Page 1 sur 1

Posté : jeu. janv. 09, 2020 4:12 pm
par Alexandre
[quote]
[center][url=http://zupimages.net/viewer.php?id=19/06/t90h.png][img]https://zupimages.net/up/19/06/t90h.png[/img][/url]


UNIVERSITE ROYALE D'ADELIS[/center]

Index des publications
  • La querelle des justes (par Marc Baillon):
    • [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=360823#p360823]Partie 1 : contexte historique[/url]
    • [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=360901#p360901]Partie 2 : querelle philosophique[/url]
    • [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=361176#p361176]Partie 3 : prolongement et influence ultérieure[/url]
[/quote]

Posté : jeu. janv. 09, 2020 4:15 pm
par Alexandre
[quote][center]La querelle des justes

[url=https://zupimages.net/viewer.php?id=20/02/gssx.jpg][img]https://zupimages.net/up/20/02/gssx.jpg[/img][/url]


Partie 1/3 : contexte historique[/center]

[justify]La querelle des justes est un débat philosophique qui s'étend sur une période longue entre le XIIIe et le XVe siècles et connait un prolongement qui influence la pensée des humanistes du XVIe siècle et jusqu'aux théoriciens et philosophes des XVIIe et XVIIIe siècles. La querelle est en tant que telle (appelée ainsi à partir XIXe siècle soit a posteriori) une période au cours de laquelle des penseurs et théoriciens de l'État, de la monarchie et du pouvoir se "répondent" indirectement au travers d'écrits et d'ouvrages qui font leur renommée et dans lesquelles chacun apporte sa réponse au véritable problème de fond de la querelle : la question de savoir si le Roi (et plus largement le pouvoir politique et l'Etat) doit être juste ou non. Cette question, au centre du débat, prend place dans un âge d'or pour la Flavie, propice, notamment avec le développement du commerce, à l'élaboration de réflexions de penseurs. Il faut aussi replacer cette période dans le contexte d'un évènement particulier : en 1195, le Roi Louis XII conclu avec la Pape le traité de Flavie, un texte qui place la religion catholique comme religion d'État et la monarchie devient de droit divin. Cet évènement est un élément important à prendre en compte pour comprendre le développement de la pensée de ses philosophes.

En effet, à cette époque, nombreux sont les théologiens à chercher une explication à la divinité du Roi. Ainsi, c'est à cette époque qu'on fait du Roi le représentant de Dieu en son Royaume et qu'on pose qu'il est Roi par la volonté de Dieu. Mais paradoxalement, comme souvent dans l'histoire, bien que cherchant la reconnaissance du Pape, les Rois ont aussi cherché à s'en affranchir. En effet, le Pape ayant la possibilité de déclarer qu'un souverain est un mauvais catholique et de l'excommunier (ce qui équivaudrait à excommunier tout un peuple ; puisqu'à cette époque, si le Roi est catholique, le peuple l'est aussi, une situation qui serait désastreuse), les souverains ont de tout temps cherché à réduire l'influence du pouvoir spirituel pour accroitre leur pouvoir temporel. Ainsi par exemple, a-t-on inventé la régence ou la fameuse formule "le Roi est mort, vive le Roi", moyen d'éviter les interrègnes sur lesquels les papes lorgnent souvent. Autre invention, les pouvoirs thaumaturgiques et spirituels du Roi (aujourd'hui disparus après la Révolution de 1820, paradoxalement une aubaine pour la Monarchie qui parvient grâce à elle à prendre une relative indépendance vis-à-vis de l'Eglise), en tant que représentant de Dieu et Roi par la grâce de Dieu. À l'époque aussi, les souverains ont aussi cherché à justifier de s'immiscer dans la nomination des évêques et hauts placés religieux (ce que l'Eglise refuse). En effet, comme souvent ces clercs avaient en plus un pouvoir temporel sur un fief et parfois même des responsabilités politique auprès des Rois et des Régentes par exemple (souvent des archevêques ou des cardinaux, aux pratiques et aux mœurs peu catholiques parfois).

Mais la plus grande invention de l'époque, c'est évidemment la théorie des deux corps du Roi. Cette théorie est en fait une création née de la querelle des justes, qui ne la pose pas clairement mais qui sera synthétisée à la fin de la période. Une théorie qui a survécu jusqu'à nos jours et qui expliquent la continuité instantanée de l'État, de la Monarchie et de la Couronne.[/justify]

[right]par Marc Baillon[/right]
[/quote]

Posté : sam. janv. 11, 2020 12:18 am
par Alexandre
[quote][center]La querelle des justes

[url=https://zupimages.net/viewer.php?id=20/02/gssx.jpg][img]https://zupimages.net/up/20/02/gssx.jpg[/img][/url]


Partie 2/3 : querelle philosophique[/center]

[justify]La naissance du débat cherchant à savoir si un Roi doit être juste vient du fait qu'à cette époque, on se questionne (chez certains intellectuels seulement, influencés par le déplacement des idées permis par l'essor du commerce) sur la construction de l'absolutisme et des décisions du Roi. Ce débat nait de l'ouvrage d'un penseur de l'époque, Jacques de Prie, qui publie en 1224 le livre intitulé "le Roi Philosophe" dans lequel il théorise qu'un souverain ne doit en rien régner selon ses passions (ses sentiments, son cœur, l'emportement, les émotions) mais selon sa raison (esprit, qui fait appel au cerveau, à la réflexion, au recul, au calcul). À partir de ce constat, Jacques de Prie explique qu'un souverain ne doit surtout pas chercher à être juste dans ses actions et oppose à la notion de juste (qui est péjorative pour lui) le concept de nécessaire (qui est une vertu selon lui). Selon lui, le juste s'appuie sur les passions, l'empathie et les sentiments d'un individu qui trouvera selon son cœur quelque chose injuste. Un souverain doit pour lui se garder de recherche ce qui est juste mais plutôt rechercher ce qui est nécessaire. Ainsi selon lui, le nécessaire s'appuie sur les faits, les circonstances et renvoi à la raison et au pragmatisme. Chaque action d'un bon Roi, un Roi capable de penser (le titre de son ouvrage "le Roi Philosophe" signifie le Roi capable de penser, définissant le terme même de philosophe selon ce principe), et qui dans chacune de ses actions recherche ce qui est bon pour son pays, c’est-à-dire ce qui est nécessaire. Jacques de Prie critique violemment l'idée d'un pouvoir politique juste en expliquant que le juste est hypocrite et s'appuie sur de l'abstrait tout en révélant les failles et imperfections des hommes alors qu'un Roi, s'il est représentant de Dieu sur terre, ne peut mal faire et être imparfait. Par conséquent, un pouvoir politique s'appuie sur le concret et doit être recherché. Jacques de Prie explique d'ailleurs que la question du juste est une question qui intéresse le peuple alors que le nécessaire demande une science politique, une connaissance spécifique qui ne peut être appréhendée des profanes (ainsi n'importe qui ne peut pas faire de la politique ou être apte à diriger un pays).

Cet ouvrage va avoir un fort impact sur la vision des Rois après sa publication. Mais en 1311, Antoine de Harlay "répond" à cette vision en proposant sa propre thèse, complètement contraire. Selon lui, le Roi ne peut faire que des lois générales qui ne disent rien des situations particulières (situations particulières pourtant utiles pour l'analyse du contexte et des faits dans le concept de ce qui est nécessaire développé par Jacques de Prie). C'est ce qu'il appelle l'arbitraire. Or, selon lui, le peuple justement tient compte du particulier (ce qu'il appelle démocratie mais qui n'a pas pour lui le même sens que pour nous aujourd'hui). Ainsi, Antoine de Harlay dispose que ce n'est pas le nécessaire qui s'appuie sur un contexte et des circonstances concrètes, mais le juste (c’est-à-dire le peuple). Et inversement, ce n'est pas le juste qui est abstrait et hypocrite, mais le nécessaire (le Roi, parce que ces lois sont générales donc abstraites et arbitraires car ne s'adaptent pas toujours aux situations particulières). Ainsi par extension, il expose que selon lui, le nécessaire s'appuie sur la passion (ne parle-t-on pas d'ailleurs de bon vouloir du Roi ? -> là encore, il appelle ceci de l'arbitraire) alors que le juste est la norme naturelle particulière. De Harlay se demande alors s'il faut chercher à être gouverné par un homme le meilleur ou des lois les meilleures. Il répond qu'il préfère la loi car selon lui, tout homme, fut-il Roi, toute âme humaine, est douée de passions alors que la loi elle, n'en possède pas. Il va même plus loin en expliquant que s'il reconnait qu'il faut des hommes pour faire la loi (et que celle-ci peut être influencée par la faiblesse et l'imperfection humaine), il serait peut-être possible, en toute logique mathématique, d'atténuer le poids des passions des hommes en préférant une assemblée d'hommes plutôt qu'un seul. L'addition des passions individuelles avec une assemblée d'hommes réduirait selon lui le poids de ces passions. Ainsi, le risque qu'une passion l'emporte est diminué (ses contradicteurs voient plutôt cela comme une anarchie ou le règne du plus fort car une addition des passions augmentera les tensions et la volonté de faire prévaloir la sienne et de la satisfaire et demandera de se battre contre une assemblée entière plutôt qu'un seul homme, ce qui rendrait un tel régime faible et dangereux, instable et non souhaitable).

Un peu plus tard justement, en 1348, Berthelot de Saint-Mars apporte sa contribution en expliquant sur le point de l'assemblée qu'il doute que ce soit une bonne solution car selon lui, en augmentant le nombre d'hommes, on augmente d'autant le nombre de passions ce qui reviendrait à tenter le diable (un argument toujours d'actualité dans certaines républiques où les hommes politiques sont parfois corrompus ou agissent dans leurs intérêts : détournement d'argent, emplois fictifs, recherche d'un mandat non pour la raison (= servir le peuple) mais la passion (= servir ses propres intérêts) et s'accrocher à son siège). Un argument qui est toutefois valable aussi pour certaines monarchies, bien que selon Saint-Mars, l'essence de la monarchie est justement de servir le peuple car sans cela, un Prince n'est rien. Ainsi, il s'oppose à un pouvoir du peuple, car il ne servirait que les intérêts de ceux qui en seront les chefs désignés, et préfère un pouvoir d'un seul, car il sera par essence et par nature le seul à servir le peuple et l'Etat dont il est naturellement destinataire.

Il faut attendre 1456 pour que Charles de la Reynie dans son ouvrage principal, fasse une sorte de synthèse de toutes les thèses et pose les bases de la théorie des deux corps du Roi. Reprenant les arguments de ses prédécesseurs, il propose une dichotomie originale : distinguer le politique (qu'il définit comme faire les lois) qui doit être selon lui nécessaire donc général, de l'application du politique, qui doit être juste donc particulier (appliquer les lois à un cas particulier, c'est l'invention de la justice et du pouvoir judiciaire, bien qu'il ne donne pas clairement ce mot). La Reynie est cependant un monarchiste convaincu. Il cherche donc à prouver qu'un Roi est parfaitement capable des deux (là où Jacques de Prie définissait le juste comme une condition du peuple et une capacité méprisable, alors que Antoine de Harlay en fait quelque chose d'utile). Il explique que le Roi peut être à la fois dans le politique (= le nécessaire) et l'application du politique (= le juste). C'est l'idée que si le Roi fait les lois, toute justice émane du Roi. Le Roi est ainsi capable des deux parce qu'il reste doué de passion en tant qu'âme humaine. Ainsi, sans le dire, il explique qu'il faudrait distinguer le Roi (raison - nécessaire) et l'homme (passion - juste). Cependant sa théorie se heurte à une limite : elle reviendrait à dire que ce n'est pas le Roi qui agit lorsqu'il rend justice mais l'homme. Une position difficile à tenir (certains critiqueront cette position avec divers arguments comme par exemple le fait que la justice émane du roi et non de l'homme, le roi étant intemporel alors que l'homme est mortel et que si l'homme rendait justice, alors toutes les décisions n'auraient plus d'effet et ne seraient plus valables après sa mort). Pour cela, la Reynie développe dans un second ouvrage en 1457 l'idée de la loi souveraine. Ainsi, la loi faite par le Roi doit être toute puissante et par conséquent s'appliquer au Roi lui-même. Enfin, il explique que le Roi apprend de l'homme pour rendre justice. D'une manière générale, c'est la sacralisation de la loi et de l'acte de justice, qui une fois rendus ont une existence par eux même au-delà du Roi qui en est l'auteur, qui fait qu'ils surviennent au Roi.

C'est Valéry d'Escoman qui pose clairement, dans la continuité de Charles de la Reynie, la théorie des deux corps du Roi en 1474. La querelle n'aura toutefois pas trouvé d'issue mais tout au long du XVIe siècle, elle continuera d'influencer les penseurs humanistes qui développent l'idée selon laquelle l'homme a des passions et que le Roi n'est que raison, avec parfois, l'idée selon laquelle l'application du politique ne fait peut-être pas appel au juste mais là aussi au nécessaire (une théorie qui permet de justifier à l'époque que le Roi puisse emprisonner sans procès des individus par simple lettre de cachet si cela est nécessaire, et qui justifie donc certaines injustices pour satisfaire le nécessaire).
[/justify]

[right]par Marc Baillon[/right]
[/quote]

Posté : lun. janv. 13, 2020 9:56 pm
par Alexandre
[quote][center]La querelle des justes

[url=https://zupimages.net/viewer.php?id=20/02/gssx.jpg][img]https://zupimages.net/up/20/02/gssx.jpg[/img][/url]


Partie 3/3 : prolongement et influence ultérieure[/center]

[justify]Au siècle suivant, des théories vont présenter l'idée d'un contrat social selon lequel individus abandonnent et restreignent leurs libertés au profit d'un Prince en échange d'une certaine sécurité. Ce contrat est selon eux ce qui est juste mais cela signifie aussi que le Roi doit être juste (les théoriciens contractualistes sont donc à contre-courant de ce qui a été dit aux siècles précédents où on cherchait plutôt à présenter le pouvoir du Roi comme justement nécessaire plutôt que nécessairement juste).

Mais c'est au XVIIIe siècle que des penseurs vont développer le terme de justice au sens moderne. Reprenant l'idée selon laquelle il faut distinguer le politique (compétence de faire les lois, qui doit être justement nécessaire) et l'application du politique (qu'ils appellent justice, qui doit donc être nécessairement juste), ils développent une théorie selon laquelle un homme peut mieux délibérer des cas particuliers, plutôt qu'une multitude qui feraient se chevaucher les passions. Cet homme est bien sûr le Roi. Mais la vision des penseurs de ce siècle va peu à peu évoluer jusqu'à la révolution de 1820 et ils finissent par penser que l'application du politique (c’est-à-dire la justice) revient à être l'interprétation du politique (c’est-à-dire l'interprétation des lois générales faites par le politique qui ne peut que fait des lois à caractère et à portée générale) à un cas particulier. Cette interprétation, qui doit être juste (ils définissent d'ailleurs la justice et le juste comme étant le fait de rendre à chacun ce qui lui est dû), doit pouvoir être faite indépendamment du politique (c’est-à-dire qu'on ne peut pas rendre à chacun ce qui lui est dû si des intérêts politiques viennent rendre nécessaire de ne pas le faire) car sinon, celui-ci pourrait privilégier le nécessaire au juste (comme par exemple le pouvoir d'enfermer quelqu'un sans procès, ou l'expropriation sans motif valable ou contraire à la loi). Cette vision fera naitre un corps professionnel de la justice. C'est ainsi selon eux que cette séparation permet d'instaurer le règne de l'équité, de l'égalité pour tous avec une loi générale (par ailleurs, ils reprennent l'idée de la loi souveraine et donc d'un Roi soumis à la loi, idée qui sera largement consacrée lors de l'élaboration de la Constitution de 1822). Au final, une dichotomie est donc réalisée entre le nécessaire et le juste dans le politique et le nécessaire et le juste dans l'application du politique.

La querelle en tant que telle est la période du XIIIe au XVe siècle mais ses extensions sont importantes. Le terme même de querelle est une métaphore (le débat s'étend sur de large période et les "réponses" des penseurs sont parfois séparées de plusieurs décennies) mais retranscrit bien l'idée de la pensée des philosophes de l'époque. Elle fut nommée querelles des justes au XIXe siècle un peu par rejet et dérision, comme pour rappeler que ces théoriciens successifs étaient des hommes doués de passions et donc empreint du juste qu'ils dénonçaient parfois comme une chose péjorative. Aujourd'hui, cette querelle et ses extensions sont considérées comme le fondement de la philosophie politique et toujours enseignée notamment à l'Institut Royal Universitaire, qui forme les futurs hauts fonctionnaires, responsables et professionnels de la politique.[/justify]

[right]par Marc Baillon[/right]
[/quote]