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Posté : mar. nov. 12, 2013 5:05 pm
par Rezzacci
<center>Archives de Stalagmanque</center>
Ici, vous trouverez, perdus dans les tréfonds des couloirs insondables, nombre d'ouvrages plus ou moins utiles pour votre futur ou vos problèmes.
Nos archivistes mettent à la dispositions des aimables métèques sillonant notre cité divers ouvrages littéraires, philosophiques ou scientifiques plus détaillés - ou qui n'ont pas leur place - que dans l'Encyclopédie de Stalagmanque.
Nous vous souhaitons une agréable lecture.
Honnêtement,
Le Conseil Provisoire des Archives de Stalagmanque
Posté : mar. nov. 12, 2013 5:06 pm
par Rezzacci
Catalogue incomplet
Fiction
[url=http://www.simpolitique.com/post211845.html#211845]Tabularium Faunique de Stalagmanque (le)[/url], D.K.S. Deccazzo (1956)
Philosophie
[url=http://www.simpolitique.com/post211844.html#211844]Atêchnée (l')[/url], ou [url=http://www.simpolitique.com/post211844.html#211844]Classification exhaustive de l'inaction (de la)[/url], Pr. R. de Gorgonzola (1987)
Politique
[url=http://www.simpolitique.com/post212414.html#212414]Démocratie (de la)[/url], L. Pilgrime (2020)
[url=http://www.simpolitique.com/post212587.html#212587]Nations humanistes (des)[/url], Collectif (2022)
Posté : mar. nov. 12, 2013 5:07 pm
par Rezzacci
<center>L’Atêchnée, ou De la classification exhaustive de l'inaction
Par le Professeur Roberto de Gorgonzola, Dr. ès Po. (1987)
Philosophie</center>
Dans une société qui a, depuis longtemps, aliéné l’homme au travail, il existe peu de bastions de la vraie chrétienté qui défendent ardemment à l’Homme son droit au repos et à son inaction. L’ère de la vapeur, de l’horloge et des horaires fixes transformèrent rapidement l’homme en bête acharnée qui ne vivait plus que pour fournir de l’énergie, assurer une production et faire fonctionner une gigantesque machinerie dont il ne pouvait même comprendre la substance.
Le communisme et assimilés, sous couvert de libérer l’homme de sa condition, le soumit à la contraire de remplir les plans quinquennaux qui l’abrutirent et ne lui permettant plus jusqu’au luxe de réfléchir.
L’ultralibéralisme, au contraire, laissa l’homme se gérer lui-même. Mais soumis à des fluctuations mercantiles et avilit par l’appât du gain et l’envie toujours de plus en plus effrénée du profit, on conditionna l’être humain afin qu’il fournisse de plus en plus d’énergie et de production ; on lui disait que c’était pour qu’il gagne plus d’argent. Et lui, pauvre hère, il y crût.
Enfin, même les systèmes dit traditionalistes, avec lesquels la Sérénissime est trop souvent amalgamé, utilisèrent le prétexte de la paresse en tant que péché capital pour faire culpabiliser serfs, vilains et citadins qui osaient se laisser à la douce tranquillité de la rêverie.
Ainsi, pour remettre l’être humain sur le droit chemin, et lui faire comprendre que prendre du bon temps n’est pas péché, il faut revenir aux fondements, et définir dans quels cas et quelles conditions il est honorable et non dégradant de se reposer.
Nous distinguerons principalement quatre grandes catégories, classées par ancienneté : l’oisiveté, l’acédie, la paresse et la procrastination.
La première tentative de classification remontre au Ve siècle avant Jésus-Christ. Hypocrite de Huyclos, scholarque de l’école philosophique Bancale, avait établi les prémices de la nécessité de l’otium, face au negotium. Il établissait qu’il était nécessaire qu’une caste d’individus soient oisifs afin de s’occuper d’affaires célestes et intellectuelles, sans avoir à s’occuper de questions triviales telles que « Où va-t-on manger ». Il fut donc l’un des premiers à établir la distinction de l’oisif, celui qui ne fait rien parce qu’il n’a rien à faire, avec les autres êtres humains.
Plus tard, il distingua aussi les acédiques. C’étaient également des individus qui ne faisaient rien, mais pas parce qu’ils n’avaient rien à faire, comme les oisifs, mais plutôt parce qu’ils ne voulaient pas le faire. Ces individus étaient vils et détestables, contrairement aux oisifs, qui n’étaient, somme toute, que jouets des circonstances.
Par ces définitions, Hypocrite de Huyclos posait les bases de l’Atêchnée, branche peu connue de la philosophie et de la métaphysique, traitant de l’inaction de l’être humain.
Cette distinction resta durant longtemps, sans autre considération. Si la catégorie des oisifs resta inchangée jusqu’à nos jours, celle des acédiques connut quelques modifications. Afin de rentrer dans les canons de l’Eglise et de ses péchés capitaux (termes qui ne seront définitivement définis par Saint Thomas d’Aquin), on distingua deux catégories d’acédiques : les acédiques proprement dits et les paresseux. L’un comme l’autre ne faisait rien alors qu’il avait quelque chose à faire. La distinction entre les deux se faisait sur le « Pourquoi » de la chose. Ce fut le théologien Malachie d’Erfurt qui, en 1250, donna leurs définitions que l’on considéra pendant longtemps dans la métaphysique de l’inaction humaine. Pour lui, « l’acédique est un individu accablé, oppressé par une force extérieure, qui le ralentit dans ses actions et le pousse à une inaction totale. L’acédique […] est donc une sorte de victime, d’être passif qui ne fait que subir directement et sans médiations ce que ses humeurs et passions imposent à son âme. […] Au contraire, il [le paresseux] est un être qui, loin de se poser en jouet de ses passions, choisit intentionnellement de ne pas contribuer activement à la société, de se replier en lui-même et de devenir […] un poids pour la société ». En ce sens, Malachie d’Erfurt rejoint la définition originelle de l’acédie telle qu’elle sera considérée comme péché capital, et pose les bases de la paresse moderne.
Aux temps modernes, les philosophes atêchnéistes, désireux d’intégrer l’homme dans une société de plus en plus productiviste, approfondirent les définitions, et firent apparaître une quatrième catégorie d’inactifs : les Procrastinateurs, catégorie trouvant sa source en un désaccord parmi les penseurs thorvaliens.
En effet, il y avait une zone d’ombre dans la nomenclature. Peut-on véritablement mettre dans la même catégorie celui qui ne fait pas ce qu’il doit faire parce qu’il a décidé de ne pas le faire, et celui qui ne le fait pas parce qu’il se trouve de mauvaises excuses, remet toujours au lendemain et culpabilise jusqu’à tenter d’oublier ladite action obligatoire ? Après de nombreux débats houleux, le penseur Leif Leifssen rompit les discussions en publiant, en 1866, son ouvrage De la différenciation nécessaire des sujets d’études de l’Atêchnée, en particulier de la sous-compartimentation des paresseux. Il sépara définitivement procrastinateurs et paresseux. Ceux-ci étaient des individus qui choisissaient volontairement de ne rien faire parce qu’ils jugeaient préférable, pour eux ou pour les autres de rester inactifs ; ceux-là, entre paresseux et acédiques, se donnaient un semblant de courage mais n’arrivaient jamais à aller au bout de leur tâche (contrairement aux acédiques chez qui il ne viendrait même pas à l’idée d’être laborieux).
L’Atêchnée était donc définitivement complétée, tous ses penseurs assurant qu’aucun autre inactif ne pouvait être classé dans l’une de ces quatre catégories.
Il n’est donc pas nécessairement malsain de ne pas travailler. Malgré ce qu’en disent nos amis athées, il est d’excellentes raisons de ne pas avoir à prendre un marteau ou résoudre des équations.
L’oisif ne fait rien car on ne lui donne rien à faire et il ne va pas en chercher davantage.
L’acédique ne fait rien car, comme accablé par une maladie, il est empêché de travailler.
Le paresseux, individu affirmé et indépendant, jouit de son libre-arbitre divin pour ne pas travailler.
Et, enfin, le procrastinateur, être faible, est un hypocrite qui se ment à lui-même en se trouvait de fausses excuses pour ne pas travailler.
Le travail qui reste à faire pour les atêchnéistes est de définir, des quatre catégories, lesquelles sont louables et vertueuses, et lesquelles sont condamnables et pécheresses.
Posté : mar. nov. 12, 2013 5:16 pm
par Rezzacci
<center>Le Tabularium faunique de Stalagmanque
Par Darsi K.S. Deccazzo (1956)
Fiction</center>
L’archiviste trouva enfin le dossier qu’il recherchait et, avec la satisfaction du travail bien fait, le rangea sous son bras pour reprendre sa lampe. Le Tabularium de la millénaire cité de Stalagmanque est d’une taille que certains comparent à l’infini, et nombreux sont les dangers qui y rôdent et qui eurent le temps de se former au cours des siècles d’Histoire de ces lieux antiques, sans que quiconque puisse y apporter une explication rationnelle. Heureusement, chaque archiviste se voit confier, lors de la signature de son contrat, une amulette repoussant les mauvais esprits et les créatures malsaines, amulette qu’ils gardent toujours…
Le fonctionnaire tâta au niveau de sa poitrine : l’amulette ne s’y trouvait plus ! Le cordon la retenant avait dû se détacher de sa blouse grise. Affolé, il regarda autour de lui, mais la chiche lumière délivrée par le phénix dans sa cage et servant de lumière était trop fatigué et âgé pour fournir un éclairage suffisant. La poussière et les ténèbres rendaient ardue toute recherche. Tentant de retrouver son calme, il retourna calmement sur ses pas, le plus discrètement possible afin de ne pas attirer la moindre créature vivant dans ces limbes administratifs.
Trop tard : droit devant lui, deux yeux froids brillaient d’un éclat malsain. S’agissait-il de Fluffi, le monstre qui fut créé dans les eaux toxiques et polluées de la lagune de Stalagmanque ? En ce cas, l’archiviste était voué à une mort immédiate et atroce – si l’on en croit les légendes. Par chance, il ne s’agissait que d’une licorne, avide de sang et très vite attirée par la chaleur dégagée des êtres vivants afin de les dépecer et les trouer de sa corne . Cela ne signifiait pas que le danger était écarté, loin de là ; mais cela offrait l’opportunité au rond-de-cuir d’avoir une chance de survie. Faisant demi-tour en dérapant, il détala dans le sens opposé vers ce qu’il croyait être la sortie.
Longeant des étagères chargées majoritairement de volumes et de dossiers plus ou moins bien classés, il sortit de l’annexe Cadastre et Propriété du Quartier des Bâcles de la Cité de Stalagmanque, catégorie 7, pour déboucher dans l’aile Propriétés Gustatives des Herbes Aromatiques et autres saloperies de crudités. Les innombrables herbiers dégageaient quantité d’arômes contradictoires qui embaumaient l’air d’un relent de pourriture sèche, attirant une foule nombreuse de volatiles en offrant une nourriture de qualité, devenant une sorte de gigantesque volière où les nycticorax putrides bataillaient la place avec des picolatons véloces. Si les premiers se contentaient de rendre l’atmosphère encore plus irrespirable, les seconds fonçaient sur le moindre étranger dépourvu d’amulette afin de le piquer et le harceler jusqu’à ce qu’il fuit où, plus généralement, que mort s’en suivre. Protégeant sa tête à l’aide de son dossier et tenant la cage de son phénix-lanterne contre son torse, le gratte-papier ne stoppa pas, tricotant des jambes afin de passer cette aile le plus rapidement possible, sachant que la licorne serait tout autant la cible des oiseaux que lui. Bien que le phénix était également une protection naturelle contre ces oiseaux de malheur, l’archiviste n’ouvrit pas la cage, en partie parce qu’il ne voulait pas perdre son unique source de lumière, et il savait également que ce phénix épuisé, au crépuscule de son existence, ayant dépassé depuis longtemps la date de péremption, refusait, on ne sait pourquoi, de se réduire en cendres, se régénérer et redevenir pimpant comme avant ; cette apathie le rendait amorphe et inutile comme moyen de défense.
Suivant le tracé des étagères, zigzaguant entre les poteaux métalliques prévus pour protéger les archives de la foudre lorsque celle-ci frappait les bâtiments de surface, le préposé bénit intérieurement les architectes fantasques de ces souterrains, qui les avaient truffés de nombreux virages et pratiquement aucune ligne droite, donnant à l’homme un avantage sur l’équidé. Ses mollets et son postérieur commençaient à souffrir sensiblement des pics de becs des picolatons, mais il percevait, derrière ce virage, la sortie de la volière, et la fin du terrain de chasse des volatiles.
Passant sous une arche et contournant un tas de fatras composé essentiellement de bouquins, il s’accorda une pause pour retrouver son souffle. Le cataclop provenant du couloir lui apprit que la licorne était aussi toujours en course, et qu’il valait mieux donc ne pas traîner. Prenant ses affaires fermement, il reprit sa route.
Il ne reconnaissait pas bien cette section des archives, n’ayant pour seul indice que l’odeur fortement iodé et âcre d’une zone lacustre, marais en bord de mer. Au milieu de cette zone sèche d’encre et de papier, cela paraissait pétri de non-sens et de…
Le bibliothécaire stoppa net : devant lui, d’un noir d’encre, s’étendait l’immensité d’un lac souterrain. La lumière blafarde de son phénix suggérait, au loin, l’immense tête d’un poulpe et ses immenses tentacules. Il se souvenait maintenant de cet endroit, longuement décrit par des archivistes qui s’étaient perdus et avaient errés dans des contrées inexplorées des archives : ce lac était sensé abriter un kraken adolescent, qui se nourrissait de tout ce qui tombait dans l’eau. Le préposé s’était arrêté à temps.
Le bruit du galop retentit dans son dos : il se retourna, et vit les naseaux fumants de la licorne s’avançant à toute vitesse, puis sauta sur lui. Il n’eut qu’un réflexe, qui fut de se baisser, et il s’en félicita : la licorne continua sa courbe en cloche au-dessus de la surface moirée du lac ; elle n’eut même pas le temps de toucher l’eau qu’un gigantesque tentacule s’avança et l’attrapa avant de la noyer en direction de la bouche de l’abominable mollusque.
L’archiviste, satisfait, retourna sur ses pas, en direction de ce qu’il croyait être la sortie. Après avoir marché sur près d’une lieue, il trébucha sur ce qui semblait être une gigantesque queue d’écailles. La cage du phénix, en tombant, produisit un drôle de bruit. Le regardant attentivement, son propriétaire s’aperçut que le volatile s’était pétrifié jusqu’au bout de ses plumes. Il brillait toujours, mais sous la forme d’une pierre incandescente et fluorescente. Il reporta son attention sur la gigantesque queue écaillée, et n’en conclut qu’une seule chose. Il chercha frénétiquement dans sa blouse afin de retrouver ses lunettes visant à se protéger du regard mortel du basilic qui serpentait en ces allées et qui avait été la cause de la pétrification de sa lanterne. Ne trouvant pas ses bésicles, il se résolut à fermer les yeux et faire demi-tour en priant de ne pas se diriger vers la gueule du serpent-roi.
Il ne se cogna que peu de fois, sa mémoire des chemins des archives étant assez bonne. Après avoir mis une assez grande distance entre le reptile et lui, il consentit à rouvrir les yeux. L’atmosphère s’était considérablement rafraîchie, pour une quelconque raison. Mais ce qui lui accrocha les yeux fut la horde de kobolds qui fonçait droit sur lui. Les kobolds sont une race assez particulière des archives, puisqu’ils sont exclusivement constitués d’archivistes définitivement perdus, retournés à l’état sauvage et qui hantent désormais ces couloirs poussiéreux, haineux envers leurs anciens confrères toujours civilisés et obnubilés par un système de classement demandant toujours à être perfectionné. Mais ici, étrangement, ni la présence d’un être non corrompu en ces lieux, ni des dossiers dérangés de leur emplacement originel, ne semblaient être le centre de préoccupation de ces petits hommes laids, difformes et brutaux, ultimes spectres des serviteurs de l’administration de Stalagmanque. Ils semblaient seulement en fuite, en proie à une crainte sans nom, courant le plus loin possible de ce qui les terrifiait. Se pourrait-il que ce soit Fluffi ? Quoiqu’il en soit, la température continuait de baisser, et des bruits inquiétants se faisaient entendre de l’autre côté des étagères.
Avançant prudemment, il passa un œil, son dossier toujours sous un bras et sa lanterne sous l’autre.
Une grande salle se présentait, recouverte d’un dôme givré ; et, sous le dôme, un gigantesque dragon blanc feulait et s’ébrouait. Du genre Draco Borealis, le Dragon Blanc est un gigantesque reptile dont la particularité n’est pas de cracher du feu ou de l’eau, mais bien de la glace, ses entrailles étant le siège d’imbroglios alchimiques aussi abscons qu’hermétiques. Généralement utilisés comme gardiens de trésor par les gouvernements assez fous pour les utiliser, il avait été fait mention, au Sénat de Stalagmanque, d’utiliser un de ces monstres pour garder le trésor le plus précieux de la ville, à savoir le Tabularium. Mais ce dragon-ci était sauvage : point de chaînes, point de griffes aiguisées par des outils, et l’œil brillant d’un éclat gelé dénotant toute sa rage et sa férocité.
D’où cette question : comment un satané dragon avait-il pu se retrouver dans ces archives exigües ?
La réponse devra se faire attendre, car l’œil avisé du draconien repéra tout juste le fonctionnaire jetant un œil. En un grognement titanesque, il s’élança à sa poursuite. N’écoutant que son adrénaline, le scribe municipal fit demi-tour en suivant la route empruntée par les kobolds quelques instants auparavant. En son for intérieur, il se forçait à les dépasser, car il savait que le plus important n’était pas d’être plus rapide que le dragon, mais juste être plus rapide que les autres proies potentielles.
Par chance – ou malchance – les kobolds s’étaient engagés dans la plus longue, large et droite artère de toutes les archives, qui débouchait en son extrémité sur l’entrée de ce lieu sacré. Le blizzard sortant de la gueule du reptile ailé entravait les mouvements, mais la peur, mauvaise conseillère mais bon coach sportif, donna l’énergie nécessaire pour dépasser les êtres velus qui furent autrefois ses collègues. Le dragon, cependant, ne faiblissait pas, ses griffes creusant de gigantesques sillons dans le parquet, ses ailes déployées renversant les étagères, et sa gueule attrapant le maximum de proies qui lui était possible. D’autres autochtones fuyaient également ce monstre des fjords : griffons, catoblépas, mermecolions, salamandres, et même un hippalectryon, tous autant d’ennemis naturels qui fuyaient devant cette menace glaciale.
Plus que cents mètres, et l’archiviste arriverait enfin à la sortie, protégée contre toutes les folies de ce monde infernal. Il ne restait plus qu’un obstacle, qui se précisait à mesure qu’il s’approchait, et qui se tenait, droit, au milieu du chemin menant à la sortie.
Fluffi.
Cette aberration de la nature, cette monstruosité, résultat de tous les produits alchimiques déversés dans la lagune de Stalagmanque, était ce que la population de la cité avait produit de pire dans son histoire – et Dieu sait qu’elle en a produit, des horreurs – et ce que le monde entier avait le plus à craindre. Sa fourrure, d’une douceur incomparable, n’était que la surface de ce monstre amoral qui ne faisait aucune distinction entre le bien et le mal, et dont la seule préoccupation était la destruction et le Chaos.
Mais pas aujourd’hui, songea l’archiviste. J’ai du travail.
Alors, d’un mouvement ample et calculé approximativement, l’archiviste balança la lanterne contenant toujours le phénix pétrifié, qui, en une courbe magnifique, plongea directement sur la tête de Fluffi. Cela ne le tua probablement pas, non, mais permit à son ex-victime de le dépasser. Le dragon ne ralentissait pas, les kobolds criaient et couraient toujours, et Fluffi prenait déjà la course.
Une volée de cinquante-sept marches, taillées dans le roc, montaient vers une porte bardée de cinq verrous. Tout en grimpant l’escalier, et en tenant fermement son dossier, l’archiviste sortit son trousseau de clefs, le fit tomber, le ramassa, reprit sa course et arriva devant la porte. Il connaissait les consignes, et il savait que personne, de l’autre côté, ne devait ouvrir sous le moindre prétexte, sauf pour venir chercher un document. Le préposé ne devait donc compter que sur lui-même. Il sentait le froid mordre ses mollets, là où les picolatons l’avaient copieusement assailli, et il entendait les grognements furieux de Fluffi montant les marches. Les serrures, légèrement grippées, s’ouvrirent sans présenter trop de résistance, et ce fut avec l’énergie du désespoir que l’archiviste ouvrit la porte, se rua à l’extérieur et la rabattit derrière lui.
Ici, deux collègues assis à leur bureau et un client le regardèrent entrer, sans vraiment y faire attention. Leur quiétude avait quelque chose de rassurant. Au-dehors, le firmament étoilé indiquait que l’expédition dans les archives avait duré un assez long moment. L’un des deux hommes en blouse grise, relevant son nez de sa feuille et regardant son confrère par-dessus ses lunettes, lui demanda :
« Alors, ce dossier ?
–Oh, la routine. »
Posté : sam. nov. 16, 2013 10:18 pm
par Rezzacci
<center>De la démocratie
Par Leonardo Pilgrime, Dr. ès D.L. (2020)
Politique</center>
Pour beaucoup de géopoliticiens, la Sérénissime République de Stalagmanque n’est pas une démocratie.
Qui serions-nous pour le contredire ? En effet, les corps décisionnels ne sont pas choisis par le peuple, mais correspondent à une élite intellectuelle, matérielle et spirituelle. Cela n’en fait pas une démocratie, mais une aristocratie, soit. Ne jouons pas sur les mots.
Les autres nations sont, généralement, des oligarchies elles-mêmes, puisque basées sur le système électif, car, comme l’a dit le philosophe antique Kakistote, « Il est démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu'elles soient électives ». En réalité, seuls certains gouvernements idéaux et ébauches de politiques formeraient ce que l’on pourrait réellement appeler une démocratie, comme Azude, où le tirage au sort prend une part véritablement importante aux prices décisionnelles – bien que le tirage au sort soit interdit à certaines catégories de personnes, ce qui est le premier symptôme des sociétés tyranniques se disant démocratiques.
De ce fait, comment différencier l’oligarchie élective dite démocratique de l’oligarchie aristocratique dite tyrannique ?
Il faut se baser sur la prise décisionnelle.
En effet, un pays est démocratique si le nombre de personnes qui prend une décision est suffisamment important par rapport aux citoyens. Qu’importe comment ces personnes sont arrivées au pouvoir ; le fait qu’elles aient été désignées par le peuple n’est pas un gage qu’elles voteront en faveur du peuple, malgré tout ce que les politiciens veulent bien nous faire avaler.
L’indice de démocratie le plus basique doit donc être pris sur un pourcentage, à savoir le pourcentage de personnes prenant effectivement une décision par rapport aux citoyens du pays.
Pour simplifier les calculs, nous considérerons les organes législatifs comme étant les décisionnels.
Ainsi, pas d’étonnement : le pays se disant démocratique et obtenant le plus haut score est le Danmaya, avec 30000 décisionnaires dans le Grand Conseil, pour 28000000, ce qui donne un score de 0,1%, à savoir un score assez haut puisque la moyenne des pays démocratique se situe aux alentours de 0,0002%.
Ainsi, les décisions ne sont prises que par un nombre réduit de personnes.
Mais qu’en est-il de Stalagmanque, avec ses 960 sénateurs pour 49318 citoyens ? Eh bien son pourcentage de décisionnaires est de 2%, ce qui en fait le plus haut score, quelle que soit la nation, prétendument démocratique ou non.
De ce fait, factuellement, les décisions prises à Stalagmanque le sont par un plus grand pourcentage de citoyens. Les décisions sont de facto démocratiques, surtout quand on considère le Sénat sous sa forme exécutive, donc active, et non pas seulement législative, donc passive.
Ainsi, Stalagmanque est, pour la prise de décision, le pays le plus démocratique qui existe sur notre Terre, en tous cas pour l’instant.
D’aucuns diront que pour un petit pays, c’est facile. Que d’organiser de telles élections avec des nations comportant plusieurs millions de citoyens, ce n’est pas facile.
N’est-ce pas là un argument en faveur des petites nations, plus fortes économiquement, et plus démocratiques ? N’est-ce pas là le meilleur argument contre la recherche, à tout prix, de la croissance, de la puissance et de la taille, juste pour dire aux autres pays « regardez, c’est moi qui ait la plus grosse ! »
Gageons, lecteurs, que ceci, cependant, entrera dans l’oreille d’un sourd…
Posté : lun. nov. 18, 2013 7:47 pm
par Rezzacci
<center>Des nations humanistes
Sénat de Stalagmanque – Collectif (2022)
Politique</center>
Avant toute chose, il est nécessaire de se remettre dans le contexte.
Terienkov, le monstre sanguinaire qui aurait, semble-t-il, perdu toute notion de moralité, dirige d’une main de fer et d’une manière complètement absurde – à faire pâlir d’envie nos propres institutions – la première puissance militaire mondiale afin d’en faire ce qu’il souhaite, ce qui, selon nos prédictions, se résume à un champ de ruines et un désert humain sur toute la surface du globe.
Nous ne discuterons pas ici de la pertinence ou non de tels actes. Si beaucoup considèrent en effet que l’annihilation de l’humanité est quelque chose d’affreux, il ne faut pas perdre de vue les innombrables injustices, la surpopulation croissante et l’enfer toujours quotidien qui s’empire, non pas seulement à cause de l’URKR, mais également de toutes les autres nations de ce monde, et Stalagmanque en possède sa part. C’est bien la petite part d’égoïsme primitif qui se dresse face au géant rostov, mais peut d’individus le reconnaîtront, et encore moins les gouvernements.
N’oublions pas que si l’humanité disparaît entièrement sous le feu rostov, ce ne sera ni horrible, ni triste, ni immoral, puisque l’horreur, la tristesse et la moralité ne sont des notions qui n’existent que dans l’esprit humain, et que si celui-ci disparaît, ces notions également.
Mais là n’est pas la question. Il est bien plus intéressant de se pencher sur les réactions des pays face à l’horreur rostovique.
La plupart – pour ne pas dire, dans une certaine mesure, la totalité – se dresse face à Terienkov, arguant qu’il n’y a rien à faire que de le supprimer pour tenter de sauver le monde, et que cet individu est irrécupérable.
Notez que ce discours est tenu également par certaines nations se disant humanistes.
Or, qu’est-ce que l’Humanisme ?
L’Humanisme est une croyance, une doctrine, une idéologie – sensée ou non, que l’on partage ou qu’on ignore – selon laquelle l’homme n’est pas forcément fondamentalement bon, mais que, quoiqu’il arrive, on peut trouver, en chaque être humain, une once de rationalité, une poussière de sentiment, un brin de bon sens.
Et Terienkov est également un être humain. De ce fait, selon les humanistes, il doit être possible de le raisonner. Très ardu, mais ce doit être possible.
Certains diront que Terienkov n’a plus rien d’humain. Mais malgré tous les jugements de valeur, il n’en reste pas moins un. Et on ne peut pas rejeter un humain de l’humanité sous prétexte qu’il ne respecte pas ses canons. Il est aisé de dire qu’il y a du bon en chaque être humain si on exclue ceux qui n’en ont pas. Cela reviendrait poser une définition par elle-même ; définition circulaire qui ne peut pas exister.
De ce fait, tous ceux qui se dressent contre Terienkov ne sont pas humanistes. En philosophie, un contre-exemple suffit à faire s’effondrer toute une théorie ; une Loi ne peut accepter d’exceptions. Seule la Grammaire, hydre monstrueux, peut concilier ces principes.
Alors, réfléchissez-y : ceux qui déclarent la guerre à la Rostovie sur le principe de la non-humanité de Terienkov perdent à jamais leur statut d’humaniste, en ne le méritant plus. Terienkov est et restera un être humain, que l’on doit pouvoir comprendre. Honte sur vous si vous n’avez pas essayé.
Et si, dans l’avenir, un gouvernement ayant déclaré la guerre à la Rostovie se déclare humaniste, le Sénat de Stalagmanque se lèvera et dira d’une seule voix (à hauteur maximale de 62%) : « N’oubliez pas Terienkov ».
Songez-y, et gardez à l’esprit si ce que vous faîtes n’est pas une monumentale erreur.