[D15] La liberté de l'Egzonkan

Amaski

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[bask][center]LA LIBERTE DE l'EGZONKAN

- Chapitre 1 : Prologue -[/bask]

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Les jours heureux (Anno 1745)

Egzonkan, ce nom est tombé dans l’oubli depuis l'époque des Grandes Invasions. Ce fut jadis le nom d'un territoire s'étendant des montagnes noires jusqu'aux terres du Zorokan, un royaume fier et civilisé. Aujourd'hui, les gens appellent ce territoire Icario, mais c'est un nom sans histoire, une invention de la part des envahisseurs qui ont volé ces terres. Icario, ce nom ne signifie rien, il est brute et ne contient pas la splendeur des temps anciens. C'est un nom sonnant faux et imposé par le despotat numancien quand la pestilence almérane avait contaminée le Vicaskaran.

En 1745, l'Egzonkan était à son apogée. Presque dix millions de Tarnois vivaient dans ce qui était le plus jeune, mais aussi le plus grand des vice-royaumes tarnois. Depuis 1520, les Tarnois avaient afflué vers ces terres, construisant des cités et cultivant la terre. Les marais avaient été asséchés, des temples bâtis et les collines ensemencés. C'était la grande époque, l'ère de la noble prospérité. La capitale, Egzonkon, comptait pas moins de 120'000 habitants, vivant sur la côte est de la Mer interne orientale et faisant de cette ville un centre du commerce et de l'industrie. Personne aurait pu croire que ces temps d'abondance allaient brutalement cesser, être arrêté par la folie des hommes.

Irfankon, Vivikon, Salya et Lin étaient d'autres villes situées dans l'Egzonkan. Elles comptaient toutes au moins dix mille habitants et contribuaient à cultiver et civiliser ces terres sauvages pour le plus grand bien de l'humanité. A Irfankon, les jeunes Sayaken visitaient les académies militaires pour s'instruire dans l'art de conduire les hommes au combat. Vivikon, avec ces ateliers et ses théâtres était la cité de la culture et des beaux-arts. Les tissus de Lin n'avaient pas de pareil et on faisait venir la laine du Zorokan pour le transformer dans des vêtements sophistiqués qu'on revendait ensuite aux fonctionnaires de la capitale impériale, Titanua.

Les nouvelles ne voyageaient pas rapidement à cette époque. Personne ne savait que depuis plusieurs années, un Fléau avait débarqué sur les côtes orientales du Vicaskaran. Au loin, le son des pas des troupes numanciennes résonnait, annonçant la fin de toute forme de civilisation au Vicaskaran. Bientôt, l'Empire numancien, l'Antéchrist des temps modernes, allait atteindre l'Ouest. Bientôt le combat final entre le Bien et le Mal allait avoir lieu.

La Chute de l’Egzonkan (Anno 1752)

En l'an 1751, les troupes de l'Empire numancien franchirent les terres de l'Est de l'Egzonkan. Ce qui suivit fut une tempête de sang et de larmes. Durant l'été 1751, Lin fut mis à sac et brûlée jusqu'aux fondations. La nouvelle de l'invasion des hordes latines se répandait comme une traînée de poudre, mais ce fut déjà trop tard. La Guerre civile tarnoise avait poussé les légions à se rapatrier vers l'Argon et à lutter entre elles pour le contrôle de Titanua. L'Egzonkan été complètement exposé aux barbares. Qui aurait pu s'imaginer que des hordes émergeraient à l'Est ? On pensait le monde connu et civilisé. L'océan semblait une frontière infranchissable.

Janvier 1752, Vivikon et Salya furent mis à sac. Des centaines de milliers périrent et les rares survivants fuyaient vers l'Ouest en direction des côtes et de la capitale, Egzonkon, dont les épaisses murailles promettaient de tenir les barbares à l'écart. Cela fut faux car les hordes latines amenaient avec eux des canons d'une puissance inconnue dans la péninsule tarnoise. Fin 1752, presque tout l'Egzonkan avait été pris par les Numanciens. Seul Egzonkon résista aux assauts des hordes barbares. Comme la Rome antique, ses murailles défiaient les hordes venues d'Outre-mer. Elle était la dernière source de lumière à l’Est de la Mer orientale. Partout la civilisation mourrait sous les bottes ensanglantées des Numanciens.

Beaucoup croyaient la cité imprenable, mais les plus avisés ou/et paranoïaques comprenaient que le Royaume d'Egzonkan n'était plus. Les hommes amenaient leurs femmes et leurs enfants au port pour leur faire prendre le large sur des navires en direction d'Orkmonkon. Des fois, deux cent civils s'entassaient dans un vulgaire bateau de commerce. Vieillards, femmes et nouveau-nés faisaient le périple vers la péninsule. Beaucoup de prêtres tentaient de sauver les livres des bibliothèques, mais la place manquait et le temps s'écoulait. C'est alors qu'au septième jour de siège, les canons numanciens crachaient leurs boulets contre les murs d'Egzonkon. Après des heures de bombardement, les premiers pans du mur s'écroulèrent, créant des brèches dans l'enceinte de la capitale. Cela fut la fin pour la glorieuse cité. Comme tant d'autres, elle fut mise à sac et ses habitants exterminés.

La Bataille de Manzikaron (Anno 1755)

Les Tarnois de l'Egzonkan qui survivaient les massacres furent réduits en esclavage et condamnés à travailler sur les plantations des Latins. Leur descendance vit encore sur ces terres, ignorant tout de leurs origines et aveuglé par l’hérésie canoviste. Néanmoins, tout n’avait pas été perdu. Si l'Egzonkan tomba entre les mains des Numanciens, la Liberté se maintenait dans la péninsule tarnoise. Alors que les Numanciens franchirent la Nouvelle Mongolie, harassés par la Peste bleue et les attaques des cavaliers néo-mongoles, la résistance se forma dans la péninsule. Tous les royaumes et cité-états ayant émergé après la chute de l'Empire conclurent une sainte ligue pour défendre la civilisation contre la barbarie et la sauvagerie.

C'est à Manzikaron que les dix-sept armées tarnoises affrontèrent les hordes numanciennes. Les Numanciens pouvaient bien avoir l'avantage technologique, les Tarnois possédaient la volonté de ceux qui défendent la plus noble cause. C'est ainsi que la cavalerie de Kanton, l'infanterie de Sayakon et de Tarnaska Magna prirent en charge l'armée latine pendant que les archers de Namikon et Koloria firent disparaître le Soleil derrière un nuage de flèches.
Quand le combat commença, Sayak le Grand, à la tête de la Treizième Cavalerie, lança dans l'aube écarlate le cri de guerre suivant :

« Pour la Liberté ! »

Ses hommes le suivirent avec une ardeur renforcée, sentant le vent frais frapper leurs visages pendant que leurs montures se lançaient contre l'infanterie numancienne. C'était le jour le plus glorieux des peuples tarnois car ils firent ce que personne avait pu faire auparavant : vaincre les hordes numanciennes et assurer une île de liberté au Vicaskaran.

L'Armée numancienne ne fut pas écrasée, mais annihilée car submergée par la diversité et l'unité des peuples tarnois. L'Empire était mort, mais la flamme de la Liberté avait fait emporter l'union de dix royaumes sur la tyrannie de l'Empire mondial. L'ordure almérane, la pestilence latine, l'infamie canoviste, hérésie à l'ordre naturel fut vaincu par des hommes libres. Les rois numanciens, sodomites de première catégorie, avaient été défaits par la valeur de femmes et d'hommes noble non par leur naissance, mais par la pureté de leurs cœurs.

La victoire fut complète, mais bien de sacrifiés ont dû être consentis. Durant la Bataille de Manzikaron, Alys le Vieux, général nameken et grand-père du futur empereur Oroskon II, fut mortellement blessé. Sentant la mort arrivé, il appela ses fils à son lit de camp et leur commanda de lui faire le serment suivant :

« Jamais, vous et votre descendance, devrez cesser le combat pour chasser la race latine de nos territoires. Du Nortokon jusqu'à Lin, nul répit pour les Latins. Jurez-moi cela ! »

Tous firent le serment de combattre à jamais la race almérane. Parmi eux fut Edrik, future seigneur de Kanton et qui épousera Arkanta van Tarnos, mère du futur empereur Oroskon II, fondateur du Second Empire tarnois et ancêtre de tous les rois et princes tarnois de l'époque contemporaine.
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[bask][center]LA LIBERTE DE l'EGZONKAN

- Chapitre 2 : un contexte politique compliqué -[/bask]

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L’histoire de l’Egzonkan, aussi connu sous le nom d’Icario, se divise en trois grandes périodes. La première est la période dite impériale, suivit par la période d’occupation numancienne et conduisant ensuite à la période de la république libre au 20ème et 21ème siècle.

Durant le 16ème et 17ème siècle chrétien, l’Empire tarnois s’étend vers l’Est et colonise les territoires de l’actuel Icario, Nueva Esperanza et de la Nueva Hispalis. En 1600 l’Icario fait donc partie intégrant de l’Empire d’un point de vue juridique et pratique.

C’est une période qui voit l’émergence de grandes cités et d’une civilisation avec un niveau technologique proche du bassin méditerranéen de l’an 1. Néanmoins, la situation change radicalement autour de 1750. Le Numancia envahit le continent et dévaste la partie orientale de l’Empire tarnois. Nueva Esperanza, Nueva Hispalis et Icario tombent sous contrôle numancien. Les villes sont mis à sac et les populations tarnoises sont soit exterminées soit mises en esclavage.

Au fil du 18ème et 19ème siècle, les trois territoires sont partiellement colonisés par les Numanciens pendant que l’Empire tarnois se réorganise dans la péninsule tarnoise. Cependant, l’Empire est trop affaibli pour tenter de reprendre les territoires perdus. Entre temps, les Tarnois mis en esclavage se mélangent avec les colons venus d’Alméra et permettent la naissance d’un nouvel groupe ethnique ni Tarnois ni Alméran.

En 2013 a lieu la Révolution bleue au Tarnosia. Celle-ci permet la création de la Fédération d’Aquanox et lance les prémisses de la Révolution suniste. Après la mort de Gorun Sun, la situation se complique car les nationalistes s’accaparent du pouvoir dans la Fédération. Ils affichent leur volonté de reprendre les territoires perdus au Numancia, désormais des républiques indépendantes. Cela va déclencher la Grande Guerre du Vicaskaran. La Fédération perdra le conflit et devra signer un traité de paix draconien car les USP menacent de bombarder les villes côtières de la Fédération. Le Gouvernement préfère donc sacrifier ses ambitions territoriales pour éviter des pertes civiles. Le Traité de Hellington engendra une période de grands troubles qui culmine avec la prise de pouvoir de Mushovik qui est ensuite renversé à temps par des loyalistes républicains.

Après une période d’instabilité suivant la mort de Mushovik, les républicains sunistes instaurent une monarchie sur la péninsule tarnoise. Afin de régler le problème des territoires perdus une fois pour toute, on propose à l’Icario et au Java un accord devant régler les disputes territoriales une fois pour toute. L’Icario et le Java reconnaitront le monarque tarnois comme leur souverain symbolique (comme la Reine d’Angleterre au Canada). En échange de quoi, la Fédération reconnaitra leur indépendance. La signature de l’Accord de Ceuta qui entérine cette union symbolique permet la réunification de l’ancien empire sur le plan politique, mais avec une garantie d’indépendance pour les deux républiques du centre du Vicaskaran. Le problème semble donc réglé pour toujours. 

En 2021, les deux républiques profitent du Grand Chaos pour renverser le Roi tarnois et se retirent de l'union morale avec le Tarnosia. La Seconde Fédération d’Aquanox ignora ces deux pays car étant trop occupée à gérer les problèmes internes, mais à partir de 2028, les forces catholiques et nationalistes s’imposent sur l’échiquier politique. Si le triomphe catholique est l’effet le plus visible de l’émeute de Sayakon, les mouvements nationalistes prennent également une ampleur sans précèdent. C'est ainsi que pendant les examens sénatoriaux de 2029, un très grand nombre de nationalistes conservateurs remportent des sièges au Sénat. Le mouvement nationaliste étant resté très discret, étend alors son influence au Gouvernement et donne naissance à l'idée de l’irrédentisme par rapport à l’Icario dans le milieu conservateur tarnois.

Le Prince tarnois, sentant que la situation pourrait dégénérer dans un conflit militaire sous pression des sénateurs conservateurs, décide de prendre l’affaire en main. C’est alors que Belm Karn et lui développent l’idée d’entamer un processus de prise d’influence sur l’Icario. Les précédents échecs de compromis avec les autorités de l’Icario ont conduit à ce qu’on ne tente plus à Titanua à chercher un compromis comme celui de l’Accord de Ceuta de la fausse monarchie, mais qu’on veuille miser sur une prise d’influence pacifique et douce. Celle-ci doit, ainsi la volonté du Prince, se faire sous le signe de la non-violence et garantir la stabilité régionale.
Amaski

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[bask][center]LA LIBERTE DE l'EGZONKAN

- Chapitre 3 : mise en place des réseaux d'agents secrets -[/bask]

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Introduction

La région d'Egzonkan est régulièrement exposée à des pressions étrangères, surtout venant de son voisin septentrional et le Java. Néanmoins, la situation a changé depuis plusieurs mois pour plusieurs raisons. Premièrement, le renforcement sur la scène politique des nationalistes tarnois a provoqué le retour de l'irrédentisme, favorisé par la politique de rupture poursuivie par la République d'Icario et du Java. En conséquence, l'idée d'une réunification nationale pan-tarnoise refait son chemin même si ces volontés sont canalisées et contrôlés à l’heure actuelle par le Gouvernement fédéral et le Prince. Les autorités opposent à l'idée défendue par les nationalistes d'une nouvelle guerre régionale, le concept d'une réunification douce et par des moyens pacifiques. Deuxièmement, les derniers rapports des services secrets tarnois suggèrent un risque à ce que le Raksasa essaye de construire une base militaire dans le territoire d'Icario, rendant donc nécessaire pour le Gouvernement tarnois de prendre des mesures afin d'assurer la sécurité nationale de la Fédération tarnoise.

Comme il est impossible de faire confiance au gouvernement de la République d'Icario, le Gouvernement tarnois décide de passer par ses services secrets afin de mettre les bases pour une prise d'influence sur la République d'Icario. Celles-ci représentent la première étape d'un projet qui doit dans l'immédiat répondre à la menace raksase, mais aussi permettre d'établir les fondations pour pouvoir un jour se débarrasser du Président Rodriguez et des élites corrompues de l'Icario. Les services secrets devront se tenir aux consignes émises par le Gouvernement donc faire usage de la violence uniquement en cas d’extrême urgence. On considère que toute forme de violence serait contre-productive et nuirait la défense de la cause d'une réunification des territoires occupés par les Numanciens avec les territoires libres donc péninsulaires.

Actions

Les services secrets tarnois mettent en place plusieurs cellules dans les grandes villes de l'Icario. Les agglomérations visées sont les suivantes : Ponte, Riveria, Sonia, Lechuga, Azucar, Tonto, Juan, Ceuta, Miel, Geta, Puerto Real et San Sebastian. Chaque cellule est composée d'une dizaine d'agents ayant déjà de l’expérience de terrain. Pour le moment, les agents doivent surtout s'installer et construire un réseau local devant permettre d'accomplir les missions en cours et à venir. Ils ne doivent pas attirer l'attention. Raison pourquoi on choisit par préférence des agents au profil passe-partout et qui donc ne font aucune impression notable sur leurs interlocuteurs. On opte donc pour un mélange d'hommes et de femmes avec du sang latin, dans la quarantaine, venant de Nueva Esperanza, à l'accent espagnol et possédant des connaissances rudimentaires de la ville dans laquelle ils vont être envoyés. En somme, le Gouvernement fédéral ne désire pas à ce qu'on envoie des James Bond, mais des messieur et madame tout-le-monde.

Une fois que les réseaux seront en place, ils auront pour première mission de collecter des informations sur la situation locale. La priorité doit être donnée à toutes les informations concernant les agissements politiques locaux et du Président Rodriguez. Au niveau national, les réseaux devront garder l’œil ouvert sur la présence de représentants diplomatiques d'autres pays et des potentiels activités politiques autour des ambassades et consulats des grands pays. Cette dernière consigne concerne surtout les agents implantés dans la ville de Ceuta, la capitale de l'Icario. Les différents réseaux devront aussi, mais cela n'est pas encore prioritaire, tenter à saisir la situation religieuse, économique et culturelle locale dans le but de pouvoir permettre d'avoir une vue d'ensemble sur les forces et faiblesses des différentes institutions des régions de l'Icario.

Les agents ne devront pas être armés et informer leurs supérieurs sur tout événement extraordinaire. En cas d'incident, le Gouvernement fédéral devra être directement contacté afin de pouvoir estimer quelles actions il faut entreprendre pour éviter des dommages collatéraux nuisibles à la poursuite des opérations sur moyen et long terme.
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[bask][center]LA LIBERTE DE l'EGZONKAN

- Chapitre 4 : Deus vult -[/bask]

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L’archevêque scuta avec beaucoup d'attention l'épée qu'il tenait entre ses mains. Elle était étrangement légère, presque comme si elle serait faite de bois, mais sa résistance et structure indiquaient clairement qu'elle était composée d'un alliage métallique. La lame écarlate était aussi un mystère. Il ne se souvenait pas que quelconque mélange de métaux pouvait engendrer une telle couleur. Peut-être que l'acier avait été mélangé à un métal inconnu par le grand public ? Peut-être un minéral récupéré sur un astéroïde tombé sur terre ? Après quelques minutes d’observation, Belm Karn conclut qu'il n'aurait pas de réponse si tôt à toutes ses interrogations. En tout cas, l'arme semblait d'être unique en son genre. Il la posa alors sur le bureau devant lui et leva son regard en direction de la jeune femme qui se tenait à quelques mètres. La jeune créature avait les cheveux coupés court, un regard d'acier et portait un plastron en fer avec une soutane brune dessous. Quelle étrange femme, pensa l'archevêque. Il lui dit.

« Une arme intéressante, sans aucun doute. Néanmoins, permettez-moi de ne pas vois croire sur parole en ce qui concerne sa provenance. Une épée dans une roche, cela fait un peu arthurien, ne trouvez-vous pas ? Dieu doit avoir un sacré sens d'humour pour vous faire aller chercher une arme au sommet du mont Helia. Cependant, vous dites que Dieu vous a confié la mission de nous aider à libérer l'Egzonkan de l'Occupation ? »

« C'est cela, Votre Éminence. » affirma la Mon Son. Belm Karn leva un sourcil, signe d’une certaine méfiance de sa part. Il trouvait l'histoire de cette gamine légèrement farfelue. Ainsi donc un ange l'aurait parlé et dit d'aller chercher une épée dans les montagnes septentrionales afin de tuer des démons et aider le Prince tarnois à récupérer l'Egzonkan ? Même pour un homme de foi comme Karn, ce récit semblait fort peu probable. Cependant, il était encore plus étrange qu'une jeune sœur d'un couvent de campagne inconnu de tous puisse être au courant des projets du Prince et de ses conseillers. Quelque chose lui disait donc que cette femme n'était pas qu'une simple cinglée ayant fumé trop de Matkustava kasui (voir chapitre 16 du Cycle des Dieux et des Rois). Et qui savait, peut-être qu'elle pourrait s’avérer utile à la cause royale, pensa le prêtre. Celui-ci réfléchit quelques secondes avant de répliquer à la jeune femme.

« Vous semblez être convaincu de votre mission et je ne saurais vous dissuader de poursuivre cette voie. Nous trouverons sans aucun doute un moyen de vous faire participer aux efforts de libération de l'Egzonkan. Néanmoins, je dois vous avertir que les armes vous seront de peu d’utilité. La violence est génitrice de violence, il serait donc impensable d'en faire usage sur les territoires que nous désirons réunifier sous une même Couronne. »

Il jeta un regard vers l'arme antique et ajouta.

« Me permettriez-vous de garder cette épée ? Je désire la faire examiner par des experts. Je trouve l'acier fort intriguant. »

La Mon Son sourit, remarquant qu'elle avait réussi à intriguer le vieux cardinal. Elle lui répondit.

« Ce sera un honneur pour moi de servir la Couronne de la manière que vous jugerez la plus propice. Nous n'avons de toute évidence nul besoin de la force dans les combats à venir car nous avons Dieu de notre côté. Le temps des républiques athées s'achève inexorablement car le Seigneur a décidé de mettre un terme à leur existence. Je vous confie également mon épée en ayant une entière confiance en vous. »

Sans rien dire de plus, la Mon Son tourna le dos à l’archevêque et quitta le bureau. Belm Karn resta interloqué pendant plusieurs minutes. Voilà une personne dotée d'un aplomb rarement aperçu, pensa-t-il. Il se ressaisit et empoigna l'arme à la lame écarlate pour aller la faire inspecter par un expert en armes modernes et médiévales. Il était très curieux de savoir ce qu'on pouvait lui dire au sujet de cet étrange objet.
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[bask][center]LA LIBERTE DE l'EGZONKAN

- Chapitre 5 : Le complot des évêques -[/bask]

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L'Icario a pour particularité d'avoir été, comme une grande partie du continent, conquis et occupé par le Numancia pendant deux siècles. Dans le cadre de cette période coloniale, les religions traditionnelles, dans le cas de l'Icario ce fut le Novunisme, ont été anéanties au profit de l'Eglise canoviste, une sous-branche du protestantisme. Le Canovisme est particulier car il est radicalement matérialiste et obsédé par le concept de la prédestination. On peut aussi lui imputer certaines largesses dans le domaine de la morale sexuelle et de la rigueur théologique.

La conversion de la péninsule tarnoise au catholicisme s'est fait dans le sillage de l'émeute de Sayakon. C'est un véritable élan missionnaire populaire qui a pris possession du sous-continent avec toutes les conséquences qui vont avec cela. L’Église tarnoise se distingue ainsi par une approche beaucoup plus axée sur la vision des ordres mendiants et jésuites, héritage dû au fait que ceux qui ont assuré la conversion et ensuite été nommé évêques sont issus d'un milieu proche des franciscains et capucins. L’Église tarnoise n'est donc pas comme les églises alméranes une église de princes et de dignitaires, mais une institution très proche des idées radicales de François d'Assise et de Jérôme Savonarole.

Après l'émeute de Sayakon, un phénomène particulier a marqué certains milieux du clergé tarnois, celui de l'idée de l'Ascension donc d'une mission donnée par Dieu pour construire sur terre un Royaume de Dieu basé sur les préceptes chrétiens. Les évêques les plus proches du mouvement nationaliste, deuxième grande force historique dans le cadre des évènements de Sayakon, ont développé à leur tour le concept du Royaume divin. Selon eux, pour pouvoir créer le Royaume de Dieu, il serait nécessaire au préalable de réunifier les territoires tarnois perdus afin de constituer un bloc « pouvant vivre sur soi-même sous le regard de Dieu de la terre et des mers internes ». C'est dans ce cadre qu'une alliance entre le trône et l'autel s'est engagé concernant l'Icario car ces mêmes évêques se sont montrés prêts à soutenir la Couronne tarnoise dans sa tentative de réunifier les territoires tarnois.

Les principaux acteurs religieux soutenant la Couronne tarnoise sont l'évêque d'Orkmonkon, l'évêque de Wartown et l'évêque de Sudokon. Les trois hommes se sont dits prêts à organiser des missions en Icario afin de convertir la population locale à la Vraie Foi, donc le catholicisme tarnois, et par extension pouvoir élargir leurs évêchés respectifs au-delà de la mer interne. La Couronne s'engage pour sa part à financer les missions et à reconnaître en cas de succès les extensions des évêchés. Également, en cas de reconquête réussie, l'évêque d'Orkmonkon sera nommé comme archevêque de Ceuta. Ce dernier point est conditionné à ce que le Prince tarnois puisse convaincre le Pape d'approuver cette nomination et donc il n'est pas impossible que cela ne se réalise pas, ce qui est exactement ce que la Couronne tarnoise espère, ne désirant pas vraiment voir l'évêque d'Orkmonkon prendre trop de pouvoir.

On notera l'absence de l’archevêque Belm Karn dans ce groupe. Celui-ci a décidé de ne pas participer à ce qu'il juge être un « marchandage ignoble ». Il s'est en revanche affirmé d'accord avec l'idée de conduire des missions en Icario pour convertir la population et aussi de faire avancer via les missionnaires la cause loyalistes, donc de militer en faveur de la réunification de l'Icario avec le reste du Tarnosia. Néanmoins, le cardinal ne veut pas voir l’archevêché du Zorokan s'étendre en Icario. Cette prudence n'est que partiellement motivée par des considérations morales. Belm Karn pense que les évêques risquent de se brûler politiquement à force de vouloir transformer l'Icario en une extension des évêchés péninsulaires. Selon lui, il faudrait constituer des évêchés autonomes et locaux afin d'éviter à ce que l'Icario puisse avoir l'impression de perdre sur le plan religieux avec la réunification.

Entre temps, l'ambassadeur tarnois au Vatican a approché le Pape au sujet des missions en Icario. Celui-ci aurait confirmé de manière évasive qu'il approuvait des missions tant que cela ne dérangeait pas les autorités locales. En somme, la Couronne tarnoise ne peut pas compter sur le Saint-Siège pour l'aider dans son projet de convertir l'Icario car il aurait forcement à un moment donné des frottements avec les autorités locales.
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[bask][center]LA LIBERTE DE l'EGZONKAN

- Chapitre 6 : Le Gsang Alta Ziita -[/bask]

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Le jeune berger s’avança vers la colline au cœur laquelle trônait un vieux chêne au feuillage renaissant. Les moutons braillaient autour de lui pendant qu'il sortait son ocarina et observait la ville de Ceuta qui s'étendait à l'horizon. Autour de lui, on pouvait voir quelques restes de murs et de colonnes en pierre, vestiges d'une époque où on avait décidé de bâtir un temple autour de l'arbre millénaire. Néanmoins, ces temps étaient révolus et les étrangers avaient saisis les terres sacrées de l'Est. Partout les sauvages d'Outre-mer assassinaient les forêts pour satisfaire leur faim de métaux et d'une terre cultivée ensuite de manière rapide et extensive. Ils appelaient cela le progrès, mais en vérité, ils amenaient que la mort et la stérilité.

Il porta alors l'ocarina à sa bouche, entamant une musique ancestrale, venue de l'ère où la ville et la forêt cohabitaient, où les raptors et les pandas vivaient encore à l'Est de la Mer orientale. Le jeune berger se souvenait durant son incantation de cette vieille chanson que les anciens de son village avaient eu pour habitude de chantonner.

« Esh ysch e dag wa grosa gwalt,
A dag usch alta zita und grosa gsang,
Woh keniga aynd prieschta gherscht heint,
Woh mena frii aynd riich glebt heint,

Oh iehr alta getter us ewiga ziita,
Oh iehr mechtiga geischta erzihta,
Egzohchan isch verdorbu und dod,
Titanua liegt in fyr and unter ascha rot,

Niina ysch es lebo so schwer gwordu,
Als ihm lande far awag vram morgu,
Heinte wier numo gwissot vram kryeg,
So gflohot heine wir kenna zu Geheg,

Eys wyrd chomo aus dem Weschto,
Ey freuy ohne rang aynd leschto,
Mon Son werda mayn si nenno,
Krygery dem Kenig trey aynd sanno,

Minason, Monasmon, es isch numa eins,
Zwo stett oyne gloria and oyne riichtigkeyt,
Far dem sollo deyr segu chumunt fer isch,
Frii and riich wida mal gslebo zu cheno, »


Les paroles cessaient de résonner dans la tête du jeune. Elles ont résonné depuis trois siècles autour des feux de camps, mais lentement elles s'évanouissent de la mémoire des hommes et des femmes. Qu'en reste-il des temps anciens à part des ruines et des larmes ? Tout se dissipe et se défait. Dans quelques générations, rien n'existera plus sur cette terre. Le béton et l'acier auront triomphé de la brique et des pierres. La tristesse envahit ainsi le berger alors qu'il se laisse tomber auprès les racines du chêne, contemplant la cité moderne, si infâme par son apparence et habitée par les meurtriers de sa race. Ses yeux se rivent sur l'agglomération et il dit donc, dans ce qui reste de la langue antique.

« Verfluecht sigasch du, staadt ohne ehr and grend, verfluecht bis zum leschto stayn. Duu euh solsch dye schmach der eroberyg kenno. »

Sa malédiction contre cette cité sans honneur et sans fierté semble bien vaine. Comment pourrait-elle connaître le malheur de la conquête, celle qui a été bâtie par les conquérants sur les ruines d'un petit village sans nom ? A quoi bon les Dieux antiques pourraient écouter les réclamations d'un pauvre berger sans rang et sans nom.

C'est alors qu'une hirondelle se posa sur le genou du jeune. Le berger l'observa avec intérêt. Il n'a jamais vu un tel oiseau sur ces terres. L'oiseau se lança à nouveau dans l'air, cassant la lumière solaire en des rayons doux et glorieux. On pourrait croire un signe des Dieux, mais le berger savait que ceux-ci n'écoutaient plus les mortels depuis des siècles.
Amaski

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[bask][center]LA LIBERTE DE l'EGZONKAN

- Chapitre 7 : En route vers Egzonkon -[/bask]

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Le navire perçait les vagues de la Mer orientale en direction de San Sebastian, ville qu'on avait jadis connue sous le nom d'Egzonkon. Le bateau crachait de la fumée noire depuis une cheminée installée à la hâte quand durant Grand Chaos l'essence avait disparue dans la péninsule tarnoise. Son bouc avait été renforcé au fil des ans avec des plaques d'acier car la guerre atomique avait rendu le climat instable et au plus profond de l'hiver, le Sud de la mer était des fois envahi par des plaques de glace flottant dangereusement à travers les eaux. C'était un phénomène relativement rare, mais pas impossible dans un monde luttant encore contre toute la cendre volcanique et atomique envoyée dans l'atmosphère.

Une hirondelle se posa sur le sommet de la balustrade en acier rouillé du navire. Le petit oiseau était venu depuis l'Est et quelques marins étaient visiblement surpris de voir cet animal si loin de la terre ferme. Qu'-est ce qui avait pu conduire l'oiseau vers ce lieu insolite pour un volatile ? La Mon Son s'approcha de l'animal et tendit la main. L'hirondelle sauta dessus, observa la jeune femme habillée d'une robe noire avec ses petits yeux pour ensuite à nouveau s'envoler vers le ciel. C’est alors qu’un homme s'approcha d’elle ; jeune, portant une soutane avec un gilet pare-balles par-dessus et avec un katana pendant à sa ceinture. La Mon Son se retourna et lui demanda.

« Combien de heures encore avant que nous arrivions à Egzonkon ? » dit-elle. Le jeune homme lui répliqua.

« Deux ou trois heures, cela peut varier en fonction du temps et aussi de l'assiduité des douaniers quand nous voudrons accoster. Comme l'Icario n'a pas d’eaux territoriales, cela rend les choses plus complexes au port. »

Il ajouta, sentant la Mon Son nerveuse.

« Ne vous inquiétez pas, ashnarï*. Le pouvoir des démons n'arrive pas jusqu'à ici. Leur influence ne franchit pas l'eau car elle est d'essence sacrée. La pestilence du Faux-Monde* se contente, pour le moment, aux territoires orientaux, heureusement pour nous. »

La Mon Son se tut pendant au moins une minute avant de répondre.

« Le pouvoir du Faux-Monde s'affaiblit en Icario, mais les démons restent très forts. Nous n'aurons pas la tâche aisée. Est-ce que la Résistance est au courant pour notre venue ? »

Le guerrier sourit et dit.

« Oh, ils le sont. Ils nous attendent au Palakeon qui est situé dans ce qui forme aujourd'hui les égouts de San Sebastian. Apparemment, les Envahisseurs ne se sont même pas rendu compte de ce qui se cache sous leurs pieds. Ce n'est pas surprenant. Ils ont toujours méprisé ce qui ne rentrait pas dans leur petite vision du monde. Néanmoins, je dois vous avertir que vous risquez d'être déçue à leur sujet. Ils n'ont pas bien prospéré durant les derniers siècles et il faudra du temps pour que la Résistance redevienne une arme au service de la liberté. »


Légèrement irritée, la Mon Son signala à son compatriote.

« Je suis parfaitement consciente de cela. » Elle finit alors par ajouter.

« Néanmoins, ils sont l'outil idéal pour chasser les Envahisseurs. Quel que soit leur faiblesse, ils sont ceux qui ont eu le courage de vouloir continuer le combat contre les Numanciens aux heures les plus sombres. Comment ne pourraient-ils pas être les plus aptes à devenir les parangons de la liberté de l'Icario ? Notre confiance doit être totale. Dieu est de notre côté alors que les Numanciens se sont adonnés au cultisme et au satanisme. Nous pouvons que gagner. »

*dame (néo-tarnois)

*Faux-monde, concept définissant de manière large l'idée d'Occident voire de culture occidentale. La culture occidentale est imaginée comme quelque chose de vivant et organique.
Amaski

Message par Amaski »

[bask][center]LA LIBERTE DE l'EGZONKAN

- Chapitre 8 : Dans les égouts d'Egzonkon -[/bask]

[img]http://img11.hostingpics.net/pics/8472640354146092494273702.jpg[/img][/center]
Les égouts de San Sebastian étaient sans aucun doute la partie la plus noble de la cité. Alors qu'au-dessus, les grandes fortunes almérano-latines s'adonnaient à la débauche et à la vilenie, les flots d'eau y emportaient les excréments et les détritus en direction de la Mer. Les égouts accomplissaient une tâche noble mais bien vaine, celle de vouloir purifier une ville qui avait porté l'art du pêché et de la corruption à son sommet. La vieille agglomération comptait un nombre impressionnant de dames de compagnie, de tavernes de mauvaise réputation et de magasins vendant des produits douteux. Il eut fallu emporter tous ses habitants pour pouvoir espérer rendre San Sebastian un jour vraiment propre, mais cela n'était pas possible, pas tant que le Gouvernement des Etrangers était au pouvoir.

La Mon Son et le moine-guerrier avançaient sur les quais des égouts, tentant aussi bien que possible d'ignorer l'odeur insupportable émise par les flux verts-brunâtre. Ce n'était pas facile, mais au moins ils avaient la certitude que personne pourrait les suivre ici-bas, pas sans succomber à une nausée et des conséquences audibles à distance. Ce lieu était bien triste car il avait jadis était une des parties les plus modernes de l'antique cité, mais depuis, la ville avait été envahie par une décadence funeste, chacun voulant profiter sans bâtir pour la prochaine génération et le résultat était que tout se défaisait et qu'on voyait la polis dépérir lentement. Les égouts rappelaient comment jadis les hommes bâtissaient pour les siècles.

Après une quinzaine de minutes de marche, la Mon Son et le guerrier bifurquèrent et entrèrent dans un couloir étroit à la fin duquel se trouvait une grande porte en fer. Elle datait visiblement d'après la chute d'Egzonkon car elle était conçue dans un style inhabituel pour les architectes et ingénieurs de la grande cité. Le moine-guerrier s’avança alors et frappa contre le sommet de la porte. Quelques instants plus tard, on pouvait entendre comment quelqu'un déplaça des barres de fer et activa des mécanismes de verrou. La porte s'ouvrit alors grandement et un vieillard chétif se présenta aux aventuriers, portant dans une main une torche et dans l'autre un anneau à clés.

« Vous voilà, vous êtes en retard. Le Conseil vous attend. » dit-il avec une voix rauque et avec un manque de protocole total. La Mon Son et le moine suivirent alors le gardien sans se poser trop de questions. Ils traversaient un grand hall en pierre sans décoration et doté de colonnades visiblement datant de l’époque impériale. La jeune femme demanda alors au vieillard.

« Est-ce que nous sommes dans le Palakeon? »


Le gardien afficha un sourire édenté et expliqua.

« Non, non, nous sommes dans un des réservoirs du vieux Egzonkon. Bien évidemment, nous l'avons réaménage depuis la conquête pour en faire un lieu de refuge. Les Almérans n'avaient aucun besoin pour des grands réservoirs souterrains. Ces gens n'ont pas l'habitude de se baigner et ne cherchent pas à éviter l'eau insalubre. Ils sont comme des animaux, mais avec la différence d'avoir été lourdement armé à une époque. Aujourd'hui les choses ont changé car le Numancia n'est qu'une ombre d'elle-même et le Saint-Empire un amas de bric et de broc. »

Ils arrivèrent alors devant ce qui semblait être l'accès à une autre grande salle. On pouvait voir comment l'entrée avait été taillée et murée ad posteriori. Deux grandes portes en bois massif protégeaient la sortie du hall. Le gardien s'approcha des portes, fouilla parmi la centaine de clés qu'il disposait pour en trouver une de taille moyenne qu'il enfonça dans la serrure et la tourna vigoureusement.

« Les autres vous attendent. Par sécurité, nous tenons cette porte constamment fermée. La sécurité avant tout, vous comprendrez bien… »

C'est alors que le vieillard tira la porte vers lui, donnant la vue sur la salle située au-delà. La Mon Son s'exclama immédiatement.

« Oh...mon...dieu. »
Amaski

Message par Amaski »

[bask][center]LA LIBERTE DE l'EGZONKAN

- Chapitre 9 : Le Sommet au Palakeon -[/bask]

[img]http://img15.hostingpics.net/pics/78379608dc673c6d927d86f74ec7ccefada229146097830585980.jpg[/img][/center]
De l'autre côté du seuil de la porte s'étendait une salle monumentale ronde. Des colonnes taillées dans la roche s’élevaient vers une voûte centrale donnant un air de grand temple à tout l'espace. Au fin fond de la salle se trouvait une vaste abside dans laquelle trônait sur un piédestal long de plusieurs mètres une sculpture faite dans un métal rougeâtre similaire à celui de l'épée de la Mon Son. La statue était anthropomorphe, dotée d'une tête hideuse et animalière ornée de tentacules et de yeux bridées sauvages. Ce lieu devait être très ancien, peut-être même provenir d'une époque antérieure à la fondation de la cité, pensa la Mon Son. Néanmoins, ce qui surprit véritablement la jeune femme fut de voir au cœur de la salle une grande table ronde autour laquelle était réunis des dignitaires connus et inconnus. Elle s'était attendu à beaucoup de chose, mais pas à voir le Prince tarnois, le cardinal Karn et d'autres représentants tarnois siéger aux côtés d'hommes et de femmes qui devaient être de la Résistance icariote. Le cardinal, voyant la Mon Son bouche-bée, lui dit.

« Madame, vous pouvez fermer votre bouche et venir nous rejoindre, nous n'avons malheureusement pas beaucoup de temps. »

Elle s’avança en compagnie du moine-guerrier et prit place entre le cardinal et un homme d'une trentaine d'années au visage cicatrisé et portant un treillis militaire datant de l'époque de la Révolution bleue. Le cardinal présidait la séance et reprit la parole avec une certaine fermeté.

« Je remercie les deux derniers représentants tarnois d'être venus. Je pense que vous connaissez déjà le Prince ? Il vous manque qu'à connaître nos homologues de l'Icario et de Nueva Esperanza. A votre droite, vous avez le sergent Ishark qui dirige le réseau de résistance de San Sebastian. A ses côtés vous avez la très honorable députée Sarina qui coordonne les réseaux de résistance au niveau de tout le territoire icariote et aussi essaye d'affaiblir le président Rodriguez à travers le parlement icariote. A sa droite, vous avez Merak qui dirige la résistance dans le Nord-ouest et à ses côtés vous avez Oran qui s'occupe surtout de Ceuta et l'Est. En face de vous, vous avez mes très estimés collègues de la Nueva Esperanza donc l'évêque Karyn, le président Ignazio et le maire de Nueva Esperanza, Royan.»

Tous les représentants firent des signes de tête au fur à mesure qu'on les présenta à la Mon Son et au guerrier de Dieu. Le cardinal continua alors.

« J'ouvre donc officiellement cette dixième réunion de la Résistance, la première de notre siècle, mais espérons-le pas la dernière. Comme vous ne l'ignorez pas, nous avons beaucoup progressé depuis que les tentatives des révolutionnaires de 2013 ont été déjouées. Cependant, le plus ardu reste à accomplir. La Couronne impériale est sujette à plusieurs prétentions et nous craignons que la résurgence du Saint Empire puisse sur long terme nous forcer à devoir redéployer nos énergies pour protéger l'Astara. L'interventionnisme au Jeekim démontre que l'Empire n'hésite pas à intervenir hors de l'Alméra et des vilaines rumeurs sur les discussions ayant eu lieu dans la Diète impériale suggèrent même une volonté militariste de la part de l'Empire. Pour le moment, nous avons encore un certain répit jusqu'au 25 décembre, mais cela nous donne que quelques semaines. »

« Que pensez-vous faire ? » demanda le sergen Ishark.

« La plus part des membres du Gouvernement tarnois pensent que pour diminuer les prétentions de l'Empire, il n'y a qu'une solution : restaurer l'Empire tarnois. Celui-ci servira à créer un espace impérial autonome par rapport à l’Église catholique et le Saint-Empire. Bien évidemment, cela sera surtout symbolique et n’affectera aucunement le statut de l’Icario libre.

Néanmoins, la Principauté avait du sens quand nous pouvions espérer la création d'un empire chrétien mondial et tenir Maleak sous contrôle, mais cela n'est plus le cas. Le Saint-Empire est par sa nature qui cofond religion avec pouvoir politique un adversaire dangereux qui peut lever des prétentions sur des nombreux territoires. La restauration impériale peut permettre de leur compliquer la tâche et nous permettre d'avoir un bouclier sur le plan religieux et symbolique contre eux.

Néanmoins, je pense que nous gagnerions à passer à la discussion sur le cas de l'Icario. »
Amaski

Message par Amaski »

[bask][center]LA LIBERTE DE l'EGZONKAN

- Chapitre 10 : Le dieu noir -[/bask]

[img]http://img15.hostingpics.net/pics/490632Cthulhu146105579277823.jpg[/img][/center]
Les discussions avaient été interrompues pour une durée d’une demi-heure afin de permettre à chacun de se restaurer voire de se reposer pendant quelques minutes. N'ayant rien à faire, la Mon Son se leva de la grande table ronde et alla auprès la statue géante située au fond de la salle. Le gardien se tenait déjà devant elle, serrant dans sa main droite un cierge noire et dans l'autre une pierre rouge. Il avait les yeux rivés sur la tête de la créature en roche et la Mon Son pouvait l'entendre murmurer dans la langue antique.

« Almach dohan Sulja, alwisso, almechtig aynd sygrich. Dii gwillo sollo gescheh uf ischa wält, hyer and fer alla aewigkeit. »

Soudainement le gardien interrompit son invocation et se tourna vers la Mon Son. Il lui sourit et dit.

« J'espère de ne pas vous avoir effrayé ? L'Antika* sonne très étrange à ceux qui n'ont pas été instruits dans la langue antique. »

La Mon Son secoua la tête en signe de négation et répondit.

« Non, non, j'étais simplement intriguée par la statue. Je ne me souviens d'aucun dieu tarnois qui ait une tête à tentacules. C'est une étrange représentation. »

Le gardien posa la bougie noire sur le petit autel situé au pied du monument et expliqua.

« C'est car ce n'est pas un dieu tarnois, de moins pas un qui soit dans le panthéon qu'on prie d'habitude. » Il inspira lourdement avant de continuer. « Cette divinité est un dieu noir. » Il remarqua la réaction choquée de la Mon Son et ajouta immédiatement. « Les dieux noirs ne sont pas forcément maléfiques. Ils sont tout simplement des divinités issues d'une autre époque, plus brutale et impitoyable. Des dieux venus de l'époque préhistorique pour être précis. Les gens les ont rapidement abandonnés quand l'agriculture et la domestication du feu leur a permis de ne plus craindre la nuit et la faim. Néanmoins, nous dans la Résistance vouons à ce Dieu noir un culte particulier. Peut-être que les situations désespérées poussent les gens à revenir aux dieux anciens. »

« Cela est de l'hérésie ! » s'exclama la Mon Son outrée. Le gardien la fusilla du regard et lui répliqua avec une voix extraordinairement ferme pour un homme de son âge.

« Hérésie ? Que savez-vous de ce qui se trouve au-delà des apparences du monde ? Que pouvez-vous savoir ? J'étais comme vous avant. Il y a quinze ans, je vivais dans un monastère sur les îles occidentales. J'étais pieux et je prierais votre Dieu d'amour et de miséricorde. Néanmoins, j'ai reçu la révélation de notre Créateur, le vrai, pas votre Dieu qui est au-delà. Nous sommes que des jouets dans les mains de dieux capricieux.

Les prières que je consacre au dieu noir sont sincères et j'espère qu'elles recevront une réponse car dans ce monde où tout n'est qu'illusion, la prière est l'acte le plus réel qui soit possible de faire. Vous verrez, le dieu répondra, il le fait toujours. »


La Mon Son avait écouté les paroles du gardien avec crainte. Etait-il complètement fou ? Comment le cardinal et le prince pouvaient tolérer sa présence ici ? Il devait être un sataniste ! Elle courra loin du vieillard qui la suivit du regard avec des yeux d'une froideur glaciale. C'est alors qu'elle aperçut le cardinal qui venait de reprendre place.

« Monseigneur, cet homme est entra de faire un culte à Satan. Vous devez l'arrêter ! »

L'homme d'Eglise se leva lentement et posa sa main droite sur l’épaule de la Mon Son. Le cardinal avait les mains chaudes et douces. Elle sentit son âme s'apaiser.

« Ne craignez rien, ma fille. Cet homme est animé des meilleures intentions. Pourquoi craindre son culte ? Dieu lui pardonnera son erreur et reconnaîtra sa vertu. De toute façon, ce n'est pas à nous de juger les actions d'un vieillard ayant vécu des choses terribles. Néanmoins, si la peur se saisit de votre âme à nouveau, je suis prêt à vous conseiller de mon mieux après la réunion. »

Il montra avec son autre main en direction du siège de la jeune femme et dit.

« Rasseyez-vous, les discussions vont bientôt reprendre. Sans aucun doute qu'elles vous distrairont de ce que vous avez vu. Soyez sans crainte, Dieu est de notre côté. Notre Dieu est celui de la lumière et de l’amour, pas des ténèbres. »
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