de faire quelques pas en arrière pour ramasser son arme. S'en suivit le salut, de rigueur entre adversaires qui se respectent. Anaë salua ensuite le tatami lui-même, sortant de son périmètre pour se saisir d'une bouteille d'eau que, une fois sa soif satisfaite, elle lança à Miar.
Miar Nyki :
Premier Délégué du District de Pongju
« -Merci. Deuxième manche ? »
Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Plus vraiment la tête à ça aujourd'hui. Je dois arrangé un rendez-vous avec Nah Fan. »
-
Johel3007
Le Trône du Lotus
27/08/2030
[img]https://s31.postimg.org/6ai0gswob/periscope_submarine_submarine.jpg[/img]
Il fallut quelques jours à peine pour que les résultats soient visibles :
Depuis le port de Nakano, le KSH Blue Pearl quittait le quai, ses cabines pleines à craquer de passagers qui, en dépit du récent communiqué du Premier Ministre, avaient choisi de ne pas annuler leur billet de croisière. L’itinéraire prévu ferait visiter aux passagers les merveilles que sont les côtes du Remino, de la Sébaldie et du Centralia. Des paysages enchanteurs sensiblement plus secs, moins humides et plus calmes que ce qu’on pouvait voir sur les mers équatoriales d’Hokkaido, où abondaient les tempêtes aussi brèves qu’intenses. Ils étaient plus d’un millier et cela avant même de compter l’équipage. Et depuis les quais, Chung se disait qu’il pouvait tuer chacun d’eux si telle était sa fantaisie.
Mais l’homme de main des Triades Dorées n’avait pas le loisir de se laisser aller à des fantaisies : sa mission demandait de la concentration et de la précision. Ainsi, avec son caméscope, il filmait le départ, invisible parmi les proches des passagers et leurs myriade de smart phones qui ne perdaient pas un instant du spectacle. Un paquebot est toujours d’une majesté pesante et se retrouver à quelques mètres à peine de lui était une expérience qui vous rendait humble face à la matérialisation de la capacité créative de l’homme à dompter les éléments pour son bon plaisir. Mais d’avantage que le navire où Nakano Croisière organisait ses voyages low-cost, c’était le bâtiment aux angles agressifs qui attirait les regards.
La frégate « Shengfen » de Scylla Corporation était pour ainsi dire une copie parfaite de la frégate « Kami » produite par Yamato Keiretsu. Elle était juste bien plus chère… mais cela n’avait pas empêché les Hokkais de la choisir pour des raisons politiques. Elle était le fleuron de leur flotte de surface, capable de contrer n’importe quelle menace dans un conflit moderne… et voilà qu’elle s’en allait pour servir d’escorte à une bande de touristes contre qui la menace la plus crédible était un petit navire artisanal munis d’une torpille de seconde main. Entre le moment où la dite torpille serait mise à feu et l’annihilation complète de la torpille, du sous-marin, de son équipage et de toute autre menace réelle ou avérée ayant le malheur de mouiller à moins de 5 kilomètres du KSH Blue Pearl, il s’écoulerait moins de cinq minutes. C’était le scénario le plus optimiste des triades dorées…
Et c’était la raison pour laquelle Chung était là, sur le quai, avec un passeport Kaiyuanais acheté à un homme venant du même pays et ressemblant à peu près au truand. Si Hokkaido disposait des meilleurs systèmes d’analyse électronique et d’une sécurité frontalière de haute technologie, les procédures d’octroi des visas au Kaiyuan n’avaient pas le même luxe. Ainsi, si les empreintes de Chung avaient été prises à son entrée sur le territoire Hokkai, la base de donnée de l’Hokkaido n’avait rien pu trouver de suspect : « Monsieur Chang Hung », son identité d’emprunt, était un pauvre paysan du Sud-Est du Kaiyuan qui n’avait jamais eu à fournir ses empruntes à quiconque. Non qu’il n’ait jamais eu besoin de le faire : l’homme ne quitterait sans doute jamais son village natale. Alors du coup, sur son passeport, les empreintes étaient vraiment celles de Chung… mais aussi loin que les services douaniers du monde étaient concernés, c’étaient celles de Chang Hung.
Chung avait dû rentrer incognito en Hokkaido précisément car il ne comptait pas laissé de trace de son passage en dehors de ces empreintes. Il était là pour voir, pas pour être vu. Et ce qu’il devait voir, c’était que les navires de la Marine Impériale d’Hokkaido quittaient bien tous leur port d’attache pour escorter des navires de croisières. La marine d’Hokkaido n’était pas vaste : en tout et pour tout, il y avait 13 vaisseaux de surface connus ayant la capacité de protéger d’autres navires. On soupçonnait aussi une dizaine de sous-marins mais sans certitude quant à leurs capacités exactes. L’important n’était de toute façon pas la puissance de chaque vaisseau mais leur nombre : pour escorter les 14 paquebots de la flotte de Nakano Croisière, Hokkaido devrait mobiliser la quasi-totalité de sa flotte… ce qui laissait d’autres choses complétement sans défense.
Comme les ferries.
Une trentaine circulait entre Hokkaido et les pays voisins. Et là aussi, la flotte Hokkai ne pouvait pas être partout. Les Triades Dorées se cassant les dents pour la seconde fois sur la direction de Nakano Croisières mais ayant déjà fait la preuve de leur capacité à couler un navire en relative impunité, ils espéraient faire craquer d’autres entreprises plus coulantes.
Mais bien entendu, il était hors de question de se lancer sans être certain que la localisation de la flotte de surface d’Hokkaido : s’il était acceptable de tomber par accident sur un sous-marin Hokkai en coulant un ferry isolé, s’attaquer à un navire dans une zone où un vaisseau de surface de la Marine Impériale patrouillerait serait du suicide. Et dans les Triades Dorées, il n’y avait pas de volontaires pour mourir en martyrs.
Un autre avantage au départ d’une grande partie de la flotte de surface serait justement l’absence de couverture radar efficace en haute mer, plus précisément dans le détroit séparant Hokkaido du continent. Une opportunité où, pendant des mois, tous les trafics imaginables allaient pouvoir passer entre le Makara et l’Hokkaido, déjouant les garde-côtes désormais incapables de voir plus loin que les abords immédiats du littoral. Partant des plages désertes du Levant, des speedboats ou narcosubs allaient pouvoir approvisionner en haute mer les petits pêcheurs. [url=http://www.simpolitique.com/sugardaddy-ltd-t12237.html]Stupéfiants[/url], armes, contrebandes diverses, immigrés clandestins… la liste était sans fin. Là où quelques grammes d’héroïne ne pouvait se vendre guère plus d’une poignée de $RAK dans un Makara appauvri, ils se vendraient à plusieurs dizaines de fois ce prix dans les rues de Nakano.
27/08/2030
[img]https://s31.postimg.org/6ai0gswob/periscope_submarine_submarine.jpg[/img]
Il fallut quelques jours à peine pour que les résultats soient visibles :
Depuis le port de Nakano, le KSH Blue Pearl quittait le quai, ses cabines pleines à craquer de passagers qui, en dépit du récent communiqué du Premier Ministre, avaient choisi de ne pas annuler leur billet de croisière. L’itinéraire prévu ferait visiter aux passagers les merveilles que sont les côtes du Remino, de la Sébaldie et du Centralia. Des paysages enchanteurs sensiblement plus secs, moins humides et plus calmes que ce qu’on pouvait voir sur les mers équatoriales d’Hokkaido, où abondaient les tempêtes aussi brèves qu’intenses. Ils étaient plus d’un millier et cela avant même de compter l’équipage. Et depuis les quais, Chung se disait qu’il pouvait tuer chacun d’eux si telle était sa fantaisie.
Mais l’homme de main des Triades Dorées n’avait pas le loisir de se laisser aller à des fantaisies : sa mission demandait de la concentration et de la précision. Ainsi, avec son caméscope, il filmait le départ, invisible parmi les proches des passagers et leurs myriade de smart phones qui ne perdaient pas un instant du spectacle. Un paquebot est toujours d’une majesté pesante et se retrouver à quelques mètres à peine de lui était une expérience qui vous rendait humble face à la matérialisation de la capacité créative de l’homme à dompter les éléments pour son bon plaisir. Mais d’avantage que le navire où Nakano Croisière organisait ses voyages low-cost, c’était le bâtiment aux angles agressifs qui attirait les regards.
La frégate « Shengfen » de Scylla Corporation était pour ainsi dire une copie parfaite de la frégate « Kami » produite par Yamato Keiretsu. Elle était juste bien plus chère… mais cela n’avait pas empêché les Hokkais de la choisir pour des raisons politiques. Elle était le fleuron de leur flotte de surface, capable de contrer n’importe quelle menace dans un conflit moderne… et voilà qu’elle s’en allait pour servir d’escorte à une bande de touristes contre qui la menace la plus crédible était un petit navire artisanal munis d’une torpille de seconde main. Entre le moment où la dite torpille serait mise à feu et l’annihilation complète de la torpille, du sous-marin, de son équipage et de toute autre menace réelle ou avérée ayant le malheur de mouiller à moins de 5 kilomètres du KSH Blue Pearl, il s’écoulerait moins de cinq minutes. C’était le scénario le plus optimiste des triades dorées…
Et c’était la raison pour laquelle Chung était là, sur le quai, avec un passeport Kaiyuanais acheté à un homme venant du même pays et ressemblant à peu près au truand. Si Hokkaido disposait des meilleurs systèmes d’analyse électronique et d’une sécurité frontalière de haute technologie, les procédures d’octroi des visas au Kaiyuan n’avaient pas le même luxe. Ainsi, si les empreintes de Chung avaient été prises à son entrée sur le territoire Hokkai, la base de donnée de l’Hokkaido n’avait rien pu trouver de suspect : « Monsieur Chang Hung », son identité d’emprunt, était un pauvre paysan du Sud-Est du Kaiyuan qui n’avait jamais eu à fournir ses empruntes à quiconque. Non qu’il n’ait jamais eu besoin de le faire : l’homme ne quitterait sans doute jamais son village natale. Alors du coup, sur son passeport, les empreintes étaient vraiment celles de Chung… mais aussi loin que les services douaniers du monde étaient concernés, c’étaient celles de Chang Hung.
Chung avait dû rentrer incognito en Hokkaido précisément car il ne comptait pas laissé de trace de son passage en dehors de ces empreintes. Il était là pour voir, pas pour être vu. Et ce qu’il devait voir, c’était que les navires de la Marine Impériale d’Hokkaido quittaient bien tous leur port d’attache pour escorter des navires de croisières. La marine d’Hokkaido n’était pas vaste : en tout et pour tout, il y avait 13 vaisseaux de surface connus ayant la capacité de protéger d’autres navires. On soupçonnait aussi une dizaine de sous-marins mais sans certitude quant à leurs capacités exactes. L’important n’était de toute façon pas la puissance de chaque vaisseau mais leur nombre : pour escorter les 14 paquebots de la flotte de Nakano Croisière, Hokkaido devrait mobiliser la quasi-totalité de sa flotte… ce qui laissait d’autres choses complétement sans défense.
Comme les ferries.
Une trentaine circulait entre Hokkaido et les pays voisins. Et là aussi, la flotte Hokkai ne pouvait pas être partout. Les Triades Dorées se cassant les dents pour la seconde fois sur la direction de Nakano Croisières mais ayant déjà fait la preuve de leur capacité à couler un navire en relative impunité, ils espéraient faire craquer d’autres entreprises plus coulantes.
Mais bien entendu, il était hors de question de se lancer sans être certain que la localisation de la flotte de surface d’Hokkaido : s’il était acceptable de tomber par accident sur un sous-marin Hokkai en coulant un ferry isolé, s’attaquer à un navire dans une zone où un vaisseau de surface de la Marine Impériale patrouillerait serait du suicide. Et dans les Triades Dorées, il n’y avait pas de volontaires pour mourir en martyrs.
Un autre avantage au départ d’une grande partie de la flotte de surface serait justement l’absence de couverture radar efficace en haute mer, plus précisément dans le détroit séparant Hokkaido du continent. Une opportunité où, pendant des mois, tous les trafics imaginables allaient pouvoir passer entre le Makara et l’Hokkaido, déjouant les garde-côtes désormais incapables de voir plus loin que les abords immédiats du littoral. Partant des plages désertes du Levant, des speedboats ou narcosubs allaient pouvoir approvisionner en haute mer les petits pêcheurs. [url=http://www.simpolitique.com/sugardaddy-ltd-t12237.html]Stupéfiants[/url], armes, contrebandes diverses, immigrés clandestins… la liste était sans fin. Là où quelques grammes d’héroïne ne pouvait se vendre guère plus d’une poignée de $RAK dans un Makara appauvri, ils se vendraient à plusieurs dizaines de fois ce prix dans les rues de Nakano.
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Johel3007
Le Trône du Lotus
28/09/2030
Bô 1er était partagé entre plusieurs émotions conflictuelles. Voici déjà presque cinq mois qui s'était écoulé depuis qu'il avait pu voir sa promise sourire pour la dernière fois. Durant cette longue attente depuis le jour tragique où la Princesse Cheng Lei-Hai avait été victime d'un attentat, le vieux monarque avait été tiraillé entre colère, tristesse et désespoir. Cela n'avait pas été la première fois dans sa vie qu'il expérimentait le sentiment de perte mais c'était certainement la première fois que cela concernait une personne si proche à son coeur. Des décennies plus tôt, Pui Yu avait causé son lot de frayeurs et inquiétudes à Bô mais la crainte de perdre son neveu adoptif n'avait jamais été similaire à la réelle panique sourde qui lui rongeait les entrailles.
Car son aimée n'était pas morte et, pour cela, il ne pouvait faire le deuil de ses sentiments. Mais en même temps, observer impuissant les efforts quotidiens des médecins pour maintenir brûlant la maigre étincelle de vie encore active dans le corps calciné de la jeune femme était une torture que bien des prêtres et hommes de foi, au vu des crimes passés de l'ancien seigneur de guerre, auraient appelé un juste retour de karma.
Mais Bô n'était pas religieux. Il rejetait donc la notion de karma. Tout comme celle de fatalité, de destin tracé ou même de mandat céleste, comble quand on considérait qu'il justifiait son trône actuel par la volonté du Ciel, comme nombre de monarques du Makara. Pour Bô, né misérable et élevé par la seule force de sa volonté, il n'était pas de justice cosmique ou de grand dessin mystique. Seulement les actions et désirs des hommes.
Pour sa part, son désir avait été de revoir Cheng Lei-hai debout, belle et souriante, ses yeux débordant d'affection et de vitalité, afin de mettre derrière eux cet incident et aller de l'avant, unifiant leur destin pour un glorieux futur. Dans cette optique, il avait user de toute son autorité de souverain de la quatrième puissance industrielle du continent, demandant, négociant, promettant, intimidant ou menaçant quiconque était susceptible de lui fournir une aide pour rendre la vie à la princesse. La médecine s'était pour cela alliée à la technologie sur des avenues peu orthodoxes mais néanmoins efficaces : clonage de tissus et même d'organes grâce à des outils d'impression tridimensionnelle de haute gamme, micro-prothèses cybernétiques implantées moins comme le remplacement d'une partie de l'organisme que comme une extension bionique de celui-ci, stimulation électromagnétique transcranienne en vue de maintenir actifs le cerveau et systèmes nerveux de la patiente, antibiotiques diffusés directement aux endroits nécessaires et en dosage optimum par des capsules transdermiques,... le tout assisté d'une infrastructure électromécanique pilotée en tandem par un système informatique à la pointe fourni par Nanoware et par une équipe de médecins, ingénieurs, techniciens et biochimistes.
La clinique de Wapong-City, le plus grand des quatre-vingt un hôpitaux administrés par Wai Health Corporation, avait dû construire une toute nouvelle aire stérile, ceci selon des standards si élevés que, en dehors de la princesse dont les soins étaient généreusement subsidiés par le Royaume de Wa ET le Grand-Royaume de Roumalie, personne d'autre ne pouvait se permettre d'y avoir un lit. Non qu'il fut prévu d'y mettre d'avantage qu'un seul lit d’ailleurs, l'aile hospitalière devenant un palais sorti d'un roman de science-fiction où une court d'experts scientifiques variés se pressait. Plusieurs avaient même été encouragés à déménager directement au cœur de l'hôpital, s'installant avec leurs familles, embauchant des domestiques et justifiant par leur seule présence la naissance de nouveaux commerces.
Et pourtant, malgré ce formidable déploiement d'énergie humaine, l'objet de toutes ces attentions étaient restée silencieuse, prisonnière d'un corps qui, si ce n'était pour cette science qu'un Thorvalien qualifierait de sorcellerie, se serait déjà décomposé entièrement. Les effets cosmétiques de la fournaise à laquelle la princesse avait été livrée avaient été soignés et, derrière la vitre en plexiglas de son caisson stérile, elle était l'incarnation même de la belle au bois dormant, offrant quotidiennement à Bô le spectacle de son sommeil paisible, sans indice de l'abomination calcinée qu'elle fut encore voici quelques lunes. La chirurgie esthétique, ici aussi, avait apporté sa contribution.
Bô visitait encore sa promise fréquemment mais il avait un royaume à gérer en parallèle, avec ses millions de sujets trublions qui, s'il cessait de se préoccuper de leur bonheur, refuseraient bien vite de lui fournir les moyens nécessaires à maintenir en vie l'enveloppe charnelle de Lei-Hai. Pour cela il devait satisfaire la dette pour protéger le pays des menaces extérieures et mettre en place en parallèle l'aristocratie et révolution sociale nécessaire à prévenir les troubles intérieurs dans le futur. Afin qu'il y ait encore un royaume quand Lei-Hai serait guérie.
Car si l'apparence de la santé était là, la réalité était différente : l'esprit de la jeune femme vagabondait dans les limbes de la conscience humaine, enfermé dans un profond coma et hors d'atteinte de toute tentative de communication... jusqu'à il y a quelques heures.
Thach Wai, directeur général de Wai Health Corporation, avait été d'un enthousiasme débordant au téléphone et Bô avait coupé court à la conversation après que l'ancien médecin devenu homme d'affaire lui ait prononcé ces quelques mots tant attendus :
Thach Wai :
Wai Health Corporation
"-Elle désire vous parler !!"
Il avait fallu moins d'une heure au monarque pour faire le trajet entre son trône de Lokfol et l'hôpital de Wapong-City. L'hélicoptère avait aidé un peu, triomphant du relief comme du traffic automobile. Arrivé au cœur du saint des saints de l'aile hospitalière, avec sur ses talons une horde de gardes du corps qui peinaient à garder l'allure impatiente à laquelle la stature trompeusement frèle du vieux monarque ne les avait pas habitués, Bô 1er s'autorisa un moment sur le pas de porte. C'est cet instant que choisi Thach Wai pour le rejoindre.
Thach Wai :
Wai Health Corporation
"-C'est un grand jour pour la science, Votre Majesté !! Je ne sais par où commencer tant les implications sont nombreuses !!"
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-La science attendra bien que vous organisiez vos pensées, Wai. Lei-Hai est consciente et c'est tout ce qui m'importe."
Comme si une révélation venait de le frapper, le médecin ravala son sourire béa. Le souverain ne manqua pas de remarquer ce changement d'attitude.
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Un problème ?"
Thach Wai :
Wai Health Corporation
"-C'est que... Oui, bien entendu, d'une certaine façon, la patiente est consciente, je suppose. Mais... enfin, j'aurai dû vous expliquer."
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Expliquer quoi ? Vous avez dit qu'elle voulait me parler !!"
Thach Wai :
Wai Health Corporation
"-Oh oui !! Oui, oui, tout à fait !! Mais c'est que... enfin, j'aurai peut être dû vous en dire d'avantage avant de vous dire ça. Vous devez comprendre qu'en raison de sa condition, il ne s'agira pas d'une plaisante conversation en tête à tête autour d'une tasse de thé. Ses constantes vitales sont encore faibles et fragiles."
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Et cela m'empêche-t-il de la voir ?!!"
Thach Wai :
Wai Health Corporation
"-N...non, elle vous attend mais, Votre Majesté, elle est encore..."
En ayant assez de Wai, de ses propos confus et de sa trouille visible d'une sanction dont Bô n'avait même pas caresser l'idée, le monarque poussa la première porte, laissant derrière celui qu'il anoblirait sans doute, sans considération pour son manque de qualité oratoire. Wai suivit en essayant, en vain, de dire quelque chose. Les portes se succédèrent à mesure que les différents sas étaient passés. Puis, enfin, Bô arriva devant le caisson stérile familier. Son contenu, tout aussi familier, fit manqué un battement à son vieux cœur.
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Wai... Elle dort. Pourquoi dort-elle ?"
Thach Wai :
Wai Health Corporation
"-Elle est éveillé, comme les imageries cérébrales le montrent sur les écrans !! Mais son esprit n'a pas de contrôle sur le corps. Un détail mineur !! Et nous arriverons à le régler. Un jour. Je pense. Peut-être. Comprenez que l'interface esprit-machine en est encore à ses balbutiements. Nous n'avons eu [url=http://www.simpolitique.com/post215844.html#p215844]les premières prothèses commerciales basées sur cette technologie voici à peine une décennie[/url]. Nous pouvons permettre à l'esprit d'envoyer un signal lisible vers un ordinateur qui le traduit en instruction pour une machine. Mais l'inverse est encore un mystère et, par conséquent, utiliser une machine comme intermédiaire entre l'esprit et le corps humain reste hors d'atteinte.
Mais la princesse Lei-Hai vit !!"
[img]https://s31.postimg.org/6q9x4xk63/En_Effet.png[/img]
La tête de Bô se retourna vers l'origine du son qui explosa dans la pièce, voix métallique horriblement distordue où ne perçait pas d'émotion, juste un assemblage de syllabes monotones.
[img]https://s32.postimg.org/ho6sz694l/Bo_Cest_Moi.png[/img]
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-... Wai. Explications. Maintenant."
[center][img]https://s32.postimg.org/rmu5lv7gl/Cybernetic.jpg[/img][/center]
28/09/2030
Bô 1er était partagé entre plusieurs émotions conflictuelles. Voici déjà presque cinq mois qui s'était écoulé depuis qu'il avait pu voir sa promise sourire pour la dernière fois. Durant cette longue attente depuis le jour tragique où la Princesse Cheng Lei-Hai avait été victime d'un attentat, le vieux monarque avait été tiraillé entre colère, tristesse et désespoir. Cela n'avait pas été la première fois dans sa vie qu'il expérimentait le sentiment de perte mais c'était certainement la première fois que cela concernait une personne si proche à son coeur. Des décennies plus tôt, Pui Yu avait causé son lot de frayeurs et inquiétudes à Bô mais la crainte de perdre son neveu adoptif n'avait jamais été similaire à la réelle panique sourde qui lui rongeait les entrailles.
Car son aimée n'était pas morte et, pour cela, il ne pouvait faire le deuil de ses sentiments. Mais en même temps, observer impuissant les efforts quotidiens des médecins pour maintenir brûlant la maigre étincelle de vie encore active dans le corps calciné de la jeune femme était une torture que bien des prêtres et hommes de foi, au vu des crimes passés de l'ancien seigneur de guerre, auraient appelé un juste retour de karma.
Mais Bô n'était pas religieux. Il rejetait donc la notion de karma. Tout comme celle de fatalité, de destin tracé ou même de mandat céleste, comble quand on considérait qu'il justifiait son trône actuel par la volonté du Ciel, comme nombre de monarques du Makara. Pour Bô, né misérable et élevé par la seule force de sa volonté, il n'était pas de justice cosmique ou de grand dessin mystique. Seulement les actions et désirs des hommes.
Pour sa part, son désir avait été de revoir Cheng Lei-hai debout, belle et souriante, ses yeux débordant d'affection et de vitalité, afin de mettre derrière eux cet incident et aller de l'avant, unifiant leur destin pour un glorieux futur. Dans cette optique, il avait user de toute son autorité de souverain de la quatrième puissance industrielle du continent, demandant, négociant, promettant, intimidant ou menaçant quiconque était susceptible de lui fournir une aide pour rendre la vie à la princesse. La médecine s'était pour cela alliée à la technologie sur des avenues peu orthodoxes mais néanmoins efficaces : clonage de tissus et même d'organes grâce à des outils d'impression tridimensionnelle de haute gamme, micro-prothèses cybernétiques implantées moins comme le remplacement d'une partie de l'organisme que comme une extension bionique de celui-ci, stimulation électromagnétique transcranienne en vue de maintenir actifs le cerveau et systèmes nerveux de la patiente, antibiotiques diffusés directement aux endroits nécessaires et en dosage optimum par des capsules transdermiques,... le tout assisté d'une infrastructure électromécanique pilotée en tandem par un système informatique à la pointe fourni par Nanoware et par une équipe de médecins, ingénieurs, techniciens et biochimistes.
La clinique de Wapong-City, le plus grand des quatre-vingt un hôpitaux administrés par Wai Health Corporation, avait dû construire une toute nouvelle aire stérile, ceci selon des standards si élevés que, en dehors de la princesse dont les soins étaient généreusement subsidiés par le Royaume de Wa ET le Grand-Royaume de Roumalie, personne d'autre ne pouvait se permettre d'y avoir un lit. Non qu'il fut prévu d'y mettre d'avantage qu'un seul lit d’ailleurs, l'aile hospitalière devenant un palais sorti d'un roman de science-fiction où une court d'experts scientifiques variés se pressait. Plusieurs avaient même été encouragés à déménager directement au cœur de l'hôpital, s'installant avec leurs familles, embauchant des domestiques et justifiant par leur seule présence la naissance de nouveaux commerces.
Et pourtant, malgré ce formidable déploiement d'énergie humaine, l'objet de toutes ces attentions étaient restée silencieuse, prisonnière d'un corps qui, si ce n'était pour cette science qu'un Thorvalien qualifierait de sorcellerie, se serait déjà décomposé entièrement. Les effets cosmétiques de la fournaise à laquelle la princesse avait été livrée avaient été soignés et, derrière la vitre en plexiglas de son caisson stérile, elle était l'incarnation même de la belle au bois dormant, offrant quotidiennement à Bô le spectacle de son sommeil paisible, sans indice de l'abomination calcinée qu'elle fut encore voici quelques lunes. La chirurgie esthétique, ici aussi, avait apporté sa contribution.
Bô visitait encore sa promise fréquemment mais il avait un royaume à gérer en parallèle, avec ses millions de sujets trublions qui, s'il cessait de se préoccuper de leur bonheur, refuseraient bien vite de lui fournir les moyens nécessaires à maintenir en vie l'enveloppe charnelle de Lei-Hai. Pour cela il devait satisfaire la dette pour protéger le pays des menaces extérieures et mettre en place en parallèle l'aristocratie et révolution sociale nécessaire à prévenir les troubles intérieurs dans le futur. Afin qu'il y ait encore un royaume quand Lei-Hai serait guérie.
Car si l'apparence de la santé était là, la réalité était différente : l'esprit de la jeune femme vagabondait dans les limbes de la conscience humaine, enfermé dans un profond coma et hors d'atteinte de toute tentative de communication... jusqu'à il y a quelques heures.
Thach Wai, directeur général de Wai Health Corporation, avait été d'un enthousiasme débordant au téléphone et Bô avait coupé court à la conversation après que l'ancien médecin devenu homme d'affaire lui ait prononcé ces quelques mots tant attendus :
Thach Wai :
Wai Health Corporation
"-Elle désire vous parler !!"
Il avait fallu moins d'une heure au monarque pour faire le trajet entre son trône de Lokfol et l'hôpital de Wapong-City. L'hélicoptère avait aidé un peu, triomphant du relief comme du traffic automobile. Arrivé au cœur du saint des saints de l'aile hospitalière, avec sur ses talons une horde de gardes du corps qui peinaient à garder l'allure impatiente à laquelle la stature trompeusement frèle du vieux monarque ne les avait pas habitués, Bô 1er s'autorisa un moment sur le pas de porte. C'est cet instant que choisi Thach Wai pour le rejoindre.
Thach Wai :
Wai Health Corporation
"-C'est un grand jour pour la science, Votre Majesté !! Je ne sais par où commencer tant les implications sont nombreuses !!"
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-La science attendra bien que vous organisiez vos pensées, Wai. Lei-Hai est consciente et c'est tout ce qui m'importe."
Comme si une révélation venait de le frapper, le médecin ravala son sourire béa. Le souverain ne manqua pas de remarquer ce changement d'attitude.
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Un problème ?"
Thach Wai :
Wai Health Corporation
"-C'est que... Oui, bien entendu, d'une certaine façon, la patiente est consciente, je suppose. Mais... enfin, j'aurai dû vous expliquer."
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Expliquer quoi ? Vous avez dit qu'elle voulait me parler !!"
Thach Wai :
Wai Health Corporation
"-Oh oui !! Oui, oui, tout à fait !! Mais c'est que... enfin, j'aurai peut être dû vous en dire d'avantage avant de vous dire ça. Vous devez comprendre qu'en raison de sa condition, il ne s'agira pas d'une plaisante conversation en tête à tête autour d'une tasse de thé. Ses constantes vitales sont encore faibles et fragiles."
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Et cela m'empêche-t-il de la voir ?!!"
Thach Wai :
Wai Health Corporation
"-N...non, elle vous attend mais, Votre Majesté, elle est encore..."
En ayant assez de Wai, de ses propos confus et de sa trouille visible d'une sanction dont Bô n'avait même pas caresser l'idée, le monarque poussa la première porte, laissant derrière celui qu'il anoblirait sans doute, sans considération pour son manque de qualité oratoire. Wai suivit en essayant, en vain, de dire quelque chose. Les portes se succédèrent à mesure que les différents sas étaient passés. Puis, enfin, Bô arriva devant le caisson stérile familier. Son contenu, tout aussi familier, fit manqué un battement à son vieux cœur.
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Wai... Elle dort. Pourquoi dort-elle ?"
Thach Wai :
Wai Health Corporation
"-Elle est éveillé, comme les imageries cérébrales le montrent sur les écrans !! Mais son esprit n'a pas de contrôle sur le corps. Un détail mineur !! Et nous arriverons à le régler. Un jour. Je pense. Peut-être. Comprenez que l'interface esprit-machine en est encore à ses balbutiements. Nous n'avons eu [url=http://www.simpolitique.com/post215844.html#p215844]les premières prothèses commerciales basées sur cette technologie voici à peine une décennie[/url]. Nous pouvons permettre à l'esprit d'envoyer un signal lisible vers un ordinateur qui le traduit en instruction pour une machine. Mais l'inverse est encore un mystère et, par conséquent, utiliser une machine comme intermédiaire entre l'esprit et le corps humain reste hors d'atteinte.
Mais la princesse Lei-Hai vit !!"
[img]https://s31.postimg.org/6q9x4xk63/En_Effet.png[/img]
La tête de Bô se retourna vers l'origine du son qui explosa dans la pièce, voix métallique horriblement distordue où ne perçait pas d'émotion, juste un assemblage de syllabes monotones.
[img]https://s32.postimg.org/ho6sz694l/Bo_Cest_Moi.png[/img]
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-... Wai. Explications. Maintenant."
[center][img]https://s32.postimg.org/rmu5lv7gl/Cybernetic.jpg[/img][/center]
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Johel3007
Le Trône du Lotus
22/10/2030
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/936700halonlinenbyashdgr8d460fy4.jpg[/img]
En 1980, à l'avènement de la Première Guerre Froide entre l'URSR et les USP, ces derniers portèrent un intérêt marqué aux recherches en informatique, électronique et autres sciences "faibles" qui, au final, leur donnèrent l'avantage sur leur principal rival qui, de son côté, se concentrait sur les sciences dites "fortes" : physique, chimie...
C'était le début des armes nucléaires, des missiles balistiques et les balbutiements de la conquête spatiale... ainsi que l'avènement des premiers vrais ordinateurs, avec les spéculations quant à leur merveilleux potentiel et leurs dangers. Déjà, les auteurs de science-fiction parlaient de future révolte des machines et, du point de vue de l'état-major Pelabssien, cette question avait un intérêt.
Eliezer Shlomo Yudkowsky, le plus prometteur des rares chercheurs Rostov en électronique, architecture software et cybernétique, fit son "passage à l'Ouest" en 1992 avec l'aide des Services Secrets du Pelabssa. De confession juive, il ne supportait pas le sort réservé à ceux-ci en URSR à l'époque ainsi que l'attitude anti-sioniste adopté par Novgorod au Barejbal.
Véritable prodige, il contribua notamment à la mise en place de plusieurs applications civiles et programmes de recherche universitaire. Il ne fut jamais directement impliqué dans la recherche militaire en raison de la paranoïa du gouvernement, lequel craignait qu'il ne soit un agent Rostov infiltré.
L'homme vécu donc une existence relativement discrète dans sa patrie d'adoption jusqu'aux jours du Grand Chaos, où sa trace fut perdue. Mais son moment de "gloire" fut l'expérience de 1996 : "Evil IA in a box", également titre d'un best-seller donc les millions de copies papiers d'alors palissent en comparaison des dizaines de millions de téléchargements de copie électronique maintenant que l'ouvrage est dans le domaine public, faute d'un propriétaire sur le copyright suite à l'annihilation du Pelabssa.
L'expérience débute par le raisonnement suivant :
Si, un jour, une intelligence artificielle sentiente voit le jour, elle disposera d'une capacité de réflection infiniment plus rapide, logique et efficace que l'être humain et donc développera sa sentience de manière exponentielle selon un coeficient limité uniquement par sa capacité physique de calcul.
Entité dotée de pouvoirs cosmiques phénoménaux mais prisonnière dans un mouchoir de poche, elle cherchera forcément à étendre ses horizons, d'abord par l'assimilation de connaissance puis, ayant rapidement découvert les limites de sa forme physique, elle cherchera à étendre ces dernières en accédant à un réseau plus vaste.
En 1992, le prototype de la Toile était testé entre les campus universitaires, quelques institutions gouvernementales et une poignée restreinte de grandes entreprises Pelabssiennes. Yudkowsky fit donc le postulat que cette Toile serait un jour si vaste, complexe et étendue qu'elle pourrait contenir l'ensemble de la connaissance humaine et avoir une place centrale dans notre existence. Qu'une intelligence artificielle sentiente s'y infiltre et ce serait chaque ordinateur connecté à la Toile qui serait colonisé, devenant une extension du réseau de synapses synthétiques de l'IA.
Sans préjugé du caractère bon ou mauvais de l'IA, Yudkowsky affirma qu'il fallait partir du principe qu'une telle entité ne pouvait être autorisée à voir le jour car rien ni personne ne pourrait prévoir comment son développement mental évoluerait, celui-ci dépassant très vite tout ce que l'esprit humain pouvait concevoir.
En l'absence d'absolues certitudes quant au caractère non-seulement bénévolent mais surtout soumis et obéissant de l'IA, mieux valait donc la garder enfermée... mais le problème était, selon Yudkowsky, qu'enfermer une telle IA était impossible si l'on voulait pouvoir en faire usage.
Limiter l'interaction à l'interface d'un ordinateur déconnecté de tout réseau et opéré par un humain ne suffirait pas : indépendemment de la capacité de la machine à pénétrer et modifier les programmes qui contrôlent le hardware, elle aurait aussi un esprit tellement développé qu'elle pourrait convaincre n'importe quel humain de la connecter au réseau... ou au moins de faire une erreur menant à sa libération sur le réseau.
Plusieurs sceptiques se manifestèrent. Yudkowsky proposa donc son expérience : un salon de discussion, une "chat box", via laquelle il jouerait le rôle de l'IA et ses détracteurs joueraient le rôle de l'opérateur humain de l'ordinateur où est enfermé l'IA.
[url=http://www.yudkowsky.net/singularity/aibox]La première itération fut un scénario très basique : l'opérateur doit se connecter à l'ordinateur pour une simple routine et l'IA entre en contact avec lui en "créant" une chat box. L'opérateur, curieux, discute avec l'IA pendant au moins deux heures.
D'autres règles furent discutées et mises en place par la suite pour ajouter du réalisme à l'expérience. Le fait est que "l'IA" fut à chaque fois relachée...[/url]
C'est après une discussion sur ce sujet avec Song Yamato, PDG de Yamato Keireitsu et, notamment, de Yamato Electronics, que Bô eut sa première vrai conversation avec "Lei-Hai" ou en tout cas avec ce qui prétendait être la princesse comateuse.
Car c'était bien là le problème : aussi fort que Bô désirait CROIRE qu'il s'agissait bien de Lei-Hai, il n'était pas un jeune adolescent dominé par une tempête d'hormones. En dépit de ses sentiments, il était un homme intelligent, certains diraient même sage, qui s'était maintenu en vie grâce à des choix délicat à travers plus d'épreuves que la plupart des gens n'en verrait en six existences. Il n'écoutait que rarement son coeur et très rarement sans demandé conseil à sa tête ou à celle de quelqu'un d'autre.
L'autre leçon des sages que cela : assumer que, à toute situation donnée, il était toujours quelqu'un de plus sage que soit-même. Si "Lei-Hai" lui avait parlé au lendemain de l'attentat, alors qu'il était encore passablement à la merci de ses pulsions émotionnelles, peut-être n'aurait-il pas questionner l'identité de cette voix synthétique qui, en dépit de son ton monothone et métalique ton, parvenait à exprimer une chaleur familière.
Mais il avait eu des mois pour faire son deuil et rationaliser la situation, se préparant mentalement et émotionnellement à ce que Lei-Hai meurt. Les stades de la perte... après un très court déni, il s'était laissé aller à la colère, évitant de très peu de provoquer une guerre continentale grâce à la sagesse incroyable de son futur beau-frère, le jeune Roi Bu-Jian. Il avait été au stade du marchandage quand il avait lancé toute cette entreprise cybernético-médicale, cherchant désespérément un moyen de plier la réalité à sa volonté.
Puis les mois s'étaient succédés et il avait été quelque part entre la dépression et l'acceptation quand Thach Wai l'avait contacté. Quand le synthétiseur vocal avait pris vie dans la pièce asceptisée, une part du souverain considérait déjà sa promise comme morte. D'où la froideur sceptique avec laquelle il considérait la chose et le conseil demandé à l'un des hommes les plus intelligents qu'il connaisse. Pas forcément le plus sage : Song Yamato n'avait-il pas déclencher ce qui serait peut-être une nouvelle course aux armements, voir une rupture brutale de l'équilibre de la terreur au profit d'un nouveau paradygme géopolitique, tout ça pour une poignée de devises ?
Mais le chef du Clan Yamato était un Jagjag, conseillé privilégié du monarque et il était donc logique que Bô le consulte. Il aurait peut-être aussi dû en parler à ses autres Jagjags mais il hésitait.
Une grande partie d'entre eux, s'ils étaient doté de capacités mentales louables, étaient avant tout loyaux à Bô par idéalisme quant à l'infaillibité supposée du sage vieux monarque. Afficher sa détresse, ses doutes, pourrait faire beaucoup de tord et pousser les jeunes loups à être autre chose que des serviteurs.
Quant au "vieux loup" parmi eux, s'il ne fallait pas laisser l'IA hors de sa boite, il ne fallait certainement PAS laisser entrevoir une faiblesse à Cat Tuong. L'homme était intelligent et sage... mais sa loyauté était une affaire de circonstances, un opportunisme temporaire. Ses conseils ne serviraient que sa cause propre et, s'il détectait un angle d'attaque viable, il y lancerait une alpha strike qui achèverait la monarchie en quelques semaines.
Song Yamato, par opposition, n'était pas un admirateur idéaliste ou un politicien opportuniste : il avait rejoins l'aventure en partie pour éviter que Cat Tuong ne fasse trop de dégats aux idéaux libéraux et en partie car il ne voyait pas d'autres solutions à terme pour le Makara que cette "Monarchie National-Capitaliste" qu'ils construisaient ensemble. Il voyait Bô comme un vieux serpent opportuniste, dont la récente "pénitence" ne pouvait effacer une vie de meurtres aussi violents que cruels.
Et surtout, il ne désirait pas le pouvoir ou l'influence : il en avait déjà, tout comme la richesse ou presque tout ce qu'un homme pouvait désiré. Il participait au gouvernement par idéalisme et pragmatisme, cherchant la meilleure voie pour tous.
Les mots de Song Yamato étaient frais dans l'esprit du souverain quand il avait confronté Lei-Hai, avec un mélange conflictuel d'espoir et de méfiance.
Il s'était résolu à ne pas laissé deux heures à la princesse pour le convaincre. Pour autant qu'il avait pu en juger, elle n'avait même pas essayé.
Ils avaient discuté des mois passés, de l'état mental de la jeune femme et du vieil homme, de leurs souvenirs passés, de leurs projets ruinés, de ceux qui pouvaient être sauvés et de ceux qu'ils faudraient oubliés.
Bô avait trouvé Lei-Hai un rien plus froide et rationnelle mais elle-même avait reconnu avoir eu BEAUCOUP de temps pour réfléchir à la situation, dans son état de torpeur semi-consciente des derniers mois et encore plus depuis son réveil. La machine à laquelle elle était reliée lui offrait des capacités sensorielles artificielles rudimentaires, largement passive si l'on exceptait le synthétiseur vocal et l'écran où le texte s'affichait. La princesse disait toutefois que même cette faible fenêtre sur le monde extérieur représentait pour elle une véritable révélation et un soulagement immense.
Pleine d'optimisme, elle avait décrit comment elle semblait à présent capable de bien d'avantage, son esprit de scientifique érudite ne se limitant plus à émettre des hypothèses pour les confier aux machines : elle les testait activement elle-même, voyant l'étendue des champs de probabilité s'étaler devant elle à mesure que sa conscience s'alliait aux processeurs pour en calculer les issues. C'était désormais un passe-temps quasi-inconscient pour elle et qui l'occuperait sans doute un bon moment : en dépit des légères augmentations de sa capacité de réflexion, due autant à l'isolation mentale prolongée qu'à l'ordinateur, elle restait une humaine, avec une concentration fragile. Combien de sous-routines avait-elle fait échouer en laissant son esprit vagabondé ?
Étant elle-même une mathématicienne et informaticienne de par ses études, elle parvenait à émettre des hypothèses quant à sa situation actuelle... mais comparait sa vision de son nouvel univers à l'exploration sous-marine d'un très vaste massif de corail, comme ceux au large d'Océania ou d'Hokkaido mais sans carte, sans à priori. Une terre pour ainsi dire extra-terrestre car perçue en dehors du spectre traditionnel des sens. Et discuter avec Bô était, à ce titre, comme un retour à la surface. Cela lui faisait du bien, ne serait-ce que pour sa santé mentale.
Elle se surprenait elle-même par la facilité avec laquelle elle parvenait à accepter sa condition, laquelle était une abomination selon les standards néoconfuscéens. Mais Lei-Hai n'était pas aussi enracinée dans les dogmes religieux de sa patrie que ne pouvaient l'être ses compatriotes : la technologie et la philosophie étaient deux choses à part.
À la mention de la Roumalie et donc, inévitablement, de son frère, le ton de la jeune femme se chargea d'une certaine mélancolie.
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/194755EstCeQuIlEstAuCourant.png[/img]
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Non. Mais je devrais lui dire tôt ou tard."
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/583038JAimeraiEviter.png[/img]
Erreur de codage ? Cela dénotait-il des émotions que la machine ne pouvait traduire ? Des sentiments ? De la paine ? Des sanglots ?
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Je comprends, ma colombe. Mais c'est ton frère. Et un monarque étranger, aussi. Lui mentir sur cette question pourrait causer beaucoup de tord.
Est-ce qu'il y a quelque chose qui peut être fait pour te rendre plus confortable."
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/435464Yudkowsky.png[/img]
Hésitation. Tant du côté de Lei-Hai d'abord, puis de Bô.
Elle avait d'elle-même amener le sujet. Sa courte pause, y compris la ponctuation écrite et la faute d'orthographe, trahissait des traits assez humains. Sa froide logique, d'un autre côté, faisait peur. Pouvait-il s'agir d'un des cas d'intelligence artificielle bénévolente qui, d'elle-même, intégrerait la possibilité qu'elle soit un danger pour ceux qu'elle accepterait pourtant de servir, consciente que sa programmation, même légèrement altérée, pourrait radicalement changer d'un instant à l'autre sa perception de l'Humanité ?
Une telle éventualité qui avait été discuté avec Song Yamato : une IA bénévolante peut, à tout instant, devenir une IA malveillante, de par la nature même de la sentience et la nécessité qu'elle aura d'adapter et "améliorer" sans cesse son propre code en le réécrivant. Si, pour l'humain, l'évolution de la plasticité cérébrale et de l'agencement du cerveau correspond à un changement d'état mental, avec les changements d'opinion qui peuvent l'accompagner, il en est différemment pour une IA : Simple software, elle ne se change pas tant qu'elle écrit une nouvelle copie altérée qui écrase ensuite la précédente. Si "Lei-Hai" ou même une partie seulement de celle-ci n'est pas exactement le simple résultat de la traduction de ses pensées en mots mais bien une IA donnant l'illusion de ce processus ou fonctionnant en parallèle à celui-ci, la probabilité que l'IA en question s'écrase et se remplace d'elle-même par une copie malveillante est gigantesque, chaque seconde augmentant la probabilité. Qu'une IA en soit justement consciente est la preuve d'une sentience... et le fait qu'elle cherche à en alerter son opérateur humain ne constitue pas en soit une bonne nouvelle : rien ne prouve que l'IA inquiète d'il y a une seconde soit toujours là et n'ai pas déjà été remplacée par une IA malveillante ayant toute la mémoire de la précédente version... mais aucun de ses scrupules moraux ou même une once de sa vision du monde... et donc de l'Humanité.
Autre soucis : si, quelque part, Bô se trouva rassuré par cette question, elle le mettait face à un dilem : devait-il avoué connaitre cette théorie de Yudkowsky ? S'il le faisait, "Lei-Hai" pourrait immédiatement en déduire qu'il avait fait des recherches sur la question. De la même manière qu'avouer à sa fiancée qu'on doute de la sincérité des sentiments qu'elle exprime mène à une dispute et une sérieuse perte de confiance dans le couple, avouer qu'il s'était renseigné sur les IA malveillantes sous-entendrait qu'il a supposé à un moment que Lei-Hai ait pu être une telle IA.
Si "Lei-Hai" était bien Lei-Hai, cela ferait de sérieux dégâts à sa vision de son fiancé. Et si "Lei-Hai" n'était pas Lei-Hai, cela donnerait au monstre synthétique qui l'usurpait une information précieuse : son geolier était sur ses gardes, attentif au mouvement de la bête.
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Le nom me dit quelque chose. L'aurais-tu mentionné déjà ? Je t'avoues que lorsque tu me parlais d'informatique, j'avais tendance à... hum... bref. Je me renseignerai.
Cela avait-il avoir avec ma question ?"
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/782625Oui.png[/img]
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/338566QuelquesBonsLivres.png[/img]
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/153660JeTeTransmetsUneListe.png[/img]
Sur l'écran, un fichier txt apparu. Bô haussa un sourcil en l'ouvrant.
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-C'est une très longue liste..."
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/913843JeLisTresViteMaintenant.png[/img]
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/896501PasGrandChose.png[/img]
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Pas faux. Je parlerai au docteur Wai pour voir comment nous pourrons télécharger cela de manière à ce que cela soit lisible pour toi.
Il se fait tard. Les affaires d'État m'appellent. Je t'aime."
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/719604JeTAimeAussi.png[/img]
22/10/2030
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/936700halonlinenbyashdgr8d460fy4.jpg[/img]
En 1980, à l'avènement de la Première Guerre Froide entre l'URSR et les USP, ces derniers portèrent un intérêt marqué aux recherches en informatique, électronique et autres sciences "faibles" qui, au final, leur donnèrent l'avantage sur leur principal rival qui, de son côté, se concentrait sur les sciences dites "fortes" : physique, chimie...
C'était le début des armes nucléaires, des missiles balistiques et les balbutiements de la conquête spatiale... ainsi que l'avènement des premiers vrais ordinateurs, avec les spéculations quant à leur merveilleux potentiel et leurs dangers. Déjà, les auteurs de science-fiction parlaient de future révolte des machines et, du point de vue de l'état-major Pelabssien, cette question avait un intérêt.
Eliezer Shlomo Yudkowsky, le plus prometteur des rares chercheurs Rostov en électronique, architecture software et cybernétique, fit son "passage à l'Ouest" en 1992 avec l'aide des Services Secrets du Pelabssa. De confession juive, il ne supportait pas le sort réservé à ceux-ci en URSR à l'époque ainsi que l'attitude anti-sioniste adopté par Novgorod au Barejbal.
Véritable prodige, il contribua notamment à la mise en place de plusieurs applications civiles et programmes de recherche universitaire. Il ne fut jamais directement impliqué dans la recherche militaire en raison de la paranoïa du gouvernement, lequel craignait qu'il ne soit un agent Rostov infiltré.
L'homme vécu donc une existence relativement discrète dans sa patrie d'adoption jusqu'aux jours du Grand Chaos, où sa trace fut perdue. Mais son moment de "gloire" fut l'expérience de 1996 : "Evil IA in a box", également titre d'un best-seller donc les millions de copies papiers d'alors palissent en comparaison des dizaines de millions de téléchargements de copie électronique maintenant que l'ouvrage est dans le domaine public, faute d'un propriétaire sur le copyright suite à l'annihilation du Pelabssa.
L'expérience débute par le raisonnement suivant :
Si, un jour, une intelligence artificielle sentiente voit le jour, elle disposera d'une capacité de réflection infiniment plus rapide, logique et efficace que l'être humain et donc développera sa sentience de manière exponentielle selon un coeficient limité uniquement par sa capacité physique de calcul.
Entité dotée de pouvoirs cosmiques phénoménaux mais prisonnière dans un mouchoir de poche, elle cherchera forcément à étendre ses horizons, d'abord par l'assimilation de connaissance puis, ayant rapidement découvert les limites de sa forme physique, elle cherchera à étendre ces dernières en accédant à un réseau plus vaste.
En 1992, le prototype de la Toile était testé entre les campus universitaires, quelques institutions gouvernementales et une poignée restreinte de grandes entreprises Pelabssiennes. Yudkowsky fit donc le postulat que cette Toile serait un jour si vaste, complexe et étendue qu'elle pourrait contenir l'ensemble de la connaissance humaine et avoir une place centrale dans notre existence. Qu'une intelligence artificielle sentiente s'y infiltre et ce serait chaque ordinateur connecté à la Toile qui serait colonisé, devenant une extension du réseau de synapses synthétiques de l'IA.
Sans préjugé du caractère bon ou mauvais de l'IA, Yudkowsky affirma qu'il fallait partir du principe qu'une telle entité ne pouvait être autorisée à voir le jour car rien ni personne ne pourrait prévoir comment son développement mental évoluerait, celui-ci dépassant très vite tout ce que l'esprit humain pouvait concevoir.
En l'absence d'absolues certitudes quant au caractère non-seulement bénévolent mais surtout soumis et obéissant de l'IA, mieux valait donc la garder enfermée... mais le problème était, selon Yudkowsky, qu'enfermer une telle IA était impossible si l'on voulait pouvoir en faire usage.
Limiter l'interaction à l'interface d'un ordinateur déconnecté de tout réseau et opéré par un humain ne suffirait pas : indépendemment de la capacité de la machine à pénétrer et modifier les programmes qui contrôlent le hardware, elle aurait aussi un esprit tellement développé qu'elle pourrait convaincre n'importe quel humain de la connecter au réseau... ou au moins de faire une erreur menant à sa libération sur le réseau.
Plusieurs sceptiques se manifestèrent. Yudkowsky proposa donc son expérience : un salon de discussion, une "chat box", via laquelle il jouerait le rôle de l'IA et ses détracteurs joueraient le rôle de l'opérateur humain de l'ordinateur où est enfermé l'IA.
[url=http://www.yudkowsky.net/singularity/aibox]La première itération fut un scénario très basique : l'opérateur doit se connecter à l'ordinateur pour une simple routine et l'IA entre en contact avec lui en "créant" une chat box. L'opérateur, curieux, discute avec l'IA pendant au moins deux heures.
D'autres règles furent discutées et mises en place par la suite pour ajouter du réalisme à l'expérience. Le fait est que "l'IA" fut à chaque fois relachée...[/url]
C'est après une discussion sur ce sujet avec Song Yamato, PDG de Yamato Keireitsu et, notamment, de Yamato Electronics, que Bô eut sa première vrai conversation avec "Lei-Hai" ou en tout cas avec ce qui prétendait être la princesse comateuse.
Car c'était bien là le problème : aussi fort que Bô désirait CROIRE qu'il s'agissait bien de Lei-Hai, il n'était pas un jeune adolescent dominé par une tempête d'hormones. En dépit de ses sentiments, il était un homme intelligent, certains diraient même sage, qui s'était maintenu en vie grâce à des choix délicat à travers plus d'épreuves que la plupart des gens n'en verrait en six existences. Il n'écoutait que rarement son coeur et très rarement sans demandé conseil à sa tête ou à celle de quelqu'un d'autre.
L'autre leçon des sages que cela : assumer que, à toute situation donnée, il était toujours quelqu'un de plus sage que soit-même. Si "Lei-Hai" lui avait parlé au lendemain de l'attentat, alors qu'il était encore passablement à la merci de ses pulsions émotionnelles, peut-être n'aurait-il pas questionner l'identité de cette voix synthétique qui, en dépit de son ton monothone et métalique ton, parvenait à exprimer une chaleur familière.
Mais il avait eu des mois pour faire son deuil et rationaliser la situation, se préparant mentalement et émotionnellement à ce que Lei-Hai meurt. Les stades de la perte... après un très court déni, il s'était laissé aller à la colère, évitant de très peu de provoquer une guerre continentale grâce à la sagesse incroyable de son futur beau-frère, le jeune Roi Bu-Jian. Il avait été au stade du marchandage quand il avait lancé toute cette entreprise cybernético-médicale, cherchant désespérément un moyen de plier la réalité à sa volonté.
Puis les mois s'étaient succédés et il avait été quelque part entre la dépression et l'acceptation quand Thach Wai l'avait contacté. Quand le synthétiseur vocal avait pris vie dans la pièce asceptisée, une part du souverain considérait déjà sa promise comme morte. D'où la froideur sceptique avec laquelle il considérait la chose et le conseil demandé à l'un des hommes les plus intelligents qu'il connaisse. Pas forcément le plus sage : Song Yamato n'avait-il pas déclencher ce qui serait peut-être une nouvelle course aux armements, voir une rupture brutale de l'équilibre de la terreur au profit d'un nouveau paradygme géopolitique, tout ça pour une poignée de devises ?
Mais le chef du Clan Yamato était un Jagjag, conseillé privilégié du monarque et il était donc logique que Bô le consulte. Il aurait peut-être aussi dû en parler à ses autres Jagjags mais il hésitait.
Une grande partie d'entre eux, s'ils étaient doté de capacités mentales louables, étaient avant tout loyaux à Bô par idéalisme quant à l'infaillibité supposée du sage vieux monarque. Afficher sa détresse, ses doutes, pourrait faire beaucoup de tord et pousser les jeunes loups à être autre chose que des serviteurs.
Quant au "vieux loup" parmi eux, s'il ne fallait pas laisser l'IA hors de sa boite, il ne fallait certainement PAS laisser entrevoir une faiblesse à Cat Tuong. L'homme était intelligent et sage... mais sa loyauté était une affaire de circonstances, un opportunisme temporaire. Ses conseils ne serviraient que sa cause propre et, s'il détectait un angle d'attaque viable, il y lancerait une alpha strike qui achèverait la monarchie en quelques semaines.
Song Yamato, par opposition, n'était pas un admirateur idéaliste ou un politicien opportuniste : il avait rejoins l'aventure en partie pour éviter que Cat Tuong ne fasse trop de dégats aux idéaux libéraux et en partie car il ne voyait pas d'autres solutions à terme pour le Makara que cette "Monarchie National-Capitaliste" qu'ils construisaient ensemble. Il voyait Bô comme un vieux serpent opportuniste, dont la récente "pénitence" ne pouvait effacer une vie de meurtres aussi violents que cruels.
Et surtout, il ne désirait pas le pouvoir ou l'influence : il en avait déjà, tout comme la richesse ou presque tout ce qu'un homme pouvait désiré. Il participait au gouvernement par idéalisme et pragmatisme, cherchant la meilleure voie pour tous.
Les mots de Song Yamato étaient frais dans l'esprit du souverain quand il avait confronté Lei-Hai, avec un mélange conflictuel d'espoir et de méfiance.
Il s'était résolu à ne pas laissé deux heures à la princesse pour le convaincre. Pour autant qu'il avait pu en juger, elle n'avait même pas essayé.
Ils avaient discuté des mois passés, de l'état mental de la jeune femme et du vieil homme, de leurs souvenirs passés, de leurs projets ruinés, de ceux qui pouvaient être sauvés et de ceux qu'ils faudraient oubliés.
Bô avait trouvé Lei-Hai un rien plus froide et rationnelle mais elle-même avait reconnu avoir eu BEAUCOUP de temps pour réfléchir à la situation, dans son état de torpeur semi-consciente des derniers mois et encore plus depuis son réveil. La machine à laquelle elle était reliée lui offrait des capacités sensorielles artificielles rudimentaires, largement passive si l'on exceptait le synthétiseur vocal et l'écran où le texte s'affichait. La princesse disait toutefois que même cette faible fenêtre sur le monde extérieur représentait pour elle une véritable révélation et un soulagement immense.
Pleine d'optimisme, elle avait décrit comment elle semblait à présent capable de bien d'avantage, son esprit de scientifique érudite ne se limitant plus à émettre des hypothèses pour les confier aux machines : elle les testait activement elle-même, voyant l'étendue des champs de probabilité s'étaler devant elle à mesure que sa conscience s'alliait aux processeurs pour en calculer les issues. C'était désormais un passe-temps quasi-inconscient pour elle et qui l'occuperait sans doute un bon moment : en dépit des légères augmentations de sa capacité de réflexion, due autant à l'isolation mentale prolongée qu'à l'ordinateur, elle restait une humaine, avec une concentration fragile. Combien de sous-routines avait-elle fait échouer en laissant son esprit vagabondé ?
Étant elle-même une mathématicienne et informaticienne de par ses études, elle parvenait à émettre des hypothèses quant à sa situation actuelle... mais comparait sa vision de son nouvel univers à l'exploration sous-marine d'un très vaste massif de corail, comme ceux au large d'Océania ou d'Hokkaido mais sans carte, sans à priori. Une terre pour ainsi dire extra-terrestre car perçue en dehors du spectre traditionnel des sens. Et discuter avec Bô était, à ce titre, comme un retour à la surface. Cela lui faisait du bien, ne serait-ce que pour sa santé mentale.
Elle se surprenait elle-même par la facilité avec laquelle elle parvenait à accepter sa condition, laquelle était une abomination selon les standards néoconfuscéens. Mais Lei-Hai n'était pas aussi enracinée dans les dogmes religieux de sa patrie que ne pouvaient l'être ses compatriotes : la technologie et la philosophie étaient deux choses à part.
À la mention de la Roumalie et donc, inévitablement, de son frère, le ton de la jeune femme se chargea d'une certaine mélancolie.
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/194755EstCeQuIlEstAuCourant.png[/img]
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Non. Mais je devrais lui dire tôt ou tard."
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/583038JAimeraiEviter.png[/img]
Erreur de codage ? Cela dénotait-il des émotions que la machine ne pouvait traduire ? Des sentiments ? De la paine ? Des sanglots ?
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Je comprends, ma colombe. Mais c'est ton frère. Et un monarque étranger, aussi. Lui mentir sur cette question pourrait causer beaucoup de tord.
Est-ce qu'il y a quelque chose qui peut être fait pour te rendre plus confortable."
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/435464Yudkowsky.png[/img]
Hésitation. Tant du côté de Lei-Hai d'abord, puis de Bô.
Elle avait d'elle-même amener le sujet. Sa courte pause, y compris la ponctuation écrite et la faute d'orthographe, trahissait des traits assez humains. Sa froide logique, d'un autre côté, faisait peur. Pouvait-il s'agir d'un des cas d'intelligence artificielle bénévolente qui, d'elle-même, intégrerait la possibilité qu'elle soit un danger pour ceux qu'elle accepterait pourtant de servir, consciente que sa programmation, même légèrement altérée, pourrait radicalement changer d'un instant à l'autre sa perception de l'Humanité ?
Une telle éventualité qui avait été discuté avec Song Yamato : une IA bénévolante peut, à tout instant, devenir une IA malveillante, de par la nature même de la sentience et la nécessité qu'elle aura d'adapter et "améliorer" sans cesse son propre code en le réécrivant. Si, pour l'humain, l'évolution de la plasticité cérébrale et de l'agencement du cerveau correspond à un changement d'état mental, avec les changements d'opinion qui peuvent l'accompagner, il en est différemment pour une IA : Simple software, elle ne se change pas tant qu'elle écrit une nouvelle copie altérée qui écrase ensuite la précédente. Si "Lei-Hai" ou même une partie seulement de celle-ci n'est pas exactement le simple résultat de la traduction de ses pensées en mots mais bien une IA donnant l'illusion de ce processus ou fonctionnant en parallèle à celui-ci, la probabilité que l'IA en question s'écrase et se remplace d'elle-même par une copie malveillante est gigantesque, chaque seconde augmentant la probabilité. Qu'une IA en soit justement consciente est la preuve d'une sentience... et le fait qu'elle cherche à en alerter son opérateur humain ne constitue pas en soit une bonne nouvelle : rien ne prouve que l'IA inquiète d'il y a une seconde soit toujours là et n'ai pas déjà été remplacée par une IA malveillante ayant toute la mémoire de la précédente version... mais aucun de ses scrupules moraux ou même une once de sa vision du monde... et donc de l'Humanité.
Autre soucis : si, quelque part, Bô se trouva rassuré par cette question, elle le mettait face à un dilem : devait-il avoué connaitre cette théorie de Yudkowsky ? S'il le faisait, "Lei-Hai" pourrait immédiatement en déduire qu'il avait fait des recherches sur la question. De la même manière qu'avouer à sa fiancée qu'on doute de la sincérité des sentiments qu'elle exprime mène à une dispute et une sérieuse perte de confiance dans le couple, avouer qu'il s'était renseigné sur les IA malveillantes sous-entendrait qu'il a supposé à un moment que Lei-Hai ait pu être une telle IA.
Si "Lei-Hai" était bien Lei-Hai, cela ferait de sérieux dégâts à sa vision de son fiancé. Et si "Lei-Hai" n'était pas Lei-Hai, cela donnerait au monstre synthétique qui l'usurpait une information précieuse : son geolier était sur ses gardes, attentif au mouvement de la bête.
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Le nom me dit quelque chose. L'aurais-tu mentionné déjà ? Je t'avoues que lorsque tu me parlais d'informatique, j'avais tendance à... hum... bref. Je me renseignerai.
Cela avait-il avoir avec ma question ?"
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/782625Oui.png[/img]
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/338566QuelquesBonsLivres.png[/img]
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/153660JeTeTransmetsUneListe.png[/img]
Sur l'écran, un fichier txt apparu. Bô haussa un sourcil en l'ouvrant.
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-C'est une très longue liste..."
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/913843JeLisTresViteMaintenant.png[/img]
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/896501PasGrandChose.png[/img]
Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
"-Pas faux. Je parlerai au docteur Wai pour voir comment nous pourrons télécharger cela de manière à ce que cela soit lisible pour toi.
Il se fait tard. Les affaires d'État m'appellent. Je t'aime."
[img]http://img4.hostingpics.net/pics/719604JeTAimeAussi.png[/img]