RP 2020 - 2023 | Vrais faux-amis et faux vrais-amis

Sébaldie

Message par Sébaldie »

<center>La nécessité de rouler des mécaniques (2/2)
3 mai 2022
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La réunion du Conseil d'administration venait de s'achever ; l'ensemble des actionnaires s'auto-congratulaient pour les résultats du groupe Texalde. Dana Liesder, en tant que nouvelle présidente du groupe, avait su les rassurer : surtout, grâce à sa posture politique – inexistante chez son prédécesseur – elle pouvait influer, à son échelle, sur l'économie nationale. Dans le monde très masculin des affaires, ce bout de femme d'à peine un mètre soixante-dix avait su s'imposer. A vrai dire, Dana Liesder avait le vent en poupe : les affaires étaient florissantes et, avec 20 % d'intentions de vote, elle avait creusé l'écart avec la Présidente Karina Rawald, qui n'était « qu'à » 26 % pour la prochaine course présidentielle, en 2023. C'est donc la mine enjouée qu'elle quittait les locaux, vers 22h40.

<center>[img]http://cdn2.carsdata.net/pics/Volga/volga-gaz-m21-01.jpg[/img]</center>

Elle avait acquis, il y a quelques mois, une [url=http://www.simpolitique.com/post187437.html#187437]Ladius D toutes options[/url], qui avait un excellent rapport qualité/prix. « Ce n'est pas en Sébaldie qu'on risque de produire ça ! » se disait-elle intérieurement. En effet, le Liethuviska était l'un des fleurons de la technologie jeekimoise. Elle s'installa confortablement, face au volant, et en profita pour détacher ses cheveux, qu'elle avait coiffés en chignon. Même si cela était déconseillé, voire interdit, elle enleva ses chaussures pour conduire pieds nus. Les talons lui faisaient tellement mal ! Et puis, de toute façon, les rues de cette sinistre ville de Senheim étaient vides, y compris de policiers. Elle démarra le bolide et s'engagea sur la route.

A l'opposé de la route, un homme à bord d'un bolide rouge la surveillait. Danijel Kadlec avait l'habitude de dresser autant de chevaux mais il ne pouvait s'empêcher de prier Saint Christophe, le saint-patron des voyageurs et des automobilistes, dont il gardait une icône sur lui. Il enfila son casque et, voyant Dana Liesder partir, il prit lui aussi la route mais dans le sens opposé : il la rejoindrait, en sens inverse, au niveau du carrefour.

Dana Liesder, elle, roulait en profitant du lecteur CD qu'elle avait acheté en option. Elle écoutait un apaisant opéra thorvalien et s'apprêtait à s'engager sur la grande voie de l'agglomération. Il n'y avait personne sur la route, elle ne voyait que les feux d'un véhicule rouge qu'elle pensait lointain. Elle mit son clignotant sur la droite et s'engagea doucement sur la route.

<center>[img]http://img713.imageshack.us/img713/6568/e247.png[/img]</center>

La vitesse était limitée à 90 km/h sur cette voie mais Danijel Kadlec avait presque atteint le double de celle-ci. Il serra de plus en plus fermement le volant, le pied pratiquement collé sur l'accélérateur. Le moteur rugissait, le véhicule entier vibrait... Il ne pouvait plus faire marche arrière désormais : la collusion était inévitable. Dana Liesder n'y prêtait guère attention : elle avait reçu un message sur son téléphone portable qu'elle s'apprêtait à lire mais soudain, celui-ci fut projeté et Dana Liesder fut secoué dans tous les sens de manière insupportable. La Carrerov 348 était entrée en collusion avec son véhicule. Sur le choc, la tête de Danijel cogna violemment contre son volant et malgré son casque, il perdit un peu ses esprits. La toute neuve Ladius venait de faire un tonneau... Dana Liesder voulut hurler de terreur mais aucun son ne sortit de sa bouche durant cette fraction de secondes. Par contre, elle repassa en revue toute sa vie : son enfance à Nerwald ; ses études de gestion ; son mariage avec Alekš ; ses quatre enfants ; son entrée au Parlement sébalde... et le banal conseil d'administration de ce soir.

Danijel fut sonné ; la Carrerov ne ressemblait plus à rien : une portière s'était même arrachée. Plus jamais elle ne pourra dépasser les 100 kilomètres. Son cœur battait à toute vitesse mais au moins, il prouvait qu'il était sain et sauf, à l'exception d'un bout de ferraille qui était venue se loger dans son pied. La douleur était tellement intense qu'au premier abord, il ne sentait rien du tout : celle-ci ne survint qu'au bout de quelques minutes. Avec le pied non accidenté, il avançait quelques mètres et emprunta une ruelle où sera détruit de manière imminente le véhicule.

Dana ignorait si elle était encore en vie. Tout était noir, elle ne distinguait plus rien, ni même la pesanteur. Suite au tonneau, la voiture était retournée. Plus aucun phare ne fonctionnait évidemment. Elle voulut crier à l'aide mais là encore, aucun son ne sortait de sa bouche. Juste du sang et encore du sang. Elle avait donc gardé son sens tactile puisqu'elle pouvait sentir tout le sang qui coulait maintenant le long de son corps, sans savoir d'où il provenait. De la tête ? Des bras ? Des jambes ? Il semblait couler de partout. Sa jambe, justement, elle ne la sentait plus. Avait-elle arrachée ou était-elle écrasée ? Elle n'en savait rien mais une chose était certaine : les chaussures à talons ne lui feront sans doute plus jamais mal.



<center>[img]http://img341.imageshack.us/img341/5496/danaliesder300px.jpg[/img]
Dana Liesder
Chef de l’opposition libérale-conservatrice
Présidente du groupe Texalde

(1976 - ?)
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Sébaldie

Message par Sébaldie »

<center>Agents inhospitaliers (1/4)
10 juin 2022
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<center>[img]http://img138.imageshack.us/img138/9593/uqog.jpg[/img]
Une chambre d’hôpital à la clinique privée de Senheim</center>

Dana Liesder était resté un mois dans le coma. Elle s’était réveillée le 4 juin, encore très faible, peinant à bouger les lèvres pour dire « oui » ou « non ». Pratiquement une semaine après, elle avait repris des forces. Elle avait eu beaucoup de chance d’être encore en vie. Elle en avait moins quand le médecin lui a dit qu’elle se déplacerait certainement et uniquement avec des béquilles pour le restant de ses jours. Sa jambe gauche ne lui faisait plus mal. À vrai dire, elle ne sentait rien, pas même une aiguille qui entrerait au bout de son orteil. Elle s’était déjà faite à cette idée mais, forte de son caractère de battante, elle renonçait d’être une victime pleureuse. Sa seule envie ? Retourner sur la scène politique. Bien avant d’attraper le salaud qui l’a mise dans cet état. Dana Liesder avait gardé toutes ses facultés même si elle devrait rester encore alitée pendant un mois, une minerve au coup et les deux jambes plâtrées. Son époux l’avait tenu au fait de l’actualité politique et lui avait ramené la presse de ce dernier mois. Tous les magazines évoquaient son accident en une, avec une photo de sa Ladius accidentée. Cette couverture médiatique avait traumatisé ses quatre enfants. Le manque de tact journalistique lui faisait de la peine… mais le droit d’informer était primordial dans toute démocratie qui se respecte. Avec un soupir, elle lit toute seule, à haute voix la déclaration de la Présidente après son accident retranscrite dans le quotidien L’Observateur Sébalde, qui était acquis à la cause du gouvernement :

<center>[img]http://img341.imageshack.us/img341/5496/danaliesder300px.jpg[/img]
Dana Liesder
Chef de l’opposition libérale-conservatrice
Présidente du groupe Texalde
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Dana Liesder : « ‘Le Palais Présidentiel a exprimé ses « vœux de rétablissement » les plus chers à Mme. Liesder’. - Tu parles ! Elle a dû sauter de joie. – ‘Dans ce communiqué, la Présidence a également indiqué que « ce désastre montre que n’importe qui est à l’abri de la criminalité, qui gangrène certaines villes sébaldes, comme Senheim »’ – Quelle salope ! Elle capitalise sur ma prétendue mort ! »

On toqua à la porte. C’était l’urgentiste en chef qui était là, le Dr. Janko Kucera. Il venait comme tous les jours aux nouvelles de sa patiente la plus célèbre :

Dr. Janko Kucera : « Bonjour, Madame Liesder. Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? »

Dana Liesder : « Je suis prête à courir le marathon. »

Poliment, le docteur sourit, avec une légère gêne.

Dana Liesder : « Le marathon politique, bien sûr. Je crois que ma jambe m’a définitivement abandonné. »

Dr. Janko Kucera : « Effectivement, il peu probable que vous réussissiez à remarcher de cette jambe. Mais, vous savez, nous avons eu déjà d’excellents résultats avec d’autres patients. Ne perdez pas espoir. »

Dana Liesder : « Je ne l’ai jamais perdu. Si Dieu m’a épargné, c’est pour que j’accomplisse ma mission jusqu’au bout, pas pour que je reste grabataire. »

Dr. Janko Kucera : « C’est tout le mal que je vous souhaite… Je vous faire une confidence : ma femme prie chaque soir pour que vous soyez de nouveau sur pied. Nous avons tous les deux remercié le Seigneur de vous avoir épargné la mort. *Regarde la pile de magazines* Vous êtes très demandée, vous savez… »

Dana souriait. Elle craignait cependant que son état fébrile la discrédite dans la course à la présidentielle. Une candidate qui fait campagne avec des béquilles… Quelle opinion auront les électeurs ?

Dr. Janko Kucera : « Si d’ailleurs, je peux faire quelque chose pour vous… »

Dana Liesder : « Vous en avez déjà beaucoup fait, vous savez. J’aspire à être de nouveau suffisamment en forme pour mener les combats qui sont les miens… »

Dr. Janko Kucera : « Si ça peut vous aider, j’ai une information… »

Le médecin hésitait mais piqua la curiosité de Dana Liesder qui le regardait, silencieusement, avec les yeux ronds. Le docteur Kucera ferma la porte à clé et s’assura que toutes les fenêtres étaient fermées.

Dr. Janko Kucera : « Deux autres personnalités politiques ont fait un déplacement en catimini dans nos services. »

De plus en plus curieuse, Dana Liesder n’insista pas pour obtenir plus d’informations :

Dr. Janko Kucera : « Vous savez, le secret médical est une aberration. De quel droit pouvons-nous garder secret l’état d’un patient qui représente un danger pour autrui ? Je savais que le gouvernement était composé de dépravés mais je n’aurais jamais cru cela… Vous savez combien je suis attaché à la droiture du corps et de l’esprit… Bref, je m’égare… Mon collègue urologue a reçu, dans la même journée, la visite de messieurs les ministres de l’Intérieur et de l’Environnement. Drôle de coïncidence, ne trouvez-vous pas ? »

Dana Liesder était étonnée de cette information, encore plus de la facilité avec laquelle son médecin lui en a fait part. Mais cette information était de toute évidence complètement inexploitable.

Dr. Janko Kucera : « J’ai hésité à en informer les journaux mais j’aurais perdu ma place… J’ai été choqué d’apprendre que ces ministres, que nous payons gracieusement avec nos impôts, s’adonnent à des pratiques sexuelles. Il m’a été impossible de connaître de quoi ils souffraient mais j’en suis certain : ils fréquentent la même personne. Ou le même lieu. »

Dana Liesder : « Cela me surprend à moitié… Mais que pouvons-nous y faire ? »

Dr. Janko Kucera : « La prostitution est légale en Sébaldie. Les prostitués qui sont déclarés doivent subir des consultatives médicales obligatoires régulières. Ceux qui ne sont pas déclarés sont des travailleurs au noir et pour la plupart, des étrangers. »

Dana Liesder : « Et donc, les deux ministres ont très certainement fricoté avec une prostituée en situation irrégulière ! »

Dr. Janko Kucera : « Je ne suis pas même pas sûr que ce soit une prostituée d’ailleurs… Ils sont tellement dépravés… Mais vous avez compris là où je voulais en venir. »

Le médecin lui avait donné une excellente idée : l’UND devait à tout prix faire pression, médiatiquement, sur le gouvernement dans les jours qui suivirent, au sujet du développement d’infections sexuellement transmissibles dans le milieu de la prostitution et montrer, par la même occasion, que le contrôle du gouvernement nationaliste était défaillant sur ce sujet. Et qui sait, imprégner les deux ministres d’une sordide affaire qui les tuera politiquement…
Sébaldie

Message par Sébaldie »

<center>Dana à tout prix
27 juin 2022
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<center>[img]http://imageshack.us/a/img710/4099/karinaralwad200px.jpg[/img]
Karina Rawald
Présidente de la République Sébalde
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Karina Rawald : « Elle m’agace, elle m’agace, elle m’agace ! »

Karina Rawald était habituée des coups de colère interminables. C’était d’ailleurs la raison pour laquelle son ex-époux avait demandé le divorce. Obnubilée par les prochaines échéances électorales, la Présidente en avait oublié son rôle : faire tourner un pays qui, actuellement, fonctionnait en roue libre. Le gouvernement se contentait d’expédier les affaires courantes : la diplomatie sébalde s’était même mise en retrait sur la guerre du Jeekim qui se déclarait un peu partout sur le continent. Elle était en colère contre un nouveau sondage venant de paraître : le deuxième annonçant sa défaite à l’élection présidentielle. Elle avait vu dans l’accident de Dana Liesder un heureux hasard, un don du ciel (peut-être même de Stefan Zavek qui est aux cieux depuis 2017 ?) mais la garce semblait être sur le chemin de la guérison. Chaque jour, les médias qui restaient campés devant la clinique privée de Senheim, donnaient de ses nouvelles : aujourd’hui, elle avait mangé une bonne omelette et a réussi, pour la première fois, à se rendre aux toilettes, seule, tout juste accompagnée de son seul déambulateur, en moins de cinq minutes.

Surtout, Karina Rawald était lâchée de toutes parts : ses ministères étaient eux-mêmes en train de préparer leur propre campagne… même son vice-président Goran Horandson l’avait lâchée ! Seul son ministre des Affaires Etrangères, qui n’avait pas voyagé à l’étranger depuis des semaines était fidèle au poste.


<center>[img]http://img109.imageshack.us/img109/4089/lazardragovic.png[/img]

Lazar Dragovic
Ministre des Affaires Etrangères de la République Sébalde
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Lazar Dragovic : « Je hais ces libéraux… Les Sébaldes ne se souviennent pas le bilan désastreux de leur gouvernance dans les années 1990 ? »

Karina Rawald : « Les Sébaldes sont des veaux. Ils ont la mémoire courte, c’est ce qui les caractérise le mieux. D’ailleurs, « libéraux »… L’Union Nationale Démocratique est un pêle-mêle de libertariens, de conservateurs, de capitalistes, de libertaires… »

Lazar Dragovic : « …et même de sionistes. »

Karina Rawald : « Cet engouement pour Liesder n’est que de la pitié, rien d’autre ! »

Après un long moment de silence, durant lequel Karina Rawald se morfondait, Lazar Dragovic eut une idée qu’il s’empressa de partager :

Lazar Dragovic : « Hum… Justement, on pourrait peut-être revoir les règles du jeu ? »

Karina Rawald : « Comment ça ? »

Lazar Dragovic : « L’UND ne doit son salut qu’à Dana Liesder. Autrement dit, sans elle, l’engouement s’essoufflerait. Le gouvernement n’a qu’à entreprendre une réforme constitutionnelle : abrogation du statut de président élu au suffrage universel ; instauration d’un régime parlementaire… »

Karina Rawald : « En quoi cela changerait nos affaires ? »

Lazar Dragovic : « Eh bien, les Sébaldes ne voteraient plus pour une personnalité mais pour des listes… pour un Parlement qui lui-même élirait son chef d’Etat et son chef de gouvernement. Et qui voudra voter pour une liste libertaro-conservato-capitalo-libéralo-sioniste ? Certainement beaucoup moins de monde que pour Dana Liesder ! »

Karina Rawald : « C’est une très bonne idée, dis-moi ! Goran a beau être maitre de conférences, il ne m’a encore rien dit d’aussi intelligent. »

Lazar Dragovic : « Oui, c’est un universitaire, un idéologue… D’ailleurs, je crois vu un de ses futurs colistiers l’autre jour… »

Karina Rawald : « Déjà ? On est seulement à un an des élections ! »

Lazar Dragovic : « Cela fait plusieurs fois que je le vois dans la fédération du MNS de Senheim. C’est un jeune, un grand… d’ailleurs, s’il avait été incarcéré en même temps que moi, je suis sûr que quelques-uns de mes camarades de prison auraient… enfin, bref. »

Karina Rawald : « J’espère que ce n’est pas ce que je crois… »

Lazar Dragovic : « Quoi donc ? »

Karina Rawald : « Oh rien… longue histoire. Je vais tirer cela au clair et faire cesser ce cirque. »
Sébaldie

Message par Sébaldie »

<center>Agents inhospitaliers (2/4)
8 juillet 2022
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Dana Liesder parvenait maintenant à marcher, toujours de manière fébrile certes, avec une béquille tenue par la main gauche… Son pied gauche, à vrai dire, ne semblait plus répondre aux signaux cérébraux : aussi, devait-elle le traîner sur le sol à chaque fois qu’elle avançait d’un pas. Pourtant, elle sentait de fourmillements intenses à chaque fois qu’elle était debout, signe que son pied n’est peut-être pas tout à fait mort. « C’est juste une mauvaise circulation du sang, ça va s’arranger ma petite » aurait dit sa grand-mère, qui lui a légué son éternel optimisme. Ce matin, elle avait néanmoins choisi de rester alité, elle ne devait pas se montrer en état de faiblesse devant son invité. Elle n’aurait jamais cru devoir faire appel à lui, qui plus est dans de pareilles circonstances. Celui-ci toqua à la porte vers 9h45.

<center>[img]http://img341.imageshack.us/img341/5496/danaliesder300px.jpg[/img]
Dana Liesder
Chef de l’opposition libérale-conservatrice
Présidente du groupe Texalde
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Dana Liesder : « Oui ? »

On entra. C’était un homme de grande stature, tout du moins physique. En politique, il avait reculé de manière substantielle. Pire, il était opposé sur à peu près tous les points avec Dana Liesder.

<center>[img]http://img401.imageshack.us/img401/8748/egonhochten200px.jpg[/img]
Egon Hochten
Chef de l’opposition de gauche radicale et socialiste
(Mouvement Républicain Solidaire)
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Egon Hochten : « Bonjour, Dana. Comment allez-vous ? »

Le ton était plutôt sec malgré ces propos en apparence bienveillante. Les deux personnalités, qui avaient une force de caractère singulière, s’étaient de nombreuses fois affrontées sur la scène politique. L’un méprisait les idéaux de l’autre. Et ce, depuis des années.

Dana Liesder : « Bien, merci. On peut se tutoyer, ce sera plus cordial. »

Egon Hochten : « Désolé, je n’y compte pas. Je ne fais que répondre à votre invitation par politesse. »

Dana Liesder : « Ce n’est pas grave, je n’y comptais pas non plus. Si j’ai fait appel à vous, c’est parce que nous avons tout intérêt à nous allier… »

Egon Hochten : « Vous plaisantez, j’espère ? »

Dana Liesder : « Laissez-moi terminer. À nous allier officieusement pour faire tomber le gouvernement. Il faut que nous exercions une pression médiatique très forte pour ce faire. Que pensez-vous de la prostitution ? »

Egon Hochten : « La prostitution est un des reflets les plus décadents du capitalisme, qui consiste à se faire du profit sur ce qui n’est pas vital... Sans évoquer de la condition féminine, évidemment bafouée, même si l’activité est légalisée… Pourquoi ? »

Dana Liesder : « Je pense qu’il s’agit d’un sujet très sensible pour le gouvernement. Des sources, que je ne peux nommer, m’ont informé d’un potentiel laxisme sur les entretiens de santé auxquels sont obligatoirement soumises les prostituées déclarées. Ou pire : la République Sébalde accueille sans le savoir des prostituées clandestines, qui alimentent un réseau de proxénétisme particulièrement important. D’une façon ou d’une autre, nous avons tout intérêt à médiatiser ce problème. »

Egon Hochten : « Qui me dit qu’il ne s’agit pas d’un piège tendu de votre part… ? »

Dana Liesder : « Vous laisseriez des prostitués à la botte de proxénètes sans scrupule ? Voyons, ce n’est pas bon pour votre image si cette affaire venait à éclater sans que vous ne soyez au courant. L’Union Nationale Démocratique soulèvera avec vous le problème, pour des motifs légèrement différents, sans reprendre votre rhétorique. De toute façon, avec ou sans vous, nous irons au front. C’est l’occasion ou jamais de marquer des points, vous êtes au plus bas dans les sondages. Et surtout, vous arriverez à vous dégager du Parti Communiste et des sociaux-démocrates. N’est-ce pas là l’un de vos principaux soucis ? »

Egon Hochten ne répondit rien. Dana Liesder avait pris le dessus sur le tribun de gauche. Son ego visiblement doublé, il demanda :[/b]

Egon Hochten : « Je ne peux pas porter des accusations infondées ! »

Dana Liesder : « Primo, il ne s’agit pas d’accusations. Deuxio, elles sont tout à fait fondées. Pour prouver notre bonne foi, nous amorcerons le débat les premiers. Ce qui signifie que nous marquerons beaucoup plus de points que vous et avant vous… »

Face à cet ultimatum, Egon Hochten repartit de la chambre de Dana Liesder en silence. Il irait sans doute soumettre l’idée à ses camarades mais il sait très bien que le monstre libéral que représente Dana Liesder risque de déchaîner les passions au sein de son parti. Pourtant, intimement et personnellement, l’idée lui plaisait… Un plaisir coupable.
Sébaldie

Message par Sébaldie »

<center>Le messager du dieu Libéralisme (2/2)
Flashback : Octobre 2021
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La Présidente de la République Karina Rawald avait reçu en catimini le ministre liethuviskien Juozas Menecius, qui avait été récemment éjecté du gouvernement. Persuadé d’avoir un bon bilan, Menecius ne décolérait pas et son amertume à l’égard de son gouvernement était immense. Profitant de l’occasion, Rawald avait reçu Menecius dans l’espoir qu’il rejoigne son équipe de campagne, qu’il devienne sa « caution libérale » qui manque dans son entourage. Il s’agissait d’une personnalité crédible… aucun au Mouvement Nationaliste Sébalde n’avait ce capital. À l’inverse, Juozas était trop ambitieux pour se contenter d’une éjection au gouvernement et retourner sur les bancs du Seimas, le Parlement liethuviskien, en tant que simple député. En sa qualité de chef d’Etat, Karina Rawald pouvait à peu près tout se permettre, y compris accorder la naturalisation en quelques mois à un étranger. Le terme « asile politique » n’avait jamais si bien son nom - Menecius cherchant asile dans de nouvelles instances de pouvoir – à cela près qu’il n’était pas en danger dans son pays. Invité par Rawald, le ministre restait dubitatif :

<center>[img]http://www.lithuaniatribune.com/wp-content/uploads/2012/12/file60121037_9973bb3f-389x259.jpg[/img]
Juozas Menecius
Tête de liste Union Nationale Démocrate aux élections législatives sébaldes 2023 dans le Stranan
Ancien ministre de l’Education et de la Recherche du Royaume de Liethuviska (2016-2021)
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Juozas Menecius : « Vous me proposez de me présenter aux côtés de vous… Très bien. Mais ensuite ? Si je suis élu, qu’est-ce que je deviens ? Un minable député naturalisé sébalde ? »

<center>[img]http://imageshack.us/a/img710/4099/karinaralwad200px.jpg[/img]
Karina Rawald
Présidente de la République Sébalde
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Karina Rawald : « Vous pourriez devenir le prochain vice-président de la Sébaldie, ni plus ni moins. »

Juozas Menecius : « Entendons-nous bien : je ne suis pas là pour faire de la figuration. Si je deviens ce que vous me promettez, c’est pour réellement agir sur le pays. Revoir complètement la politique économique… Avec le respect que je vous dois, je trouve votre politique totalement mauvaise. »

Karina Rawald : /*Se mord la lèvre*/ « Pourquoi ça ? »

Juozas Menecius : « Protectionnisme, manque de vue sur le long terme, barrières douanières au sein du même continent… Me permettrez-vous au moins de revenir sur ces points ? C’est la seule condition pour que j’accepte de m’engager auprès de vous. »

La Présidente sébalde se tut se longues secondes. Elle était vexée, elle aurait voulu mettre cet odieux invité à la porte. Mais elle avait besoin de lui : il représentait sa carte libérale… au moins pour les élections. Après, il suffirait de le caser dans un ministère où il ne risquerait pas de faire grand bruit. Elle tendit la main :

Karina Rawald : « Marché conclu ? »

Les hésitations de Karina Rawald n’échappèrent pas au Liethuviskien. Elle ne semblait pas sincère dans sa démarche. D’autre part, il avait été sollicité par Dana Liesder, dont il courrait de plus en plus qu’elle serait – elle – la nouvelle présidente sébalde. Il avait tout intérêt à accepter la naturalisation offerte par Rawald pour se rallier directement à la candidature de Liesder. Il tendit également sa main et serra celle de son futur adversaire politique :

Juozas Menecius : « Marché conclu ! »


<center>3 septembre 2022</center>

Juozas Menecius était maintenant naturalisé depuis quelques mois mais n’avait annoncé sa candidature qu’au mois d’août. Paraitrait-il que Rawald était rouge de colère et qu’elle l’aurait étripé s’il avait été en face d’elle. Maintenant, il était impossible de revenir en arrière : il était définitivement devenu sébalde. Dana Liesder était, elle, tout sourire. Elle avait du retard pour la réunion de campagne de l’UND, ses béquilles la ralentissaient. Juozas Menecius l’avait accompagné et lui ouvrit la porte. La petite femme le remerciait, toujours avec le même sourire. Dans la salle, les principales têtes de liste du pays et autres candidats notables.

<center>[img]http://img341.imageshack.us/img341/5496/danaliesder300px.jpg[/img]
Dana Liesder
Chef de l’opposition libérale-conservatrice
Présidente du groupe Texalde
</center>

Dana Liesder : « Bonjour à tous, excusez-moi pour mon retard. Nous devrions penser à installer des rampes d’accès aux handicapés. Maintenant que je suis dans leur position, je comprends mieux comment circuler devient un parcours du combattant… En parlant de combat, je crois que je n’ai plus à présenter notre ami venant du Liethuviska qui a su booster la campagne dans une province qui n’est pourtant pas facile pour l’UND. Pratiquement 4 points de hausse dans les intentions de vote ! »

L’audience l’applaudit, à des degrés divers : les conservateurs applaudissaient de manière muette et polie ; les libéraux purs et durs y allaient plus franchement. Seuls deux personnalités de l’Union des Sébaldes Juifs firent la moue et assassinaient du regard le nouveau venu.


<center>[img]http://img266.imageshack.us/img266/7228/mzun.jpg[/img]
Asaf Kauman
Président de l’Union des Sébaldes Juifs
</center>

Asaf Kaufman : « Puis-je prendre la parole ? »

Dana Liesder : « Oui, Asaf, je t’en prie… »

Asaf Kaufman : « Je suis toujours heureux d’apprendre que des personnalités rejoignent notre mouvement. Celui-ci est pour ainsi dire victime de son succès… Nous recevons de nouvelles recrues, de différents bords politiques, unis par la même volonté de libérer une économie étouffée. Malgré ces ambivalences, les Sébaldes nous sollicitent. Je m’inquiète que notre mouvement soit décrédibilisé par du spectacle de bas étage. »

Dana Liesder : « Peux-tu préciser ta pensée ? »

Asaf Kaufman : « Oui. Quelle image donnons-tout à l’UND en paradant au côté de ces… énergumènes… Nous prenons la même direction que le MNS et sa politique national-libertaire. »

Dana Liesder : « Les sondages te donnent tort. »

Asaf Kaufman : « Peut-être. Mais dans ma province, plusieurs électeurs potentiels se sont dits outrés par le petit spectacle donné par monsieur Me-ne-ciussss… »

Juozas Menecius s’apprêtait à répondre. Il fut coupé net dans son élan par Dana Liesder qui lui fit un regard qui disait « on en discutera tout à l’heure ». Dana Liesder répondit :

Dana Liesder : « Asaf, nous en parlerons ensemble, en détail, une prochaine fois. Je n’ai guère le temps aujourd’hui, je dois retourner à l’hôpital pour des examens. Ce qui m’intéresse pour le moment, c’est de faire le point sur la campagne province par province… »

Asaf Kaufman : « Tes explications ont intérêt à être convaincantes parce que nous pouvons mettre fin à notre accord dans le cas contraire. »

Le sioniste refroidit considérablement l’ambiance pour le restant de la réunion. À la fin de celle-ci, Dana Liesder intercepta Menecius, qui fut cette fois-ci le premier à ouvrir la bouche :

Juozas Menecius : « Je n’entends pas contrarier votre mouvement, vous savez. Si l’UND est traditionnellement conservatrice, je ne souhaite pas bouleverser ces habitudes. »

Dana Liesder : « Non, ne t’inquiète pas. Ce sont les idiots utiles de notre mouvement, ils permettent de percer dans les provinces de l’ouest, les électeurs y sont assez peu cultivés et votent toujours pour les mêmes. Le plus important pour eux, c’est que les candidats soient du pays, qu’ils connaissent leur visage. À l’est, on peut s’autoriser plus de fantaisies. Aucun candidat n’a mieux fait décoller la campagne que l’UND que toi ! Je n’ai aucune raison pour me séparer de toi. »

Juozas Menecius : « L’Union des Sébaldes Juifs en a pour se séparer de toi par contre… »

Dana Liesder : « Ce sont des archaïques beaux-parleurs, qui connaissent bien les rouages de la politique. Leurs menaces ne seront jamais mises à exécution : ils savent que, sans l’UND, ils n’atteindraient même pas le seuil nécessaire pour avoir des députés… ou tout juste un ou deux. Nous leur proposons, à l’inverse, d’en avoir une dizaine… et quelques petits ministères ! Plus des accords locaux pour la gestion de certaines municipalités, de la province aussi… Si nous poursuivons nos efforts, tu deviendras le prochain vice-Premier ministre, sois en sûr ! »
Sébaldie

Message par Sébaldie »

<center>Agents inhospitaliers (3/4)
27 octobre 2022
</center>

« Une maison close clandestine a été démantelée dans le Jovan. ». Cette nouvelle hantait l’esprit de Goran Horandson. S’il n’y avait jamais mis les pieds, il était néanmoins d’une certaine façon liée à ce lieu de plaisir, puisqu’il en connaissait parfaitement les clients. Le ministre de l’Intérieur et celui de l’Environnement y allaient régulièrement parmi les personnalités les plus hautes. Le vice-Président avait en tout cas tout fait pour supprimer toute trace pouvant le mener à lui. Dans son bureau, il retira ses lunettes et se frotta les yeux… Comment pouvait-il encore sortir de ce merdier ?! Sa myopie l’empêchait de voir l’heure affichée sur l’horloge mais, pourtant, il était en retard. La Présidente de la République l’avait convoquée et elle n’était, comme d’habitude, pas de bonne humeur. Il était temps que l’électorat sébalde dégage cette hystérique du pouvoir. Mais alors qu’il se mettait en route vers le Palais Président, Goran Horandson ne pensa même plus à la campagne pour les législatives. Il devait pour l’heure sauver sa peau d’une éventuelle condamnation pour complicité de proxénétisme. Sans saluer le moindre employé du Palais, Horandson se rendit vers le bureau de la Présidente, sans même frapper au préalable.

<center>[img]http://imageshack.us/a/img710/4099/karinaralwad200px.jpg[/img]
Karina Rawald
Présidente de la République Sébalde
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Karina Rawald : « Goran ? Tu as même perdu ton civisme ? Heureusement que je t’attendais. Tu es en retard, ça devient une habitude. »

Goran ne répondit même pas. Il observa le tableau accroché sur l’un des murs des bureaux. Karina Rawald avait de mauvais goûts artistiques pensait-il. Celle-ci reprit la parole :

Karina Rawald : « Tu te comportes comme un gosse. Je te donne mon entière confiance pour conduire la campagne dans la province du Centran et qui mets-tu en deuxième position de ta liste ? Anton Davornik ! Et moi qui te disais d’être discret ! Tu ne pouvais pas davantage me rendre furieuse ! La presse se rit de nous. Identité Sébalde s’est dit « écœuré » et même les communistes de moquent de nous ! »

<center>[img]http://img16.imageshack.us/img16/9586/goranhorandson200px.jpg[/img]
Goran Horandson
Vice-président de la République Sébalde
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Goran Horandson : « Je les emmerde. »

Karina Rawald fut coupée dans son élan. Goran Horandson n’avait pas l’habitude d’être injurieux, il réagissait toujours à froid. Cette réaction surprit assez désagréablement la Présidente, elle qui admirait encore sa capacité à rester maître de lui-même.

Karina Rawald : « « Je les emmerde. » ? C’est ce que tu répondras si un journaleux te pose une question sur les moqueries de tes adversaires ? Allons, Goran, ressaisis-toi ! Nous sommes sur un bateau qui coule, et tu en es le commandant. »

Goran Horandson : « Non, c’est toi qui le commande. C’est toi qui coulera. »

Karina Rawald : « Non. Vois-tu, j’ai signé un accord avec Dana Liesder : elle gagne les élections parlementaires et les grands électeurs m’élisent, à leur tour, Présidente de la République. Le rôle de Président sera surtout symbolique mais il est confortablement rémunéré. Et surtout, je disposerai d’une prérogative importante : je nommerai un Premier ministre qui nommera à son tour le gouvernement. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que je ne la nommerai pas Premier ministre. Je suis en concertation avec Identité Sébalde : je pourrai reconduire la majorité MNS-IS à la prochaine mandature. Mais Identité Sébalde te déteste : je ne pourrai te nommer Premier ministre. »

Goran Horandson : « Comment ça ? Je suis tête de liste dans la province la plus favorable au MNS ! »

Karina Rawald : « Eh bien, j’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer : le MNS n’apprécie pas non plus ton poulain colistier. Une liste nationaliste dissidente sera officialisée le mois prochain. Bien entendu, tous les adhérents MNS qui y figurent seront exclus du parti. Mais cela prouve le mal que tu as fait à notre mouvement. »

Goran Horandson était abasourdi par la nouvelle. Lui, l’universitaire qui a fait ses preuves, détestait être remis en question ne pouvait une seule seconde imaginer être contesté au sein de son mouvement.

Goran Horandson : « Ils feront un score ridicule ! »

Karina Rawald : « Détrompe-toi justement. J’ai eu quelques instituts de sondages au téléphone. Les derniers sondages leur prédisent être devant le MNS. »

Goran Horandson vivait-il le pire jour de sa vie ? Les mauvaises nouvelles s’accumulèrent, de façon continue, comme un torrent d’excréments. Il soupçonna Karina Rawald d’avoir un malin plaisir à annoncer ces nouvelles :

Goran Horandson : « Si je chute, tu chuteras aussi. »

Karina Rawald : « Quoi ? Où veux-tu en venir ? »

Le vice-président avait longtemps hésité à faire cette déclaration mais le moment était venu et la déclaration nécessaire :

Goran Horandson : « Si tu veux nous sauver, vire Leonard Maigsruck et Gabriel Milikard de notre gouvernement. »

Karina Rawald : « Que viennent-ils faire là-dedans ? Goran, je ne peux pas les éjecter sans raison ! »

Goran Horandson : « Ils sont impliqués dans une affaire de pédophilie. Les faits qui leur seront reprochés sont très graves. Ils peuvent détruire à tout jamais notre propre crédibilité. Pire, on risque d’être accusés de complicité ! »

Karina Rawald : « Quoi ? Mais tu es fou ?! D’où viennent ces accusations ? »

Goran Horandson : « Tu vois, la maison close clandestine démantelée au Jovan ? Eh bien, c’était leur terrain de jeu. Ils s’adonnaient à des parties de plaisir avec de jeunes mineurs, souvent tél-éribains. Je t’en prie, il faut que tu me fasses confiance. Tu dois absolument te préparer à les éjecter. Surtout, d’ici là, garde tes distances avec eux. Si la justice enquête, ne l’entrave surtout pas. Tente même de les aider, pour prouver notre bonne foi. »

Karina Rawald dut s’asseoir pour entendre cette nouvelle. Maintenant qu’elle y pensait, c’était tout à fait possible : Milikard et Maigsruck demandaient souvent à se déplacer officiellement au Jovan. Elle fronça les sourcils et tua Horandson du regard :

Karina Rawald : « Et je parie que tu es impliqué là-dedans ? »

Goran Horandson : « Quoi ? »

Karina Rawald : « Ce que tu fais avec ton acteur porno ne regarde que toi, du moment que cela reste dans la légalité. Mais tu ne me feras pas gober que tu ne te joignais jamais à leurs parties de plaisir pédophile ! »

Goran Horandson : « Non, pas du tout ! Je déteste trop les gosses pour ça ! C’est comme ça que tu remercies de t’avoir sauvé la mise ? Pour toi, pour nous, je me suis même démené à éliminer Dana Liesder ! »

Karina Rawald regarda son vice-président avec ses yeux ronds. Goran Horandson avait parlé trop vite, il n’avait jamais avoué qu’il avait embauché quelqu’un pour tenter de tuer Dana Liesder. Ce n’était par contre pas le moment d’aborder ce sujet. Horandson continua :

Goran Horandson : « Oui, sur le champ des idées, j’entends. Car tu fricotes trop avec elle, actuellement. Bref, là n’est pas le sujet. Fais-moi confiance, tout ce que je te dis de faire, c’est pour notre bien à tous les deux. »

Karina Rawald : « C’est très amiable à toi. Mais je crois que pour notre bien à tous les deux, nous allons rompre notre collaboration pour la prochaine mandature. Cette décision est irrévocable. »

Définitivement, c’était le pire jour de la vie de Goran Horandson. Il avait perdu la sécurité d’être au pouvoir et bientôt perdra-t-il peut-être la liberté. Davornik, Milikard, Maigsruck, Liesder… Autant d’épines dans le pied de Goran. Une nouvelle venait s’y ajouter : Rawald.
Sébaldie

Message par Sébaldie »

<center>Agents inhospitaliers (4/4)
13 novembre 2022
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Ce matin-là, Leonard Maigsruck eut un réveil très difficile. Il était cinq heures du matin lorsque des policiers sonnèrent à son appartement, situé au ministère de l’Intérieur. Comment de vulgaires agents de maintien de l’ordre pouvaient-ils se permettre de déranger le sommeil ministériel de Leonard Maigsruck à cette heure-ci ? Habillé d’une robe de chambre, le ministre de l’Intérieur répondit, excédé à travers la porte :

<center>[img]http://img24.imageshack.us/img24/3310/leonardmaigsruck.jpg[/img]
Leonard Maigsruck
Ministre de l’Intérieur de la République Sébalde
</center>

Leonard Maigsruck : « Qui vient m’emmerder à une heure pareille ?! »

<center>[img]http://img202.imageshack.us/img202/9531/mweu.jpg[/img]</center>

Agent de police judiciaire : « Police judiciaire. Nous sommes navrés de vous avoir réveillé, monsieur le ministre mais nous demandons de nous accompagner dans l’immédiat. »

Maigsruck eut une crise de panique, qui le laissa totalement muet pendant quelques longues secondes. Qu’avaient-ils sur lui ? Tétanisé, il avait l’impression d’avoir un arrêt de mort contre lui.

Agent de police judiciaire : « Monsieur ? »

Leonard Maigsruck : « Est-on obligé de voir cela maintenant ? Et, de toute façon, pour quelles raisons venez-vous me déranger ? »

Agent de police judiciaire : « Monsieur, il est dans l’intérêt de tous que vous collaboriez. Nous ne pouvons rien vous communiquer pour le moment. Notre rôle est de collecter des preuves pour une affaire. Je crains que vous n’ayez guère le choix de nous accompagner, avec tout le respect que nous vous devons. Nous vous laissons vingt minutes pour vous préparer, n’emmenez que l’essentiel, à savoir vos pièces d’identité. »

Voulant se rassurer, Leonard Maigsruck se répéta à lui-même, dans la tête : « Que peuvent-ils trouver contre moi de toute façon ? Hein ? Que peuvent-ils trouver ? Je n’ai rien à craindre. ». Aussi, s’habilla-t-il et rejoignit-il les officiers de policier judiciaire qui l’attendaient dans le hall. Arrivé au département d’investigation criminelle, il fut palpé. Humilié d’être considéré comme un citoyen lambda, il voulut exprimer sa colère mais l’un des policiers lui coupa la parole :

Agent de police judiciaire : « Nous avons besoin de récolter un échantillon de votre urine. »

L’officier lui tendit un flacon numéroté et lui indiqua une salle pour s’exécuter. Que recherchaient-ils ? Une trace d’infection urinaire ? Leonard Maigsruck avait suivi un traitement qui, pensait-il lui permettrait d’être mis complètement hors de cause.

<center>15 novembre 2022</center>

Ce matin-là, Leonard Maigsruck eut à nouveau un réveil très difficile. Personne ne toqua à la porte mais le téléphone sonna dès six heures du matin. Celui-ci indiqua « Karina Rawald ». Que se passait-il ? Une émeute s’était déclarée cette nuit ? Un accident de grande ampleur s’était produit ? Non, il n’était pas au bout de ses surprises.

<center>[img]http://imageshack.us/a/img710/4099/karinaralwad200px.jpg[/img]
Karina Rawald
Présidente de la République Sébalde
</center>

Karina Rawald : « Je ne peux plus rien faire pour toi, Leonard. Ils ont des preuves irréfutables contre toi et Gabriel. Je n’ai pas d’autre choix que de vous limoger. S’il vous plaît, ne rendez pas la situation plus compliquée. Comporte-toi bien quand les policiers vont arriver, Leonard. Tu as mon soutien pour l’avenir. »

Elle raccrocha. Leonard pensa à une blague mais, effectivement, seize minutes plus tard, alors qu’il buvait son café, la police vint toquer plus lourdement à la porte.

Agent de police : « Police ! Monsieur Leonard Maigsruck, veuillez ouvrir la porte s’il vous plaît. »

Il s’exécuta. Mais là, que ne fut pas sa surprise de voir une armée de policiers croiser ses mains dans le dos pour les menotter. Il voulut dire « Mais que se passe-t-il ? », « Lâchez-moi ! » mais se rappela des conseils de Karina Rawald. Le policier annonça rapidement le motif de son arrestation : relations tarifées sur mineur. Les analyses d’urine n’avaient en effet pas trouvé de traces d’infection mais les puissants antibiotiques continuaient à laisser des traces, à l’instar de l’urine du ministre de l’Environnement Gabriel Milikard. Parait-il qu’un individu, « à fort accent russe », avait dénoncé les deux hommes et que le Danmayais avait lequel ils avaient eu des relations sexuelles avait confirmé, sur présentation de leurs photos, l’identité de ses clients. Qui avait pu cracher le morceau ? Un fort accent russe ? Ce ne pouvait être que le Kirkstan ! À moins que…
Sébaldie

Message par Sébaldie »

<center>Alibisexuel (1/2)
24 janvier 2023
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<center>[img]http://img16.imageshack.us/img16/9586/goranhorandson200px.jpg[/img]
Goran Horandson
Vice-président de la République Sébalde
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Goran Horandson : « Ah. Vous êtes déjà là. »

Depuis son altercation avec la Présidente de la République, Goran Horandson était pour ainsi dire refourgué dans un placard (curieuse coïncidence pour une personnalité qui refusait d’avouer publiquement son homosexualité). Au moins jusqu’aux élections législatives, finies les visites officielles à l’étranger. Toute la diplomatie était maintenant assurée par Karina Rawald et son ministre des Affaires Etrangères, devenu son meilleur allié (poste que lui-même occupait il y a encore un an). Karina Rawald l’humiliait tous les jours en le contraignant à des rendez-vous inutiles. Aujourd’hui, il devait féliciter la Miss Sébaldie 2022 bien qu’elle ait perdue. Le vice-président sébalde ignorait la personnalité de [url=http://www.simpolitique.com/post214465.html#214465]Hermine Dvorak[/url]… sans savoir qu’elle allait lui fournir l’alibi le plus solide pour empêcher de faire son coming-out…

<center>[img]http://img855.imageshack.us/img855/8653/1jgf.jpg[/img]
Hermine Dvorak
Miss Sébaldie 2022
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Hermine Dvorak : « Oui, monsieur le vice-président. »

Elle le dévora des yeux : ses cheveux gris chaque mois plus nombreux, ses rides mal cachées par le maquillage, son regard vitreux… Goran Horandson lui faisait de l’effet qui, bien évidemment, n’était pas réciproque. Ce dernier n’accorda pas un seul regard à Miss Sébaldie 2022.

Goran Horandson : « J’ai appris que vous aviez eu un malaise pendant la cérémonie… »

Hermine Dvorak : « Oui, l’émotion, vous savez… Un peu comme quand vous avez rencontré l’être cher. »

Goran Horandson se remémora [url=http://simpolitique.com/post191073.html#191073]sa première rencontre avec Anton Davornik[/url], devenu son colistier pour les législatives. Il avait vécu la nuit la plus intense, la plus mémorable de sa vie. Il avait cru que son cœur allait le lâcher, cette nuit-là.

Hermine Dvorak : « Par exemple, quand vous avez rencontré Madame Horandson. »

Goran Horandson : (très sec) « Il n’y a pas de Madame Horandson. »

Un peu choquée par le ton très sec, Hermine eut ensuite une expression qui semblait dire « Ah, tu m’intéresses… ».

Goran Horandson : « Veuillez m’excuser, je n’ai pas beaucoup de temps à vous accorder, avec tout le respect et toute la sympathie que je vous dois… Je ne peux que vous souhaiter le meilleur pour l’avenir. »

Hermine Dvorak : « Je vous remercie. Le meilleur, ce serait avoir un époux… mature. »

Goran Horandson : « Mature ? Oui, il est vrai que les jeunes d’aujourd’hui, de votre âge, gagneraient à être plus posés… Mais que voulez-vous, c’est la folie de la jeunesse… »

Hermine Dvorak : « Non… Je veux dire mature… Mature comme vous… »

Elle rougit de honte. Goran resta silencieux. Puis lui vint une excellente idée.

Goran Horandson : « Avez-vous lu la presse d’opposition ? Ils prétendent que je suis homosexuel. »

Hermine Dvorak: « Oui, je trouve que leur traitement est injuste à votre égard. »

Goran Horandson : « Non, justement… il est très juste. Mais l’information ne doit pas se savoir. Les conséquences pour la nation seraient collatérales. Pour vous, qu’est-ce qu’un couple ? »

Hermine Dvorak : « Je n’aime pas l’acte sexuel, qui devrait être obligatoire dans une relation. J’aime le contact avec mes pensionnaires dans la maison de retraite dans laquelle je travaille. Je les nourris, je les caresse avec un gant de toilette, je lave leurs parties intimes. Ils partagent leur intimité avec moi, je trouve ça très beau. J’aime particulièrement les accompagner vers la mort. Je privilégie les relations platoniques, l’acte sexuel direct me déplaît. Je préfère les sous-entendus, les non-dits, le situations subjectives… »

Goran Horandson : « Que pensez-vous du couple à trois ? De ce que l’on appelle « trouple » ? »

Hermine Dvorak : « Vous savez, si je devais être infidèle à chaque fois que je m’occupe d’un pensionnaire… Je suis très ouverte à ce niveau-là. »

Goran Horandson : « Le fait est que j’ai déjà un amant. Que je dois néanmoins cacher à la presse. Mais celle-ci a de plus en plus de soupçons sur moi. J’ai besoin d’une personne sérieuse pour m’aider et vous êtes la femme idéale. Je propose à ce que nous nous affichions publiquement dans les prochaines semaines, de telle sorte à ce que la presse nous croit en relation. Pour que ce soit crédible, nous organiserons des paparazzades avec quelques-uns de mes amis de la presse people. Il est évident qu’il n’y aura rien de charnel entre nous, mon cœur est mon corps sont la propriétaire d’un autre… »

Hermine Dvorak : « Oh, ne vous inquiétez pas, votre présence me suffit. J’admire votre froideur, votre rigueur… Elle me rappelle certains de mes pensionnaires, qui voient leur corps devenir rigide. »

Goran Horandson : « Euh… Très bien. Bien évidemment, comme tout conjoint d’un vice-président, vous aurez même le droit à vos propres appartements et même à votre chauffeur personnel. Mais la relation doit être officialisée. Êtes-vous d’accord ? »

Hermine Dvorak : « Vous savez, le confort, l’argent m’importent peu. Je serais ravie d’être votre cavalière. »
Sébaldie

Message par Sébaldie »

<center>Alibisexuel (2/2)
30 mai 2023
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Goran Horandson avait soigneusement attendu ce jour qui n’était pas n’importe lequel : c’était la veille des élections législatives. Le Mouvement Nationaliste Sébalde était donné perdant, voire même au coup-à-coude avec l’Alliance Sociale-Démocrate mais toujours loin derrière l’Union Nationale-Démocrate de Dana Liesder. La presse n’avait ménagé aucun des partis en compétition mais le MNS était largement criblé de critiques. Celle-ci, notamment, multipliait les articles sur la « vie secrète de Goran Horandson » : son homosexualité qui n’était plus un secret pour personne, sa relation avec l’acteur pornographique Anton Davornik. Absolument tout était passé au peigne fin. Le vice-président sébalde s’était fait muet ces derniers jours et avait donné rendez-vous à la presse en ce 20 mai pour ce qui allait être certainement sa dernière conférence de presse en tant que vice-président. Il avait fait en sorte de réunir toutes les conditions nécessaires pour être entendu par le maximum de Sébaldes. À 19h30 précises, il entre en scène. La salle de conférences n’a jamais été si remplie. Mitraillé par les appareils photos, scrutés par une vingtaine de caméras, Goran Horandson s’avance vers le pupitre.

<center>[img]http://img16.imageshack.us/img16/9586/goranhorandson200px.jpg[/img]
Goran Horandson
Vice-président de la République Sébalde
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[g]Goran Horandson :[/b] « Bonjour. Merci à vous tous d’être venus si nombreux. La campagne électorale pour le scrutin législative vit ses derniers instants. Demain, des millions de Sébaldes se rendront aux urnes pour décider du sort de leur pays, un pays pour lequel le gouvernement a employé les moyens nécessaires pour le sortir de son isolationnisme, de son insignifiance internationale et diplomatique, et pour répondre aux besoins quotidiens de ses concitoyens. Je regrette à ce titre que la presse ait focalisé son attention sur des rumeurs totalement infondées me concernant. Par ce biais, elle n’a fait qu’exprimer de l’indifférence, sinon du mépris à l’égard des réelles préoccupations des Sébaldes. Conscient néanmoins que les Sébaldes ont le droit à la vérité, je tiens à vous présenter celle qui partage ma vie depuis plusieurs semaines… »

Tous les journalistes tournèrent leur tête vers la porte de gauche, d’où entra une femme qui avait déjà une petite réputation : il s’agissait ni plus ni moins de Hermine Dvorak, Miss Sébaldie 2022, candidate malheureuse au concours de Miss Monde. Pourtant habituée des flashs, elle restait intimidée sur le podium. Les mains liées, elle souriait à l’auditoire et restait fidèle à son rôle de plante verte exigée de toute Miss.

<center>[img]http://img855.imageshack.us/img855/8653/1jgf.jpg[/img]
Hermine Dvorak
Miss Sébaldie 2022
</center>

Goran Horandson avait l’impression de gagner des points, à quelques heures fatidiques du scrutin, en se présentant aux côtés d’une femme. Le fait que le vice-président s’autorise un concubinage avec une femme qui avait plus de la moitié de son âge plairait aux libéraux. Et les conservateurs, sans l’approuver totalement, préféreront une union avec une femme qu’une vie de débauche avec d’autres hommes. L’objectif était de rassembler le maximum de Sébaldes.

<center>31 mai 2023</center>

Jour d’élection en Sébaldie. La presse avait été peu clémente par rapport à la prestation de la veille. « Goran Horandson, l’un des ministres les plus frivoles et fous de la République, après avoir appelé au cannibalisme et conduit une liste aux côtés d’un acteur du cinéma sébalde ayant tourné dans des films tels que Démonte-pneu montre sa carrosserie ou Le maître d’école punit son élève avec sa grosse règle, nous a présenté sa dernière trouvaille : une jeunette, accessoirement Miss Sébalde 2022, connue pour ses goûts macabres et gérontophiles. Il est temps que ce cirque s’arrête ! » écrivait l’un des journalistes les plus virulents. Goran Horandson avait joué sa dernière carte. Il ne se rendit aux urnes qu’une heure avant la fermeture du bureau de vote, toujours sous les regards, les flashs inquisiteurs des journalistes, photographes, caméramans venus en nombre. Il tenait à son coude Hermine Dvorak et ensemble, ils votèrent. Après quelques sourires de circonstance, Goran Horandson s’isola dans une pièce. Les résultats de l’élection n’allaient guère tarder à être diffusés mais ils avaient déjà largement fuité. Karina Rawald avait laissé un message sur le répondeur de son vice-président. Un message laconique :

<center>[img]http://imageshack.us/a/img710/4099/karinaralwad200px.jpg[/img]
Karina Rawald
Présidente de la République Sébalde
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Karina Rawald : « Fini de jouer, Goran. »
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