Chasse à l'aurochs ; Villefroy-Shin-Jun

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Arios

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Le Mayong, ses temples, ses autoroutes en construction ; le Makara entier, gigantesque, montagneux puis lagunaire ; la mer de Shish, le détroit Pesako-barebjalien, la Vespasie, poussiéreuse ; la Fiémance, en terrasses, verte comme à chaque saison, en immense jardin vallonné, droit, ses fleuves lourds cernés de grands bois ; Opemont, tâche de haute stature, son aéroport, un peu vide, de moins en moins.

Yoon Shin et Hwang Jun, respectivement Directeur de l'exécutif et Directeur du Triumvirat du Mayong, se rendaient en Fiémance à titre semi-privé, pour participer à une chasse, honorant l'invitation du Premier Ministre.

La chasse avait été prévue de longue date, depuis l'Été à vrai dire. Mais le contexte était désormais différent. Pour une fois, et malgré l'hiver, qui semblait lui-même vouloir fuir avant de faire des dégats, les différences allaient dans le bon sens.

L'équivalent de trois nations vicaskindiennes étaient passé sous l'autorité militaire des Fiémançais. Au nouveau-monde, qu'il fallait se résigner à appeler autrement désormais qu'il revenait de droit à ses propriétaires, ses habitants et fils, la situation se clarifiait et elle laissait une place non négligeable à la monarchie almérane qui pouvait compter, dans ses soutiens, sur les pays traditionnalistes d'Alméra.

Quelques jours plus tôt, la très sérieuse agence de notation des Sciences et Technologies mondiales avait placé la Fiémance en tête du classement mondial. Désormais, Opemont était incontournable, qu'on déteste ses idées ou qu'elles laissent indifférent.

Shin et Jun, jugés dans leur pays par la frange nationaliste de l'opinion et du PNC comme des collaborateurs zélés de l'Alméra, vendant leur pays au nouveau dragon occidental, se rendaient pour une chasse à l’aurochs dans les forêts de l’Île-de-Fiémance, domaine royal et cœur culturel et économique du vieux pays, établi sur cinq continents.

Les deux très hauts personnages du Mayong furent accueillis de façon privée par le Premier Ministre, accompagné d'une garde et de ses voitures de fonction qui amèneraient les invités dans un hôtel de campagne pour que l'on se change, prenne ses aises dans les chambres, et se prépare à la chasse.

Dans la voiture, on leur offrit à boire. Les trois hommes étaient confortablement installés sur des banquettes face à face. Les véhicules s'engageaient sur les longs axes vides qui coupaient la forêt enneigée.
Alex Scker

Message par Alex Scker »

La fraîcheur et la pureté de la Fiémance métropolitaine avait longtemps manqués à Jun qui se languissait de ses anciens voyages en cette terre ancestrale, teintée de mysticismes et de charmes que l'on ne trouvait point ailleurs. L'herbe grasse et verdoyante en colorait les traits, les monts et forêts rajoutant les finitions de ce tableau...impressionniste.
Shin ne connaissait pas ce pays, ses senteurs et ses gens. Il y avait un début à tout, après tout.

Aujourd'hui, la Fiémance s'érigeait en superpuissance, économique, politique et technologique, à l'influence grandissante et forte sur de nombreux points du globe. Conduite depuis quelques temps par une politique chorocrate, elle poursuivait bien des projets atypiques avec la force et la détermination de l’aurochs que les deux makarans venaient tout justement chasser.
La renaissance de nations « indiennes » du Vicaskaran avait achevée de convaincre une bonne part des intellectuels et leaders d'opinion sceptiques des ambitions fiémançaises à Nankin mais aussi au Mayong. La vieille nation almérane avait les moyens de ses rêves, de ses visions.
Et ce projet, d'ores et déjà en développement, promettait bien plus de richesses au sens large, sans verser dans l'insensé, que les autres participants de cette « grande aventure libératrice ». N'en déplaise aux nostalgiques de la vieilles époque du Général Chen Lin Dara, le futur du Mayong verrait le développement de l'autre coté de l'Océan, d'une puissance indo-vicaskarane. Un potentiel futur partenaire qui viendrait remplir la place vide des de feu E.U.P au territoire dévasté, à la population éparpillée.

Seuls la LNP, le Wapong nationaliste voisin et leurs électorats demeuraient des critiques violents de ce qui passait pour de la collaboration après la cessation du Nankin à l'autorité chorocrate et almerane. Frange de la population makirane qui ne comprenait pas ou refusait les enjeux d'un tel choix, sur le long terme, dans le cadre d'un essor culturel, économique et bien entendu d'une proximité plus heureuse avec les sphères fiémançaises. Un véritable atout à préserver, à utiliser.

La réception fut appréciée, un art si différent d'un espace régional à un autre, il fallait en reconnaître les présents mérites. Hwang Jun avait quelque peu pratiqué la chasse, ces dernières années, suite à de nombreuses invitations de la haute société mayongaise, friande de proies tel que le tigre austrobeysinois. Son supérieur, beaucoup moins.

Hwang Jun :
Directeur Exécutif Adjoint du Triumvirat


« C'est un vrai plaisir, la partie sera belle. » S'exprima-t-il, en un fiémançais qui se voulait bien construit, à l'accent orientalisant. Il s'occuperait des traductions.
Arios

Message par Arios »

Edmond Villefroy : Cette saison d'hiver est agréable en elle-même, et son cachet est différent des autres ce qui n'enlève rien à son caractère appréciable.

Les responsables avaient mis leurs bottes, leurs redingotes de chasses, ils écrasaient la neige, fusil en main, dans un bruit sourd en s'éloignant du pavillon. Les arbres n'avaient plus leurs feuilles, seuls de rares épineux conservaient leurs atours, et ils pourraient bientôt pénétrer cette masse étrange de végétaux tous centenaires.

Edmond Villefroy : Nous ne risquons pas de réveiller les arbres en cette saison. Toute leur sève se concentre dans les racines, et si étrangement leur cerveau bénéficie de tout ce fluide, ils sont muets et sourds à ce qui se passe à l'extérieur. Voyez, on ne sent rien, pas d'odeur. Si vous criez, ils n'entendront pas, mais ne le faîtes pas car cela pourrait effrayer les animaux. Je doute que ce phénomène saisonnier soit observable si distinctement au Mayong...
Les arbres et les plantes en général sont dotées d'une intelligence remarquable. C'est leur moyen d'action qui est limité, mais du simple fait qu'ils vivent dans une temporalité moins courte.
Imaginez la vie de ces arbres, de leurs parents et de leurs enfants, à une vitesse plus grande - or la vitesse est purement relative -, et vous comprendrez combien les végétaux sont à la fois nos semblables, et d'étranges créatures venues peut-être du fin-fond de l'univers.
Nous sommes en passe de prouver que les végétaux ont des oreilles, ou du moins des tympans ; des récepteurs, qui leur permettent d'être sensibles à la musique tout comme nous le sommes.
Alex Scker

Message par Alex Scker »

La sensibilité de cet homme rieur se suffit des paroles de Villefroy, attisant son intérêt et sa curiosité. Ce genre de discussions étaient courantes au monastère, alors qu'il était bien plus jeune; et elles continuaient encore aujourd'hui. L'élite intellectuelle de la province de Nam Khin, influencée du temps de la colonisation du Grand Nankin par la Brestange, avait constituée bien des salons, des cafés de discussions prolongeant des réflexions donnant plus de place à l’expérience sensible, à l'intuition et aux sens. Ils acceptaient ce qui semblait absurde et anormal au premier abord, l'univers gardait de multiples facettes et aspects inexplorés...Jun y avait naturellement pris part.

Hwang Jun :
Directeur Exécutif du Triumvirat


« Le bouddhisme associe un rôle important aux arbres...plusieurs bouddhas auraient trouvés l'illumination, atteint un état d'éveil, au pied d'un arbre. Une telle découverte ne serait en somme pas étonnante, ces êtres peuvent tout aussi bien communiquer par d'autres médiums plus subtils, qui nécessitent un état de sensibilité et de symbiose avec le monde dont nous n'avons pas conscience. Nos jours sont heures pour ces êtres à l’apparence étrangement rigide et vivante. Face à la relativité de l'univers, nous devrions revoir notre propre perception. Je ferai plus attention aux recherches en cours en Fiémance, ces prochains jours. »

Shin se contentait d'observer l'environnement qui les accueillait en son sein. Le paysage avait un intérêt bien plus marqué, concret, que de métaphysiques discussions sur les sens, consciences et humeurs de « meubles »...vivants mais bien immobiles. Il réajustât le col de sa veste, d'un patron traditionnellement austrobeysinois, bien que modernisé.

Yoon Shin :
Directeur Exécutif du Triumvirat


« Vous connaissant vous serez surement étonné et souriant comme un enfant découvrant sa surprise. Excusez mon manque de conversation sur le sujet, j'y suis nettement moins sensible que mon confrère. »
Arios

Message par Arios »

Edmond Villefroy : Il faut dire que... je ne partageais pas ces opinions assez... venteuses, avant d'arriver à ce poste... Je n'étais qu'un ancien petit-bourgeois fivard reconverti en viticulteur du dimanche... Vous parlez du bouddhisme, notre problème du rapport à la religion est de taille. Qui peut encore affirmer que la Fiémance est chrétienne ? Son peuple peut-être, en certaines régions seulement, applique à cette philosophie un zèle que l'on doit en partie, sans doute, à l'intégrisme d'État du terdus.

Mais c'est peut-être le taoïsme mondialisé qui anime notre administration. Quand on pense que la hiérarchie ecclésiastique de Chanabeg à demander la sanctification d'un arbre afin d'inculturer au mieux les Vicaskindiens.

Pour le plus commun du peuple, les religions originelles n'ont jamais vraiment disparues, après le passage du christianisme. Certes, il n'y a pas de continuité directe, mais des restes conservés, transformés, réinterrogés par le dogme chrétien qui comme un verni peu profond, n'a jamais atteint le cœur panthéiste de la nation fiémançaise.
Enfin, c'est mon point de vue.

Il tira un coup de feu en direction d'une masse sombre qui avait filé vers le nord, la ratant vraisemblablement.
Alex Scker

Message par Alex Scker »

Yoon Shin :
Directeur Exécutif du Triumvirat


« Le Bouddhisme est une philosophie, bien plus qu'une religion. Ses bouddhas ne sont pas dieux mais des êtres ayant atteint l'illumination, des sortes de saints...bien que la comparaison soit grossière. »

Hwang Jun :
Directeur Exécutif du Triumvirat


« C'est par ailleurs une religion en plein développement, au pays. Humm...une sorte de mariage avec les traditions et les croyances des vicaskindiens ? Les religions évoluent, et lorsque bien développées, restent objet de révisions et de réinterprétations. C'est d'abord de mon point de vue l'objet d'une croyance et d'une pratique individuelle, avant de se collectiviser et de rejaillir sur le reste de la population, selon ses acteurs. Et face à des croyances si vieilles, si multiples, parfois seulement esthétiques, mais présentes sans rappel dans les souvenirs de chacun, la chrétienté mettra du temps pour rivaliser. Et parfois, l'organisation politique, économique et sociale n'est pas une aide. Avec les chorocrates...il y a une sorte de retour à un mode de vie premier, à une condition humaine profonde et sensible, quelque peu mystique, en quelque sorte. »

Regardant la masse sombre filer au loin, alors que Villefroy s'était positionné avec élégance et pratique afin de tirer l'objet de toutes les convoitises, Hwang Jun sourit légèrement, avant de rehausser son fusil sur son épaule.

Hwang Jun :
Directeur Exécutif du Triumvirat


« Il n'ira pas plus loin. »
Arios

Message par Arios »

Edmond Villefroy : J'ai bien peur que si.

Pour exister avec vigueur, le christianisme fiémançais a demandé l'autorisation de s'adapter à l'Histoire de ses populations. Il a pu le faire grâce au Concordat, et c'était la volonté d'un certain état d'esprit duquel découle, il est vrai, la chorocratie. Il comprend ses moeurs et ne les combats pas. Nous avions fait le constat que la déchristianisation est la conséquence du dogmatisme, de l'alliance de l'Église et des intérêts bourgeois, et d'une hiérarchie trop affichée entre le prêtre et ses ouailles. Dans beaucoup de nos paroisses, le curé est un homme parmi d'autres.
Ce qui dénature en effet la Chrétienté telle que voulue et encouragée dans des pays comme le Viertenstein, mais non si loin de nous, dans des provinces de Fiémance qui n'ont pas manqué de le faire savoir, avec violence parfois.

Sur ce constat, dans un esprit naturaliste certain, j'imagine que l'effort ultramarin est un métissage d'une volonté universaliste d'élévation par le christianisme, et d'une conservation stricte des usages et croyances.

Ainsi, les différents Bouddhas ne seraient que des différents Saints, touchés par la grâce divine au cours de leur vie.
Mais heureusement pour certains, le Makara du sud est empreint d'une culture bien trop vive pour que ce genre de sorcelleries soient tentées là-bas.
Le glacis bouddhiste est clairement respecté au Nankin.
Les Fiémançais y sont pour investir, et repartiront leur mise quintuplée. Je crois que ce sont aussi les conditions du comptoir.
Alex Scker

Message par Alex Scker »

Hwang Jun était parti un peu plus en avant, le fusil sur l'épaule, il semblait rêvasser un peu, son esprit se perdant en ces lieux bucoliques et sauvages, traduisant ce qu'il entendait derrière lui.

Yoon Shin :
Directeur Exécutif du Triumvirat


« Il y a une sorte de réminiscence protestante dans vos paroles, de ce que j'en sais. Vous offrez aux fiémançais une liberté sociale, une autogestion des mœurs...par la disparition d'un cadre sociétal coercitif. Je ne m'imaginais pas l'ouverture de la sorte. Vous laissez aux fiémançais la judicieuse liberté de s'approprier un héritage, des croyances et systèmes provenant d'ailleurs, dans un respect profond des populations. L'égalité est une valeur forte, ici-bas.

Ou bien Jésus ne serait qu'un bouddha qui a connu l'éveil...l'interprétation suit une logique de donnant donnant en quelque sorte. Une telle connection au monde, une expérience sensible si forte a pu amener ce personnage à faire et à dire bien de nombreuses choses, surprenantes. En effet, l'héritage culturel du Nankin doit être conservé et respecté. Si toutefois, rien ne venait à contrarier nos projets. »
Arios

Message par Arios »

Edmond Villefroy : L'opposition entre protestantisme et catholicisme, dans notre société, est avant tout philosophique - plutôt que dogmatique, ou relevant de la question du loyalisme.

Je pense que la chorocratie s'inspire de cette notion fondamentale : le libre-arbitre.

Mais en même temps, nous devons en effet reconnaître que l'égalitarisme - comme distribuer des hectares à tous -, ou bien le fatalisme - l'homme doit demeurer paysan, c'est ce qu'il sait faire de mieux, peuvent faire penser au protestantisme.

A notre décharge, je vous dirai que l'ancien testament n'est pas un élément culturel fort de la société fiémançaise, et que l'influence que le christianisme a sur elle est bien plus originaire du nouveau. Nos concitoyens essayent de vivre leur vie dans un environnement rural régis par les communautés, les paroisses fondées au fil des siècles et qui ont la force de l'expérience, le tout dans une certaine philosophie chrétienne qui est celle de l'enseignement christique, certes.

Du fait des choix politiques du gouvernement et de la politique ultramarine, notre conception de la Fiémance almérane se trouve bousculée, au contact d'autres cultures. Pour les unir, les maintenir ensembles, il est nécessaire d'appliquer partout le même filtre qui est celui de la plus grande tolérance, du moment que les principes fondamentaux des dix commandements ne sont pas enfreints.

Aussi, les sujets vicaskindiens de Sa Majesté doivent pouvoir ré-apprendre leurs cultes, leurs prières, leurs formes d'élévation spirituelle en se débarrassant des codes évangélistes, mais sans oublier un verni chrétien car le salut de l'humanité et de la Chrétienté se fera dans l'unicité.

Je ne suis pas croyant, au sens libéral du terme : celui qui croit en les histoires de la Bible - je vous l'ai dit, l'ancien testament a peu d'importance dans notre culture.
Mais le christianisme a pétri l'Histoire de notre peuple.
Et plus encore, là où d'autres sociétés faute d'accès au ciel et aux panoramas de la nature ont coupé tout lien avec Dieu, nous avons su conserver un paysage et y travaillons afin que chaque jour, du levé au coucher du soleil, et dans la nuit la plus noire qui toujours se trouve éclairée des astres, le témoignage vibrant de l'existence et de l'amour incompressible d'une entité supérieure s'exprime.
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