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Posté : dim. févr. 02, 2020 9:59 pm
par Gelebor
Dans cette section seront régulièrement postés des articles détaillés traitant de divers sujets concernant certains aspects politiques, économiques et sociaux de la Souveraineté.

Posté : dim. févr. 02, 2020 10:07 pm
par Gelebor
I - Présentation succincte


[justify]La souveraineté de Zellmeira se définit essentiellement comme un agrégat de royaumes placés sous la dépendance du Haut-Roi, lequel est considéré comme le sommet de la pyramide sociale vers lequel convergent tous les liens de subordination, directement ou indirectement. Depuis la signature du compromis germano-grec de 1884, qui avait consacré la division de la Souveraineté en deux parties distinctes, le Haut-Roi est devenu le “seigneur des seigneurs” de toutes les terres de la Fédération. Cette autorité éminente ne lui permet cependant d’exercer une autorité uniforme dans tous les royaumes qui lui ont fait acte d’allégeance. Ainsi, les Royaumes grecs disposent d’une ample autonomie tandis que deux régions autonomes, l’une maintenant un régime sociétal semblable à celui du Gansernberg, l’autre conférant aux indigènes des libertés accrues en matière de fiscalité, d’organisation économique, sociale et administrative, sont régies par des lois particulières, respectées par la constitution de 1885.

En Dytolie où s’affirme depuis le début de l’ère moderne le concept des nationalités avec son corollaire l’Etat-nation, la Souveraineté pourrait constituer aux yeux de beaucoup un État anachronique de par la diversité ethnique, linguistique et religieuse de ses habitants. En effet, on y dénombre cinq grands groupes ethniques, une dizaine de langues parlées que l’on écrit au moyen de trois alphabets, latin, ellènikó et nahuatl. Les religions chrétiennes sont très largement majoritaires et en premier lieu le protestantisme suivi de près par l’orthodoxie.

Le caractère multiethnique du Zellmeira trouve ses origines dans la politique menée par la Maison Von Meyer, alors dynastie régnante du Royaume de Zellinger, fondé en 1573. L’intégration de nouveaux territoires au noyau central constitué par le corps germanique fut rarement l’aboutissement d’une politique de conquête. Très souvent, il s’agit du ralliement volontaire de certaines populations désireuses de sécurité ou des conséquences d’une habile politique matrimoniale. La décentralisation et le large degré d’autonomie de ses diverses composantes ont permis à la monarchie des Von Meyer de constituer un havre de paix et de stabilité au coeur de l’Olgarie, et de garantir à ses éléments constitutifs - des peuples que tout sépare dans de nombreux cas - un climat d’entente et d’harmonie. La communauté des intérêts économiques, la complémentarité des économies des différents royaumes, la mobilité des populations à l’intérieur de ce vaste territoire, l’exode rural, tout ceci a favorisé les croisements ethniques et les échanges inter-communautaires. Les changement de nationalités sont même fréquents.

En dépit des conflits religieux des années 1760, des révolutions nationales des années 1920, d’une période marquée par le despotat durant les années 1940, et les terribles répressions qui s’ensuivirent lors de la Fronde de 1955, la souveraineté a su se maintenir. A la différence des nombreuses monarchies de son temps, elle s’est dotée d’une constitution dans laquelle les principales libertés sont offertes à tous ses habitants, toutes nationalités confondues. Pour preuve, le principal critère d’admission dans l’administration fédérale réside dans l’efficacité des agents et non leur origine ethnique. Les armées royales représentent également un véritable creuset où se côtoient des individus venus des quatre coins des Royaumes ; c’est également un moyen efficace d’obtenir l’accès à l’ascenseur social, car l’acquisition d’un titre d’officier, grade militaire socialement valorisé, est ouverte à toutes catégories sociales, toutes nationalités... Ce que l’état exige cependant, c’est une connaissance parfaite de la langue tottern, utilisée par près de 68% de la population. [/justify]

Posté : dim. févr. 02, 2020 10:09 pm
par Gelebor
II - l’Etat-souverain


[justify]A de nombreux égards, le Zellmeira apparaît comme une construction politique. Morcelé en de multiples cultures, langues, coutumes parfois très différentes les unes des autres, l’ensemble des royaumes peut se définir comme un territoire - vaste - sur lequel le haut-souverain exerce son pouvoir. Encore de nos jours, les théoriciens considèrent que la puissance du souverain procède du divin : le sacre fait de l’Empereur un personnage sacré, médiateur entre la Terre et le Ciel.

Néanmoins, les méthodes de gouvernance changent au fil du temps. Les conseils où se prennent les décisions politiques se spécialisent, les agents locaux du pouvoir fédéral se multiplient, et l’autorité du Haut-Roi se fait mieux respecté. Ses moyens d’actions s’étoffent. Depuis la guerre d’indépendance, le monarque dispose d’une fiscalité permanente, qui lui permet d’entretenir une armée et une administration nettement plus efficaces. Les Temps des Troubles (1920 - 1955) ont révélé les faiblesses de la Monarchie, incapable d’endiguer la montée des violences, y compris pour se protéger elle-même. En outre, l’exercice du pouvoir devait composer avec la lenteur des communications, les particularismes régionaux et les nécessités d’un dialogue avec les assemblées locales.[/justify]

Posté : dim. févr. 02, 2020 10:11 pm
par Gelebor
III - Le lieutenant de Dieu sur Terre


[justify]Au Matin du 17 Juin 1796, le jeune Friedrich II entre dans la cathédrale de Calcherth pour y être sacré. Agé d’à peine neuf ans, il devient roi du Zellinger dès le 28 Janvier 1796, à la mort de son père, mais il doit se plier à cette longue et traditionnelle cérémonie du sacre, car elle lui confère prestige et légitimité.

Devant les principaux prélats et aristocrates de ses Royaumes, il commence par prêter serment, les mains posés sur la bible : “Au nom du Christ, je promets que les peuples chrétiens qui me sont soumis conserveront une paix véritable. J’interdirais à tous toutes exactions, toutes pilleries, toutes iniquités. J’ordonnerai que dans tous les jugements soient respectées l’équité et la miséricorde. Je consacrerai mes forces et mes efforts à chasser de mon domaine et des terres soumises à ma Loi méchants et parjures”. Ces quelques phrases rappellent les missions idéales qui sont celles du Haut-Roi : le maintien de la paix dans ses États, la garantie d’une bonne justice et la défense de la religion chrétienne.

Conformément à la tradition, l’évêque protestant procède ensuite à l’onction du souverain. Les légendes racontent qu’elle aurait été rapportée du Lointain Orient au cours du baptême du premier monarque du Zellinger, en 1536, qu’elle contiendrait une eau sainte ramenée du Vieux-Monde qui ne s’épuise jamais, et que ce miracle marque la bénédiction spirituelle que le Saint-Esprit accorde à la Couronne du Zellinger. Avec une aiguille d’or, le prêlat en retire une petite quantité et le mêle au saint-chrême avant d’oindre le sommet de la tête du haut-roi, sa poitrine, son dos, ses épaules, le pli de ses deux bras et ses mains.

Après avoir été oint, Friedrich revêtit le manteau, passe à son doigt l’anneau royal et reçoit le sceptre dans la main droite et la main de justice dans la gauche. Enfin, l’évêque prend la couronne placée sur l’autel et la lui pose sur la tête en disant : “Reçois la couronne du Royaume au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, de telle sorte que tu vives justement, miséricordieusement et pieusement, pour recevoir la couronne éternelle par Notre Seigneur Jésus-Christ dans l’assemblée des saints. Par elle, tu participes à notre mission. De même que nous sommes considérés comme pasteurs dans la vie intérieure et recteurs des âmes, de même tu dois te tenir comme défenseur prêt à agir contre tout ce qui est contraire à la Bible”. Symbole de la souveraineté terrestre, la couronne est le reflet lointain de la couronne céleste, car le pouvoir qu’elle représente n’a de sens qu’à l’expresse condition qu’il soit placé au service du Christ. Friederich II devint ainsi le premier dignitaire de son église.

Le roi devait ainsi, en suivant les commandements de Dieu, contribuer au salut collectif de ses sujets. Cette onction le place au-dessus de la sphère terrestre, en position intermédiaire entre le Ciel et la Terre.[/justify]

Posté : dim. févr. 02, 2020 11:21 pm
par Gelebor
IV - Étendues et limites de la souveraineté

Partie I


[justify]Tous les légistes s’accordent pour affirmer que le Haut-Roi se situe au sommet de la pyramide sociale. Le Roi des Rois reçoit, directement ou non, l’hommage et la foi de tous ses vassaux, qui doivent lui manifester fidélité et assistance. Cette vision du souverain est complétée par une autre notion, tout aussi importante : le Haut-Roi est “maître en son empire”, c’est-à-dire qu’il bénéficie d’une entière autonomie à l’égard de toutes les puissances temporelles. Néanmoins, il est acquis que le monarque doit se plier à quelques grands principes coutumiers, notamment la Lex Fondamenta.

- La succession au trône obéit à une règle stricte, la primogéniture masculine. Les femmes ne peuvent prétendre à la couronne, ce qui permet d’éviter l’ingérence d’une dynastie étrangère, apparentée à celle du Zellmeira.

- Le domaine royal est inaliénable. Composé de toutes les terres et des droits nobiliaires qui relèvent de la Couronne, le domaine n’appartient pas en propre au Haut-Roi, qui ne dispose que de l’usufruit durant son règne. Il lui est donc formellement interdit d’en disposer à sa guise, et notamment de le vendre, même s’il possède une certaine latitude pour le louer temporairement.

Selon les théoriciens, la Souveraineté acquiert ainsi un équilibre idéal puisqu’elle est limitée par trois freins. Le premier est la religion : si le Haut-Roi ne se conforme pas à ses préceptes, le peuple le haïrait et par conséquence lui obéirait mal. Le deuxième est la justice, à laquelle les différents souverains zellmeirois sont obligés d’obéir puisqu’il leur est impossible de déposer les grands magistrats. Le troisième et ultime frein est la “police”, c’est-à-dire la fameuse Lex Fondamenta. L’inaliénabilité du territoire national est un principe inviolable, puisqu’il permet de préserver la cohésion des Royaumes autour de la Couronne. Le Haut-Roi est ainsi obligé de composer avec les usages politiques de son pays.

Dans cette idée, nous pouvons, par soucis de simplicité, assimiler la société politique zellmeroise à un corps gigantesque dont les sujets constituent les membres, et dont le Haut-Roi incarne la tête. Tous les éléments de ce corps sont liés les uns aux autres et doivent vivre en bonne intelligence, sous peine de voir l’édifice s’écrouler.[/justify]

Posté : mar. févr. 04, 2020 11:36 am
par Gelebor
Partie II


[justify]A partir des années 1830, le pouvoir prend une tournure nettement plus ferme, qui se traduisit par un
renforcement des institutions fédérales et par l’apparition, dans les milieux libéraux, de doctrines politiques novatrices, nourries de références à l’antiquité. Certains, parmi les soutiens à l’absolutisme, soutinrent que le roi est le seul dépositaire de la puissance souveraine. Il avait donc toute latitude pour trancher les cas judiciaires en dernier ressort, passer outre les traditions locales qui s’opposaient à sa volonté et légiférer selon son bon plaisir.

Pendant les conflits religieux (1840 - 1860), les libéraux orthodoxes ont tenté de fixer des limites précises à la puissance des Herrscher. Après les “boucheries” de Falkerhoff, dont le Haut-Roi Franz Ier avait endossé la responsabilité, certains observateurs dénoncèrent une dérive sanguinaire de l’exercice du pouvoir. Carl Amherst publia un ouvrage intitulé “De l’Autorité des Rois” dans lequel il est précisé que le prince doit être au service de son peuple et qu’il peut être déposé en cas de tyrannie.

L’essor des troubles religieux et ethniques au cours des années 50 semblait si dangereux pour la survie même de l’Etat fédéral que certains intellectuels énoncèrent un discours nouveau, en rupture avec les anciennes traditions. Ceux que l’on nommait bien vite les “Politikers” aspiraient avant tout à sauvegarder l’Unité nationale. Souvent juristes, ils étaient profondément marqués par la philosophie stoïcienne antique, laquelle prônait la résignation, la canalisation des passions destructrices et l’obéissance au pouvoir. Ces ouvrages offraient de penser une “Royauté” qu’il fallait non seulement restaurer, mais consolider afin de protéger les hommes d’eux-mêmes…

D’autres auteurs - les plus extrêmes - voulaient promouvoir l’image d’un monarque absolu, dont la puissance était la seule à même de garantir la pérennité de l’Etat et la paix du Royaume. La souveraineté ne devait pas être partagée en divers roitelets dépositaires. Absolue et éternelle, elle avait été confiée une fois pour toutes par le peuple à son prince, afin qu’il l’utilise à bon escient pour assurer le bien commun de ses sujets. Néanmoins, cela ne signifie pas pour autant qu’il doit tout faire selon son gré. Le Haut-Roi doit se conformer à des règles qui limitent sa marge de manoeuvre. Adam Wilhoeck, duc de Meliford, publia un traité “De la réussite des entreprises royales” dans lequel il posait comme préalable indispensable que le monarque jouisse d’un pouvoir absolu, mais en faisant le distinguo entre absolutisme et despotisme, ajoutant que “bien qu’il ait toute puissance et autorité de commander et faire ce qu’il veut, cette grande et souveraine liberté est réglée, limitée et bridée par de bonnes lois et de sages ordonnances, prescrites par l’avis de son Conseil”.

Cette philosophie politique conciliant deux idéaux apparemment contradictoires - l’harmonie des Royaumes et la puissance royale - n’est pas circonscrite à des traités théoriques. Nombreux sont ceux qui demandèrent à leur souverain d’intérioriser le message du Christ pour mieux l’appliquer aux Royaumes. Soucieux d’établir une continuité entre la philosophie grecque et la Bible, ils conseillèrent au Haut-Roi de devenir un modèle de vertu et de s’affirmer comme un roi philosophe.
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Posté : mar. févr. 04, 2020 11:38 am
par Gelebor
V - Une Monarchie avec ses rituels


[justify]Naturellement, le pouvoir ne s’incarne pas avec des mots mais aussi et surtout par des gestes forts, évocateurs, et symboliques. Aux débuts de la dynastie, le Haut-Roi n’était pas encore doté d’une véritable cour : il disposait d’un simple entourage, composé de quelques conseillers, de ses amis, de ses parents plus ou moins proches et de ses domestiques. L’étiquette était simple, et les rapports entre le Souverain et ses proches ne faisaient pas l’objet d’un rite codifié, sauf lors des grandes cérémonies. Sous l’influence des cours dytoliennes, réputées pour leur raffinement, une réforme dont on a perdu le nom et la date exacte eut lieu, transformant la cour en un espace dans lequel la monarchie déploie un rituel très sophistiqué. Achille II Von Meyer, peu après son accession au trône en 1739, introduisit des règles destinées à limiter l’accès à sa personne et à magnifier le moindre de ses actes. Il fit, par exemple, dresser une balustrade autour de sa table et obligea les courtisans aux repas qu’il prenait en public ; de même, il restreignait l’accès à ses appartements à un cercle réduit de courtisans, alors que ses prédécesseurs ont toujours laissé la foule et les solliciteurs les importuner sans vergogne. Le lever du roi fit même l’objet d’une réforme… ! Désormais, les courtisans devaient y tenir un rôle conforme à leur rang et à leur position dans la faveur royale, mais pendant la journée, l’accès aux appartements royaux était limité aux gentilshommes de la chambre, seuls à détenir une clef d’or, symbole de leur charge.

Ces innovations furent très mal accueillies par la noblesse, qui réclamait du Haut-Roi davantage de proximité. Elle ne pouvait supporter d’être réduite au rôle de spectatrice. Aussi furent-elles abandonnées par son successeur, qui revint à davantage de simplicité au cours de son règne. Le rituel de la monarchie ne se réduit cependant pas à l’étiquette de la vie de cour, car les hauts-souverains zellmeirois sont, pour la plupart, de grands voyageurs.

Les longs trajets des Hauts-Rois permirent de montrer à ses sujets qui ils étaient, revivifiant la mystique royale en déployant les fastes de la cour et en participant aux cérémonies qui étaient organisées par les édiles municipaux. Traditionnellement, l’entrée du cortège dans une cité-état se conçoit comme une rencontre avec les notables locaux, qui manifestent leur obéissance en offrant au roi les clefs de leurs remparts. Par exemple à Altenholz, lors de son couronnement, Karl Ier fit son entrée sur un cheval blanc immaculé, symbole de la souveraineté. Il fut d’abord reçu par des officiers, qui l’un après l’autre ont ployé le genoux devant lui, et en retour, il posa sa main sur chacun d’eux en signe de bienveillance. Les membres du parlement, les consuls et les principaux nobles défilèrent ensuite devant lui et accomplirent un acte de soumission collective.

L’entrée royale n’est pas seulement un signe de domination du pouvoir central sur les cités-états. Elle vise également à rappeler l’entrée du Christ à Hiérosolyme et, surtout, les triomphes antiques. La puissance royale est donc exaltée par des symboles choisis avec soin pour établir une filiation avec le prestige qui entoure les dirigeants du Vieux-Monde.
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Posté : mar. févr. 04, 2020 11:42 am
par Gelebor
VI - Les officiers du Haut-Roi : notables et serviteurs de la Couronne


[justify]La plupart des charges de judicature sont devenues vénales depuis le Compromis de 1884. Les officiers jouissent d’un grand prestige social, puisqu’ils détiennent une partie de la puissance impériale et sont dispensés de certaines taxes. Il est fréquent dans les monarchies constitutives du Zellmeira que lorsqu’une famille obtient un bel office pendant plusieurs générations, elle puisse espérer une solide ascension sociale. Les officiers ont donc tout intérêt à conserver leur charge le plus longtemps possible, voire à envisager de la transmettre à son fils ou à son gendre : pour ce faire, une dérogation existât durant l’ère du despotat, qui permettait de résigner en faveur de la personne de leur choix, moyennant quelques taxes.

Au début du siècle suivant, cette pratique fut systématiquement utilisée. Le principe coutumier de la résignation fut même officiellement admis, à condition que le titulaire survive au moins cinq ans après la nomination de son successeur. Comme de nombreux officiers ne se décidaient à résigner qu’au moment de rendre l’âme, cette mesure laissait planer une menace permanente sur l’hérédité de leur charge. Ils obtinrent donc, en 2017, de pouvoir être dispensé de cette règle, monnayant évidemment de nouvelles sommes d’argent. En 2026, les mécanismes de vénalité et d’hérédité furent modifiés : les officiers impériaux devaient verser une taxe annuelle afin de transmettre leur charge à leurs héritiers, les dispensant de la règle des cinq ans. Ce privilège transforme l’office en véritable bien patrimonial, comme une terre ou un château, que l’on peut léguer à ses héritiers ou bien vendre.

Quant au souverain, il étoffe ainsi son personnel judiciaire et financier tout en faisant rentrer de l’argent dans ses caisses. Cependant, ces décrets, parce qu’ils favorisent une patrimonialisation de l’office, ne permet pas l’éclosion d’une véritable fonction publique modernisée.
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Posté : mar. févr. 04, 2020 12:35 pm
par Gelebor
VII - Le parlement fédéral : un contre-pouvoir efficace ?


[justify]Effectivement, le parlement dispose de la possibilité d’exercer un certain contre-pouvoir. Composé de magistrats dont le rôle judiciaire a déjà été évoqué, complété à de grandes occasions par les Princes de Sang et les pairs des Royaumes, il se considère naturellement comme le gardien des lois fondamentales et de la jurisprudence du pays. Certes, le souverain détient en principe le pouvoir de faire des lois ; mais lorsqu’il signe un décret, un édit, ou une ordonnance, il doit obtenir l’assentiment par le parlement et le collège des juristes, dont les membres sont invités à se prononcer sur la conformité du texte avec la jurisprudence, mais aussi à émettre un avis critique sur le fond, en présentant notamment au Haut-Roi d’éventuelles remontrances. Assurément, ce dernier peut les ignorer, en faisant valoir son droit de primauté pour leur ordonner de se plier à sa volonté, mais la tradition incite au consensus : les dialogues doivent aboutir à des compromis.

Le parlement possède néanmoins la capacité d’entretenir un long conflit avec le souverain lorsqu’il juge que l’enjeu en vaut la chandelle. Les conflits peuvent ainsi aller jusqu’à la tenue exceptionnelle d’un lit de justice. Cette cérémonie extrêmement solennelle se caractérise par la venue en personne du Haut-Roi au parlement. Source de toute justice, il récupère l’autorité déléguée à ses magistrats, justifie ses décisions par un discours de son chancelier et procède à l’enregistrement autoritaire de son texte. En 1850, au plus fort des conflits religieux, Jan 1er choisit ainsi de marquer avec éclat qu’il entendait recouvrer l’intégralité de son pouvoir après sa défaite contre les libéraux, sa longue captivité et les humiliants accords d’Arkéléos. Comme sa mère avait dû accorder davantage d’autonomie politique aux magistrats du parlement durant son absence, il risquait désormais de composer sans cesse avec eux. Lors de la session du 16 Mars 1850, installé dans la grande-chambre du parlement sous un dais de velours et d’or, construit pour magnifier sa puissance, il écouta les remontrances du président du parlement, lequel déclarant qu’il était effectivement incapable de révoquer ou disputer la puissance royale car ce serait commettre un sacrilège mais que le pouvoir du Haut-Roi devait se soumettre aux lois et obéir à la justice. Furieux de ce discours, qui ne faisant pourtant que rappeler la légitimité divine et les limites traditionnelles de son autorité, Jan 1er rendit l’après-midi même un arrêt dans lequel il interdit au parlement s’ingérer dans le fait de l’Etat et de se borner à la justice. Par cet acte d’autorité souveraine, il trancha ainsi le problème à son avantage. A posteriori, ceci constitua un précédent qui pava vers la voie vers l’absolutisme.

Aujourd’hui, le parlement a cela dit retrouvé sa position traditionnelle.
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