[RP] Aux Quatre Coins du Kirep

Alexei

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Lignes de fractures...
Janvier 2027

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Contre toute attente, la Troisième Révolution n'avait pas été une victoire politique totale pour Franjo Tadac, bien au contraire. L'épuration du Parti, de l'Etat, et de l'Armée avait réveillées de sérieuses rancoeurs, ainsi que favorisé de nouveaux courants au sein du Parti, exactement le résultat inverse de ce qui était escomptait, puisque la Troisième Révolution devait renforcer son pouvoir. Pire encore, le "groupe des cinq" s'était révélé finalement fortement désuni, et si tous restaient membres de la même mouvance pour ne pas provoquer le trop tôt, ils dirigeaient tous, plus ou moins, une tendance dans l'ombre. Ainsi, Franjo Tadac, comprenant sa défaite, se retrouvait à la tête d'une des factions suivantes qui, bien qu'officiellement inexistantes, représentaient une partie de la société kirépienne.

- L'aile nationaliste du Parti, incarnée par le Commissaire aux Affaires Etrangères Boris Novak, grand-nihjovienne (serbe ndlr), et panyougoslave, souhaitait que l'on se concentrât exclusivement sur la réunion du grand-Kirep et prônait le socialisme dans un seul pays. Sa popularité variait selon les sections du Parti, en particulier en Nihjovie (Monténégro) et Zvezdanie (Serbie), où son discours touchait.
- L'aile droite, plus libérale, était secrètement alimentée par l'actuel chef du gouvernement et numéro deux du Politburo, Vladislav Todor, qui prônait un assouplissement de la politique -économique en particulier- et de la vie politique. Elle propose en particulier l'établissement d'un capitalisme d'Etat, semblable à un socialisme de marché, pour rattraper les retard économique et scientifique auxquels le Kirep était confronté. Peut-être la face la plus cachée du Parti, elle compte de nombreux partisans chez les intellectuels.
- L'aile centriste était la seule faction officiellement existante puisque l'épuration du Parti n'avait épargné qu'elle. Officiellement dominante, son monopole était en réalité contesté par les autres lignes officieuses que Franjo Tadac s'évertuait à combattre. Elle jouit d'une popularité grande, mais en déclin au sein des masses.
- L'aile gauche, sous la houlette du protégé de Franjo Tadac et secrétaire-général de l'Internationale Communiste, Marko Vujin, revenait en force au sein du Parti. Celle-ci était composée, chose impensable, de gakistes et de kiroviens convaincus, ainsi que de jeunes membres, favorables à l'élaboration d'un marxisme-léninisme radical, adapté aux réalités du XXIème siècle dans la continuité de Kirov. Elle appelle en outre à redonner le pouvoir aux masses, "par le peuple et pour le peuple". Jouissant d'une popularité importante dans le Parti et au sein des travailleurs, elle doit cependant ne pas être confondue avec l'aile gauchiste.
- L'aile gauchiste, très populaire chez les jeunes cadres et les descendants de familles bourgeoises, n'avait que peu de soutien au sein du Bureau Politique, à l'exception de la pésakienne Aleksandra Tuzla. Cette ligne, marquée par un radicalisme socialiste total préconisait une poursuite des aspects les plus révolutionnaires du gakisme et de la guerre totale contre le capitalisme. Rejoignant l'aile gauche sur certains points, elle reste tout de même démarquée de celle-ci par son dogmatisme.

Ainsi, malgré le contrôle retrouvé du camarade-leader sur le Parti, celui-ci était de plus en plus désavoué en son sein, de nombreux cadres s'accordant sur sa dérive autoritaire et dangereuse. Ceux-ci prenaient ainsi le chemin de ses disciples qui finiraient par trahir le chef suprême, quitte à lancer une énième lutte de pouvoir pour la succession du "Danube de la pensée". Néanmoins, cela ne se ferait qu'après un long processus, que Marko Vujin était sûr de tourner à son avantage ; en jouant sur les lignes de fracture des différentes factions -qui demeuraient unies autour du but commun- et en s'alliant réellement, pour la première fois dans un régime communiste aussi abouti et bureaucratisé, aux masses laborieuses. En s'inspirant paradoxalement des méthodes de Franjo Tadac de la Troisième Révolution.

Conscient de l'inévitable évolution constante de la théorie marxiste, le plus jeune protégé du camarade-leader s'adonnait à un travail constant, en parallèle de ses fonctions officielles. Cherchant à réformer le système kirépien et à en finir avec la bureaucratie et l'élitisme, il consignait ses différentes idées dans son journal pendant des heures. Si bien que, ce soir de nouvel an, il lui fallut plusieurs secondes pour se rendre compte que le téléphone sonnait :

Marko Vujin : Slušam ("j'écoute") ?

Vladislav Todor : Bonne année, camarade Vujin.

Marko Vujin : Mes meilleurs voeux, camarade, as-tu pris de bonnes résolutions ?

Vladislav Todor : Les mêmes que les tiennes, nous en parlerons bientôt.

Marko Vujin : J'y compte bien. Souhaite passe mes meilleurs voeux au camarade-leader.
Alexei

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Centre de recherche en armement de Provjilski
18 janvier 2027

[img]http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://red-stars.org/IMG/jpg/mig142plan.jpg&sa=X&ei=sh5KVezgE4npUquMgdAK&ved=0CAkQ8wc&usg=AFQjCNGo_g3TtPCt3KQKdbiaQHoL9NkywQ[/img]

Provjilski, la "ville-armée" la plus grande du Kirep, s'activait jour et nuit telle une fourmilière. Cet immense centre de recherche à ciel ouvert, ville-phare du complexe militaro-industriel yougoslave, se devait d'être à la pointe de l'innovation en toutes circonstances.

Si les débuts avaient été peu glorieux et difficiles, mais une fois le savoir et les matériaux acquis, la machine fut lancée. Le Kirep détient au final la troisième armée du monde et une industrie d'armement parmi les meilleures qui soit. De Provjilski sortait tout le matériel de mort possible et imaginable. Il restait cependant une ombre au tableau : le champ des engins aéroportées qui n'avait pas encore été travaillé par les équipes du camarade Rodoljub Prijevac, chef de l'unité dédiée à l'innovation. Aujourd'hui, grâce à l'obtention de nouvelles technologies offertes par la Rostovie, et au partage par Thalìboz des secrets de conception du célèbre avion rostov "sotriyaseniye", la création d'un nouvel avion de combat kirépo-thalìbozien était possible.

Rodoljub Prijevac : ...que pouvez-vous me dire sur les avions de combat rostovs ?

Une main se leva instantanément.

Mladen Kasić : Partis de rien pendant la guerre mondiale, les Rostovs ont tout d'abord créé de petits avions extrêmement maniables qui compensaient la faible puissance leur étant due. Ils ont ensuite peu-à-peu innové dans le domaine des avions à réaction en lançant la gamme Irkout, qu'ils n'ont eu de cesse de perfectionner. Ils ont atteint l'excellence sous peu avec les bombardiers tactiques supersoniques Markov et les Pak-Fa que nous utilisons.

Rodoljub Prijevac : Excellent, camarade. À ce sujet, qui peut me parler de l'aéronautique au Kirep ?

Beaucoup moins confiants que leur camarade, trois élèves levèrent timidement la main, l'un se rétractant quelques secondes plus tard.

Rodoljub Privejac : Camarade Stanković ?

Le camarade Stanković était un jeune scientifique dépassant à peine la vingtaine. Des traces d'acné subsistaient sur son visage juvénile orné d'une monture d'acier démodée derrière laquelle s'abritaient de petits yeux noirs.

Branko Stanković : Eh bien... nous n'avons jamais été de grands aviateurs, il... il me semble que la seule industrie spécialisée en aviation que nous possédons, nommée Jarstreb si mes souvenirs sont bons, a produit quelques avions durant la Guerre mondiale puis s'est vue délaissée au profit des forces terrestres et marines...

Rodoljub Prijevac : Effectivement, et je peux vous dire que vous allez participer à la renaissance de nos forces aériennes, camarades. À Provjilski sera conçu et développé le Ja-30 "lešinar" qui sera inspiré des Irkout et Sotriyasenniye rostovs, mais avec des caractéristiques qui lui seront propres et qui le feront se démarquer des autres. Il servira à moderniser notre aviation et sera également commercialisé. Je vous laisse découvrir les plans préparatoires.

L'ingénieur-en-chef retournant le tableau laissant apparaître un plan de l'appareil, annoté de commentaires en cyrillique.

Rodoljub Privejac : Comme vous pouvez le voir, il y a de la place pour deux personnes : un pilote et un opérateur radar. La propulsion de l'avion sera assurée par deux turboréacteurs AL-31FL à double flux et dotés de postcombustion. Produisant une poussée de 12 500 kgp (123 kN) avec PC, ils permettent à l'avion de tenir une vitesse de Mach 2,0 en palier, 1 350 km/h à basse altitude et un taux de montée de 230 m/s.
Avec une capacité de carburant de 5 270 kg, le Ja-30 sera capable d'assurer une mission de combat de 4 heures et demie avec une distance franchissable de 3 000 km. Une perche de ravitaillement en vol permettra de porter ce rayon d'action à 5 200 km, ou la durée de vol à 10 heures en palier.

Mais ce ne seront pas ses seuls atouts...

Edin Mehratmetović : Lesquels seront-ils, camarade-ingénieur en chef ?

Rodoljub Privejac : L'appareil pourra atteindre un plafond aérien maximal de 18 500m à une vitesse ascensionnelle de 19 500m/minute. Son rayon d'action pourra alors être de plus de 3 000 km. Un pilote automatique pourra assurer sa fonction à tous les niveaux de vol, y compris en mode de suivi de terrain, et des engagements de combat contre des cibles aériennes, terrestres ou maritimes, que ce soit individuellement ou au sein d'un groupe. Relié au système de navigation, le pilote automatique permettra de voler en suivant des points de passages précis, approcher une cible, retrouver sa base, ou même effectuer une approche finale totalement automatique, comme nous l'a demandé l'Etat-major de l'Armée de l'Air populaire.

Mladen Kasić : Impressionnant. A-t-il d'autres demandes particulières ?

Rodoljub Privejac : Oui et non, une grande liberté nous ait laissée, cependant, l'avion doit comporter les caractéristiques suivantes :
Le Ja-30 devra être un chasseur multirôle. Il sera doté d'un cockpit biplace, derrière lequel se trouve un aérofrein de grandes dimensions, assez similaire à celui équipant les chasseurs rostovs de dernière génération. Il se différenciera des Irkout de base par l'adoption d'un nouveau système d'armement, comprenant un capteur optronique frontal analogue à celui du An-27 et permettant l'acquisition de cibles à longue portée. Il possédera des capacités tout-temps, un radar à balayage électronique, suivi de terrain, etc…
Le Ja-30 sera employé pour des missions de supériorité aérienne, dissuasion nucléaire, frappe stratégique, interdiction, CAS, suppression de défenses antiaériennes, lutte anti-navire.

En ce qui concerne les caractéristiques de vol : La configuration aérodynamique de l'appareil, combinée avec les capacités de contrôle apportées par le poussée vectorielle, résulteront en une manœuvrabilité et une agilité sans précédents dans le monde des chasseurs à réaction, ainsi que des performances au décollage et à l'atterrissage particulièrement impressionnantes. Équipé d'un système de commandes de vol électriques numérique, le Ja-30 devra être capable d'effectuer certaines manœuvres particulières, telles que "le Cobra de Pougatchev" ou le « tail slide ». Ces manœuvres brutales, causant un très fort ralentissement de l'appareil, ont pour but de se laisser dépasser par un potentiel poursuivant en situation de combat pour se retrouver sur ses arrières.

Les scientifiques prirent assidûment des notes sur leurs calepins et autres carnets

Ljuboslav Mlasić : En ce qui concerne l'armement de l'appareil ?

Rodoljub Privejac : Il se composera d'un canon automatique de calibre 30, avec une capacité totale de 1800 coups/minute, et d'une nacelle de missile et/ou roquettes avec une charge offensive de 6 000 kg, articulés sur des points d'ancrage externes. D'autres questions ou propositions ?

Personne ne répondit.

Rodoljub Privejac : Dans ce cas, nous pouvons débuter notre tâche.
Alexei

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Lignes de fractures... (II)
Mars 2027

[img]http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://extras.mnginteractive.com/live/media/site67/2013/0823/20130823_070008_AP8911240227_500.jpg&sa=X&ei=ktRlVeXwBIOMsAH3hIDwCw&ved=0CAkQ8wc4jwE&usg=AFQjCNEBaLHekff1vkMPcUMEGav64lzlTQ[/img]

Depuis quelques temps, le Kirep vivait une véritable ébullition politique. Divisés entre les pro-Etat et les pro-Parti, les communistes kirépiens n'avaient jamais été aussi désunis, cela était d'autant plus grave que ce problème était insoluble pour le poglavnik, Franjo Tadac, qui avait quasiment disparu de la scène politique...

Les rumeurs allaient bon train quant à ce retrait inattendu, expliqué maladroitement par des problèmes médicaux ; dépression, suicide, assassinat, voir même séquestration par l'une ou l'autre faction majoritaire du Parti ou fuite dans un pays étranger. Telles étaient les hypothèses les plus farfelues qui circulaient parmi les Kirépiens las des querelles politiques auxquelles il fallait définitivement mettre fin. Mais comment ? Cela, Franjo Tadac l'ignorait, et se doutait qu'il vivait ses dernières heures au sommet de l'Etat de l'un des pays les plus puissants du monde. Au final, ce n'étaient pas les opposants invisibles qu'il avait traqué durant la Troisième Révolution qui avaient eu raison de lui ; mais lui-même. Cela, il s'en rendait compte dans sa petite dača à la sortie d'Ophrone, avec sa femme, Elena, qui tentait de lui remonter le moral et de lui insuffler une énergie nouvelle pour "mater les gauchistes et les bourgeois" qui enviaient indirectement sa place. Alors il approuvait, se saisissait du téléphone avant de se raviser et de s'allumer une cigarette.

Franjo Tadac -en tirant une bouffée de fumée- : À quoi bon ? Je ne suis pas Vliduj Gak. Les Kirépiens ne me doivent rien.

Elena Tadac : Je t'interdis de dire cela, Franjo. C'est toi qui a redressé la nation quand nous étions frappés par la crise, c'est toi qui a ramené Pesak à la maison, notre armée est l'une des meilleures du monde ! Tu dois arrêter de te morfondre et reprendre la place qui t'est due.

Franjo Tadac -irrité- : Oui j'ai fait cela, mais je n'ai pas été assez ferme. Ma diplomatie s'est limité à de simples accrochages avec des nains qui n'en valent pas la peine au lieu d'affronter directement le Raksasa. J'ai tendu la main à la Fiémance alors que c'est un pays qui vit par ses colonies au Zanyane, au Barebjal, au Makara, et même en Vespasie, à quelques encablures de Vuzvushen où ces ploucs ont mis un comptoir ! J'ai laissé l'URCM se désagréger et j'ai accentué la distance avec la CESS alors que ce sont nos alliés naturels. Et le meilleur : dix millions de nos frères vivent sous la dictature d'un fasciste illuminé de l'autre côté de Carù. Je n'ai clairement pas été à la hauteur de ma fonction, j'ai manqué de rigueur idéologique.

Elena Tadac : C'est ce que les gauchistes te reprochent, tu n'es pas obligé de les écouter...

Franjo Tadac : ...les droitistes me reprochent justement de ne pas avoir été plus loin. Ils ne seront jamais contentés, je suis bien trop minoritaire au Bureau Politique, même Marko (Vujin ndlr.) m'a trahi.

Elena Tadac : Tu es Secrétaire du Peuple, leur avis n'a pas d'importance.

Franjo Tadac : Si il l'a : je ne peux éliminer tout un Parti. Il faut que je me rende à l'évidence, c'est la fin.

Elena Tadac : Alexey (Nikita, chef de la Surigimi ndlr.) nous suit encore : il peut s'arranger pour l'opposition se calme et que tu reprennes tes fonctions, tout n'est pas perdu.

Franjo Tadac : Son mutisme me fait penser le contraire : il ne répond pas et c'est à peine si nous sommes en sécurité ici. Je pense qu'il va rejoindre l'une ou l'autre partie. Auquel cas, il serait le plus apte à me remplacer et à remettre de l'ordre au sein du Parti. Il ne faut pas se voiler la face. Je connais le Parti et ses rouages, je sais à quel point il est pervers et impitoyable. Le prochain congrès sera mon dernier, je le sais. Ma démission sera déposée et je disparaîtrai de la vie publique, ou je disparaîtrai tout court.

Elena Tadac : Il y a bien quelque chose à tenter...

Franjo Tadac : J'aimerais que tu aies raison, mais c'est impossible. Tous se sont accordés sur le fait que je devais partir, même le peuple s'est fait à cette idée. Certains me pleureront mais accepteront le fait que "je" démissionne. Ils se serviront des résultats économiques de cette année qui sont, ne le cachons pas, désastreux.

Elena Tadac : Et si tu apportais une révision idéologique ?

Franjo Tadac : Dans "révision", il y a "révision". Je suis tombé là aussi dans mon propre piège. Tout changement de ma part serait du révisionnisme, et ce serait effectivement le cas.

Elena Tadac : Alors il n'y a aucune issue ?

Franjo Tadac : C'est bien cela, et puis je n'ai plus l'envie. Ce monde n'est qu'une perpétuelle comédie macabre, je ne veux plus rien avoir à voir avec lui. Quand tout sera fini, si je suis encore là, nous irons vivre à Vuzvushen. Le soleil et la mer contre la grisaille et l'atmosphère d'Ophrone, la paix contre la guerre.
Alexei

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Lignes de fractures... (III)
Avril 2027

[img]http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://www.24sata.hr/image/franjo-tuman-dobio-internet-stranicu-napravili-su-je-unuci-335x335-20111147-20111125181127-785b0f701676fa69828b646ff647c5e7.jpg&sa=X&ei=rwR3Vda-Mor1UozbgNgD&ved=0CAkQ8wc4MQ&usg=AFQjCNES9FCZNRAq25jD8TBG7Gz3743vUw[/img]

Vladislav Todor venait, pour la énième fois, de téléphoner à Alexey Nikita.
Paradoxalement, le chef de la Surigimi revêtait une place infiniment plus importante dans le dispositif du numéro un, par intérim, que parmi ses prédécesseurs. Sa longévité jouant, Vladislav Todor pensait que le tout puissant colonel était devenu un sénile, qui avait rangé son gakisme au placard et qui serait à même de conseiller le Secrétaire du peuple réformateur. Branko Vojnomir, marié à la soeur du camarade-leader, n'était cependant pas de cet avis, et se méfiait profondément du Maître de la Surigimi.

Vladislav Todor : Nikita m'a recommandé d'éliminer politiquement les rouges.

Branko Vojnomir -d'un air sceptique- : Alexey Nikita, le chef de la Surigimi t'a demandé de faire cela ?

Le Secrétaire du peuple intérimaire parut surpris par cette question.

Vladislav Todor : Lui même. Pourquoi cela ?

Branko Vojnomir : Tu sembles oublier, que le "camarade" Nikita était le suppôt zélé des "camarades" Gak et de Tadac. Il a toujours adhéré à ses idées, c'est lui qui les a mis en application. La collectivisation des terres après la guerre civile, la propagande rouge insufflée à nos armées, la destruction des églises et du patrimoine religieux, l'incarcération des opposants entassés par milliers à Surdup, et j'en passe.

Vladislav Todor : Mais qu'est-ce que cela signifie donc ? Tu as été le premier à encourager Gak dans ses projets, tu as même été gradé dans la VZN...

Son interlocuteur le coupa.

Branko Vojnomir : ...et c'est ce qui m'a permis de me rendre compte de la folie du marxisme-léninisme pur et dur. J'ai certes été un "gauchiste" dans le temps, mais cela c'est du passé désormais. Le communisme est impossible à atteindre et n'est pas viable. Je suis sûr que les Kirépiens l'ont compris. Si j'étais toi, j'aurais déjà rayé le mot "camarade" du dictionnaire, et j'aurais mis fin à cette honteuse "République prolétarienne".

Vladislav Todor -riant- : Tu es vraiment ridicule... nous ne pouvons nous permettre de devenir comme l'ex-URCM ou le Raksasa.

Branko Vojnomir : C'est toi qui es ridicule ; qui voulait garder une entente cordiale avec l'Empire makan ? Qui voulait devenir copâin avec le Raksasa ? C'est toi, mais tu n'y es pas allé assez fort. Tes réformes ne passeront jamais devant cette connerie de "Savet suprême". Je crois que, même si tu prônes la liberté aux Kirépiens, ils ne te suivront pas. Les "camarades" Gak et compagnie ont fait, en quarante ans, de notre pays un ramassis de communistes abrutis, incapables de voir où est le bien pour eux.

Vladislav Todor : Et tu crois que c'est bon pour notre pays de s'ouvrir au cosmopolitisme et au Marché ?

Branko Vojnomir : Voilà que tu te mets à parler comme un de ces gardes rouges, tu es aussi aveugle qu'eux à ce que j'en conclue. Et ton réformisme n'est que pure grimace.

Vladislav Todor : C'est ce que nous verrons, mais si tu n'étais pas mon beau-frère, je te ferais arrêté et ce soir tu dormirais en prison pour les sornettes que tu débites.

Branko Vojnomir : C'est ça, tu préfères largement le paléobolchevique Nikita à celui qui t'a donné tes neveux.

Vladislav Todor : Là n'est pas le problème, Branko. Nikita est intouchable, et ma survie, notre survie, à la tête du Kirep dépend de lui seul : il peut nous renverser, comme il peut nous maintenir en place. Il semble avoir opté pour la seconde solution, et je crois même qu'il est ouvert aux changements que je propose puisqu'il me propose lui-même d'éliminer les gauchistes.

Branko Vojnomir : Et c'est bien ce que je te reproche : de ne pas prendre les choses en main, comme tu devrais le faire, et de coller une balle dans la tête de Nikita, comme je te le propose depuis le début. Il a fait son temps, envoyons-le à la retraite au plus vite.

Vladislav Todor : Tu le sous-estimes beaucoup trop. Le colonel Nikita a eu plus de vingt ans pour forger des services secrets à sa seule image. Ses agents sont nombreux et sont des fanatiques. Quand je te dis que la Surigimi est un Etat dans l'Etat, je ne mens pas : elle a ses propres centres d'entraînement, et je dois même être fouillé lorsque je dois rencontrer Nikita. Tu crois que je n'ai pas pensé à l'Armée ? Tu as tort : j'ai tenté de les rallier à ma cause, mais là aussi, le colonel m'a supplanté et la moitié des plus haut-gradés le soutiennent. Le Secrétaire du Peuple n'a aujourd'hui plus de pouvoir, malgré ce qui est écrit. Je suis obligé d'aller dans ce sens, en espérant qu'il s'en aille un jour.

Branko Vojnomir -lui tapotant l'épaule- : Si tes neveux te voyaient comme ça, Vlad... fait ce que tu veux, mais méfie-toi toujours du colonel Alexey Nikita, ou tu en subiras les conséquences.
Alexei

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Journal d'un garde rouge (I)

12 mai 2027

Cela procure une sensation étrange de se réveiller en étant hors-la-loi.
La nouvelle est parue dans tous les médias ; télévisés, papiers et, bien entendu, verbaux. Une chape de plomb s'était abattue du jour-au-lendemain sur Ophrone : désormais, je n'avais plus le droit de marcher avec mon uniforme de garde rouge, sous peine de prison ou de mort. Ludmila, ma fiancée chez qui j'avais dormi, m'avait réveillé très tôt et m'avais pris dans ses bras, dans un mélange de désespoir et d'inquiétude. C'était une communiste aussi sincère que moi, mais son coeur parlait à la place de sa tête, et elle me murmurait de laisser tomber, d'obéir aux traîtres révisionnistes, d'abandonner une lutte que d'autres feraient à ma place et de reprendre mes études. Au fond, je la comprenais, et elle avait peut-être raison, mais une force me poussait à continuer, à me battre pour ce que je considérais comme juste. C'est à ce moment là que Lavrentije m'appela. Il m'annonça que la plupart des camarades de l'Université populaire de droit de la capitale avaient choisi de se replier "ailleurs". Il ne m'en dit pas plus et me proposa de venir. Je choisis de le rejoindre quoi qu'on en dise. J'embrassai longuement Ludmila pour me faire pardonner tout en lui promettant de revenir très vite [...].

Je passai voir Mama pour prendre quelques affaires, plus inquiète encore que ma future femme, elle tenta de me retenir par tous les moyens, ne souhaitant pas que son fils termine comme le père. Papa était tombé à Pesak en 2023, elle en était encore malade. Elle comprit néanmoins qu'il était impossible d'entacher ma détermination et elle se résigna à me laisser partir. Je lui promis également que je reviendrai vite [...].

Enfin, j'arrivai au point de rendez-vous où je retrouvai Lavrentije, Cvetko, Svrtomir, Petar et Anija, la totalité, par miracle, de mon escouade. Nous étions à la gare d'Ophrone, Lavrentije avait reçu cinq billets pour Ebrevac, dans le nord, comme par magie. Il avait aussi une grosse somme d'argent, plus que je n'en avais jamais vu. Inquiets, nous lui demandions des précisions, en vain. Nous possédions vraisemblablement un bienfaiteur inconnu. "Vujin, Takjedin ?", nous nous interrogions avant de nous souvenir qu'ils étaient probablement eux aussi en fuite ou en prison.

La gare n'était cependant pas un lieu très idéal pour jouer à cache-cache avec les autorités, et même si nous étions en civils, nous avions certainement des chances d'être reconnus. Je le compris juste au moment où la locomotive se mit en route, lorsque Cvetko, qui regardait innocemment le quai à la porte, se fit héler par un policier qui fut rapidement distancé. Nous possédions une cabine à cinq et nous n'en sortions pas, tuant le temps en jouant aux cartes, en fumant et en apprenant à se connaître véritablement. Nous n'étions, effectivement, qu'au stade de "partenaires", je ne connaissais bien que Lavrentije, le chef du groupe, en cinquième année de droit et kiroviste convaincu. Il s'était mis en fuite alors que ses examens approchaient et qu'il avait des chances énormes de le passer avec grand succès. Cvetko était le plus jeune, entamant sa première année. Nous ne savions pas vraiment grand chose de sa pensée. Il disait parfois nous avoir rejoins par "goût de l'aventure", ce qui attisait la méfiance de Lavrentije, naturellement suspicieux. Svrtomir et Petar étaient en troisième année et se connaissaient depuis toujours. C'étaient des gakistes acharnés très anticléricaux qui avaient participé, à l'âge de quinze ans, à la destruction d'une église d'Ophrone avec la VZN. Anija était, comme moi, en deuxième année. Je la connaissais depuis le collège, mais nous nous sommes perdus de vue jusqu'à il y a quelques mois. Elle était la seule femme du groupe, mais cela ne faisait strictement rien : après soixante années de communisme, la société kirépienne s'était départie de tout sexisme et le mot "camarade" prenait vraiment son sens ici. Néanmoins, je dois bien avouer qu'elle était très attirante avec ses cheveux blonds lisses et ses yeux noirs simplement soulignés d'un trait noir, et nous avons très vite rétablie une relation très complice, d'autant que nous étions sur la même longueur d'onde idéologiquement : une évolution démocratique du marxisme-léninisme.

Et comme d'habitude, la fin du voyage porta sur cela : un débat idéologique intense, interrompu par la visite du contrôleur qui nous regarda avec attention, éveillant la méfiance de Lavrentije qui était prêt à sauter par la fenêtre si nous étions découverts.

Heureusement, cela ne fut pas le cas, et nous arrivions à Ebrevac au coucher-du-soleil. "Parfait", se contenta de dire Lavrentije avec lequel nous prîmes le bus jusqu'à la frontière... oustrienne. "C'est quoi ce bordel ? On était pas sensés prendre le maquis ? - N'est-ce pas ce qu'on fait ? - Je ne pensais pas que nous irions jusqu'en Oustrie. - Tu as tort, Svrtomir. Les Oustriens connaissent des événements analogues aux nôtres et ont besoin de notre aide, peut-être pour monter leurs propres gardes rouges".

Malgré les protestations de circonstance, personne ne pouvait faire marche-arrière, et nous attendîmes la nuit pour passer la frontière, étonnamment peu sécurisée, après quoi nous arrivâmes dans un petit village oustrien, jouxtant ce qui allait devenir notre véritable base, à nous, et à nos camarades oustriens.
Alexei

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Lignes de fractures... (IV)
Juin 2027

[img]http://espressostalinist.files.wordpress.com/2011/08/tudman.jpg?w=500[/img]

Vladislav Todor : Bonjour, camarade-colonel !

Vladislav Todor alla serrer la main du chef de la Surigimi d'un air enjoué, probablement explicable par la mise en arrêt des gardes rouges et de leurs chefs, affaiblissant considérablement la faction de gauche du Parti qui, par le biais de l'amalgame, se dégarnissait. Certains n'avaient même plus droit à la parole dans les sessions du Comité central, explosives. Roman Takjedin et Aleksandra Tuzla étant tous deux en exil, seul Marko Vujin -espérant ne pas être arrêté du fait de son aura- était resté, pour représenter la faction de gauche aux élections au secrétariat-général du Parti qui devaient, soit confirmer le pouvoir de Vladislav Todor, soit l'abattre.

Alexey Nikita : Camarade Secrétaire du Peuple.

Le chef des services secrets restait, lui, dans sa réserve habituel. Se contentant de serrer simpelment la main tendue de son interlocuteur, qu'il observait derrière ses lunettes fumées. Alexey Nikita avait cette particularité de connaître tout le monde sans qu'on ne le connaissât vraiment lui. Le seul homme à avoir été son véritable ami s'appelait Vliduj Gak, et n'était plus de ce monde. Le président-suprême gardait toujours un portrait de l'ancien leader dans son bureau, se rappelant face à lui l'époque où le Kirep était orienté de tout son corps vers la Révolution, où les querelles politiques, dignes des pays capitalistes, n'existaient pas. Alexey Nikita avait un mépris extrême pour Vladislav Todor, ce vulgaire apparatchik de pacotille qui vivait dans une villa somptueuse à l'extérieur d'Ophrone, avec une piscine et même des bonnes. Cependant, le maître-espion avait rapidement remarqué que son ennemi ne représentait pas une menace réelle et s'avérait plutôt être un Tartuffe. Le vrai danger venait plutôt de son éminence grise, Branko Vojnomir, qui était un contre-révolutionnaire convaincu.

Vladislav Todor : Je voulais m'entretenir avec toi pour connaître la suite des événements. Les rouges sont tous désarmés ou au cachot ?

Alexey Nikita sortit un rapport d'un des nombreux tiroirs de son bureau qu'il fit semblant d'examiner, tandis que le chef intérimaire de l'Etat yougoslave s'allumait une cigarette, ce qui déplut fortement au maître-espion non-fumeur.

Alexey Nikita : La grande majorité a été arrêtée ou exilée, camarade-leader. Le reste a préféré abandonner et retourner à la vie étudiante. Ils ne sont désormais plus un problème.

Vladislav Todor : Fort bien ! Tu fais un travail remarquable, comme toujours... oh pardon, cigarette ?

Alexey Nikita : Non merci, je ne fume pas.

Vladislav Todor : Comme le camarade Gak de son vécu... je me suis toujours demandé quelque chose ; pourquoi cette loyauté infinie ? En ta qualité de maître-espion, tu as souvent eu l'opportunité de prendre le pouvoir, tu connais le Kirep par coeur, tu sais quels procédés utiliser... et pourtant tu n'en as jamais profité. Je suis impressionné.

Alexey Nikita masqua du mieux qu'il le put un léger rictus qui état en train de se dessiner sur son visage. Derrière ses lunettes fumées, il s'étonnait encore de la naïveté de son chef. Mais il ne fallait pas pour autant le sous-estimer.

Alexey Nikita : Je ne peux expliquer cela moi-même. Je suis peut-être trop attaché au Bien commun, à la pérennité de notre patrie, c'est pour cela que je préfère la défendre dans l'ombre.

Vladislav Todor : Tu me vois donc comme une figure du Bien commun ?

Alexey Nikita : Je sais que le Kirep est dans de bonnes mains avec vous.

Vladislav Todor -se levant- : Justement, ce n'est pas encore totalement le cas. Les élections approchent, les rouges sont plus faibles, mais il reste ce diable de Vujin qui peut réussir à rallier les "centristes" à sa cause.

Alexey Nikita : Que me demandez-vous ?

Vladislav Todor : Il ne doit pas assister à l'élection, c'est tout ce que je demande. Une fois que le pouvoir m'appartiendra totalement, je pourrai me débarrasser de lui sans faire trop de remous, et une ère nouvelle s'ouvrira pour le Kirep.

Alexey Nikita -murmurant seul- : Ça oui, plus que tu ne l'imagines, "camarade"...

Vladislav Todor : Bien, j'ai à faire. Je te remercie de m'avoir reçu, camarade. On reste en contact pour ce que nous avons prévu.

Vladislav Todor, après avoir ajusté son costume quitta le bureau de celui qu'il pensait être son meilleur allié.
Alexei

Message par Alexei »

Lignes de fractures... (V)
Juin 2027
[url=https://www.youtube.com/watch?v=ZQmpiK2b7t8]==> VARSHAVIANKA ![/url]

[img]http://russiatrek.org/blog/wp-content/uploads/2009/11/soviet-patriotic-posters-1.jpg[/img]

Comme à son habitude, Vladislav Todor avait enfilé son costume le mieux taillé : noir à rayures, lui donnant un air de mafieux, appuyé par sa mine délétère et le cigare qu'il portait à sa bouche régulièrement. Loin d'être un hommage à Toni Pérès, ce geste cachait plutôt la prétention de se comporter comme les patrons capitalistes, avec leurs grosses voitures, leurs villas et leurs enfants pourris-gâtés. Cela, Vladislav Todor l'avait déjà. Mais il continuait de se considérer marxiste, ce luxe étant essentiel pour "assurer ses fonctions convenablement", pour lui. Cette première dérive en avait entraîné d'autres, la corruption était devenue l'arme de guerre du "camarade"-leader qui avait ouvert des boutiques spéciales à l'élite du Parti et de l'Etat auxquels les anciennes résidences royales étaient offertes.

Paradoxalement, et à son grand dam, cela ne prenait pas. Les plus avides et les plus vils acceptaient volontiers -quoique demandant encore plus après-, tandis que la majorité de ces privilégiés refusait, comme si l'idéologie se fut transformée en éthique. Soixante ans de communisme avait marqué profondément la société yougoslave, si bien qu'énormément de membres de la gauche du Parti estimaient que l'idéal communiste suprême était à portée-de-main et que le Kirep en serait le guide. Bien entendu, des travers fâcheux subsistaient, sans quoi, l'opportuniste Vladislav Todor n'aurait pu prendre le pouvoir au nez et à la barbe de tous.

Il en riait en crachant la fumée âcre de son cylindre, ce qui le fit ridiculement tousser. Le cigare brûlant vint s'écraser sur les feuilles du discours qu'il préparait à la tribune du Parti. "Saloperie cubalivienne !" grommela-t-il en secouant le paquet-de-feuilles, faisant tomber le havane et sa cendre sur son costume parfaitement taillé. "Kvragu ! ("putain") C'est pas mon jour !", jura-t-il encore en époussetant son veston après avoir jeté le cigare par la fenêtre avec énervement. Soudain, trois coups brefs furent asséner à la porte. Le Secrétaire du Peuple par intérim, qui n'avait pas révisé son discours, ordonna au visiteur d'entrer. C'était Branko Vojnomir, son camarade de toujours.

Branko Vojnomir : Dépêche-toi, le congrès risque de commencer sans toi.

Le visiteur appuya sa thèse en mettant en évidence sa montre : une Rollex franconienne flambant neuve. Autre indice reflétant les idéaux politiques réels de l'éminence grise de Vladislav Todor.

Vladislav Todor : Je n'ai même pas eu le temps de prendre connaissance de ce que je vais dire, laisse-moi deux minutes.

Branko Vojnomir : Tu le liras dans le couloir, vient, nous sommes déjà en retard.

De mauvaise grâce, il s'empara de ses papiers et suivit son interlocuteur à l'extérieur du bureau, plus soucieux de rendre son costume impeccable que de bien connaître son discours.

Effectivement en retard, les deux hommes s'assirent au premier rang, au plus près de la tribune avec les délégués du Bureau politique dont Marko Vujin, qui était le seul de l'instance à revêtir un uniforme, avec Alexey Nikita, à côté du n°1 du Kirep. Ce-dernier profita des cérémonies d'usage pour relire son discours, levant les yeux quelques fois sur la scène où on finit par l'annoncer. Le leader se leva, sous des applaudissements épars traduisant la division de l'AFPJ et du pays. Arrivé devant les micros, filmés par la télévision officielle retransmettant l'événement dans tout le pays, Vladislav Todor se servit un verre d'eau fraîche avant de parler.

Vladislav Todor : Mes chers frères et soeurs kirépiens et kirépiennes. Aujourd'hui est un jour à marquer d'une pierre blanche dans la, ou plutôt, dans notre République Prolétarienne Démocratique et Populaire. Aujourd'hui sera élu, pour la première fois, le Secrétaire du Peuple de la nation yougoslave, par les représentants des masses laborieuses kirépiennes présents dans leur majorité. Je regrette cependant l'absence de certains représentants de l'aile gauche du Parti qui...

Dans un grand bruit, la porte de la salle s'ouvrit, laissant apparaître une demi-douzaine de gardes rouges menée par leur chef ; Roman Takjedin.
Hébétée, l'Assemblée reste stoïque tandis que les étudiants en armes se placent devant toutes les issues, encerclant de fait Vladislav Todor bouche-bée, observant le chef des gardes rouges qu'il avait ordonné de faire arrêter s'avancer vers lui inexorablement, l'air dur, peut-être un petit sourire victorieux au coin des lèvres. L'armée de réagissant pas, le Secrétaire du Peuple par intérim se tourna instinctivement vers les délégués du Politburo, cherchant son chef de la sécurité, le loyal Alexey Nikita qui choisit ce moment pour intervenir à la tribune, tandis que Vladislav Todor, n'ayant pas terminé son discours, était écarté par deux gardes rouges, toujours pétrifié.

Alexey Nikita : Mes chers camarades, kirépiens et kirépiennes, rien ne sert de paniquer, ce qui se déroule ici n'est qu'un fâcheux accident ; une sortie de route, un malheur qui s'abat sur la nation yougoslave. Je parle bien sûr de l'arrivée à la tête de notre République Prolétarienne du camarade Vladislav Todor qui n'est autre qu'un élément capitaliste perturbateur, souhaitant ronger notre pays de l'intérieur et réduire à néant les efforts des ouvriers et des paysans qui ont conduit à la chute de la bourgeoisie. Cette dernière a trouvé en l'élection malheureuse du camarade Todor un terreau fertile pour renaître, cette fois au sein d'un Parti omnipotent et détaché des masses, agité de querelles idéologiques inutiles. Cela est impardonnable et dangereux, je le dis sans emphase, cela conduira, à terme, à la chute du Kirep prolétarien. Ce risque, de détruire tout ce qui a été bâti en soixante ans, ne doit à tout prix être pris, en conséquence, des mesures extraordinaires doivent être prises pour se prémunir du coup de force droitiste que fomentaient Vladislav Todor, Branko Vojnomir, Boris Novak, Zvjezdan Osim et leurs acolytes.
Je déclare ainsi l'état d'urgence dans l'ensemble de la République Prolétarienne Démocratique et Populaire du Kirep, pour une semaine, s'accompagnant de la sécurisation des bâtiment-clefs par l'Armée populaire du Kirep, d'un couvre-feu et de la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée du Peuple, vestiges corrompus de la subversion des traîtres droitistes. Pour les remplacer, un Comité National Révolutionnaire (CNR) est mis en place et assurera les tâches gouvernementales. Il sera chargé de contrôler l'état d'urgence, de juger et de sanctionner les terroristes de droite avec la plus grande fermeté en coopération avec la Surigimi qui purgera les éléments contre-révolutionnaires du Parti dans les plus brefs délais.
Enfin, pour palier à l'instabilité politique antérieure, l'Etat et le Parti seront profondément réformés selon la volonté du peuple kirépien.
Ces mesures ne sont que temporaires et visent à mettre fin à l'autocratie salissant le titre de "Secrétaire du Peuple" depuis deux ans maintenant. Le peuple kirépien, ayant atteint la maturité révolutionnaire depuis longtemps doit décider seul de son destin sans que personne n'aie la prétention de le "guider".
Je vous remercie.

Vladislav Todor vit ses rêves se fracasser sous ses yeux. Lui qui pensait pouvoir manipuler Alexey Nikita s'était trompé, et il se rendit bientôt compte de l'aura incroyable dont bénéficiait cet homme mystérieux, solitaire, travailleur et docile. Subjugué par sa prise-de-parole, il comprit que le pouvoir n'attirait pas le maître-espion, ni l'argent, ni la reconnaissance. Il se battait avec désintéressement pour son idéal, ses idées et sa définition du Bien commun, à la manière de Toni Pérès, Jiang Qing, Vliduj Gak ou encore Kirov.

Alors qu'il se faisait emmener, sans mot dire, à l'extérieur, devant une foule vengeresse, avec les autres "traîtres à la Patrie", il prit conscience que l'Homme nouveau n'était pas encore mort au XXIème siècle.
Alexei

Message par Alexei »

Дан у Опронy... (II)
14 Mai 2029

[img]http://www.warsawtour.pl/sites/default/files/imagecache/atrakcja_big/repozytorium/zdjecia/ciekawe_miejsca/pkin_caly.jpg[/img]

08h48, du matin, une sonnerie stridente retentit.
Comme d'habitude, Nikola, que tout le monde surnommait "Niko", était en retard. Regardant l'heure sur son vieux réveil métallique en se passant la main sur le visage, il sortit du lit d'un bond et se dirigea vers le placard où étaient rangées -en désordre- ses affaires et y tira son uniforme d'étudiant, tout en répétant frénétiquement "sranje, sranje, sranje [...] !" ("merde"). Roman, son colocataire, était déjà parti et n'avait, comme d'habitude, pas pris la peine de réveiller son compère. Ce dernier trouva, en se rendant dans la cuisine, un fond de café tiède qu'il avala goulûment avant d'enfiler sa veste, de prendre son sac et de quitter son appartement presque en courant. Heureusement, il était à deux pas de la majestueuse Université populaire Vliduj Gak d'Ophrone, un gratte-ciel de style ovskorinien dont le but était de montrer la puissance du Kirep, bien que l'on trouvait des bâtiments similaires en Rostovie et en Oustrie.

Une fois sur le trottoir, Niko marcha le plus rapidement qu'il le put, le ciel était bleu, la chaleur revenait progressivement et l'été accompagné de ses vacances approchaient. Au sol, le trottoir était d'une propreté exemplaire (enfin si l'on ne voyait pas les quelques emballages et les nombreux mégots...) grâce à la légion de nettoyeurs que le savjet d'Ophrone entretenait -c'était également le cas à Pregrada, Kalup et Vuzvushen. Dans les autres villes, cela était moins vrai-. Face à lui, Niko avait étonnamment peu de passants : seulement quelques vieilles qui promenaient leur chien ou allaient à l'épicerie du coin ; des hommes et des femmes qui venaient de prendre leur petit-déjeuner au café le plus proche, parmi l'un des plus réputés de la ville, le Gvozden Pekara ; des travailleurs qui semblaient également en retard ; et une patrouille de la milicija qui avait troqué son ušanka et sa redingote pour un képi noir et rouge et une chemise bleue claire cintrée d'une cravate bleue foncée. Sur la route, les bus et le tramway passaient presque toutes les dix minutes et gratuitement, rendant les Ophronais indépendants de la voiture -qui était de toute manière proscrite dans de nombreux quartiers-, aux murs, des affiches faisaient la gloire de Vliduj Gak, Alexey Nikita, Marko Vujin et plus largement du gakisme, appelant à [url=http://www.simpolitique.com/post278036.html#p278036]voter "oui" au referendum[/url] du 23 mai. À l'inverse, les affiches des "réformistes" appelant à voter contre étaient beaucoup moins nombreuses et la plupart était déchirée. Pour sa part, Niko voterait "oui". Sous ses airs de simple étudiant en retard aimant profiter de la vie, se cachait un marxiste résolu qui était garde rouge, néanmoins "réserviste", que l'on appelait en cas de besoin. Selon le souhait d'Alexey Nikita de voir les étudiants à l'avant-garde de la Révolution.

Arrivant à la fac, Niko scruta sa montre, priant disposer encore de 5 minutes pour pouvoir se rouler une cigarette et la craquer en vitesse. 08h58, dommage, ce serait pour plus tard. L'Histoire du Droit était un cours trop compliqué pour être raté, ne serait-ce que d'une seconde. Dans une dernière foulée, il pénétra à temps dans l'amphithéâtre où ses deux amis les plus proches l'attendaient : Aden, un métisse kirépo-zanyanais et Aleksandar, qui venait d'avoir 19 ans. Ils se connaissaient depuis le lycée, la faculté les ayant rapproché. Ils étaient tous les trois à leur première année de Droit et avaient des objectifs différents : avocats pour Aden et Aleksandar et magistrat pour Niko. "Toujours pas remis d'hier soir ?", demanda Aleksandar d'un air taquin, faisant allusion à sa soirée d'anniversaire. "Disons qu'avec les cours le lendemain c'était assez tendu", répliqua Niko en riant tandis qu'Aden, qui n'avait presque pas dormi, s'était assoupi, provoquant les moqueries de ses deux camarades.

Ce n'est qu'à la pause qu'il fut réveillé par le brouhaha des étudiants qui se dirigeaient vers la sortie. Niko allait enfin pouvoir fumer la cigarette escomptée. Roulant cette dernière en marchant dans le couloir (avec l'expérience, il savait rouler n'importe où), il l'alluma avec soulagement une fois à l'extérieur, contemplant le paysage ophronais se composant de bâtiments hétéroclites, modernes et à la fois anciens. Les quelques immeubles de béton avaient été repeints dans un ton blanc plus agréable à voir. Sur ceux où cela n'avait pas encore été le cas, des fresques socialistes typiques avaient été taguées on ne sait comment. L'une datait très certainement de la Troisième révolution puisqu'elle représentait une troupe de gardes rouges (reconnaissables par leur uniforme vert et un béret ouvrier vert avec une étoile rouge au centre), dont les trois hommes à l'avant tenaient respectivement un fusil d'assaut, le livre de Vliduj Gak "Les Tâches de la Révolution prolétarienne" et un drapeau rouge orné de la faucille et du marteau. Plus haut, l'on pouvait voir Vliduj Gak et Alexey Nikita les observer, souriants. Niko se souvint de cette période trouble, où il collait des affiches, montait des drapeaux, faisait des discours et pourchassait les "droitiers" avec ses camarades. Les stigmates de cette période demeuraient encore, à l'université même où l'on avait laissé les affiches et les drapeaux rouges d'époque, ainsi que les nombreux portraits de Vliduj Gak, Alexey Nikita et Marko Vujin. L'on avait tendance à croire que, dans les régimes communistes, la politique était l'affaire des "élites corrompues". Cela était loin d'être le cas, au Kirep du moins, où toutes les tranches d'âge étaient encouragées à s'exprimer politiquement, dans un cadre révolutionnaire cependant (il y avait bien sûr une opposition libérale et contre-révolutionnaire, mais celle-ci était plus que clandestine). Il dût arrêter des rêvasser, les cours reprenaient.

Le midi, ils déjeunèrent, comme à leur habitude, à Kosec, un petit restaurant où ils dégustèrent un burek : une spécialité typiquement kirépienne se composant d'une galette dans laquelle l'on mettait ce que l'on souhaitait. Du fromage et/ou de la viande la plupart du temps. Les cours de l'après-midi se déroulèrent normalement, en sortant, les trois amis se rendirent au Zavicaj, un petit bar à rakija en centre-ville où ils avaient pris pour habitude (depuis la fin du lycée) de retrouver d'autres camarades répartis dans d'autres facultés ou travaillant déjà. Encore fatigués de la veille, ils optèrent pour une simple lav pivo (une bière kirépienne à 5% brassée dans la région de Pregrada). Niko, quelques demis plus tard, sentit qu'il valait mieux partir avant que l'on finisse par commander la rakija. Sur' le chemin, il put admirer Ophrone de nuit. Eclairée par des lampadaires datant du siècle dernier, mais toujours en parfait état de marche, la Starigrad (vieille ville) était réputée pour ses bars, ses cinémas, ses théâtres et ses restaurants. Contrairement aux idées reçues, la vie nocturne en pays socialiste était tout aussi développée que dans les pays capitalistes, elle était cependant différente dans le fait qu'il n'y avait pas besoin de boîtes de nuits ou d'autres clubs pour s'amuser. Habitués à l'époque du couvre-feu, les Kirépiens restaient dehors jusqu'à deux heures du matin maximum, trois heures pour les plus fêtards. Les rues demeuraient cependant sûres à tout moment, des caméras scrutaient les grands boulevards, tandis que policiers et gardes rouges se relayaient inconsciemment : pour garantir la sécurité des passants pour les premiers, et veiller à ce qu'aucune activité anti-socialiste n'ait lieue pour les seconds.

Néanmoins, en arrivant à la porte de son appartement -après avoir marché une vingtaine de minutes dans l'immense métropole, n'ayant aucune envie de prendre un bus-, Nikola se sentit épié. La rue était presque déserte, quoique...
Niko ne put contenir un sursaut lorsqu'on lui posa une main sur l'épaule, doucement, il sentit des cheveux châtains foncés et ondulés traversé rapidement son cou. Il tourna la tête, c'était Evica, une fille dont il s'était beaucoup rapproché à la soirée de la veille, mais qui était partie avant qu'il ait pu tenté quelque chose. Ils se firent la bise, elle faisait son plus beau sourire tandis que lui scrutait ses yeux verts. "Comment tu vas ?", questionna-t-elle en souriant. "Ça va, comme d'habitude, et toi ? Je ne savais pas que tu étais de la Surigimi pour m'attendre comme ça en bas de chez moi...", rétorqua-t-il avec humour. "Pfff, t'es con, je passais juste ! -en riant- Je pensais que tu serais déçu que je parte aussi tôt hier, ça a dû te faire un choc..." - "Tu n'imagines pas à quel point, j'ai pleuré toute la soirée !", ironisa-t-il. "Oh, comment pourrais-je me faire pardonner ?". "Mmh... prendre un verre chez moi serait un bon début", sourit-t-il. "C'est d'accord, je te dois bien ça, mais pas longtemps !", répondit-elle en se passant la main dans les cheveux.

Niko, qui connaissait ce genre de phrase, esquissa un sourire en ouvrant la porte.
Peut-être que demain matin, il se réveillerait également en retard.
Alexei

Message par Alexei »

Le Kirep en images...
Mai 2029

(Je reprends l'[url=http://www.simpolitique.com/post276548.html#p276548]idée de Vlad[/url] que je trouve géniale !)

[spoiler="Photographies"][img]http://images.botasot.info/uploads/largea_hqdefault1407236053.jpg[/img]
Des gardes rouges dans les tribunes à l'occasion d'un match de Spokoj, sport national kirépien

[img]http://i1.wp.com/www.elajm.com/wp-content/uploads/2015/10/12141680_10205433364621537_6188461377696320101_n.jpg?resize=335%2C500[/img]
Le printemps est arrivé et avec lui, ses bonnes récoltes dans les zadruga (coopératives agricoles)

[img]http://www.resizup.com/images/2016/02/18/12107766102054333614214573719512000619873052n-848x478.jpg[/img]
Des ouvriers d'une coopérative travaillant l'acier dans une usine de Pregrada : ces jeunes étudiantes, ayant la même importance que les hommes, sont invitées à participer

[img]http://www.resizup.com/images/2016/02/18/NjC3AB-e-re-nC3AB-pazarin-e-ShkodrC3ABsEBnpS.jpg[/img]
Une jeune kirépienne en habits traditionnels à l'occasion d'une fête de village aux alentours d'Adzibegovo

[img]http://www.resizup.com/images/2016/02/18/NjC3AB-i-ri-luan-me-C3A7ifteli.jpg[/img]
Un villageois jouant de la zurna, instrument kirépien typique, dans un village à proximité de Vitocha, dans le Sud du pays

[img]http://www.resizup.com/images/2016/02/18/101447666120-8628027.jpg[/img]
Une jeune garde rouge apprenant à utiliser un mortier près de Buzetgrad (Pesak)

[img]http://static.peshkupauje.com/sites/default/files/styles/madhe/public/imazhe/1609995_10152331963804522_8415860626831972889_n1.jpg?itok=IGUJ7kZv[/img]
Fresque à la gloire de la Révolution sur la plage de Jelino, à Pesak

[img]http://static.peshkupauje.com/sites/default/files/styles/madhe/public/imazhe/10250134_10152331961564522_5506508612727892083_n1.jpg?itok=OnW2HM5t[/img]
Un couturier travaillant le tissu sous les yeux de Vliduj Gak à Tomislavgrad

[img]http://www.telegrafi.com/fo/11181210_1493544150938927_5605514761288833225_n.jpg[/img]
Des jeunes femmes gardes rouges se reposant en lisant Kirep Rouge après une manoeuvre aux alentours de Mauzk[/spoiler]
Alexei

Message par Alexei »

Le Kirep en images... (II)
Décembre 2029

[url=https://www.youtube.com/watch?v=AdWrESZU4Ok]-> Musique ![/url]

[spoiler="Photographies"][img]http://anabelimazhe.com/media/139826082410253947_10152331961374522_8520321954755076652_n1.jpgartikull.jpg[/img]
Un Méténicien lisant le journal satirique "Hosteni", dont la quatrième de couverture caricature le capitalisme

[img]http://anabelimazhe.com/media/139826053510155864_10152331967779522_5381954474654371701_n1.jpgartikull.jpg[/img]
Un Kirépien emmenant sa petite amie dans un "Musée athée" de Pregrada

[img]http://img15.hostingpics.net/pics/124785kirep.jpg[/img]
Des jeunes Météniciens dans une salle de classe, à Shkodra

[img]http://img15.hostingpics.net/pics/381302kirep.jpg[/img]
Le barrage de Đerdapska klisura (littéralement "la porte de fer") sur le Miran, le plus long fleuve kirépien

[img]http://img15.hostingpics.net/pics/450714kirep.jpg[/img]
Une aciérie dans la banlieue d'Ophrone

[img]http://img15.hostingpics.net/pics/415270kirep.jpg[/img]
Des femmes gardes rouges de l'université de Vitocha dans les montagnes de Kardjali[/spoiler]
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