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Posté : lun. oct. 14, 2013 10:19 pm
par Frederick St-Luys
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Ombres et lumières - Sujet principal de RP interne
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Utilisation possible extérieure sur demande.
Structure du topic:
-Les messages précédés de la bannière "lumière" concernent des affaires, histoires et évènements publics, se déroulant au grand jour.
-Les messages précédés de la bannière "ombres", au contraire, concernent des évènements partiellement ou entièrement, secrets ou clandestins. Sauf contre-indication, ils ne sont pas sensés passer au JT Shawiricien le lendemain.
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Dramatis personæ</center>
Monde de la politique:
- Angus Bradley Enterlow: Chief Whip de la Chambre des Municipalités, connu pour sa mémoire infaillible des personnes, et son mauvais caractère.
- Francis Flemming: loyal et sans ambition, il est l'homme de peine du premier ministre
- Frank Murdoch Cooper Commissaire-général de Sambria Yard, la Police Métropolitaine de Lynnsmouth. Connu sous le surnom "un flic de béton".
- Sir Abercrombie Wyliff Athelhert: Lord Treasurer of Kaldia, membre du Parti National Conservateur au pouvoir.
Monde des affaires:
- The Most Reverrend Reginald Langston:
- Alan Arthur Canbroke: the Duke of Canbroke, grand actionnaire dans de multiple firmes
- Jane Gardiner: membre du conseil d'administration d'Associated Chemical Companies of Kaldia (ACCOK)
Monde de la religion:
- The Most Reverrend Reginald Langston: Supérieur Général de la Compagnie de Jésus
Aristocrates:
- Lord Stanley Nathaniel FitzAlmeric, Viscount SaintClair: Vicomte SaintClair, Lord de Almhair Castle, en Sambria, ancien chancelier de l'échiquier.
Les forces armées:
- Lieutenant-General John Lirderand: membre de l'état-major des forces armées
Les services spéciaux:
- Matsu Sonowa: Chef de la section "Liaison et Contact" de Pro Specialis Causa, le plus secret des organes de renseignement et de sécurité kaldiens. Fille d'émigrés makarans, elle est dotée d'un sixième sens pour la recherche d'informations et la création de réseaux.
- Clement Harvey Dunstove: Directeur de Pro Specialis Causa, âgé d'une cinquataine d'années, à la barbe grise parfaitement taillée, il est un personnage manipulateur et énigmatique, possédant de connections passées avec Lord SaintClair.
Le monde de l'ombre:
- Indépendants
- Te'Serelys: Assassin, indépendante, et masquée. Soeur d'Addle.
- S5R, organisation clandestine spécialisée dans le business de l'information et des assassinats.
- Stanley Higgins: directeur des opérations de S5R
- Chris Ulson: bras droit de Higgins
- Addle: agent de S5R, assassin, partenaire de Chalys
- Chalys: agent de S5R, assassin, partenaire d'Addle
- Lorris: agent de S5R
- Trara: agent de S5R
- Oswald: agent de S5R
- Antlers: agent de S5R
- Oxer: agent de S5R
- Lind: agent de S5R
- Andrew: agent de S5R
Les personnages principaux seront listés, assortis d'une brève description, au fur à mesure qu'ils surgiront et seront développés.
Posté : mer. oct. 23, 2013 9:48 pm
par Frederick St-Luys
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A Sambrian Trip -Un voyage sambrien
Episodes dans la vie d'une famille kaldienne - I </center>
Durant toute la journée, Francis Hemming avait été dans le train, depuis Saint Matthew Station à Lynnsmouth, jusqu'ici, le terminus de la branche est de la North-Western Line, à Arnersbury, petite ville endormie, sise au fond d'un firth brumeux. Quelle idée pour le patron de l'envoyer ici!
Né à Elys, dans les Midlands, Hemming y avait passé l'essentiel de sa vie. Il ne venait que rarement à la campagne, principalement voir sa belle-famille dans le Dingsmere, pas loin de Raventry, où les campagnes étaient riantes, couvertes de jardins et de charmantes maisonnettes.
Mais il en était autrement pour Sambria. La région la plus au nord-ouest du Kaldia était connue par sa nature spectaculaire... et son temps notoirement mauvais. Brume et pluie semblaient s'alterner ici, alors qu'en d'autres pays, sous la même latitude, les ventes de climatiseurs explosaient.
Dès la sortie de la guerre, l'humidité de l'air le frappa. Puis ce fut l'environnement: la place devant le petit bâtiment XIXème des chemins de fer était assez vide dans la nuit tombante. Une demi-douzaine de voitures étaient garées en double-file ou carrément sur le trottoir, leurs conducteurs allés accueillir sur le quai les derniers arrivants du train du soir. Une vingtaine de motos et de scooters étaient aussi garés et attachés à divers lampadaires, dans un joyeux désordre. L'éclairage public jaunâtre et fatiguant pesait, et immédiatement le nouvel arrivant se prit à regretter la modernité et la propreté de Lynnsmouth.
-Monsieur Flemming?
La voix le fit sursauter. Il se retourna, et découvrit la silhouette habillée de noir de son interlocuteur, dont le visage un brin blafard était caché par l'ombre que projetait sa casquette bleu marine.
-Hemming, corrigea mécaniquement l'intéressé.
-Je suis le chauffeur de Sir SaintClair, reprit l'homme, il m'a chargé de vous emmener auprès de lui.
Soupirant, Hemming emboita le pas du chauffeur, qui avait, sans attendre confirmation, repris le chemin de son véhicule. Rangé proprement sur une place, cela s'avérera être une vieille limousine Wollster-Denley noire astiquée avec un soin tenant sans doute plus de la maniaquerie. L'étoile filante chromée dominant l'avant de son capot brillait même dans la lumière médiocre des réverbères.
Impeccablement, le sombre chauffeur ouvrit de ses mains gantées la porte arrière du véhicule, et c'est avec gratitude que Hemming s'installa sur la banquette de cuir. L'intérieur sentait vaguement une odeur à la fois ancienne mais propre, sans doute liées au coussins brodés de motifs traditionnels qui s'y trouvaient.
Ils prirent la route dans la circulation vespérale. Le moteur, bien entretenu lui aussi, n'émettait qu'un bruit supportable, bien plus que celui des multiples deux roues pullulant ici, comme partout au Kaldia, dans les rues. Mais dès qu'ils eurent quitté la ville, ils se firent progressivement plus rare, jusqu'à complètement disparaitre.
Désormais, la limousine roulait seule sur des chemins étroits et parfois un peu cahoteux, ses puissants phares au mercure perçant à peine les ténèbres. Hemming admirait la maîtrise du chauffeur, qui semblait se diriger sans effort dans la nuit sambrienne. Car, au delà de l'inclinaison régulièrement croissante marquant leur montée progressive dans les Candell Mountains, pour son passager, il n'y avait que l'imagination qui lui permettait de restituer les vastes étendues herbeuses et les quelques bosquets caractéristiques du paysage local.
Rapidement, il perdit le compte du temps. Le chauffeur ne parlait pas, et il était trop fatigué pour vérifier sur sa montre ou son portable. L'intérieur sombre de la voiture et les banquettes mouelleuses aidant, il somnolant longtemps, avant de s'endormir pour de bon.
Après un temps indéterminé, il fut réveillé par un crissement. Vibrant, la Wollster-Denley s'était apparemment engagée sur une allée de gravier. Relevant le nez et regardant à travers la vitre, il eut le temps de voir un portail en fer forgé à l'ancienne passer devant eux, puis de nouveau les ténèbres.
Après quelques minutes encore sur les graviers, la limousine ralentit et s'immobilisa enfin. Un spectacle fascinant était désormais visible: la façade d'un château sambrien, haut de trois ou quatre étages, dont de nombreuses fenêtres étaient illuminées, la lumière coulant étrangement sur le lierre des murs. C'était une image fantastique, un brin irréelle pour les yeux d'un homme tout juste réveillé, comme l'arrivé dans un château sorti du passé.
La portière s'ouvrit; la main gantée de noir du chauffeur apparut, la tenant.
-Je vous en prie, monsieur, fit-il.
Encore vaguement endormi, Hemming opina et, prenant sa serviette, quitta la Wollster-Denley. Ses pas crissèrent sur le gravier, et il embrassa encore une fois du regard l'édifice brillant dans les ténèbres.
-Bienvenue à Almhair Castle, monsieur Flemming, contiua le chauffeur.
Cette fois-ci, le visiteur ne le corrigea.
Posté : ven. nov. 01, 2013 11:56 pm
par Frederick St-Luys
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Skyline de Lynnsmouth
Within the shadows - Dans les ombres
Dans la capitale - I </center>
C'était vers dix-sept heures, à l'heure où habituellement les gens sortaient du bureau ou de l'usine, qu'elle avait garé sa voiture sur le parking d'une zone industrielle du nord de Lynnsmouth, à proximité des locaux d'une société de fabrication d'emballages plastiques. Tranquillement, elle rassembla ses affaires dans un grand sac à main en cuir beige, et se dirigea vers l'un des petits édifices proches, dont le panneau d'entrée à peine lisible derrière la vitre crasseuse indiquait l'antenne locale d'un groupe de transport.
Une clochette sonna faiblement lorsque Matsu passa la porte, et l'homme derrière le bureau de la petite boutique leva la tête du magazine qu'il était en train de lire, pour se rasaisir et la saluer vivement.
-Welcome back.
Elle se permit un petit sourire, mais ne s'arrêta pas sur le chemin de la porte de l'arrière-boutique. Là, dans la lumière électrique jaunâtre elle avisa immédiatement la trappe métallique d'un autre âge située dans le sol, au coin droit de l'étroite pièce dépourvue de fenêtres. La trappe, vaguement rouillée, avait l'inscription "Valecombe Iron & Steel Works - 1924" gravée en haut, et, en bas et en plus grand, "CHAUDIERE".
Sans effort visible, Matsu releva la trappe, et commença à s'engager dans le boyau situé en dessous, s'accrochant aux échelons d'acier trempé luisants qui s'y trouvaient. Ici l'éclairage était assuré par des LED bleues, placées à intervalles réguliers, dans une descente de plus de vingt mètres, jusqu'à ce que le boyau débouche dans une petite cave, dont le néon blanc s'alluma automatiquement lorsque la présence de la nouvelle venue fut détectée.
Une porte en acier à l'aspect neuf fermait la cave, avec une complexe serrure, aux traits vaguements gothiques, reliée à plusieurs touches analogiques, sur lesquelles Matsu entra rapidement une combination. Un léger "clic" se fit entendre, et elle passa le battant désormais ouvert.
Derrière se trouvait un long couloir blanc asceptisé, bien éclairé par des spots, et marqué de nombreuses portes comparables à celles qu'elle venait de quitter, quoique dépourvues de serrure aussi compliquée. Plusieurs personnes se trouvaient dans le couloir, portant un étrange uniforme gris et bleu sombre, qui saluèrent de la tête la nouvelle venue.
Cette dernière leur accorda à peine un regard, et se dirigea vers la plus proche des portes, qui ouvrait sur une longue pièces aux multiples armoires métalliques étroites; elle alla jusqu'à la sienne, et, rapidement, se changea, quittant son jean et sa veste couleur sable pour le même uniforme que les hommes et femmes du couloir.
Cela fait, se sentant déjà plus à l'aise, elle alla tout droit à l'endroit où elle était attendue, plusieurs centaines de mètres plus loin, dans ce qui avait été l'emplacement des bureaux administratifs de cette station de métro du tracé nord-ouest depuis quarante ans abandonné de la ligne 5 du métro de Lynnsmouth.
-Ah, Chief Sonowa, fit dès son entrée dans la vaste salle de conférence le plus proche des assistants, vous tombez à pic, nous étions justement en train de discuter de l'affaire que vous étiez partie régler.
-Monsieur le Directeur, salua brièvement Matsu en renfermant la porte derrière elle, mesdames, messieurs les chefs de section...
Vivement, elle prit place de l'autre côté de la table, à côté de Richard O'Malley, le chef de l'escadron d'action technique. En plus du directeur, Clement Dunstove, quincagénaire à la barbe grise parfaitement taillée et à la mine rusée, il y avait encore Lyna Baynes, chef de la "Base" - les services techniques et expérimentaux, situés dans les Green Mountains -, ainsi que Francis Langlew, le patron du service "action", la principale force de frappe.
Et elle, Matsu Sonowa, chef de la section "liaison & contact", qui venait tout juste de revenir du centre-ville.
-Alors, Chief, s'ébroua Langlew, homme grand et maîgre, rappelant par moments un vampire, cessant brièvement de se gratter le menton, quel était le résultat de cette visite? Que pensent les pontes du SEC (Special Executive Council)?
Elle haussa ses épaules, puis sourit.
-Beaucoup de choses, si vous voulez une réponse à cette question. Mais, concernant ce qu'ils avaient mentionnés avant...
Matsu sortit une clé USB de la poche de sa veste gris sombre, et la posa sur la table.
-Tout est ici, je vais le faire transférer sur notre serveur central dès la fin de cette réunion. Hellis nous a laissé le feu vert concernant les SoS, et nous a transmis tout ce que le KIS (Kaldian Intelligence Service) a rassemblé sur le sujet. Ils ont également étés discrétement désaisis de l'affaire.
Dunstove hocha la tête, satisfait. Cela faisait plusieurs jours qu'ils avaient leurs yeux sur l'affaire SoS. Ce groupe, entre le parti d'extrême-droite et la secte, vaguement nationaliste s'était surtout fait connaître en effectuant des contacts troubles avec des gangsters et pirates d'Astara. D'après le KIS, ils auraient même réceptionné des chargements d'armes de contrebande.
Il était clair qu'il était temps d'y mettre un terme, toutefois, les pontes du SEC avaient décidé que ce serait à Pro Specialis Causa (PSC) de faire le ménage. Car il y avait un plan derrière.
-Chief O'Malley, est-ce que tout est prêt pour la substitution? Demanda le directeur.
Ce dernier opina.
-Tout à fait, sir. Nous avons réussi à rassembler toutes les données et le matériel nécessaire, ils n'y verront que du feu.
Dunstove sourit, ce sourire insaisissable qui semblait disparaitre presque aussitôt de ses lèvres, ajoutant au caractère inexplicablement inquiétant du personnage.
Le plan de PSC ne comprenait pas seulement l'élimination - physique - des éléments les plus nuisibles de SoS, mais également une action audacieuse, où des agents du service action allaient incarner les hommes du SoS lors d'une rencontre avec les criminels étrangers, et, via les contacts sur place et une action rapide, tenter de faire tomber toute la filière. Matsu elle-même avait déjà plusieurs de ses hommes infiltrés sur place; ça n'était désormais qu'une question de doigté pour parvenir à tuer l'arbre mangé de vers.
-Et pour le reste? Qu'est-ce que ce vieux renard de Hellis avait d'autre à dire?
-Ah, oui, dit lentement la chef de "Contact & Liaison", il y a aussi deux autres choses. D'abord, il veut que nous envoyons quelques hommes dans les camps Pelabssiens, sur Mye, afin de nous renseigner plus préçisément sur un certain nombre de réfugiés arrivés chez nous qui pourraient être... intéressants.
Dunstove resta silencieux, ses yeux ne trahissant rien.
-Ensuite, il m'a demandé de vous communiquer qu'il est désormais certain que Streona va rappeler SaintClair à l'intérieur.
Cette fois-ci, le patron eut un nouveau de ses sourires énigmatiques.
-SaintClair... ma foi, cela pourrait devenir intéressant. Oh oui...
Plusieurs des chefs de section échangèrent des regards intrigués. Matsu elle-même n'en connaissant pas tant que ça sur SaintClair; contrairement à lui ou à Dunstove, elle était issue d'une famille d'immigrés makarans, et n'avait pas ces innombrables réseaux remontant à l'époque du début du Protectorat, trois siècles plus tôt. Cela, elle le compensait par sa grande adaptabilité, et sa capacité quasi surnaturelle à découvrir les informations et les pistes.
Mais ici, le nom de ce grand magnat du nord du pays ne l'aidait pas. Ancien ministre, il avait manifestement un passé commun avec le patron...
-Très bien, merci de votre contribution, Chief Sonowa. Un excellent travail, comme à l'accoutumée. La réunion est donc terminée.
Les uns après les autres, les chefs de section se relevèrent. Il était dix-huit heures trente. La journée de travail commençait tout juste pour les agents Pro Specialis Causa - le bureau très spécial d'action secrète du Kaldia.
Posté : jeu. nov. 21, 2013 11:19 pm
par Frederick St-Luys
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Nuit agitée
Episodes dans la vie d'une famille kaldienne - II </center>
Le vicomte SaintClair observa longuement les glaçons tintant dans son verre de whisky, tandis que Flemming l'observait depuis le siège d'en face, son propre verre depuis longtemps vide et son visage trahissant une certaine tension.
-Ca n'est pas évident comme décision à prendre. Pas après la façon dont le dernier gouvernement conservateur s'est terminé.
Plusieurs fois, Flemming changea de position. C'était le moment de l'entretien qu'il craignait depuis le début; après avoir passé deux heures à dîner en compagnie de son hôte et de sa femme, Lady Helen FitzAlmeric, il avait pris place avec le vicomte dans le petit salon, donnant sur la terrasse de l'arrière de son château, qui s'était révélé d'un amménagement intérieur exquis, le style ancien faisant toujours suffisamment de concessions à la modernité pour se révéler idéal. Le petit salon lui-même était décoré en style édouardien, jusqu'aux fauteils qu'ils occupaient, tandis qu'une large baie vitrée les séparait de la terrasse, dont on devinait dans les ténèbres la petite clôture en fer forgé la séparant de la pelouse.
-Je comprends votre réticence, milord, et croyez-moi que ce n'est pas sans hésitation que Lord Anderley m'a envoyé vous faire cette proposition. Si vous décidiez de se joindre à ses efforts, il est certain que nous pourrions parvenir à vaincre les réticences d'une partie de la majorité.
-Vous sur-estimez mon crédit politique, jeune homme, fit le vicomte en grattant la barbe grise couvrant son visage un peu gras, et puis cela fait près de six ans que je me suis retiré ici. Je ne pense pas...
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Addle ajusta lentement sa position, ignorant la feuille vaguement urtiquante que le vent poussait de temps en temps sur son visage. L'air était humide et désagréable, le vent tout juste plus qu'un courant d'air. Une nuit éclairée un peu trop bien pour son goût par une demi-lune rieuse, et le château sambrian s'était révélé être construit sur une arrête du relief vallonné de la région, sans doute préçisément choisie par les ancêtres du vicomte SaintClair pour sa position dominant les environs. Même si depuis lors, une végétation assez dense de conifères et de quelques autres plantes avait poussé sur les landes de jadis, Addle se sentait malgré tout encore un peu trop dangereusement exposé à son goût. Mais après, il était sans doute un peu difficile dans le domaine.
Chalys, près de lui, renifla, et dit, tout en sortant un chewing-gum d'une des nombreuses poches de sa tenue:
-Il est l'heure. Fais-le.
-Je sais, maugréa Addle en bougeant ce qu'il tenait, reposant à moitié au sol avec son bipied.
A environ trois cent mètres de là, à travers la vitre de la terrasse, en ajutant la lunette, il pouvait voir les deux hommes dans leurs sièges, discutant depuis quelques minutes. Un feu couvait dans l'âtre derrière eux, tandis qu'une grande lampe à pied en porcelaine éclairait le reste de la pièce d'une lumière jaunâtre. Le regard d'Addle s'immobilisa sur le vieillard à la barbe grissonnante, et il soupira.
-En tout cas, en voilà un qui pèsera pas sur ma conscience, remarqua-t-il en ajustant le canon de son arme.
-Tu parles trop, fit sa partenaire.
Il haussa mentalement les épaules, et accrocha de nouveau le vicomte avec le viseur. Le temps d'un battement de coeur, il eut le doigt sur la gâchette.
Et tira. Le bruit du verre explosant couvrit presque celui de la détonation, tandis que derrière s'affaissait dans son siège le corps de Lord Stanley Nathaniel FitzAlmeric, Viscount SaintClair.
Sans empressement apparent, Addle déclipsa l'extrémité du canon de son fusil de préçision, et le rangea dans la casette prévue à cet effet, où il ajouta ensuite la lunette et le reste de l'arme. Il passa ensuite la cassette dans la proche principale de son sac à dos noir, retira ses gants, et les y ajouta aussi. Cela fait, il fit signe à Chalys de le suivre. Tenant un revolver et observant les environs avec attention, elle acquiesca, et tout deux disparurent dans les fourrés. Ils ne regardèrent pas en arrière.
Cinq minutes plus tard, le duo arriva sur la petite route de campagne où étaient garées leur voiture et la moto de Chalys. Addle lui donna son sac à dos, qu'elle prit sans un mot, avant de coiffer son casque, de se mettre en selle et de repartir à pleins gaz vers la route de Palewich, ville où il serait possible de disparaître sans peine. Addle, lui allait utiliser la voiture et se charger de la sale besogne de mettre en place suffisamment de fausses pistes pour jeter les enquêteurs dans la confusion - suffisamment pour leur donner le change et les lancer dans des directions propres à les perdres en spéculations. Une fois tout cela fait, à la fin de la nuit, faire disparaître une voiture n'était pas non plus hors des capacités de leurs employeurs.
Après tout, seul comptait leur taux de réussite.
Posté : lun. nov. 25, 2013 11:18 pm
par Frederick St-Luys
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Les docks d'Elys-by-the-Sea
Within the darkness - Dans les ténèbres
Elys-by-the-Sea, port de Lynnsmouth </center>
Personnages apparaissants:
Lorris, agent de S5R
Addle, agent de S5R
Chalys, agent de S5R
Trara, agent de S5R
Oswald, agent de S5R
Antlers, agent de S5R
Oxer, agent de S5R
Lorris entra dans la salle, et fut tout de suite assailli par deux choses: la forte odeur de bière qui demeurait après le pot du soir précédent, et le crachotement de la télévision, une chaîne d'information continue, en provenance du poste accroché au mur dans un coin de la pièce. La salle de repos véhiculait comme à l'accoutumée un air à la fois sale, négligé et pourtant accueillant d'une façon presque perverse.
Du reste, à cette heure de la journée, peu de personnes étaient présentes: un homme d'une quarantaine d'années, en survêtement bleu marine, le crane rasé et suivant distratement la télévision, assis sur le canapé avec un autre, âgé d'une vingtaine d'années lui, avec un pull à coll roulé kaki et une forte carrure. Sur le fauteuil beige sale de l'autre côté était assise une petite trentenaire rousse, mince, habillée de façon discrète à l'exception de ses hautes bottes de cuir noir, son attention concentrée sur son portable. L'autre femme de la pièce était adossée au mur d'en face, une grande brune portant l'uniforme de l'organisation, et passablement occupé par le nettoyage de son arme de poing, n'arrêtant son action que de temps en temps, pour écarter une mèche rebelle de son champ de vision.
C'est vers Addle, le cinquième des hommes présents, que Lorris se dirigea immédiatement. Debout près du frigo, le quadragénaire avait sorti une bouteille d'eau pétillante, et s'en était servi un verre qu'il descendait lentement.
-Bonjour, Lorris, dit-il en écartant le verre de ses lèvres.
L'intéressé grogna un salut, ouvrit à son tour le réfrigérateur, et en tira une canette de bière, d'une marque kaldienne - Korwers.
-Je vois que tout le monde est là, finit-il par dire, je suppose qu'vous avez aussi étés convoqués.
Addle opina lentement, avala une gorgée d'eau, et ajouta:
-On t'a dit ce qui se passe?
Le nouveau venu secoua la tête. Ils burent en silence; personne dans la salle ne fit de remarque. Ils étaient tous habitués au silence, à la compartimentation d'information.
-Ce qui se passe, fit la voix du jeune homme dans le canapé - Oxers -, c'est que les communistes sont en train de nous en mettre plein la gueule. Et que le gouvernement ne fait rien.
Lorris lança un regard interrogateur à Addle, qui désigna du menton la télévision. Sur le petit écran, il parvint à distinguer un quai ravagé, avec derrière, un bras de mer où émergeaient ici et là les proues de navires. Un chapeau en dessous annonçait "Attack on civilian ships in Liethuviska claims dozens of deaths / Attaque sur des navires civils au Liethuviska cause des dizaines de morts".
-Encore ces histoires, commenta l'autre homme sur le canapé, Antlers, avant d'ajouter: ils n'apprennent jamais de toutes façons.
-Serait temps qu'ils nous laissent nous amuser là-bas, répliqua Oxers en souriant, j'en ai marre de devoir me faire des trafiquants d'Astara et des chefs rebelles au Zanyane. Il me faut de l'action dans la vie!
-Tais-toi, répliqua son aîné, tu n'as jamais été sur un champ de bataille, sinon tu ne ferais pas autant le malin. Nous réalisons des contrats d'assassinat, pas de boucherie.
Le jeune homme haussales épaules, mais ne prit pas la peine de répondre. Ni Trara, assise dans l'autre siège et toujours occupée par son portable, ni Chalys, nettoyant toujours son arme, n'avaient relevé le nez. Lorris soupira termina sa bière, et dit:
-Allez, il est l'heure, on monte chez le patron.
Posté : jeu. nov. 28, 2013 12:15 am
par Frederick St-Luys
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[img]http://i58.servimg.com/u/f58/17/93/46/23/leedsn10.jpg[/img]
Le centre ville de Folkerney
Within the darkness - Dans les ténèbres
Camp de réfugié de Mailham, banlieue de Folkerney, Île de Mye </center>
Personnages apparaissants:
Andrew, agent de S5R
Lind, agent de S5R
Les champs séparant les premières maisons de brique du village de banlieue Mailham du camp de réfugiés de Mailham semblaient presque rétrécir à vue d'oeil, comme Andrew observait la vaste installation, où régnait une intense activité. Partout des équipes de travailleurs civils et quelques militaires oeuvraient à l'extension et à la consolidation du camp, installant ici et là de nouveaux préfabriqués, des lignes électriques et des alimentations en eau courante. Pour la troisième fois consécutive, le premier des camps de réfugiés pelabssiens du Kaldia s'étendait de nouveau; il renfermait désormais plus de dix mille personnes, qui pour la plupart étaient débarqués au port de Folkerney, une demi-douzaine de kilomètres au sud-ouest de là. Un ballet ininterrompu de bus et de camions, ammenant les réfugiés, leurs maîtres effets personnels, et surtout le flôt interminable d'approvisionnement en vivres, vêtements et médicaments nécessaires, occupait l'essentiel du trafic sur la route nationale adjacente.
Lind jeta une veste légère couleur fauve sur ses épaules, prit son sac à dos, et ferma la voiture, qu'ils avaient garé sur un coin de parking encore vide.
-On y va? demanda-t-elle se positionnant sur le chemin, évitant soigneusement de mettre ses pieds chaussés d'épaisses bottes dans une des flaques d'eau vaguement boueuse laissée par la pluie de la veille.
Andrew grogna un assentiment, et se mit sans un mot de plus en route. Il portait un manteau vert sombre assez long, dont Lind lui avait pourtant si souvent dit de se débarasser. Elle secoua la tête avec un soupir, et lui emboîta le pas vers l'entrée principale du camp. Là, un des policiers chargés de surveiller le passage commença à vouloir demander plus d'informations, mais un rapide regard sur un petit papier que lui tendit sans un mot Andrew le convainquit qu'il ne valait mieux pas pousser.
Ils commençèrent par se diriger vers l'une des places centrales, où se trouvait le centre hospitalier - une file d'attente assez conséquente s'était formée devant; des gens habillés des tenues bleues, vertes et rouges qui étaient distribuées généreusement par les pouvoirs publics, mais aussi de leurs vêtemements ramenés du Pelabssa, et enfin vêtements issus des dons de la population locale.
-Je me charge de ce côté, fit l'homme de S5R en désignant l'une des principales voies partant de la place, rendez-vous dans deux heures ici.
-Okay, okay, je sais, répondit sa partenaire, en mettant en route de son côte.
Elle s'engagea dans les petites voies du camp, tracées de façon rectiligne entre les préfabriqués et les constructions plus solides en parpaing installées à la va-vite au fur à mesure de l'extension du camp. Outre les petits camions transportant du matériel et moto du personnel circulant - parfois avec une vélocité contestable, l'endroit était rempli de monde, les réfugiés sortant s'entretenir avec leurs compagnons d'infortune, allant et venant des dispensaires, distributions de vivres, de vêtements, et des différents bureaux d'information ouverts par le gouvernement, sans oublier les centres destinés aux enfants, offrant à la fois des activités et des cours rudimentaires de la part de professeurs bénévoles. De temps en temps un prêtre ou un aûmonier passaient, venant soulager les souffrances spirituelles et les deuils impossibles durant la fuite éperdue devant l'invasion rostove.
Lind ne passait pas réellement inaperçue dans tout cela; ce n'était toutefois pas son objectif. Elle cherchait, et était de l'avis que la meilleur façon de trouver, c'était de laisser les choses venir à elle.
Pendant que les autres membres de son groupe étaient sans aucun doute en train de se morfondre au QG dans une réunion interminable pour leur expliquer la prochaine mission, Andrew et elle avaient étés envoyés par l'organisation afin d'effectuer un repérage dans le camp. Se faisant passer pour une chasseuse de tête d'une entreprise de sécurité, elle cherchait des hommes et des femmes remplissant des critères de compétences à même d'en faire de potentiels recrues pour l'organisation. Cela s'étendait également aux adolescents jusqu'à quatorze ans. Leur patron, Stanley Higgins, était d'avis que plus jeunes ils étaient, meilleur serait le résultat qui en ressortirait une fois formés.
Une première personne l'aborda. Souriante, retenant la lanière droite deson sac à dos par par dessus l'épaule, Lind se prépara à servir le laius qu'elle avait préparé.
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Lord que Lind retomba sur le siège de cuir de la voiture, elle avait vaguement mal aux jambes à force d'arpenter le camp, et surtout mal à la tête. Ce qui était sensé durer deux heures en avait duré quatre, et sa mémoire était mise à rude épreuve des informations qu'elle avait glanées - car toutes n'étaient pas inscrites sur son bloc-note.
Un regard sur le siège conducteur lui apprit qu'Andrew avait l'air égal à lui-même: impassible. La jeune femme soupira, et fourra le bloc dans la boite à gants.
-La récolte a été bonne de ton côté? S'entendit-elle demander.
Il haussa les épaules:
-Il y a beaucoup de gens qui seraient prêts à tout pour se refaire une place. Ou pour se venger.
Elle retira ses bottes, et malaxa lentement ses pieds, tout en répondant:
-C'est vrai. Le patron sera content je crois, il y a pas mal de jeunes avec des profils intéressants. J'en ai bien cinq, six qui m'ont paru potables... La relève est assurée. Et toi, du concret?
-Des jeunes, oui. Et j'ai déniché un type qui travaillait dans la cybersécurité à Dayton.
Lind hésita un instant à être exaspérée devant tant de chance, mais finalement sourit:
-Allez, on rentre à Folkerney pour aujourd'hui, et je t'offre un verre pour la fin de la journée.
Posté : sam. déc. 07, 2013 11:57 pm
par Frederick St-Luys
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[img]http://www.spinfos.fr/IMG/jpg/Le_Havre3.jpg[/img]
Les docks d'Elys-by-the-Sea
Within the darkness - Dans les ténèbres
Elys-by-the-Sea, port de Lynnsmouth </center>
Personnages apparaissants:
Stanley Higgins, directeur des opérations de S5R
Chris Ulson, bras droit de Higgins
Lorris, agent de S5R
Addle, agent de S5R
Chalys, agent de S5R
Trara, agent de S5R
Oswald, agent de S5R
Antlers, agent de S5R
Oxer, agent de S5R
"M"; Matsu Sonowa, chef de l'unité "contact & liaison" de PSC, services secrets kaldiens
Une demi-heure après l'arrivée de Lorris dans la salle de repos, la demi-douzaine d'hommes et de femme pénétrait dans une salle de conférence, la plus vaste pièce du souterrain de hangar portuaire qui servait de quartier général de S5R. Un projecteur affichait leur logo sur l'un des murs, un octogone gris où s'inscrivait une épée noire.
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Leur supérieur, Stanley Higgins, les attendait, installé en tête de table, homme d'apparence anodine, en costume gris, un bras posé sur la table, soutenant sa tête. Il leur fit signe de rentrer plus vite, et commença à trier ses papiers. Son bras droit, Chris Ullson, en uniforme lui, incarnation même de la discipline et de l'intimidation propre à ceux ayant commandé dans l'armée, se trouvait assis à côté, jaugeant d'un air critique les hommes et femmes entrant. Enfin, une inconnue était également assise, femme aux traits makarans, portant par dessus un tailleur civil une veste d'uniforme gris bleu inconnu, et affichant un air de fermeté et d'observation froide qui mit presque immédiatement Lorris en garde.
-Agents, asseyez-vous, ordonna Ullson avec sa voix grave caractéristique, nous avons beaucoup de choses à discuter.
Ils étaient déjà en train de le faire; Lorris entre Chalys, qui affichait une mine calculée d'ennui, et Antlers, plus discipliné. Assis à gauche de Chalys, Addle, son partenaire, avait lui risqué un coup d'oeil vers l'inconnu, qui était trop occupée à les jauger pour daigner y réagir.
-Bien, chers collaborateurs, fit d'une voix bien plus posée Higgins, si je vous ai appelé tous ensemble aujourd'hui, cest parce que mon intention est de démarrer une opération d'envergure pour S5R. Afin d'être clair, je resterai bref.
Comme vous le savez, nous avons pour politique d'offrir des solutions là où tout le reste a échoué, et de réaliser nos contrats quelles que soient les situations que nous rencontrons. Il y a trois jours, une offre de nature à vous permettre de montrer une nouvelle fois que vous êtes à la hauteur de cela est arrivée sur mon bureau. Je l'ai acceptée.
Sur un de ses gestes, Ullson fit passer une série de documents. Chacun des six agents reçut un double feuillet.
-Vous formerez une équipe de trois binômes, qui sera escortée par cinq hommes de notre service logistique. Ils vous fourniront les papiers nécessaires, les autorisations, ainsi que les installations ad hoc, étant donné que vous serez déployés dans le nord d'Asterey. Vous partirez aussi avec tout l'équipement nécessaire. Une période d'immersion de deux mois est prévue avant de commencer les opérations, qui comprendront des sabotages, des assassinats, ainsi que différentes actions de moindre ampleur, de façon ciblée afin de servir les intérêts de notre client. Les contacts seront faits par la voie habituelle, et, si il y a soupçon de compromission, par des agents de la base qui se rendront auprès de vous. Le nom de code de l'opération est "Hornet". Les détails sont présents dans ces documents. Vous disposerez également d'un soutien extérieur à l'organisation, n'est-ce pas mademoiselle M.?
La makarano-kaldienne opina lentement, et dit:
-En effet, nous disposons d'équipes sur place qui pourront opérer des évacuations et couvertures si nécessaire, et un contact d'urgence sera disponible en permanence. Ce serait évidemment une issue non-désirable, mais la nécessité faisant loi...
Elle haussa les épaules.
-Qui plus est, les liens avec les milieux locaux du crime organisé et des sociétés secrètes sont existants et fructueux pour notre propre organisation. Ils sont des relais utiles, et je conseille à vos hommes, monsieur Higgins, de savoir en faire usage.
L'intéressé se contenta de sourire.
-Des questions? Demanda à sa place Ullson.
Il y eut un silence, puis ce fut Trara qui dit:
-Quand partons-nous?
Posté : ven. déc. 13, 2013 11:50 pm
par Frederick St-Luys
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[img]http://www.jasonhawkes.com/blog/news/upload/DSC_4516.jpg[/img]
Lynnsmouth de nuit
Les ombres et le sang: Te'Serelys
Loreanville, faubourg de Lynnsmouth </center>
Personnages du chapitre:
Te'Serelys: Assassin, contractée par Crown & Noble's
Greg: Fameux gangster et cambrioleur
Jamie et Chett: Ses acolytes
Il devait être quelque part entre trois et quatre heures du matin, heure vide par excellence, où les rues à peine éclairées entre les hangars de la zone industrielle Derringsten de Loreanville étaient absolument désertes. Ce faubourg de la capitale, situé au bout sud de la ligne 2 du métro, était déjà notoirement endormi la nuit, concentrant principalement des installations industrielles et des hangars vivotant tout au plus le jour.
Cette partie, spécialement, n'avait que peu d'usines, et se composait en majorité d'entrepots de stockages de PME plus ou moins prospères, qui n'avaient pour beaucoup pas les moyens de se payer un service de gardiennage. Il en résultait un ensemble de bâtiments mal éclairés, où personne ne passait jamais, et où la police ne mettait que de temps en temps les pieds, lorsque les personnes mal intentionnées du coin se révélaient décisivement trop bruyantes et qu'un rappel à l'ordre symbolique s'imposait.
Ce n'était pas l'intention de Greg de faire en sorte que cela se produise. Son équipe et lui avaient travaillé trop longtemps à cela pour se permettre un cafouillage maintenant. Ils avaient donné rendez-vous au transporteur pour cette nuit, et ce n'était qu'une fois qu'ils seraient sortis des environs de Lynnsmouth qu'il se permettrait de souffler. En route vers le sud, et Ronffield, où il avait trouvé des acheteurs pour la marchandise. Des crapules en provenance d'Asterey, et des riches numanciens peu scrupuleux.
Il tira une dernière fois sur sa cigarette, et la jeta par terre, avant de traverser la porte latérale du hangar, à côté de celle destinée aux camions. Dans le bâtiment glacial, seule une ampoule pendant au bout de son câble éclairait un coin, où deux caisses étaient placées, avec Chett et Jamie assis dessus. Le reste de l'endroit était plongé dans les ténèbres les plus profondes.
-Alors patron, il vient, le type? Grinça ce dernier, essuyant son nez de son doigt.
Greg grogna quelque chose, et alla s'ouvrir une canette de bière. Ils étaient tous encore nerveux, quoique nettement moins qu'ils l'avaient étés sept jours auparavant, [url=http://www.simpolitique.com/post214359.html#214359]lorsqu'ils avaient pénétré dans l'entrepôt de Crown & Noble's[/url], contenant toutes sortes de marchandises plus préçieuses les unes que les autres qui devaient être vendues aux enchères. Ces gros richards avaient bien fortifié leurs saletés; jamais la bande à Greg n'avait fait face à autant de systèmes de sécurité et de murs de bétons. Il avait même fallu amener de la dynamite faite maison, purement et simplement, avant de se remplir les poches avec les objets que les clients avaient commandé, plus quelques extrats, et de vite filer avant que les flics n'arrivent. Du grand art.
En ce moment même, les gros bonnets de Sambria Yard, la police métropolitaine de Lynnsmouth, étaient sans doute sur leurs traces. Et si Greg n'avait pas envie que quelqu'un soit sur son dossier, c'était le Commissaire-Général Frank Murdoch Cooper, qui tenait fermement la Métropolitaine depuis près de douze ans. Un flic "en béton", disait-on dans le milieu. D'où la nécessité de filer en vitesse, car la question n'était pas si Cooper allait trouver cet entrepôt, mais bien quand.
Il cracha par terre, et, la bière encore à la main, se dirigea vers ses deux acolytes.
Ce fut là qu'il se figea.
Il avait entendu un bruit dehors, de l'autre côté de la porte de tôle, qui n'était même pas fermée à clé. La bouche sèche, le gangster fit signe à Chett et Jamie, eux aussi subitement attentifs. L'un ramassa une grosse barre de fer proche, l'autre sortit de sa poche son révolver. Greg fit de même avec son semi-automatique, et s'approcha à pas de loup de la porte. Derrière lui, les deux autres aussi convergeaient depuis les côtés.
Il l'enfonça d'un coup de pied, et se jeta presque dehors, visant frénétiquement à gauche et à droite. Immédiatement, il y eut une détonation, et il tomba raide mort, tandis qu'une tache rouge grandissait sur son torse.
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Perchée sur une poudre à l'intérieur du hangar, Te'Serelys regardait les deux loubards s'exciter autour du cadavre de leur chef, cherchant autour afin de repérer le tireur, mais ne pensant même pas une seconde qu'il pouvait se trouver à l'intérieur du hangar. Elle n'avait eut qu'à tirer sur l'homme à travers l'embrasure de la porte pour faire illusion suffisament. Et il avait pourtant été simple de placer une barre de fer en équilibre périlleux devant la porte avant, de se glisser par derrière à l'intérieur, et d'attendre que le vent et le cale placé derrière fassent leur effet et éveillent leurs suspicions.
Tranquillement, la jeune femme replaça une cartouche, verrouilla son fusil de préçision, et visa le deuxième. Chett, ou Jamie - peu lui importait, ce n'étaient au fond que des chiffres en plus au compte de ses victimes après tout. Et sur sa paye.
Nouveau tir. L'homme au sweatshirt noir tomba à son tour, droit sur le cadavre de son patron, frappé décisivement un peu en dessous du coeur. Il allait se vider de son sang en moins d'une minute; c'était satisfaisant.
Observant la scène, Te'Serelys mordillait pensivement une mèche de ses cheveux, échappée de sa cagoule retroussée sur le visage. En même temps, elle chargeait une nouvelle cartouche, presque distraitement.
En bas, le dernier des trois avait finalement compris que ce n'était pas à l'extérieur qu'il fallait chercher. Mais, l'intérieur n'était éclairé que par une unique ampoule proche du niveau du sol, le gangster ne pouvait qu'élever son révolver vers les ténèbres s'étendant sous le toit, cherchant à y deviner un éclat ou un mouvement trahissant l'agresseur.
Ce dernier tira. Le dernier des hommes de main tomba au sol, comme une passe, après que la balle de 7mm COEM Magnum ait traversé son plexus solaire et causé des dégâts irréparables.
Te'Serelys rangea soigneusement ses cartouches restantes, puis passa son fusil de préçision en bandoulière derrière son dos. Ensuite, elle sortit de sa poche son téléphone, et composa un numéro.
-Allo? C'est... vous? Est-ce que... commença la voix un peu tendue à l'autre bout du fil.
-C'est fait, se contenta de répondre la jeune femme, avant de couper la communication aussi abruptement.
Encore une seconde, l'assassin resta accroupie sur la large poutre métallique, observant les trois cadavres. Puis, elle porta sa main à sa tête, remonta sa cagoule jusqu'au niveau des yeux, puis rabattit sur son visage le masque noir et blanc aux traits effilés qu'elle aimait porter, plus ou moins par dérision pour son "travail", et qui était devenu sa marque de fabrique. Ensuite elle s'éclipsa, comme elle était entrée, par une fenêtre brisée au niveau des poutres métalliques soutenant le toit. Vivement, elle sauta sur le toit d'un hangar voisin, puis un autre, et disparut dans les ténèbres.
C'était fait - c'était vrai. Son client, le directeur de Crown & Noble, un homme suant lourdement et s'exprimant avec obséquiosité, avait demandé une résolution rapide et déçisive de l'affaire. Il était clair que la présence de la jeune femme aux traits dissimulés lors de la rencontre l'avait rendu nerveux, mais il fallait dire que l'argent, l'avidité et l'orgueil pouvaient pousser même ce genre de personnes, qui, si elle l'avait rencontrée de jour dans la rue n'aurait eu que mépris pour elle, à requérir ses services. Ici pour faire un exemple, afin qu'aucun cambrioleur n'envisage plus sereinement de se frotter à ses réserves.
Ce n'était pas Te'Serelys qui allait contester. C'était son gagne-pain après tout; contrairement à son frère Addle, elle n'était pas allée faire joujou avec les militaires et autres organisations du genre, elle était un esprit indépendant. Et, au demeurant, il y avait encore assez de place pour des indépendants dans le business. Evidemment, des organisations comme S5R étaient des joueurs importants et dotés d'appuis puissants et influents, mais préçisément cela rendait parfois les clients frileux, comme M. Crown & Noble's, qui devait sans doute déjà trembler à l'idée qu'elle puisse faire savoir à quiconque qu'il l'avait commissionnée. Après tout, quand on sollicitait les services d'une grande boite prenant de nombreuses commandes, comment savoir si on n'allait pas demain devenir une cible?
Encore que faire confiance à une femme masquée, à la gâchette facile et sans émotion, ne semblait pas beaucoup plus logique à Te'Serelys. Mais, encore une fois, elle n'allait pas se plaindre.
Et puis, tout le monde y trouvait son compte: elle récupérait une généreuse paye là-dessus. Crown & Noble's récupérait ses bijoux et sa réputation. Et la Métropolitaine récupérait les criminels - quoique pas exactement dans l'état dont Cooper les aurait voulu, songea-t-elle avec ironie, tandis qu'un sourire carnassier se dessinait sur ses lèvres.
Posté : lun. déc. 23, 2013 9:27 pm
par Frederick St-Luys
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En haut lieu
Old Oak Gentlemen's Club, Lynnsmouth </center>
Personnages du chapitre:
Sir Abercrombie Wyliff Athelhert, Lord Treasurer of Kaldia, membre du Parti National Conservateur au pouvoir
Alan Arthur Canbroke, the Duke of Canbroke et grand actionnaire dans de multiple firmes
Jane Gardiner, membre du conseil d'administration d'Associated Chemical Companies of Kaldia (ACCOK)
Lieutenant-General John Lirderand, membre de l'état-major des forces armées
Stanley Higgins, directeur des opérations de S5R, organisation de commercie d'information et d'assassinat
Le duc de Cambroke alluma soigneusement la cigarette perchée à l'extrémité de son fume-cigarette d'ivoire laqué noir, et, après avoir doucement aspiré, regarda la fumée s'élever depuis l'extrémité rougeoyante. Un serveur avait apporté quelques instants plus tôt un lourd cendrier en cristal, posé sur une tablette à portée de main du lord depuis son siège.
En face de lui, Athelhert entamait son verre de whisky, s'étant installé à son aise dans son propre siège. Il venait d'arriver depuis le Trésor, où il avait travaillé jusqu'à une heure tardive, et semblait fourbu. Le siège de cuir brun parfaitement adapté à cette pièce lambrissée réservée du Old Oak Gentlemen's Club, et la fatigue pouvait vite submerger quelqu'un, qui s'y assoupissait aisément dans la chaleur agréable du feu ronflant dans l'âtre. Au dessus de la cheminée marmoréenne, une pendule dorée affichait minuit moins le quart.
-Je n'ai rien manqué, j'espère? Finit par demander le Lord Trésorier, son regard allant de Canbroke à July Gardiner.
-Rien d'essentiel, répondit celle-ci en refaisant soigneusement l'ourlet de sa veste bleu marine, nous discutions avec Stanley des détails de l'opération extérieure de S5R.
Le regard du nouveau venu alla vers Stanley Higgins, le patron du contracteur S5R, le principal acteur "privé" - pour ne pas dire clandestin - du renseignement et de l'assassinat dans le pays. La barbe grise aussi impeccablement taillée que d'habitude, il semblait parfaitement à l'aise en leur compagnie. On l'aurait pris pour un gentleman, membre de la chambre des lords, sans connaître la réalité de ses activités.
-Nous disposons d'une raisonnable sécurité à l'intérieur du pays, avec Cooper comme patron du Yard et S5R dans le monde souterrain, reprit Canbroke, il n'y a pas grand chose qui passe inaperçu. Et nos opérations extérieures sont également prometteuses. J'ai confiance en vos hommes Stanley.
L'intéressé hocha lentement la tête. Gardiner reprit:
-Et de votre côté, général?
Le général Lirdeland, homme un peu sec et aux traints aquilins, croisa les jambes dans son propre fauteuil.
-Nous avons commencé à étendre nos moyens. L'armée est trop souvent sous-estimée. Plusieurs de mes subordonnés travaillent à des plans destinés à la commission secrète, qui jugera de leur faisabilité. Une fois cela décidé, nous pourrons commencer à mettre en oeuvre les préparations, dans l'ombre, comme toujours.
-Excellent, approuva Athelhert, avant d'ajouter: de mon côté, il n'y a rien de remarquable à signaler. Streona et Ely nous donnent leur accord tacite, j'en suis certain, et je ne pense pas qu'ils soient les seuls à connaître - ou suspecter - nos intentions en haut lieu. L'absence d'obstruction est une approbation en soit.
-Pouvons-nous en être certains? L'interrogea Gardiner.
-Jamais entièrement, évidemment. Mais notre groupe est là pour remplir ces objetifs dans le meilleur intérêt de notre pays. Nos intérêts personnels ne sont que purement accessoires et non le coeur de l'initiative, n'est-ce pas?
A tour de rôle, chacun des membres du petit cercle approuva.
-Très bien, Abercrombie, nous continuons donc comme prévu.
Il tapota son fûme-cigarette sur le cendrier en cristal.
Posté : dim. janv. 19, 2014 11:54 pm
par Frederick St-Luys
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Arrivée sur l'île aux fous
Whiterose Island, comté de Tovshire </center>
Personnages du chapitre:
Révérend père Stephen Andrew Lhorrain, père jésuite
Dr. Emilian Kirdell, directeur du Bloc n°4 de Whiterose Mental Ward
Patient de la cellule 242 du Bloc n°4
[url=http://www.youtube.com/watch?v=jIJdj4CerCg]Suggestion musicale[/url]
Une fine pluie de fin d'hiver tombait sur la mer autour de l'unique navire faisant la navette entre Whiterose Island et le port de de Tovsmouth sur la côte de Kaylde, l'île principale du Kaldia. Le ferry lui-même était relativement petit, mais l'intérieur était ammené de manière à pouvoir correctement accueillir une trentaine de personnes. Plusieurs cabines solides à l'arrière étaient également installées, rappelant la fonction principale du bateau: transporter des patients psychiatriques vers l'île.
Le révérend père Lhorrain - seul passager lors de cet aller - était assis sur l'un des sièges rembourrés donnant sur un hublot, et observait sa destination grandir progressivement. Whiterose Island était une île assez grande, peut-être longue de dix kilomètres et large de cinq, dominée par une montagne couverte d'une forêt d'un vert profond. Les installations du Whiterose Island Mental Ward - l'Hôpital Psychiatrique de Whiterose Island - se présentaient comme une série de tâches blanches et rouges indistinctes dans la végétation, tandis qu'un simple débarcadère en béton sur la côte marquait l'emplacement vers lequel ils se dirigeaient. La pluie rajoutait à la morosité du lieu.
Lorsqu'ils furent presque arrivés à quai, le jésuite se leva en un mouvement de robes noires, pris sa petite serviette en cuir et son parapluie, et sortit sur le pont, où deux matelots étaient occupés à jeter les amarres à une silhouette debout sur le ponton. Cette dernière les attacha solidement, tandis que progressivement le bruit du moteur mourrait.
Rapidement, une passerelle fut installée, puis, après un dernier regard pour les matelots, Lhorrain descendit à terre, et remonta le quai.
A son extrémité l'attendait un homme, lui aussi tenant un parapluie. Il portait un costume noir à la coupe vieillie, et avait une barbe grise. Ses yeux couleur topaze mirent immédiatement Lhorrain mal à l'aise, comme il était presque transpercé par un regard inquisiteur.
-Bonjour et bienvenue à Whiterose Island, mon père, fit son comité d'accueil, je suis le docteur Emilian Kirdell, et je suis en charge du bloc n°4.
-Docteur Kirdell, le salua le jésuite avec une courbette, je me nomme Stephen Lhorrain, et ait été envoyé par la Compagnie pour la raison que vous savez.
En guise de réponse, le psychiatre hocha brièvement la tête, et lui fit signe de suivre.
Sans parler, ils remontèrent l'étroite route goudronnée partant du débarcadèrent, sur quelques trois cent mètres. Dès qu'ils pénétrèrent dans la forêt, le prêtre fut surpris de l'épaisseur de la couverture de résineux qui semblait comme se refermer autour d'eux. Les arbres ici étaient très anciens, avec des troncs noueux et aux formes grotesques, projetant des ombres fantastiques. D'une certaine façon, le visiteur pouvait comprendre le polythéisme et les superstitions des premiers peuples de ces îles - un environnement pareil était propre à faire travailler l'imagination.
Finalement, ils arrivèrent aux bâtiments proprement dits. Ces derniers étaient récents: des constructions en briques rouges principalement, avec quelques plus petits bâtiments en blanc. La plupart possédaient de grandes fenêtres donnant sur des jardins composés de pelouses traversées de chemin de graviers, vides à cause du temps peu favorable. Une cloture en PVC séparait les jardins des épais fourrés et de la forêt.
Suivant la route, ils passèrent devant le portail d'entrée, où était sise une guérite où un garde était assis, regardant la télévision.
-Ce sont les blocs n°1 et 2, qui ont étés inaugurés récemment, expliqua Kirdell, la présence ici d'une installation standard facilite grandement nos opérations en termes de couverture générale.
Lhorrain hocha la tête. Ces blocs étaient récents, et donnaient désormais une couverture tout à fait officielle à Whiterose Island: celle d'un asile psychiatrique où l'on mettait "au vert" les patients qui représentaient une charge ou ne pouvaient plus être aidés dans les autres institutions.
Mais les deux hommes continuaient leur chemin, le long de la route. Rapidement, les installations modernes disparurent dans la verdure, qui semblait s'épaissir de plus en plus autour. Ils marchèrent encore pendant dix minutes, et arrivèrent à une nouvelle série de bâtiments.
Toujours en brique rouge, ils étaient toutefois nettement plus anciens. La façade était couverte de lierre, et le portail dans grille de fer forgée séparant la cour intérieure de la forêt était surmonté des inscriptions légèrement gothiques et rouillées "Rose Island Institution". Un garde autrement plus attentif que le premier était installé dans la guérite, et enclencha l'ouverture des portes en voyant arriver Kirdell.
-Le bloc n°3 date de 1849, racontait ce dernier, et a été ouvert comme l'un des premiers asiles d'aliénés spécifiquement destiné au traitement scientifique des maladies et démences les plus effroyables affligeant l'homo sapiens sapiens. Hélas, afin de nous protéger de l'incompréhension de nombre de béotiens, nous avons étés contraints de simuler la fermeture de ce phare de la science médicale moderne durant les années 1960...
Ils arrivèrent à l'entrée; montant une série de marches, ils passèrent une porte électrique récente, et se retrouvèrent dans le hall en marbre de l'institution. Au fond, un bureau accueillait une femme en tailleur, qui, relevant le nez, reconnu les visiteurs, et hocha la tête. Il régnait dans le vaste espace déplafonné un silence presque oppressant après l'extérieur, uniquement ponctué par leurs pas et par le claquement de la pluie.
Sans cérémonie, le psychiatre emmena Lhorrain jusqu'à l'un des ascenseurs, en style art déco, dont les portes en vitrail s'ouvrirent. L'intérieur étiat dans le même style, et, une fois les portes fermées, Kirdell appuya sur la touche "sous-sol", puis enfonça rapidement l'un des ornements métalliques surmonté le sélecteur.
L'appareil se mit en marche dans un silence total, et bientôt, ce furent plusieurs niveaux qui défilèrent de l'autre côté de la vitre colorée de rouge et de vert, pour autant que le jésuite puisse en juger. Puis ils s'arrêtèrent aussi tranquilelment qu'ils avaient démarré, et les battants s'ouvrirent.
Le lobby qu'on pouvait voir derrière était d'un blanc imaculé ou presque, à l'exception des petits carrés noirs présentants des claviers informatiques et écrans miniatures. Quelques membres du personnel médical allaient et venaient, en blouse blanche et tenue impeccable, d'autres poussant des chariots couverts de machines et d'instruments. La seule touche de couleur était représentée par les deux plantes en pot posées de part et d'autre de l'ascenseur.
-Bienvenue au bloc n°4, mon père, se contenta de dire Kirdell.
Ils quittèrent l'ascenseur, et se mirent en route. Rapidement, Lhorrain fut contraint de s'avouer perdu, ne pouvant que suivre son guide. Ils traversèrent une pléthore de couloirs identiques, un système alphanumérique servant à identifier chaque porte, et prirent deux autres ascenseurs, plus modernes.
Finalement, ils se trouvaient sans doute au plmétalliqueus profond de la montagne. L'air semblait étrangement immobile, et les sons étaient comme étouffés. Au fur à mesure de leur progression, ils avaient croisé de moins en moins de monde, et, finalement, personne.
Utilisant le badge de Kirdell, ils passèrent une porte, où était inscrit, pour la première fois, un message clair "Bloc N°4 - Patients Dangereux - Section d'Isolement de Haute Sécurité". A partir de là, le corridor commençait à donner sur des petits couloirs latéraux, se terminant par une unique, large porte, , dotée de commandes électroniques.
La langue du guide de Lhorrain semblait du reste se délier.
-Cette zone du bloc est spécifiquement dédiée aux cas où même nos méthodes les plus audacieuses semblent échouer, ainsi que pour certaines personnes se révélant hum... dangereuses, à plus d'un titre. Une bonne partie des processus ici sont automatisés, et un contrôle informatisé comme présentiel est effectué toutes les heures. C'est en raison de ce degré de sécurité et de secret que nous sommes souvent sollicité par le gouvernement. Vous savez sans doute la menace que peuvent représenter certaines des personnes qui sont retenues derrière ces murs...
Après une cinquantaine de mètres et une douzaine de cellules pareilles, ils passèrent une autre porte, et se retrouvèrent marchant sur un pont metallique surmontant une salle circulaire. Quatre mètres sous eux, cette pièce donnait sur six portes sophistiquées en acier, elles aussi enfoncées dans les murs.
-Nous sommes au point le plus profond de l'installation, à plus de trois-cent mètres sous la surface de la montagne, décrivit le mystérieux psychiatre, et ceci sont les cellules 240 à 245. En ce moment, trois d'entre elles sont occupées.
Alors qu'ils descendaeint par un escalier latéral, Lhorrain repéra deux gardes, installés dans une chambre de veille située du côté opposé aux cellules. Derrière la table où ils jouaient aux cartes se trouvait une armurerie d'une taille inquiétante.
-Certains disent que nous sommes paranoïaques, fit Kirdell, suivant son regard puis haussant les épaules, mais ces personnes n'ont pas vu ce que peut représenter une réelle situation d'urgence chez nous, comme ça se passé durant l'hiver 1996... Enfin, n°242 ne fait pas partie des plus dangereux que nous avons eu ici.
Il guida le jésuite jusqu'à la porte estampillée de ce numéro, et commença à entrer un code sur le système électronique. Un grondement léger retentit, et le panneau d'acier commença à bouger.
-Une fois à l'intérieur, un panneau vitré vous séparera du patient. Vous pourrez parler à travers ce panneau, et éventuellement échanger des feuilles de papier. Je vous attendrai ici.
Lhorrain acquiesça, et pénétra dans dans la cellule n°242.
L'intérieur était spatieux. Cinq mètres par sept au moins, l'espace devant la porte était fermé par une baie vitrée percée de quelques trous ; dans un coin, un lit encastrés assez large, aux bords ronds, en plus d'un coin toilette rudimentaire, d'une table couverte de papiers gribouillés et d'une chaise en plastique. Le tout était plongé dans une lumière blanche ne projetant apparemment pas d'ombres. Malgré cela, une impression d'oppression étrange émanait du lieu.
Un homme était assis sur le lit. Habillé d'une tenue d'hôpital grise et bleue, il était de plutôt petite taille, les cheveux brun clair, les yeux fermés. Ses lèvres bougeaient rapidement, comme dans une prière. Dès qu'il le vit, le visiteur ressentit un étrange malaise.
Le jésuite inspira profondédement, et dit lentement:
-Bonjour. Je viens ici pour le compte de la Fondation.