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Posté : ven. juil. 05, 2013 11:42 pm
par Alexei
<center>[img]http://www.locationsdeprestige.com/img/chalet-scandinave-Mont-Tremblant-laurentides-quebec-1.jpg[/img]</center>
Ivo posa les courses sur la table de la cuisine.
Après quoi, il retira sa veste légère, car il faisait chaud, et l'accrocha doucement sur le porte-manteau.
Ivo était un homme mystérieux, son air ailleurs et sa faiblesse d'apparence faisaient de lui un homme solitaire et sans le moindre ami, mais il avait l'habitude.
Pourtant, sous ses cheveux bruns rêches mal coiffés et pelliculeux, ses yeux marrons froids, et ses lèvres fendillées, se cachait un homme comme un autre.
En effet, le péché mignon d'Ivo était de fouiller dans les tiroirs de la Tsarine Elena et de s'exciter dessus, quoi de mieux que de toucher des sous-vêtements royaux ? Le mieux pour lui, c'était lorsqu'il avait vu nue la Tsarine sous la douche, il y repensait encore lors de ses masturbations nocturnes.
Pratiques qui agaçaient résolument le Tsar Igor II, qui était au courant, notamment grâce à la femme de ménage qui avait surpris le pervers dans son activité favorite, mais il devait faire avec. En effet, Ivo était devenu indispensable pour le couple royal, il était l'homme à tout faire, le serviteur qui leur resterait à jamais fidèle.
Toutefois, cela n'agaçait pas forcément la Tsarine, au contraire, cette dernière avait plusieurs fois songer à passer du bon temps avec Ivo, mais elle n'en eut jamais l'occasion à cause de son mari toujours là. Ah, décadence sous couvert de royauté, que demander de plus ?
"En effet, que demander de plus ?, demanda la femme de ménage au Tsar déchu, qui se tourna vers Ivo.
- Eh bien... un nouveau passeport, de nouvelles identités...
- Vous croyez que les Odmysly ne nous retrouveront jamais ? coupa Ivo, ce qui agaça encore plus le jeune Tsar.
- A votre avis, c'est pour ça que nous devons partir, rétorqua la Tsarine Elena.
- Ils sont peut-être déjà en route [...]", dit la femme de ménage avec sa voix de fumeuse.
Elle n'avait pas complètement tort. Ils ignoraient encore qu'un garde-forestier quelque peu voyeur observait le chalet. Tout comme les capitalistes, les communistes savaient jouer avec les instincts les plus primaires de l'homme comme en témoignait la belle récompense "...remise discrètement à celui trouvant les criminels du peuples que sont la famille royale...".
Le garde-forestier, passant par hasard avait repéré le chalet par ses belles décorations, celui-ci fut aussi interloqué par les nombreux passages d'Ivo. L'homme n'était pas plus communistes que le cours du Tchern était supérieur au dollar USP, mais il était alléché par la récompense promise, en rentrant, il alla au poste de police le plus proche et déclara qu'il savait où se cachait la famille royale. Aussitôt, une brigade de police complète se mit en route, accompagnée par des chasseurs Odmysly.
Ce n'était qu'une question de minutes, et le hasard rendrait l'arrestation encore plus désagréable...
Le Tsar avait une soudaine envie de bricolage. Ce qu'il adorait faire lorsqu'il s'ennuyait, s'enfermant dans la cave, il se mit en tête d'assembler une étagère alors qu'il comptait mettre les voiles, étrange mais humain. Tandis qu'au dessus de sa tête, la femme de ménage faisait une sieste dans le salon et Ivo se faisait surprendre par l'épouse du Tsar dans sa chambre, en train, comme d'habitude, de tripoter les sous-vêtements de cette-dernière. Cette fois-ci, la Tsarine voulait mettre son projet à exécution, elle s'ennuyait à mourir avec son mari, et lorsqu'une Tcherkessienne ayant vécue pendant si longtemps dans de telles valeurs morales, elle comptait briser les tabous royaux.
La scène se passa donc dans la chambre même du Tsar, Ivo couchait avec sa patronne pendant que Igor montait une étagère, la femme de ménage elle, dormait dans le salon pendant que la porte d'entrée se brisa en mille morceaux.
"Politsiïa, politsiïa !", hurlèrent les assaillants pendant que la femme de ménage poussa un cri, elle fut maîtrisée rapidement. Les hommes cagoulés des Odynytsi myslyvtsiv cassèrent tout sur leur passage, avec un plaisir non-dissimulé.
"Je ne sais pas, je ne sais pas !", pleurait la femme de ménage lorsqu'on lui demanda où était Igor II.
Le Tsar était à la cave, il s'arrêta de bricoler en fermant les yeux et en serrant les dents.
Dans la chambre, on entendait rien, la porte était fermée à clef et les cris de la Tsarine étouffaient les bruits environnants. Le lit grinçait, Ivo marmonnait des paroles incompréhensives. Dans le couloir, les assaillants avaient prit position, ils entendaient les cris de plaisir de la Tsarine. Un officier zélé avait sorti un caméscope qu'il alluma.
"Kredyty ?", lança l'officier.
Le bélier entra en action, les miliciens firent irruptions dans la chambre pendant les ébats des deux royalistes, la Tsarine se cacha en voyant la caméra la filmer, lui et l'homme à tout faire. Les Odmysly usèrent d'une violence extrême, la femme infidèle, enfreignant en plus les lois sur les relations extra-conjugales, fut mise au sol et tabasser, ensuite, on la menotta. Pour accentuer la honte, on la laissa nue et la vidéo serait diffusée, mais censurée, partout dans la nation. Quant à Ivo, les hommes le traitèrent de la même façon. Dans le salon, la femme de ménage sanglotait devant ce chaos, au même moment, l'autre groupe prenait place.
A la cave, le Tsar avait mit de la musique classique, bien loin du style communiste, il fredonnait pendant que le bélier des Odmysly tentait de briser la porte.
Il fermait toujours les yeux en fredonnant, dehors il pleuvait, la porte éclata sous l'impulsion des tueurs communistes, des pas dans les escaliers, un coup de crosse dans la nuque, des menottes.
L'officier en charge de cet escadron de chasseur déclara simplement au Tsar déchu pendant qu'on le jetait dans une voiture blindée :
<center>"Bienvenue en République Populaire de Tcherkessie".</center>
Posté : sam. août 03, 2013 12:55 pm
par Alexei
<center>[img]http://www.siwel.info/photo/art/default/2897383-4101355.jpg[/img]
Acte II - "Libération"</center>
Le convoi s'engagea dans la forêt de Priženka, un brouillard dense masquait la route à cent mètres.
Le convoi était composé de deux camions et de deux véhicules de combats légers, les camions étaient des Nosilac kirepiens, les voitures au faible blindage étaient tcherkessiennes.
Le Tsar allait enfin être jugé après trois mois de captivité, de torture, de brimades et de coups, il était dans le premier camion et dans un piteux état. Entouré de cinq gardiens qui ne le lâchaient pas d'une semelle. Les véhicules passaient dans le nord du pays, près de la frontière coor, la présence militaire était très forte à cet endroit, des hélicoptères survolaient souvent le ciel, il n'y avait aucun village à la ronde, seulement de la forêt et des montagnes ornées de bases militaires diverses.
Aujourd'hui, le district militaire d'Izmený était en alerte maximale. Les barrages routiers étaient renforcés, un hélicoptère des forces spéciales survolait le convoi dans les calmes forêts où des patrouilles avec des chiens passaient régulièrement. Cette agitation était perceptible au Coorland, dont on assura que ce n'était qu'une manoeuvre dans un communiqué crypté.
La forêt de Priženka avait quelque chose de fantomatique, le brouillard accentuait un peu plus ce côté surnaturel. Dans les véhicules, le silence était plat, il n'y avait que le grésillement des talkie-walkie des autres voitures du convoi, et la radio des postes militaires avancés qui étaient sur le chemin, on n'entendait que le bruit des moteurs. Dans les bois, rien ne bougeait, les hommes regardaient avec crainte les arbres dans la brume automnale, il ne se passait rien, et pourtant...
Le convoi approchait du barrage routier suivant, à quelques kilomètres lorsqu'il aperçut un tronc d'arbre en plein milieu de la route. Le conducteur de la première voiture regarda son camarade passager et attrapa son talkie-walkie, se brancha sur la fréquence et... une balle vint lui faire sauter la cervelle, faisant gicler cette dernière sur le co-pilote qui ne bougea pas au début, abasourdi par le choc et la surprise. Puis, lorsqu'il vit des tireurs dans la forêt, il se ressaisit.
Malheureusement pour les agents secrets thorvaliens venus extraire le tsar, ce n'étaient pas des Jednotky qui escortaient le convoi. Mais de redoutables Špetsly, équipés des nouveaux fusil d'assauts Deji-96. Bien que la surprise fut totale sur la voiture de tête, les Špetsly dans le second camion réagirent rapidement, descendant rapidement et se mettant en position de combat. Deux tireurs s'agenouillaient au sol et couvraient leurs camarades qui sortaient, les tirs repoussant les rebelles dans la forêt, équipés de pistolets et de carabines. La fusillade se poursuivait, les ondes ne passaient pas ici, mais les Špetsly tenaient bon, économisant les munitions et jetant des grenades vers les miliciens. Les Špetsly escortant le convoi étaient du bataillon "Milan Zemko", le bataillon de la garde présidentielle pour faire court. Les soldats de cette unité étaient réputés pour leur haute taille (1 m 90 minimum), leur ténacité et leur fanatisme (contrairement aux autres unités). La confusion était totale, la mitrailleuse du dernier véhicule blindé crachant le feu sur les attaquants.
Mais de l'autre côté de la route, dans le dos des Špetsly, se trouvaient quatre des six agents thorvaliens, introduits la semaine dernière depuis la frontière coor, ils avaient réussi à obtenir l'itinéraire du convoi et le nombre de voitures. Mais ils ne s'étaient pas attendus à une telle résistance, les Špetsly se battant très bien, ils auraient tôt fait de faire fuir les attaquants si les deux autres agents du Thorval ne poussaient pas ces miliciens nationalistes, de l'autre côté de la route, à tenir faire front. Toutefois, leur nombre diminuait fortement, et un hélicoptère de transport s'était approché du convoi, alerté par les tirs.
Il fallait agir maintenant, le camion transportant le Tsar n'était plus défendu, mais il restait la voiture blindée à l'arrière. Alors l'un des quatre agents eut une idée ; il lança la seule grenade fumigène dont il disposait près de ladite voiture. Après le choc, la fumée se dispersa dans l'air, tandis que les espions étaient déjà en route. Arrivé devant le camion, ils virent le Tsar tirer sur l'un de ses geôliers, après une bagarre acharnée, débutée quand Igor II s'était saisi discrètement de la clef de ses menottes et s'était libéré.
Les agents saisirent le Tsar et, le tirant hors du camion, ils l'emmenèrent dans la forêt d'où ils venaient et coururent jusqu'à la cime des arbres où ils étaient en sécurité. Sur le lieu de l'embuscade, les tirs cessèrent, les rebelles avaient été mis en déroute, quelques pertes étaient à déplorer mais la plus importante était celle du Tsar lorsqu'ils découvrirent qu'ils n'étaient plus là... Les combattants se séparèrent en deux, s'élançant des deux côtés de la route, ils trouvèrent sur le côté sud, une douzaine de cadavres des assaillants, tandis qu'au nord, il n'y avait rien, à part des traces fraîches. Les douze hommes la suivirent, escortés par un hélicoptère (ne disposant pas d'une vision infrarouge toutefois), ils n'allaient pas tarder.
Les Almérans offrirent les premiers soins à Igor II ainsi que de l'eau, "Faut pas traîner", dit l'un des quatre agents dans un tcherkessien approximatif. Le groupe se mit en branle en direction de la frontière coore, même si l'arrivée fut difficile, le retour le serait encore plus, avec un district militaire en alerte maximale. L'agent du nom de code "Sven" avait récupéré un talkie-walkie et la tension était palpable, parlant un peu tcherkessien, il savait où les recherches s'orientaient. Contrairement à 70% de la frontière techerkesso-coor, il n'y avait pas de montagnes, juste des collines menant à des postes-de-gardes frontaliers. La marche était difficile, le Tsar épuisé était soutenus par les quatre agents ouest-almérans qui l'obligeaient à continuer. "Vous verrez, il y a une voiture pas loin, vous serez en sécurité !", le souverain déchu respirait fort, il avait de la fièvre et son coeur supportait mal tant d'émotions, néanmoins, il devait continuer pour son salut et celui de la Tcherkessie.
Enfin ils arrivèrent vers la frontière, il faisait presque nuit, on pouvait voir quatre hélicoptères survoler la vallée avec les projecteurs. Des jappements de chiens se faisaient entendre. "Les rouges sont pas loin", déclara "Sven". Ce sauvetage, fruit d'une audacieuse mission, confirmait la vocation du Thorval d'être la terre d'accueil des rois déchus, toutefois, si les agents étaient découverts, ce serait un désastre diplomatique, équivalant à une déclaration de guerre à la Tcherkessie et même au Pacte. Sur la route de l'embuscade, il y avait un problème... En recueillant les cadavres, les soldats de l'armée régulière trouvèrent quelque chose sur l'un d'eux. En effet, celui-ci possédait un gilet pare-balles, un pistolet moderne et avait l'air d'avoir une bonne hygiène, choses étranges chez un maquisard. Après avoir été montré à un officier, il était clair que cet homme n'était pas d'ici, mais d'où était-il ?
À quelques kilomètres de là, la résistance nationaliste apporta enfin le véhicule aux agents thorvaliens. C'était une fourgonnette verte et sale, mais c'était mieux que rien. Ce-dernier indiqua où se situait la "brèche" de la frontière pour rejoindre le Coorland et les y emmènerait. Coorland, dernière escale avant la "Terre Sainte des rois", le Thorval, le salut du Tsar Igor II qui ne connaissait que malheurs et désespoir depuis trois mois. Le véhicule effectua un trajet difficile, dans les arbres, phares éteints pour ne pas se faire repérer, puis il passa ce qu'on appelait "la brèche" : un vieux tunnel, dont le gouvernement ne connaissait l'existence, sous un poste frontière qu'ils ne pouvaient traverser qu'à pieds. C'était la fin, "la lumière au bout du tunnel" comme on dit. Celui-ci ressortait dans un château abandonné... au Coorland. Après avoir barricadé le tunnel, l'officier coor escorta le groupe jusqu'au convoi, le ramenant en sécurité cette fois.
"Où sont les autres ? demanda le coor.
- On sait pas, on a plus de contact avec eux, j'espère qu'ils sont en vie."
Le Tsar, qu'on installa dans une voiture confortable avec un manteau de la police coor sur les épaules, jeta un dernier coup d'oeil au pays qu'il quittait pour la première fois. De loin, il apercevait les hélicoptères tourner en boucle sur la forêt, les lumières du poste frontière tcherkessien éclairaient à un kilomètre à la ronde, il imaginait bien les représailles que le peuple tcherkessien subirait, mais qu'importe, il était vivant. Il tourna la tête et pensa à ce que la tyrannie zemkiste avait fait de son beau pays, il espérait qu'un jour, il reviendrait.
Posté : lun. août 05, 2013 9:21 am
par Alexei
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Milan Zemko était furieux.
Le jeune président était dans son bureau, le téléphone encore à la main, son regard bleu ne laissait rien transparaître à l'inverse de sa main droite qui semblait vouloir broyer le combiné.
- "C'est.. c'est impossible ! Comment a-t'il pu... ? disait le Grand Représentant du Peuple d'une voix masquant sa colère qui montait.
- Un groupe de rebelles, camarade. Nous avons trouvé 12 cadavres et aussi quelque chose d'étrange... répliqua son correspondant.
- Eh bien dis-le moi, camarade ! Qu'as-tu trouvé ?!
- Il y avait un homme avec un gilet pare-balles sous sa veste, il tirait avec un pistolet moderne provenant d'un pays alméran, c'est certains. Mais nous ne savons pas lequel, il n'avait pas de papiers, rien sur lui.
- Tu penses qu'un pays étranger aurait pu organiser cela ?
- Effectivement, la rébellion est paralysée, et une telle action était vouée à tomber à l'eau pour un groupe de rebelles isolé.. cinq hélicoptères ont quadrillé la zone, on aurait déjà retrouvé le Tsar depuis bien longtemps.
- Le Coorland... ces petits salauds capitalo-monarchistes l'ont extrait, c'est sûr !
- Si je peux me le permettre, camarade-leader, le Coorland produit ses propres armes. Ce serait idiot de prendre un pistolet alméran, je pense plutôt que le Tsar a transité par le Coorland pour aller en Alméra, c'est plus sûr pour lui.
- Je vois. Tu penses donc qu'il se serait planqué où ? Au Schlessien ? En Fiémance ? En Biturige ? Au Thorval ? Il y a pleins de possibilités ! Putain, j'en reviens pas qu'on ait perdu cette enflure royale de merde ! reprit-il d'un ton visiblement énervé, son correspondant faisant tout pour apaiser le Grand Représentant du Peuple.
- ... je vais mobiliser le KPK et la TTS pour cette mission, camarade, on va le retrouver.
- Tu as intérêt, camarade.", dit-il d'un ton menaçant avant de raccrocher.
Zemko reposa le combiné sur le téléphone, il parut se détendre quand soudain, il asséna un violent coup de pied dans son bureau en criant "Bordel de merde !". Puis, une idée lui vint. Il s'empara à nouveau du téléphone.
- "Veliaci (commandant) Krišov à l'appareil, vous désirez ? déclara une voix.
- C'est moi, camarade. dit Zemko, faussement calme.
- Ah, bonjour, camarade-leader ! Je ne vous avais pas reconnu, y a-t'il un problème ?
- Effectivement il y en a un. Vous allez me fusiller toute la famille royale et me photographier tout ça, vous mettrez les clichés sous scellé dans les sous-sols de la Place Milan Zemko (QG du KPK) après quoi vous contacterez Špacil et lui ordonnerez de déporter les familles des miliciens abattus morts en Isménie dans la mesure du possible.
- Bien, camarade-leader, je le fais." finit-il avant que Milan Zemko ne raccroche.
Zemko se laissa tomber sur son fauteuil, le regard dans le vide, sa journée serait longue.
Posté : dim. août 11, 2013 2:01 pm
par Alexei
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Acte III - Un Thorvalien à Preškovo</center>
Preškovo était étonnamment calme ce soir là.
Nous étions le 30 octobre 2021, il faisait chaud encore malgré l'automne largement entamé. On avait enregistré 20° vers midi, une chaleur rare pour une ville aussi proche de la mer.
Preškovo était la seconde ville de pays, située à l'extrême-ouest de la Tcherkessie, elle était le poumon économique du pays : c'était là où était située les principaux ports pour l'exportation d'or et de bois, plusieurs institutions gouvernementales y avaient leur siège et la ville accueillait aussi la Flotte de guerre, ou "Flotte de la Caru".
Les marins avaient leur permission ce qui doubla le nombre de militaires présents en ville. La plupart ne reverraient plus les navires où ils avaient servis car ceux-ci allaient être remplacer par de plus modernes, achetés à l'URCM probablement. Les marins habillés de leurs chemises bleus foncées, leurs pantalons sombres et leurs képis noirs orné de l'emblème de la marine surmonté d'une étoile rouge, avaient la cote auprès des jeunes femmes. Même si la ville était étroitement surveillée par le KPK et les Brigades Rouges, qui y étaient encore nombreuses, tout le monde s'amusait, même sous l'ère tsariste il y avait toujours eu ce climat festif. Les bars ne désemplissaient pas, les bistrots affichaient complets, le vent agitait les drapeaux rouges accrochés au mât des navires dans les bruits typiques du porc. Le vieux phare de Preškovo éclairait les navires en mer, la police, nombreuse, inspectait les rues très souvent pour qu'un ordre strict soit maintenu, les plus vieux pensaient à leurs jeunes années lorsqu'ils voyaient un jeune et beau marin embrassé passionnément une jolie jeune fille aux cheveux noirs.
Les bistrots de Preškovo étaient réputés pour leur ambiance unique, le plus célèbre de la ville était le Katoušov, situé vers la plage de la ville. La femme qui le tenait s'appelait Olga, c'était une femme approchant la quarantaine et avec une forte corpulence, mais tout le monde l'appréciait, malgré son attitude très strict beaucoup la considérait comme une seconde maman, elle aimait boire au bar avec les clients qui leurs racontaient leur journée en parlant fort pour couvrir le bruit du match de handball qui passait sur la télévision accroché à l'angle de la pièce. Le bistrot possédait également une scène de spectacle, où même les Choeurs de l'Armée Populaire était passés. C'était cet établissement, aussi, qui accueillait le plus de marins. Le vendredi soir, il était plein, les représentations musicales coupaient court à toute conversation et focalisaient l'attention de tous.
C'était exactement ce que recherchait Gustav Vergössen.
Ce-dernier était, ce soir-là, assit à une petite table au fond du bistrot, en compagnie d'une jolie blonde qui était manifestement peu loquace. Une choppe de slibàïky dans la main, il dégustait cette dernière en regardant le spectacle d'un air détaché. Gustav Vergössen était Thorvalien, mais ça, personne n'était censé le savoir. Parlant un tcherkessien correct, lorsqu'on lui demandait son origine, il déclarait qu'il était Menovien. En réalité, ce jeune thorvalien avec une cicatrice au visage était le dernier agent (?), du moins en vie, des Services Secrets thorvaliens en Tcherkessie, il avait contribué à aider ses collègues à sauver le tsar Igor II de la potence. Tout en buvant une gorgée de l'alcool local, il se remémorait comment il avait fait pour arriver ici.
Gustav rechargea son pistolet. C'était le dernier chargeur qu'il avait à sa disposition, ensuite il serait obligé de fuir. Les Špetsly déchaînaient un feu d'enfer, à côté de lui, un milicien s'effondra, mortellement touché. Gustav tira avec parcimonie sur les soldats qui se remettaient de l'embuscade tendue par les rebelles monarchistes, la mitrailleuse d'un véhicule blindé s'était mit à cracher le feu, obligeant l'agent thorvalien à se mettre à couvert. La situation était insoutenable à cet endroit là, les derniers miliciens commençaient à refluer vers l'arrière. Si il restait ici, Gustav serait tué, ou pire : arrêté. Il se releva donc et courut vers son binôme à quelques arbres de là, les balles sifflaient sur son parcours tendit que les rebelles essayaient de repousser en vain les Forces Spéciales qui assuraient la protection du convoi. Dans le ciel, un hélicoptère avait été attiré par l'agitation, les Špetsly contre-attaquaient avec des grenades et commençaient à courir vers la forêt, appliquant des tactiques de combat dévastatrices : un soldat courait, l'autre le couvrait pendant que le troisième lançait une grenade. Gustav saisit son camarade par le bras, lui intimant du regard qu'il fallait partir que la mission était échouée...
"On a le Tsar !", déclara une voix dans leur talkie-walkie.
À ce moment là, Gustav regarda son ami, un sourire commençait à se dessiner sur son visage lorsqu'un tir dans le dos de ce-dernier le fit s'écrouler, une expression de choc sur le visage. Le tueur apparaissait derrière l'agent abattu, le Tcherkesse comprit qu'il avait abaissé son arme trop tôt quand dans une expression de haine intense, le Thorvalien vivant se leva et courut vers lui en criant "Fils de pute !" le soldat surentraîné leva son arme et tenta de tirer, trop tard, Gustav s'était jeté sur lui, un couteau à crans d'arrêt à la main droite, l'espion plaqua le soldat cagoulé, on ne voyait que ses yeux gris laissant transparaître de la haine mais aussi de la peur. Le couteau s'approchait dangereusement de sa gorge, à côté, la fusillade était encore intense, le soldat était venu visiblement seul. Gustav abaissa le couteau un peu plus, le soldat, abandonnant son calme se mit à s'agiter en criant à travers sa cagoule "Nie ! Nie ! Nedělej to !" puis un cri sourd s'échappa de sa bouche quand le couteau pénétra la gorge. Gustav le planta de toute ses forces avant de se rabattre sur le côté, une balle frôla sa tête. Le jeune Thorvalien fut directement tiré par un nationaliste qui l'invectiva de fuir. Gustav et l'homme coururent un bon kilomètre, ils avaient perdu le reste du groupe et trottinaient maintenant dans une plaine avec des hautes herbes. Dans le ciel, pas moins de cinq hélicoptères inspectaient la zone, les projecteurs s'allumèrent car la nuit approchait. Les deux résistants s'arrêtèrent pour reprendre leur souffle. "Merci, dit Gustav, reconnaissant envers celui qui avait surement été son sauveur. Ce-dernier hocha simplement la tête avant de reprendre :
- Il faut continuer, nous pas être encore tirés affaires.
- Où allons-nous ? rétorqua Gustav qui, reprenant son souffle, observait les majestueuses montagnes qui les entouraient.
- Allez à Preškovo, vous ne pouvez passer par Coorland... trop de rouges !
- Encore merci... vous vous appelez comment ?
- Je m'appeller... Ivan, finit-il, essoufflé"
Gustav approuva, le blond aux yeux bleus observait la forêt de Priženka, là d'où ils venaient. Des buissons commençaient à bouger curieusement de l'autre côté de la prairie, ce ne fut que lorsqu'il entendit un jappement de chien et aperçut le discret faisceau d'une lampe torche qu'il se remit à courir, toujours accompagné d'Ivan, après une course, ils s'établirent dans une petite cabane, au coeur de la forêt.
"Ici, nous serons en sécurité" lança Ivan.
Le Thorvalien observa le lit dans lequel il dormirait pour la nuit, il crut voir un cafard courir sur le mur contiguë à ce qu'Ivan appelait "lit", la pièce minuscule comptait un poste radio, un lavabo (miraculeusement !) et un petit réfrigérateur. C'est réticent que l'espion se coucha, tout habillé. Son pistolet presque vide sur la poitrine.
"Surtout, ne pas allumer lumière !" reprit le rebelle.
Sur ces mots, les deux hommes s'endormirent profondément malgré le danger. Le matin, Ivan accompagnerait Gustav à la gare du petit village de Hradzenkovo où il se cacherait sous la banquette du train qui devait l'emmener à Preškovo. Arrivé dans la ville, il rencontra une des seules membres de la résistance monarchiste, nommée Libena, blonde et jolie, il logerait chez elle "sur le canapé" puis...
Olga claqua des doigts devant les yeux vides de Gustav "Hé, faut payer maintenant, ça vous f'ra 12 Tcherns pour les deux slibàïky".
- Ah oui, excusez-moi, le Thorvalien posa machinalement un billet et deux pièces sur la table que la taulière saisit et emmena dans la caisse.
Gustav finit sa boisson et se leva, Libena lui emboitant le pas, c'était sa dernière soirée en Tcherkessie et il ne voulait pas commettre d'erreur. Il se faisait tard, il tombait de fatigue. Dans son pays à cette heure-ci, on était au lit depuis longtemps. Il aurait adoré visiter Preškovo, mais lui et Libena savaient que c'était impossible. Ils quittèrent l'établissement sous l'oeil attentif d'un agent du KPK...