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Posté : sam. janv. 04, 2020 2:32 pm
par Plutark38
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[justify]12 janvier 2041, 00h47

Jasbir Kejar était à son domicile avec son épouse et ses enfants. Il profitait d'un rare moment d'accalmie dans un contexte tendu en raison de la crise Gandhari/Anantram. La famille regardait un film d'action gandharien lorsqu'on frappa avec insistance à sa porte.
Son moment de calme ruiné, le Président du Conseil se leva et alla ouvrir la porte. Il s'agissait de son garde du corps en chef.

-Monsieur le Président, on réclame votre présence immédiate à l'aéroport international de Bunaghar. On signale l'arrivée d'une, je cite, "personnalité éminente". Je ne suis pas en mesure de vous en dire plus, si ce n'est de vous dépêcher de vous préparer et de me rejoindre dans votre véhicule de fonction en bas de l'immeuble.

L'homme de 39 ans soupira.

-Bien, j'arrive.

Après avoir enfilé une tenue confortable et pris congé de sa famille, le Président du Conseil monta dans sa voiture. Son directeur de cabinet s'y trouvait. Une fois installé, la voiture démarra.

-Bonjour Jasbir. Ne me regarde pas comme ça, je n'ai pas plus d'informations que toi. L'aéroport de Bunaghar nous a transmis un message mystérieux assurant qu'un personnage important faisait son grand retour au Gandhari et a requis votre présence. Seulement voilà, je n'ai strictement aucune idée de ce qui nous attend. Je ne comprends pas.

-Si tu ne sais pas, pourquoi venir me déranger sur l'un de mes rares moments de tranquillité ? Depuis quand on répond à un ordre de paraître sans la moindre prudence ? J'espère pour toi que tu sais ce que tu fais et que ce n'est pas une de ces blagues humiliantes.

-Il se trouve qu'une énorme foule se masse actuellement dans le hall de l'aéroport, j'ignore comment mais il semblerait que ce personnage ait donné rendez-vous à ses fidèles. Impossible cependant de savoir de qui il s'agit avant de sa descente d'avion. Pour votre sécurité on vous positionnera sur le bord de tarmac à une centaine de mètres de l'avion.

Jasbir Kejar ruminait ses pensées. Qui pouvait se permettre d'orchestrer un retour triomphal ? Un ex-président socialiste de l'ancienne république ? Bien qu'aujourd'hui âgé de plus de 85 ans, l'ancien président socialiste Ashar Lohan avait effectivement décidé de s'installer en Santogne pour fuir la dictature. Resté très populaire auprès des gandhariens, son retour serait assurément un évènement d'importance. Le jeune dirigeant du Gandhari fit part de son hypothèse à son directeur de cabinet.

-La piste Ashar Lohan me semble être crédible. Premier ministre socialiste de 1988 à 1992 puis président de 1992 à 2000, c'est à peu près le seul ex-président socialiste qui reste encore aujourd'hui assez populaire pour soulever les foules. Hakam Tatli a incarné la corruption, je ne le vois pas attirer autant de monde pour un hypothétique retour.

Le directeur de cabinet semblait assez convaincu par cette hypothèse. L'ancien président Ashar Lohan avait fui le régime de Sankar Amrish car il représentait une voix dissidente trop encombrante. Son retour au Gandhari serait quelque chose de grand et tirerait un trait supplémentaire sur cette période sombre.
La voiture parvint à l'aéroport international et franchit plusieurs barrages policiers installés pour favoriser le passage du Président du Conseil.
Le parvis de l'aéroport était noir de monde, le hall aussi. Il se passait vraiment quelque chose.
La voiture du président du conseil s'arrêta à proximité du terminal. Un garde républicain lui ouvrit la porte en lui confiant qu'il faudrait marcher un peu. La voiture présidentielle se vida puis un petit convoi à pied s'ébranla en direction du tarmac. Le président du conseil se pencha vers son directeur de cabinet.

-Je trouve cette mise en scène inquiétante, pourquoi Ashar Lohan aurait-il besoin de me faire venir en grandes pompes ? Et puis cette clameur populaire... Même si Lohan est encore apprécié, pourquoi y aurait-il autant de monde et des cris de joie ?

-Je ne sais pas Jasbir. Je sais juste qu'on risque de faire une sacré découverte. Oh merde, les médias sont là en masse...

-Des caméras partout, regarde-là haut ce cadreur sur les toits du terminal. Je me demande vraiment ce qui nous attend.

Le président du conseil et sa suite arrivèrent à l'emplacement qui leur était réservé. Des journalistes tentèrent d'approcher Jasbir Kejar pour lui demander s'il savait ce qu'il se passait, mais ses gardes du corps les repoussèrent en disant qu'il ne ferait pour l'instant aucune déclaration.

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Jasbir Kejar à l'aéroport de Bunaghar, se dirigeant nerveusement vers le tarmac

Soudain, un avion de petite taille apparut en aval de la piste d'atterrissage. Il s'agissait d'un jet privé en provenance du Karmalistan selon les infos qu'on transmit à Jasbir Kejar.

-Du Karmalistan ? C'est que ce bordel ?! Ashar Lohan n'a jamais mis les pieds au Karmalistan !

L'avion atterrit sur la piste et approcha du terminal dans ce qui sembla être un temps infini. La foule, les journalistes, le personnel de l'aéroport, le président du conseil, tous semblaient être suspendus à ce jet privé qui allait livrer dans un instant la vérité sur l'identité de ce personnage mystérieux. Jasbir Kejar continuait de grommeler, persuadé d'avoir été tiré de son canapé pour rien.

-C'est ridicule cette histoire, j'espère qu'il s'agit d'une personne qui mérite tout ce tapage.

Le jet privé s'immobilisa et l'échelle apparut. Rien dans un premier temps. Pendant une très longue minute, personne n'apparut à l'échelle ce qui ne manqua pas de faire monter d'un cran la nervosité du président du conseil.

-Tout ça ressemble à une mauvaise pièce de théâtre et j'ai l'impression d'être l'acteur infortuné de cette farce !

La colère du président du conseil retomba nette et se transforma en stupéfaction lorsqu'il découvrit le personnage en question.
Ce n'était pas Ashar Lohan. La personne n'était pas âgé et il ne s'agissait pas d'un homme. Ce visage lui était familier. Trop familier.
Jasbir Kejar décida subitement de se porter à sa rencontre, soudain honteux de ne pas avoir revêtu un costume élégant pour l'accueillir. Il marchait à la bonne allure, ni trop vite, ni trop doucement. Les caméras retranscrivaient probablement sa marche d'un pas déterminé. Sa tenue détendue ne ferait qu'accentuer la divine surprise qui venait de se produire. On dirait que devant cette immense nouvelle, Jasbir Kejar avait accouru tout de suite pour accueillir cette grande dame.
Arrivé devant l'avion, Jasbir Kejar accueillit sous l'oeil des caméras la seule personne capable de sortir tout le Gandhari de son lit en pleine nuit.

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A la descente de l'avion, face à Jasbir Kejar

Ce n'était pas l'ex-président Ashar Lohan qui se présenta devant Jasbir Kejar mais l'ex-première ministre Asha Lota. A quelques lettres près...
Le président du conseil ne comprenait pas, il la croyait morte depuis le raid aérien du Caeturia au Caskar. Sa mort avait été confirmée, son corps rapatrié. Il allait la couvrir de question et elle le savait.

-Bonjour monsieur Kéjar ! Ne posez pas de questions maintenant, on aura tout le temps d'en discuter dans une pièce du terminal.

-Je dois dire que je suis abasourdi. Je vous croyais morte et enterrée. Votre retour est une immense nouvelle pour le Gandhari et je dois dire que votre parcours m'impose le respect.

-Le votre aussi m'impose le respect. Ce que vous avez fait du communisme gandharien et du Gandhari en mon absence est un bel hommage au travail que j'ai commencé. Si vous voulez bien nous allons poursuivre immédiatement cette discussion dans une salle à l'abri des regards. Tirez donc les bénéfices de mon retour en faisant vos plus beaux sourires devant les caméras !
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Posté : sam. janv. 04, 2020 7:40 pm
par Plutark38
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[center][img]https://i.goopics.net/ey9KW.png[/img][/center] [center]La foule, très nombreuse dans le terminal[/center]
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Sous l’œil des caméras, Jasbir Kejar et Asha Lota rejoignirent le terminal. La foule compacte compliquait leur passage mais les gardes du corps faisaient le travail pour leur ouvrir la route. Une salle à l'abri des regards avait été préparée pour leur rencontre. Jasbir Kejar trouvait étrange cette sensation de voir que tout était orchestré au millimètre.
Les deux figures du communisme gandharien se retrouvèrent enfin seuls dans la même pièce. Elle était petite et ne comportait qu'une table et deux chaises. C'est Jasbir Kejar qui brisa le silence.


-Votre retour est la dernière chose que j'attendais. Je pensais que les corporatistes vous avaient bel et bien tuée. Et surtout qu'avez-vous fait pendant tout ce temps ?

-Pour un peu ils m'avaient. J'ai été à ça d'y passer, sachez-le. Les Caeturians m'ont bel et bien localisée mais je me savais pertinemment en danger parce que j'étais une cible idéale et un symbole malgré-moi à abattre. J'ai donc entrepris d'avoir avec moi plusieurs doublures ayant la même morphologie, la même coiffure, les mêmes habits et les mêmes bijoux. Je n'ai rien laissé au hasard, je savais ce qu'il pouvait m'arriver. Alors les drones caeturians ont frappé ma maison de campagne qui servait aussi de base arrière. J'étais présente à ce moment-là mais j'ai eu la chance inespérée d'être au sous-sol pendant l'attaque. Le plafond s'est partiellement effondré mais pas assez pour me bloquer définitivement et me mettre à la merci des troupes de reconnaissance corporatistes. Je pouvais donc fuir mais j'ai malgré tout payé un lourd tribut.

Asha Lota montra sa main gauche à Jasbir Kejar et retira son gant. Il manquait deux doigts: le petit doigt et l'annulaire.
Les yeux du président du conseil s'arrondirent.


-Mes deux doigts ont été broyés par des décombres, je n'ai pas pu les garder. Aujourd'hui je m'adapte mais croyez-moi c'était atroce comme douleur. Bon je reprends. Peu après le raid sur ma maison de campagne j'ai fait un état des lieux avec un camarade qui avait aussi survécu à l'attaque. Une de mes doublures était morte et l'état de son corps était tel que son visage ne permettait pas de l'identifier. En revanche Sangita portait mon uniforme et une bague identique à la mienne. C'était suffisant pour faire croire à ma mort. Avec Ramandeep nous avons entrepris de fuir les lieux immédiatement et de rejoindre le camp plébéien le plus proche. Pendant trois jours nous avons marché en pleine nature, moi avec mes doigts broyés et lui avec son bras cassé. Lorsque nous sommes arrivés à ce camp, tout le monde était étonné de me voir paraître puisqu'ils me croyaient morte. A ce moment-là j'ai pris la décision de le rester aux yeux du monde. Non pas pour moi mais pour éviter à mes camarades plébéiens et aux camarades guérilleros de subir encore des attaques meurtrières. En restant morte je permettais aux combattants de ne plus être dans le viseur acharné des corporatistes. D'autant plus que les actions maritimes de l'Internationale Communiste ont pu détourner leur attention sur ce qu'il se passait à terre. Crois-moi Jasbir, ces corporatistes sont des fous furieux. Sous un vernis, celui d'auxiliaires humanitaires, se cache une véritable volonté impérialiste. Mon retour ne leur fera pas plaisir.

-Et comment avez-vous quitté le Caskar ?

-J'ai été annoncée morte le 12 mai et les troupes communistes de l'Internationale débarquaient le 27 mai. Cela a été une défaite caeturianne qui a quelque peu provoqué la panique et la désorganisation dans leur rang. Avec Ramandeep nous avons profité de ces instants de confusion pour fuir le Caskar par les airs grâce à un jet privé qu'on nous avait affrété à Valanos, en plein territoire plébéien. De là nous avons rejoint la base gandharienne au Saog. Les quelques militaires qui nous ont réceptionné m'ont bien sûr reconnue mais je leur ai demandé de garder le silence, de faire en sorte de me dissimuler et de nous trouver une embarcation vers le Karmalistan, le pays de la grand-mère de Ramandeep, une zone idéale pour se faire oublier tant certains endroits sont reculés. Le haut-gradé de la base militaire a accepté de jouer le jeu et m'a fait maquiller pour déformer mes traits. Il a aussi repéré mes doigts bandés qui continuaient de m'élancer terriblement et a fait venir un médecin qui m'a assuré que les dégâts étaient irréparable et qu'il fallait amputer avant que la gangrène ne se déclare. Débarrassée de mes doigts défaillants et maquillée, je pouvais donc aller librement et on me présentait comme une réfugiée caskare. Il y en avait beaucoup car les forces gandhariennes que j'avais moi-même engagées en opération humanitaire ont récupéré des caskars dans de nombreuses embarcations de fortune.
Nous sommes restés quelques jours sur cette base jusqu'à ce qu'on obtienne un navire pour Daharpur au Raj Dahar. Évidemment on ne peut pas faire pire en orient en terme de terres anticommunistes mais nous avons réussi à ne pas élever le moindre soupçon, d'autant plus qu'on me croyait morte et que j'ai rapidement adopté la tenue locale et un voile. Néanmoins je n'étais pas sereine dans cette région.
Depuis Daharpur nous avons pris un bus jusqu'à Torobaïn puisque la grand-mère de Ramandeep habite dans la campagne environnante. L'avantage de cette région c'est qu'en dehors de cette ville, on se retrouve vite dans des endroits reculés où personne ne peut te retrouver si tu sais où aller. La grand-mère de Ramandeep possède une petite ferme isolée dans les montagnes qui dominent Torobaïn. Nous y sommes arrivés autour du 12 juin et pendant tout ce temps j'ai décidé de me reposer. Depuis ma ferme perdue de la région de Torobaïn j'ai vu la conférence de Karagol patiner, j'ai appris la victoire du Gandhari à domicile à la coupe Janubie-Ventélie-Nayoque-Néchinésie, j'ai observé avec colère le blocus de l'OCC et la marée noire que cela a entraîné. J'ai vu avec effroi l'attentat contre le Conseil Suprême et la mort de Parampal Kahlon. Son décès m'a fortement affectée, cet homme était le plus grand que portait le Gandhari et le seul des opposants au communisme qui avait une crédibilité. Enfin le complot infâme de Ranbir Nandlah et de Lakshbir Amrish a été la goutte de trop et c'est ce qui m'a décidé à revenir au pays pour montrer que jamais nous ne serons vaincus. Je veux apporter un message d'espoir et mettre un coup de boost à nos troupes pour en finir avec ces saloperies de fascistes.

Jasbir Kejar semblait incapable d'aligner deux mots tant il était surpris. Depuis tout ce temps celle qui symbolisait le communisme janubien à elle seule était bien vivante et se cachait dans les montagnes de Torobaïn. Lorsqu'il s'était rendu aux festivités de Torobaïn pour sceller l'amitié karmalo-gandharienne, Asha Lota n'était donc qu'à quelques kilomètres de là ? Il n'en revenait pas.

-Comment avez-vous ensuite pu regagner le Gandhari ? Qui vous a fait affréter ce jet privé ?

-Le Karmalistan est une terre favorable au communisme. Ramandeep avait des contacts de confiance à qui on a révélé ma survie et ma volonté de retourner au pays. C'est un homme d'affaire Karmali qui m'a ramené ici. Il a prétexté avoir un rendez-vous d'affaire avec des fournisseurs gandhariens de titane pour négocier un prix préférentiel. Il est là, vous pourrez le rencontrer car c'est lui qui a diffusé un message sur les réseaux sociaux qui a fait venir tout ce monde. C'est lui aussi qui a envoyé un message à l'aéroport en disant qu'une personnalité très importante était en approche.

-Depuis que je suis à votre place, je ne cesse de tomber sur des révélations plus sidérantes les unes que les autres. En un an et demi croyez-moi que j'en ai vu passer des situations dangereuses que j'aurais préféré ne pas rencontrer. Vous ne m'avez pas laissé un cadeau en démissionnant, sachez-le. Quoiqu'il en soit vous êtes de retour et je ne saurais vous recommander autre chose que vous reposer pour reprendre vos marques.

-J'ai oublié aussi de vous préciser que Ramandeep et moi nous sommes mariés. Il était bien embêté que je perde mon nom de jeune fille alors il a accepté de prendre le mien. Ramandeep Lota. Autre chose, je suis également enceinte.

-Veuillez recevoir mes plus chaleureuses félicitations. Voilà qui devrait rajouter encore plus de positif à votre retour.

-Avant de sortir de cette salle je peux vous demander un service ?

-Euh... eh bien oui, absolument.

-Faites-moi abattre ce mausolée à Gollokorunda, je ne suis pas une déesse et surtout préparez des obsèques dignes de ce nom à Sangita qui a donnée sa vie pour moi. Ah et aussi faites décorer les militaires qui m'ont accueilli à la base militaire du Saog et qui ont respecté le secret.

-Ce serait fait.[/justify]