[E9 + C1] La dernière flamme
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Amaski
[bask][center]LA DERNIERE FLAMME
- Chapitre 1 : Le fils des Césars -[/bask]
[img]http://img11.hostingpics.net/pics/275993hopeofspring143449712336266.jpg[/img][/center]
L’île de Saint-Honorat était un îlot situé dans les eaux du Vicaskaran oriental. Alors que ses fonds maritimes étaient riches en hydrocarbure, elle vivait selon un mode de vie ancestral et monastique. Des dizaines de couvents et abbayes se partageaient l’île comme jadis les seigneurs l'Alméra occidental. Quelques fois, un village arrivait à se libérer de la tutelle des abbés, vivotant dans une des nombreuses vallées de cette terre. La civilisation moderne semblait en général avoir ignoré jusqu'à là cette île, la laissant se perpétuer selon les mœurs anciennes. Ou au moins, elle n'avait pas réussi à venir imposer sa domination. Régulièrement des ambassadeurs de l'Esmark et du Tel-Mehrat arrivaient sur ces terres dans l'espoir de pouvoir dérober les richesses souterraines aux abbés et des autres habitants. Ils n'en ont néanmoins pas encore réussit jusqu'à ce jour et Saint-Honorat semblait faire figure d'exception dans un monde martyrisé sous les bottes des colonisateurs, conquérants et conspirateurs.
Au Nord de l’île se trouvait le cap Arapis, une région relativement montagneuse avec des zones plus plates et fertiles près de la mer. C'était un territoire idéal pour la culture de blé, d'olives et de raisin. Mais les habitants préféraient cultiver les terres situées au Sud-ouest, plus généreuses et amples que celles du Nord. Il n'y avait non plus de monastère ou d'abbaye dans ce coin. Ceux-ci se concentraient à l'Est de l’ile autour des montagnes orientales. L'Est avait toujours attiré les chrétiens. Convaincus que leur sauveur viendrait depuis l'Orient, ils avaient passés des siècles à construire leurs temples dans cette direction. Cette coutume avait été reprise par les musulmans qui faisaient toutes leurs prières en direction du Soleil levant. Ce rite devait sans aucun doute avoir ses origines dans les temps les plus obscures quand les humains marchaient en direction du Soleil levant dans l'espoir de trouver des contrées plus chaudes et agréables.
C'est près des plages rocailleuses du cap d'Arapis que plusieurs barques accostèrent. Au loin on pouvait voir un navire en acier crachant de la fumée noire dans l'air et dont les moteurs étaient nourris au charbon. Quelques centaines de personnes se déversèrent dans les heures suivantes sur les plages du cap. La plus part étaient des hommes, mais il se trouvait aussi un nombre respectable de représentantes de la gente féminine. Ce n'était donc pas une invasion comme tant de peuples avaient coutumes de faire en ce siècle, mais un débarquement des plus ordonnés et calmes qui soient possible.
Quelques heures plus tard, deux hommes se réunirent sur une colline verdoyante située près des plages où avait lieu le débarquement. Elle n'était pas très haute, juste assez pour offrir une vue d'ensemble sur la région avoisinante. Au Nord on pouvait voir la plage avec la caillasse grise, au Sud des étendues de collines boisées s’étendaient aux pieds de montagnes fières et majestueuses. A l'Est et à l'Ouest, c'était la plage et les plaines vertes qui s'étendaient en suivant la côte sinueuse.
Le premier des hommes devait avoir dans la trentaine pendant que le second afficha une bonne cinquantaine d'années et un visage légèrement ridé. Ce dernier s'adressa alors au plus jeune.
« Maleak, je ne vois pas pourquoi nous sommes venu ici. Il n'y a rien. Cette île n'est rien d'autre qu'un grand rocher peuplé de moines et de péons. »
Un minute de silence s'installa entre les deux avant que Maleak répliqua.
« Baryon, c'est exactement pour cette raison que nous sommes ici et pas en Roumalie. Les autorités fédérales me pensent en Roumalie avec ma famille. Jamais ils ne pourront imaginer que nous avons osé établir une base si proche du Vicaskaran. »
Maleak continua.
« Cette ile est parfaite. Nous avons les moyens d'établir un avant-poste pouvant réunir les loyalistes et servant de point de départ pour nos opérations. »
Baryon intervient, pas certain de la qualité de ce refuge. Son incertitude le fit tomber dans un ton protocolaire
« Mais mon prince, nous ne sommes pas seuls ici. Que faire des monastères et des autres locaux ? Nous n'avons pas la force militaire pour nous imposer sur le long terme. »
Maleak lâcha un léger soupire avant de répondre.
« Trop souvent, on considère la force brute comme un moyen d'action politique pouvant régler tous les problèmes. Observons les faits. Ce sont des moines. Par conséquence, ils ne nous attaqueront pas tant que nous nous montrons pacifiques car une autre attitude irait contre leurs croyances. Et s'ils questionnent notre présence, nous ferons ce qui convient de faire. Nous accepterons de reconnaître la souveraineté de l'abbé le plus proche sur notre colonie et en échange de notre droit de présence, nous leur offrirons nos services pour leur aider en cas d'invasion étrangère. Nous avons des hommes qui savent se battre. C'est un grand atout en notre faveur. Nous ne venons pas au nom d'un empire ou d'une république, mais sommes seuls. Nous avons toute la latitude pour gagner l’amitié des seigneurs locaux. »
L'ancien réfléchit quelques instants avant de continuer à poser des questions.
« Imaginons que nous arrivons à cohabiter avec les moines...quelle utilité d'être ici ? Je doute qu'une base sur cette ile nous servira à combattre la Fédération. Nous manquons de tout. Nous n'avons aucun moyen militaire notable face aux troupes de la Fédération. »
Maleak se pencha vers le sol et saisit un peu de terre. Elle était sombre et lourde. Il tourna sa paume et laissa tomber une cascade brune vers le sol.
« Toujours cette volonté de combattre la Fédération...t'es pire que mère. Oui, nous n'avons pas les moyens militaire contre la Fédération, mais qui a dit que ceci est notre objectif ? »
Il marqua une pause avant de continuer.
« La Fédération est trop puissante et la dévastation culturelle trop avancée. Dans une dizaine d'année, il ne restera plus rien de notre culture sur la péninsule. Déjà ce qui subsiste aujourd'hui n'est une petite partie de ce qui faisait jadis la fierté de notre civilisation. Les mangas hokkai remplacent ainsi la littérature tarnoise et plus personne porte une tenue traditionnelle. Et ceux-ci sont que deux exemples parmi mille.
La Révolution suniste aura fini par réussir à détruire ce qui nous était plus cher : notre patrimoine culturel. Toi, moi et tous les gens qui ont débarqué sur cette plage sont probablement tous ce qui reste de notre civilisation en terme de force vive. Nous avons le devoir de faire perpétuer nos rites, nos mœurs et nos convictions. Mais pour faire ceci, nous ne pouvons pas nous prélasser à la cour roumalienne. Nous devons agir et prendre l'initiative. Les outils ne manquent pas. Certes, nous n'avons ni la force économique ni des grandes armées de notre côté, mais nous avons une idée. Cette idée est assez forte pour nous donner les moyens de repousser l'obscurité via la diplomatie, la culture et la religion.
C'est sur cette île loin de tout, que nous poserons la pierre du renouveau culturel de la civilisation tarnoise. Entre deux forêts, nous allumerons une petite bougie qui illuminera l'obscurité du relativisme et de la modernité homogène avec le feu de nos traditions. Ce sera peu, mais suffisant pour nous donner un endroit où nous tenir sur nos deux pieds. Les gens qui partagent notre cause, nous rejoindrons alors et nous userons de tous nos ressources pour créer une nouvelle patrie. »
Un vent léger commença à se lever depuis la terre ferme. Il était léger et doux, rafraichissant un air marqué par la chaleur d'un été mourant.
- Chapitre 1 : Le fils des Césars -[/bask]
[img]http://img11.hostingpics.net/pics/275993hopeofspring143449712336266.jpg[/img][/center]
L’île de Saint-Honorat était un îlot situé dans les eaux du Vicaskaran oriental. Alors que ses fonds maritimes étaient riches en hydrocarbure, elle vivait selon un mode de vie ancestral et monastique. Des dizaines de couvents et abbayes se partageaient l’île comme jadis les seigneurs l'Alméra occidental. Quelques fois, un village arrivait à se libérer de la tutelle des abbés, vivotant dans une des nombreuses vallées de cette terre. La civilisation moderne semblait en général avoir ignoré jusqu'à là cette île, la laissant se perpétuer selon les mœurs anciennes. Ou au moins, elle n'avait pas réussi à venir imposer sa domination. Régulièrement des ambassadeurs de l'Esmark et du Tel-Mehrat arrivaient sur ces terres dans l'espoir de pouvoir dérober les richesses souterraines aux abbés et des autres habitants. Ils n'en ont néanmoins pas encore réussit jusqu'à ce jour et Saint-Honorat semblait faire figure d'exception dans un monde martyrisé sous les bottes des colonisateurs, conquérants et conspirateurs.
Au Nord de l’île se trouvait le cap Arapis, une région relativement montagneuse avec des zones plus plates et fertiles près de la mer. C'était un territoire idéal pour la culture de blé, d'olives et de raisin. Mais les habitants préféraient cultiver les terres situées au Sud-ouest, plus généreuses et amples que celles du Nord. Il n'y avait non plus de monastère ou d'abbaye dans ce coin. Ceux-ci se concentraient à l'Est de l’ile autour des montagnes orientales. L'Est avait toujours attiré les chrétiens. Convaincus que leur sauveur viendrait depuis l'Orient, ils avaient passés des siècles à construire leurs temples dans cette direction. Cette coutume avait été reprise par les musulmans qui faisaient toutes leurs prières en direction du Soleil levant. Ce rite devait sans aucun doute avoir ses origines dans les temps les plus obscures quand les humains marchaient en direction du Soleil levant dans l'espoir de trouver des contrées plus chaudes et agréables.
C'est près des plages rocailleuses du cap d'Arapis que plusieurs barques accostèrent. Au loin on pouvait voir un navire en acier crachant de la fumée noire dans l'air et dont les moteurs étaient nourris au charbon. Quelques centaines de personnes se déversèrent dans les heures suivantes sur les plages du cap. La plus part étaient des hommes, mais il se trouvait aussi un nombre respectable de représentantes de la gente féminine. Ce n'était donc pas une invasion comme tant de peuples avaient coutumes de faire en ce siècle, mais un débarquement des plus ordonnés et calmes qui soient possible.
Quelques heures plus tard, deux hommes se réunirent sur une colline verdoyante située près des plages où avait lieu le débarquement. Elle n'était pas très haute, juste assez pour offrir une vue d'ensemble sur la région avoisinante. Au Nord on pouvait voir la plage avec la caillasse grise, au Sud des étendues de collines boisées s’étendaient aux pieds de montagnes fières et majestueuses. A l'Est et à l'Ouest, c'était la plage et les plaines vertes qui s'étendaient en suivant la côte sinueuse.
Le premier des hommes devait avoir dans la trentaine pendant que le second afficha une bonne cinquantaine d'années et un visage légèrement ridé. Ce dernier s'adressa alors au plus jeune.
« Maleak, je ne vois pas pourquoi nous sommes venu ici. Il n'y a rien. Cette île n'est rien d'autre qu'un grand rocher peuplé de moines et de péons. »
Un minute de silence s'installa entre les deux avant que Maleak répliqua.
« Baryon, c'est exactement pour cette raison que nous sommes ici et pas en Roumalie. Les autorités fédérales me pensent en Roumalie avec ma famille. Jamais ils ne pourront imaginer que nous avons osé établir une base si proche du Vicaskaran. »
Maleak continua.
« Cette ile est parfaite. Nous avons les moyens d'établir un avant-poste pouvant réunir les loyalistes et servant de point de départ pour nos opérations. »
Baryon intervient, pas certain de la qualité de ce refuge. Son incertitude le fit tomber dans un ton protocolaire
« Mais mon prince, nous ne sommes pas seuls ici. Que faire des monastères et des autres locaux ? Nous n'avons pas la force militaire pour nous imposer sur le long terme. »
Maleak lâcha un léger soupire avant de répondre.
« Trop souvent, on considère la force brute comme un moyen d'action politique pouvant régler tous les problèmes. Observons les faits. Ce sont des moines. Par conséquence, ils ne nous attaqueront pas tant que nous nous montrons pacifiques car une autre attitude irait contre leurs croyances. Et s'ils questionnent notre présence, nous ferons ce qui convient de faire. Nous accepterons de reconnaître la souveraineté de l'abbé le plus proche sur notre colonie et en échange de notre droit de présence, nous leur offrirons nos services pour leur aider en cas d'invasion étrangère. Nous avons des hommes qui savent se battre. C'est un grand atout en notre faveur. Nous ne venons pas au nom d'un empire ou d'une république, mais sommes seuls. Nous avons toute la latitude pour gagner l’amitié des seigneurs locaux. »
L'ancien réfléchit quelques instants avant de continuer à poser des questions.
« Imaginons que nous arrivons à cohabiter avec les moines...quelle utilité d'être ici ? Je doute qu'une base sur cette ile nous servira à combattre la Fédération. Nous manquons de tout. Nous n'avons aucun moyen militaire notable face aux troupes de la Fédération. »
Maleak se pencha vers le sol et saisit un peu de terre. Elle était sombre et lourde. Il tourna sa paume et laissa tomber une cascade brune vers le sol.
« Toujours cette volonté de combattre la Fédération...t'es pire que mère. Oui, nous n'avons pas les moyens militaire contre la Fédération, mais qui a dit que ceci est notre objectif ? »
Il marqua une pause avant de continuer.
« La Fédération est trop puissante et la dévastation culturelle trop avancée. Dans une dizaine d'année, il ne restera plus rien de notre culture sur la péninsule. Déjà ce qui subsiste aujourd'hui n'est une petite partie de ce qui faisait jadis la fierté de notre civilisation. Les mangas hokkai remplacent ainsi la littérature tarnoise et plus personne porte une tenue traditionnelle. Et ceux-ci sont que deux exemples parmi mille.
La Révolution suniste aura fini par réussir à détruire ce qui nous était plus cher : notre patrimoine culturel. Toi, moi et tous les gens qui ont débarqué sur cette plage sont probablement tous ce qui reste de notre civilisation en terme de force vive. Nous avons le devoir de faire perpétuer nos rites, nos mœurs et nos convictions. Mais pour faire ceci, nous ne pouvons pas nous prélasser à la cour roumalienne. Nous devons agir et prendre l'initiative. Les outils ne manquent pas. Certes, nous n'avons ni la force économique ni des grandes armées de notre côté, mais nous avons une idée. Cette idée est assez forte pour nous donner les moyens de repousser l'obscurité via la diplomatie, la culture et la religion.
C'est sur cette île loin de tout, que nous poserons la pierre du renouveau culturel de la civilisation tarnoise. Entre deux forêts, nous allumerons une petite bougie qui illuminera l'obscurité du relativisme et de la modernité homogène avec le feu de nos traditions. Ce sera peu, mais suffisant pour nous donner un endroit où nous tenir sur nos deux pieds. Les gens qui partagent notre cause, nous rejoindrons alors et nous userons de tous nos ressources pour créer une nouvelle patrie. »
Un vent léger commença à se lever depuis la terre ferme. Il était léger et doux, rafraichissant un air marqué par la chaleur d'un été mourant.
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Amaski
[bask][center]LA DERNIERE FLAMME
- Chapitre 2 : Clovis, Ô Clovis -[/bask]
[img]http://img11.hostingpics.net/pics/422228catholicbible143481205763601.jpg[/img][/center]
Un vent froid et inhibé de sel frappait le sommet de la colline. Un vieux chêne dégarni par l’automne avançant trônait au centre du monticule, seul et fier. Au loin, on pouvait voir un petit village entouré d’une palissade grossière. Les semaines passantes, on avait fait construire les premières maisons à partir du bois coupé dans les forêts voisines. Afin de se prémunir contre les animaux sauvages et autres créatures hostiles, l’édification d’une palissade s’était rapidement imposée pour protéger cette petite communauté. Entre les maisons, on pouvait compter des potagers et aussi des enclos d’animaux contenant pour la plus part des cochons et poules attrapés dans les environs. Au loin, des bateaux de pêcheurs sillonnaient les côtes. Cette communauté était peu comparée à ce qui avait été jadis l’Empire tarnois, mais ceci représentant un début de renaissance dans un âge obscurci par la folie des hommes.
Une vingtaine de gens s’étaient réunis sur la colline au pied du chêne face à un homme dans la soixantaine et vêtu d’une longue soutane noire. Il ne fallait pas être un grand connaisseur du monde pour savoir que la personne en question était un prêtre, plus précisément l’archevêque de Nueva Esperanza. Néanmoins, comment un tel homme avait pu arriver sur une ile perdue au milieu des eaux entourant le Vicaskaran ? La réponse était simple. La Fédération d’Aquanox, par son soutien aveugle au Culte novuniste, ne s’était pas attiré l’amitié du clergé catholique de Nueva Esperanza. Ce dernier était donc incité à avoir de l’affinité pour la monarchie en exile, beaucoup plus conciliante sur le plan religieux que la République.
Et cette journée était une occasion unique aux yeux de l’archevêque. Contacté en secret par un des monarchistes, on lui avait demandé de procéder à la conversion du prince Maleak. La demande venait directement de l’oncle de ce dernier, un certain Belegon, frère du Kansteltan abdicataire. On murmurait que les relations entre Belegon et son neveu étaient très étroites, mais le prêtre ne s’était pas attendu à ce que ceci allait aussi loin à ce que les deux tentent de se lancer dans une aventure politique à haut risque. Cependant, si ceci pouvait servir la cause de l’Eglise Universelle, il ne voulait pas questionner davantage les motifs réels de leur demande. L’archevêque avait des doutes sur la sincérité de la volonté de conversion, mais les voies du Tout-Puissant pouvaient être imperceptibles et les plus basses ambitions engendrer les plus louables résultats.
Les soldats sayaken allumèrent des grandes torches plantées autour l’arbre centenaire. Une lueur rouge-jaunâtre se diffusa parmi l’assemblée. Le jour n’était pas encore mourant, mais les torches offraient un peu de chaleur alors que les températures dans cette partie du monde commençaient à faiblir. C’est alors que Maleak s’avança vers l’archevêque d’un pas lent et solennel. Parmi les gens rassemblés, on pouvait voir le visage de Belegon, l’oncle, et de quelques anciens dignitaires de l’Empire déchu. Néanmoins ils étaient qu’une infirme partie de ce qui composait la diaspora impériale. La plus part de l’ancienne élite impériale était restés en Roumalie, refusant de faire le voyage vers Saint-Honorat. Beaucoup ne croyaient pas dans la reconstitution d’une quelconque autorité monarchique sur les territoires tarnois. Il fallait aussi admettre ce qu’il fallait admettre : la vie était relativement douce à la cour de la Roumalie. Les courtisans s’inclinaient devant eux, les traitaient d’excellence et altesse, et tout le confort de leurs anciennes vies leur était accessible. Rare était ceux capables d’abandonner ce luxe pour prendre le chemin vers une île au climat et la géographie ingrat.
Maleak mit alors un genou à terre et baissa la tête face à l’archevêque. Ce dernier entama alors la cérémonie avec une voix vigoureuse et portante.
« Nous sommes tous réunis dans ce lieu pour assister au témoignage d'un homme envers le Dieu unique et tout-puissant. Il y a deux millénaires, notre seigneur Jésus-Christ s'est porté comme sacrifice pour que l'humanité dans son entier puisse être libérée de ses pêchés et ainsi recevoir le pardon divin. Cet acte ne doit jamais être oublié car il est le fondement sur lequel un nouveau monde sera bâti. Un monde plus juste et clément, un royaume dirigé pendant mille ans par Jésus-Christ en personne.
Mais cette promesse d'un deuxième paradis, ne doit pas nous aveugler dans l'effort nécessaire au quotidien pour lutter contre le Mal. Ainsi nous avons vu comme le manque de piété du peuple rostove a permis l'émergence de la Main noire, incarnation de tous les vices modernes. Déshumanisation, obsession industrielle, modernisme poussé à l'outrance et guerre total ont été les signes marquants de ce groupuscule. Cependant la Main noire n'est rien. Elle incarne une violence pure et sans compassion, la rendant à la fin condamné à l'échec.
Les USP étaient un modèle de vertu chrétienne. En nul lieu ont existé davantage d'églises et la coutume politique avait pour référence les saintes écritures. Leurs détracteurs veuillent nous faire croire qu'ils étaient décadents, mais c'était qu'une infirme partie de la population de ce pays qui fut voué au crime. Dans la nation la plus pieuse, l’œuvre de Satan devait forcément être la plus forte. Nulle lumière ne peut exister sans jeter de l'ombre. Néanmoins ils luttaient contre leurs démons intérieurs, ce que bien de nations se disant aujourd'hui chrétiens ont cessés de faire. C'est ainsi que l’État moderne se doit d'avoir pour fondation les valeurs chrétiennes en affrontant l'inévitable apparition du vice parmi le cheptel. »
C'est alors que le prêtre posa son regard sur Maleak.
« Maleak Tarnos, fils d'Oroskon, reconnais-tu Jésus-Christ comme ton sauveur et l’Église catholique comme sa représentante sur Terre ? »
Un moment de silence s'installa avant que le prince répondit.
« Oui, je le fais. »
C'est alors que depuis l'assemblée s’avança un jeune homme vêtu d'une soutane noire. Il avait dans ses mains une petite cruche en terre cuite qu'il donna à l’archevêque dans un geste cérémoniel. Le prêtre prit la jarre et renversa l'eau contenue sur la tête de Maleak. L'eau bénie toucha la tête de l'héritier des kansteltans et l'archevêque prononça les mots fatidiques.
« C'est ainsi que je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »
Maleak se leva et se tourna lentement vers l'assemblée. Parmi eux, des premiers s’avançaient à leur tour pour aller se faire convertir. Une heure après, tous ceux qui avaient été présents sur la colline, s'étaient convertis au christianisme. La cérémonie avait vite pris une allure très mécanique, enlevant le côté solennel de la première heure. Néanmoins, c'était un mal nécessaire car tous ces gens représentaient le noyau dur des monarchistes présents sur Saint-Honorat. C'est ainsi que comme jadis Clovis et ses siens, les Tarnos de Saint-Honorat adoptèrent le catholicisme comme leur foi non par piété mais par intelligence politique.
L'archevêque quitta l’île à la levée du Soleil, reprenant la route vers Nueva Esperanza. Le prêtre n'était pas sûr des intentions du seigneur Belegon dont la réputation d'homme cynique n'était plus à faire. Néanmoins il avait l'espoir que Maleak se montre suffisamment intelligent pour savoir ce que cette conversion avait pour signification et aussi sache respecter sa nouvelle foi. Peut-être, pensa le vieux archevêque, du bien pouvait subvenir à travers ce jeune. En ce qui concernait Belegon, il n'avait aucun espoir sur ses buts. Il faisait partie d'une génération défaite par l'histoire et trop attachée à l'ancienne religion. Cependant des risques devaient être pris pour s'assurer que la Fédération d'Aquanox ne puisse pas profiter d'un jour de faiblesse pour s'attaquer à l'Eglise catholique de Nueva Esperanza. Le vieux prêtre était prêt à les prendre.
- Chapitre 2 : Clovis, Ô Clovis -[/bask]
[img]http://img11.hostingpics.net/pics/422228catholicbible143481205763601.jpg[/img][/center]
Un vent froid et inhibé de sel frappait le sommet de la colline. Un vieux chêne dégarni par l’automne avançant trônait au centre du monticule, seul et fier. Au loin, on pouvait voir un petit village entouré d’une palissade grossière. Les semaines passantes, on avait fait construire les premières maisons à partir du bois coupé dans les forêts voisines. Afin de se prémunir contre les animaux sauvages et autres créatures hostiles, l’édification d’une palissade s’était rapidement imposée pour protéger cette petite communauté. Entre les maisons, on pouvait compter des potagers et aussi des enclos d’animaux contenant pour la plus part des cochons et poules attrapés dans les environs. Au loin, des bateaux de pêcheurs sillonnaient les côtes. Cette communauté était peu comparée à ce qui avait été jadis l’Empire tarnois, mais ceci représentant un début de renaissance dans un âge obscurci par la folie des hommes.
Une vingtaine de gens s’étaient réunis sur la colline au pied du chêne face à un homme dans la soixantaine et vêtu d’une longue soutane noire. Il ne fallait pas être un grand connaisseur du monde pour savoir que la personne en question était un prêtre, plus précisément l’archevêque de Nueva Esperanza. Néanmoins, comment un tel homme avait pu arriver sur une ile perdue au milieu des eaux entourant le Vicaskaran ? La réponse était simple. La Fédération d’Aquanox, par son soutien aveugle au Culte novuniste, ne s’était pas attiré l’amitié du clergé catholique de Nueva Esperanza. Ce dernier était donc incité à avoir de l’affinité pour la monarchie en exile, beaucoup plus conciliante sur le plan religieux que la République.
Et cette journée était une occasion unique aux yeux de l’archevêque. Contacté en secret par un des monarchistes, on lui avait demandé de procéder à la conversion du prince Maleak. La demande venait directement de l’oncle de ce dernier, un certain Belegon, frère du Kansteltan abdicataire. On murmurait que les relations entre Belegon et son neveu étaient très étroites, mais le prêtre ne s’était pas attendu à ce que ceci allait aussi loin à ce que les deux tentent de se lancer dans une aventure politique à haut risque. Cependant, si ceci pouvait servir la cause de l’Eglise Universelle, il ne voulait pas questionner davantage les motifs réels de leur demande. L’archevêque avait des doutes sur la sincérité de la volonté de conversion, mais les voies du Tout-Puissant pouvaient être imperceptibles et les plus basses ambitions engendrer les plus louables résultats.
Les soldats sayaken allumèrent des grandes torches plantées autour l’arbre centenaire. Une lueur rouge-jaunâtre se diffusa parmi l’assemblée. Le jour n’était pas encore mourant, mais les torches offraient un peu de chaleur alors que les températures dans cette partie du monde commençaient à faiblir. C’est alors que Maleak s’avança vers l’archevêque d’un pas lent et solennel. Parmi les gens rassemblés, on pouvait voir le visage de Belegon, l’oncle, et de quelques anciens dignitaires de l’Empire déchu. Néanmoins ils étaient qu’une infirme partie de ce qui composait la diaspora impériale. La plus part de l’ancienne élite impériale était restés en Roumalie, refusant de faire le voyage vers Saint-Honorat. Beaucoup ne croyaient pas dans la reconstitution d’une quelconque autorité monarchique sur les territoires tarnois. Il fallait aussi admettre ce qu’il fallait admettre : la vie était relativement douce à la cour de la Roumalie. Les courtisans s’inclinaient devant eux, les traitaient d’excellence et altesse, et tout le confort de leurs anciennes vies leur était accessible. Rare était ceux capables d’abandonner ce luxe pour prendre le chemin vers une île au climat et la géographie ingrat.
Maleak mit alors un genou à terre et baissa la tête face à l’archevêque. Ce dernier entama alors la cérémonie avec une voix vigoureuse et portante.
« Nous sommes tous réunis dans ce lieu pour assister au témoignage d'un homme envers le Dieu unique et tout-puissant. Il y a deux millénaires, notre seigneur Jésus-Christ s'est porté comme sacrifice pour que l'humanité dans son entier puisse être libérée de ses pêchés et ainsi recevoir le pardon divin. Cet acte ne doit jamais être oublié car il est le fondement sur lequel un nouveau monde sera bâti. Un monde plus juste et clément, un royaume dirigé pendant mille ans par Jésus-Christ en personne.
Mais cette promesse d'un deuxième paradis, ne doit pas nous aveugler dans l'effort nécessaire au quotidien pour lutter contre le Mal. Ainsi nous avons vu comme le manque de piété du peuple rostove a permis l'émergence de la Main noire, incarnation de tous les vices modernes. Déshumanisation, obsession industrielle, modernisme poussé à l'outrance et guerre total ont été les signes marquants de ce groupuscule. Cependant la Main noire n'est rien. Elle incarne une violence pure et sans compassion, la rendant à la fin condamné à l'échec.
Les USP étaient un modèle de vertu chrétienne. En nul lieu ont existé davantage d'églises et la coutume politique avait pour référence les saintes écritures. Leurs détracteurs veuillent nous faire croire qu'ils étaient décadents, mais c'était qu'une infirme partie de la population de ce pays qui fut voué au crime. Dans la nation la plus pieuse, l’œuvre de Satan devait forcément être la plus forte. Nulle lumière ne peut exister sans jeter de l'ombre. Néanmoins ils luttaient contre leurs démons intérieurs, ce que bien de nations se disant aujourd'hui chrétiens ont cessés de faire. C'est ainsi que l’État moderne se doit d'avoir pour fondation les valeurs chrétiennes en affrontant l'inévitable apparition du vice parmi le cheptel. »
C'est alors que le prêtre posa son regard sur Maleak.
« Maleak Tarnos, fils d'Oroskon, reconnais-tu Jésus-Christ comme ton sauveur et l’Église catholique comme sa représentante sur Terre ? »
Un moment de silence s'installa avant que le prince répondit.
« Oui, je le fais. »
C'est alors que depuis l'assemblée s’avança un jeune homme vêtu d'une soutane noire. Il avait dans ses mains une petite cruche en terre cuite qu'il donna à l’archevêque dans un geste cérémoniel. Le prêtre prit la jarre et renversa l'eau contenue sur la tête de Maleak. L'eau bénie toucha la tête de l'héritier des kansteltans et l'archevêque prononça les mots fatidiques.
« C'est ainsi que je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »
Maleak se leva et se tourna lentement vers l'assemblée. Parmi eux, des premiers s’avançaient à leur tour pour aller se faire convertir. Une heure après, tous ceux qui avaient été présents sur la colline, s'étaient convertis au christianisme. La cérémonie avait vite pris une allure très mécanique, enlevant le côté solennel de la première heure. Néanmoins, c'était un mal nécessaire car tous ces gens représentaient le noyau dur des monarchistes présents sur Saint-Honorat. C'est ainsi que comme jadis Clovis et ses siens, les Tarnos de Saint-Honorat adoptèrent le catholicisme comme leur foi non par piété mais par intelligence politique.
L'archevêque quitta l’île à la levée du Soleil, reprenant la route vers Nueva Esperanza. Le prêtre n'était pas sûr des intentions du seigneur Belegon dont la réputation d'homme cynique n'était plus à faire. Néanmoins il avait l'espoir que Maleak se montre suffisamment intelligent pour savoir ce que cette conversion avait pour signification et aussi sache respecter sa nouvelle foi. Peut-être, pensa le vieux archevêque, du bien pouvait subvenir à travers ce jeune. En ce qui concernait Belegon, il n'avait aucun espoir sur ses buts. Il faisait partie d'une génération défaite par l'histoire et trop attachée à l'ancienne religion. Cependant des risques devaient être pris pour s'assurer que la Fédération d'Aquanox ne puisse pas profiter d'un jour de faiblesse pour s'attaquer à l'Eglise catholique de Nueva Esperanza. Le vieux prêtre était prêt à les prendre.
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Amaski
[bask][center]LA DERNIERE FLAMME
- Chapitre 3 : L'or d'Orient -[/bask]
[img]http://img11.hostingpics.net/pics/367097GoldCoinsBackground143532959832953.jpg[/img][/center]
Nakano faisait partie des plus puissantes métropoles du monde. Certains disaient que c’était même le nouveau cœur d’une humanité exsangue par les conflits. Les chiffres semblaient leur donner raison. Le Hokkaido était parmi les contrées non seulement les plus prospères, mais où le niveau de vie était sans équivalent avec les autres pays du continent makaran. Pour chaque habitant, une somme de 34'000 dollars était disponible et les œuvres de la modernité s’épanouissaient sur les iles composant l’Empire hokkai. Sans aucun doute que des milliards de gens pouvaient rêver de telles conditions de vie…mais les îles impériales étaient isolées et difficiles d’accès aux migrants. C’était un paradis presque inatteignable. Fort était à parier que la situation allait perdurer. La population du pays se trouvait en constante diminution, même avec la politique nataliste du gouvernement, et la croissance restait au beau fixe. Si les enfants qui naissaient étaient moins nombreux, la richesse que la société pouvait leur donner ne faisait qu’augmenter chaque année. En plus, la démographie faiblissante enlevait toute pression sur le marché du logement et dans les systèmes de transport. Le gouvernement n’était pas forcé d’augmenter chaque année le nombre de routes et lignes de transport en commun, mais pouvait investir ses ressources dans la qualité et la vitesse. Certains auraient dit que le Hokkaido avait fini par atteindre un niveau de développement inégalé par l’humanité jusqu’à là.
Au cœur de Nakano se trouvait un petit immeuble. Il n’était pas aussi haut que les sièges des grands groupes industriels hokkai, mais son allure plus arrondi et gracieux faisait de lui un édifice mémorable. Des fois, quelques touristes se faisaient prendre en photo avec des téléphones portables dernier cri au pied du bâtiment. D’habitude, c’étaient des hommes d’affaires voir des politiciens en quête de soutiens qui franchisaient le parvis de la banque. Le premier groupe était nombreux et accueilli à bras ouvert, le deuxième passait souvent par la porte de service et on préférait garder le secret à leur sujet.
L’entreprise qui avait son siège dans l’édifice était la banque Meditsi, une institution financière qui s’était installée en Hokkaido durant la grande récession économique du début des années 2010. Elle avait été fondée par un homme d’affaire étranger sur lequel on ne connaissait presque rien en Hokkaido. Les rumeurs les plus folles couraient à son sujet, mais elles peinaient à trouver quoi que ce soit de solide pour se justifier.
C’est que dans l’ombre d’une nuit au clair de la Lune, quand les bureaux étaient vides, qu’une partie du mystère se levait. Un homme dans la cinquantaine débutante entra dans l'édifice de la banque, escorté par deux gardes de corps et se dirigea vers le dernier étage de l'immeuble. C'était là que le directeur de l'institution travaillait sur les derniers dossiers de la journée. L'homme en question était un Hokkai de pure souche. Il avait les yeux bridés, un nez fin et des cheveux d'un noir grisant. Depuis déjà dix ans, il travaillait à la tête de la banque, second dans la lignée des responsables des activités quotidiennes de l’entreprise.
Alors que le directeur était entra de boucler un dossier, sa secrétaire ouvrit la porte pour laisser entrer celui qui avait fondé l'institution. Cette dernière avait déjà assistée plusieurs fois à cette cérémonie et avait appris à ne rien dire et à être aveugle aux événements ayant lieu dans l'enceinte de ce bureau. Sa prédécesseur, trop curieuse, avait finie au chômage et deux semaines plus tard, on avait retrouvé son corps inerte sur la plage de Nakano. Bien évidemment, tout le monde niait quelconque lien entre son départ de l'entreprise et celui de son subit et inattendu trépas. Mais l'actuelle secrétaire en avait pris bonne note de cette histoire et fut d’une discrétion absolue.
Voyant le propriétaire entrer dans le bureau, le directeur se leva, s'approcha du dignitaire et s'inclina selon les coutumes hokkai. L'étranger fit de même en faisant une légère inclinaison en réponse. Le rendez-vous avait été annoncé sans que l'heure ait été précisée. Il était tradition de fixer le jour, mais pas le moment exact. Ceci avait le but d'assurer plus de confidentialité. Le Hokkai salua le propriétaire.
« Monsieur Belegon Tarnos, c'est comme toujours un honneur de pouvoir vous recevoir ici. Je vous prie, prenez donc place ! » il montra en direction de deux fauteuils disposés autour d'une table basse dans un des coins de la salle. Belegon suivit le geste et s'assit dans un des fauteuils en jetant un regard rapide vers l'extérieur. On pouvait voir la ville de Nakano avec ces gratte-ciels et ces nombreux chantiers en cours. Beaucoup d'investisseurs venaient installer leurs sièges sociaux ici, loin des turbulences militaires et du chaos géopolitique. Le directeur s'assit à son tour et commenta.
« C'est vrai que la vue est splendide. Dommage qu'on ne puisse plus voir la côte avec tous ces gratte-ciels. Néanmoins il faut bien un prix pour le progrès. »
Après ce commentaire anodin, il ajouta.
« Je peux vous affirmer que la banque se porte mieux que jamais. L'économie hokkai est en plein expansion et ceci renforce nos investissements et surtout la demande en prêts. Nous avons eu ces derniers douze mois, une augmentation de notre chiffre d'affaire de 30%, une de nos meilleures croissances. Nous avons uniquement quelques reculs dans le domaine privé, mais c'est une chose normale en vue de la décroissance démographique et rien d'alarmant en soi. »
Belegon leva la main et le directeur se tut sur l'instant.
« Je vous remercie pour ces informations, mais je ne suis pas venu m'informer sur la situation de la banque. C'est une autre affaire qui m'attire ici. »
L'employé su immédiatement de quoi il parlait et répondit.
« Ah oui ! Concernant votre projet, je peux vous rassurer que nous pourrons vous assurer les fonds nécessaires. La discrétion sera un point crucial, mais nous parlons de seulement quelques centaines de millions de dollars sur une année. Il suffira de simuler des pertes à la bourse de Jiyuan pout couvrit la sortie de fonds. L'Etat questionne rarement les pertes financières. Néanmoins, pouvez-vous assurer que les fonds ne soit pas traçable de votre côté ? »
L'inquiétude fut visible sur le visage du banquier. Le Tarnos répliqua calmement.
« J'ai des agents qui sont entra de faire du recrutement dans la péninsule. Tout se fait avec de l'argent liquide et dans les bas-quartiers. De toute façon, vu le niveau de vie dans ces territoires, quelques dollars représentent une fortune pour la majeure partie des gens et personne pose des questions. Concernant les armes, d'autres de mes hommes se sont faits engagés dans les stocks de Minas Sun. A l'heure actuelle, ils font disparaître des inventaires le matériel nécessaire pour l'opération à venir. Tout système industriel connaît un certain degré de corruption et perte, je m'assure à ce que le taux reste assez bas pour ne pas soulever de questions, mais assez haut pour avoir à la fin assez de matériel. Il n'y a donc aucune inquiétude à avoir de ce côté. »
Soulagé, le directeur dit.
« Voilà qui sont des bonnes nouvelles. Je peux donc vous garantir que la banque vous fournira avec toutes les liquidités nécessaires au plus vite. »
« Parfait. » conclut Belegon avant de se lever et reprendre son chemin.
- Chapitre 3 : L'or d'Orient -[/bask]
[img]http://img11.hostingpics.net/pics/367097GoldCoinsBackground143532959832953.jpg[/img][/center]
Nakano faisait partie des plus puissantes métropoles du monde. Certains disaient que c’était même le nouveau cœur d’une humanité exsangue par les conflits. Les chiffres semblaient leur donner raison. Le Hokkaido était parmi les contrées non seulement les plus prospères, mais où le niveau de vie était sans équivalent avec les autres pays du continent makaran. Pour chaque habitant, une somme de 34'000 dollars était disponible et les œuvres de la modernité s’épanouissaient sur les iles composant l’Empire hokkai. Sans aucun doute que des milliards de gens pouvaient rêver de telles conditions de vie…mais les îles impériales étaient isolées et difficiles d’accès aux migrants. C’était un paradis presque inatteignable. Fort était à parier que la situation allait perdurer. La population du pays se trouvait en constante diminution, même avec la politique nataliste du gouvernement, et la croissance restait au beau fixe. Si les enfants qui naissaient étaient moins nombreux, la richesse que la société pouvait leur donner ne faisait qu’augmenter chaque année. En plus, la démographie faiblissante enlevait toute pression sur le marché du logement et dans les systèmes de transport. Le gouvernement n’était pas forcé d’augmenter chaque année le nombre de routes et lignes de transport en commun, mais pouvait investir ses ressources dans la qualité et la vitesse. Certains auraient dit que le Hokkaido avait fini par atteindre un niveau de développement inégalé par l’humanité jusqu’à là.
Au cœur de Nakano se trouvait un petit immeuble. Il n’était pas aussi haut que les sièges des grands groupes industriels hokkai, mais son allure plus arrondi et gracieux faisait de lui un édifice mémorable. Des fois, quelques touristes se faisaient prendre en photo avec des téléphones portables dernier cri au pied du bâtiment. D’habitude, c’étaient des hommes d’affaires voir des politiciens en quête de soutiens qui franchisaient le parvis de la banque. Le premier groupe était nombreux et accueilli à bras ouvert, le deuxième passait souvent par la porte de service et on préférait garder le secret à leur sujet.
L’entreprise qui avait son siège dans l’édifice était la banque Meditsi, une institution financière qui s’était installée en Hokkaido durant la grande récession économique du début des années 2010. Elle avait été fondée par un homme d’affaire étranger sur lequel on ne connaissait presque rien en Hokkaido. Les rumeurs les plus folles couraient à son sujet, mais elles peinaient à trouver quoi que ce soit de solide pour se justifier.
C’est que dans l’ombre d’une nuit au clair de la Lune, quand les bureaux étaient vides, qu’une partie du mystère se levait. Un homme dans la cinquantaine débutante entra dans l'édifice de la banque, escorté par deux gardes de corps et se dirigea vers le dernier étage de l'immeuble. C'était là que le directeur de l'institution travaillait sur les derniers dossiers de la journée. L'homme en question était un Hokkai de pure souche. Il avait les yeux bridés, un nez fin et des cheveux d'un noir grisant. Depuis déjà dix ans, il travaillait à la tête de la banque, second dans la lignée des responsables des activités quotidiennes de l’entreprise.
Alors que le directeur était entra de boucler un dossier, sa secrétaire ouvrit la porte pour laisser entrer celui qui avait fondé l'institution. Cette dernière avait déjà assistée plusieurs fois à cette cérémonie et avait appris à ne rien dire et à être aveugle aux événements ayant lieu dans l'enceinte de ce bureau. Sa prédécesseur, trop curieuse, avait finie au chômage et deux semaines plus tard, on avait retrouvé son corps inerte sur la plage de Nakano. Bien évidemment, tout le monde niait quelconque lien entre son départ de l'entreprise et celui de son subit et inattendu trépas. Mais l'actuelle secrétaire en avait pris bonne note de cette histoire et fut d’une discrétion absolue.
Voyant le propriétaire entrer dans le bureau, le directeur se leva, s'approcha du dignitaire et s'inclina selon les coutumes hokkai. L'étranger fit de même en faisant une légère inclinaison en réponse. Le rendez-vous avait été annoncé sans que l'heure ait été précisée. Il était tradition de fixer le jour, mais pas le moment exact. Ceci avait le but d'assurer plus de confidentialité. Le Hokkai salua le propriétaire.
« Monsieur Belegon Tarnos, c'est comme toujours un honneur de pouvoir vous recevoir ici. Je vous prie, prenez donc place ! » il montra en direction de deux fauteuils disposés autour d'une table basse dans un des coins de la salle. Belegon suivit le geste et s'assit dans un des fauteuils en jetant un regard rapide vers l'extérieur. On pouvait voir la ville de Nakano avec ces gratte-ciels et ces nombreux chantiers en cours. Beaucoup d'investisseurs venaient installer leurs sièges sociaux ici, loin des turbulences militaires et du chaos géopolitique. Le directeur s'assit à son tour et commenta.
« C'est vrai que la vue est splendide. Dommage qu'on ne puisse plus voir la côte avec tous ces gratte-ciels. Néanmoins il faut bien un prix pour le progrès. »
Après ce commentaire anodin, il ajouta.
« Je peux vous affirmer que la banque se porte mieux que jamais. L'économie hokkai est en plein expansion et ceci renforce nos investissements et surtout la demande en prêts. Nous avons eu ces derniers douze mois, une augmentation de notre chiffre d'affaire de 30%, une de nos meilleures croissances. Nous avons uniquement quelques reculs dans le domaine privé, mais c'est une chose normale en vue de la décroissance démographique et rien d'alarmant en soi. »
Belegon leva la main et le directeur se tut sur l'instant.
« Je vous remercie pour ces informations, mais je ne suis pas venu m'informer sur la situation de la banque. C'est une autre affaire qui m'attire ici. »
L'employé su immédiatement de quoi il parlait et répondit.
« Ah oui ! Concernant votre projet, je peux vous rassurer que nous pourrons vous assurer les fonds nécessaires. La discrétion sera un point crucial, mais nous parlons de seulement quelques centaines de millions de dollars sur une année. Il suffira de simuler des pertes à la bourse de Jiyuan pout couvrit la sortie de fonds. L'Etat questionne rarement les pertes financières. Néanmoins, pouvez-vous assurer que les fonds ne soit pas traçable de votre côté ? »
L'inquiétude fut visible sur le visage du banquier. Le Tarnos répliqua calmement.
« J'ai des agents qui sont entra de faire du recrutement dans la péninsule. Tout se fait avec de l'argent liquide et dans les bas-quartiers. De toute façon, vu le niveau de vie dans ces territoires, quelques dollars représentent une fortune pour la majeure partie des gens et personne pose des questions. Concernant les armes, d'autres de mes hommes se sont faits engagés dans les stocks de Minas Sun. A l'heure actuelle, ils font disparaître des inventaires le matériel nécessaire pour l'opération à venir. Tout système industriel connaît un certain degré de corruption et perte, je m'assure à ce que le taux reste assez bas pour ne pas soulever de questions, mais assez haut pour avoir à la fin assez de matériel. Il n'y a donc aucune inquiétude à avoir de ce côté. »
Soulagé, le directeur dit.
« Voilà qui sont des bonnes nouvelles. Je peux donc vous garantir que la banque vous fournira avec toutes les liquidités nécessaires au plus vite. »
« Parfait. » conclut Belegon avant de se lever et reprendre son chemin.
-
Amaski
[spoiler="Info"]Lancé avec approbation des modos
Cadre historique basé sur les cartes du monde de 1500. 1600, 1700 et 1800.[/spoiler]
[bask][center]LA DERNIERE FLAMME
- Chapitre 4 : Une couronne d'acier -[/bask]
[img]http://img11.hostingpics.net/pics/930465Evilcrown143574521790447.jpg[/img][/center]
L'air était marqué par une odeur de sel et de moisi. Ici-bas, dans le métro de Jam City, la végétation avait commencé depuis des nombreuses années à reprendre ses droits. De l'herbe poussait entre les voies et la verdure s'était installée dans les fentes des carrelages des quais. Dans les endroits les plus obscures, des champignons profitaient de ce lieu abandonné. Les voies du métro étaient inondées par quelques centimètres d'eau formant ainsi un ruisseau souterrain. Les fresques peints sur les murs de la station étaient assaillis par l'humidité et commençaient à craqueler. Plus qu'une décennie avait passée depuis le terrible cataclysme et les œuvres humaines disparaissaient lentement dans l’oubli. Un silence tombal régnait dans ce lieu. Des fois, le son d’une goutte d'eau tombant du plafond pour s'écraser sur le sol poussiéreux résonnait. Ce lieu qui avait jadis été la fierté d'une nation, n'était qu'un amas de décombres parmi tant d'autres. Un espace de solitude et l'ombre d'une gloire longtemps révolue.
C'est ici que Maleak attendait au bord du quai. C'est alors que le bruit de pas résonna. Quelqu'un arrivait depuis les escaliers. Une ombre apparue sur les murs avant que le physique d'un indien dans la soixantaine émergea. L'homme était vêtu dans une soutane blanche, soigneusement décorée et avec des attributs propres au haut clergé. Ses cheveux et sa barbichette étaient blancs comme la neige du premier jour et ses yeux noirs comme le charbon le plus ancien. Se dressant finalement face à Maleak, le prêtre dit.
« J'espère que ce lieu de rencontre ne vous soit pas trop désagréable. Malheureusement nos ennemis sont nombreux et la République semble sentir que quelque chose se trame. Néanmoins, nous ne devrions pas être dérangés ici-bas. La cité de Jam City est largement abandonnée et personne ne pensera à se perdre dans les couloirs du métro. »
Maleak lui répondit avec une voix calme.
« Soyez sans inquiétude. Je ne suis pas homme à me plaindre du manque de confort. Il est sans aucun doute convenable de nous voir ici. »
Il ajouta en admirant l’environ.
« Ce lieu a quelque chose d’impressionnant…peut-être que la destruction de Jam City était l'avertissement que le monde n'a pas compris. Combien de vies auraient pu être sauvées si les nations libres avaient sentis à temps le danger venant de la Rostovie ? Peut-être que les USP existeraient encore et que le Viek Kong serait une terre libre et prospère. »
C'est avec une nuance de pessimisme que l'évêque répliqua.
« Les hommes ne sont pas des créatures à agir sans une contrainte forte exercée sur eux. La destruction des USP était inévitable à certains égards. Cependant le mal est fait. Le monde a été plongé dans le chaos et peine à se relever. Notons que l'Alméra occidentale est plus faible que jamais. C'est peut-être cette faiblesse qui désormais rend possible de procéder à la restauration des Tarnos sur le trône astaran. Quoique, trois siècles et demi de règne sur cette île font un sacré alibi. Si mes souvenirs sont bons, votre famille a régné de 1534 à 1872 sur cette contrée, n'est-ce pays? »
Le dernier commentaire avait un léger ton sarcastique, mais était rempli de vérité. Au contraire de ce que prétendaient beaucoup de politiciens almérans, le Vicaskaran et l'Alméra avaient une histoire commune bien plus longue et débutante avant l'invasion du continent occidental par l'Alméra. C'est ainsi qu'à l'aube du 16ème siècle, l'Empire tarnois avait envoyé des missions d'exploration vers l'Est, créant des dominions au Sud du Vicaskaran, en Cyrénanie et prenant le pouvoir en Astara. Si le dominion au Sud du Vicaskaran ne tient pas longtemps, la domination sur l'Astara dépassa toutes les attentes. Alors que l'Est de l'Empire tarnois s'écroula, l’île tient bon aux attaques numanciennes. C'est seulement un soulèvement populaire en 1872, après une longue série de mauvaises récoltes, qui mit un terme à la domination tarnoise sur l’île.
Alors que la péninsule était fermement en main de la nouvelle Fédération d'Aquanox, les monarchistes tentaient plus mal que bien d'organiser des résistances contre le régime républicain. C'était la voie poursuivie par la mère et la sœur de Maleak. Lui et son oncle Belegon avaient optes pour une autre stratégie. Pour Belegon, la péninsule était perdue à jamais et donc il fallait chercher autre part un foyer pour la famille. L’île d'Astara était par conséquence devenue une proie de choix. La dynastie y avait régné pendant plusieurs siècles et la république astaranne n'avait que des forces militaires rudimentaires depuis le départ des troupes fédérales. Aussi, le nouveau régime accumulait les revers politiques, la stagnation économique et avait écarté du pouvoir les anciennes élites corporatistes. C'est ainsi que la réponse ne se fit pas attendre de la part de Maleak.
« Nous devons admettre que la Péninsule est perdue pour de bon. L'Astara peut donc offrir un nouveau départ et les conditions semblent favorables. Cependant, ce qui semble être le plus important, c'est de savoir si nous pouvons compter sur votre soutien dans notre tentative. »
L'évêque s'inclina légèrement en signe de respect avant de répondre.
« Soyez certain que vous pouvez compter sur ma loyauté. Bien de gens sont malheureux de la situation actuelle et donc sont disposés à soutenir votre cause. Ce sont surtout les grandes fortunes de l'ère corporatistes qui se plaignent du manque d'égard que tient le régime actuel à leur encontre. Comme quoi, les républiques ne sont pas toujours les plus sages quand il faut assurer la loyauté des plus fortunés. Néanmoins, je voudrais savoir si Votre Excellence serait prête, si la restauration réussie, de faire part de sa générosité à mon égard? »
Et voilà qu'était venu le moment fatidique, pensa Maleak. Il ne s'était pas attendu à ce que la loyauté de l'évêque d'Aghdapur allait partir de soi. Que pouvait-il demander ? De l'argent ? Des privilèges ? Il attendit quelques instants avant de donner sa réponse.
« Ceci dépend de ce que vous désirez ? »
Avec un sourire évocateur, le prêtre avoua alors son désir.
« Sa Sainteté se fait vieille et il arrivera, Dieu l'en préserve le plus longtemps que possible, le jour où elle rejoindra le Seigneur. Il serait bien convenable qu'un homme de qualité puisse la succéder. »
Maleak fut plus que surpris par la demande. L'avait-il bien compris ? Il voulait son soutien pour une potentielle élection pontificale ? Cette demande semblait étrange, car il n'avait aucune influence sur le collège des cardinaux, encore moins que les monarques almérans. C'est ainsi qu'il avoua son incapacité à l'évêque dont l'ambition brillait dans les yeux.
« Je vois mal comment je pourrais soutenir l'élection d'un tel homme au Saint-Siège. L'influence me manque totalement pour réussir une telle chose. Il m'est possible de vous assurer mon soutien dans le cadre du possible, mais comme déjà dit, mes moyens sont limités. »
L’évêque semblait faire fi des doutes de Maleak. Un sourire de satisfaction profonde apparu sur son visage et ses yeux de faucon semblaient se perdre dans des visions ambitieuses. Le prêtre semblait désormais dégager une aura malsaine qui fit douter Maleak pendant un seconde si l'alliance avec lui était une bonne action. Les choses étaient néanmoins désormais faites. C'est de manière énigmatique que l'évêque conclut la conversation.
« Soyez assuré que je demande que votre soutien dans le cadre de vos possibilités. Peut-être que Votre Excellence sous-estime sa puissance. L'Alméra est faible. L'Empire et le Royaume du Thoval sont en querelle. Le Saint-Siège se trouve pris entre le feu des désirs des progressistes et les craintes exprimés par les conservateurs. En cette heure de discorde, des grandes choses peuvent être faites par des hommes courageux. Des très grandes choses même.»
Cadre historique basé sur les cartes du monde de 1500. 1600, 1700 et 1800.[/spoiler]
[bask][center]LA DERNIERE FLAMME
- Chapitre 4 : Une couronne d'acier -[/bask]
[img]http://img11.hostingpics.net/pics/930465Evilcrown143574521790447.jpg[/img][/center]
L'air était marqué par une odeur de sel et de moisi. Ici-bas, dans le métro de Jam City, la végétation avait commencé depuis des nombreuses années à reprendre ses droits. De l'herbe poussait entre les voies et la verdure s'était installée dans les fentes des carrelages des quais. Dans les endroits les plus obscures, des champignons profitaient de ce lieu abandonné. Les voies du métro étaient inondées par quelques centimètres d'eau formant ainsi un ruisseau souterrain. Les fresques peints sur les murs de la station étaient assaillis par l'humidité et commençaient à craqueler. Plus qu'une décennie avait passée depuis le terrible cataclysme et les œuvres humaines disparaissaient lentement dans l’oubli. Un silence tombal régnait dans ce lieu. Des fois, le son d’une goutte d'eau tombant du plafond pour s'écraser sur le sol poussiéreux résonnait. Ce lieu qui avait jadis été la fierté d'une nation, n'était qu'un amas de décombres parmi tant d'autres. Un espace de solitude et l'ombre d'une gloire longtemps révolue.
C'est ici que Maleak attendait au bord du quai. C'est alors que le bruit de pas résonna. Quelqu'un arrivait depuis les escaliers. Une ombre apparue sur les murs avant que le physique d'un indien dans la soixantaine émergea. L'homme était vêtu dans une soutane blanche, soigneusement décorée et avec des attributs propres au haut clergé. Ses cheveux et sa barbichette étaient blancs comme la neige du premier jour et ses yeux noirs comme le charbon le plus ancien. Se dressant finalement face à Maleak, le prêtre dit.
« J'espère que ce lieu de rencontre ne vous soit pas trop désagréable. Malheureusement nos ennemis sont nombreux et la République semble sentir que quelque chose se trame. Néanmoins, nous ne devrions pas être dérangés ici-bas. La cité de Jam City est largement abandonnée et personne ne pensera à se perdre dans les couloirs du métro. »
Maleak lui répondit avec une voix calme.
« Soyez sans inquiétude. Je ne suis pas homme à me plaindre du manque de confort. Il est sans aucun doute convenable de nous voir ici. »
Il ajouta en admirant l’environ.
« Ce lieu a quelque chose d’impressionnant…peut-être que la destruction de Jam City était l'avertissement que le monde n'a pas compris. Combien de vies auraient pu être sauvées si les nations libres avaient sentis à temps le danger venant de la Rostovie ? Peut-être que les USP existeraient encore et que le Viek Kong serait une terre libre et prospère. »
C'est avec une nuance de pessimisme que l'évêque répliqua.
« Les hommes ne sont pas des créatures à agir sans une contrainte forte exercée sur eux. La destruction des USP était inévitable à certains égards. Cependant le mal est fait. Le monde a été plongé dans le chaos et peine à se relever. Notons que l'Alméra occidentale est plus faible que jamais. C'est peut-être cette faiblesse qui désormais rend possible de procéder à la restauration des Tarnos sur le trône astaran. Quoique, trois siècles et demi de règne sur cette île font un sacré alibi. Si mes souvenirs sont bons, votre famille a régné de 1534 à 1872 sur cette contrée, n'est-ce pays? »
Le dernier commentaire avait un léger ton sarcastique, mais était rempli de vérité. Au contraire de ce que prétendaient beaucoup de politiciens almérans, le Vicaskaran et l'Alméra avaient une histoire commune bien plus longue et débutante avant l'invasion du continent occidental par l'Alméra. C'est ainsi qu'à l'aube du 16ème siècle, l'Empire tarnois avait envoyé des missions d'exploration vers l'Est, créant des dominions au Sud du Vicaskaran, en Cyrénanie et prenant le pouvoir en Astara. Si le dominion au Sud du Vicaskaran ne tient pas longtemps, la domination sur l'Astara dépassa toutes les attentes. Alors que l'Est de l'Empire tarnois s'écroula, l’île tient bon aux attaques numanciennes. C'est seulement un soulèvement populaire en 1872, après une longue série de mauvaises récoltes, qui mit un terme à la domination tarnoise sur l’île.
Alors que la péninsule était fermement en main de la nouvelle Fédération d'Aquanox, les monarchistes tentaient plus mal que bien d'organiser des résistances contre le régime républicain. C'était la voie poursuivie par la mère et la sœur de Maleak. Lui et son oncle Belegon avaient optes pour une autre stratégie. Pour Belegon, la péninsule était perdue à jamais et donc il fallait chercher autre part un foyer pour la famille. L’île d'Astara était par conséquence devenue une proie de choix. La dynastie y avait régné pendant plusieurs siècles et la république astaranne n'avait que des forces militaires rudimentaires depuis le départ des troupes fédérales. Aussi, le nouveau régime accumulait les revers politiques, la stagnation économique et avait écarté du pouvoir les anciennes élites corporatistes. C'est ainsi que la réponse ne se fit pas attendre de la part de Maleak.
« Nous devons admettre que la Péninsule est perdue pour de bon. L'Astara peut donc offrir un nouveau départ et les conditions semblent favorables. Cependant, ce qui semble être le plus important, c'est de savoir si nous pouvons compter sur votre soutien dans notre tentative. »
L'évêque s'inclina légèrement en signe de respect avant de répondre.
« Soyez certain que vous pouvez compter sur ma loyauté. Bien de gens sont malheureux de la situation actuelle et donc sont disposés à soutenir votre cause. Ce sont surtout les grandes fortunes de l'ère corporatistes qui se plaignent du manque d'égard que tient le régime actuel à leur encontre. Comme quoi, les républiques ne sont pas toujours les plus sages quand il faut assurer la loyauté des plus fortunés. Néanmoins, je voudrais savoir si Votre Excellence serait prête, si la restauration réussie, de faire part de sa générosité à mon égard? »
Et voilà qu'était venu le moment fatidique, pensa Maleak. Il ne s'était pas attendu à ce que la loyauté de l'évêque d'Aghdapur allait partir de soi. Que pouvait-il demander ? De l'argent ? Des privilèges ? Il attendit quelques instants avant de donner sa réponse.
« Ceci dépend de ce que vous désirez ? »
Avec un sourire évocateur, le prêtre avoua alors son désir.
« Sa Sainteté se fait vieille et il arrivera, Dieu l'en préserve le plus longtemps que possible, le jour où elle rejoindra le Seigneur. Il serait bien convenable qu'un homme de qualité puisse la succéder. »
Maleak fut plus que surpris par la demande. L'avait-il bien compris ? Il voulait son soutien pour une potentielle élection pontificale ? Cette demande semblait étrange, car il n'avait aucune influence sur le collège des cardinaux, encore moins que les monarques almérans. C'est ainsi qu'il avoua son incapacité à l'évêque dont l'ambition brillait dans les yeux.
« Je vois mal comment je pourrais soutenir l'élection d'un tel homme au Saint-Siège. L'influence me manque totalement pour réussir une telle chose. Il m'est possible de vous assurer mon soutien dans le cadre du possible, mais comme déjà dit, mes moyens sont limités. »
L’évêque semblait faire fi des doutes de Maleak. Un sourire de satisfaction profonde apparu sur son visage et ses yeux de faucon semblaient se perdre dans des visions ambitieuses. Le prêtre semblait désormais dégager une aura malsaine qui fit douter Maleak pendant un seconde si l'alliance avec lui était une bonne action. Les choses étaient néanmoins désormais faites. C'est de manière énigmatique que l'évêque conclut la conversation.
« Soyez assuré que je demande que votre soutien dans le cadre de vos possibilités. Peut-être que Votre Excellence sous-estime sa puissance. L'Alméra est faible. L'Empire et le Royaume du Thoval sont en querelle. Le Saint-Siège se trouve pris entre le feu des désirs des progressistes et les craintes exprimés par les conservateurs. En cette heure de discorde, des grandes choses peuvent être faites par des hommes courageux. Des très grandes choses même.»
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Amaski
[bask][center]LA DERNIERE FLAMME
- Chapitre 5 : Le pouvoir des miséreux -[/bask]
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Sudapur était comme à son habitude frappée par une chaleur impitoyable. Une atmosphère pesante et sèche s’était étendue sur toute la ville. Les rues étaient noyées avec la poussière et le sable soulevé par le vent ardent venant du Zanyane. Trois millions d’âmes vivaient voir vivotaient dans l’enceinte de cette ville. C’était une des plus grandes villes de l’Alméra occidental, mais ceci était sa seule gloire. La misère et la pauvreté étaient omniprésentes dans ses nombreux quartiers. La population fortunée s’était depuis déjà longtemps cloitrée dans des quartiers entourés de murailles et de fils barbelés. Entre temps, les plus pauvres peinaient à trouver un emploi au quotidien leur permettant de payer un bol de soupe et un peu de pain pour leurs proches.
Un homme traversant Sudapur pouvait voir ses marchés bondés par de femmes maigres et aux joues creuses, tenantes dans leurs bras des enfants ayant à peine vu le jour, mais souffrants déjà de la faim et de la soif. Le voyageur avait aussi l’occasion de prendre en horreur les nombreuses jeunes filles attendant sur les trottoirs pour satisfaire des sombres désirs. Et si cet homme avait le courage d’entrer dans une taverne, son nez pouvait sentir l’odeur mélangeant la sueur et l’alcool provenant des chômeurs damnés.
Au cœur de Sudapur se trouvait le monastère Saint-Thomas. Une centaine de moines y vivaient et entretenaient un hospice adjacent portant le nom Hospice Sainte-Éloïse. Ils faisaient partis de l’ordre des capucins et vouaient leurs vies à prendre soin des plus miséreux. L’hôpital dans lequel ils œuvraient, était un édifice en brique rouge et avec un toit en bois. Plusieurs grandes salles avaient été construite afin d’accueillir les différents types de malades, mais le nombre de patients était trop grand. Partout où une place était disponible, que ce soit un lit ou un coin de sol, un infortuné trouvait un endroit de repos. Les malades de la malaria se tenaient côte à côte de ceux qui avaient un bras cassé. Certaines femmes accouchaient entre deux pestiférés, offrant la vie dans un lieu hanté par la mort. Les moines n’étaient pas fautifs de cette situation. Leur hospice était un navire destiné aux condamnés, mais leur nombre était tel que la barque débordait de toute part. Certains moines passaient deux à trois jours sans sommeil afin de venir en aide aux démunis.
Le monastère était dirigé par un abbé portant le nom d’Abélard. Certains disaient qu’il venait du Thorval, d’autres du Schlessien et quelques-uns prétendaient qu’il était originaire du Viertenstein. Cépedant, ceci avait peu d’importance. Tous connaissaient sa dévotion envers le Seigneur et les pauvres, une passion qui durait depuis un demi-siècle. Chaque fois que ses yeux se posaient sur un malade, une chaleur céleste semblait en émaner. Ses mains caressaient les joues des mourants avec une telle tendresse, qu’elles soulageaient pendant un court instant le crevant de la misère de son corps. Beaucoup de mourant l’appelaient quand ils sentaient la mort s’approcher. Pourquoi ? Car leurs cœurs désiraient voir la face cicatrisée de l’abbé avant d’entamer leur dernier grand voyage. Ils voulaient que la dernière vision de ce monde si cruel soit celle d’un homme véritablement bon.
En ce moment même, l’abbé Abélard n’était pas auprès un malade. Il traversait le couloir central de l’hospice avec à ses côtés un jeune homme portant une soutane noire, la capuche tirée par-dessus sa tête. La démarche décidée et militaire de l’étranger, dévoilait qu’il n’était pas un véritable moine, mais un dignitaire se voulant rester secret dans ce lieu aux mille yeux. Ils avançaient lentement car devant enjamber des malades, mais ceci ne leur laissait que plus de temps pour discuter. On pouvait ainsi entendre la voix d’Abélard dire.
« Je suis surpris que vous ayez voulu venir ici, surtout en vue des risques auxquels vous êtes exposés. Il est rare de voir des gens comme vous s’intéresser aux plus démunis. »
Une certaine méfiance se faisait sentir dans la voix de l’abbé. Celui-ci avait vu trop de politiciens venir dans ce lieu pour en tirer un petit peu de prestige social. La misère leur intéressait que quand ceci leur permettait de s'attirer les faveurs de la presse ou d'une population trop crédule pour se méfier de ce type de gens. La réponse de l'étranger fut pour l'abbé surprenante.
« Bien de gens oublient que la pauvreté n'est pas un une nature, mais une condition. Personne naît pauvre, on le devient. Et je pense qu'il est important que je me fasse une idée de la situation ici. »
L'abbé fut intrigué par l'invité et le demanda sans détour.
« J'ai entendu parler de votre conversion. Est-elle sincère ou fait-elle partie d'une tactique ? »
L'homme encapuchonné ne répliqua pas immédiatement. Il marqua une petite pause avant de dire.
« Vous voulez savoir si je crois en Dieu ? Je suis convaincu de l'existence d'un être supérieur, mais l'idée d'un vieux barbu colérique ne m'inspire peu de confiance. Trop souvent les églises confondent Dieu avec un monarque demandant à sa création de se prosterner devant lui. Je crois en un être amoureux et aimé, non une entité qui punit. Cependant, quelle importance ? Doit-on suivre chaque dogme inventé et décidé dans le cadre d'un concile pour aimer son prochain ? Ne peut-on pas être ému par la misère humaine sans devoir subir un rite millénaire ? Si Dieu existe bel et bien, pourquoi devrait-il être davantage touché par les signes, l'encens et le pourpre que par un véritable geste d'affection envers on prochain ? Dites-moi, suivez-vous chaque consigne religieuse avec attention ? Ou est-ce que vous désobéissez aux ordres de vos supérieurs quand le bien commun l'exige. »
L'abbé ne savait pas quoi répondre. Les propos étaient durs, trop durs à ses yeux, car il croyait fermement en l'existence du Seigneur. Comment sinon pouvoir justifier une vie au service des autres ? La nature du divin pouvait rester un mystère, mais les dogmes avaient la force de servir de guide et comme une lumière millénaire, tenir loin l'obscurité des hérésies et de la folie humaine pensa le moine. Abélard répondit alors.
« Il y a des moments d’obéissance et des instants où il faut savoir sacrifier la loi pour sauver l'humain. Cependant, quel bien pensez-vous apporter à ce pays ? Tant de gens ont promis de mettre un terme à la pauvreté dans le passé. »
L'homme enleva avec un geste lent et précis la capuche, révélant le visage de Maleak. Celui-ci dit.
« Je ne vous promet pas d'éradiquer la pauvreté. Ce serait un mensonge de prétendre pouvoir faire une telle chose, mais je peux vous promettre de vous aider à la combattre. De toute façon, qu'avez-vous à perdre en soutenant ma cause ? La république vous ignore dans le meilleur des cas et dans le pire, vous complique la tâche. Rien de bon ne peut venir pour vous d'Aghdapur. Je ne pourrais donc pas aggraver la situation davantage. Vous ne risquez donc rien à part voir un pouvoir public être plus enclin à vous aider dans le combat contre la misère humaine. Si notre tentative échoue, personne ne saura pour votre implication. Si nous réussissons, vous profiterez de plus de soutien. »
Abélard réfléchit quelques instants. Il était méfiant à l'égard de cet étranger aux yeux d'un bleu foncé. Son regard se tourna alors vers un homme alité, fiévreux et la peau marquée par des tâches bleues, qui étaient les signes marquants de la Peste orientale. Tant de misère, pensa l'abbé. Peut-être que le temps était venu de tenter d'apporter un peu de changement dans ce monde en pleine déliquescence.
« Je suis prêt à vous soutenir, mais gardez bien à l'esprit que le soutien que je vous accorderais sera à la hauteur de l'opposition que vous aurez à craindre si vous trahissez vos engagements. Les miséreux sont faibles, mais nombreux. S'ils peuvent renverser une république, ils peuvent faire de même avec une monarchie. » dit Abélard.
L'abbé s'écarta de Maleak sans attendre la réponse de ce dernier. Le saint homme s'assit alors au bord d'un lit et entama de nettoyer le visage d'un malheureux avec une éponge posée sur la table de nuit voisine.
- Chapitre 5 : Le pouvoir des miséreux -[/bask]
[img]http://img11.hostingpics.net/pics/810596caravaggio21143599811396330.jpg[/img][/center]
Sudapur était comme à son habitude frappée par une chaleur impitoyable. Une atmosphère pesante et sèche s’était étendue sur toute la ville. Les rues étaient noyées avec la poussière et le sable soulevé par le vent ardent venant du Zanyane. Trois millions d’âmes vivaient voir vivotaient dans l’enceinte de cette ville. C’était une des plus grandes villes de l’Alméra occidental, mais ceci était sa seule gloire. La misère et la pauvreté étaient omniprésentes dans ses nombreux quartiers. La population fortunée s’était depuis déjà longtemps cloitrée dans des quartiers entourés de murailles et de fils barbelés. Entre temps, les plus pauvres peinaient à trouver un emploi au quotidien leur permettant de payer un bol de soupe et un peu de pain pour leurs proches.
Un homme traversant Sudapur pouvait voir ses marchés bondés par de femmes maigres et aux joues creuses, tenantes dans leurs bras des enfants ayant à peine vu le jour, mais souffrants déjà de la faim et de la soif. Le voyageur avait aussi l’occasion de prendre en horreur les nombreuses jeunes filles attendant sur les trottoirs pour satisfaire des sombres désirs. Et si cet homme avait le courage d’entrer dans une taverne, son nez pouvait sentir l’odeur mélangeant la sueur et l’alcool provenant des chômeurs damnés.
Au cœur de Sudapur se trouvait le monastère Saint-Thomas. Une centaine de moines y vivaient et entretenaient un hospice adjacent portant le nom Hospice Sainte-Éloïse. Ils faisaient partis de l’ordre des capucins et vouaient leurs vies à prendre soin des plus miséreux. L’hôpital dans lequel ils œuvraient, était un édifice en brique rouge et avec un toit en bois. Plusieurs grandes salles avaient été construite afin d’accueillir les différents types de malades, mais le nombre de patients était trop grand. Partout où une place était disponible, que ce soit un lit ou un coin de sol, un infortuné trouvait un endroit de repos. Les malades de la malaria se tenaient côte à côte de ceux qui avaient un bras cassé. Certaines femmes accouchaient entre deux pestiférés, offrant la vie dans un lieu hanté par la mort. Les moines n’étaient pas fautifs de cette situation. Leur hospice était un navire destiné aux condamnés, mais leur nombre était tel que la barque débordait de toute part. Certains moines passaient deux à trois jours sans sommeil afin de venir en aide aux démunis.
Le monastère était dirigé par un abbé portant le nom d’Abélard. Certains disaient qu’il venait du Thorval, d’autres du Schlessien et quelques-uns prétendaient qu’il était originaire du Viertenstein. Cépedant, ceci avait peu d’importance. Tous connaissaient sa dévotion envers le Seigneur et les pauvres, une passion qui durait depuis un demi-siècle. Chaque fois que ses yeux se posaient sur un malade, une chaleur céleste semblait en émaner. Ses mains caressaient les joues des mourants avec une telle tendresse, qu’elles soulageaient pendant un court instant le crevant de la misère de son corps. Beaucoup de mourant l’appelaient quand ils sentaient la mort s’approcher. Pourquoi ? Car leurs cœurs désiraient voir la face cicatrisée de l’abbé avant d’entamer leur dernier grand voyage. Ils voulaient que la dernière vision de ce monde si cruel soit celle d’un homme véritablement bon.
En ce moment même, l’abbé Abélard n’était pas auprès un malade. Il traversait le couloir central de l’hospice avec à ses côtés un jeune homme portant une soutane noire, la capuche tirée par-dessus sa tête. La démarche décidée et militaire de l’étranger, dévoilait qu’il n’était pas un véritable moine, mais un dignitaire se voulant rester secret dans ce lieu aux mille yeux. Ils avançaient lentement car devant enjamber des malades, mais ceci ne leur laissait que plus de temps pour discuter. On pouvait ainsi entendre la voix d’Abélard dire.
« Je suis surpris que vous ayez voulu venir ici, surtout en vue des risques auxquels vous êtes exposés. Il est rare de voir des gens comme vous s’intéresser aux plus démunis. »
Une certaine méfiance se faisait sentir dans la voix de l’abbé. Celui-ci avait vu trop de politiciens venir dans ce lieu pour en tirer un petit peu de prestige social. La misère leur intéressait que quand ceci leur permettait de s'attirer les faveurs de la presse ou d'une population trop crédule pour se méfier de ce type de gens. La réponse de l'étranger fut pour l'abbé surprenante.
« Bien de gens oublient que la pauvreté n'est pas un une nature, mais une condition. Personne naît pauvre, on le devient. Et je pense qu'il est important que je me fasse une idée de la situation ici. »
L'abbé fut intrigué par l'invité et le demanda sans détour.
« J'ai entendu parler de votre conversion. Est-elle sincère ou fait-elle partie d'une tactique ? »
L'homme encapuchonné ne répliqua pas immédiatement. Il marqua une petite pause avant de dire.
« Vous voulez savoir si je crois en Dieu ? Je suis convaincu de l'existence d'un être supérieur, mais l'idée d'un vieux barbu colérique ne m'inspire peu de confiance. Trop souvent les églises confondent Dieu avec un monarque demandant à sa création de se prosterner devant lui. Je crois en un être amoureux et aimé, non une entité qui punit. Cependant, quelle importance ? Doit-on suivre chaque dogme inventé et décidé dans le cadre d'un concile pour aimer son prochain ? Ne peut-on pas être ému par la misère humaine sans devoir subir un rite millénaire ? Si Dieu existe bel et bien, pourquoi devrait-il être davantage touché par les signes, l'encens et le pourpre que par un véritable geste d'affection envers on prochain ? Dites-moi, suivez-vous chaque consigne religieuse avec attention ? Ou est-ce que vous désobéissez aux ordres de vos supérieurs quand le bien commun l'exige. »
L'abbé ne savait pas quoi répondre. Les propos étaient durs, trop durs à ses yeux, car il croyait fermement en l'existence du Seigneur. Comment sinon pouvoir justifier une vie au service des autres ? La nature du divin pouvait rester un mystère, mais les dogmes avaient la force de servir de guide et comme une lumière millénaire, tenir loin l'obscurité des hérésies et de la folie humaine pensa le moine. Abélard répondit alors.
« Il y a des moments d’obéissance et des instants où il faut savoir sacrifier la loi pour sauver l'humain. Cependant, quel bien pensez-vous apporter à ce pays ? Tant de gens ont promis de mettre un terme à la pauvreté dans le passé. »
L'homme enleva avec un geste lent et précis la capuche, révélant le visage de Maleak. Celui-ci dit.
« Je ne vous promet pas d'éradiquer la pauvreté. Ce serait un mensonge de prétendre pouvoir faire une telle chose, mais je peux vous promettre de vous aider à la combattre. De toute façon, qu'avez-vous à perdre en soutenant ma cause ? La république vous ignore dans le meilleur des cas et dans le pire, vous complique la tâche. Rien de bon ne peut venir pour vous d'Aghdapur. Je ne pourrais donc pas aggraver la situation davantage. Vous ne risquez donc rien à part voir un pouvoir public être plus enclin à vous aider dans le combat contre la misère humaine. Si notre tentative échoue, personne ne saura pour votre implication. Si nous réussissons, vous profiterez de plus de soutien. »
Abélard réfléchit quelques instants. Il était méfiant à l'égard de cet étranger aux yeux d'un bleu foncé. Son regard se tourna alors vers un homme alité, fiévreux et la peau marquée par des tâches bleues, qui étaient les signes marquants de la Peste orientale. Tant de misère, pensa l'abbé. Peut-être que le temps était venu de tenter d'apporter un peu de changement dans ce monde en pleine déliquescence.
« Je suis prêt à vous soutenir, mais gardez bien à l'esprit que le soutien que je vous accorderais sera à la hauteur de l'opposition que vous aurez à craindre si vous trahissez vos engagements. Les miséreux sont faibles, mais nombreux. S'ils peuvent renverser une république, ils peuvent faire de même avec une monarchie. » dit Abélard.
L'abbé s'écarta de Maleak sans attendre la réponse de ce dernier. Le saint homme s'assit alors au bord d'un lit et entama de nettoyer le visage d'un malheureux avec une éponge posée sur la table de nuit voisine.
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Amaski
[bask][center]LA DERNIERE FLAMME
- Chapitre 6 : Deux salopards et une femme au foyer -[/bask]
[img]http://img11.hostingpics.net/pics/829840roma143644174960230.jpg[/img][/center]
Lidya retira du four la plaque garnie de petits cookies et la posa sur la surface de travail toute probe de sa cuisine. Les biscuits dorés fumaient légèrement. La femme passa sa main gantée sur son front pour enlever la sueur provoquée par la chaleur du fourneau. Elle jeta alors un œil sur l’horloge fixée à un des murs de la cuisine et constata qu'elle lui restait plus qu'une heure avant l'arrivée des voisines. C'était assez de temps pour mettre la table, préparer un peu de thé et disposer les cookies sur des assiettes. Elle faisait ce rituel chaque semaine depuis des nombreuses années, depuis la mort de son époux pour être exact. Elle était par conséquence rodée à l'exercice.
A travers les fenêtres de la cuisine, on pouvait voir la ville d'Aghdapur s'étaler à l'horizon, une mégapole polluante aux milliers de petites et moyennes maisons. La maison de Lidya rompait avec les autres demeures de la capitale. C'était un bâtiment moderne, blanc et doté de plein de gadgets technologiques de dernière génération. La cuisine reflétait bien ce style contemporain avec ses machines en métal brillant et aux angles arrondis. Le salon se trouvait à deux pas et était séparé de la cuisine par un comptoir. Il y avait une table ronde avec des chaises, quelques bibliothèques, une télévision 3D ionique et une commode sur laquelle étaient posés des cadres de photos contenant des images de temps révolus. Parmi eux, des cadres classiques coexistaient avec des cadres de photos numériques où des images de Lydia et de son fils défilaient. Certaines photos montraient un enfant, d'autres un adolescent et les plus récentes, un jeune homme dans la fleur de l'âge. Du nom d'Irfan, le fils de Lydia travaillait à l'heure actuelle comme ingénieur au département cybernétique de l'Université fédérale d'Aghdapur, une des dernières institutions ayant traversé les grandes crises de la décennie actuelle sans faire faillite.
Posant les assiettes, tasses et sous-tasses sur la table du salon, Lidya n'entendit pas le bruit de l’ouverture de la porte d'entrée. C'est seulement quelques secondes plus tard, quand elle posa la théière au centre de la table, qu'elle sentit une présence dans la chambre. Lydia se retourna brusquement et vit un homme au cran rasé et avec un manteau gris pointer une arme sur elle. Elle s'exclama.
« Qui êtes-vous et que faites-vous ici ! »
L'étranger ne semblait pas perturbé par les questions de la femme et lui dit.
« Aucune de ces deux questions n'a d'importance. Où sont les fichiers ? »
Lydia ne savait pas de quoi l'homme parlait. Elle lui lança alors.
« J'ignore de quels fichiers vous parlez ? »
« Ceux de votre époux, ils ne sont pas aux archives du Ministère et doivent donc être ici. Où sont-ils ? » L'étranger enleva la sécurité du pistolet, provoquant un son trop familier à Lidya. Son corps était pris de frissons et elle répondit anxieusement.
« Ne me faites pas de mal. Les fichiers sont dans un archive dans son bureau. C'est la chambre au fond du couloir à droit. »
Le tir partit immédiatement et traversa la poitrine de Lidya qui tomba au sol. Ses yeux vides de vie étaient dirigés vers la porte d'entrée pendant que du sang commença à se répandre sur le sol en bois du salon. Belegon, tenant toujours l'arme dans la main, enjamba le cadavre et marcha vers un couloir situé de l’autre côté du salon. Après quelques minutes de fouille dans la chambre indiquée par la femme, il trouva ce qu'il chercha et quitta la maison. Moins d'une heure plus tard, le corps inerte de Lidya allait être découvert par une voisine, provoquant une vague de terreur dans tout le quartier. Comme toujours, la police allait être incapable de trouver l'acteur.
Une dizaine de heures plus tard, après le crépuscule, Belegon arriva sur un quai abandonné du port d'Aghdapur. Des nombreux containers étaient empilés les uns sur les autres dans ce lieu voué durant le jour au commerce international et durant la nuit aux trafics les moins respectables. C'est ici que Belegon allait faire la rencontre d'un homme dont peu de politiciens pourraient l’imaginer dans ce lieu si éloigné du continent makaran. C'est depuis les ombres d’une pile de containers qu'apparu Tsuno, portant fièrement son costume noir fait à haut frais chez un des meilleurs tailleurs de Nakano. Il s'approcha du Tarnois qui attendait près un container rouge avec une inscription blanche en écriture cyrillique. Avec un sourire narquois, le diplomate s'adressa au noble.
« Je dois en déduire que vous avez réussi à mettre main sur les enregistrements ? »
Belegon sortit une grande enveloppe brune de son manteau gris et la tendit à Tsuno en commentant son geste.
« Vous y avez les enregistrements audio de l'appel téléphonique de l'ambassadeur d'Astara en Esix. Ils datent de quelques heures avant la prise officielle de l’île par les troupes du Raksasa. L'appel devrait vous donner la preuve nécessaire pour confirmer le génocide. »
Il ajouta.
« Je me suis permis de faire une copie du matériel audio. Cependant, vous devriez prendre garde à l'original. C'est le seul document au monde pouvant confirmer sans aucun doute le génocide de la population d'Esix par le Raksasa. S'il disparaît, il n'aura plus aucune preuve incontestable de ces événements vu qu'une copie peut toujours être accusée d'avoir été manipulée. »
Tsuno fit disparaître l'enveloppe dans la veste de son costume et répondit alors à Belegon. Un léger vent se leva dans le port entre temps.
« Soyez assuré que nous en prendrons beaucoup de soin. Nous sommes décidés de pousser cette affaire jusqu'au bout. Nous n’abandonnerons pas l'affaire en cours de route comme l'a fait le Schlessien. Vous pouvez aussi être sûr de notre soutien pour vos opérations sur cette ile. Nous vous ferons parvenir les fonds nécessaires. Ceci prendra quelques jours. Vous comprendrez que nous devons avoir une certaine discrétion à ce sujet, à l'image du Viertenstein. »
Belegon acquiesça avec la tête. Les soutiens extérieurs n’étaient pas très nombreux et relativement modestes. C'est ainsi que le Viertenstein avait envoyé un peu d'argent ainsi qu'un prêtre et un officier aristocrate pour servir de représentants diplomatiques auprès les loyalistes. Les autres royaumes de l'Alméra n'en avaient pas pris position, mais ce n'était pas surprenant. Le Schlessien était dans la tourmente, la Fiémance se trouvait trop concentrée sur ses colonies et le Thorval vivait dans une splendide isolation. Le Viertenstein était donc bien parti pour être celui qui raflerait la mise en cas de succès en Astara. Les risques étaient minimes pour ce royaume, mais le potentiel énorme. Si par exemple le Viertenstein réussissait à avoir un bon mariage, leur Couronne du Viertenstein pourrait sur moyen terme et avec un peu de chance acquérir la possibilité de revendiquer des vastes territoires au Vicaskaran à travers une monarchie tarnoise. Les options étaient infinies surtout qu'en cet instant, le Viertenstein était sans concurrent.
Quelques minutes plus tard, les deux hommes se quittèrent. Les quais redevenaient silencieux sous le clair d'une pleine Lune magnifique. Chacun était sorti gagnant dans cette affaire. L'Empire hokkai était désormais en possession de preuves du génocide d'Esix et les loyalistes tarnois avaient pu s'assurer une source de financement supplémentaire pour la lutte à venir sur l’île d'Astara. Maintenant, il restait à savoir si les deux protagonistes de cette rencontre allaient réussir dans leurs ambitions. Tous les deux devaient affronter des adversaires puissants, surtout le Hokkaido qui allait se lever contre un géant raksas au zénith de sa gloire.
- Chapitre 6 : Deux salopards et une femme au foyer -[/bask]
[img]http://img11.hostingpics.net/pics/829840roma143644174960230.jpg[/img][/center]
Lidya retira du four la plaque garnie de petits cookies et la posa sur la surface de travail toute probe de sa cuisine. Les biscuits dorés fumaient légèrement. La femme passa sa main gantée sur son front pour enlever la sueur provoquée par la chaleur du fourneau. Elle jeta alors un œil sur l’horloge fixée à un des murs de la cuisine et constata qu'elle lui restait plus qu'une heure avant l'arrivée des voisines. C'était assez de temps pour mettre la table, préparer un peu de thé et disposer les cookies sur des assiettes. Elle faisait ce rituel chaque semaine depuis des nombreuses années, depuis la mort de son époux pour être exact. Elle était par conséquence rodée à l'exercice.
A travers les fenêtres de la cuisine, on pouvait voir la ville d'Aghdapur s'étaler à l'horizon, une mégapole polluante aux milliers de petites et moyennes maisons. La maison de Lidya rompait avec les autres demeures de la capitale. C'était un bâtiment moderne, blanc et doté de plein de gadgets technologiques de dernière génération. La cuisine reflétait bien ce style contemporain avec ses machines en métal brillant et aux angles arrondis. Le salon se trouvait à deux pas et était séparé de la cuisine par un comptoir. Il y avait une table ronde avec des chaises, quelques bibliothèques, une télévision 3D ionique et une commode sur laquelle étaient posés des cadres de photos contenant des images de temps révolus. Parmi eux, des cadres classiques coexistaient avec des cadres de photos numériques où des images de Lydia et de son fils défilaient. Certaines photos montraient un enfant, d'autres un adolescent et les plus récentes, un jeune homme dans la fleur de l'âge. Du nom d'Irfan, le fils de Lydia travaillait à l'heure actuelle comme ingénieur au département cybernétique de l'Université fédérale d'Aghdapur, une des dernières institutions ayant traversé les grandes crises de la décennie actuelle sans faire faillite.
Posant les assiettes, tasses et sous-tasses sur la table du salon, Lidya n'entendit pas le bruit de l’ouverture de la porte d'entrée. C'est seulement quelques secondes plus tard, quand elle posa la théière au centre de la table, qu'elle sentit une présence dans la chambre. Lydia se retourna brusquement et vit un homme au cran rasé et avec un manteau gris pointer une arme sur elle. Elle s'exclama.
« Qui êtes-vous et que faites-vous ici ! »
L'étranger ne semblait pas perturbé par les questions de la femme et lui dit.
« Aucune de ces deux questions n'a d'importance. Où sont les fichiers ? »
Lydia ne savait pas de quoi l'homme parlait. Elle lui lança alors.
« J'ignore de quels fichiers vous parlez ? »
« Ceux de votre époux, ils ne sont pas aux archives du Ministère et doivent donc être ici. Où sont-ils ? » L'étranger enleva la sécurité du pistolet, provoquant un son trop familier à Lidya. Son corps était pris de frissons et elle répondit anxieusement.
« Ne me faites pas de mal. Les fichiers sont dans un archive dans son bureau. C'est la chambre au fond du couloir à droit. »
Le tir partit immédiatement et traversa la poitrine de Lidya qui tomba au sol. Ses yeux vides de vie étaient dirigés vers la porte d'entrée pendant que du sang commença à se répandre sur le sol en bois du salon. Belegon, tenant toujours l'arme dans la main, enjamba le cadavre et marcha vers un couloir situé de l’autre côté du salon. Après quelques minutes de fouille dans la chambre indiquée par la femme, il trouva ce qu'il chercha et quitta la maison. Moins d'une heure plus tard, le corps inerte de Lidya allait être découvert par une voisine, provoquant une vague de terreur dans tout le quartier. Comme toujours, la police allait être incapable de trouver l'acteur.
Une dizaine de heures plus tard, après le crépuscule, Belegon arriva sur un quai abandonné du port d'Aghdapur. Des nombreux containers étaient empilés les uns sur les autres dans ce lieu voué durant le jour au commerce international et durant la nuit aux trafics les moins respectables. C'est ici que Belegon allait faire la rencontre d'un homme dont peu de politiciens pourraient l’imaginer dans ce lieu si éloigné du continent makaran. C'est depuis les ombres d’une pile de containers qu'apparu Tsuno, portant fièrement son costume noir fait à haut frais chez un des meilleurs tailleurs de Nakano. Il s'approcha du Tarnois qui attendait près un container rouge avec une inscription blanche en écriture cyrillique. Avec un sourire narquois, le diplomate s'adressa au noble.
« Je dois en déduire que vous avez réussi à mettre main sur les enregistrements ? »
Belegon sortit une grande enveloppe brune de son manteau gris et la tendit à Tsuno en commentant son geste.
« Vous y avez les enregistrements audio de l'appel téléphonique de l'ambassadeur d'Astara en Esix. Ils datent de quelques heures avant la prise officielle de l’île par les troupes du Raksasa. L'appel devrait vous donner la preuve nécessaire pour confirmer le génocide. »
Il ajouta.
« Je me suis permis de faire une copie du matériel audio. Cependant, vous devriez prendre garde à l'original. C'est le seul document au monde pouvant confirmer sans aucun doute le génocide de la population d'Esix par le Raksasa. S'il disparaît, il n'aura plus aucune preuve incontestable de ces événements vu qu'une copie peut toujours être accusée d'avoir été manipulée. »
Tsuno fit disparaître l'enveloppe dans la veste de son costume et répondit alors à Belegon. Un léger vent se leva dans le port entre temps.
« Soyez assuré que nous en prendrons beaucoup de soin. Nous sommes décidés de pousser cette affaire jusqu'au bout. Nous n’abandonnerons pas l'affaire en cours de route comme l'a fait le Schlessien. Vous pouvez aussi être sûr de notre soutien pour vos opérations sur cette ile. Nous vous ferons parvenir les fonds nécessaires. Ceci prendra quelques jours. Vous comprendrez que nous devons avoir une certaine discrétion à ce sujet, à l'image du Viertenstein. »
Belegon acquiesça avec la tête. Les soutiens extérieurs n’étaient pas très nombreux et relativement modestes. C'est ainsi que le Viertenstein avait envoyé un peu d'argent ainsi qu'un prêtre et un officier aristocrate pour servir de représentants diplomatiques auprès les loyalistes. Les autres royaumes de l'Alméra n'en avaient pas pris position, mais ce n'était pas surprenant. Le Schlessien était dans la tourmente, la Fiémance se trouvait trop concentrée sur ses colonies et le Thorval vivait dans une splendide isolation. Le Viertenstein était donc bien parti pour être celui qui raflerait la mise en cas de succès en Astara. Les risques étaient minimes pour ce royaume, mais le potentiel énorme. Si par exemple le Viertenstein réussissait à avoir un bon mariage, leur Couronne du Viertenstein pourrait sur moyen terme et avec un peu de chance acquérir la possibilité de revendiquer des vastes territoires au Vicaskaran à travers une monarchie tarnoise. Les options étaient infinies surtout qu'en cet instant, le Viertenstein était sans concurrent.
Quelques minutes plus tard, les deux hommes se quittèrent. Les quais redevenaient silencieux sous le clair d'une pleine Lune magnifique. Chacun était sorti gagnant dans cette affaire. L'Empire hokkai était désormais en possession de preuves du génocide d'Esix et les loyalistes tarnois avaient pu s'assurer une source de financement supplémentaire pour la lutte à venir sur l’île d'Astara. Maintenant, il restait à savoir si les deux protagonistes de cette rencontre allaient réussir dans leurs ambitions. Tous les deux devaient affronter des adversaires puissants, surtout le Hokkaido qui allait se lever contre un géant raksas au zénith de sa gloire.
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MJ Coordinateur
L'Aquanox n'a pas immédiatement transmis la bande à son allié.
Le temps que celle-ci passe en Aquanox puis prenne son envol vers l'Hokkaido (sans copie limpide de possible), une grande puissance intervenait là-bas en profitant des défaillances sécuritaires et économico-sociales du pays.
Les grands Aquanoxais étaient de fins philosophes, des philanthropes et de grands mystiques, ils étaient riches d'une culture et d'un Etat ancien, mais il convenait désormais de s'attirer l'approbation complète de la plus grande partie du peuple, entassé dans des banlieues sombres le long du Lac intérieur, ayant davantage de conscience castique et communautaire, qu'un début d'horizon national...
Devant les écarts du monde qui commençait, les empires ne s'arrêtaient plus à leurs propres frontières, les humains d'Aquanox avaient pu le comprendre dans une attaque, quoique menue, qui annonçait un nouveau paradigme et la nécessité d'inventer autre chose, ou de leur ré-inventer.
Le temps que celle-ci passe en Aquanox puis prenne son envol vers l'Hokkaido (sans copie limpide de possible), une grande puissance intervenait là-bas en profitant des défaillances sécuritaires et économico-sociales du pays.
Les grands Aquanoxais étaient de fins philosophes, des philanthropes et de grands mystiques, ils étaient riches d'une culture et d'un Etat ancien, mais il convenait désormais de s'attirer l'approbation complète de la plus grande partie du peuple, entassé dans des banlieues sombres le long du Lac intérieur, ayant davantage de conscience castique et communautaire, qu'un début d'horizon national...
Devant les écarts du monde qui commençait, les empires ne s'arrêtaient plus à leurs propres frontières, les humains d'Aquanox avaient pu le comprendre dans une attaque, quoique menue, qui annonçait un nouveau paradigme et la nécessité d'inventer autre chose, ou de leur ré-inventer.
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Amaski
[bask][center]LA DERNIERE FLAMME
- Chapitre 7 : To pray and to kill -[/bask]
[img]http://img15.hostingpics.net/pics/328512oya2.jpg[/img][/center]
Maleak et Belegon se trouvaient dans une vieille usine désaffectée dans la périphérie de Sudapur. Comme tant d'endroits au monde, la crise économique créée par la chute des USP avait aussi touché ce coin du monde et forcé la fermeture de nombreux sites de production. Certains avaient manqué de matière première et d'autres de débouchés commerciaux, mais à la fin ils faisaient tous faillite. Alors que le grand capital raksas célébrait la destruction des USP avec du champagne, la majeure partie de la population avait souffert des conséquences de cette destruction sans précèdent. Maleak était assis sur un vieux fauteuil récupéré dans une décharge voisine à l'usine. Quelques bougies sur une table donnaient suffisamment de lumière pour pouvoir lire plus ou moins convenablement. Le livre qu'il était entra de bouquiner portait le titre mystérieux de Dieu, principe et modèle de toute autorité. C'était un cadeau envoyé par la Reine du Thorval et il n'était pas nécessaire d'être devin pour savoir que celle-ci devait avoir l'espoir de voir le jeune prince embrasser les principes religieux et politique de la royauté nordique. Réussirait-elle ? Voilà une question qui restait ouverte.
Belegon s'était montré très méfiant à l'égard de la littérature envoyée par la monarque nordique. Pour lui, c'étaient des livres d'une culture décadente et fanatique. Malheureusement, ceci n''avait pas empêché Maleak de s'en saisir du premier des deux volumes et d'en entamer la lecture. Il pouvait bien être son oncle, Maleak avait hérité du caractère têtu des Tarnos et il était par conséquence difficile de le dissuader de faire une chose quand il avait pris la décision de le faire. C'est ainsi que les heures se suivaient et que le Soleil se couchait lentement à l'horizon, projetant quelques derniers rayons rougeâtres à travers les vitres cassées de l'usine. C'était probablement la dernière fois que le Soleil allait se poser sur cette île avant l'éclatement des violences. Des mois de préparation culminaient dans cette soirée. Depuis plusieurs semaines, des milliers de mercenaires sayaken s'étaient infiltrés sur l'ile d'Astara sous forme de touristes ou de migrants. Les autorités nationales n'étaient pas très regardantes sur les mouvements de population. L'ile avait depuis la nuit des temps était un lieu de passe et les puissants d’Astara se pensaient à l’abri de tout danger. Que pourrait-il leur arriver ? C'était leur incapacité d'imaginer leur chute qui les rendit vulnérable.
Une horloge fixée à un des murs du hall de l'usine indiquait que c'était vingt-et-une heures du soir. Belegon jeta un coup d’œil sur le cadran de la montre et lâcha.
« Bientôt l'opération va commencer, tu devrais peut-être laisser le livre de côte, Maleak. »
Cette tentative plus ou moins subtile d'éloigner son neveu de la lecture des ouvrages nordiques, s'avéra forte peu fructueuse. Maleak lui répondit, baissant un peu le livre sans néanmoins quitter les pages des yeux.
« Il reste encore deux heures et que pouvons-nous bien faire ? S'ils échouent, nous serons dans l'incapacité d'agir à temps, s'ils réussissent, alors tout est prêt et a été tellement calculé que nous ne pourrons rien apporter à l’amélioration des plans. Tout réussira ou tout échouera, il n'y a pas d’intermédiaire. »
Belegon s’avoua que Maleak avait raison sur ce point, mais il ne se sentait pas à l'aise de le voir plonger dans ce livre. Il tenta alors une deuxième tentative, plus directe.
« Penses-tu sage de t'adonner à la lecture de cette littérature ? Ce sont des livres d'un pays qui a combattu l'Astara il y a encore quelques années et dont un ancien souverain a fait alliance avec les fascistes du Lochlann. »
Maleak ferma alors le livre et le posa avec une certaine douceur sur une table basse voisine. Il regarda Belegon dans les yeux et lui répondit.
« Je comprends tes soucis, mais si nous voulons réussir à nous maintenir sur le long terme, nous devons nous intégrer dans le système géopolitique régional. Nous aurons des très nombreux ennemis et par conséquence nous devrons assez rapidement forger des alliances solides. Le Viertenstein nous est déjà favorable et le Thorval peut devenir un précieux allié. Quel mal de vouloir comprendre leur façon de voir le monde ? Et dit entre nous, ce livre est intéressant. Il n'y a rien dedans qui n'a pas un certain sens, même si c'est une approche très anti-machiavelienne. »
La réponse ne convainquit pas entièrement à Belegon, mais Maleak ne reprit pas le livre, ce qui fut déjà une petite victoire pour lui. L'oncle se dit qu'il devrait peut-être feuilleter un peu ce livre pour savoir ce qu'il disait et ainsi pouvoir agir en conséquence. C'est donc de manière discrète que Belegon se saisit du Dieu, principe et modèle de toute autorité et alla dans un coin tranquille de l'usine, laissant Maleak seul.
Quand l'horloge de l'usine marqua vingt-trois heures, les cloches de la cathédrale catholique d'Aghdapur résonnèrent à travers la capitale de la république. C'était un son sombre et profond qui transperça la nuit silencieuse. Caché par la nuit et le son de leurs pas couverts par le spectacle des cloches, deux hommes franchirent le parvis de la cathédrale. Le premier entre eux était le Président de la République astaranne et le deuxième son fidèle premier ministre. Tous les deux franchirent le sol en damier pour se retrouver devant l'autel derrière lequel trônait une grande croix en bois. Depuis la sacristie entra alors l’archevêque d'Aghdapur, qui était accompagné par cinq moines portant des longues soutanes noires. Les deux politiciens firent un léger geste de respect en direction de l'ecclésiastique. Ils étaient venus dans ce lieu de prière et de paix après avoir reçu une invitation de la part du vieux prêtre. En apparence, l’archevêque avait proposé de parler sur les relations entre l'église catholique d'Astara et le gouvernement républicain, fortement opposé au clergé chrétien. Le président et le premier ministre venaient donc dans ce temple avec des intentions nobles et la volonté d'entamer un dialogue entre deux institutions que tout séparait.
Néanmoins, avant que les discussions aient pu même commencer, l’archevêque recula et donna un signe de main. Les moines encerclèrent le chef d'état et son adjoint discrètement. C'est alors que le premier couteau fut révélé par un des jésuites, rapidement suivi par d'autres. Les hommes de dieux hurlèrent en chœur un cri de guerre effroyable.
« Pro Kesar ! »
Le président leva les mains, mais ceci n'empêcha pas à une première lame de s'enfoncer dans son corps, suivi par une deuxième et une troisième. Le sang commença à s'écouler sur les dalles au pied de l'autel. Au début c'était une goutte, mais rapidement c'étaient des flots de rouge qui se déversaient. Les corps des deux politiciens s'écroulèrent sur le sol, leurs yeux brillant faiblement avant que la vie en disparaisse pour toujours. L’archevêque s'approcha des deux cadavres et dit avec une voix d'une froideur inhumaine.
« Voilà une chose de faite. »
Il tourna les talons aux deux victimes, laissant les moines prendre soin de ramasser les corps et de les cacher dans la sacristie. C'était un spectacle qui aurait horrifié les plus pieux des catholiques, mais l'ambition qui brûlait dans le cœur de l’archevêque fut sans limite. Les moines, eux, avaient pour seul crime leur faiblesse d'esprit et leur loyauté à un homme qui se prétendait d'être un prince de l’Église. Néanmoins, l'acte impardonnable avait été commis et la seule chose qui resta fut une flaque de sang qu'un des moines prit soin de nettoyer l'heure suivante.
Vers des heures du matin, le téléphone de Belegon sonna et la voix de l’archevêque annonça, avec une certaine fierté et une excitation audible dans la voix, que la mission avait été un succès. La république avait été décapitée et désormais, le temps était venu de la faire tomber, ainsi l'ecclésiastique.
- Chapitre 7 : To pray and to kill -[/bask]
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Maleak et Belegon se trouvaient dans une vieille usine désaffectée dans la périphérie de Sudapur. Comme tant d'endroits au monde, la crise économique créée par la chute des USP avait aussi touché ce coin du monde et forcé la fermeture de nombreux sites de production. Certains avaient manqué de matière première et d'autres de débouchés commerciaux, mais à la fin ils faisaient tous faillite. Alors que le grand capital raksas célébrait la destruction des USP avec du champagne, la majeure partie de la population avait souffert des conséquences de cette destruction sans précèdent. Maleak était assis sur un vieux fauteuil récupéré dans une décharge voisine à l'usine. Quelques bougies sur une table donnaient suffisamment de lumière pour pouvoir lire plus ou moins convenablement. Le livre qu'il était entra de bouquiner portait le titre mystérieux de Dieu, principe et modèle de toute autorité. C'était un cadeau envoyé par la Reine du Thorval et il n'était pas nécessaire d'être devin pour savoir que celle-ci devait avoir l'espoir de voir le jeune prince embrasser les principes religieux et politique de la royauté nordique. Réussirait-elle ? Voilà une question qui restait ouverte.
Belegon s'était montré très méfiant à l'égard de la littérature envoyée par la monarque nordique. Pour lui, c'étaient des livres d'une culture décadente et fanatique. Malheureusement, ceci n''avait pas empêché Maleak de s'en saisir du premier des deux volumes et d'en entamer la lecture. Il pouvait bien être son oncle, Maleak avait hérité du caractère têtu des Tarnos et il était par conséquence difficile de le dissuader de faire une chose quand il avait pris la décision de le faire. C'est ainsi que les heures se suivaient et que le Soleil se couchait lentement à l'horizon, projetant quelques derniers rayons rougeâtres à travers les vitres cassées de l'usine. C'était probablement la dernière fois que le Soleil allait se poser sur cette île avant l'éclatement des violences. Des mois de préparation culminaient dans cette soirée. Depuis plusieurs semaines, des milliers de mercenaires sayaken s'étaient infiltrés sur l'ile d'Astara sous forme de touristes ou de migrants. Les autorités nationales n'étaient pas très regardantes sur les mouvements de population. L'ile avait depuis la nuit des temps était un lieu de passe et les puissants d’Astara se pensaient à l’abri de tout danger. Que pourrait-il leur arriver ? C'était leur incapacité d'imaginer leur chute qui les rendit vulnérable.
Une horloge fixée à un des murs du hall de l'usine indiquait que c'était vingt-et-une heures du soir. Belegon jeta un coup d’œil sur le cadran de la montre et lâcha.
« Bientôt l'opération va commencer, tu devrais peut-être laisser le livre de côte, Maleak. »
Cette tentative plus ou moins subtile d'éloigner son neveu de la lecture des ouvrages nordiques, s'avéra forte peu fructueuse. Maleak lui répondit, baissant un peu le livre sans néanmoins quitter les pages des yeux.
« Il reste encore deux heures et que pouvons-nous bien faire ? S'ils échouent, nous serons dans l'incapacité d'agir à temps, s'ils réussissent, alors tout est prêt et a été tellement calculé que nous ne pourrons rien apporter à l’amélioration des plans. Tout réussira ou tout échouera, il n'y a pas d’intermédiaire. »
Belegon s’avoua que Maleak avait raison sur ce point, mais il ne se sentait pas à l'aise de le voir plonger dans ce livre. Il tenta alors une deuxième tentative, plus directe.
« Penses-tu sage de t'adonner à la lecture de cette littérature ? Ce sont des livres d'un pays qui a combattu l'Astara il y a encore quelques années et dont un ancien souverain a fait alliance avec les fascistes du Lochlann. »
Maleak ferma alors le livre et le posa avec une certaine douceur sur une table basse voisine. Il regarda Belegon dans les yeux et lui répondit.
« Je comprends tes soucis, mais si nous voulons réussir à nous maintenir sur le long terme, nous devons nous intégrer dans le système géopolitique régional. Nous aurons des très nombreux ennemis et par conséquence nous devrons assez rapidement forger des alliances solides. Le Viertenstein nous est déjà favorable et le Thorval peut devenir un précieux allié. Quel mal de vouloir comprendre leur façon de voir le monde ? Et dit entre nous, ce livre est intéressant. Il n'y a rien dedans qui n'a pas un certain sens, même si c'est une approche très anti-machiavelienne. »
La réponse ne convainquit pas entièrement à Belegon, mais Maleak ne reprit pas le livre, ce qui fut déjà une petite victoire pour lui. L'oncle se dit qu'il devrait peut-être feuilleter un peu ce livre pour savoir ce qu'il disait et ainsi pouvoir agir en conséquence. C'est donc de manière discrète que Belegon se saisit du Dieu, principe et modèle de toute autorité et alla dans un coin tranquille de l'usine, laissant Maleak seul.
Quand l'horloge de l'usine marqua vingt-trois heures, les cloches de la cathédrale catholique d'Aghdapur résonnèrent à travers la capitale de la république. C'était un son sombre et profond qui transperça la nuit silencieuse. Caché par la nuit et le son de leurs pas couverts par le spectacle des cloches, deux hommes franchirent le parvis de la cathédrale. Le premier entre eux était le Président de la République astaranne et le deuxième son fidèle premier ministre. Tous les deux franchirent le sol en damier pour se retrouver devant l'autel derrière lequel trônait une grande croix en bois. Depuis la sacristie entra alors l’archevêque d'Aghdapur, qui était accompagné par cinq moines portant des longues soutanes noires. Les deux politiciens firent un léger geste de respect en direction de l'ecclésiastique. Ils étaient venus dans ce lieu de prière et de paix après avoir reçu une invitation de la part du vieux prêtre. En apparence, l’archevêque avait proposé de parler sur les relations entre l'église catholique d'Astara et le gouvernement républicain, fortement opposé au clergé chrétien. Le président et le premier ministre venaient donc dans ce temple avec des intentions nobles et la volonté d'entamer un dialogue entre deux institutions que tout séparait.
Néanmoins, avant que les discussions aient pu même commencer, l’archevêque recula et donna un signe de main. Les moines encerclèrent le chef d'état et son adjoint discrètement. C'est alors que le premier couteau fut révélé par un des jésuites, rapidement suivi par d'autres. Les hommes de dieux hurlèrent en chœur un cri de guerre effroyable.
« Pro Kesar ! »
Le président leva les mains, mais ceci n'empêcha pas à une première lame de s'enfoncer dans son corps, suivi par une deuxième et une troisième. Le sang commença à s'écouler sur les dalles au pied de l'autel. Au début c'était une goutte, mais rapidement c'étaient des flots de rouge qui se déversaient. Les corps des deux politiciens s'écroulèrent sur le sol, leurs yeux brillant faiblement avant que la vie en disparaisse pour toujours. L’archevêque s'approcha des deux cadavres et dit avec une voix d'une froideur inhumaine.
« Voilà une chose de faite. »
Il tourna les talons aux deux victimes, laissant les moines prendre soin de ramasser les corps et de les cacher dans la sacristie. C'était un spectacle qui aurait horrifié les plus pieux des catholiques, mais l'ambition qui brûlait dans le cœur de l’archevêque fut sans limite. Les moines, eux, avaient pour seul crime leur faiblesse d'esprit et leur loyauté à un homme qui se prétendait d'être un prince de l’Église. Néanmoins, l'acte impardonnable avait été commis et la seule chose qui resta fut une flaque de sang qu'un des moines prit soin de nettoyer l'heure suivante.
Vers des heures du matin, le téléphone de Belegon sonna et la voix de l’archevêque annonça, avec une certaine fierté et une excitation audible dans la voix, que la mission avait été un succès. La république avait été décapitée et désormais, le temps était venu de la faire tomber, ainsi l'ecclésiastique.
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Amaski
[bask][center]LA DERNIERE FLAMME
- Chapitre 8 : La Révolution ardente -[/bask]
[img]http://img15.hostingpics.net/pics/561139bucherduncardinal143967241221345.jpg[/img][/center]
Le monastère de Saint-Thomas comptait depuis quelques heures une nouvelle recrue. C'était de manière purement temporaire, mais elle avait fait forte impression dès le premier instant. C'était une femme d'âge moyen, qui était venue aux portes du couvent pour proposer son assistance durant une journée à l'hospice en échange d'un logis et un peu pain. L'abbé Abélard avait accepté la requête après avoir eu une entrevue privée avec l'étrangère. Certains moines avaient rouspété de manière audible, mais personne n’osa défier ouvertement l'abbé sur cette question. Cependant, Abélard était assez conscient de l’insolence d'un tel spectacle, pour prendre soin à garder la jeune arrivante près de lui durant la première partie de la journée. C'est ainsi qu'il inspecta les malades en sa compagnie, présentant chacun à l'étrangère et en lui faisant faire quelques tâches rudimentaires, mais point dégradantes.
Les gestes de la femme étaient volontaires, mais légèrement maladroits. Il était évident qu'elle n'avait jamais travaillé dans un hôpital, car elle se battait avec les bandages et autres instruments. Heureusement, des infirmières lui venaient au secours, montrant avec un sourire fraternel quel geste à appliquer. La volonté de la nouvelle venue était pure, il lui manquait tout simplement de la pratique. L'abbé vit que son invité était pris en main par les infirmières et la laissa donc auprès d'elles, la quittant en s'inclinant devant elle de manière distinctive. Quelques moines et sœurs furent surpris par ce geste, car on n’avait jamais vu l’abbé faire un tel acte de révérence. Qui était cette étrangère ? Un doute s'installa auprès le personnel de l'hôpital, mais les malades attirèrent rapidement l'attention des soigneurs. On traitait rapidement l'étrangère comme une jeune sœur, sans se soucier d’où elle pouvait bien venir. La journée passa assez rapidement. On administrait des médicaments aux malades, lavait du linge et le tendait dans le jardin du hospice. A midi, il fallait faire et distribuer les repas pour les souffrants. Vers la fin de l'après-midi, les sœurs commençaient à nettoyer les sols et à faire des lectures de passages bibliques aux alités. Les activités étaient nombreuses et variées. L'étrangère participa à chacune avec un zèle rarement vu par les religieux chez les étrangers.
A la fin de la journée, tous les moines du monastère se retrouvèrent dans la grande salle à manger du monastère. L'étrangère se trouva parmi les sœurs des hospices, qui avaient aussi le droit de manger à la table des hommes. On ne faisait aucune différence entre les sexes dans cette assemblée. Tous ceux qui œuvraient pour Dieu, avaient le droit de siéger à la table. Le repas fut entamé par des lectures bibliques et une prière. Ensuite, on apporta des grandes soupières où les moines et les sœurs se servaient généreusement. On distribua aussi à chacun un bout de pain et un peu de viande séchée. La nourriture était très simple, mais elle nourrissait les corps fatigués par une longue journée de labeur. Quelques-uns des moines remarquèrent que l'abbé semblait nerveux. Il jetait régulièrement des coups d’œil à l'horloge au fond de la salle et n'était pas très bavard. Quelque chose semblait l'intriguer. Personne ne l’interrogea, jugeant que ceci n'était pas opportun. Après le repas, les sœurs quittèrent la table. L'abbé et les moines se levèrent à leur tour pour se diriger vers la chapelle. L'étrangère reçu la permission de pouvoir aller se reposer dans sa cellule. Les prières nocturnes étaient une tâche réservée aux moines. C'était la particularité de ce monastère d'aider le jour les pauvres et d'ensuite prier pendant une partie de la nuit pour le salut de toutes les âmes humaines.
La prière fut brutalement interrompue à minuit par un vacarme violent. Le son de tirs résonnait depuis l'extérieur et les moines cessèrent leurs chants en tournant leurs têtes dans toutes les directions. La porte de la chapelle fut alors brutalement ouverte et un jeune novice entra avec une respiration haletante. Le jeune s'exclama.
« Venez tous ! C'est la guerre ! Ils se battent dans les rues ! »
L'abbé et les moines sortirent de la chapelle et se dirigèrent vers la terrasse du monastère donnant une vue panoramique sur la cité. Depuis là, ils pouvaient voir de la fumée s'élever partout dans la ville et entendre un véritable concert de tirs et de cris. Un des religieux s'écria.
« Que devons-nous faire ? »
L'abbé semblait choqué par la vue de la ville secouée par les combats, mais sa réponse ne tardait pas. L'homme de foi dit.
« Il faut réveiller les infirmières. Beaucoup de gens vont être blessés et auront besoin de notre soutien. »
Les moines se dispersaient et descendaient les escaliers vers la cour du monastère. Rare étaient ceux qui comprenaient ce qui arrivait vraiment. Seul l'abbé avait connaissance de la véritable nature de ces combats. Partout dans la ville, les soldats sayaken de Belegon attaquaient les postes de police et les casernes militaires. Des opérations similaires avaient lieu dans le reste du pays. Des longs mois de préparation culminaient dans cette soirée, un combat ultime entre la république et la monarchie tarnoise. L'abbé ne se sentait pas à l’aise d'avoir su en avance pour cet événement. Malheureusement, il se sentait impuissant face à ces politiciens et ces seigneurs. En plus, il n'avait trouvé nul moyen d'éviter cet affrontement sans trahir ses vœux. La seule chose qu'il pouvait faire, c'était de tenter de diminuer le mal en venant en aide aux victimes innocentes de ce conflit. En cet instant même, il se sentait comme un marin exposé à la violence d'une tempête faisant rage au-dessus de son navire. Son seul espoir était que le prince Maleak respecte sa promesse et n'attaque pas le monastère et l’hospice.
A des centaines de kilomètres du monastère Saint-Thomas, un autre religieux était au cœur de l'action. L’archevêque d'Aghdapur se tenait dans la cathédrale de la ville, transformée pour l'occasion en centre de commandement. Les officiers sayaken étaient penchés sur des cartes, pendant que certains soldats se tenaient auprès les installations de radios et d'autres circulaient dans l'église, rapports de combat à la main. Le prêtre n'était pas nerveux, il était véritablement impatient. Le meurtre du président de la République et de son adjoint avait, comme prévus, déstabilisé le gouvernement au point de le paralyser pendant des nombreuses heures. Ceci avait était un atout considérable pour lancer avec succès la première vague de soldats sayaken à l'encontre des installations militaires de la république. Désormais, les soldats sayaken avançaient rapidement, se heurtant à quelques endroits à une résistance farouche, mais qu'on pensait pouvoir briser sur moyen terme. La situation n'était pas parfaite, mais très prometteuse.
L’archevêque traversait l'église d'un pas solennel, observant les soldats et officiers, en réfléchissant aux conséquences d'une victoire des monarchistes. Les rumeurs couraient bon train sur un certain affaiblissement de la condition physique du Saint-Père. Ce dernier accomplissait toujours ces devoirs liturgiques, mais avait cessé de prendre des initiatives. L'élection prochaine d'un nouveau pape pouvait donc devenir une éventualité et c'est en ce moment qu'il devait alors être prêt. Hors de question de laisser cette occasion en or lui échapper, pensa le religieux. Cependant, le chemin était encore long. Une fois les monarchistes au pouvoir, il faudrait que le nouveau royaume astaran fasse assez de pression sur le Saint-Siège pour persuader le Pape de le faire cardinal. Et ceci une fois fait, il faudra alors engager une campagne conséquente d'achat de voix auprès le collège. La simonie n'était pas obligatoirement de nature pécuniaire. Bien de cardinaux rêvaient d'un poste prestigieux au sein de la curie ou de la fonction de nonce apostolique. Tant de choses qu'un nouveau pape pouvait octroyer de manière généreuse. Et où l'ambition n'était pas trop présente, l'argent et la menace pouvait faire le travail. C'était légèrement plus risqué, mais globalement pas moins rentable, au moins aux yeux de l’archevêque.
Le religieux impie s'adonna à ces rêveries, écoutant avec un amusement cynique les nouvelles de victoires venant de front. Chaque combat gagné, renforçait sa position dans l'Astara de demain. Les princes tarnois allaient être en dette envers lui et cette dette allait servir comme base pour l'ouvrir la route vers la papauté. Une fois sur le trône pontifical, rien ne pourrait l'arrêter, pensa l’archevêque. L'or et la puissance morale du Saint-Siège seront à son service, à son seul et unique service. Qui pourrait le contester ? Même les petits roitelets almérans seront forcés de s'incliner devant lui, ces princes d'outre-mer inclus.
- Chapitre 8 : La Révolution ardente -[/bask]
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Le monastère de Saint-Thomas comptait depuis quelques heures une nouvelle recrue. C'était de manière purement temporaire, mais elle avait fait forte impression dès le premier instant. C'était une femme d'âge moyen, qui était venue aux portes du couvent pour proposer son assistance durant une journée à l'hospice en échange d'un logis et un peu pain. L'abbé Abélard avait accepté la requête après avoir eu une entrevue privée avec l'étrangère. Certains moines avaient rouspété de manière audible, mais personne n’osa défier ouvertement l'abbé sur cette question. Cependant, Abélard était assez conscient de l’insolence d'un tel spectacle, pour prendre soin à garder la jeune arrivante près de lui durant la première partie de la journée. C'est ainsi qu'il inspecta les malades en sa compagnie, présentant chacun à l'étrangère et en lui faisant faire quelques tâches rudimentaires, mais point dégradantes.
Les gestes de la femme étaient volontaires, mais légèrement maladroits. Il était évident qu'elle n'avait jamais travaillé dans un hôpital, car elle se battait avec les bandages et autres instruments. Heureusement, des infirmières lui venaient au secours, montrant avec un sourire fraternel quel geste à appliquer. La volonté de la nouvelle venue était pure, il lui manquait tout simplement de la pratique. L'abbé vit que son invité était pris en main par les infirmières et la laissa donc auprès d'elles, la quittant en s'inclinant devant elle de manière distinctive. Quelques moines et sœurs furent surpris par ce geste, car on n’avait jamais vu l’abbé faire un tel acte de révérence. Qui était cette étrangère ? Un doute s'installa auprès le personnel de l'hôpital, mais les malades attirèrent rapidement l'attention des soigneurs. On traitait rapidement l'étrangère comme une jeune sœur, sans se soucier d’où elle pouvait bien venir. La journée passa assez rapidement. On administrait des médicaments aux malades, lavait du linge et le tendait dans le jardin du hospice. A midi, il fallait faire et distribuer les repas pour les souffrants. Vers la fin de l'après-midi, les sœurs commençaient à nettoyer les sols et à faire des lectures de passages bibliques aux alités. Les activités étaient nombreuses et variées. L'étrangère participa à chacune avec un zèle rarement vu par les religieux chez les étrangers.
A la fin de la journée, tous les moines du monastère se retrouvèrent dans la grande salle à manger du monastère. L'étrangère se trouva parmi les sœurs des hospices, qui avaient aussi le droit de manger à la table des hommes. On ne faisait aucune différence entre les sexes dans cette assemblée. Tous ceux qui œuvraient pour Dieu, avaient le droit de siéger à la table. Le repas fut entamé par des lectures bibliques et une prière. Ensuite, on apporta des grandes soupières où les moines et les sœurs se servaient généreusement. On distribua aussi à chacun un bout de pain et un peu de viande séchée. La nourriture était très simple, mais elle nourrissait les corps fatigués par une longue journée de labeur. Quelques-uns des moines remarquèrent que l'abbé semblait nerveux. Il jetait régulièrement des coups d’œil à l'horloge au fond de la salle et n'était pas très bavard. Quelque chose semblait l'intriguer. Personne ne l’interrogea, jugeant que ceci n'était pas opportun. Après le repas, les sœurs quittèrent la table. L'abbé et les moines se levèrent à leur tour pour se diriger vers la chapelle. L'étrangère reçu la permission de pouvoir aller se reposer dans sa cellule. Les prières nocturnes étaient une tâche réservée aux moines. C'était la particularité de ce monastère d'aider le jour les pauvres et d'ensuite prier pendant une partie de la nuit pour le salut de toutes les âmes humaines.
La prière fut brutalement interrompue à minuit par un vacarme violent. Le son de tirs résonnait depuis l'extérieur et les moines cessèrent leurs chants en tournant leurs têtes dans toutes les directions. La porte de la chapelle fut alors brutalement ouverte et un jeune novice entra avec une respiration haletante. Le jeune s'exclama.
« Venez tous ! C'est la guerre ! Ils se battent dans les rues ! »
L'abbé et les moines sortirent de la chapelle et se dirigèrent vers la terrasse du monastère donnant une vue panoramique sur la cité. Depuis là, ils pouvaient voir de la fumée s'élever partout dans la ville et entendre un véritable concert de tirs et de cris. Un des religieux s'écria.
« Que devons-nous faire ? »
L'abbé semblait choqué par la vue de la ville secouée par les combats, mais sa réponse ne tardait pas. L'homme de foi dit.
« Il faut réveiller les infirmières. Beaucoup de gens vont être blessés et auront besoin de notre soutien. »
Les moines se dispersaient et descendaient les escaliers vers la cour du monastère. Rare étaient ceux qui comprenaient ce qui arrivait vraiment. Seul l'abbé avait connaissance de la véritable nature de ces combats. Partout dans la ville, les soldats sayaken de Belegon attaquaient les postes de police et les casernes militaires. Des opérations similaires avaient lieu dans le reste du pays. Des longs mois de préparation culminaient dans cette soirée, un combat ultime entre la république et la monarchie tarnoise. L'abbé ne se sentait pas à l’aise d'avoir su en avance pour cet événement. Malheureusement, il se sentait impuissant face à ces politiciens et ces seigneurs. En plus, il n'avait trouvé nul moyen d'éviter cet affrontement sans trahir ses vœux. La seule chose qu'il pouvait faire, c'était de tenter de diminuer le mal en venant en aide aux victimes innocentes de ce conflit. En cet instant même, il se sentait comme un marin exposé à la violence d'une tempête faisant rage au-dessus de son navire. Son seul espoir était que le prince Maleak respecte sa promesse et n'attaque pas le monastère et l’hospice.
A des centaines de kilomètres du monastère Saint-Thomas, un autre religieux était au cœur de l'action. L’archevêque d'Aghdapur se tenait dans la cathédrale de la ville, transformée pour l'occasion en centre de commandement. Les officiers sayaken étaient penchés sur des cartes, pendant que certains soldats se tenaient auprès les installations de radios et d'autres circulaient dans l'église, rapports de combat à la main. Le prêtre n'était pas nerveux, il était véritablement impatient. Le meurtre du président de la République et de son adjoint avait, comme prévus, déstabilisé le gouvernement au point de le paralyser pendant des nombreuses heures. Ceci avait était un atout considérable pour lancer avec succès la première vague de soldats sayaken à l'encontre des installations militaires de la république. Désormais, les soldats sayaken avançaient rapidement, se heurtant à quelques endroits à une résistance farouche, mais qu'on pensait pouvoir briser sur moyen terme. La situation n'était pas parfaite, mais très prometteuse.
L’archevêque traversait l'église d'un pas solennel, observant les soldats et officiers, en réfléchissant aux conséquences d'une victoire des monarchistes. Les rumeurs couraient bon train sur un certain affaiblissement de la condition physique du Saint-Père. Ce dernier accomplissait toujours ces devoirs liturgiques, mais avait cessé de prendre des initiatives. L'élection prochaine d'un nouveau pape pouvait donc devenir une éventualité et c'est en ce moment qu'il devait alors être prêt. Hors de question de laisser cette occasion en or lui échapper, pensa le religieux. Cependant, le chemin était encore long. Une fois les monarchistes au pouvoir, il faudrait que le nouveau royaume astaran fasse assez de pression sur le Saint-Siège pour persuader le Pape de le faire cardinal. Et ceci une fois fait, il faudra alors engager une campagne conséquente d'achat de voix auprès le collège. La simonie n'était pas obligatoirement de nature pécuniaire. Bien de cardinaux rêvaient d'un poste prestigieux au sein de la curie ou de la fonction de nonce apostolique. Tant de choses qu'un nouveau pape pouvait octroyer de manière généreuse. Et où l'ambition n'était pas trop présente, l'argent et la menace pouvait faire le travail. C'était légèrement plus risqué, mais globalement pas moins rentable, au moins aux yeux de l’archevêque.
Le religieux impie s'adonna à ces rêveries, écoutant avec un amusement cynique les nouvelles de victoires venant de front. Chaque combat gagné, renforçait sa position dans l'Astara de demain. Les princes tarnois allaient être en dette envers lui et cette dette allait servir comme base pour l'ouvrir la route vers la papauté. Une fois sur le trône pontifical, rien ne pourrait l'arrêter, pensa l’archevêque. L'or et la puissance morale du Saint-Siège seront à son service, à son seul et unique service. Qui pourrait le contester ? Même les petits roitelets almérans seront forcés de s'incliner devant lui, ces princes d'outre-mer inclus.
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Amaski
[bask][center]LA DERNIERE FLAMME
- Chapitre 9 : Le début d'un printemps inattendu -[/bask]
[img]http://img15.hostingpics.net/pics/295534storyofwest144287530637388.jpg[/img][/center]
La scène avait lieu dans un appartement d’Hispalis. Depuis les fenêtres on avait la vue sur le centre-ville de la capitale numancienne, qui était plongée dans la lumière crépusculaire d'un Soleil mourant. Un puissant chant grégorien résonnait depuis une stéréo, inspirée par la foi bimillénaire de la religion chrétienne. Deux hommes étaient assis dans des fauteuils devant une grande télévision plate éteinte, leurs visages illuminés uniquement par la lumière de quelques lampes de table solitaires. Le premier des deux hommes devait être dans la quarantaine et était habillé d'un simple costume noir avec une cravate bleue foncée. Sa barbe était fine et d'un noir grisonnant. Le deuxième portait une soutane brune, conçue avec soin, mais sans aucun atout ostentatoire. Un collier avec une croix en bois pendait au cou du visiteur. Le visage du prêtre était ridé, ses cheveux blancs et de ses yeux émanait une conviction ardente.
La journée avait été rude pour les deux. Le serviteur de Dieu avait parcouru plusieurs milliers de kilomètres depuis le Nouveau Monde, en avion, pour venir parler à son hôte. Ce n'avait pas été un voyage des plus simples. Il avait dû prendre un des trains au départ de Sayakon, qui étaient peu nombreux et surpeuplés, pour de là rejoindre l'aéroport de Triikon. Après plusieurs heures d'attente, il avait enfin pu prendre un avion en direction du Khaldidan et de là vers Hispalis. Le professeur, lui, avait assisté à l'organisation des premières mesures antiépidémiques à l'université d'Hispalis, suscitées par la peur ambiante créée et nourrie par les médias. Le mot coronavirus était au centre de chaque conversation. On prononçait ce mot comme une malédiction antique, la voix remplie d'un petit tremblement. L'enseignant n'avait pas été contaminé par la peur. Ce n'était pas qu'il n'était pas conscient du danger, mais il avait la certitude que s'affoler en avance n'avait pas de sens.
Une femme entra dans le salon, vêtue d'une robe noire et portant dans ses deux mains une tablette en argent sur laquelle étaient posés deux tasses de thé fumant. Une odeur de menthe se répandit dans la pièce, laissant présager les délices de la boisson. Elle était la femme du professeur et son nom était Isabella de Castañar, descendante d'une petite famille de chevaliers numanciens qui prétendaient avoir pour origine de la noblesse sénatoriale urbaine. Elle ne parlait rarement de sa famille avec son époux. Tous les deux avaient formulés un accord tacite de ne pas parler sur leurs origines respectifs, endossant un exile bienheureux à part les rares fois où les conventions sociales l'exigeaient. Hispalis était un refuge sacré pour le couple, loin des horreurs de la politique et des intrigues familiales.
L'épouse servit le thé et les deux hommes prirent chacun une tasse pour goûter au breuvage aromatisé. La raison de cette rencontre était importante. La ville de Sayakon avait été frappée par des terribles affrontements. Ce qui avait été au début une simple manifestation contre le nouveau plan d'urbanisme, avait tourné dans une rébellion ouverte conduisant à la chute des institutions politiques du pays. Ce qui avait suivi fut aussi inattendu que spectaculaire. La foi chrétienne, cachée dans les souterrains de la société civile, avait jailli au jour et formé un puissant torrent désormais impossible à retenir. La misère des conflits de la cité avaient poussé les laissés-pour-compte dans les bras de l’Église catholique et orthodoxe. Ces mêmes pauvres qui avaient été recueillis et réconfortes repartaient maintenant dans les rues avec le message du Christ dans leurs cœurs, formant une armée de missionnaires qui était plus puissante que tous les ordres monastiques réunis. Chacun parla à sa famille et à ses amis. Les convertis de la deuxième heure se mettaient à leur tour à prêcher une foi aussi simple qu'efficace : aimer votre prochain comme vous-même. Sayakon était devenu au fil de la rébellion une nouvelle Urba, un puissant centre religieux d’où partaient les nouveaux convertis dans toutes les directions. Ce que mille complots avaient tenté au fil de l'histoire sans succès, arrivait maintenant tout naturellement. La foi chrétienne s'étendait en douceur, sans l'appui de quelconque despote ou roi. C'était la victoire de la parole sur la force brute, de la foi sur la loi.
En même temps, les monarchistes avaient fait une entrée triomphante au Sénat. L'ancienne élite ayant été tuée durant l'attentat sur le parlement, une nouvelle génération avait succédé sur les bancs du Sénat. C'était cette jeune élite fascinée par le christianisme et nostalgique de la monarchie qui faisait désormais les lois, en compagnie des mouvements ultra-militaristes et d'une poignée de libéraux. Ce n'était pas un évènement dépourvu de raison. Durant les mois avant l'émeute, la contestation de la Fédération et de son héritage avait atteint des sommets. L'idée d'un retour en arrière, aux mors maiores, était que la suite logique du refus de la Fédération. Markeson avait à sa manière déjà commencer ce travail, sans se rendre compte quelle boite de pandore il avait ouvert. Quand on parla il y a deux mois de changer le nom du pays, on avait pu sentir que le vent tournait. Alors que l'Empire du Raksasa se brisait, la restauration monarchique sur la péninsule tarnoise ne semblait non seulement probable, mais aussi durable.
Après beaucoup de rite et de bienséance, le professeur entama la conversation en posant la question suivante à l’archevêque.
« Pensez-vous que son départ soit inévitable ? Je ne comprends pas pourquoi ils le veuillent ? »
L'inquiétude se sentait dans la voix de l'homme. Le prêtre but une gorgée de thé avant de donner une première réponse.
« Je le crains. Je sais que vous vous souciez pour lui et rien n'existe pour vous prouver que vous n'avez aucune raison à vous inquiéter. Cependant, je peux vous promettre que je veillerais sur lui avec toutes mes forces. Il entrera dans un monde brutal et sans pitié, mais sa jeunesse lui sera un précieux atout. Personne le prendra au sérieux, au début au moins, et ceci pourra le permettre de construire les bases lui permettant de prendre le dessus sur ses adversaires. »
L’archevêque ajouta.
« Il est intelligent. Je n'ai pas eu besoin de beaucoup de temps pour le voir et je crois qu'il peut réussir ce que dix dictateurs ont échoués à faire. La tâche sera rude, mais il n'est pas sans alliés. Beaucoup ont en marre des usurpateurs et des despotes. Le pays en entier désire le retour à une véritable paix et à un âge plus paisible. Même le roi Maleak pourra être un précieux ami pour l'aider à accomplir son destin. »
Le professeur s'exclama.
« Maleak ? J'en doute bien fort. »
Un petit instant de silence s'établit avant que le serviteur de Dieu reprenne la parole.
« Maleak est un bon homme, Belegon beaucoup moins. Cependant, votre fils aura besoin de toutes les ressources lui étant accessibles pour triompher. Maleak a des troupes aguerries, assez pour mater une révolte et pour permettre d'avoir le temps de reformer des légions loyales à l'Imperium. Le roi d'Astara sait que son propre pouvoir dépend de la destruction de la Fédération et de la fin de tout danger d'invasion. L'Imperator tarnois est également le seul habilité à conférer à Maleak la puissance royale sur l'Astara, celle dont la légitimité ne peut pas être niée. Si Maleak ne le fait pas au nom de la dynastie, il le fera par calcul politique. En plus, l'Empire alméran est faible, très faible et Belegon à des visées sur Urba, un royaume dont la couronne est contestée de tout part et dont seul l'Imperator peut décider du la création et la dissolution. Belegon soutiendra donc la restauration tarnoise dans l'espoir d'avoir le soutien pour envahir Urba. »
L’archevêque avait prononcé l'idée d'invasion d'Urba avec une aisance surprenante. La vérité était que l'homme de foi n'avait aucun doute que ce projet échouerait. Belegon était aveuglé par son ambition et par l'idée d'avoir son propre royaume. Cette soif démesurée de pouvoir serait sa perte, inévitablement. Entre temps, le professeur demanda au prêtre.
« Pouvez-vous me jurer de tout faire pour protéger mon fils ? »
« Comme mon propre enfant. » dit l’archevêque avec sincérité et conviction. Il avait bien conscience que c'était une promesse lourde de conséquence, mais il n'y avait pas d'autre choix. Trop de choses étaient entre les mains d'un jeune homme né trop tard pour régner et trop tôt pour comprendre l'enjeu. Il fallait le protéger et le guider dans ce chemin envahi par l'obscurité de l'ambition humaine.
- Chapitre 9 : Le début d'un printemps inattendu -[/bask]
[img]http://img15.hostingpics.net/pics/295534storyofwest144287530637388.jpg[/img][/center]
La scène avait lieu dans un appartement d’Hispalis. Depuis les fenêtres on avait la vue sur le centre-ville de la capitale numancienne, qui était plongée dans la lumière crépusculaire d'un Soleil mourant. Un puissant chant grégorien résonnait depuis une stéréo, inspirée par la foi bimillénaire de la religion chrétienne. Deux hommes étaient assis dans des fauteuils devant une grande télévision plate éteinte, leurs visages illuminés uniquement par la lumière de quelques lampes de table solitaires. Le premier des deux hommes devait être dans la quarantaine et était habillé d'un simple costume noir avec une cravate bleue foncée. Sa barbe était fine et d'un noir grisonnant. Le deuxième portait une soutane brune, conçue avec soin, mais sans aucun atout ostentatoire. Un collier avec une croix en bois pendait au cou du visiteur. Le visage du prêtre était ridé, ses cheveux blancs et de ses yeux émanait une conviction ardente.
La journée avait été rude pour les deux. Le serviteur de Dieu avait parcouru plusieurs milliers de kilomètres depuis le Nouveau Monde, en avion, pour venir parler à son hôte. Ce n'avait pas été un voyage des plus simples. Il avait dû prendre un des trains au départ de Sayakon, qui étaient peu nombreux et surpeuplés, pour de là rejoindre l'aéroport de Triikon. Après plusieurs heures d'attente, il avait enfin pu prendre un avion en direction du Khaldidan et de là vers Hispalis. Le professeur, lui, avait assisté à l'organisation des premières mesures antiépidémiques à l'université d'Hispalis, suscitées par la peur ambiante créée et nourrie par les médias. Le mot coronavirus était au centre de chaque conversation. On prononçait ce mot comme une malédiction antique, la voix remplie d'un petit tremblement. L'enseignant n'avait pas été contaminé par la peur. Ce n'était pas qu'il n'était pas conscient du danger, mais il avait la certitude que s'affoler en avance n'avait pas de sens.
Une femme entra dans le salon, vêtue d'une robe noire et portant dans ses deux mains une tablette en argent sur laquelle étaient posés deux tasses de thé fumant. Une odeur de menthe se répandit dans la pièce, laissant présager les délices de la boisson. Elle était la femme du professeur et son nom était Isabella de Castañar, descendante d'une petite famille de chevaliers numanciens qui prétendaient avoir pour origine de la noblesse sénatoriale urbaine. Elle ne parlait rarement de sa famille avec son époux. Tous les deux avaient formulés un accord tacite de ne pas parler sur leurs origines respectifs, endossant un exile bienheureux à part les rares fois où les conventions sociales l'exigeaient. Hispalis était un refuge sacré pour le couple, loin des horreurs de la politique et des intrigues familiales.
L'épouse servit le thé et les deux hommes prirent chacun une tasse pour goûter au breuvage aromatisé. La raison de cette rencontre était importante. La ville de Sayakon avait été frappée par des terribles affrontements. Ce qui avait été au début une simple manifestation contre le nouveau plan d'urbanisme, avait tourné dans une rébellion ouverte conduisant à la chute des institutions politiques du pays. Ce qui avait suivi fut aussi inattendu que spectaculaire. La foi chrétienne, cachée dans les souterrains de la société civile, avait jailli au jour et formé un puissant torrent désormais impossible à retenir. La misère des conflits de la cité avaient poussé les laissés-pour-compte dans les bras de l’Église catholique et orthodoxe. Ces mêmes pauvres qui avaient été recueillis et réconfortes repartaient maintenant dans les rues avec le message du Christ dans leurs cœurs, formant une armée de missionnaires qui était plus puissante que tous les ordres monastiques réunis. Chacun parla à sa famille et à ses amis. Les convertis de la deuxième heure se mettaient à leur tour à prêcher une foi aussi simple qu'efficace : aimer votre prochain comme vous-même. Sayakon était devenu au fil de la rébellion une nouvelle Urba, un puissant centre religieux d’où partaient les nouveaux convertis dans toutes les directions. Ce que mille complots avaient tenté au fil de l'histoire sans succès, arrivait maintenant tout naturellement. La foi chrétienne s'étendait en douceur, sans l'appui de quelconque despote ou roi. C'était la victoire de la parole sur la force brute, de la foi sur la loi.
En même temps, les monarchistes avaient fait une entrée triomphante au Sénat. L'ancienne élite ayant été tuée durant l'attentat sur le parlement, une nouvelle génération avait succédé sur les bancs du Sénat. C'était cette jeune élite fascinée par le christianisme et nostalgique de la monarchie qui faisait désormais les lois, en compagnie des mouvements ultra-militaristes et d'une poignée de libéraux. Ce n'était pas un évènement dépourvu de raison. Durant les mois avant l'émeute, la contestation de la Fédération et de son héritage avait atteint des sommets. L'idée d'un retour en arrière, aux mors maiores, était que la suite logique du refus de la Fédération. Markeson avait à sa manière déjà commencer ce travail, sans se rendre compte quelle boite de pandore il avait ouvert. Quand on parla il y a deux mois de changer le nom du pays, on avait pu sentir que le vent tournait. Alors que l'Empire du Raksasa se brisait, la restauration monarchique sur la péninsule tarnoise ne semblait non seulement probable, mais aussi durable.
Après beaucoup de rite et de bienséance, le professeur entama la conversation en posant la question suivante à l’archevêque.
« Pensez-vous que son départ soit inévitable ? Je ne comprends pas pourquoi ils le veuillent ? »
L'inquiétude se sentait dans la voix de l'homme. Le prêtre but une gorgée de thé avant de donner une première réponse.
« Je le crains. Je sais que vous vous souciez pour lui et rien n'existe pour vous prouver que vous n'avez aucune raison à vous inquiéter. Cependant, je peux vous promettre que je veillerais sur lui avec toutes mes forces. Il entrera dans un monde brutal et sans pitié, mais sa jeunesse lui sera un précieux atout. Personne le prendra au sérieux, au début au moins, et ceci pourra le permettre de construire les bases lui permettant de prendre le dessus sur ses adversaires. »
L’archevêque ajouta.
« Il est intelligent. Je n'ai pas eu besoin de beaucoup de temps pour le voir et je crois qu'il peut réussir ce que dix dictateurs ont échoués à faire. La tâche sera rude, mais il n'est pas sans alliés. Beaucoup ont en marre des usurpateurs et des despotes. Le pays en entier désire le retour à une véritable paix et à un âge plus paisible. Même le roi Maleak pourra être un précieux ami pour l'aider à accomplir son destin. »
Le professeur s'exclama.
« Maleak ? J'en doute bien fort. »
Un petit instant de silence s'établit avant que le serviteur de Dieu reprenne la parole.
« Maleak est un bon homme, Belegon beaucoup moins. Cependant, votre fils aura besoin de toutes les ressources lui étant accessibles pour triompher. Maleak a des troupes aguerries, assez pour mater une révolte et pour permettre d'avoir le temps de reformer des légions loyales à l'Imperium. Le roi d'Astara sait que son propre pouvoir dépend de la destruction de la Fédération et de la fin de tout danger d'invasion. L'Imperator tarnois est également le seul habilité à conférer à Maleak la puissance royale sur l'Astara, celle dont la légitimité ne peut pas être niée. Si Maleak ne le fait pas au nom de la dynastie, il le fera par calcul politique. En plus, l'Empire alméran est faible, très faible et Belegon à des visées sur Urba, un royaume dont la couronne est contestée de tout part et dont seul l'Imperator peut décider du la création et la dissolution. Belegon soutiendra donc la restauration tarnoise dans l'espoir d'avoir le soutien pour envahir Urba. »
L’archevêque avait prononcé l'idée d'invasion d'Urba avec une aisance surprenante. La vérité était que l'homme de foi n'avait aucun doute que ce projet échouerait. Belegon était aveuglé par son ambition et par l'idée d'avoir son propre royaume. Cette soif démesurée de pouvoir serait sa perte, inévitablement. Entre temps, le professeur demanda au prêtre.
« Pouvez-vous me jurer de tout faire pour protéger mon fils ? »
« Comme mon propre enfant. » dit l’archevêque avec sincérité et conviction. Il avait bien conscience que c'était une promesse lourde de conséquence, mais il n'y avait pas d'autre choix. Trop de choses étaient entre les mains d'un jeune homme né trop tard pour régner et trop tôt pour comprendre l'enjeu. Il fallait le protéger et le guider dans ce chemin envahi par l'obscurité de l'ambition humaine.