[i4] - île Tupiat

Iles-MJA V3

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[i4] - île Tupiat
Superficie : 8000 hectares
Habitants : communauté inuit
Ressource : Graisse de baleine


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Sur l'initiative particulière d'un Commandant de sous-marin de CESS, voulant rejoindre le nord du Vicaskaran, une nouvelle route fut testée par le nord du Jeekim. Voyant le fond de la mer diminuer, les militaire comprirent à un moment qu'ils venaient d'accoster. Le territoire n'était pas recensé jusqu'à présent, dans cette région difficile et glacée.
Chaarden

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[center]« Uvanga angajuk* »
Expression inuit signifiant « ma sœur aînée » ou « mon frère aîné »

[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=815384Tapiut.jpg][img]http://img15.hostingpics.net/pics/815384Tapiut.jpg[/img][/url][/center]

C’était une nouvelle peu anodine qui venait d’arriver aux oreilles de l’Etat-major confédéré. Dans un premier temps, un avertissement avait été envoyé à un sous-marin qui empruntait une mauvaise direction, sans en avoir référé à ses supérieurs. Puis, les marins répondirent enfin : ils venaient de mettre pied à terre. Le général demanda aux géographes de regarder sur quelle île ses hommes venaient de poser pied, et ce fut le surprise générale. A l’endroit indiqué, il n’y avait pas une seule île à moins de plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres. Après plusieurs vérifications, c’était sûr : la Confédération Socialiste venait de découvrir une nouvelle île. Les généraux, croyant toujours à une erreur, envoyèrent un avion de reconnaissance, résistant aux conditions de vol extrême. L’ordre fut donné au sous-marin d’attendre des directives. Pendant ce temps, un coup de téléphone fut passé au Kremlin de Kritev, le Grand Président du Peuple Vladimir Stramine fut averti. Lui-même n’en revenait pas. Il donna la marche à suivre, et l’Etat-major s’exécuta. La base militaire confédérée la plus proche était en Satalagmanque. Deux patrouilleurs partirent, avec à leur bord des vivres et des hommes. Parmi ces hommes, le GPDP avait demandé à ce qu’on envoie des ethnologues, des linguistes et des scientifiques de tout domaine. Le voyage ne devait durer que quelques jours.
-
Aux abords de l’île, les sonars du sous-marin s’agitèrent incroyablement : d’après les hommes qui les maniaient, les eaux glacées autour de l’île abritaient une quantité assez exceptionnelle de baleines. En ce qui concerne la température, si proche du pôle, on était à -25°C. L’avion arriva. Quelques rapides passages autour de l’île ont permis de déterminer sa superficie de 7000 à 9000 hectares grand maximum. Il était impossible de voir ce qui s’y trouvait précisément, reliefs, plaines et autres, car un épais brouillard enveloppait l’île.
Un message arriva au sous-marin : ordre au commandant de bord d’envoyer dix hommes à terre, en reconnaissance, avec contact radio.
Alors, dans le brouillard des pôles, deux barques filaient lentement vers l’inconnu. Les épais manteaux des soldats cachaient leurs armes, et faisaient passer leurs sacs pour des bosses. L’officier sur place envoyait des rapports réguliers au commandant de bord, qui avait établi un contact direct avec Kritev. Bref, Vladimir Stramine et l’Etat-major suivaient quasiment en direct la découverte de l’île.

« Commandant, vous me recevez ? On vient d’accoster. Il fait un froid pas possible. Il y a des phoques et des manchots, ils ne semblent même pas étonnés de nous voir » […]
« La plage est grande, on n’en voit pas le bout. Elle est large de… je dirais 330 mètres, pis ça monte » […]
« On est en haut des collines commandant, le brouillard est plus faible ici, on commence à voir mieux, mais qu’est-ce qu’on se les caille » […]
« C’est pas de la neige, c’est de la poudreuse, il y en a au moins 25 centimètres » […]
« On est dans une vallée, on est encerclés de montagnes, blanches comme pas possible, ça fait mal au crâne. On continue » […]
« Ça y est, on est sur un haut plateau, qu’est-ce que c’est haut ! On a une vue sur une bonne partie de l’île, et de la mer tout autour, on voit même le bateau, tout petit là-bas » […]
« Commandant, je pense pas être dingue, mais il y a des gens ici ! On vient de voir passer des ombres dans la vallée ! » […]
« Commandant ! On s’est pas planté, il y a des igloos ! Un village inuit ! Vu le nombre d’igloos, je dirais une centaine de personnes » […]
« J’en vois un deuxième ! Vu la taille de l’île et son relief, il peut y en avoir des dizaines d’autres, cachés sur des pans de montagnes » […]


Le commandant du sous-marin demanda les ordres à Kritev. L’Etat-major et Stramine établirent le plan d’urgence suivant :

-Les hommes du patrouilleur rejoignent ceux du sous-marin et établissent un campement provisoire sur la côte.
Les patrouilleurs doivent amener pour trois mois de vivres, c’est suffisant.
D’excellents médecins sont amenés aussi, avec du matériel sophistiqué.
-Le sous-marin demeure actif et balaie les environs pour cartographier les reliefs sous-marins et en profite pour faire le tour de l’île.
-Des troupes de cinq hommes sont chargés d’explorer les environs.
-Deux linguistes spécialistes des langues Inuits sont en route.
Selon eux, en cas de rencontre avec des autochtones, les soldats doivent dire « Uvagut surgutaq », ce qui signifie littéralement « Nous [être] amis », et si possible, leur offrir quelque chose.
-En cas d’approche de navires d’une autre nation, revendiquer publiquement immédiatement l’île.

L’île est assez grande, mais les projets bouillonnaient déjà dans la tête de Vladimir Stramine. En 2026, découvrir une île… voilà qui était bien particulier.
Pour le moment il s’agissait de prendre l’île dans le plus grand silence.
Le soir venu, Vladimir Stramine relut l’épître aux Romains.
Si les non-chrétiens vivent comme des chrétiens, alors cela signifie que le Tout-puissant n’a mis personne de côté.
Rencontrer une communauté inuit qui n’a sûrement jamais vu d’hommes blancs depuis des siècles était une aubaine pour tant de choses.
Ethnologie, comportementalisme, études humanistes, linguistique, génétique… bref, il faut absolument conserver ces petites communautés.
Cela dit, plusieurs problèmes se posent :
Tout d’abord, il fallait prouver aux Inuits que la cohabitation entre eux et les confédérés seraient une bonne chose. Pour cela, il y avait plusieurs leviers. Tout d’abord, il est fort à parier que les guerres en Rostovie-USP et au Finnherland avait dû se ressentir ici, par des nuages –toxiques ?-, des carcasses de navires etc. Il s’agissait de faire comprendre aux Inuits que seuls nous, confédérés, pouvons les protéger de la folie des hommes, car nous savons comment lutter contre eux. Ensuite, il faut leur prouver que nous pouvons même les aider dans leur vie quotidienne, sans altérer leur mode de vie. C’est-à-dire proposer de soigner leurs malades qu’ils considèrent incurables. Bref, la CESS installe un port-base-militaire sur une portion réduite de l’île et y mène des études scientifiques, tandis qu’on ne touche pas aux Inuits, et qu’on les protège des mondes extérieurs. Voilà le projet. Pour l'instant, il n'est que dans la tête du GPDP.
Toute une organisation équilibrée et une politique habile va se mettre en place. Pour l’instant, installons-nous, et commençons.
Chaarden

Message par Chaarden »

[center]« Uvagut surgutaq* »
*expression inuit signifiant « nous [être] amis »

[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=448062ChasseursAlpinsGlacierduTrient.jpg][img]http://img11.hostingpics.net/pics/448062ChasseursAlpinsGlacierduTrient.jpg[/img][/url][/center]

Sur la petite île de Tupiat –ainsi l’appelait-on en inuit-, environ 150 confédérés s’affairaient. On comptait deux tiers de militaires, donc une centaine. Un petit port improvisé avait été construit à l’abri d’une petite crique, avec quelques planches et même de la glace. Il y avait en tout deux petits patrouilleurs. Le sous-marin, lui, continuait de décrire des cercles de plus en plus grands autour de l’île afin de cartographier les fonds marins. Tous les quarts d’heure, quasiment, le commandant de bord signalait la présence de baleines. Leur nombre était effarant et les ichtyologues sur place, au nombre de trois, en étaient assez impressionnés. Les quelques autres scientifiques sur place, notamment des botanistes et des spécialistes de la faune du grand Nord, étudiaient avec beaucoup d’attention tout ce qu’ils croisaient. D’après eux, l’île en soit n’avait rien d’exceptionnel du point de vue des êtres vivants qui y vivaient, hormis quelques mousses non-répertoriées par les manuels de science modernes et une variété de manchot inconnue jusqu’alors. Les plages autour de l’île étaient peu nombreuses. En effet, assez souvent, des falaises ou des reliefs presque à pic se jetaient dans l’océan glacé. En parlant de glace justement, un glacier de plusieurs hectares occupait la pointe Nord de l’île. En quelques jours, les géographes de l’armée avaient réussi à émettre un plan relativement fiable de l’île, grâce aux relevés topographiques de l’avion et des hommes sur place. L’île faisait approximativement 79,9 km². Ce n’était pas bien grand. De facto, on avait imaginé que la population inuit découverte en même temps que l’île ne devait pas être grande non plus. Le climat rude, l’absence de ressources et la petitesse de l’île agissaient comme régulateurs démographiques. Au bout de quelques heures seulement, les « quallunaaq », c’est-à-dire les hommes du continent, avaient été repérés. Les soldats en patrouille agissaient comme leur disaient les ethnologues. D’après leurs estimations, la communauté sur place devait avoisiner les 250 membres.

Au petit matin, un troisième navire accosta. A son bord, l’ethnologue confédéré spécialiste des peuples esquimaux et inuit. Lui-même descendant d’Inuits, il en parlait couramment la langue et il avait passé les vingt-cinq dernières années au contact de ces peuples dans le Nord de l’Alméra et du Jeekim. Il avait maintenant l’opportunité d’être le premier scientifique à prendre contact avec une fraction d’Inuits coupés du monde depuis des décennies, peut-être des siècles. Il fut reçu par le commandant du petit camp improvisé. Immédiatement, il demanda où se trouvaient les campements, et demanda à lire les rapports faits par les éclaireurs. Sur ceux-ci, il trouva quelques informations assez intéressantes. En effet, la communauté semblait comporter une forte majorité d’enfants/adolescents, ce qui était plutôt rare, vu sa taille. Deuxièmement, il semblait y avoir « une espèce de chaman », ainsi qu’un « genre de patriarche ». Organisation typique d’une communauté restreinte. Echantillon intéressant à étudier. Troisièmement, il y avait en tout cinq petits villages éparpillés, principalement à l’Ouest de l’île, chacun ayant une population à peu près égale. Chose cependant assez étonnante, les villages ne semblent pas avoir tant de contact que ça les uns avec les autres. En ce qui concerne la nourriture, les patrouilleurs affirment avoir vu les Inuits traire les phoques et chasser les manchots avec des frondes et des sagaies. De même, sur une plage à l’Est de l’île, des sortes de pontons ont été repérés, d’où pêchent certains insulaires. Autre fait notable, ces pontons sont en bois, matériau pourtant absent de l’île, pour des raisons évidentes. L’ethnologue se leva et prépara son départ vers le hameau le plus important. Le commandant ordonna à ce qu’il soit accompagné de trois hommes en armes, plus des hommes en faction dans les alentours, juste au cas où. Pas le choix, mais le scientifique leur demanda de cacher leurs armes. Le voyage débuta. Le vent et la neige n’aidaient par la marche, mais les quatre hommes avancèrent malgré tout. Arrivés à destination, ils circulèrent au milieu de dizaines d’autochtones de tous âges qui les regardaient avec des yeux interrogateurs, certains exprimant même une certaine défiance. Avec un léger sourire et sur un ton aimable, il demanda à un homme de lui indiquer l’endroit où se trouvait le chef. Les trois soldats accompagnateurs ne comprenant pas grand-chose à la langue inuit, se regardèrent mutuellement. Après quoi ils se dirigèrent vers un homme âgé d’une cinquantaine d’années à vue d’œil, en train de tanner une peau, qui semblait être de phoque. Lui et l’ethnologue allèrent s’installer dans un igloo, où ils parlèrent pendant de longues minutes. Evidemment, le confédéré avait reçu des ordres de Vladimir Stramine, sur les objectifs à atteindre. Il devait jouer en fonction de. Lorsqu’il sortit de l’igloo, et à son grand étonnement, les trois soldats qui l’accompagnaient était en train de jouer avec les enfants du village. L’un d’eux portait même un collier de coquillages autour du cou, ce qui contrastait –légèrement- avec son uniforme. Il fallait partir, maintenant. Pendant le voyage de retour, le scientifique sortit de sa poche un enregistreur, avec lequel il avait enregistré la conversation. Une fois de retour au camp, il s’enferma dans la cabine du navire sur lequel il était venu et se mit à retranscrire la conversation. Les annotations entre crochets sont ajoutées par l’ethnologue et n’ont pas été prononcé lors de la conversation.

« -Nous sommes des amis, vous n’avez pas à nous craindre. Nous ne vous voulons aucun mal, ni à vous, ni à votre peuple.
-Mais qui êtes-vous ? Pourquoi êtes-vous venu ici ?
-Nous venons du continent, au Sud-Est d’ici. Nous voulions traverser l’étendue bleue, et votre île a jailli du brouillard.
-Vous appartenez à un peuple plus grand que le nôtre ?
-Nous sommes des dizaines de millions.
-Et toi, tu es leur chef ?
-Non, je suis un envoyé de notre chef. C’est un homme qui sait reconnaître les peuples dignes et couverts de bon sens, comme l’est le vôtre.
-Tu veux dire qu’il veut que nous rejoignions votre peuple ? Sur vos terres ?
-Non, du tout. Ces terres sont à vous depuis des siècles, et elles resteront à vous. Jamais notre peuple n’a détruit cultures et traditions d’un autre peuple. En revanche, nous pourrions déclarer nos deux peuples amis.
-Pourquoi serions-nous amis avec vous ? Les hommes du continent n’ont su apporter que de mauvaises choses à notre peuple.
-Vous voulez dire que nous ne sommes pas les premiers à vous rencontrer ?
-Non, il y a quelques années maintenant, un navire a heurté les bords de notre île. A son bord, il y avait des cadavres ; des hommes du continent, habillés comme vous. Ce n’était pas beau à voir. Après cela, le bateau a coulé, et la mer s’est colorée de noir. Les animaux qui y passaient tombaient malades, et lorsque nos enfants les mangeaient, ils tombaient malades aussi [l’essence du navire, ou les réserves d’autres liquides, gazole, mazout, certainement]. Au loin, d’autres navires passaient, des bruits assourdissants se faisaient entendre. Tout cela nous était désagréable. Nous avions peur pour la vie de nos familles.
-Je peux t’expliquer ce qui s’est passé.
-Alors parle, je veux le savoir.
-Au Sud, loin au Sud, il est une terre appelée le Finnherland. Il y a quelques années, une guerre a éclaté entre ce peuple et un autre. Sur les océans, des centaines de navires comme celui qui a échoué ici se battaient. Des hommes mourraient. Il y a quelques années encore, de violentes guerres éclataient entre les peuples au Sud de votre île et ceux au Nord. Des armes d’une puissance extraordinaire furent utilisées. Rien que l’utilisation d’une seule de ces armes pourrait faire disparaître cette île sous les eaux. Au-delà des mers et des océans, la folie des hommes n’a plus de limite, et vous n’en n’avez eu qu’un maigre aperçu.
-Et toi ? Toi et ton peuple ? Vous savez comment retenir les forces destructrices ?
-Oui, nous le pouvons, sinon nous aurions disparu.
-Nous, nous ne savons pas. Et pourtant, nous n’avons pas disparu.
-Ce n’est qu’une question de temps, crois-moi. Pour l’instant, dans les mondes continentaux, personne ne connaît l’existence même de cette île, hormis nous. S’ils l’apprennent un jour, vous et vos familles pourriez être en grave danger [Le chef Inuit manifesta une grande inquiétude].
-Alors je souhaite qu’ils ne le sachent pas. Nous ne voulons pas appartenir à votre monde. Notre mode de vie dure depuis la nuit des temps, depuis que nos ancêtres ont posé le pied sur cette île. Elle est nôtre, nous y restons.
-Et vous y resterez. Jamais la Confédération –ainsi s’appellent nos terres- n’a forcé un autre peuple à se plier à notre mode de vie. Chaque usage a sa raison, et chaque coutume doit être respectée. Vous avez vécu la laideur de la folie des hommes, elle a dérivé jusqu’à vous. Hier, c’était un navire à la dérive, demain, ce pourrait être des centaines d’hommes en armes, prêts à tuer et à piller. Nos mondes sont plus que jamais imprévisibles.
-Ne peut-on pas cacher notre île des yeux du monde ?
-Cela n’est plus possible, malheureusement. Si vous rejoigniez la Confédération, en revanche, nous pourrons vous protéger, et faire en sorte qu’aucun autre homme n’approche votre île.
-Quel serait le prix de votre protection ?
-Nous aurons des bâtiments à installer, en matériaux durs [terme inuit désignant fer et pierre], et certains de nos hommes viendraient habiter ici.
-Viendraient-ils vivre avec nous ? Là, dans nos igloos ?
-Pas si vous ne le voulez pas. Ils iront vivre sur l’une de vos plages, et limiteront les contacts avec vous, si vous n’en voulez pas. Parmi eux, il y aura d’ailleurs de médecins, d’excellents médecins, qui pourront vous soigner en cas de blessure ou de maladie graves. Ainsi fonctionne la Confédération : les peuples s’entre-aident. Nous nous reposons les uns sur les autres, chacun est là lorsqu’un autre a besoin de lui, et tout ça dans le respect mutuel. Vous pouvez faire partie de cette alliance, en conservant votre mode de vie. Vous serez une richesse pour notre peuple. Jamais nous ne vous forcerons à nous rejoindre sur le continent, jamais nous ne vous demanderons de quitter votre île, jamais nous ne nous en prendrons à votre mode de vie [le chef inuit se montra pensif et ne dit mot pendant quelques minutes].
-Je vais en discuter avec les autres membres de mon village et ceux des autres clans, nous formons nous aussi une « confédération ». Restez sur la plage où vous êtes, nous vous apporterons notre réponse.
-Oui, nous attendrons.
-Votre chef peut-il venir ici nous rencontrer ?
-Il le peut, mais il ne parle pas la langue que nous parlons là.
-Va-t-il l’apprendre ?
-Bien sûr. Dès qu’un peuple s’allie au nôtre, il en apprend la langue. »

La conversation dériva ensuite sur divers sujets plus « culturels ». Le rapport fut envoyé à Vladimir Stramine, qui le lut avec énormément d’attention…
Chaarden

Message par Chaarden »

[center]Cartographie grossière de l'île de Tupiat

[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=351321IleTupiat.png][img]http://img15.hostingpics.net/pics/351321IleTupiat.png[/img][/url][/center]
Chaarden

Message par Chaarden »

[center]« Naniaaka qallunaq* »
*Expression inuit signifiant « chef des hommes du continent »

[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=987159StramineFroid.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/987159StramineFroid.png[/img][/url][/center]

La promesse avait été faite au chef de la communauté Inuit de Tupiat de rencontrer Vladimir Stramine en personne.
L’intérêt stratégique de l’île était absolument exceptionnel.
Pour naviguer de la CESS jusqu’à l’île du Pelabssa, il fallait passer par le Nord du Jeekim, et éventuellement jeter l’ancre en Stalagmanque.
C’était utile mais malheureusement coûteux et cela ralentissait les opérations.
A présent, si l’on pouvait se servir de Tupiat comme relais, il suffirait d’investir dans des navires brise-glace pour pouvoir rejoindre le Vicaskaran par le pôle Nord.
Les routes en étaient considérablement changées. Voilà ce qui avait traversé l’esprit de Vladimir Stramine.
Pour le moment, la découverte de l’île n’était sue que pas un très petit nombre de personnes.
Il n’était pas question –pour le moment- de l’annoncer à tout le monde. On s’assure d’abord qu’elle doit être nôtre.
Selon les études de l’ethnologue resté sur place, il n’y avait rien d’anormal à ce que les Inuits demandent le chef des « qallunaak ».
C’était une tradition très prégnante chez les peuples primitifs : on ne discute que de chef à chef, pour le bien de notre communauté.

Ainsi, au petit matin, un quatrième patrouilleur accosta.
A son bord, Vladimir Stramine lui-même, ainsi qu’une partie de sa garde personnelle et de hauts représentants de la CESS.
Les soldats, sur la plage, était tous au garde à vous, saluant leur « Naniaaka ».
Le GPDP prit un instant particulier pour saluer le commandant découvreur de l’île, en lui annonçant une promotion.
Il prit le repas au réfectoire improvisé avec les hommes avant de s’entretenir longuement avec le spécialiste des cultures nordiques.
Très rapidement, il a été décidé de se rendre à nouveau dans le campement inuit, avec Vladimir Stramine.
Lui et l’ethnologue furent accompagnés de trois soldats du corps d’élite de protection rapprochée des hauts dignitaires de l’Etat.
Tout le monde savait comment se comporter pour être bien vu et bien reçu, et comment se montrer respectueux et donc respectable.
Le trajet fut assez cours, le chemin était à présent quasiment tracé dans la neige et bien connu.
Arrivé sur place, Vladimir Stramine cacha son étonnement face à la population locale : si peu nombreux et visiblement bien organisés.
Les Inuits étaient un peuple physiquement très petit. Les plus grands d’entre eux devaient mesurer 1m70 grand maximum.
Forcément, de fait, Vladimir Stramine et ses 1m86 étaient facilement remarquables. Idem pour ses gardes, atteignant facilement la même taille.
Arrivés devant l’igloo du chef, devant lequel se tenait ce dernier, Vladimir Stramine le salua chaleureusement avec respect, comme lui avait appris l’ethnologue.
Lorsque deux chefs se rencontraient pour parler paix et alliance, chez les Inuits, il était de tradition de s’offrir des présents.
Le chef offrit à Vladimir Stramine ce qui semblait être une flûte taillée dans un long os de phoque, magnifiquement sculpté et paré.
Vladimir Stramine, quant à lui, offrit au chef une superbe couverture tannée faite avec de la peau de vison, extrêmement douce et adaptée au climat froid.
Après cet échange rituel de cadeaux, les deux chefs se rendirent dans l’igloo avec le traducteur.
Autour d’une espèce de tisane très forte, visiblement fermentée, la discussion s’engagea.
Voici sa retranscription, sans les interventions du traducteur :

« -Vous, les hommes du continent, pourquoi vous intéressez-vous autant à notre île ?
-Eh bien, dites-moi de quoi sont faites les amitiés entre les peuples ?
-Elles sont faites de mains tendues, de partage et de respect.
-Vous devez savoir que votre île est une exception dans le monde. Savez-vous ce qu’est la monnaie ?
-Je crois que c’est ce que les hommes des continents s’échangent, tel un intermédiaire entre les marchandises. Nous ne comprenons pas l’utilité de ce système.
-Ce système est utile pour maintenir la domination des hommes puissants et fortunés sur les êtres faibles. Maîtres et esclaves. La monnaie engendre les malheurs du monde.
-Et que vient faire notre île là-dedans ? Nous sommes loin de votre monde, et tenons à le rester, notre mode de vie n’est pas négociable.
-C’est exact. Vous avez dit avant que la monnaie était un inutile intermédiaire entre les marchandises, le troc est donc meilleur, c’est cela ?
-Oui.
-Donc les marchandises engendrant la monnaie sont extrêmement importantes pour maintenir la domination des uns sur les autres.
-C’est logique, ce que vous dites là.
-Eh bien là intervient votre île. Dans vos eaux, vous avez des baleines, que les autres hommes du continent recherchent et tuent. Sur vos monts, vous avez des éternels vagabonds [ours polaire, ndlr], sur vos plages des phoques et des manchots. Tout cela intéresse les dominateurs. Cela les intéresse grandement, croyez-moi.
-Pourquoi nous le prendrait-il ? Nous vivons en harmonie avec notre île et ses ressources. En cas de grand froid, nous nous réfugions dans les grottes qu’elle nous offre, et nous la protégeons de l’étouffement par la surpopulation d’animaux. Tout est ici en équilibre, tout fonctionne, pourquoi le troubler ?
-La soif de monnaie. Les hommes d’au-delà les mers pilleront votre île, car ils y trouveront le moyen d’augmenter leur domination sur des gens comme vous et des millions d’autres encore.
-Nous ne voulons pas que cela arrive, et ce ne doit pas arriver.
-Mes hommes sur la plage peuvent vous faire une démonstration des armes que les autres hommes du continent possèdent. C’est destructeur, jamais vous ne pourrez lutter. Ils viendront, voudront vos richesses, briseront l’équilibre, et vous tueront.
-Que proposez-vous alors ?
-J’entends que vous voulez conserver votre mode de vie, mais dans le nouveau monde qui s’est créé, vous ne pourrez pas si jamais l’on vous trouve. Vous devriez accepter la protection de notre peuple, en le rejoignant. Si vous ne voulez pas rencontrer les autres peuples qui se sont regroupés autour de nous, vous n’en serez pas obligés. Si vous ne voulez pas nous accompagner sur le continent, vous n’en serez pas obligés. Nous pouvons vous offrir une nécessaire protection, si vous nous permettez d’installer un petit port sur la plage où nous avons accosté, ou une autre, qu’importe.
-Un port ? Pourquoi voulez-vous un port sur notre île ?
-Ces dominateurs dont nous avons parlé ; ils sont belliqueux, et prêts à tout pour conserver leur pouvoir, y compris à tuer. Votre île est très froide pour nous. Il fait beaucoup plus chaud sur nos terres. Si les protecteurs de la paix que sont nos hommes viennent s’entraîner ici, ils deviendront plus forts, et pourront mieux protéger nos peuples, dont vous ferez bientôt partis, je le souhaite.
-Connaissez-vous ce matériau-ci ? [le chef inuit montra à Vladimir Stramine une planche de bois, visiblement très robuste]
-Oui, il s’agit de bois.
-Il y a fort longtemps, nos ancêtres savaient comment obtenir ce « bois », et ils construisaient des choses remarquables avec. En possédez-vous sur le continent ?
-Bien sûr, des milliers et des milliers.
-Si nos peuples s’unissent, partager nos ressources sera possible ?
-Même nécessaire.
[le chef inuit se montra dubitatif et reprit]
-Nous devons réunir les chamanes et les communautés afin de réfléchir ensemble sur votre proposition.
-Prenez le temps nécessaire. Sachez simplement que peu d’hommes du continent vous tendront la main comme nous le faisons. Nous avons découvert cette île les premiers, et c’est pour vous une bénédiction, d’autres auraient été plus violents et plus mauvais.
-J’ai entendu ce que vous aviez à me dire, chef des hommes du continent, et cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd ».

Au moment où les hommes s’apprêtaient à sortir, le chef inuit retint les deux hommes et fixa Vladimir Stramine.

« -Dis-moi, Naniaaka qallunaq, as-tu une femme avec qui tu partages ta vie ? T’a-t-elle donné des enfants ?
-Oui, une fille et un garçon.
-Tu m’as décrit en quelques mots un monde qui est pour nous le monde souterrain, celui où vont les hommes mauvais. Les hommes du continent sont pour nous des démons alors, dans leur grande majorité… as-tu envie de laisser ce monde à tes enfants ?
-Je crains ne pas pouvoir répondre autre chose que non. Chaque jour qui passe, mon combat au milieu des autres peuples se résume à un seul objectif : détruire la monnaie. Elle est le seul mal de notre monde. Votre île est un modèle. Mais nous sommes des millions, et non pas quelques centaines, ce qui rend la tâche plus ardue.
-Continuez votre combat, ne l’abandonnez pas, ou vous ne pourrez plus regarder vos enfants dans les yeux, naniaaka qallunaq ».

Après cet échange pour le moins inattendu, Vladimir Stramine rentra au port, avec ses gardes et l’ethnologue, qui n’en pouvait plus de faire le traducteur.
Chaarden

Message par Chaarden »

[center]« Ilissi angajuk »*
*Expression inuit signifiant « vous [être] grande sœur »

[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=833607Carte.png][img]http://img15.hostingpics.net/pics/833607Carte.png[/img][/url][/center]

Compte-rendu de la rencontre avec les autochtones, de Leonid Fornianine, ethnologue spécialiste des cultures nordiques et Inuits

[quote]« Les mœurs des Inuits de Tupiat sont fascinants. Il serait stupide de me part d’affirmer cela aussi frontalement sans apporter quelques éléments de justification.
Un jour, il m’a été donné de participer à un repas communautaire. Il s’agit d’un grand banquet où tous les autochtones de l’île se regroupent pour manger, boire et danser ensemble. Au début, je ne les croyais pas, je croyais avoir mal compris, mais il semblait bien qu’ils se réunissaient tous. Je ne comprenais pas où, jusqu’à ce que l’un d’entre eux me montrent une grotte aménagée sur la côte Nord de l’île. Elle était très grande, très spacieuse, et la pierre qui la formait d’une robustesse inouïe. J’ai alors eu l’occasion de compter plus précisément leur nombre. Je crois pouvoir affirmer sans me tromper qu’ils sont 312. C’est assez important au vue de la petitesse de l’île. Au fur et à mesure du temps, la consanguinité a dû faire son travail et éliminer les « erreurs de la nature », pour ne laisser que les humains au génome le moins corrompu. Revenons-en au repas : on y servit de la viande, du phoque, d’après ce que j’ai compris, avec du poisson, beaucoup de poisson. Le poisson était aromatisé avec une petite épice assez acide que je ne connaissais pas. J’appris plus tard qu’il s’agissait d’une mousse que l’on trouvait au Sud de l’île. Pour les boissons, il y avait de l’eau, d’une pureté remarquable, et quelques tisanes, généralement réservées aux femmes, faites avec des lichens particuliers et de la graisse de manchot. L’ambiance était très conviviale. Les enfants jouaient avec des osselets ou couraient dans toute la grotte, tandis que les adultes discutaient entre eux, riant aux éclats ou se disputant même. Je me serais senti comme un étranger si les anciens de la communauté n’avaient pas si ardemment voulu me parler toute la journée. Le plus âgé d’entre eux, un dénommé Karnut, qui frôlait les 88 ans, me révéla un secret assez exceptionnel. En fait, je m’étais demandé avant comment il était possible qu’une si petite population parvienne à se maintenir sans tomber de consanguinité. Il m’apprit que dans certaines grottes tenues secrètes, les Inuits possédaient des « cartes d’ancêtres ». Il accepta de m’en faire rapporter une –la sienne-. Quelques minutes plus tard, je me trouvais avec une peau de phoque superbement tannée et lisse devant le nez. Dessus, une multitude de prénoms Inuits reliés par des traits : je compris que c’était ce que nous appelons un arbre généalogique. Karnut fut capable de me donner le nom de son aïeul qui vivait près de quatre siècles auparavant ! Je fus complètement abasourdi. Il me révéla par la suite que chaque personne présente dans cette grotte possédait « sa carte ». Ainsi, les racines de la communauté étaient connues. J’en viens maintenant au point qui nous intéresse, nous, scientifiques du monde moderne. Selon Karnut, le meilleur moyen d’éviter la consanguinité et d’avoir un taux de fécondité maximum était d’avoir des enfants… avec son cousin ou sa cousine au troisième degré*. En fait, je compris par la suite que les petits hameaux dispatchés sur l’île servaient à cela : on faisait en sorte que les jeunes Inuits soient en contact avec leurs cousins/cousines du troisième degré, pour créer, en quelque sorte, des amours arrangés, si l’on peut se permettre l’expression. Effectivement, nos généticiens avaient constaté cela, mais n’étaient pas capable de l’expliquer. N’est-ce pas fascinant que des Inuits, perdus sur une île, éloignés du monde et des hommes, sachent cela ?
Le lendemain, j’ai pu apprécier un rituel chamanique. Je savais, et c’était de coutume dans les cultures du grand nord, que le chamanisme était la « religion » la plus répandue. L’île possède deux chamanes, un homme et une femme, Uvarit et Galma. Le premier se revêt de la peau d’une bête poilue, qu’il ne m’a pas été donné d’observer sur l’île. Il boit des liqueurs et se badigeonne de crèmes à l’odeur très forte. Après cela il se dirige vers la personne qui lui a demandé de voyager dans le monde des esprits. Il lui demande le nom du malade ou de la personne qui a besoin de récupérer son âme (NB : dans le chamanisme, on perd son âme quand on est malade, quand on dort etc.). Les boissons qu’il ingurgite après lui font perdre toute raison. Le voilà qui tremble comme un fiémançais face à un confédéré, en beuglant comme une vache. Il se met ensuite à sautiller dans tous les sens, et continuant à prononcer des morceaux de phrases qui prennent petit à petit un sens. Son être s’envole dans le monde invisible, négocie avec les esprits et ramène l’âme du malade. Il lui fait plusieurs heures pour se remettre. La deuxième chamane, Galma, est beaucoup plus calme. Elle se revêt elle aussi d’une peau étrange et entre en transe après plusieurs minutes de silence absolu. Devant elle, elle tient un morceau de charbon et une peau de phoque tanné. Au fur et à mesure de son voyage transdimensionnel, elle gribouille sur la peau et tient un discours de plus en plus incohérent, il semblerait qu’elle fasse l’inverse d’Uvarit. Plus elle avance dans sa transe, moins elle est consciente. Dans les deux cas, les rituels chamaniques sont assez impressionnants. Je les ai pris en vidéo et transmis aux laboratoires d’études neurologiques de Kritev. D’après leurs premières observations, les transes chamaniques sont très semblables à des crises d’épilepsie, à un degré d’intensité relativement faible. Je ramènerai sur le continent des échantillons des boissons que prennent les chamanes, afin de voir si l’origine de leur « hystérie nordique » ne repose pas là.
J’en viens maintenant à un point plus intéressant. J’ai réussi à prendre l’ADN de certains Inuits et à le faire analyser dans nos meilleurs centres de génétique dans la Confédération. Les résultats qui me sont parvenus sont assez surprenants. En fait, la proximité génétique entre les Inuits et les Kirkstanais est impressionnante. Mes premières estimations me poussent à dire que nous formions un même peuple il y a environ 4000 ans, date à laquelle nous nous sommes séparés. Nous attendons plus de précisions, mais il semblerait que nous soyons les grands frères de ces Inuits. Voilà une raison de plus d’agir avec respect et fraternité avec ce peuple.
Le GPDP Vladimir Stramine avait échangé avec le chef de l’argent, de l’économie. C’est quelque chose qui n’existe pas chez les Inuits au sens où nous l’entendons. Ils fonctionnent sans monnaie, par un système de troc, et encore. Si vous voulez manger, les hommes vont chasser et/ou pêcher. Les femmes s’occupent des enfants et des hameaux, et préparent nourriture et boisson pour tout le monde. La communauté est comparable à une grande famille : chacun veille sur son voisin, et même un étranger comme moi peut se sentir à l’aise au bout de quelques jours seulement. Tout est extrêmement bien organisé, il y a une place pour chaque chose et chaque chose est à sa place, ça en devient presque gênant.
Malheureusement, j’ai appris qu’un homme était mort dans le hameau d’à côté de celui où j’étais. J’ai été autorisé à participer à la cérémonie d’enterrement. En fait, les corps reposent dans des grottes extrêmement profondes et sinueuses. Le mort est d’abord embaumé selon un processus très particulier que je ne saurais décrire ici avec exactitude. Les deux chamanes de la communauté récitent des incantations et des chants rituels afin de purifier le corps du défunt et d’assurer à son âme son arrivée dans le monde invisible. Une fois cela terminé, les femmes proches du défunt (filles, belles-filles, sœurs, éventuellement mère) portent la momie jusqu’à l’entrée d’une grotte choisie par les chamanes. Une fois devant, deux hommes agiles et prestes doivent emmener le makabé au plus profond de la grotte. Il faut noter que la momification réduit la taille du corps de manière assez spectaculaire. Quant aux grottes choisies, il ne s’agit pas de hasard, on prend celles avec les boyaux les plus sinueux. Les hommes chargés d’y amener la momie prennent souvent plusieurs heures à revenir. Si un accident se produit et qu’ils ne reviennent pas, cela signifie, selon les chamanes, que la communauté va connaître de grands malheurs, comme une pêche moins bonne ou plusieurs morts.
Je continue mes investigations avec beaucoup d’intérêt, nous avons encore des dizaines et des centaines de choses à découvrir de ces nations.
Il faut protéger leur mode de vie, et leur garantir sécurité et protection. »[/quote]

*HRP : prouvé scientifiquement, notamment via les études génétiques et généalogiques en Islande, ceux que ça intéresse, cf [url=https://youtu.be/onbPjqSOAPE?t=25]ici[/url].
Iles-MJA V3

Message par Iles-MJA V3 »

Les locaux sont tiraillés en deux camps : ceux prenant Stramine pour un bon chef, quoique dangereux car prêt à se déplacer depuis son île pour venir en repérage sur leur glace, et les autres prenant Stramine pour un Dieu auquel dans tous les cas ils doivent se soumettre.
Les premiers cours d'éducation sur le mariage consanguin n'ont pas conquis le cœur des autochtones, mais ceux-là vivent en majorité ce contact avec la CESS comme une opportunité de bien rigoler, si comme pour l'instant on ne dérange pas leur habitudes.
Chaarden

Message par Chaarden »

[center]Dans la neige et dans la brume

[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=7910516a00d8341ce44553ef014e8c2ca789970d800wi.jpg][img]http://img11.hostingpics.net/pics/7910516a00d8341ce44553ef014e8c2ca789970d800wi.jpg[/img][/url] [url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=7240768d934c9c235a218949b062c220b20ff11394209507.jpg][img]http://img11.hostingpics.net/pics/7240768d934c9c235a218949b062c220b20ff11394209507.jpg[/img][/url][/center]

Cela faisait maintenant trois mois que l’île avait été découverte par l’armée confédérée. La décision avait été prise, pour le moment, de ne rien révéler aux yeux du monde. L’île avait été cachée pendant mille ans, elle pouvait bien le rester encore quelques décennies, jusqu’à la fin du monde. A présent, les travaux étaient déjà bien lancés sur la côte Sud-Ouest. Sur cette vaste plage, la plus dégarnie en manchots et phoques, la CESS avait installé un petit port, pas vraiment militaire, pas vraiment civil. Le but était de ne pas troubler les indigènes par des installations trop tape-à-l’œil, le chef avait bien précisé que la conservation de leur mode de vie et donc, de fait, de leur environnement, était quelque chose d’absolument essentiel. Le GPDP Vladimir Stramine avait donc personnellement constitué un port particulier, avec l’aide de l’Etat-major et de quelques ingénieurs. Le port ci-présent sera doté de navires spéciaux. Déjà, ils seront très petits, mais rapides et avec une capacité de tonnage importante. Des ravitailleurs. Les gros navires ou sous-marins qui devront rejoindre par exemple le Nord du Pelabssa pourront passer dans les eaux autour de l’île, mais n’accosteront pas ; ils resteront à une distance relativement importante pour ne pas « gâcher la vue » des Inuits. Les petits patrouilleurs iront les ravitailler en vivres ou en carburant. De plus, le climat de l’île, extrêmement rude, car froid, bien que nous sortions progressivement de l’hiver, sera un atout formidable, de même que la présence des autochtones. En effet, il est déjà prévu d’envoyer sur Tupiat les meilleurs éléments des forces spéciales confédérées, afin de parfaire leur formation avec un entraînement vigoureux dans ce climat extrême. Les Inuits ont une utilité, car étant relativement répandus sur l’île, les éviter tout en restant discret sera un très bon exercice. De même, certains soldats iront passer quelques jours avec eux, afin d’apprendre à se nourrir et à se soigner dans un tel milieu. Les Inuits ont accepté avec plaisir et curiosité de recevoir dans leurs campements quelques soldats pour leur enseigner comment vivre avec la nature lorsque celle-ci semble vous rejeter. Un des premiers spetznazoï (membre de la Spetznaz, forces spéciales CESS) à se rendre sur Tupiat dans ce but se prénomme Adrian Innokenti. Ses contacts avec la population ont été de fait nombreux, et l’expérience qu’il vécut avec les insulaires fut très enrichissante, d’après ses propres dires. En tout cas, en voici un court extrait.

Adrian avait reçu quelques notions de langage d’Inuits. L’Inkutikut, la langue des Inuits, était particulièrement difficile, car agglutinante. Cependant, quelques ressemblances avec les langues slaves étaient notées. Ce n’était de toute façon pas cela qui allait aider à l’apprendre. Bref, Innokenti avait 27 ans, il était officier dans la Spetznaz, et était l’un des talents les plus prometteurs de l’armée. Il avait gravi le plus haut sommet du pays (6589 mètres) à 21 ans, son premier saut en parachute à 16 ans, décoré de la médaille des héros de guerre en Kasovie, et s’apprêtait à partir pour une mission mystérieuse dans le grand Nord. Pour se préparer, lui, mais aussi d’autres de ses camarades, devaient passer par Tupiat. Il était en tenue de militaire typique, pas de forces spéciales genre chasseurs des neiges. Il devait se rendre seul dans le plus grand village Inuit. Il était seul, et le voyage s’était bien déroulé. Il fut accueilli par Nunavit, un homme d’une cinquantaine d’années, qui l’accompagna dans une grotte, planquée derrière des monts blancs comme neige. La première chose qu’Adrian comprit, c’est que lorsque la nature est hostile, elle recèle de pièges, mais si l’on connaît ces pièges (grottes et crevasses, en l’occurrence), on pouvait les utiliser à son avantage. Nunavit apprit à Adrian que les grottes étaient un excellent moyen de se protéger du vent par exemple. Pendant plusieurs heures, il lui apprit à dresser, avec des pierres et de la neige, un petit mur discret de protection à l’entrée de la grotte, qui faisait en sorte que celui-ci qui se trouvait à l’intérieur de celle-ci était largement protégé du froid aussi. Après cela, il l’accompagna dans une crevasse, il lui montra comment, avec ses cordes, il était possible de descendre en rappel en sécurité. Une fois à l’intérieur, Nunavit donna à Adrian des moyens de sortir d’une crevasse, ce qui était extrêmement difficile. Généralement, lui rappela-t-il, il était tout aussi efficace de continuer dans les grottes, car le réseau était vaste et dense, c’était dû au climat. Justement, dans les boyaux de l’île, Adrian apprit comment sortir vivant. Nunavit, grâce au vent, aux petites bêtes, à la lumière et aux végétaux, arrivait à trouver des indices qui lui permettait de savoir où se trouvait la sortie. Tout cela était très intéressant, et fort utile. Revenus à la surface, les deux hommes marchèrent dans la neige épaisse, sur les flancs du plus haut sommet de l’île, avec des raquettes fabriquées à la va-vite, mais extrêmement efficaces. Adrian fut étonné de l’extraordinaire endurance de Nunavit, qui ne semblait même pas fatigué. Ils finirent sur une plage à l’autre bout de l’île, où ils chassèrent un phoque et un manchot, avec une méthode qui permettait de ne pas effrayer les autres animaux. Avec des restes particuliers du phoque, on fabriqua un appât, très efficace pour la pêche.
Finalement, il fallut rentrer et passer à la seconde partie de la « formation ». Nunavit présenta Adrian à sa fille, Milma. Elle semblait très jeune, elle devait avoir 19 ans, peut-être un peu plus. Adrian apprit à ses côtés comment se nourrir. Avec les produits de sa chasse, Milma confectionna sous ses yeux et avec son aide un bon repas. Elle lui apprit même quelles parties étaient comestibles crues, et sous quelles conditions. Il n’était pas bien difficile de concevoir de quoi manger finalement… pour l’eau, il suffisait de faire fondre de la neige puis de la faire bouillir, éventuellement de rajouter un peu de charbon pour la filtrer correctement. Quant à la viande de manchot, elle était très dure, et se cuisait très vite. En y ajoutant de la graisse de phoque et quelques mousses, pour aromatiser un peu le tout, on obtenait un genre de ragoût pas très beau à regarder, mais exceptionnellement bon et très bourratif. De plus, pour compléter cette journée bien remplie, Milma réalisa devant Adrian un ouvrage très particulier : avec la peau du phoque, elle fabriqua une sorte de petit sac hermétique, qui permettait de conserver de la nourriture bien fraîche, sans que celle-ci ne subisse les aléas climatiques. Normal, vu que la peau de cet animal était hydrophobe, pour lui garantir un meilleur hydrodynamisme et surtout, protectrice du froid, le phoque nageant dans les mers glacées du Nord.
Ce Nord regorgeait d’opportunités, de richesses et de bienfaisance. Il y avait tant à apprendre…
Lorsque Adrian sortit, tout le village l'accueillit en riant aux éclats. Rencontre un homme du continent n'était pas commun pour eux, et ils voyaient là l'occasion de sortir de leur ordinaire. Cette situation, semblait-il, les amusait beaucoup.
Chaarden

Message par Chaarden »

[center]Confédération fermée, Tupiat sauvée !

[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=616817url.jpg][img]http://img11.hostingpics.net/pics/616817url.jpg[/img][/url][/center]

Les Inuits, loin de tout le fracas du monde dit civilisé, ne savaient pas que la Confédération venait de fermer ses frontières à à peu près tout le monde. De toute manière, cela ne les intéressait guère. A vrai dire, ils s’en contrebalançaient même royalement. L’une des principales conditions à tenir pour s’installer sur l’île avait été de ne pas chambouler leur mode de vie. C’est ce qui a été fait, objectivement, alors continuons sur cette ligne, n’allons pas les troubler avec ces ennuis d’un autre monde.

D’ailleurs, à bien des égards, la fermeture de la Confédération est une bonne chose pour Tupiat. Elle s’élevait sans le savoir à un rang très élevé dans l’esprit confédéré : voilà un peuple qui vivait en autarcie totale –nouveau rêve de Stramine- depuis des siècles, peut-être des millénaires. Ils étaient finalement devenus un modèle. Bien évidemment, le mode de vie inuit n’était qu’une microscopique base pour ce qu’allait devenir la Confédération métropolitaine, quand même plusieurs dizaines de milliers de fois plus peuplée…

Afin de mieux appréhender la façon de vivre des « hommes du continent », un homme du nom de Kalangvut voulut visiter la base installée sur le Sud-Ouest de l’île. On lui accorda sans problème. Les seuls bateaux qui passaient par là étaient ceux qui partaient pour Marutopia ou pour le grand Nord, et ils se raréfiaient à peine. Tupiat bénéficierait d’une protection supplémentaire à l’avenir : il a été dit à tout navire étranger que ceux qui s’approcheront trop près, sans autorisation, de navires confédérés, seront attaqués. Ainsi, si un navire s’approche de Tupiat, il tombera dans les radars confédérés et s’éloignera au premier message radio. Le pacte entre Stramine et les Inuits tenait, malgré les bouleversements internes à la Confédération.

Kalangvut découvrit avec stupeur la lumière qui [url=http://www.lafripouille.fr/]s’allumait et s’éteignait[/url] avec un simple morceau de glaçon qui ne font pas, appelé interrupteur. Il constata avec intérêt le four et aussi l’eau courante. Evidemment, pour les Inuits, boire de l’eau n’était pas bien compliqué. Faire fondre de la neige, la faire bouillir, rajouter un peu de charbon pour la purifier, et l’eau est déjà suffisamment bonne pour la consommer. Notons d’ailleurs qu’il trouvait l’eau du robinet pas assez douce. Quelle ne fût pas sa surprise lorsqu’il vit un portrait de Vladimir Stramine dans la base, et surtout, quelle surprise que ce portrait ne lui répondait pas malgré son insistance. Plus tard, même, il s’étonna que les hommes puissent gâcher de l’eau potable dans ce qu’on appelait une chasse d’eau. Même si l’eau est abondante, disait-il, ce n’est pas une raison pour la salir comme ça. C’est quand même un cadeau du Créateur, disait-il. Bref, les soldats eurent beaucoup de difficulté à faire descendre Kalangvut de la jeep, tellement il s’y sentait bien. Les sièges étaient moelleux, il croyait que c’était là qu’ils dormaient. La salle de sport fut une autre surprise pour l’inuit : quel intérêt les hommes du continent ont-ils à soulever ce lourd métal ? Lui qui y arrivait sans problème, malgré sa petite taille, ne comprenait décidément pas l’utilité de la chose.

« Le monde qui s’est installé sur notre île regorge de surprises, de contradictions, et d’étrange. Je préfère mon village ».
Chaarden

Message par Chaarden »

[center]De toute culture il y a à (ap)prendre

[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=283371esquimauxpeche.jpg][img]http://img11.hostingpics.net/pics/283371esquimauxpeche.jpg[/img][/url][/center]

Les Inuits du Tupiat n’avaient pas été mis au courant de la fermeture de la Confédération. Du moins, pas formellement. De toute façon, il s’agissait d’un concept « civilisé », et la structure étatique même échappait à la compréhension des Inuits. Du coup, on s’apprêtait à prendre chez les Inuits ce qui serait utile. En effet, depuis le début, Vladimir Stramine nourrissait une admiration sans borne pour ce peuple qui, depuis des centaines, voire des milliers d’années, parvenait à vivre en autarcie totale. Evidemment, la petitesse de leur population était un atout –d’ailleurs, comment connaissaient-ils les méandres de la génétique pour la maîtriser ainsi ?-, mais ils étaient malgré tout plusieurs centaines, et il fallait bien nourrir tout ce monde sans recourir à l’agriculture, rigoureusement impossible sous de tels climats. Quant aux animaux, leur chair était souvent assez pauvre ici.

Cependant, les soldats des forces spéciales envoyés sur place pour apprendre les techniques de survie ont rapporté des expériences assez incroyables. Déjà, la corpulence des Inuits, trapue et robuste, s’expliquait bien sûr par le climat, mais aussi par une alimentation bien plus riche qu’on ne le croit. Déjà, l’absence d’agriculture les a forcés à mettre au point un système d’élevage contrôlé. En fait, il ne s’agit pas de parquer le bétail, essentiellement composé de phoques et de manchots, mais de rapprocher les mâles et les femelles en période propice à la reproduction. Cela peut paraître bêta, mais cette main humaine peut s’avérer terriblement bénéfique sur l’évolution démographique des populations animales. De temps à autre, les Inuits prennent un petit groupe de phoques et le déplacent ailleurs sur l’île, afin de limiter les affrontements violents –et parfois mortels- entre des mâles trop agressifs, de sorte à ce que la concurrence existe, mais soit atténuée pour obtenir un maximum de naissance.

De temps en temps, les Inuits attrapent un phoque ou deux et l’emmènent loin du groupe, où ils le tuent. Tout est utilisé : la graisse sert à plein de choses, éclairage, mais aussi à rajouter de la consistance aux plats cuisinés, ce qui peut s’avérer fort utile. De plus, les Inuits parviennent à se procurer du sel grâce à des procédés ingénieux et faciles à mettre en place, sur les bords de leur île. Du sel, de la graisse, couplé avec de la viande de manchot, le tout avec une variété de lichen, donnent un plat tout à fait comestible, très calorique, permettant de tenir de longues heures durant, le ventre bien plein. En plus de cela, la pêche est évidemment une source de nourriture extrêmement importante. Les poissons constituent la base de l’alimentation inuit. Ils ont une excellente mémoire d’ailleurs. Leurs méthodes de pêche sont calculées. Ils prennent uniquement ce dont ils ont besoin, avec une petit part de réserves. La volonté de faire trop de réserves est bonne en soi, mais en pratique, cela tue la population poissonnière et donc est un mauvais choix à long terme. Il s’agit de trouver un équilibre écologique pas toujours évident.

Vladimir Stramine a donné des ordres aux scientifiques présents sur place : trouver des idées de développements durables en observant ce modèle de société, tout en trouvant des moyens de l’excentrer, ou du moins l’extrapôler vers la société « moderne » -au sens civilisée- confédérée.
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