[RP 2028 - ...] Le Trône du Lotus

Johel3007

Message par Johel3007 »

Le Trône du Lotus
06/10/2028

[img]http://s15.postimg.org/uom2dphrf/MVC_007_F.jpg[/img]

Le décor avait quelque chose de déplacé et d’anachronique. Dans la cour menant à la salle d’audience, agencé de part et d’autre du chemin d’accès principal, des statues montaient la garde. Loin des guerriers des temps anciens, les hommes et femmes représentés ici affichaient une modernité qui contrastait avec le style artistique du statuaire. La lourde armure de bronze avait été échangée pour une combinaison de combat moderne. La pierre peinait à rendre avec précision la souplesse de leurs treillis imperméables surmontés par diverses protections en kevlar et plastique. Le fusil d’assaut « BoomStick », copie locale de la gigakov, qui reposait entre leurs bras semblait bien moins menaçant que la lance pointue ou le glaive acéré qui pendaient aux ceintures de leurs prédécesseurs.
Mais lors des rénovations de 2026, Bô Ka avait été clair : si les traditions ne devaient pas se perdre, il convenait aux arts de chaque génération de représenter leur temps. L’art, au-delà de sa simple beauté esthétique, était un témoignage pour les générations futures. Et Bô Ka, à plus de quatre-vingt hivers, ne tenait pas à être vu par les générations futures comme un souverain figé dans le passé en dépit du bon sens. Cette volonté résultait en un aspect assez particulier, où des ornements stylisés et de riches en gravures typiques de la culture austrobeysinoise étaient affichés par-dessus les lignes épurées et pragmatiques de l’architecture moderne. Le palais semblait pris entre deux époques, tiraillés entre deux modes, acceptant le progrès technique sans abandonné ses racines. Que l’effet soit réussi ou pas était quelque chose de subjectif…

Assi sur son trône, Bô Ka contemplait la procession d’invités qui s’avançait lentement vers lui. Il y avait là les délégués politiques des districts, les directeurs des différentes entreprises nationales et les officiers supérieurs de l’armée. Chaque personne détenant une autorité sur quoique ce soit qui appartenaient jadis à l’Assemblée Citoyenne se pressaient à présent pour rendre hommage à son nouveau maître. Mais on trouvait aussi des hommes d’affaire, des hommes de religion, des représentants d’associations citoyennes ainsi que quelques ambassadeurs étrangers. Déjà installés aux premiers rangs, les représentants des Royaumes de Maok et de Roumalie qui, par leur position avantageuse, rappelaient que le Trône du Lotus disposait déjà de quelques soutiens étrangers directs parmi les monarchies de l’hémisphère sud. Si une telle foule s’était présentée, c’était justement car le nouvel ordre avait besoin de soutiens et, pour les obtenir, distribuerait sans doute certaines largesses. Bô Ka n’avait aucune intention de faire cela mais laisser planer le doute lui convenait : chaque personne d’importance qui reconnaitrait son autorité était autant de légitimité en plus à sa couronne.
Au sujet de la couronne, celle-ci était absente. Elle aussi un symbole passé depuis longtemps en désuétude, elle n’était plus nécessaire au front d’un monarque pour établir son autorité. Pas plus que l’épée à la ceinture d’un officier. Bô Ka avait préféré quelque chose de plus pratique comme symbole de son pouvoir. L’épais bracelet qu’il portait contenait en lui les codes de cryptage pour l’ordre de tir de l’arsenal balistique chimique déployé à travers le pays, ainsi qu’un système comparable à un téléphone satellite pour en relayer l’ordre. Un service fourni par pas moins de six entreprises de télécommunication distinctes établies dans différents pays, auprès desquels les contrats avaient été enregistrés au nom de sociétés d’import-export servant d’écrans aux Services Spéciaux Wapongais. Bijou de technologie bénéficiant d’une protection électromagnétique convenable, il était supposé être l’ultime défense de vallée contre un envahisseur. Et en tant que protecteur de la vallée de Wa, il était normal qu’il porte bien en évidence cette arme dont la seule existence était supposée éviter son usage.

Il avait fallu près de quarante années mais Bô Ka avait tenu une promesse faite à un vieil ami : il avait restauré le royaume de Lee Yu et protégé son fils. Bien entendu, Lee aurait pu lui reproché que Pui ne soit pas sur le trône mais Bô doutait de la capacité du jeune homme à régner en paix : Pui avait eu la jeunesse d’un tueur, d’un conquérant et d’un truand, plus proche de celle de son père que de celle d’un prince respectable. Et si la jeunesse de Bô Ka ne valait pas mieux, le vieil homme avait l’avantage de commander un respect né du poids des années autant pour son expérience de diplomate freelance que pour le fait que, dans l’esprit de chacun des courtisans venus s’incliner devant son trône aujourd’hui, il n’en avait plus pour longtemps à vivre. En usurpant la place de son neveu, Bô Ka préparait en fait le terrain et donnait à celui-ci l’occasion de se prouver au peuple de Wa et de conquérir les cœurs. Peut-être y arriverait-il ? Ou pas…

Bô Ka fut tiré de sa rêverie par le son d’un gong. Sorte de cymbale géante faite de bronze et cuivre, celui-ci, d’un diamètre de près de quatre mètres et vieux de trois siècles, avait naturellement trouvé sa place de choix dans la salle du trône grâce à la monstrueuse cacophonie qu’il faisait. L’écho d’une dizaine d’autres de ces engins démoniaques se propagea à travers tout le palais, indiquant le début des audiences. Bien entendu, soucieux là aussi autant du modernisme que du pragmatisme et de la dépense, Bô Ka n’avait pas fait construire des répliques du mastodonte métallique qui assourdissait ses invités. Il s’était contenté de puissantes enceintes électroniques importées directement d’Hokkaido. Elles avaient aussi d’autres usages que celui d’imiter le son du bong, bien sûr.

Micro en main, habillée et flanquée de deux des Amazones Maokiennes ajoutées à la sécurité du palais sur ses recommandations, Mina Syu, Première Déléguée du District 65, prit la parole.


Mina Syu :
Première Déléguée du District 65
« -En ce premier jour de la première année de son mandat tel qu’octroyer par la bureaucratie céleste et avec la bénédiction des Kamis, Son Auguste et Sage Majesté Bô, Jugwonjag de la vallée de Wa, protecteur de ses peuples et maître de Lokfol, proclame les déclarations suivantes :
  • Que soient remerciés les délégués, directeurs, officiers et autres personnalités notables de la vallée pour leur présence en vue de présenter leurs hommages et, à travers elle, pour la sagesse dont ils font preuve en reconnaissant l’autorité de Son Auguste et Sage Majesté sur les territoires revendiqués par le Trône du Lotus comme légitimement siens.
  • Que quiconque est en désaccord avec la précédente proclamation, en partie ou dans son entièreté, est libre et même encouragé à quitter séance tenante le palais de Son Auguste et Sage Majesté. Aucun mal ne leur sera fait en ce jour ou jamais pour cette marque de caractère.
  • Que la résolution n°039-1006/2028 concernant la formalisation légale de l’organisation du Royaume de Wa et de l’aristocratie en charge d’en garantir la stabilité est acceptée sans réserve.
  • Que pour leur abnégation et altruisme au service de Sa Majesté au cours de ces dernières années, sont anoblis au titre de Jajag les honorables Liu Kaï, Mina Syu, Elya Nyo, Zö Huz, Anëa Ruy et Miar Nyki. Ce titre leur donnera accès, à eux-mêmes et à l’héritier de leur choix, à tous les privilèges afférant à la condition de Jajag du Royaume de Wa. Puissent-ils continués, par leur exemple, à inspirer d’autres à faire preuve de la même excellence et loyauté en toute chose. Leur titre et ses privilèges seront confirmés par l’Assemblée Citoyenne dans les mois à venir.
  • Qu’en accord avec la résolution n°039-1006/2028, sont déclarées ouvertes les enchères pour la vente des 620 Gong-bu. Celles-ci seront organisées au palais de Lokfol et supervisées par les Jajags Anëa Ruy et Miar Nyki, dans lesquels Sa Majesté place toute sa confiance.
  • Que, bien qu’à l’écoute de Ses sujets, Sa Majesté n’aura pas le temps d’écouter les doléances de ceux-ci en ce jour, devant en priorité accorder son temps aux visiteurs venus lui prêter hommage et/ou serment de loyauté, pour lesquels il convient de démarrer sans tarder…

Ainsi a parlé le Jugwonjag Bô du Clan Ka. Que s’inclinent ceux qui acceptent ces paroles et que se lèvent ceux qui les contestent. »


Formulation étrange et nouvelle qui surprit assez l’auditoire pour que personne n’ose défié le nouveau souverain de la vallée de Wa. Et ainsi débuta la cérémonie des hommages où, six heures durant, les différents officiels du gouvernement de l’ex-République furent appelés devant leur Jugwonjag. Il était bon d’être Roi…
Johel3007

Message par Johel3007 »

Le Trône du Lotus
12/11/2028

Le Jugwonjag était vieux. Très vieux même. Il était vieux et sans héritier, un état de fait qui ne changerait sans doute pas, considérant qu'il était aussi célibataire. Les maîtresses, aventures d'un soir ou même prostituées n'avaient pas manqué lors de sa longue vie, comblant ses passions et fantaisies diverses, faisant battre son cœur ou le brisant au gré des années. Mais le fait était que, dans la tradition makiranne, la mesure d'un homme de pouvoir se mesurait à l'importance de sa descendance et donc des femmes attachées à sa personne. Et pour un souverain assumant un mandat céleste, pas question de se contenter d'une réputation de séducteur : il fallait une épouse, une âme-sœur officielle, première parmi les autres femmes, à la vertu irréprochable et dont les enfants honoreraient la mémoire de leur père car son nom leur conférerait de nombreuses dignités.

Zhu Bô Ka, alias Bô 1er, s'était depuis longtemps affranchi des conventions culturelles de sa patrie, ne les acceptant que quand cela l'arrangeait. Mais le peuple et encore plus ses partisans y étaient très attachés. La rumeur qui était parvenue à ses oreilles était donc acceuillie avec bienveillance et même une pointe d'intérêt. Anëa Ruy, Première Déléguée du District 77, était en charge de la mise en place de l'aristocratie de sang. Cela supposait d'enquêter sur les candidats potentiels, les contacter, les informer et au final les recruter pour les enchères. Et parmi les nombreuses dames de familles fortunées auxquelles la jeune femme avait eu l'occasion d'approcher, il s'en était trouvé une qui, contre toute probabilité, avait manifesté d'avantage d'intérêt pour la personne de Bô que pour la dignité nobiliaire et ses privilèges. Plus surprenant encore était l'origine de cette personne.

Il s'en était suivi une requête aux Services Spéciaux pour une fiche de renseignements visant à éclaircir la situation aux yeux du souverain. C'était celle-ci que Bô examinait en ce moment, confortablement installé dans la suite mise à sa disposition au Maok entre deux visites.


[quote][img]http://img15.hostingpics.net/pics/154561PrincesseChengLeiHai.jpg[/img]

Nom : Cheng
Prénom: Lei-Hai
Origine: Roumalie
Ethnie: Kiyu
Titre: Son Altesse Royale, Princesse

Biographie abrégée :

1994 : Naissance à Rouziwu. Fille cadette de Cheng Tsu-Tao, précédent souverain de Roumalie.

1994 - 2009 : Éducation de base à la Cité-Soleil, éducation traditionnelle, mentions particulières pour la calligraphie, le tissage de la soie et les mathématiques avancées. Maîtrise précoce des madarins Kiyu et Kai, du Surinois Classique, Deltaïque, Méridional et Talasique, du Dakan, du Raksasan, du Latin, du Fiémançais, du Rostov, de l'Adélien et du Turc.

2009 - 2019 : Études universitaires au Kaiyuan. Maîtrises en océanographie à la Royal University of Kine. Certification en informatique, en chimie et en mathématiques. Intérêt marqué pour le dessin, particulièrement pour la forme ''réaliste''.

2019 - 2027 : Conseillère spéciale auprès de Cheng Tsu-Tao[/quote]
Johel3007

Message par Johel3007 »

Le Trône du Lotus
20/11/2028
Cité Soleil
Roumalie


[img]http://s18.postimg.org/ktybllpmh/humble_garden.jpg[/img]

En cette fin de printemps, les jardins de la Cité Soleil se paraient des milles couleurs propres à la végétation du Beysin Austral, achevant la transition entre torpeur lascive et vibrante activité qu'alternait la nature au gré des saisons. Cette année avait été douce et même alors que les jours se faisaient déjà bien long, le soleil restait rare. Profiter donc de ce beau et chaleureux matin était donc un plaisir devenu rare pour Lei-Hai. Princesse de la Maison Cheng et unique fille de feu le Roi Tsu-Tao et sœur cadette de l'actuel Roi Bu-Jian, elle se fondait avec grâce dans la silencieuse harmonie de la Cour et son quotidien hautement ritualisé.
Pourtant, Lei-Hai était une excentricité dans la Maison Cheng. Âgée de 34 printemps, elle était toujours célibataire alors que la tradition voulait que la plupart des princesses fussent rapidement engagées avant leur 20ème hiver afin, comme le disaient les sages "que leur beauté eusse juste eu le temps de fleurir et soit encore loin de se faner". Une belle phrase qui, de manière pragmatique, signifiait qu'on livrait à un Prince ou autre homme d'importance une épouse fertile à même de lui assurer une descendance. Mais Tsu-Tao, s'il n'était pas pour la modernisation des mœurs, avait su se montrer souple avec ses enfants, pliant les coutumes lorsqu'elles s'opposaient aux rêves et passions de sa famille. Ainsi, Lei-Hai avait passé une bonne partie de sa vie comme étudiante. La Princesse était d'avantage qu'un joli visage enrobé dans un paquet de soie et pomponnées des artifices de l'épouse courtoise isolée dans ses broderies, calligraphies et prières. C'était une scientifique, biologiste de talent et mathématicienne douée qui alliaient aux sciences dures une maîtrise linguistique très large, complétée par une connaissance poussée des us et coutumes des peuples du Makara.
Envoyer la jeune femme pour étudier au Kaiyuan avait rencontré certaines oppositions à l'époque, en particulier parmi les plus conservateurs des mandarins. Mais cela s'était avéré une bonne chose, en fait, Lei-Hai participant bien plus activement à renforcer la Maison Cheng par ses conseils au Roi qu'elle n'eut jamais pu le faire en épouse pendue au bras ou effacée dans l'ombre d'un mari.

Mais aujourd'hui, son rôle de conseillère avait pris fin. Son père était mort, rejoignant dans la tombe tous ses frères sauf un, lequel était de l'autre côté de l'océan et se passait volontiers des conseils de sa sœur, préférant continuer d'agir en première ligne comme un jeune prince faisant ses armes plutôt que d'assumer le rôle de sage qu'exigeait à présent de lui la couronne. Les mandarins, s'ils montraient à Son Altesse la déférence et le respect dû à son rang, la tenait largement à l'écart de la gouvernance, laissant le Conseil des Cinq régenter le pays en l'absence du Roi Bu-Jian. De ce qu'elle pouvait voir, entendre et lire, ce n'était pas forcément une mauvaise chose et, si elle n'était pas d'accord avec certaines des positions prises par le Conseil, force était de constaté que le royaume était prospère et le peuple heureux.
C'était donc avec une certaine surprise et méfiance qu'elle considérait les propos de son interlocuteur, marchant à ses côtés en écoutant poliment comme la coutume l'exigeait d'une princesse modeste et digne. L'homme avait obtenu une audience avec elle et cela n'avait pas dû être chose facile au vu de la différence de leurs rangs, occupations et devoirs respectifs.


Capitaine de la Garde Royale
"-... suspicions sont partagées par le Gouverneur Général de Jiyi, pour lequel je sais que vous avez un certain respect. L'homme a la même passion pour les sciences et la démarche rationnelle qui vous est connue. Il est ambitieux, certes, mais ses ambitions sont pour la Cité Soleil, pas pour lui-même. C'est un rêveur qui a vu le monde extérieur comme vous et désire, comme Sa Majesté, ouvrir une page moderniste pour la Roumalie, sentant la nécessité d'un changement mesuré. Hors, les machinations de certains mandarins et grands seigneurs pour saboter sa gouvernance dans cette direction vont à l'encontre de la volonté de Sa Majesté."

Cheng Lei-Hai :
Princesse de Roumalie
"-Les intrigues de l'administration me laissent indifférente, Maître. Nos serviteurs et mandarins ont toujours lutté pour accroître leurs influences et faire prévaloir leurs idées quant à la direction du royaume. Cela n'est pas forcément néfaste à la Cité Soleil et ne constitue certainement pas un crime. Pour ce que j'ai suivi de l'affaire à Jiyi, Son Excellence Qiang Yi-An n'agit point différemment de ceux que vous dénoncer, luttant à préserver son autorité sur Jiyi afin que ses propres projets aboutissent. Soyez assuré que Sa Majesté mon frère saura mettre bon ordre dans ce scandale. S'il a choisi de garder le silence pour l'heure, c'est qu'il estime comme moi qu'une telle dispute reste, à ce stade, bien en-dessous de lui et ne nécessite pas son jugement."

Capitaine de la Garde Royale
"-Encore faudrait-il que Sa Majesté fusse informé de la situation. Ou de tout autre situation, d'ailleurs. Cela fait des mois que notre maître ne s'est prononcé de vive voix sur quoique ce soit qui se passe dans notre beau pays. D'où mes soupçons concernant le Conseil des Cinq, qui chercherait à écarter le Roi de la gouvernance pour mieux pouvoir placer leurs propres partisans et soutiens. La frange conservatrice reste forte et, dans bien des cas, c'est une bonne chose, évitant une réforme trop brusque et imprudente de nos institutions et mœurs. Mais si elle devait être la seule à dominer la Cité Soleil, alors les rêves de modernité de Bu-Jian et de vous-même. Rêves que je ne partage pas mais il n'est pas ma place que d'exprimer une opinion construite sur le sujet. Mon devoir est de protéger la Maison Cheng dans sa chair et dans son autorité. Et je vois que cette autorité, par la mise à l'écart du jeune Roi par le Conseil des Cinq, est mise en danger. La Roumalie a besoin de Rois impliqués comme votre frère, Altesse, mais surtout de Rois sages. Pas d'une noblesse impotente profitant de privilèges depuis une cage dorée dont les mandarins garderaient la clé."

Cheng Lei-Hai :
Princesse de Roumalie
"-Et en assumant que vous soyez dans le vrai, qu'espérez-vous qu'une femme puisse faire à cela ? Notre voix ne porte qu'à travers nos frères, pères, époux et fils. Je n'ai aucun des trois derniers et n'ai pas non plus l'oreille de mon frère."

Capitaine de la Garde Royale
"-Votre Altesse et Sa Majesté commandent l'amour du peuple. C'est quelque chose dont le Conseil des Cinq a besoin de cultiver s'il peut vous garder en cage et de détruire s'il ne le peut. En l'absence de nouvelles du Roi, je ne peux que vous conseiller d'échapper à la cage afin, si besoin, de pouvoir appeler le peuple à en sortir votre frère. Si je venais à avoir tort, et les dieux m'en sont témoins que je l'espère, alors le royaume ne perdrait rien à avoir Votre Altesse en mission diplomatique dans une Cour étrangère. Il pourrait même y gagner. Il y gagnerait même certainement si je venais à être dans le vrai."

Lei-Hai médita une réponse mais n'eut pas l'occasion de la formuler : leurs pas les menèrent au bout du jardin, où un serviteur aux couleurs du Conseil les attendait. L'homme s'inclina avec l'humble déférence exigée par le protocole avant de s'adresser au capitaine de la garde royale.

Serviteur :
"-Maître Tshu souhaiterait s'entretenir avec vous."

Capitaine de la Garde Royale
"-Cela ne peut-il attendre ? De quoi s'agit-il ?"

Serviteur :
"-Il n'appartient pas à cet humble serviteur de le dire. Mais Maître Tshu a exprimé la plus grande urgence."

Capitaine de la Garde Royale
"-Fort bien. Je suis à la disposition de l'honorable conseillé Tshu. Votre Altesse, j'espère que cette promenade vous fut aussi agréable qu'elle le fut pour moi. Puis-je espérer que vous donnerez suite à ma requête ?"

Cheng Lei-Hai :
Princesse de Roumalie
"-Je la considérerai avec attention, capitaine. Allez à votre devoir. Je dois songer au mien."

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27/11/2028
Lokfol
Wa


Tel était l’histoire que Lei-Hai avait narré à Anëa Ruy, Première Déléguée du District 77, Jajag du même District, Conseillère spéciale auprès de Son Auguste et Sage Majesté Bô 1er, Jugwonjag de Wa et actuellement en charge des aspects « marketing » de la vente aux enchères des titres de noblesse d’argent. C’était sous prétexte précisément de sceller la participation d’une partie de la noblesse de sang de Roumalie que la princesse était revenue à Lokfol pour discuter avec la politicienne wapongaise. Un prétexte, rien de plus.

Car Anëa Ruy sut voir clairement et droit au but le message : Lei-Hai, à l’image d’autres têtes couronnées lors des révolutions orchestrées par Novgorod, venait trouvé asile au Wapong en vue de s’y exiler. Pas un problème en soit, d’autant que Anëa Ruy avait des plans pour la jeune femme, dont elle avait déjà décelé l’intérêt pour le Jugwonjag. Malgré tout le respect que la Jajag pouvait avoir pour son souverain, elle ne voyait pas trop ce que Lei-Hai pouvait trouver de séduisant mais soit… les voies du cœur, ect…

Le fait était qu’une telle union serait bénéfique pour la monarchie à court terme et que, si par miracle un enfant en résultait avant le décès de Bô 1er, ce serait l’occasion de solidifier une réelle dynastie, sous pression ou en tout cas avec le soutien d’un Roi de Roumalie ayant tout intérêt à voir son neveu placé sur le trône du Lotus. L’indépendance de Wa importait ici moins que sa prospérité et son modèle de civilisation. Et être LA province la plus prospère du Grand Royaume de Roumalie était un possible futur auquel Anëa Ruy souscrivait. Au diable le nationalisme…
Johel3007

Message par Johel3007 »

Le Trône du Lotus
06/12/2028

[img]http://s2.postimg.org/tuh7nosll/tea_ceremony.jpg[/img]

[quote]Bu-Jian, le roi roumalien, établit officiellement son QG sur Ilha de Marinheiros, coopéra avec les Kirépeins, étant passés de présumés adversaires à alliés, et divulgua publiquement, grâce aux satellites, à la Toile et messages diplomatiques éclairs, la réalité des événements et les télégrammes qui furent auparavant échangés entre le Soviet kirépien et le souverain de la Roumalie…

Concernant les aborigènes, le roi en profita pour saluer le ''duc'' du fief, vassal sur papier, et, par la langue de l'interprète sur place, remercia le fildago pour sa loyauté en une époque de crises et lui avoua être honoré de faire sa rencontre. Le roi lui exprima son empathie et attribua à l'île, dans les limites légales, le statut vassalique de Duché de Boaterra, gouvernement autonome incorporé à la Roumalie et ayant de privilège d'une administration locale…

De retour sur le sujet de la Roumalie, Bu-Jian, après avoir annoncé au monde ses tourmentes, il commença à s'organiser, lui, ses fidèles et ses alliés, tandis que le Conseil des Cinq, ébranlé par l'information, démenti amèrement, sous le prétexte honteux, que l'homme de Beaterra n'était rien de plus qu'un sosie usurpateur...La Roumalie en elle-même étant isolée, seules quelques élites avaient su, et les conseillers œuvraient à éviter les débordements sur le point d'arriver...[/quote]

La nouvelle de l’incarcération puis de l’évasion du Roi Bu-Jian, à présent réfugié et retranché à Boaterra, avait fait son chemin dans les médias de Wa, jusqu’à la Cour de Lokfol où, auprès des oreilles informées, l’histoire faisait écho à celle narée voici deux semaines par la Princesse Cheng Lei-Hai, officiellement en visite diplomatique pour représenter les intérêts de nobles et nantis Roumaliens. Le prétexte de sa présence pouvait être abandonné et c’est la tête haute que, depuis Lokfol, elle pouvait dénoncer à haute voix le Conseil des Cinq et leur usurpation. Cela ne dispensait toutefois pas d’une certaine préparation.

Assises à genoux devant une table, la princesse prenait le thé avec Anëa Ruy et Mina Syu, conseillères spéciales du Jugwonjag. Ce dernier, de retour du Maok, donnerait audience officielle à Lei-Hai dès demain. Mais entre officiel et officieux, il y avait moyen de ne pas perdre de temps pour une affaire déjà largement entendue.


Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Vous vous adapter vite à la routine du Palais, de ce qu’on m’a dit. Vos besoins sont-ils adressés convenablement ? »

Cheng Lei-Hai :
Princesse de Roumalie
« -On ne peut rêver plus luxueux. Cela l’est même un peu trop, par certains aspects. Et d’autres sont encore un peu étrange mais rien qui justifie de se plaindre. Je suppose que chaque pays a ses particularités. »

Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Si c’est au sujet de ce que vos gardes du corps faisaient avec ma secrétaire l’autre jour, soyez sans crainte, cela ne se reproduira plus. Ce genre de chose est toléré dans nos mœurs mais n’est en rien accepter pendant le service. L’ouverture d’esprit s’arrête là où le devoir commence. »

Mina Syu:
Première Déléguée du District 65
« -Votre personne ayant singulièrement gagné en importance, sa protection ne peut de toute façon plus être laissée à de simples miliciens. Elle sera désormais assurée par les Amazones, une troupe d’élite de zanyanaises mise à notre disposition par le Maok. En cas de besoin, demandez après Miar Nyki, qui a récemment été nommé à la tête de la sécurité du Palais. »

Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -En ce qui concerne votre audience avec Sa Majesté, elle se déroulera en deux phases. Une première audience officielle, où vous pourrez librement exprimer les raisons de votre présence, vos griefs à l’encontre du Conseil des Cinq ainsi que formuler une demande officielle d’asile...»

Mina Syu:
Première Déléguée du District 65
« -…ou une demande d’assistance. Le Royaume de Wa est jeune mais notre influence et puissance militaire n’ont pas grand-chose à envier à la Roumalie.. »

Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Il est hors de question que je conduise une armée contre les sujets de mon frère !! Entre les armes chimiques de Wa et la discipline des soldats de mon peuple, ce serait un bain de sang !! »

Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -En assumant que le Conseil des Cinq ne dispose pas d’un réel soutien populaire, nous n’en arriverons pas à cela. La simple menace d’une intervention militaire par Wa et, si besoin, le Pacte de Kanton, suffira à rallier à votre frère un bon nombre de régiments et donc à mettre la pression au Conseil des Cinq, qui capitulera sans combattre. Et en cas de résistance, nos troupes ne s’impliqueront que pour aider les régiments loyalistes à s’imposer face aux traitres. »

Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Vous raisonnez en terme d’allégeance à une faction, comme cela se fait en Wa. Les Roumaliens sont patriotes. Ils aiment leur Roi mais ils aiment encore plus leur patrie. Face à un agresseur étranger et sans certitude quant à l’identité réelle de mon frère, une majorité de soldats feront leur devoir de soldats, obéissant à la hiérarchie. Les « traitres » comme vous les appeler ne le seront que parce qu’ils désirent défendre leur pays, ce qui est leur métier et leur serment. »

Mina Syu:
Première Déléguée du District 65
« -Et cela est tout à leur honneur !! Mais de notre point de vue, que Wa intervienne ou non, un bain de sang s’en suivra entre soldats Roumaliens si le Conseil des Cinq ne cède pas aux seules pressions diplomatiques. Les soldats Roumaliens n’a pas cédé face au Pelabssa ou face au Raksasa, peu importe les pertes humaines et les moyens déployés contre eux. Ils n’ont jamais remis en cause le bienfondé de leurs ordres, obéissant à ceux-ci aveuglément, par sens du devoir, comme vous le dites. L’intervention de Wa en faveur des loyalistes à un moment propice pourrait mettre rapidement un terme au carnage. »

Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Cette intervention n’est pas une obligation ou même une fatalité. Mais elle ne pourra pas s’improviser en quelques jours si la situation finit par le demander. Voilà pourquoi il nous faut savoir dès aujourd’hui si des préparatifs doivent être faits. »

Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Sur le principe, soit. Mais j’aimerai savoir ce que Wa prévoira exactement. Je ne tiens pas à voir la Roumalie devenir une deuxième Libertie. »

Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Bien entendu. Ces scrupules et détails pourront être abordés directement avec Sa Majesté, lors de l’audience privée. Nous avons simplement besoin d’une déclaration d’intention lors de l’audience publique, afin de pouvoir justifier les préparatifs tout en démentant toute volonté impérialiste ou expansionniste : le Royaume de Wa n’agira qu’à la demande de l’autorité légitime du Royaume de Roumalie, c’est-à-dire la Maison Cheng, dont vous êtes une représentante. Entre l’audience et l’intervention, nous aurons l’occasion d’aplanir les choses avec votre frère. »

Mina Syu:
Première Déléguée du District 65
« « -Si c’est bien lui... »

Anëa et Lei-Hai se tournèrent à l’unisson vers Mina, qui se contenta de hausser les épaules.

Mina Syu:
Première Déléguée du District 65
« « -Je ne dis pas que le Conseil des Cinq n’est pas en train d’usurper le trône du dragon. Mais rien ne nous prouve que celui qui parle depuis Boaterra avec la voix de Bu-Jian ne soit pas lui-même un usurpateur au service du Kirep. Une manière pour les slaves d’annexer la Roumalie après la tentative de celle-ci de se rapprocher de l’Hokkaido. Peut-être n’était-ce pas leur plan initial mais si Bu-Jian a péri lors de son sauvetage, détruire le corps et remplacer votre frère par un sosie est possible. Un plan similaire existait sous la République pour votre autre frère. Que les Kirepiens aient pensé faire la même chose que les Wapongais ne m’étonnerait pas. »

Anëa Ruy:
Première Déléguée du District 77
« -Triste et sinistre... mais hélas une possibilité. Tant que nous n’avons pu organiser une rencontre avec votre frère, vous devez assumer être seule face au Conseil des Cinq. »
Johel3007

Message par Johel3007 »

Le Trône du Lotus
15/12/2028

[img]http://s16.postimg.org/tgj39ghbp/4ol_On.jpg[/img]

L'une des causes principales de conflit dans la vallée de Wa à travers les âges fut d'une part l'abondance de richesses minérales et d'autre part le manque cruel de nourriture. Un problème que plus d'un dictateur s'attela à résoudre, moins par bienfaisance envers son peuple que par volonté à prévenir les révoltes. Tous firent cette équation assez simple que le minerai vendu à l'étranger se transformait en monnaie et que la monnaie pouvait acheter de la nourriture. Et puisque les terres étaient si pauvres de toute façon, n'était-il pas plus pratique d'y cultiver des plantes dont l'utilité alimentaire était presque nulle mais dont la valeur monétaire permettait d'acheter dix ou vingt fois la quantité de nourriture qu'il eut été possible de cultiver sur la même surface ?
La logique était bonne en soit et les pièges d'une telle logique n'ont pu être clairement identifier et formuler que récemment par les progrès de la science. Ainsi, l'argent ne se transforme pas magiquement en nourriture directement dans les supermarchés. Il faut un certains nombres d'intermédiaires et prérequis en terme d'infrastructure pour la sécurité, le transport, le stockage, l'accès à l'information et quantité d'autres détails qui, jusqu'à peu, ne pouvait être planifié par une autorité centrale... et ne peuvent pas encore l'être aujourd'hui, même si quantités de partisans du Mouvement Technocratique y travaillent à travers leurs projets de développement de conscience numérique.

Dans le cas de Wa, les problèmes étaient avant tout une question d'infrastructures : il était tout simplement impossible d'importer physiquement le volume de nourriture requis. Et même si ce problème-là était solutionné aujourd'hui, il demeurait le problème de sa distribution adéquate et ponctuel à travers toute la vallée, depuis les grandes villes le long du fleuve jusqu'aux villages miniers les plus reculés. Il ne suffisait donc pas de creuser le sol ou de planter du tabac. Il fallait encore être capable de l'exporter et, surtout, d'importer ce qu'on acheterait avec le fruit de la vente.
C'était le défi sur lequel, inconciemment, les gouvernements successifs de la République Souveraine de Wapong avaient travailler, ceci de manière plus ou moins efficace. Mais comme pour les régimes antérieurs, les impératifs de politique intérieure à court terme avaient miné le processus. Aujourd'hui, Bô voyait un espoir de briser le statu-quo. Si la vallée de Wa était loin d'être un modèle d'unité, elle avait l'avantage douteux d'être unie CONTRE les communistes, dont la gestion militariste désastreuse avait ruiné le pays et dont les signes avant-coureur d'un autoritarisme brutal avait refroidi jusqu'à leurs alliés panmakiranistes. D'avantage qu'une force de modération, le Jugwonjag et l'aristocratie qui se créait autour de lui était vu comme un bouclier idéologiquement neutre contre la division des partis que le Syndicat rassemblait en un bloc : les "réactionnaires".
L’existence même du Syndicat et surtout la force de celui-ci donnait un prétexte idéal à Bô pour faire taire les petites protestations politiciennes : le pays était endetté jusqu'au cou, politiquement morcelé face à la Bête Kiroviste et, sans le concours de la monarchie et ses soutiens étrangers, ce bateau plein de fuites coulerait à pic dans la gueule des Almérans responsables du génocide Viek. Les membres du PML avaient survécu et prospéré malgré deux générations d'exil. Ils n'avaient pas besoin du reste de la vallée... alors qu'elle avait besoin d'eux.
La récente nouvelle du ralliement au PML de deux des Premiers Délégués du PNM était la preuve que ce message passait. Le PNM avait toujours eu sa faction monarchiste qui envisageait la voie des trônes comme la seule adaptée au Makara comparé aux "républiques" et "démocraties" qui, encore et toujours, sombraient sous l'influence de l'Alméra. Que cette faction s'affirme face à celle des républicains était une preuve de succès pour Bô.

Debout au milieu de cette forêt de bambous, il se remémorait le passé, considérait le présent et anticipait le futur, le voyant d'ailleurs devant ses yeux : des milliers d'hectares de terres potentiellement cultivables mais rendues inutilisables par des siècles de prolifération de rhizomes de bambous. Pendant des siècles, les anciens avaient vanté les mérites de cette plante vigoureuse qui poussait avec une facilité et vitesse incroyable dans presque toutes les régions du Beysin Austral. On en faisait du thé, de la pâte, des outils, des matériaux de construction et milles autres usages. On en décorait les jardins, une mode qui s'étendait d'ailleurs jusqu'en Alméra à présent, sans se soucier des problèmes indirectes : si cette saloperie se développe vite au-dessus du sol, sa croissance souterrain est encore plus rapide, formant un réseau complexe où les racines s'étendent, s'entremêlent et s'épaississent pour former des nœuds que même les engins agricoles modernes ont bien du mal à briser. Robustes, elles percent jusqu'à la céramique par leur seule croissance et étouffent le reste de la végétation. Et lorsqu'un incendie ou autre catastrophe de masse frappe au-dessus du sol, ce sont les bambous qui les premiers colonisent l'espace libéré. Ne fleurissant que rarement, ils ne laissent en vérité que peu de nourriture à la faune, entraînant une lente agonie de toute diversité, conquérant et modelant ainsi l'écosystème à leurs propres besoins. Peu différent des humains, en soit. Il était donc poétique que, dans la vallée de Wa, les deux espèces soient en compétition inconciente. Cette compétition, Bô comptait bien en faire une guerre et, depuis les locaux de l'Université de Wapong-City, ses généraux en blouse blanche préparaient un plan pour une bataille qui durerait sans doute une décennie. Il n'en verrait sans doute pas le jour de la victoire. La jeunesse de celle qui se tenait à ses côtés ne le lui rappelait que trop bien...


Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Je découvre chaque jour de nouvelles merveilles dans votre pays. Avant ma première visite, l'image de la vallée de Wa était celle d'un segment de terres polluées, couvert de béton et d'ordure, baignant dans un brouillard de fumée toxique et abreuvé par un fleuve aux eaux mortes. Un exemple frappant de ce que l'Humanité ne doit pas faire au nom du progrès et une alerte à tous face à ses pièges potentiels. Il est ravissant de voir qu'une partie de la nature reste intouchée par la main impitoyable de l'Homme.»

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -La nature n'est pas moins impitoyable que nous et elle est loin d'être une force unifiée. Je ne vous apprends rien là : vous êtes océanographe, je crois ? Les espèces qui ont le plus de succès sont souvent les plus agressives vis-à-vis de toute compétition, aussi mineure soit-elle, mais surtout les plus frugales dans leurs besoins et les plus flexibles quand l'écosystème change. Pour toute leur majestée, les grands prédateurs sont des échecs évolutifs car ils sont spécialisés à l'extrême. Face à eux, les cafards, les algues, les champignons et milles autres organismes insignifiants à nos yeux règnent suprêmes. Ils ne disparaissent jamais vraiment, changeant juste de formes en quelques générations et, par leur masse, sculptent l'écosystème pour mieux se l'approprier.
Cette forêt vous semble magnifique car vous la voyez avec les yeux cultivées d'une humaine cherchant une poésie mystique dans ce qui est étranger à son espèce, avide de trouver un lien inexistant entre chaque être vivant et dont notre espèce se serait coupée. En réalité, si les plantes pouvaient se laisser aller aux mêmes chemins de réflexion, elles verraient cette forêt comme une abomination, une immonde machine d'uniformité fruit de la victoire évolutive d'une espèce sur pratiquement toutes les autres. Une victoire qui a provoqué l'extinction d'espèces entières et le déplacement d'encore d'avantage d'autres. Et pourtant, du point de vue du bambou, objectivement, c'est un succès : seule l'action d'une force externe nouvelle et puissante pourrait remettre en cause sa domination.
Les humains ne sont pas spéciaux. Ils sont juste, pour l'heure, plus efficaces à s'adapter à leur écosystème pour le dominer et l'adapter à eux-mêmes. Cela changera peut-être un jour mais, pour l'heure, je ne pense pas qu'un champ d'usines soit fondamentalement inférieur à un champ de bambous. C'est un écosystème qui nous est adapté. Que nous en ayons pleinement conscience est à la fois une bénédiction et une malédiction : nous savons ce qui est nécessaire à notre multiplication pragmatique mais savons aussi ce qu'il nous faut sacrifier de poésie pour assurer cette prospérité de l'espèce.»


Un silence lourd tomba l'espace d'un instant.

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Mais vous avez raison : cette forêt est très belle. J'ai eu l'occasion d'en voir quelques-unes similaires dans le royaume de votre père mais j'avoue ne jamais alors avoir eu le temps pour apprécier ce qui était devant moi. Un jour peut-être... Avec vous comme guide ?»

Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Un jour peut-être. J'ignorai que vous aviez été en Roumalie, Majesté. Quand était-ce donc ?»

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Bien avant votre naissance, à une époque où cette terre s'appelait encore le Nanzhao, j'avais été engagé par un homme du nom de Hwan, un homme influent dans sa région natale mais qui se trouvait avoir des problèmes avec ses voisins. Moi et mes compagnons avions pour mission de mettre au point une route pour le ravitaillement de ses forces en prévision d'une offensive l'année suivante. L'entreprise fut un succès pour notre part mais nous n'étions qu'une goutte d'eau dans un conflit plus large et d'autres ne parvinrent pas à leurs objectifs dans les temps.
J'ai par la suite eu plusieurs autres occasions de parcourir le pays, notamment au service du Cercle d'Or qui, à l'époque, était nettement moins actif au Kaiyuan et nettement plus impliqué au Nanzhao. Avec la mise du pays en coupe réglée par Tsu-Tsao, évidemment, les triades se sont déplacées vers l'Ouest, où les peines sont moins sévères pour leurs crimes et l'administration plus compréhensive. Il y a une morale là-dedans, je pense mais je ne parviens pas à la formuler.»


Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Quand mon père a pris la décision d'envahir le Nanzhao, c'était précisément pour apporter de l'ordre dans ce qui n'était que chaos et souffrance pour les gens du peuple. Vous entendre narrer vos anciens faits d'arme est une confirmation que cette invasion fut une bonne chose. Et pourtant, j'entends dans votre voix une nostalgie sinistre... »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Je suis un militaire et un politicien. Cela laisse peu de place en moi pour de la bonté. Quand un militaire a de nobles sentiments, cela finit souvent par faire tuer beaucoup de monde. Et quand un politicien prétend en avoir, c'est rarement sans une part de prudents calculs d'intérêt en parallèle. Aussi bon et généreux que fut votre père, il ne faut pas s'aveugler sur certains motifs profonds de l'invasion : accroitre le domaine de la Maison Cheng. Non que je puisse lui reprocher cela : si le monde était uni sous une seule bannière, il y aurait bien moins de conflits.
Pour l'homme du peuple, le Nanzhao est un meilleur endroit qu'il n'était il y a vingt ans, cela est certain. On ne vend plus d'enfants aux réseaux mafieux rostovs ou aux mines clandestines. On ne massacre plus les villages pour s'approprier leurs récoltes. Les maladies ne ravagent plus chaque génération et les orphelins, moins nombreux, sont certainement plus souriants avec dans leurs mains un manuel scolaire plutôt qu'une gigakov.
Mais en même temps, cela serait bien plus monotone et triste. On parle souvent du désespoir des sociétés modernes, où l'Homme est insignifiant face aux rouages de l'industrie. Je pense que la même chose peut être dit de n'importe quel aspect de la société : quand nous vivons dans quelque chose de grand, notre insignifiance nous donne le vertige. Nous comprenons manquer quelque chose car nos actes n'auront jamais la même portée qu'ils auraient pu avoir jadis. Un monde d'ordre et de paix, c'est un monde sans place pour les héros, le courage, les miracles et le rêve.
Je peux voir le bon dans la paix et souhaiter ne jamais voir revenir ce qui précédait... mais j'en reste nostalgique, oui. C'est ma jeunesse, toute imparfaite et terrible qu'elle soit. Et les regrets sont le propre des vieillards.»


Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Les vieillards ont bien des choses que la jeunesse n'a pas. La sagesse par exemple : à vous entendre, on vous penserai philosophe et, dans une bouche moins agée, ces mots sonneraient comme des sottises nées de réflexion mais sans confirmation par l'expérience. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Une expérience que je ne souhaite à aucun jeune mais que beaucoup connaîtront bientôt. Vous avez appris la réponse qu'à donner la Cité-Soleil à notre ambassadeur ?»

Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Il reste de l'espoir dans la diplomatie. L'heure des grandes batailles n'est pas encore venue. Mon frère, le vrai, a accepté de me rencontrer. J'ai aussi reçu des nouvelles de l'Empereur d'Hokkaido qui sont encourageantes. Avoir le soutien d'une autre monarchie du Makara est un bon premier pas. Si l'Eran et le Kaiyuan se joignent à nos efforts alors il ne sera pas même nécessaire de tirer une seule cartouche. Le Conseil des Cinq est composé de sages. Ils se battront âprement pour leurs valeurs mais ils sauront reconnaître quand un combat est perdu d'avance.»

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -C'est une bonne chose, en effet. Mais s'ils n'entendent pas raison, il faudra bien faire parler les armes. »

Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Peut être. Mais une victoire est possible sans pour autant avoir à sacrifier trop de vies. Regardez.»

La princesse sortit de ses robes une photo, récente, montrant le sosie de son frère paradant à Rouziwu. Une autre photo, plus ancienne et jaunie, montre un homme fort semblable mais plus jeune, avec un colosse à ses côtés.

Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -L'homme à la droite de mon frère, sur cette photo, est actuellement le capitaine de la Garde Royale. Lui et Bu-Jian ont pour ainsi dire grandi ensemble. Comme la majorité des membres de la garde royale, c'est un fils de la branche cadette de la Maison Cheng. Pas de titre de noblesse ou de possible prétention au trône pour lui mais une loyauté sans faille à notre famille. Il est absent des récents clichés où "Bu-Jian" apparait. Cela me laisse penser qu'il est tenu à distance par le Conseil des Cinq car celui-ci craint de voir leur sosie démasqué par les intimes de Bu-Jian.
C'est à sa demande que je me suis exilé et je pense qu'il ne faudra pas grand chose pour le persuader de prendre les armes contre le Conseil des Cinq.»


Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Avoir des troupes au sein même de la Cité-Soleil serait en effet un avantage indéniable. Mais seules et sans soutien, si elles ne peuvent prendre le contrôle du Conseil des Cinq ET du sosie, elles seront condamnées à l'instant où elles révéleront leur allégeance. Et envoyer une assistance directement à la Cité-Soleil est une vue de l'esprit : la force aérienne et la flotte de Roumalie sont trop puissantes.
Mais si une partie de ces forces pouvaient être amenées à déserter, ce serait une autre histoire. C'est là un des sujets dont je devrais parlé avec votre frère... Ah !! Cela me rappelle bien des souvenirs, tout ça !! Mais je suppose que cela a pour le moins gâché l'ambiance de notre promenade...»


Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Nous en ferons d'autres. Et de plus agréables, en des temps moins sombres.»
Johel3007

Message par Johel3007 »

Le Trône du Lotus
27/01/2030

[img]http://s32.postimg.org/7zmut2k05/backyard_fish_pond.jpg[/img]

Pendant des décennies, le palais de Lokfol n’avait été qu’un bâtiment largement délabré, soumis aux attaques des éléments et au pillage occasionnel de populations locales ou conquérantes éphémères. La brève renaissance de la fin des années 80 grâce au règne de Lee Yu, seigneur de guerre et trafiquant de drogue autoproclamé Roi par la force des armes, n’avait été qu’une bouffée d’oxygène dans une lente asphyxie du patrimoine culturel de la vallée de Wa livrée à la vague d’Alméranisation matérialiste et destructrice.

Dans beaucoup de pays du Makara, les deux derniers siècles avaient été vécus comme un déclin où leur civilisation millénaire avait sombré dans l’ombre d’un Alméra sans âme dopé au progrès technique et dont l’incarnation la plus récente se trouvait en Rostovie : Novgorod, sa population asservie à son industrie elle-même asservie à son armée, laquelle n’existait que dans le but de conquérir plus de terres et d’esclaves pour nourrir le cycle militaro-industriel. Face à ces monstres d’acier et de feu voraces et grossiers, les délicates boiseries patiemment sculptées pour orner les palais et temples du Makara n’étaient que du futur combustible pour la fournaise. C’est donc avec une nostalgie romantique et un réflexe traditionnaliste désespéré poussant certains à rejeter toute idée nouvelle par principe : les usages anciens sont forcément meilleurs…
Ce n’était pas entièrement le cas dans la vallée de Wa où, si les panmakiranistes et monarchistes avaient leur lot de romantiques enragés et de bigots xénophobes, la plupart des gens reconnaissaient les avantages de la modernité sur le plan matériel : la génération présente, celle qui avait grandi ces quinze dernières années, vivait BIEN MIEUX que la génération précédente… et seule une vision teintée de nostalgie de cette réalité pouvait permettre de prétendre le contraire. On pouvait se lamenter de la perte de certaines traditions et de la décrépitude des anciens chefs-d’œuvre artisanaux d’autrefois mais le caractère très instable de la vallée de Wa étant très antérieur à l’arrivée des Almérans, aucun élément franchement ancien ne pouvait honnêtement susciter le même attachement qu’au Kaiyuan, en Roumalie ou en Eran.

Ce n’était pas entièrement le cas dans la vallée de Wa… mais cela n’empêchait pas Cat Tuong lui-même de sentir une pointe de fierté nostalgique à la vue des lotus de bois, de bronze et de jade qui constellaient les plafonds et colonnes du palais de Lokfol remit à neuf. Dans les halls jadis en ruine, couverts de poussière et d’immondices laissées par divers squatteurs, la nouvelle Cour du Royaume de Wa avait su imposé une rigoureuse propreté et un ordre qui, s’il restait assez chaotique comme tout ce qui se passait en Austrobeysin, donnait au moins l’impression d’une gouvernance responsable et active. Pour avoir visiter l’édifice dans son enfance, Cat Tuong en gardait un souvenir merveilleux et, une fois adulte, c’était ce souvenir qui l’avait aidé à comprendre pourquoi Lee Yu avait choisi Lokfol comme capitale plutôt que Wapong ou une autre des grandes villes : ici, au cœur de l’enceinte carré de briques de la vieille ville, on pouvait respiré l’atmosphère harmonieuse d’un passé qui, en dépit des remous du quotidien des mortels, restait immuable. Si le technocrate était un opposant officiel du monarchisme par principe, il ne pouvait que reconnaitre que le Jugwonjag avait au moins fourni un catalyseur à la société civile, unifiant les diverses factions non seulement autour d’un ennemi commun et donc derrière un commandant unique et respecté.
Que ce commandant soit un ancien seigneur de guerre avec un historique sanglant à travers tout le continent, des contacts peu savoureux avec divers barons du crime organisé importait peu. C’était même à l’image de la majorité des gens dans la vallée de Wa : des bâtards nés du flux et reflux d’immigrations et d’invasions, alternant professions honorables et truanderie selon les nécessités et opportunités. Une de ces opportunités avait été la vente du pays en vue de créer une aristocratie qui soutiendrait la monarchie. Le processus était encore en court et les recettes avaient été moins rapides que prévue mais plus d’un riche Hokkai s’était laissé tenter par l’idée d’un titre de noblesse valant d’avantage qu’un bout de papier. Et donc, à présent, les Gongjags se pavanaient à Lokfol, certains ayant même abandonné la mode « à l’Alméranne » au profit de vêtements modernes mais au design inspiré des traditions ancestrales : longues robes, manches amples, pantalons en tissu souples, taillés dans des étoffes de grande qualité et privilégiant le confort à la simple « prestance ».
Si ce « code vestimentaire » n’était en rien une obligation, Cat Tuong s’était tout de même fait violence, ne serait-ce que par respect pour son hôte et nécessité politique. Si le Jugwonjag n’était pas porté sur les formalités en privé, il avait dès le premier jour de son règne insisté sur l’instauration d’une étiquette de Cour aussi pompeuse qu’extravagante. Cela se manifestait surtout par l’usage de son titre complet, le recourt à un porte-parole pour s’exprimer à sa place en public, le cérémoniel encadrant chaque audience et l’adoption de quantités d’anciens rites sociaux propres à la tradition confucianiste. Les vêtements étaient un des aspects mineurs mais visibles de ce changement qui, aux yeux d’un étranger, pouvait inspirer une admiration romantique autant qu’un sentiment de ridicule surréaliste. Mais en dépit de cela, Cat Tuong pouvait voir les aspects pratiques de certains changements : l’absence de cravate ou de col facilitait la respiration tandis que, sans veston pour limiter ses mouvements, il se sentait bien plus à l’aise. Et là où les pantalons ressemblaient à des pyjamas, ils offraient eux aussi bien plus de liberté. L’ajout d’élastiques et autres accessoires « modernes » ne les rendaient que d’autant plus pratiques. Et si l’allure dignifiée qu’on associait au style « businessman » s’en trouvait franchement amoindrie, la chevelure morcelée et grisonnantes du vieil homme lui conférait une autre forme de dignité, moins basée sur l’impression de succès tonitruant que sur celle d’une calme sagesse née de l’expérience. Que les deux soient en égales mesures chez le Directeur Exécutif était une simple coïncidence. Un autre bénéfice, politique, était de pouvoir faire entendre sa voix auprès du Jugwonjag qui, depuis son accession au Trône du Lotus, écoutait d’avantage ses Jajags que les membres du Directoire, lesquels étaient progressivement écarter des affaires d’État. Sauf quand il était question d’assumer la responsabilité de la gouvernance…

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« - Ces rapports de la Banque Nationale sont loin d’être bons. »

Le monarque, perché au bord d’un étang artificiel où nageait divers poissons exotiques récemment nourris, brandissait sa tablette électronique. L’image de Son Auguste Majesté en robes bordeaux traditionnelles mais affublés de lunettes de soleil, tenant un gadget informatique d’une main et une canne finement ouvragée dans l’autre, incarnait le contraste actuel de la vallée de Wa, harmonisant progrès technique et retour des traditions.

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Ils pourraient être bien pires et je doute qu’ils soient une surprise pour Votre Majesté. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« - Nous sommes au courant des limites de votre marge d’action. Cela n’empêche pas le Trône du Lotus de regretter le manque d’unité politique au sein même du Directoire sitôt qu’il s’agit de quoique ce soit sortant de la déclaration commune de votre coalition. Ce manque d’unité se traduit par un immobilisme législatif et des contradictions au niveau de l’exécutif. Cela est… inefficace. »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Mais cela laisse de la marge au laissez-faire qui, je le rappelle humblement à Votre Majesté, reste le point d’accord de principe de chacun des partis et la raison de leur opposition commune au Syndicat. Opposition à laquelle le Trône du Lotus doit son existence. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« - Le Trône et l’État sont, en ce jour, deux choses séparées. Quand bien même vous et vos alliés auriez échoué à mettre de côté vos différents et vos orgueils, le Trône aurait vu le jour malgré tout. Il aurait été forgé par les armes mais, îlot de sécurité au milieu de la tempête de sang qu’aurait été la guerre civile, Lokfol aurait triomphée, rassemblant les soutiens étrangers anti-communistes que vous auriez perdus peu à peu.
Le laissez-faire est bon pour l’innovation et le progrès en temps de paix. Il n’est pas la méthode la plus efficace de gérer une crise en temps de guerre. Et ne nous voilons pas la face, Tuong, nous sommes en guerre. Le champ de bataille n’est pas aussi visible qu’il ne le fut au Viek Kiong mais notre continent se bat quotidiennement contre l’influence du kirovisme. »


Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Sur ce point, idéologique d’ailleurs, nous sommes d’une seule voix, Votre Majesté. Si vous m’avez fait mandé pour avoir une discussion sur les méfaits du collectivisme, nous pouvons gagner du temps et repartir chacun à nos devoirs. Je suis là car vous avez des inquiétudes sur la gestion quotidienne de votre royaume par mon gouvernement. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Précisément. Je m’échine à fournir au Directoire les fonds et soutiens internationaux nécessaires à ressusciter le pays. Alors vous comprendrez mes craintes lorsque résurrection traine. Dans cette état de mort-vivant, la vallée de Wa est autant à la merci du Syndicat que l’Eran ne l’est de cette secte néokiroviste… »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Tian-Guó, oui…et le mouvement fait malheureusement des émules ailleurs : j’ai entendu dire qu’au sein des collectivités du SSP, les enseignements de leur grand prêtre circulent déjà et les icones dédiées à ce Liang Xiuquan s’affichent à côté de celles de Jiang Quing et Vladimir Kirov. Mais il ne sera pas un problème à long terme. Comme tout prophète, ses jours sont comptés. Les Services Spéciaux ont un agent à l’œuvre à In-Tao. Et sans son chef charismatique, la secte devra se faire juger sur son bilan concret. Économiquement, elle n’a fait que soulager la misère en redistribuant mais n’a rien créer de neuf. Et même cette redistribution n’a fonctionné que parce qu’elle a su mettre de l’eau dans son programme : qu’elle applique à la lettre sa doctrine et elle ne sera qu’un idiot utile servant le Raksasa, ruinant l’Eran et l’ouvrant à un retour d’influence tonitruante achetée par Jiyuan à coup de pétrodollars. Soyez sans crainte. Les pions sont déjà en place pour ce scénario-là aussi. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Et cela est sans importance car l’Eran n’est pas la préoccupation de cette audience privée. Je vous ai appelé car, comme exprimé, le laissez-faire de la rue ne suffit plus à maintenir à flot le royaume. La dette nous plombe et j’envisage de lâcher du lest.»

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -… Je croyais que le défaut souverain était exclu !! C’est une des clés de voute de la coalition !! Et le seul moyen de ne pas brouiller définitivement le peu de crédibilité que nous avons encore à l’étranger !! »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Oui... et comme déjà expliqué, cette coalition n’est pas critique pour le Trône. Nous avons le soutien garanti de nombreux chefs d’entreprises étrangères qui, récemment anoblis, n’ont aucun problème avec l’idée d’un défaut souverain qui leur permettrait de hausser leurs propres taxes. Mais nous n’en sommes pas là. Pas encore. J’espérais plutôt débarrasser le Royaume d’autres poids morts d’abord. Mais vous êtes bien placé pour savoir que toute action politique, au-delà de ses possibles effets positifs logiques, doit d’abord susciter un soutien populaire suffisant à contrecarrer les résistances de ceux qui auront à y perdre. »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Si Votre Majesté pouvait être moins vague… »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Les communistes reprochent aux sociétés qu’ils qualifient de « capitalistes » d’être injustes dans la répartition des richesses et dans l’organisation des modes de production. Votre ligue national-capitaliste et le mouvement technocratique proposent à bien des égards une réorganisation de ce mode de production et une répartition des richesses sur une base proportionnelle plutôt qu’absolue. Le remplacement des salaires par des parts comme compensation à l’effort, c’est cela ? »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Vous résumez beaucoup mais oui, c’est cela. Un capitalisme envisagé comme une seule grande entreprise nationale et même à terme transnationale où chacun serait partenaire plutôt que comme une multitude de petites associations utilisant des salariés comme des outils. Gain de motivation pour ces derniers, diminution des coûts salariaux immédiats, gain de productivité pour les actionnaires, destruction des oligarchies agricoles, minières et industrielles, compensation dégressive de l’innovation, récompense progressive du travail,… si nous n’étions pas opposé à faire cela via une révolution sanglante et la dictature populaire qui suivrait, les communistes pourraient apprécier ces idées… mais l’Internationale n’aime pas la concurrence sur le plan politique, surtout quand cela décrédibilise l’œuvre de leur vie entière et celles de leurs ancêtres. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Un simple oui aurait suffi. J’ai lu vos ouvrages, Tuong. Les vôtres et bien d’autres. Ma question sera directe : je sais que vous et vos amis de la Ligue jouer sur deux tableaux. En maintenant à peine vivant le pays d’une part, juste assez pour éviter qu’il ne sombre dans l’écuelle des kirovistes. Et en sapant systématiquement tout effort pour le redresser réellement d’autre part. Tout en vous retranchant au sein de vos quartiers fermés en espérant que vos alliés du Mayong fassent de même et puissent ensuite simplement créer votre Projet Eden, une nation sans frontière tellement socioéconomiquement efficace qu’elle rachètera simplement la région entière puis offrira à chaque citoyen un tel bien-être matériel qu’ils la plébisciteront par défaut.»

Silence. Si Bô Ka attendait une réaction, Cat Tuong ne lui ferait pas ce plaisir : c’était un secret de polichinelle que la LNC n’était plus qu’une filiale de la CNC qui gouvernait le Mayong. La foudroyante réussite du pays du matin calme servait de vitrine au monde pour le modèle national-capitaliste. Que ce modèle finisse par s’exporter était inévitable, même si les vieux réflexes nationalistes sur base territoriale, ethnique ou culturelle devaient d’abord être dépassés. Que Bô Ka ait appris ou déduis que la LNC faisait son possible pour faciliter une annexion économique de Wa par le Mayong était fâcheux mais la possibilité d’une exposition publique n’avait jamais été écartée.

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Et je veux y contribuer.»

Silence à nouveau. Mais cette fois-ci, la machoire de Cat Tuong, si elle ne laissa pas sortir de son, fut suffisamment expressive en tombant que pour révéler les pensées du vieux technocrate.

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Le Trône peut survivre sans la LNC. Mais il peut prospérer avec celle-ci. Et avec le MT. Bien d’autres partis comme le CLE, d’avantage préoccupé par l’écologie, ou le MLC, libéral classique fondamentalement hostile à Jiyuan, ne sont pas non plus fondamentalement opposer à une évolution du capitalisme, tant que celle-ci ne devient pas une révolution. Le PML est concerné avant tout par la restauration culturelle d’un Royaume et c’est chose faite. Que les aspects technologiques et économiques diffèrent des usages anciens… Même les anciens n’étaient pas assez idiots que pour s’assoir sur une innovation. Leurs innovations sont nos traditions. Et nos innovations seront les traditions des générations futures. Je le comprends et l’acceptent, tout comme beaucoup parmi les monarchistes et les panmakirans, même s’il demeure certains esprits fermés.»

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Tout cela est bien agréable à entendre mais ne diffère pas d’un discours électoral. Que proposez-vous concrètement ? Parce qu’à l’instant où le PML penchera un peu trop du côté du national-capitalisme, le PSR et le PNM vont se désolidariser tandis que le SSP va hurler au régicide !! »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Le PNM, ce sont des supporters de football ivres de bière et de haine raciale dont des oligarques trouvent utile d’alimenter l’addiction afin de préserver leurs petits intérêts et monopoles purement locaux. Ces oligarques, nous les connaissons : ce sont tous ces patrons qui ont refusé d’implémenter la rémunération en actions, sentant très bien que leur contrôle s’éroderait. Nous pouvons aisément nous en charger précisément en lâchant le SSP après eux puis en utilisant l’opportunité comme prétexte pour sanctionner le SSP tout en ralliant les derniers indécis. »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Et votre intérêt ? Sans oligarques dépendant de Votre Majesté pour préserver leurs privilèges face à la compétition libérale et sans communiste pour empêcher les libéraux de remettre en compte ces privilèges, pourquoi garder un monarque ? »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Je régnais déjà bien avant d’avoir un titre officiel. La seule chose que ce Trône ait fait pour renforcer ce règne, cela a été de me donner un pouvoir légal. Mais dans votre Projet Eden, le pouvoir légal n’importe pas. Seul compte le pouvoir de fait. Le pouvoir économique.»

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Je pensais être cynique mais Votre Majesté me bat clairement : acheter votre couronne en vendant le pays… puis vendre votre couronne pour une poignée d’actions. Cela est aussi génial stratégiquement que décevant moralement. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -À quel moment avez-vous donc penser que l’homme porter au Trône fut un homme de morale ?

La LNC aura besoin du PML et de toute la coalition pour le faire passer à l’Assemblée Citoyenne mais nous pouvons le faire : forcer chaque entreprise basée dans la vallée de Wa à émettre 30% d’actions supplémentaires, lesquelles iront immédiatement au Trône du Lotus, faisant dans les faits de celui-ci le propriétaire de 30% de chaque infrastructure du pays. »


Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Et donnant la possibilité de les revendre, bien entendu, si je suis la pensée de Sa Majesté ? »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Précisément. Le produit intérieur brut de Wa est d’un peu plus de 120 milliards $RAK par an. Nos infrastructures, en revanche, produit de la dette et de décennies de travail, ont une valeur aisément dix à vingt fois supérieure. Revendre cela à l’étranger, ce sera « vendre le pays » aux yeux des nationalistes et des communistes mais, avec le système de rémunération par actions des salariés, ce ne sera pas la propriété directe de ces infrastructures mais bien les revenus qu’elles généreront pendant quelques années qui seront vendus à l’avance.
Dette remboursée d’un côté. Eden réalisé de l’autre… et le Trône assuré de son maintien en tant que première acteur économique, concentrant 30% des richesses matérielles du pays en une seule personne physique…»


Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -…Vous. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Moi. Même si à terme, je suppose que cela n’a pas d’importance. Tout d’abord car le titre de Jugwonjag n’est pas héréditaire. Ensuite car, même s’il l’était, je suis trop vieux que pour avoir un descendant légitime. Et enfin… »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -parce qu’en raison de la rémunération des travailleurs en actions de l’entreprise où ils travaillent, le degré de contrôle du Jugwonjag sur l’économie va progressivement s’éroder au profit des travailleurs. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Révolution communiste en ignorant entièrement la phase de dictature socialiste. »

Les deux hommes souriaient. Pour des raisons différentes mais d’un même sentiment, né de la réalisation d’une compréhension mutuelle totale et d’un respect nouveau. En même temps, cela n’empêchait ni Cat Tuong ni Bô Ka d’imaginer les rouages qui, en ce moment précis, tournaient à plein régime dans la tête de l’autre pour imaginer la manière dont il allait pouvoir abuser de la situation à son avantage. On pouvait se respecter tout en planifiant une trahison. Les meilleurs ennemis, en sommes…

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Je ne peux rien promettre. Mais cela me plait. Vous voudrez toutefois d’abord prendre les mesures nécessaires à clarifier la procédure de choix du futur prétendant au Trône. Cette œuvre engagera notre pays pour une génération entière…»

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -...et je ne vivrais sans doute guère plus d’une décennie. Bien moins encore probablement. Mon successeur devra poursuivre. Je ferais le nécessaire. Avec votre aide. »
Johel3007

Message par Johel3007 »

Le Trône du Lotus
05/03/2030

[img]http://s32.postimg.org/74oda0mk5/ships.jpg[/img]

Le district de Yamato Town était une ruche bourdonnante d’activité et ce depuis sa fondation en 2010. Jour et nuit, les équipes d’ouvriers, techniciens et ingénieurs se relayaient pour construire de vastes navires pour satisfaire la demande croissante du transport naval international, nécessité aussi certaine au commerce mondiale que les globules rouges à l’oxygénation des cellules de l’organisme.
Dans ce district en front de mer, complexes industriels et complexes d’habitations se confondaient, des familles entières dormant, mangeant, priant et riant à quelques centaines de mètres de l’endroit où elles travaillaient. Perchées au sommet d’immeubles eux-mêmes émergeant dans une forêt de grues et cheminées, les écoles financées par Yamato Keireitsu accueillaient gratuitement les enfants des salariés-actionnaires, formant la future génération qui s’activerait sur les chantiers navals. Construit en sous-sol du complexe de docks n°4, un hôpital était spécialisé dans le traitement des diverses blessures et maladies résultant du travail dans cette gigantesque fourmilière industrielle. À intervalle régulier, les postes de contrôle de Yamato Security surveillaient les mouvements entre les différentes zones du District, formant une série de frontières intérieures dont l’imperméabilité était renforcée par les caméras omniprésentes mais aussi par les puces de géolocalisation portées par chaque travailleur. Même les visiteurs avaient droit à des patchs jetables. Juste à la sortie des manufactures où les pièces détachables étaient produites et assemblées à la chaine, des établissements de récréation proposaient nourriture, boissons, jeux et autres services. La petite ville avait même son propre « red light district » sous la forme d’un immeuble justement illuminé de rouge où le CLE avait été autorisé par Yamato Keireitsu à implémenter sa mesure en faveur d’un « service public » de prostitution, offrant un accès mutualisé à chaque travailleur. On trouvait aussi des salles de sport, des piscines, des médiathèques, des cinémas,… mais aussi des temples, incluant une mosquée-synagogue-église pour les rares adeptes de religions « barbares ». Tout était fait pour satisfaire les moindres désirs matériels comme spirituels des « citoyens » de Yamato Keireitsu et ceux-ci le rendaient bien, travaillant dur sans se plaindre ou faire grève, adressant leur plainte lors d’assemblées d’actionnaires organisées au sein des dizaines de filiales spécialisées de la Yamato Keireitsu.

Ce modèle ne plaisait pourtant pas à Song Yamato. L’homme, dans sa jeunesse, avait été l’étoile montante du MLC, un homme d’affaire avisé et l’héritier spirituel de Nute Fan. Il défendait, sinon un libertarianisme absolu, au moins une forme de libéralisme classique où les rapports entre individus seraient plus francs et moins complexes. Il rêvait, naïvement sans doute, d’un Wapong paisible où la compétition ne serait plus une nécessité tout comme le travail acharné car l’abondance d’énergie et de moyens de production flexible libéreraient l’homme de son labeur. Il rêvait d’une nation de citoyens responsables travaillant à mi-temps et usant de leur temps libre pour poursuivre leur développement personnel, le tout dans des existances matériellement sobres ponctuées de rares excès pour satisfaire les pulsions. Il rêvait d’un monde où les conflits seraient rares car la coopération né du marché libre mondial unifierait l’Humanité dans une simple recherche du bonheur selon le schéma de Maslow. Il rêvait d’un monde où entreprises, syndicats et gouvernements, toutes organisations oppressives nées et survivants grâce aux compétitions pour le pouvoir et les ressources, ne seraient plus nécessaires.
Mais il savait aussi que ce monde était une chimère encore bien lointaine. Depuis son bureau de la Tour Yamato surplombant ce petit univers, un simple coup d’œil au Complexe d’Habitation 423 le lui rappelait. C’était une « container-town » où les hordes de travailleurs émargeant au Service Civil s’agglutinaient dans des taudis immondes et d’où les fumées acres qui en montaient rappelaient les conditions sanitaires précaires des habitants. Si leurs enfants étaient scolarisés gratuitement et leurs maux traités au frais de l’entreprise, le reste était à leur charge pleine, entière et directe. Et avec ce que le gouvernement les payait, ils pouvaient à peine survivre. Mais il en était ainsi : personne n’avait besoin d’eux, à priori. Ou du moins personne n’était prêt à payer un salaire décent pour la qualité de service offerte par ces gens. Pour les occuper et éviter une révolte, le Directoire leur offrait un salaire horaire minimum et les louait à des entreprises qui pouvaient avoir besoin de petites mains pas chères. Certains ne faisaient que traverser une mauvaise passe et finissaient pas se prendre en main et à se trouver un véritable emploi, où la paie permettait de supporter les besoins de leur famille. D’autres étaient perdus, laissés pour compte par le système et destiné à une existence misérable mais heureusement brève.

Regrettable mais Song ne pouvait rien y faire : il était un capitaine d’entreprise et ses responsabilités allaient à ses actionnaires. Pour eux, il produisait de grands et beaux navires, dont notamment [url=http://www.simpolitique.com/post267025.html#p267025]les gigantesques Namazu, plus long que bien des porte-avions et remplis jusqu’à la gueule de près de 20.000 conteneurs[/url], soit de quoi effectivement bâtir en un seul voyage une « container town » pour 6.000 familles…. Ou ravitailler une ville de 200.000 personnes pour plusieurs semaines.
Ces mêmes responsabilités l’avaient forcé à adopter nombres de méthodes issues de la pensée National-Capitaliste. Non qu’il les approuve sur le plan politique mais il devait reconnaitre que, sur le plan purement économique, elles étaient incroyablement efficaces et pragmatiques. Grâce à elles, Yamato Keireitsu était devenu plus qu’une simple entreprise. C’était une machine bien huilée, un écosystème propre dont sortait sans cesse d’immenses surplus. Sur le long terme, cela serait sans doute profitable à son idéal d’un monde réellement libéral. Mais pour l’heure, ses valeurs étaient en conflit avec le côté très déshumanisé des natcaps.
C’est donc avec une certaine hostilité qu’il recevait le Directeur Exécutif Cat Tuong. Les deux hommes se connaissaient, ayant travailler dans le même camp à mainte repise… mais ils se détestaient cordialement. Pour Song Yamato, le vieux grigou avait perverti les idéaux de Nute Fan et avait joué sur les peurs nées de la Main Noire pour rallier à lui les libéraux les moins moralement droits. Ce faisant, il avait tué l’idéal d’une république libertarienne et avait fondé une monarchie fantoche de truands au service d’un proto-état totalitaire parallèle. Et voilà que Cat Tuong, qui pour sa part voyait l’héritier de Nute Fan comme un parvenu naïf, lui proposait de participer au renforcement de ce monstre politique.


Song Yamato
Directeur Général de Yamato Keireitsu
« -Cette blague est de très mauvais goût, Tuong. Le MLC participe à la coalition des libertés citoyennes uniquement pour protéger ce pays des communistes le temps pour le Raksasa d’achever d’unifier diplomatiquement le Makara contre l’œil de Novgorod. Je n’ai pas l’intention de le voir se transformer en une utopie constructiviste quand bien même elle se prétendrait héritière de valeurs libérales. »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Avez-vous le choix ? Votre entreprise a adopté nos méthodes, notre dialectique, notre philosophie. Chaque année, ses salariés grignotent un peu plus de pouvoir lors des assemblées générales et c’est tant mieux. Mais vous savez comme moi que le Syndicat a ses agents au sein même de vos actionnaires. Et là où l’aide du Raksasa se limite à un soutien militaire, Novgorod arrose de pognon chaque petit mouvement luttant contre « l’impérialisme de Jiyuan et Opemont ». Le SSP ne fait pas exception et l’argent rostov leur achètera sans mal un pouvoir légal au sein même de votre conseil d’administration un jour. Je dirais même que ce jour viendra très bientôt… »

Song Yamato
Directeur Général de Yamato Keireitsu
« -Assez de cela, je vous en prie !! Nous savons très bien tous les deux que le Syndicat ne prendra jamais le pouvoir dans la vallée de Wa. Jiyuan ne le permettra pas, quitte à financer un coup d’état et à redistribuer les cartes. Jouer sur la peur des rouges, cela fonctionne avec les petits patrons et les classes moyennes qui craignent pour leur quotidien. Pas avec moi. Je possède personnellement un jet privé, trois navires et une dizaine de propriétés dans divers pays. Mon entreprise, en plus de la construction de navires à Wapong-City, est active dans six autres grandes villes par-delà les océans. Ses actionnaires sont non seulement wapongais mais aussi sébaldes, shawiriciens, fiémançais,… et j’en passe !! Sauf à voir la Révolution du Grand-Soir à une échelle mondiale, Yamato Keireitsu survivra à l’une ou l’autre fièvre rouge temporaire ici et là. Ses actionnaires, dont moi-même, perdront un peu d’argent mais personnellement, je suis très au-dessus de cela !! »

Quand l’argent n’avait pas d’importance pour un capitaliste, les plus pragmatiques des esprits se trouvaient dans une impasse. Cat Tuong marqua une pause avant de reprendre, sur un ton plus mesuré.

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Avec ou sans vous, cela aura lieu. C’est tout ce que je veux dire. Le MLC ne représente qu’une infime fraction des libéraux de ce royaume. Les monarchistes, une partie des panmakirans, les malthusiens et les technocrates sont avec nous. Je pourrais convaincre quelques socio-démocrates et, sur le plan légal, l’affaire sera réglée sans même votre aide. Si je vous tends la main, c’est afin que les aspects pratiques de l’application de la loi se déroulent plus facilement. Voir Song Yamato se plier volontairement à cet exercice convaincra les plus hésitantes des entreprises de faire de même plutôt que d’entreprendre des montages complexes pour éviter cette nationalisation partielle. Je ne vous insulterai pas en faisant appel à votre sens patriotique : vos opinions sont la question sont claires. »

Song Yamato
Directeur Général de Yamato Keireitsu
« -Tout ce que vous voulez, c’est payer cette dette absurde dont le Directoire a hérité d’un parti que vous avez contribué à renforcer jadis. Le PNM nous a laissé des chars, des usines de guerre et une éternité de déficit public. S’il avait gagné les élections, nous serions sans doute en guerre avec la moitié du Makara à l’heure actuelle ou en train de nous découper un empire colonial au Zanyane, tout cela pour payer une aventure militaire qui n’a bénéficié qu’à Jiyuan. »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Siman est mort. Pourquoi tant de venin à l’égard de notre grand allié ? »

Song Yamato
Directeur Général de Yamato Keireitsu
« -Vous ne pensez pas un instant qu’il soit notre allié. Vous n’êtes pas plus aveugle que moi sur la question : Jiyuan veut des satellites, pas des alliés. Juste assez indépendants que pour être abandonner à leur sort si besoin mais tout de même assez soumis que pour ne pas remettre en cause son influence et la « Pax Raksasa ». La mort de l’Empereur n’a pas soudainement moralisé la real politik de Jiyuan. Elle n’a fait que multiplier le nombre de potentiels tyrans ambitieux et cacher leur identité dans la masse de politicards. Mais ne noyez pas le poisson : vous ne voulez pas le bien de la république de Wa. Vous voulez juste faciliter la naissance de votre « Projet Unique » et utiliser la faiblesse temporaire de notre démocratie pour cela. »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Et pensez-vous vraiment que votre parlementarisme survivra aux prochaines élections ? Les communistes vont simplement se saisir du pouvoir avec 41 délégués et ils effaceront en une année tout ce qui a été accompli ces 20 dernières années. Ou bien une bande d’officiers et oligarques soutenus par Jiyuan prendra le pouvoir par la force et nous ne vaudrons pas mieux que l’Endo ou le Shankhaï : une armée de réserve pour la suprématie de Jiyuan, de la chair à canon bouddhiste pour les conquêtes du futur grand califat. Esclave des communistes ou marionnette de Jiyuan, voilà les seules voies que la démocratie parlementaire nous promet. »

Song Yamato
Directeur Général de Yamato Keireitsu
« -Et votre alternative est un néo-corporatisme qui prévoit à mot couvert de génocider le reste de l’humanité pour pouvoir rebâtir sur les cendres chaudes. »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Les communistes du Syndicat ne prévoient rien de mieux : s’isoler en collectivités, se reproduire, massacrer le reste de la population locale, fonder de nouvelles collectivités plus loin et répéter le schéma. Et les islamistes à la bouche en cœur de Jiyuan ? Voici cinq ans, ils soutenaient jusqu’à la Main Noire pour qu’elle affaiblisse et génocide toute population gênante. Au moins, le Projet Unique ne prévoit-il que d’agir ainsi en légitime défense. »

Song Yamato
Directeur Général de Yamato Keireitsu
« -Comme le Lochlann ? Comme la Libertie ? »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Si besoin. Vous le savez : on ne peut pas raisonner avec certaines personnes. Elles ne comprennent que la violence. Mais nous n’en sommes pas là : je vous demande juste de faire voter une émission d’actions par Yamato Keireitsu et chacune de ses filiales, en vue d’en faire don au Trône du Lotus, lequel est hors de contrôle de l’Assemblée Citoyenne et donc immunisé aux élans populistes électoraux. Aidez-moi à forger un pilier de stabilité pour notre vallée. »

Song Yamato
Directeur Général de Yamato Keireitsu
« -Soit je le fais volontairement, soit vous m’y contraignez par la loi. »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Mécène patriote aujourd’hui ou contribuable soumis demain. C’est vous qui voyez. »

Song Yamato
Directeur Général de Yamato Keireitsu
« -Les salariés vont hurler. Leur dividende de l’année prochaine ne vaudra plus rien. Des familles entières dépendent de ces rentrées-là pour rester hors de la misère ou envoyer leurs enfants à l’université. »

Cat Tuong
Directeur Exécutif
« -Alors distribuez-le plus tôt. Mais faites vite : je tiens à votre soutien officiel mais, si besoin, je m’en passerai. Vous n’avez plus beaucoup d’amis à l’Assemblée Citoyenne. »
Johel3007

Message par Johel3007 »

Le Trône du Lotus
06/04/2030

[img]http://s33.postimg.org/yc5ug1flb/large_gallery_31666863_beach_front_luxury_villa.jpg[/img]

L’avantage d’être un ancien aventurier ayant baroudé aux quatre coins du Makara, c’était de connaitre plusieurs endroits que plus d’un homme aurait comparé au paradis. L’avantage d’être le monarque d’un petit pays où la confusion entre comptes privés et comptes publics était la norme, c’était qu’il ne fallait se justifier à personne pour se rendre à ces endroits avec le jet diplomatique.
Emmener avec soi une charmante personne sans lien matrimonial ne soulevait aucune question quant à son identité ou la nature des relations. Bô Ka l’avait bien compris et, si le vieil homme cherchait à moraliser un peu l’administration de Wa, il n’hésitait pas à abuser de ce genre de petits privilèges. Après tout, à quoi bon avoir le trône si c’était pour ignorer les petits plaisirs de la vie ?

La villa sur la terrasse de laquelle il profitait de la brise matinale était située au Levant, dans une des criques et baies qui constellaient la côte du Nanseido. Il avait découvert les lieux il y a presque 30 ans, lorsqu’il était au service du Cercle d’Or pour mettre en place les contacts nécessaires à une route clandestine vers l’Hokkaido, en vue d’y faire passer des travailleurs clandestins. Les plages de sables fins étaient restées pour ainsi dire intouchées pendant tout ce temps mais, depuis quelques années, les évènements qui avaient conduits à l’unification des États-Unis du Levant avaient aussi encouragé plusieurs promoteurs touristiques à s’implanter dans la région.
Que les Triades Dorées furent propriétaires indirectement de ces plages avait été une aubaine financière pour ses confrères. Non que cela intéresse Bô Ka : si le vieux monarque n’avait pas pris de mesures pour combattre activement ses anciens associés, il avait pris une saine distance avec la pègre du Makara. Question d’image publique. Mais par nostalgie, il avait voulu revenir sur ces lieux. Les affaires n’étaient pas la seule chose que la mer azur évoquait chez lui. Bô Ka avait passé une vie entière sans être marié mais cela ne voulait pas dire qu’il l’avait passé seul. Sur le sable du Che, il avait aimé. Elles étaient sœurs, peu farouches et ambitieuses. Elles voulaient un passeport pour l’Hokkaido, afin d’aider leur famille. Il leur avait offert bien plus, faisant d’elles des reines dont seul manquait la couronne. Ensemble, ils avaient bâti un empire dans la région, créant une véritable institution servant de plaque tournante de l’immigration clandestine en Hokkaido.
Les Sœurs Kang étaient décédées aujourd’hui. L’ainée, sa préférée, avait été assassinée voici déjà cinq ans. Déjà à l’époque, Bô Ka avait fait le déplacement. Plus récemment, c’était la cadette qui avait succombée. S’il avait caché à sa compagne de chambre la vraie raison de sa visite au Nanseido, il ne cachait pas sa mélancolie depuis deux jours.


Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Nul ne devrait être si triste face à un tel paysage.»

Les mains affectueuses de la jeune femme enveloppèrent la taille de Bô. Le vieil homme restait encore sceptique quant aux sentiments que pouvait avoir Lei-Hai pour lui. Après tout, il avait déjà un pieds dans la tombe et sa santé n’était pas même capable de la satisfaire. Elle perdait son temps avec lui... mais il était trop faible pour aborder le sujet.

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -La tristesse n’est pas forcément une mauvaise chose lorsqu’elle nait des souvenirs et fantômes du passé plutôt que des soucis du présent. As-tu bien dormie ?»

Le tutoiement était récent et l’absence de fiançailles officielles l’empêchait en public. Le protocole diplomatique en voulait ainsi. Elle ne manquait pas une occasion de le lui rappeler.

Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Des rêves dorés… et à la mesure de la température de cette contrée. J’ai parlé à mon frère. Il n’est pas contraire à l’idée d’un mariage au plus tôt. Il n’attend que ta requête officielle pour ma main.»

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Dès notre retour. Mais je l’aurais cru plus troublé par l’état de son royaume plutôt que par les sentiments de sa sœur.»

Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -L’un et l’autre sont liés. Les Buwhans tomberont. Oh, ils tiendront pendant encore des années mais leur lutte est sans espoir face aux armées royales. J’ai déjà une rencontre prévue avec plusieurs généraux rebelles dans quelques jours. À ce rythme de désertion, les armées de l’APB et de la FPPH n’auront pas de quoi représenter mieux qu’une bande de brigands. Rien de pressant pour l’autorité royale. Mon frère est plus préoccupé par ce qui se passe ici-même.»

La révolte des Helikis causaient des soucis aux tous nouveaux « États-Unis du Levant », terme porte-manteau cachant le fait que la Maison Naotokan avait réaffirmé son autorité sur les terres de ses ancêtres. Mais comme les Buwhans ou le Pualo Hoy, il s’agissait d’une révolte sans espoir. Cela ne l’empêchait pas de ruiner des vies par centaines et d’inquiéter les monarchies du Makara, qui voyaient dans ces velléités d’indépendance républicaine un retour de la vague révolutionnaire qui avait suivi la colonisation Alméranne et faucher bien des trônes. Et de fait, avec ce qui se tramait en Eran, les inquiétudes avaient raison d’être. Même pour Bô, dont le royaume était tout neuf et le trône non-héréditaire, la menace républicaine était source de tracas. Il avait approuvé des opérations visant précisément à (r )établir des trônes au Choson et au Bokchow afin d’encourager une renaissance aristocratique au Makara.

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Le Kaiyuan s’implique directement. Si la logique de la Cité-Soleil est que la révolte des Buwhans n’est pas une menace car condamnée à long terme, alors le même raisonnement devrait s’appliquer aux Helikis. Je reste d’avis qu’écraser la menace à la source et rapidement est la meilleure solution.»

Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Peut-être. Voudrais-tu le suggérer à Sa Majesté ? Je suis certaine qu’il appréciera que le Grand-Royaume millénaire de Roumalie reçoive des conseils sur la gestion des révoltes populaires par un pays qui, voici vingt ans, sortait à peine d’un cycle continuel de guerres civiles et peine à ne pas y retomber depuis... »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -… Je garderai donc le silence. Mais les armées de Wa restent à la disposition de la Cité-Soleil si besoin. »

Cheng Lei-Hai:
Princesse de Roumalie
« -Contre compensation.»

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Évidemment. Ais-je l’air de règner sur une opération de charité ?»
Johel3007

Message par Johel3007 »

Le Trône du Lotus
09/04/2030

[img]http://s33.postimg.org/nc92tzb6n/imperial_throne_of_china.jpg[/img]

De toute sa vie, Bô Ka n’avait rencontré le Grand-Roi Bu-Jian que trois fois. La première fois était lors d’une réunion présidée par l’Hokkaido en vue de préparer le retour du monarque sur son trône. Il l’avait ensuite revu à l’occasion du grand tour des municipalités et enfin, aujourd’hui, pour demander la main de la sœur du jeune homme. Une situation des plus étranges, Bô ayant aisément l’âge d’être le père du Bu-Jian et Bu-Jian à peine l’âge d’être son gendre. En temps normal, les rôles eurent dû être inversés mais Tsu-Tsao ayant succombé sans marié sa fille, il incombait à l’ainé des enfants du défunt Grand-Roi de représenter le gardien légal de la jeune femme. Que celle-ci fussent son ainée n’y changeait rien.
L’audience formelle restait à venir mais cette audience privée n’en restait pas moins tendue et incomfortable pour les deux hommes. Bu-Jian car il se sentait probablement mal à l’aise dans le rôle de patriarche pour une sœur qui jadis lui changeait ses couches. Bô Ka car il ne comprenait toujours pas comment la sœur en question pouvait lui trouver quoique ce soit d’attirant. Mais bref…


Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« - Il y a peu de chose à dire à cela. Ce n’est pas comme si j’avais le choix. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Ni moi-même, Votre Majesté.»

Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« - Sur le plan humain, c’est une chose très belle si l’on prend le point de vue de ma sœur. Je doute toutefois que ce soit son point de vue qui soit considéré par le peuple lorsque l’annonce sera faite. Sans offense, vous êtes… »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Vieux. Oui, je ne le sais que trop bien.»

Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« - Un héritier mâle ne naîtra que difficilement de votre union. Et quand bien même, il n’aurait aucun droit au Trône du Dragon de Jade, si les usages et traditions sont respectés.
De plus, les coutumes concernant le veuvage sont variées mais elles proscrivent presque toute à une veuve de se remarier pendant plusieurs années. Ma sœur a déjà 36 ans et est donc considérée comme une vieille fille. Même avec la médecine moderne, ses chances de refonder une famille après votre trépas seront faibles.
Vous comprendrez comment votre demande pourrait être vue comme égoiste… et mon acceptation comme une décision purement politique. Une MAUVAISE décision politique, j’ose ajouté : le Royaume de Wa est une méritocratie élective, pas n’est pas un trône stable et dynastique avec lequel un tel mariage pourrait créer des liens forts. »


Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Je le comprends bien. Mais vous comme moi savons que la demande vient de Lei-Hai elle-même. Vous la connaissez : c’est une jeune femme brillante mais…»

Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« - Têtue et indépendante. Trop aux goûts de plusieurs de mes conseillés mais je vois ce caractère comme un atout précieux dans les négociations en cours avec la Fédération Populaire du Pualo Hoy. Ce sont des communistes révolutionnaires. Et à ce titre, ils proclament vouloir l’égalité entre hommes et femmes sur tous les plans. Un slogan qu’ils ne sont pas les seuls à lancer à la face des monarchies traditionnelles de l’Île-Continent. Négocier avec eux à travers ma sœur les forcent à abandonner cette rhétorique. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Oh je reconnais que cette fougue et volonté forte n’est pas du tout une mauvaise chose. C’est d’ailleurs une des choses que j’admire chez elle. Cela et l’intelligence avec laquelle elle parvient à associer ce caractère aux exigences de vos traditions, le tout avec une grâce sociale qui a dû lui valoir l’admiration des mêmes vieux sages qui la condamneraient précisément pour son érudition, sa curiosité et ses initiatives.
Mais mon point initial est d’avantage que, avec ou sans la bénédiction de Sa Majesté, elle épousera qui elle voudra et ira où elle voudra. Ses diplômes lui ouvrent des portes partout et les pressions diplomatiques n’en fermeront pas beaucoup. On eut pu lui souhaiter pire destin que d’être la future veuve d’un souverain étranger dont la fortune privée dépasse celle de bien des couronnes d’Alméra.
Elle vous a rendu votre trône et aurait sans mal convaincu les armées de Wa, Hokkaido et Kaiyuan sur la Roumalie si cela s’était avéré nécessaire. Si elle ne pourra offrir à sa patrie une alliance durable avec Wa par ses noces, elle a déjà fait bien assez pour que le Grand-Royaume lui accorde de suivre son cœur.»


Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« - Je n’y suis pas opposé. Mais le Grand-Royaume pourrait l’être. Nous sommes dans une période trouble. Le Trône du Dragon de Jade renait de ses cendres mais son autorité sur les provinces du Nord et de l’Ouest demeure faible. En même temps, ma volonté de modernisation et d’ouverture prudente est vue par beaucoup au sein même de la Cité-Soleil comme une erreur. Je suis coincé entre deux camps.
D’un côté, des modernistes qui apprécient ma politique économique dans les municipalités et au sein de l’armée mais n’apprécieront pas un mariage en apparence politique qu’ils pourraient prendre comme un signe de conservatisme moral trop extrême. Et en même temps, si je refuse ce mariage, leur réaction sera tout aussi violente car ils y verront une réaffirmation des travers sociaux les moins savoureux du confucianisme. Ils pourraient être tenté par le républicanisme, afin d’accélérer cette ouverture qu’ils appellent de leurs vœux.
Et de l’autre, des royalistes traditionnalistes qui me sont indispensables pour contrôler la bureaucratie et ainsi que garder l’amour du peuple des provinces du Sud. Si je refuse ce mariage, ils ne contesteront pas, vu le côté stérile de celui-ci sur le plan politique. Mais si Lei-Hai outrepasse ma volonté officielle et que je ne la punis pas, ils y verront de la faiblesse. Beaucoup parmi eux n’ont abandonné le Conseil des Cinq que parce que j’étais le symbole vivant de la Maison Cheng et donc leur loyauté allait d’abord au Trône. Ils reconsidéreront cela si je ne suis pas digne de ce Trône. Et si j’accepte le mariage, ils questionneront mes motifs. Il est au Makara des princes plus jeunes et dont l’alliance serait politiquement plus bénéfique au Grand-Royaume. »


Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Je suppose qu’un acte d’hommage du Jugwonjag de Wa serait insuffisant ?»

Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« - Le Royaume de Wa est pauvre. Endetté jusqu’au cou et seul l’unité politique temporaire que vous incarnez l’empêche de basculer dans une guerre civile où les communistes ont de bonnes chances de vaincre. Vous êtes vieux, Zhu Bô. Et si vos réformes pour solidifier le Trône du Lotus sont louables, je crains qu’elles ne s’accomplissent trop tard. Sans compter que votre succession elle-même sera une cause de troubles politiques. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -La dette se rembourse. Difficilement mais nous faisons des pas de géants dans cette direction. Les ventes de matériel militaire, les titres de noblesse, les ventes de nos dernières entreprises publiques, les prêts bon marché du Tarnosia…»

Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« -Mais cette dette est encore là. Et si un hommage est beau et bon, il n’engagerait que vous-même et non votre Royaume, dont l’Assemblée Citoyenne refuserait d’honorer toute alliance une fois le prochain Jugwonjag assis sur le Trône. »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Comme je le vois, il vous faut des alliés dès aujourd’hui. Pas dans une décennie. Wa est pauvre et endetté mais il a une armée puissante, plus que capable de fournir une aide dans les petites révoltes qui vous cause des soucis, sur le territoire du Grand-Royaume comme à l’étranger.»

Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« -Vous pensez aux cols des lumières ? »

Bô 1er:
Jugwonjag de Wa
« -Je pense aux Helikis, aux Buwhans, aux Hoys, à Tian-Guó et à chaque petite bande de révolutionnaires néokirovistes ou ultranationalistes qui cherchent à déposer un trône pour installer leur petite république.
Je pense à faire ce pour quoi le Pacte de Kanton était officiellement prévu : maintenir la paix au Makara en faisant coopérer les gouvernements, peu importe leurs régimes et idéologies tant qu’ils étaient anti-communistes. Bref, faire mieux que simplement contenir la menace au seul profit de Jiyuan et activement unifier le Makara derrière les trônes. C’est le rêve de beaucoup de panmakiranistes et quantité d’autres factions politiques n’y verront aucun inconvénients.
Si la Roumalie amorce ce mouvement en officialisant une alliance avec un trône fragile, ce sera justement respecté et admiré par beaucoup qui, du temps de Cheng Tsu-Tsao, ne voyait en la Roumalie qu’un conquérant.
La puissance industrielle de Wa peut être à votre service pour la durée de mon règne. Juste assez longtemps pour poser les bases d’un diplomatie qui garantiront que mes successeurs poursuivront dans cette voie.»


Cheng Bu-Jian :
Grand-Roi de Roumalie
« -Soit. Vous m’avez donné matière à réfléchir. Cela m’a encore l’air un peu… disons excentrique, comme raisonnement. Mais je devrais pouvoir en faire un démonstration plus convainquante si j’ai le temps de trouver les mots. Reportons l’audience officielle à la prochaine lune, quand Lei-Hai reviendra de ses négociations avec les Buwhans. »
Johel3007

Message par Johel3007 »

Le Trône du Lotus
18/04/2030

[img]http://s33.postimg.org/jn89sfvpr/Chinese_countryside.jpg[/img]

Paisible matin que celui-ci, où Cheng Lei-Hai, première princesse du Grand-Royaume de Roumalie et sœur aînée de Sa Majesté Cheng Bu-Jian, actuel souverain du Trône du Dragon de Jade, pouvait admirer la brume qui se déroulait lentement tel un tapis sur la cime des arbres ornant les collines.
Depuis un chalet choisi comme terrain neutre, elle et sa retenue de gardes royaux attendaient l’arrivée d’une délégation d’officiers de l’Armée Populaire des Buwhans, ceux en charge de leur « 4ème division », selon leurs dires.
Les enjeux de cette réunion étaient élevés : conformément aux proclamations faites par la Cité-Soleil voici déjà plusieurs mois, les officiers bénéficieront de peine en résidence surveillée et dans des conditions de confort important s’ils parviennent à faire se rendre leurs troupes avec eux. La 4ème division des Buwhans était estimée forte de 6.000 à 7.000 hommes, ce qui transformerait la « peine » de son commandant en une existence luxueuse dans une cage dorée si ses hommes se rendaient sans résistance notable. Un maigre prix : l’arrestation de plusieurs milliers de traîtres préserverait les vies de milliers d’innocents et de patriotes.
Pour cette raison, Cheng Lei-Hai était prête à se montrer généreuse : villas, serviteurs, liberté surveillée, communication par courrier et par téléphone, visites hebdomadaires, éducation offerte aux enfants, connexion à la Toile, allocation généreuse pour des dépenses courantes… Ce que les officiers voudraient, elle le leur donnerait, non sans négociations mais elle ne comptait pas condamner à mort des milliers de gens juste pour quelques millions de $RAK. La bataille contre cette division en coûterait à elle seule autant.

Elle avait de toute façon hâte d’en finir : à son retour, Bô Ka proposerait officiellement des fiançailles lors d’une audience publique avec son frère. Le Grand-Roi ne refuserait pas. L’impatience d’être enfin libre des contraintes de la société Roumalienne et de ses obligations dynastiques la consumait presque autant que le rêve d’une cérémonie somptuaire et d’une union avec son futur époux. Et si le cœur du vieil homme survivait à la nuit de noce, elle pouvait déjà imaginer un brillant avenir à deux… ou plus : si elle n’était plus toute jeune, elle pouvait encore enfanter. Son Altesse Ka Lei-Hai serait-elle à l’origine d’une dynastie nouvelle ?
La monarchie de Wa était non-héréditaire en principe… mais les dynasties de Roumalie aussi avaient débuté ainsi. Rien n’empêchait la nomination des fils et filles du Jugwonjag comme Jajags. Il pouvait y avoir jusqu’à 62 de ces « nobles de premier rang », choisis sur seule base du mérite en théorie, en vue de fournir un choix de successeurs potentiels en cas de décès du Jugwonjag. Hors, ils n’étaient pas nombreux à l’heure actuelle : Mina Syu, Anëa Ruy, Liu Kaï, Elya Nyo, Zö Huz, Miar Nyki… Une poignée de fidèles de la première heure, sans lien avec les Triades Dorées et donc loyaux uniquement à Bô qui, en les élevant à cette dignité, n’avait fait que récompenser cette loyauté et la cimenter encore d’avantage. Il y aurait sans doute aussi le neveu terrible, Pui Yu, et quelques autres notables-clés mais ceux-ci ne seraient jamais considérés comme des candidats viables par les Gongjags chargés d’élire le nouveau Jugwonjag. Les enfants de Bô et Lei-Hai auraient donc leurs chances.

Ses pensées revinrent au présent quand un de ses gardes royaux lui indiqua l’arrivée de cavaliers. Les Buwhans étaient là. Après que ses gardes eurent sécurisé chacun des arrivants, s’assurant qu’aucune arme n’était dissimulée sur eux, la princesse les accueillit à bras ouverts. Elle sera la main du « Général Kama» et sût immédiatement que quelque chose clochait. Elle avait passé en revue chacun des dossiers concernant les hommes qu’elle allait rencontrer : leur passé, leurs visages… et ce visage-là, elle était certaine de le découvrir pour la première fois. Et ce regard... plein de haine.


Cheng Lei-Hai :
Princesse de Roumalie
« - Vous n’êtes pas le Général Kam… »

« Général Kama » :
Membre de l’Armée Populaire des Buwhans
« -Gloire à Dieu, à Jésus Christ et au Grand Frère Xin Tao !! Que Sa volonté soit faite !! Que son règne vienne !! Que tombent les trônes paiens et les fausses idoles !! »

Les gardes se mirent en mouvement comme par réflexe mais ils furent génés par les officiers Buwhans qui, ayant visiblement reçu le signal, se jetèrent sur eux. Les détonations retentirent et plusieurs Buwhans tombèrent. Non que cela fit une différence : l’instant suivant, une vive lumière engloutit la princesse, précédant de très peu une vague de chaleur qui consuma le chalet et ses occupants. La dernière pensée de Cheng Lei-Hai aurait pu être d'un grand romantisme mais elle se résuma en fait à un mot : pourquoi ?
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