Evénements divers
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Vliduj Gak
Extrait du blog de Mohammed Siyani, étudiant ajdabi de retour au pays après un échange aux USP d'avant-guerre. En anglais.
[quote]Je crois que ce n'est que petit à petit, après mon retour d'Hellington, que je réalise vraiment à quel point mon pays est devenu étrange. Toutes ces lois nouvelles et pourtant si brutales, ce folklore violent, à quoi bon ? Ici, on décapite les homosexuels au coucher du soleil, n'importe quel dignitaire religieux peut faire condamner un petit ouvrier sur la seule base de son témoignage, les immigrés makengais vivent dans une situation proche de l'esclavage, ce qui leur fait dire que le Makengo, même durant l'épisode de la Main-Noire, était au moins plus accueillant. Les brimades sont ici quotidiennes pour eux, comme pour tout membre d'une minorité : homosexuels, opposants politiques, femmes, nomades, chrétiens, athées, sunnites. Toute personne qui s'écarterait de la norme, comprenez par là un islam chiite grossier régi par une classe cléricale obscure, arriérée et presqu'invisible, puisqu'elle reste dans ses tariqas, et un arabisme douteux, risquerait la prison, les travaux forcés voire bien pire. Quel contraste avec le Pelabssa ! Le multiculturalisme est une insulte, et toute pluralité est honnie en Ajdabiya, où que ce soit, et encore, ici, à Mastranabal, nous vivons dans ce qu'il est permis d'appeller la face "libérale" de l'Ajdabiya. Imaginez le reste. Les confréries religieuses maintiennent le pays sous clé. On peut voir les plus jeunes de leurs membres, après la prière de l'après-midi, traîner dans les rues, adossés aux murs, regarder les passants d'un air nonchalant et autoritaire en mastiquant des branches de réglisse qu'ils recrachent en grosses boules jaune sombre.
Mais cette "milice clandestine" que le gouvernement laisse pulluler partout dans le pays, jusqu'aux portes de ses propres gouvernements -mardi dernier, une fonctionnaire de l'Etat, à Mastranabal, a été arrêtée par ces individus pour homosexualité et présentée par eux-mêmes à la police du sultan-, à peine maintenue par la vague culture du secret imposée aux jeunes par les "Anciens" n'est qu'une parmi les nombreuses violences quotidiennes et secrètes, parmi les très nombreux rapports de domination qui font la structure sociale ajdabie : patriarcat rural et arriéré, violences conjugales, discriminations au travail, habit imposé dans les administrations, haine de la jeunesse, obsession de la virginité des femmes, sans parler de l'ignorance répugnante des Ajdabis. Le pays vivant à l'écart du reste du monde, la majorité des gens ici, ne savent même pas que le Pelabssa a été détruit, en tout cas parmi le petit peuple. Mille autres pratiques pourraient être recensées pour témoigner de la situation morale critique de ma nation, notamment les avortements clandestins, lesquels se font à prix d'or et dans des conditions désastreuses mais en très grand nombre, puisqu'avoir un enfant hors-mariage est, pour une femme, synonyme d'une exclusion définitive et irrévocable de la société, tout comme pour l'enfant d'ailleurs, mais aussi la contrebande de cigarettes. Il y a deux mois, un camarade que je m'étais fait au Pelabssa était invité chez moi, à Mastranabal, et avait été à l'Université distribuer des tracts de son association contre les mutilations infantiles, en premier lieu la circoncision. Des jeunes d'une tariqa proche de l'Université l'ont repéré, et enlevé alors qu'il marchait dans une des rues adjacentes à l'institution. Malheureusement, la police n'émet pas d'avis de disparition pour les citoyens étrangers.[/quote]
[quote]Je crois que ce n'est que petit à petit, après mon retour d'Hellington, que je réalise vraiment à quel point mon pays est devenu étrange. Toutes ces lois nouvelles et pourtant si brutales, ce folklore violent, à quoi bon ? Ici, on décapite les homosexuels au coucher du soleil, n'importe quel dignitaire religieux peut faire condamner un petit ouvrier sur la seule base de son témoignage, les immigrés makengais vivent dans une situation proche de l'esclavage, ce qui leur fait dire que le Makengo, même durant l'épisode de la Main-Noire, était au moins plus accueillant. Les brimades sont ici quotidiennes pour eux, comme pour tout membre d'une minorité : homosexuels, opposants politiques, femmes, nomades, chrétiens, athées, sunnites. Toute personne qui s'écarterait de la norme, comprenez par là un islam chiite grossier régi par une classe cléricale obscure, arriérée et presqu'invisible, puisqu'elle reste dans ses tariqas, et un arabisme douteux, risquerait la prison, les travaux forcés voire bien pire. Quel contraste avec le Pelabssa ! Le multiculturalisme est une insulte, et toute pluralité est honnie en Ajdabiya, où que ce soit, et encore, ici, à Mastranabal, nous vivons dans ce qu'il est permis d'appeller la face "libérale" de l'Ajdabiya. Imaginez le reste. Les confréries religieuses maintiennent le pays sous clé. On peut voir les plus jeunes de leurs membres, après la prière de l'après-midi, traîner dans les rues, adossés aux murs, regarder les passants d'un air nonchalant et autoritaire en mastiquant des branches de réglisse qu'ils recrachent en grosses boules jaune sombre.
Mais cette "milice clandestine" que le gouvernement laisse pulluler partout dans le pays, jusqu'aux portes de ses propres gouvernements -mardi dernier, une fonctionnaire de l'Etat, à Mastranabal, a été arrêtée par ces individus pour homosexualité et présentée par eux-mêmes à la police du sultan-, à peine maintenue par la vague culture du secret imposée aux jeunes par les "Anciens" n'est qu'une parmi les nombreuses violences quotidiennes et secrètes, parmi les très nombreux rapports de domination qui font la structure sociale ajdabie : patriarcat rural et arriéré, violences conjugales, discriminations au travail, habit imposé dans les administrations, haine de la jeunesse, obsession de la virginité des femmes, sans parler de l'ignorance répugnante des Ajdabis. Le pays vivant à l'écart du reste du monde, la majorité des gens ici, ne savent même pas que le Pelabssa a été détruit, en tout cas parmi le petit peuple. Mille autres pratiques pourraient être recensées pour témoigner de la situation morale critique de ma nation, notamment les avortements clandestins, lesquels se font à prix d'or et dans des conditions désastreuses mais en très grand nombre, puisqu'avoir un enfant hors-mariage est, pour une femme, synonyme d'une exclusion définitive et irrévocable de la société, tout comme pour l'enfant d'ailleurs, mais aussi la contrebande de cigarettes. Il y a deux mois, un camarade que je m'étais fait au Pelabssa était invité chez moi, à Mastranabal, et avait été à l'Université distribuer des tracts de son association contre les mutilations infantiles, en premier lieu la circoncision. Des jeunes d'une tariqa proche de l'Université l'ont repéré, et enlevé alors qu'il marchait dans une des rues adjacentes à l'institution. Malheureusement, la police n'émet pas d'avis de disparition pour les citoyens étrangers.[/quote]