Posté : dim. mars 19, 2017 10:47 am
par MJ Coordinateur
[center]Informations générales[/center]
[center][img]http://www.mangalam.com/uploads/thumbs/imagecache/400x241/uploads/news/2017/02/82031/paneerselvam.jpg[/img][/center]
[center]Le Karupurajyam est une fédération semi-présidentielle en plein tournant xénophobe et autoritaire.
Ici, son "Reyan", Arun Dipak, lors d'une cérémonie militaro-religieuse.[/center]
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[quote="Modération"]Régime : semi-dictatorial, très présidentiel, disposant d'un armement important, d'une forte population, de ressources notables, et d'une politique diplomatique agressive. Il est sous la coupe d'un parti anti-colonialiste, hostile aux Occidentaux autant qu'aux Orientaux et qu'aux pays musulmans de la région. Il prône la libération des populations bas-janubiennes et algarbiennes, de toute domination étrangère.
Démographie : Environ 200 millions d'habitants, divisés en castes. La majorité est pauvre et rurale. Dans le nord, elle est soumise à des disettes successives depuis plusieurs années. L'essentiel est de type ethnolinguistique dravidien, malgré la présence de poches indo-iraniennes dans le nord. Il existe des micro-poches de populations au phénotype très fortement subsaharien, sur la côte ouest et la pointe sud, malgré une proximité génétique avec les Janubiens en général.
Administration : Malgré les velléités centralistes du régime, l'administration se heurte à un territoire très large et à une diversité de population assez grande. L'échelle locale est encore peu contrôlée.
Économie : Le pays était un fort exportateur de platine, de bauxite et de coltan, avant son tournant ultra-protectionniste. Aujourd'hui il écoule ses excédents via le marché noir et ses liens avec la piraterie régionale, bien que rien ne soit évidemment officiel. Il a mis la main sur les principales réserves de charbon du monde, grâce à la soumission de l'Aryanrajapur au régime. Le sud du pays est industrialisé et son agriculture mécanisée permet de fortes productions alimentaires. Le nord est encore en retard, le système des castes permettant une planification (relative) de la redistribution des richesses.
Relations régionales : Le pays est officiellement hostile au Commonwealth, au régime officiel du Vryheid, mais s'est aussi montré critique envers le commerce mondial passant par le cap. Il a récemment augmenté sensiblement les frais d'amarrage dans ses ports. Il est soupçonné d'avoir soutenu la révolte shuktène en Ashurdabad et critique ouvertement la présence militaire étrangère dont celle des Orientaux, accusés de soutenir la colonisation du détroit par les Taktounes (tibeto-ouïghours).
Il a menacé à plusieurs reprises d'intervenir dans les anciennes colonies de peuplement alentours, pour mettre fin à la domination des "étrangers".
Présence étrangère : Il y a logiquement d'importantes activités étrangères, concernant vos NJs si vous le désirez, dans le pays malgré son récent tournant autoritaire, militariste et agressif. Vous pouvez par ailleurs en créer, profitant de la relative confidentialité du niveau local par rapport au pouvoir.[/quote]
Posté : mer. mars 29, 2017 10:06 am
par MJ Coordinateur
[center]Structures sociales[/center]
[center][img]http://img4.hostingpics.net/pics/627018casteGrandKarupurajyam.png[/img][/center]
(éthéré) ईथर का eethar ka:
La caste des ईथर का eethar ka est constituée des médecins, philosophes, professeurs et prêtres. Ils sont à l'origine de la centralisation des différente tribus dans le lointain passé, et le véhicule d'une même culture unificatrice. Leur nombre à été grandement réduit et marginalisé par les étrangers
(terre) पृथ्वी prthvee:
La caste des पृथ्वी prthvee compte les artisans et les travailleurs qui construisent les machines, érigent les habitations et procurent de la nourriture au reste de la société. Sans la caste des पृथ्वी prthvee les fermes ne produiraient pas, les usines resteraient silencieuses et nulle tâche serait accomplie. Ingénieurs et scientifiques de talent représente les hauts membres des पृथ्वी prthvee.
(air) हवा hava:
La Caste des हवा hava remplit le rôle de messagers et de courriers, peu à peu avec le développement et les progrès en technologie, la caste des हवा hava ses diversifiés dans les différentes branches liées au transport.
(eau) पानी paanee:
L'eau est l’élément que l'on retrouve en tout être vivant et qui est essentiel aux fonctions vitales. Les पानी paanee font office de bureaucrates, de politiciens, de négociateurs, et d'administrateurs. Ce sont également des marchands et des diplomates qui gravitent autour des autres castes pour s'assurer du bon fonctionnement de la société. La prédominance de la caste आग aag tend à influencer en incitant à la constitution d'une forte flotte maritime. Si certains y voit une logique, d'autres considèrent que c'est de l'ingérence entre castes et que cette décision doit appartenir aux पानी paanee.
(Feu) आग aag:
La caste आग aag compose la branche guerrière dont le devoir est de protéger les autres castes. Les guerriers sont tenus par un code de l'honneur strict. Actuellement au pouvoir ils sont partisans d'une purification de la société face aux impuretés de l'étranger et des dérives qui ont vu l'émergence de liens en dehors des castes et pire encore hors castes.
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(domestique) गृहस्थी grhasthee:
Chaque caste à ses गृहस्थी grhasthee à qui sont dévolues les tâches les plus dégradantes, relégués au rang de serviteurs. Il n'en sont pas moins mieux lotis que les जर्जर jarjar, car davantage considérés et jouissant des droits fondamentaux ; même si cela est pittoresques, ils ont pu être traditionnellement les écuyers au service des armes dans la caste गृहस्थी grhasthee ; les petits pêcheurs dans la caste पानी paanee ; vendeurs de journaux dans la caste हवा hava ; les paysans dans la caste पृथ्वी prthvee ; et infirmiers dans la caste ईथर का eethar ka.
(galeux) जर्जर jarjar
Eux sont les marginaux, les animaux ont plus de droit que les जर्जर jarjar, considérés comme intolérablement impurs, ils sont les enfants bâtards des étrangers sans castes (pour peu que la femme en question est réussi à accoucher sans subir l'ire de sa famille avant ...), tout les étrangers sont relégués à cette caste. La seule exception repose sur la notoriété de l'étranger venu d'un autre pays, si celui-là est d'une grande famille par exemple.
Proportion de la population
L'essentiel de la population est composé de 50% गृहस्थी grhasthee toutes castes confondues, 30% de जर्जर jarjar, 2% de ईथर का eethar ka, 4% de पानी paanee, 3% हवा hava, 5% पृथ्वी prthvee, et 6% आग aag.
Les Castes tendaient à être oubliées depuis les années 1990-2000. Toute une génération n'y prêta plus attention. Néanmoins, soutenu par les nationalistes et traditionalistes, le nouveau gouvernement autour d'Arun Dipak pourrait voter plusieurs législations afin d'en faire à nouveau une réalité administrative.
[right]Merci à Akura Nihoto[/right]
Posté : mar. avr. 18, 2017 11:43 am
par MJ Coordinateur
[center]Histoire religieuse[/center]
Chronologie de l’histoire religieuse du pays
Préhistoire : Naissance supposée du védisme.
-1000 : Naissance approximative de l’hindouisme.
-956 : Émergence du jaïnisme, courant ultra-rigoriste et ascétique de l’hindouisme.
-932 : Premières traces écrites des Upanisad, l’une des composantes essentielles de l’hindouisme.
-800 : Naissance du brahmanisme.
-500 : Éveil du Bouddha dans une région au Nord du Karupurajyam.
-235 : Première rédaction (fragmentaire) du Mahabharata, texte qui doit être compris comme une compilation des traditions hindouistes.
-136 : Le roi Candranyan chasse les bouddhistes du pays.
-132 : Un sage hindou nommé Sundapuralinda compile les croyances de l’hindouisme et rassemble les textes en quatre grands livres : la Baghavad-Vita, le Baghavata-Purana, le Vishnou-Purana et les Bhakti-Sutra.
703 : Des marchands musulmans établissent des liens commerciaux sur les rives du Karupurajyam. Les premières communautés de convertis indigènes se forment.
756 : Fondation du Vishnouisme par le sage Gusapta.
820-864 : Règne d’Ashopa « le Prince du Dharma », qui marque un réveil de la religion shivaïte, longtemps marginale dans l’hindouisme.
1006 : Les musulmans karupurajyamiens brûlent les bibliothèques du palais royal, engendrant la perte d’un grand nombre de textes anciens.
1356 : Arrivée des premiers missionnaires chrétiens Occidentaux.
1378 : Début de la « Renaissance hindoue », les vieux textes sont retrouvés, retraduits et rediffusés.
1420 : En réaction aux prêches chrétiens, un gûru du nom de Kalinda fonde le sikhisme.
1620 : Persécutions anti-chrétiennes dans le Sud du Karupurajyam.
1701 : Les communautés chrétiennes reçoivent un statut juridique particulier. Considérés comme « hors caste », ils ne jouissent d’aucun droit civique (siéger aux assemblées etc.) mais n’ont aucune pénalité fiscale ou autre.
1724 : Le moine bouddhiste Sambialor ramène le bouddhisme au Karupurajyam.
1812-1885 : Vie de Kamshalad, gûru du Karypurajyam, premier ministre durant les douze dernières années de sa vie. Considéré comme l’un des pères de la nation.
1953 : Proposition de lois sur la laïcité, concept étranger massivement rejeté après avoir provoqué un tollé général.
[center]Situation contemporaine
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=910017ReligionsIndeChelou.png][img]http://img4.hostingpics.net/pics/910017ReligionsIndeChelou.png[/img][/url][/center]
85,3% d’Hindouistes. Religion majoritaire depuis la nuit des temps, dit-on, l’hindouisme est une composante essentielle de l’identité du pays. Toutefois, elle a connu dans son histoire de nombreux et puissants coups de boutoir ; La naissance du bouddhisme, le retour du bouddhisme, les branches dissidentes (shivaïsme, vishnouisme…), l’islam, le christianisme etc. C’est probablement le bouddhisme qui a le plus influencé la pensée hindoue du pays même si celle-ci refuse de se présenter comme bâtarde. Aujourd’hui, l’hindouisme se comprend comme une religion tolérante et « pacifiée », finalement assez peu utilisée comme facteur d’unité du pays.
8,1% de Chrétiens. Installés depuis le XIVe siècle au Karypurajyam, les Chrétiens se sont étendus en maintenant toujours d’assez bonnes relations avec les autorités. Quelques contorsions et coups de schlag sur la nuque les ont parfois aidés à s’intégrer. A l’heure actuelle, deuxième communauté du pays, ils sont intégrés et vivent tranquillement leur foi. La plupart d’entre eux sont des protestants, mais il existe quelques églises catholiques disséminées un peu partout dans le pays.
3,2% de Musulmans. Mal vus depuis le Feu du Palais en 1006, les musulmans du Karypurajyam cherchent toujours leur place. Pour l’instant en position « dos rond » devant les autres communautés du pays, beaucoup d’entre eux ont été poussé ou bien à l’exil ou bien à la conversion dans les siècles passées. Certains sont devenus hindous, d’autres chrétiens, ces derniers étant mieux intégrés. Toutefois, ils vivent aujourd’hui assez sereinement même si, bien sûr, le souvenir de leurs errances passées reste gravé dans l’esprit des indigènes.
3% de Bouddhistes. En 136 avant notre ère, le roi hindou Candranyan a expulsé les bouddhistes du pays. Aujourd’hui, seuls 3% des karypurajyanais embrassent cette religion qui est pourtant née sur leur sol. En effet, les hindous tolèrent les autres religions, à condition qu’elles ne viennent pas trop marcher sur leurs plates-bandes, et c’est visiblement ce qui se produisit il y a 2000 ans. Ou alors le roi était très zélé… En tout cas, le bouddhisme est vu par beaucoup de karypurajyanais comme une annexe de l’hindouisme, une sorte d’hérésie étrange à laquelle on s’accommode. Niveau juridique et civique, ils sont sur le même pied que les chrétiens. Leur retour en 1724 doit surtout se comprendre comme une ratification d’un retour bien antérieur. Aujourd’hui, plus rien ne gêne les bouddhistes, qui appartiennent d’ailleurs souvent à l’élite intellectuelle et sociale du pays.
0,4% d’Athées. L’influence occidentale a bien touché quelques bourgeois des centres-villes. Se disent-ils athées pour paraître moderne et donc aptes au business avec les Occidentaux ? Ont-ils refusé la lourde chape religieuse qui pesait sur leurs épaules ? Simple posture ou réelle réflexion, l’athéisme de certains posent encore quelques problèmes de définition.
[right]Merci à Chaarden[/right]
Posté : jeu. mai 25, 2017 3:21 pm
par MJ Coordinateur
[center]Société karupurajyamaise des castes : entre mutations et immobilités[/center]
De manière générale, force est de constater que les schémas de castes traditionnelles se perpétuent au sein de la société karupurajyamaise. Ce n’est cependant qu’un modèle global, et de récentes mutations, certes timides, mais importantes, doivent être notées. L’exposé qui suit suivra un ordre cohérent : d’abord, nous ferons un état des lieux, puis nous évoquerons les profondes modifications que la société du Grand-Karupurajyam a connues pour terminer sur la recomposition sociale du pays et éventuellement les perspectives à garder sous la main. Avant toute chose, voici un petit tableau récapitulatif des sept grandes castes qui structurent le Pays Noir. Notre propos ici consistera principalement à constater les variations ou non de l’attribution des fonctions traditionnelles à chacune d’elle dans le monde moderne.
[center][url=https://www.hostingpics.net/viewer.php?id=181272Indiens1.png][img]https://img4.hostingpics.net/pics/181272Indiens1.png[/img][/url][/center]
I/ Constantes du schéma traditionnel dans le Grand-Karupurajyam moderne
Le premier élément étonnamment stable repose dans la caste supérieure, ईथर का eethar ka, et son maintien dans ses fonctions habituelles. En effet, à l’heure actuelle, pas moins de 93% des professeurs d’universités, maîtres de conférences et enseignants chercheurs sont issus de cette caste. A un degré inférieur, les médecins sont à 76% issus de la caste éthérée, et quelques 61% des grands écrivains « sérieux » (philosophes, analystes, sociologues etc.) viennent de cette très ancienne caste. En bref, l’élite intellectuelle du Karupurajyam ne connaît que très peu de variations. Dans le même ordre d’idée, la système de cooptation est très fort : les postes demandant une haute qualification et offrant une forte valeur sociale, dans le domaine hospitalier-médical ou dans le domaine universitaire par exemple, sont souvent obtenus par des gens dont la famille connaît la famille de qui connaît la famille de, qui font tous partis des ईथर का eethar ka. Il faut cependant bien comprendre une chose : si ces postes jouissent d’une grande reconnaissance au sein de la population –quoi de plus honorable qu’un « guérisseur » de talent ou qu’un homme qui pousse les autres hommes à réfléchir ?-, leur assise économique n’est plus la même qu’auparavant. Leurs revenus ont augmenté, mais en part total, ils sont sur le recul, dépassés par d’autres que nous allons voir tout à l’heure. Ainsi, cette caste se fait doubler par d’autres certes, mais indépendamment des tendances globales qui traversent la société, elle jouit d’une grande stabilité fonctionnelle, d’un confort de vie admirable –ils sont massés dans les beaux quartiers des grandes métropoles- et d’une sécurité économique à faire pâlir les grands bourgeois occidentaux.
Il est une autre caste qui connaît assez peu de modifications, c’est la plus grosse, les गृहस्थी grhasthee, en d’autres termes les « domestiques », jadis les petits ouvriers, la piétaille, qui représentent encore aujourd’hui la moitié de la population du pays, soit 100 millions de personnes. Ils sont encore à l’heure actuelle parmi les plus pauvres de tous les karupurajyamais et ne représentent qu’une variable dans le système économico-sociale du Pays Noir : ils sont là où on a besoin d’eux, un peu partout, prêts à tout pour survivre. Représentant quand même 50% de la population, nous l’avons dit, ils ne détiennent toutefois que 23% de la richesse nationale. Plusieurs facteurs peuvent être explicatifs et sont le fruit d’une longue histoire : ces गृहस्थी grhasthee sont explosés sur le territoire national. Ils sont partout, autant dans les campagnes que dans les grandes villes. Leur statut de caste « par défaut » les rend très hétérogène et donc incapables de se structurer et de s’organiser. A titre d’exemple, il n’y a pas de formation politique spéciale « grhasthee ». Ajoutons encore à cela qu’il n’existe aucune solidarité de caste –c’est d’ailleurs la seule qui n’en n’a pas- pour parfaire le tableau d’un pan entier de la société qui vit aux crochets des autres, dans une étrange relation d’interdépendance permanente. L’écrasante majorité de ces गृहस्थी grhasthee vit de petits boulots, plus ou moins stables selon les régions. Prenons quelques exemples : dans les zones d’Aryanjapur et de Rajadhani, au Nord, l’emploi est réputé instable, mais vivace. Celui qui perd un travail peut retrouver un emploi dans la journée pour les quelques semaines à venir. En revanche, dans la zone de Bengarashpur, capitale du Karupurajyam, les petits emplois pour गृहस्थी grhasthee sont plus stables et mieux encadrés (meilleures structures éducationnelles, cadre de vie moins pollué etc.)… Pourquoi parler de cela ? Tout simplement parce qu’il existe une géographie migratoire des pauvres : les jeunes गृहस्थी grhasthee partent souvent au Nord pour démarrer leurs vies, épargner un peu d’argent… après quoi ils partent vers les côtes pour fonder une famille dans un cadre plus stable, pour ensuite aller faire leurs vieux jours dans leurs villages natals à l’intérieur des terres. Ces mobilités internes ne font qu’appuyer un vieux constat d’une caste marquée par la pauvreté, l’instabilité, plus ou moins intégrée au système économique certes, mais largement héritière d’une histoire lourde faite d’inégalités, d’incohérence interne et de relégation au second plan.
Il est enfin une troisième constante qui parasite, d’après certains, la société du Karupurajyam, c’est la caste des जर्जर jarjar, c’est-à-dire une « non-caste » en fait. Les « hors-castes », les pouilleux, les galeux, considérés comme inférieurs mêmes aux animaux. Ils sont 30% de la société, mais concentrent entre 1 et 5% de la richesse nationale. C’est assez difficile à déterminer d’ailleurs, car ils fonctionnent principalement par le troc et l’économie souterraine. Contrairement à ceux que nous venons de voir, les जर्जर jarjar connaissent et développement des systèmes de solidarité à plusieurs échelles. Tout d’abord, la solidarité familiale : trait culturel national, la solidarité entre membres d’une même famille est très forte, et quand l’un des petits enfants peut s’élever, toute la famille se met derrière lui. Ensuite, la solidarité tribale : au sein d’une même lignée ou d’un même village ou communauté urbaine, il peut exister des associations de soutien, des caisses communes de solidarité pour construire des HLM en commun, ou quoi que ce soit dans ce genre –non-reconnus par le gouvernement d’ailleurs-. Toute solidarité à plus grande échelle est immédiatement défoncée par l’Etat. Alors d’autres liens sociaux et économiques se nouent : la solidarité criminelle, dans la constitution de réseaux mafieux par exemple. L’implication des जर्जर jarjar dans les réseaux d’extradition illégale, de trafics en tout genre ou de bandes criminelles organisées a souvent été un argument de répression. En dehors de cela, dans un cadre moins dérangeant, il y a la solidarité économique ; le troc, l’échange de « tuyaux » pour travailler, les arrangements de partage de rues pour les travaux ingrats etc. Il existe de plus un fort exode rural qui a toujours été prégnant chez les जर्जर jarjar, et qui l’est encore plus suite à l’assaut de la modernité : les villes sont pleines d’opportunité de travaux dégueulasses que l’on se fait un plaisir de donner aux « hors-castes » qui, en plus, ne sont pas soumis à toutes les lois du pays et qui ne doivent donc pas être forcément rémunérés correctement : balayeurs, éboueurs, nettoyeurs d’égouts, entretien des toilettes publics, chasseurs de rats, laveurs de carreaux, cireurs de chaussures, réparateurs de vélos et, pour les plus chanceux, ferrailleurs ou gérants de casse automobile. Rien n’a changé, comme si le fait d’être hors-caste était synonyme de « hors-monde », « hors-modernité », ce qui révèle beaucoup, nous le croyons, sur la conception du monde et du cosmos telle qu’inscrite dans les gênes du Grand-Karupurajyam.
=> En conclusion, ce qui se dégage de notre analyse, c’est que ce sont les extrêmes qui ne bougent pratiquement pas. L’encadrement de la société karupurajyamaise demeure inchangé. La caste supérieure est incroyablement stable et conservent ses attributs traditionnels, tandis que les deux castes les plus basses demeurent dans un état de délaissement plus ou moins acté, quoique ce tableau sera nuancé dans les quelques lignes à suivre.
II/ Renversements dus à une modernité aux curseurs sociaux variables
Ainsi, c’est dans les castes intermédiaires que le changement s’opère depuis quelques décennies. Chez les हवा hava, anciens coursiers, la reconversion a été difficile. L’arrivée de la modernité dans le Grand-Karupurajyam a complètement bouleversé leurs activités : les e-mails ont balayé une grande partie de leurs emplois traditionnels, l’explosion urbaine les a poussé à se diversifier, en bref, ils ne se reconnaissent plus dans le nouveau monde. Toutefois, et c’est un point crucial à comprendre, ils n’ont pas été rayés de la carte, et ils demeurent importants. Près de 70% des हवा hava n’ont absolument plus rien à voir avec le courrier en tant que tel, certes, mais le domaine des transports de manière générale leur est acquis. Prenons quelques chiffres : 81% des chauffeurs routiers sont des हवा hava, 58% des pilotes de ligne sont aussi issus de cette caste ainsi que 56% des concessionnaires automobiles et 54% des chauffeurs de trains. Le courrier ? Connaît plus. De même, certains हवा hava sont partis dans l’armée, notamment en tant que pilotes d’avions de chasse, chauffeurs, inspecteurs etc. Ce glissement du système postier vers le transport et la logistique explique l’enrichissement d’une partie de cette caste, celle qui s’est reconvertie dans le commerce. A l’heure actuelle, cette partie n’est que minoritaire et ne semble pas vraiment augmenter sa part. Toutefois, la solidarité inter-caste semble pour le coup très forte : les compagnies de transport s’arrangent entre elles, se réservant tel ou tel trajet, telle ou telle région, ce qui conduit d’ailleurs à une rationalisation croissante des systèmes routiers et du quadrillage logistique du territoire, d’où une bonne desserte et des axes de communication terrestres très solides. Le monde moderne qui a frappé de plein fouet le Grand-Karupurajyam a donc poussé les हवा hava à une modernisation technologique, une réadaptation économique et un glissement social important. Ils sont des acteurs majeurs dans un monde où les communications prennent chaque jour plus d’importance. De caste « de second plan » hier, ils sont devenus une caste de premier plan aujourd’hui, devenant presque un passage obligatoire pour tous ceux qui veulent faire du business dans le Pays Noir et même à l’intérieur, car les mobilités interrégionales se font grandissantes.
Il est une autre caste qui a été bien retournée par la modernité et qui occupe une place importante dans la société moderne du Karupurajyam. Il s’agit des पानी paanee. Jadis, ils étaient des « parasites », d’une certaine manière, gravitant autour du pouvoir en place, cherchant leur petite place en tant que négociants et liants entre les différentes castes –élevées- de la société. Aujourd’hui, ils ont pris leur indépendance. Ils sont 4% de la population mais concentrent 18% des richesses. On estime qu’environ 42% des hommes politiques sont des पानी paanee, 52% des collecteurs d’impôts, 67% des grands officiers de l’administration et 89% des diplomates. Ils forment en quelque sorte l’armature du Pays Noir, alors qu’ils n’étaient avant que de simples relais utilisés par les castes supérieures. Leur montée en puissance a provoqué un enrichissement conséquent. Ils ont désormais des fonctions de commandement entre leurs mains, des fonctions administratives de premier plan (les maires des trois grandes villes du pays que sont Bengarashpur, Rajadhani et Aryanjapur sont des पानी paanee), mais aussi des… conseillers en communication. Pour le coup, leur fonction de « soutien » dans les grandes entreprises est maintenue : ils conseillent et aident ceux qui veulent s’exporter à l’international. De plus, il est une autre fonction qu’ils occupent, c’est celle de traducteur. En effet, plus de trois quarts des traducteurs/interprètes sont des पानी paanee. Cela s’applique aussi bien à ceux qui travaillent en interne (les dialectes sont encore nombreux et variés au Karupurajyam) que ceux qui travaillent en externe (dans les ambassades, les entreprises, les universités etc.). Nous avons donc là un schéma qui se confond un petit peu avec celui des hava vus précédemment : une partie de la caste s’est enrichie suite à l’arrivée de la modernité, tandis qu’une autre s’est diversifiée sans pour autant abandonner ses attributs traditionnels.
La caste des पृथ्वी prthvee est particulièrement intéressante dans l’étude de l’influence moderne sur le Pays Noir. Anciennement, cette caste est faite de petits artisans, ouvriers et agriculteurs. Fondamentalement, ces fonctions n’ont pas trop changé, mais leur capital social, lui, a basculé et leur poids économique ne cesse de grossir. En effet, les terres sont la puissance, dans une société encore très traditionnelle. Dans les années 1990-2000, on assiste à un mouvement d’exode rural qui touche particulièrement cette caste. Elle se divise alors en deux : une partie va en ville et l’autre reste à la campagne. Elle se développe alors selon deux modes distincts. Pour ceux qui sont restés dans les milieux ruraux, on constate un léger enrichissement par l’accumulation de terres, récupérées de ceux qui sont partis vers les villes. En fait, la quantité des terres augmente pour eux, mais leur prix ne suit pas, donc c’est surtout le capital social qui augmente : celui qui possède beaucoup de terres est bien vu pour cela, sans que cela ne grossisse forcément son portemonnaie. Ils forment une espèce de petite aristocratie rurale, pas très riche mais influente, et ce dernier point prend toute son importance lorsqu’on sait que l’échelon local n’a pas encore été atteint par la lourde bureaucratie d’un vaste et dense pays comme le Karupurajyam. Quant à ceux qui sont partis en ville, ils jouent une autre partition. Beaucoup sont devenus des commerçants et ont fait fortune. 87% des entreprises de BTP appartiennent à des पृथ्वी prthvee, ainsi que 72% des usines lourdes (outillage, métallurgie, sidérurgie, raffinerie etc.) ou encore 53% des firmes transnationales. C’est le grand bouleversement des années passées au sein du pays : cette élite de la caste पृथ्वी prthvee fait aujourd’hui partie des plus grandes puissances du Karupurajyam, et son influence ne cesse de s’étendre au fur et à mesure que les opportunités se multiplient au sein de la société. Ainsi, la caste qui hier était finalement assez peu importante, faite de travailleurs certes indispensables mais peu valorisés, est aujourd’hui proche du pouvoir et s’enrichit, dans un monde où ses activités sont mises en avant et prennent de l’importance.
=> En bref, ce qu’il faut comprendre, c’est que les curseurs sociaux et économiques de la modernité sont différents de ceux de la société traditionnelle karupurajyamaise. De fait, en toute logique, ceux qui occupaient une place peu importante hier peuvent avoir une toute autre place aujourd’hui, et on constate que c’est surtout au niveau économique que les plus grands renversements se sont produits. Les inégalités inhérentes à la société du Pays Noir se maintiennent mais se diversifient, et le grand chambardement des « castes du milieu » n’en n’est qu’à ses débuts.
III/ Vers une recomposition de l’ordre social du Pays Noir ?
Nous avons déjà évoqué les गृहस्थी grhasthee, cette caste d’anciens domestiques, genre de sous-fifres du système karupurajyamais. Il faut toutefois nuancer un point sur leur soumission. En effet, vivre de petits travaux à droite à gauche permet d’acquérir malgré tout une certaine indépendance, car dans ce type de vie, on n’est attachés à aucun patron d’aucune caste que ce soit. Et parfois, certains boulots rapportent plus d’argent que d’autres et d’ailleurs, les lois du pays n’interdisent pas la création d’entreprise aux गृहस्थी grhasthee. Ainsi, depuis quelques années, nous assistons à l’émergence d’une « classe moyenne गृहस्थी grhasthee », une nouvelle petite bourgeoisie, principalement urbaine. Ce développement se construit selon des modalités distinctes d’après la place –géographique- que l’on a au pays. Si l’on va au Nord du fleuve, dans la région d’Aryanjapur, les dynamiques sociales des गृहस्थी grhasthee s’organisent selon un mode « classique » comme ce qu’a connu l’Occident : le surplus de main d’œuvre des campagnes est éjecté vers les aires urbaines et bassins d’emplois industriels, où l’on gagne un peu plus d’argent et où l’on peut monter dans la hiérarchie industrielle (ouvrier qualifié, technicien, contremaître, voire ingénieur ou vice-directeur). Schéma typique. Au Sud du fleuve, la donne est différente et se divise en deux types. Sur la côte Ouest, très attractive et dynamique, les गृहस्थी grhasthee ruraux rassemblent les terres qu’ils possèdent, souvent peu nombreuses et dispatchées, et les donnent à une seule personne (un frère, un neveu, un cousin…), après quoi ils partent travailler en ville. Une ou deux fois par semaine, la portion de famille restée à la campagne envoie de la nourriture à ceux qui vivent en ville, ce qui diminue considérablement la part de son salaire alloué à l’alimentation. Ainsi, les économies faites de cette manière leur permettent d’investir de l’argent ailleurs et donc, possiblement, augmentent leurs chances d’accéder à un confort de vie supérieur. Sur la côte Est, le schéma est plus ambigu. Les enclaves n’appartenant pas au Grand-Karupurajyam sont considérées par beaucoup comme parties intégrantes quand même. Du coup, une forte « criminalité » s’y déroule, et l’on entend par là contrebande, commerce illégal etc. La difficulté qu’a le gouvernement, et couplé peut-être à une certaine mauvaise volonté, à contrôler le petit échelon local fait que nous avons là une frange entière de la caste गृहस्थी grhasthee qui s’est enrichi grâce à ces petites illégalités, faisant blanchir son argent comme elle le peut, et participe donc à ce mouvement d’émergence d’une « classe moyenne » issu de cette caste inférieure.
La caste desआग aag est particulièrement particulière. Elle ne représente que 6% de la population mais plus de 95% des militaires. Actuellement, elle est à la tête du Karupurajyam. Caste de guerriers et de protecteurs, lesआग aag n’ont pris le pouvoir que récemment et ont été en grande partie motivé par l’abandon des repères de castes classiques. Profondément conservatrice, cette caste a réussi à prendre le pouvoir par un retour aux valeurs traditionnelles, et principalement par une solidarité démesurée. Nous l’avons dit, celle-ci est très forte chez les autres castes, mais ce n’est rien comparé à celle qui régit lesआग aag. Ils ne se marient qu’entre eux et ne font que jouxter les autres castes, que ce soit dans l’armée et dans le pouvoir. Toutefois, il ne faut pas les voir comme une caste d’élite dirigeante fermée et agressive. Beaucoup d’entre eux ont compris les enjeux du monde moderne et ils ont eux aussi atteints un certain degré de diversification. Parmi les hommes politiques mais aussi parmi le personnel religieux, on retrouve de plus en plus deआग aag. Cette volonté farouche de dominer se construit donc en parallèle avec une volonté toute aussi puissante de créer une société moderne qui ne rompt pas avec ses valeurs multimillénaires. A vrai dire, personne ne songe plus à s’ouvrir que cette caste fermée, à condition que les barrières soient nombreuses et au bon endroit. En bref, la caste desआग aag participe de plein pied à cette recomposition de l’ordre social du Pays Noir, et cette recomposition se fait donc par le haut. Pour le moment, lesआग aag sont solidement attachés au pouvoir et n’en seront probablement pas délogés. Leur façon d’envisager la société karupurajyamaise se répand petit à petit mais n’atteindra pas forcément les larges couches inférieures de la société. Leur méfiance vis-à-vis des étrangers est d’ailleurs mal perçue par ceux qui, précisément, s’enrichissent sur l’ouverture au monde du pays. Dans tous les cas, cette caste dirigeante est prise entre deux feux : elle ne pourra ni fermer le pays –à cause de la pression interne longuement décrite précédemment- ni l’ouvrir aux quatre vents –à cause de son attachement aux valeurs constitutives de l’âme nationale-. Parviendra-t-elle à trouver le juste milieu et à contenter la majorité d’une population en profonde mutation ?
Pour terminer sur les changements que rencontre le Pays Noir, il faut évoquer les tunnels qui se creusent discrètement sous la société… Dans le vocabulaire occidental, on pourrait appeler cela l’opinion publique. La modernité a ouvert des voies de communication inouïes, nombreuses et accessibles à beaucoup. Il suffit de voir le nombre de cyber-cafés à Bengarashpur. Du point de vue du reste de la planète, les jarjar sont une aberration totale, une forme d’esclavage immonde et la marque d’une inégalité crasse inadaptée à la post-modernité. Et cela, beaucoup de Karupurajyamais s’en rendent compte, doucement, progressivement, petit à petit. Des petits mouvements contestataires se forment, ici et là, réfléchissant sur les inégalités de richesse, très importantes, comme nous l’avons vu avant. Pour le moment, ces mouvements sont petits et désordonnés, donc peu dignes d’intérêt pour le gouvernement, qui ne prend même pas la peine de les réprimer. Reste à savoir s’ils ont suffisamment de potentiel pour grandir et un jour, pourquoi pas, former une coalition politique. C’est possible, mais gueuler sur un système vieux de trois mille ans, juste parce qu’on a vu une vidéo sur les réseaux sociaux… c’est léger, et de manière générale, l’opinion contestataire est minoritaire. Personne ne veut réellement « quitter » sa caste, on demande juste à mieux y vivre, c’est différent. Plus le Karupurajyam brasse de l’argent, plus les demandes d’une plus juste répartition se feront entendre. A côté de cela, il y a bien entendu les relations avec le monde extérieur. Le fait de vouloir s’ouvrir à des cultures étrangères, pas forcément janubiennes d’ailleurs, traverse de plus en plus la jeunesse cultivée des grandes villes, qui y voit là des potentialités à exploiter, pour eux ou pour leur pays –eh oui ! Les intérêts divergeraient-ils ?-. Bref, cette opinion publique se construit, brique par brique, dans l’ombre de la caste militaro-religieuse au pouvoir, réfléchissant autant sur la richesse que sur le vaste sujet du fonctionnement social.
A la croisée des chemins entre le poids de l’histoire, les fracas de la modernité et l’ouverture à d’autres systèmes de pensée, le Grand-Karupurajyam connaît et reconnaît ses mutations et sa recomposition de l’ordre social, facteur essentiel de compréhension du Pays Noir.
=> Nous venons de brosser les grandes lignes du portrait d’une des plus grandes et des plus peuplées nations du monde. Un système vieux de plusieurs millénaires se heurte à la modernité… sans toutefois s’effriter et se latter. Non, des constantes demeurent, et elles sont fortes, mais de vastes tendances parcourent la société et agissent en soubassement. Les barrières des castes reculent. Vont-elles définitivement se briser ? Rien n’est moins sûr.
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Merci à Chaarden[/right]