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Posté : lun. août 29, 2016 11:46 pm
par Gwenael
[center]ACTIVITÉS INTERNES[/center]


Les activités internes se déroulent au sein de l'Empire Luciférien d'Algarbe. Qu'il s'agisse de situations de la vie de tous les jours ou de discussions au sommet du pouvoir, elles vous donneront un aperçu du fonctionnement interne de l'Empire et de la vie quotidienne de ses habitants.

Que le Porteur de Lumière veille sur vous

Posté : mar. août 30, 2016 5:49 pm
par Gwenael
ROYAUME DE HYPTATIE
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[center]La visite du marchand[/center]

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[justify]Le Nedjet est la source de vie des Hyptates. Issu de la confluence du Nedjet Jaune, prenant sa source dans les Monts de Ratep au nord, et du Nedjet Vert, issu du Massif kalunais au sud, ce fleuve accueille sur ses rives l'essentiel des activités de Hyptatie. Bien que les espaces les plus verts ne soient accessibles qu'à la noblesse fortunée, la populace tend elle aussi à s'en approcher le plus possible. C'est pour elle l'unique moyen de bénéficier d'un approvisionnement en eau, pourtant vital, ainsi que d'échapper aux hordes de brigands et de maraudeurs patrouillant sans cesse dans les terres arides du Désert Hyptate, afin d'y piller les villages et de détrousser les pauvres habitants.

La capitale royale, ville dorée bâtie il y a plusieurs millénaires sur les berges du Nedjet, est bien éloignée des soucis des paysans du Royaume. Pourtant, c'est ici qu'a été érigé le Palais Royal, ou réside celui qui est considéré comme un dieu vivant par ses sujets. Il s'agit bien entendu du Pharaon. À la fois incarnation terrestre de Horus, et divinité à part entière, le souverain hyptate règne en maître absolu. Disposant du droit de vie ou de mort sur ses sujets, il continue de suivre les anciens rituels issus de la mythologie hyptate. Non pas que sa foi luciférienne ne soit qu'apparence, mais le respect des anciennes coutumes est pour lui le seul moyen de conserver son emprise sur un peuple encore bien peu conquis par la religion officielle. Cela, les Pharaons le savent depuis plusieurs siècles, et se l'enseignent depuis lors entre les règnes successifs. Il n'y en a qu'un qui commence tout juste à le comprendre, c'est Aménophis Ier, l'actuel Pharaon. Âgé de huit ans, celui-ci n'a pas encore encore la maturité suffisante pour régner, et devra vivre sous la régence de sa mère, la Reine Néfertiya IV, pendant encore neuf longues années.

On pourrait penser que la pauvre femme a fort à faire. Le Royaume, dont le territoire est l'un des plus vastes de l'Empire, est tenaillé par une famine dévorant la population des campagnes, que les raids des brigands nomades venus du désert ne manquent pas d'achever. Pourtant, la régente ne semble pas le moins du monde troublée par la situation qui, somme toute, n'a pas vraiment évolué depuis plusieurs siècles. Il faut dire que les ventres vides sont beaucoup plus faciles à mater en cas de révolte qu'une population bien nourrie. Une telle politique, tout cynisme mis à part, a jusqu'alors plutôt bien su démontrer son efficacité, surtout lorsque la baisse de productivité engendrée est compensée par une noblesse zélée, bien trop occupée par sa conquête du pouvoir pour se soucier du sort de ses concitoyens, ou même pour songer à la fomentation de sa propre révolte.

La paix relative régnant au sein du Royaume permet donc à la Reine de se consacrer à ses loisirs, sans trop avoir à se préoccuper des affaires d’État, qui sont, de toute manière, généralement réglées par le Grand Vizir.
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Néfertiya IV, Reine de Hyptatie - Arsinoé, Gouverneure de Kheperos[/center]

[justify]Nous sommes l'après-midi du 28 décembre 2030, jour que bon nombre de Hyptates préfèreraient nommer le 13 du mois de Mechir, la majorité d'entre eux n'ayant pas encore adopté le calendrier grégorien venu de Dytolie, et employé par les autres Lucifériens. Ce jour-là, le temps n'était pas propice aux activités extérieures. Bien entendu, la plupart des gens auraient trouvé la température de 20°C très douce, surtout en comparaison des chaleurs extrêmes régnant dans le désert le jour, et des gelées se produisant la nuit. Peut-être la vie citadine avait-elle rendu la noblesse hyptate frileuse, ou bien que l'influence dytolienne avait l'avait rendue davantage compatible avec le climat du nord, qui sait... Quoiqu'il en soit, devant la légère fraicheur qui imprégnait l'air extérieur, la Reine avait préféré rester à l'intérieur du Palais.

Allongée sur un divan, Néfertiya IV déplaçait des pions en ivoire sur un plateau de Senet. Le jeu était posé sur une table en ébène recouverte d'une fine feuille d'or. Sur le divan d'en face se trouvait Arsinoé, Gouverneure se la Province de Kheperos. Le titre de la jeune femme n'avait bien entendu qu'une valeur honorifique, la fonction de Gouverneur étant assurée par son mari Djoser. Celle-ci aurait par ailleurs dû se trouver auprès de son mari, à la maison gouvernorale de Kheperos. Il aurait cependant été bien mal avisé de la part du Gouverneur de refuser l'invitation que la Reine avait adressée à sa meilleure amie, alors même que Djoser devait justement sa fonction si prestigieuse à l'influence de son épouse. L'amitié qui liait Arsinoé et Néfertiya IV était au contraire un atout majeur pour le haut fonctionnaire, lui assurant la conservation d'un poste qui, en temps normal, aurait changé de main à la première contrariété.

La Gouverneure déplaçait des pièces à tête de chacal sur le plateau de bois, s'opposant aux faucons d'ivoire de la Reine. Les deux femmes discutaient et riaient bruyamment, tout en lançant les bâtonnets qui leur servaient de dés.
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« Dis-moi, tu t'es encore une fois superbement parée pour venir me voir, Arsinoé. »

« Je te remercie pour le compliment, mais il me semble porter un nombre tout à fait raisonnable de bijoux. Je pense que c'est plutôt toi qui te vêtis avec une surprenante sobriété. »

« Tu sais bien que je n'ai jamais ressenti un engouement particulier pour les pierreries... »

« Peut-être, mais si tu continues sur cette voie, tu deviendras bientôt l'Impératrice Luciférienne d'Algarbe la plus sobre de l'Histoire. »

« Impératrice de... que veux-tu dire ? »

« Voyons, N'es-tu pas au fait des dernières rumeurs ? Le bruit court au sein de la noblesse que le Roi d'Orlanie Adrien II commence à se faire vieux. Le trône impérial va peut-être bientôt se retrouver vacant, et, avec le soutien de Kaluna, tu as de bonnes chances de devenir la nouvelle Impératrice. »

« De bonnes chances... Tout est relatif. L'héritier d'Orlanie continue de bénéficier de bien davantage de soutiens que moi. »

« Il peut certes compter sur l'appui de Mélogne et des chiens du Tyronar, mais il lui manque le plus important. »

« Tu suggèrerais que je tente de gagner l'appui de la Grande Prêtresse ? Ce ne serait que pure folie. D'autant plus que je ne profiterais pas de la dignité impériale bien longtemps, mon fils étant sur le point de prendre le pouvoir d'ici une dizaine d'années... »

« Je t'arrête sur ce point. La loi impériale est très claire à ce sujet : le titre d'Empereur ne se transmet par le vote qu'à la mort de son tenant. Ainsi, quand bien même ton fils te succèderait à la tête du Royaume, tu resterais Impératrice Luciférienne d'Algarbe. »

Néfertiya IV écarta ses lèvres pour répondre, mais n'en eut guère le temps. L'une de ses suivantes s'approcha et, la tête inclinée et les yeux fixant le sol, coupa court à la conversation.

« Pardonne-moi, ma Reine. »

« Qu'y a-t-il ? »

« Le marchand de tapisseries a annoncé son arrivée au Palais. Il demande audience. »

La Reine afficha un large sourire de satisfaction.

« Ah, je l'attendais avec impatience. Fais-le entrer. »

« Encore ces toiles affreuses tissées par des Blancs emplis de haine. Décidément, tu as vraiment des goûts atypiques, Néfertiya ! »

La manière dont la Gouverneure s'adressait à la Reine de Hyptatie peut paraitre surprenante, mais c'est justement cette franchise qui faisait que la régente appréciait la compagnie d'Arsinoé depuis son enfance. Cette attitude la changeait des tromperies du reste de la noblesse.


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Izmar, « marchand de tapisseries »[/center]

[justify]Lorsque les deux soldats de la Garde Pharaonique ouvrirent la grande porte qui gardait l'entrée de la pièce, Izmar pénétra dans le petit salon. Connu au sein de la haute noblesse hyptate comme un marchand de tapisseries venues du Tyronar, ce brigand tirait la majorité de ses revenus de la vente d'esclaves hyptates auprès des commerçants tyronaris. La classe dirigeante du Royaume connaissait parfaitement bien la nature de son petit business, mais feignait de l'ignorer. Après tout, les tapisseries occidentales qu'il livrait, à l'aide desquelles la Reine Néfertiya IV prenait tant de plaisir à orner ses appartements, valaient bien la perte de quelques paysans de temps à autres. De toute façon, les malheureux auraient fini par mourir de faim, donc quelle différence cela pouvait-il faire ? Ce commerce avait même un fond de mission sociale, offrant aux individus échangés de meilleures conditions de vie auprès de leurs nouveaux maîtres au Tyronar...

Izmar avança vers la Reine, le dos inclinée. Une fois arrivé à deux mètres d'elle, il s'agenouilla et baisa le sol devant ses pieds. Ce n'est que lorsqu'elle lui ordonna de lui présenter sa marchandise que le brigand se redressa et se tourna vers son chameau, qu'un garde venait de lui apporter. Des sacs en toile pendaient sur chacun des deux flancs de la bête. Izmar en sortit une douzaine de tapisseries enroulées et, sur ordre de la Reine, les étala sur le sol, toujours sans jeter le moindre regard sur la régente.


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Néfertiya IV se pencha légèrement afin de mieux contempler la marchandise qui recouvrait le sol. Izmar, agenouillé, attendait l'avis de la Reine.
Arsinoé, répugnée par les ornements tyronaris, ne put étouffer un murmure de critique. Cependant, la Reine n'en prit pas compte et s'adressa au marchand.
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« Par Osiris, que c'est laid ! »

« La qualité de ta marchandise ne faiblit pas, marchand. Je t'achète tout ce que tu m'as apporté. Quel est ton prix ? »

Izmar, continuant de fixer le sol, répondit à Néfertiya.

« Je t'en demanderais quatre esclaves, si ce prix te convient, ô ma Reine. »

« Je t'en accorde six. Maintenant, va. Mon intendant te donnera les documents nécessaires. »

« Tu est trop bonne, ma Reine. »

Néfertiya, agacée que le marchand ne soit pas déjà parti, agita la main afin de lui faire signe de déguerpir.

« Allez, bzzzz ! »

[justify]Izmar se retira de la pièce à reculons, sans tourner le dos à la Reine, et en continuant de fixer le sol. Son chameau fut guidé vers l'extérieur par deux gardes.
La régente se retourna vers son amie et anticipa une énième réflexion concernant la laideur de ses tapisseries nouvellement acquises, alors que de semblables ornaient déjà la plupart des pièces du Palais. Elle décida d'engager la conversation avant qu'Arsinoé n'ait le temps de formuler une énième critique. Faisant mine de réfléchir face au plateau de jeu, elle saisit les bâtonnets de bois.
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« Bon, à qui le tour, à présent ? »

Posté : mar. août 30, 2016 9:53 pm
par Gwenael
ROYAUME DE TYRONAR
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[center]Affaires de famille[/center]

[center][img]http://www.routard.com/images_contenu/communaute/Photos/publi/022/pt21930.jpg[/img][/center]

Installée en pleine campagne, la ferme de Lucien Girard se trouvait à quelques kilomètres du Château de Montfaucon, demeure du Comte possédant le fief. Lucien n'était pas un serf. Il n'appartenait pas au Comte de Montfaucon, et était propriétaire de sa ferme. Il possédait même une demi-douzaine d'esclaves nègres, qui l'assistaient dans l'entretien de son exploitation. Cependant, le vilain ne menait pas une vie de privilégié. Les charges seigneuriales étaient difficiles à supporter pour ce petit exploitant, qui voyait chaque année une partie non négligeable de sa récolte être livrée au château du compte. À cela s'ajoutaient les impôts religieux, qui le privaient d'une part importante des revenus qu'il pouvait tirer des denrées qu'il n'avait pas gardé pour sa consommation personnelle. Lucien ne pouvait donc se permettre la moindre baisse de productivité, s'il voulait continuer de mener une vie décente.
Cependant, le pire arriva.

En cette matinée du 31 décembre 2030, lorsque la paysan pénétra dans sa longère afin d'ordonner à ses Nègres de l'assister dans l'abattage des porcs, il en trouva trois assis sur le sol, au chevet d'un quatrième allongé sur un tas de foin. L'esclave était visiblement souffrant. En y regardant de plus près, Lucien vit que le corps du malheureux était recouvert de bubons noirs. Il ordonna aux trois autres Nègres de porter le malade, et d'aller le déposer dans une cabane, aux côtés de deux autres de ses congénères dans le même état.

Après avoir procédé à l'abattage d'un porc, Lucien le vida. Le paysan et ses esclaves découpèrent ensuite la bête et en séparèrent les différents morceaux comestibles. Une fois la besogne achevée, l'exploitant confia les pieds arrières de l'animal ainsi que sa carcasse aux Nègres, et emporta le reste de la viande dans sa maison. Il commença immédiatement à préparer le repas, attendant la visite son fils, propriétaire d'une ferme à trois kilomètres de là.


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Lucien Girard - Gaston Girard[/center]

Gaston mangeait la potée que lui avait préparé son père avec appétit. Seul le plat de côtes du porc avait été utilisé, le reste de la viande étant destiné à la vente. Voyant que Lucien boudait le plat qu'il avait lui-même préparé, son fils cessa les va-et-vient qu'il faisait faire à sa fourchette entre son assiette et sa bouche.


« Eh bien, tu ne manges pas ? Tu as l'air soucieux. »

Lucien, jouant avec un bouchon de liège posé sur la table, répondit à Gaston d'une voix chevrotante.

« Effectivement, je viens de voir qu'un autre de mes Nègres était atteint de la peste de ce matin. »

« Encore ? C'est le troisième ce mois-ci, non ? »

« Oui. Je me demande comment je vais faire pour tenir la saison prochaine... »

« Mais la peste noire est extrêmement contagieuse. Tu es sûr de ne pas l'avoir attrapée ? »

« Ne t'inquiète pas pour moi. J'ai été voir l'apothicaire du château, et il m'a prescrit un vaccin. »

« Et tu ne pourrais pas administrer ce même vaccin à tes Nègres ? »

« Tu es fou ? Au prix où cela coûte, ça me reviendrait à moins cher d'acheter des Nègres neufs. »

« Alors qu'attends-tu ? »

« L'ennui est que mes finances ne sont pas au plus haut. Entre ce que me demande le Comte pour rester sur ses terres, et les impôts du temple, j'arrive tout juste à subvenir à mes besoins. Je n'ai absolument pas les moyens d'acheter de nouveaux esclaves. Cette épidémie tombe vraiment au plus mal. »

Gaston, tout en écoutant son père, continuait d'avaler goulument sa potée.

« J'ai peut-être une solution pour toi. Il y a un marchand d'esclave à Montfaucon, du nom de Foucault. Il parait qu'il a reçu un chargement de Berbères de premier choix assez récemment. »

« Des Berbères ? Voyons, l'achat d'esclaves est un investissement durable. Ces Berbères n'auront jamais la force physique de mes Nègres ! »

« Peut-être, mais as-tu vraiment le choix ? On m'a dit que les prix de ce Foucault étaient très intéressants. Tu n'as rien à perdre à aller y jeter un coup d’œil. »

« Tu as sûrement raison. Cependant, si je me procure effectivement ces Berbères, les Nègres que je possède risquent de leur transmettre leur peste, et j'aurais dépensé mon argent pour rien. »

« C'est simple, abats les Nègres malades et brûle leurs corps. Et si tu reviens de Montfaucon avec des Berbères, je te conseille d'abattre également tes Nègres sains, car ils pourraient être porteur de la maladie sans en avoir l'air. »

« Bonne idée. Je ferais d'ailleurs mieux d'abattre les malades immédiatement. Cela évitera que la peste se propage au reste du troupeau. »

Laissant son fis terminer seul sa potée, Lucien se leva de table. Il sortit ensuite de la maison, après avoir décroché la hache suspendue au-dessus de la porte d'entrée.

Posté : mer. août 31, 2016 1:21 am
par Gwenael
ROYAUME D'ORLANIE
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[center]Qui va à la chasse perd sa place[/center]

[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2016/08/31/160831023501437545.jpg[/img][img]http://nsa37.casimages.com/img/2016/08/31/160831023505283769.png[/img][img]http://nsa38.casimages.com/img/2016/08/31/16083102350635434.png[/img][img]http://nsa38.casimages.com/img/2016/08/31/160831023506833897.png[/img]
Adrien II, Roi d'Orlanie - Duc Albert de Montfaucon - Hector Ier, Roi de Tyronar - Adrien, Prince héritier d'Orlanie[/center]

À l'entrée de la forêt domaniale du Roi d'Orlanie, la foule était en ébullition. Au sein de la soixantaine d'hommes qui la composaient, la moitié étaient des membres des hautes noblesses orlane et tyronari, et l'autre moitié leurs écuyers. Les comtes, princes et rois se munissaient de leurs armes, tandis que leurs serviteurs préparaient leur monture. Très vite, tout fut enfin prêt afin que la grande chasse donnée par le Roi d'Orlanie pour célébrer l'union de son fils et de la Duchesse de Montfaucon puisse commencer. Une meute d'une centaine de poitevins, dont le flair légendaire est capable de renifler n'importe quelle proie, était tenue en laisse par plusieurs maîtres chiens. Comme le veut la tradition orlane, c'était au Roi Adrien II, en tant qu'hôte, de sonner au cor le coup d'envoi de la chasse. Alors que le souverain orlan portait l'instrument à sa bouche, son fils l'arrêta.

« Il n'est pas trop tard pour renoncer, tu sais. Beaucoup sont persuadés qu'à ton âge, le plus raisonnable serait que tu restes au château. »

« Voyons, ce n'est pas ma première chasse, et je ne vais quand même pas manquer la célébration de l'Union de mon héritier ! »

Le Roi Adrien II était bien résolu à participer à la chasse qu'il avait organisée. Se toute manière, il ne craignait pas l'accident. Son héritier étant à présent uni à celle qui donnera naissance au prochain successeur, le vieil homme, du haut de ses 93 ans, pouvait partir tranquillement. Et quoi de plus alléchant que de terminer sa vie en se livrant à l'activité la plus excitante qui soit !

Le Prince, de son côté, n'était pas rassuré. Il alla faire part de l'entêtement du souverain orlan à son beau-père. Le Duc de Montfaucon était un homme sage, et avait compris ce qui animait le Roi d'Orlanie.


« Je pense qu'à son âge, ton père a appris à ne plus craindre la mort. »

Le Roi de Tyronar, qui n'était pas venu pour rien, en profita pour s'incruster dans la conversation et aborder le sujet qui avait motivé sa venue.

« Il va sûrement falloir que tu te fasses à l'idée que ton arrivée sur le trône pourrait se faire plus vite que tu ne le penses. »

À l'écoute de la réflexion d'Héctor Ier, le Prince Adrien fut mi-inquiet, mi-satisfait. La perspective de la disparition de son père le terrifiait, bien entendu, mais le fait que le Roi de Tyronar n'ait pas spécifié de quel trône il parlait pouvait laisser penser qu'il n'excluait pas la possibilité de lui accorder sa voix lors des prochaines élections impériales.
Adrien fut rapidement tiré de ses pensées par le son du cor, qui marquait le début de la chasse.
Immédiatement, les maitre-chiens lâchèrent la horde de poitevins, qui foncèrent vers la lisière de la forêt, suivis par une trentaine de cavaliers lancés au galop.

Dans un premier temps, la chasse fut fructueuse. Le Roi Adrien II, accompagné par son fils, le Roi de Tyronar et le Duc de Montfaucon, qui ne l'avaient pas quitté, mit la main sur une biche, dont le corps fut ramassé par son écuyer. Continuant de suivre les chiens, les quatre hommes slalomaient entre les arbres sur une monture galopante. Au bout d'un moment, la horde de chiens disparut dans un épais buisson, planté le long d'une pente. Les quatre cavaliers stoppèrent net. Le Prince Adrien s'adressa aux trois souverains présents.


« Le chemin m'a l'air pentu, le descendre serait risqué. »

Son père se pencha au-dessus du buisson avant de répliquer.

« Allons, ça ne me semble pas si terrible que ça. Tenez, je vous mets au défi de me suivre, mes amis. »

Le vieil homme s'élança au galop et disparut à son tour dans les buissons, les pas de sa monture couverts par les cris des chiens.

« Père, non ! »

« Majesté ! »

« Adrien ! »

Au bout de quelques secondes, le son produit par le galop des chevaux et les aboiements des poitevins, se faisant de plus en plus lointain, s'était complètement estompé. Seul le bruissement des feuilles rompait le silence.
Le Duc de Montfaucon et son suzerain Hector Ier s'échanger un regard, sans échanger le moindre mot, tandis que le Prince Adrien, de plus en plus inquiet, se penchait vers le buisson.


« Père ? »

« Adrien, attends ! »

Il était trop tard lorsque le Duc de Montfaucon réagit. Le Prince avait déjà disparu à son tour dans les buissons, à la recherche du Roi. Au fur et à mesure qu'il avançait, la pente était de plus en plus rude, et les obstacles de moins en moins visibles du fait de l'épaisseur de la végétation. Au bout d'une vingtaine de seconde, la monture d'Adrien trébucha, et il s'étala de tout son long sur le sol. Par chance, l'héritier orlan n'eut que de légères égratignures, et se releva sans mal afin de voir quel était l'obstacle qui l'avait fait chuter. À sa grande stupeur, il vit le cheval de son père étendu sur le sol. Le Roi Adrien II se trouvait juste en dessous, la jambe écrasée sous le poids de l'animal.

« Père ! »

Posté : mar. oct. 25, 2016 4:56 pm
par Gwenael
ROYAUME DE HYPTATIE
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[center]La chasse à l'homme[/center]

[center][img]http://www.dalctournai.info/monblog/images/photos%20lompoul/Photo%20081.jpg[/img][/center]

Comme à l'accoutumée, le désert hyptate était inondé par les rayons d'un soleil ardent. La terre était désespérément sèche, et les cultures mourraient à vue d’œil. Chaque année, les paysans devaient trouver le juste équilibre entre leurs propres besoins en eau et l'irrigation de leurs cultures. Bien entendu, les terres bordant le Nedjet étaient bien plus humides, et il était facile d'y abreuver les plantations. Mais c'est aussi pour cette raison que seuls les Nobles, les bourgeois et les paysans les plus riches pouvaient s'y installer. Comme la majorité de la population hyptate, Hiza et son père Atos, pauvres paysans, n'avaient d'autre choix que de rester dans le désert, tentant tant bien que mal de cultiver de quoi vivre et payer leurs taxes nobiliaires à l'aide des faibles ressources du puits.

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2016/10/25/161025061001570982.png[/img]
Hiza[/center]

À son lever, constatant que le vase d'argile posé sur la table était vide, Hiza résolut de sortir afin d'aller le remplir au puits. Usant de toute sa force, la jeune femme parvint à enrouler totalement la corde pour faire remonter un seau de fer, au fond duquel elle put récolter un demi litre d'eau maronnasse.

La contemplant au loin, Izmar trouva bien dommage qu'une femme d'une telle beauté s'abîme ainsi les mains, en accomplissant ce qui devait être un travail d'homme. Scrutant les alentours du campement, le trafiquant faisait son choix. La Reine Néfertiya IV lui avait accordé six esclaves en échange d'une poignée d tapisseries tyronaris. Il se devait de bien les choisir, avant de prendre la route du Tyronar pour les revendre. Lui et ses associés avaient besoin de se refaire, après que plusieurs de ses frères avaient été arrêtés en Bédrétangasie.

Il repéra un petit groupe de travailleurs au sud. Il s'agissait d'un paysan et de ses trois fils, qui labouraient la terre. Le père était presque un vieillard, mais ses trois fils étaient bien bâtis, et leur musculature était le témoin d'une robustesse qui aurait assurément contenté les acheteurs tyronaris. Portant son regard plus au nord, Izmar posa les yeux sur un groupe d'enfants jouant aux billes avec une poignée de cailloux. Cette marchandise aurait sûrement peu intéressé les Tyronaris, mais les riches couples orlans étaient parfois prêts à dépenser de fortes sommes, lorsque la nature ne leur permettait pas de concevoir eux-mêmes leurs progéniture.


[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2016/10/25/161025064020932048.png[/img]
Izmar, trafiquant d'esclaves[/center]

[url=https://www.youtube.com/watch?v=GP5QhVSMcX8&index=3&list=PL40452513EAEDC4C6]Musique[/url]

Après avoir fait son choix, Izmar indiqua les cibles à ses associés. Une fois en position, la horde de bandits se lança à l'assaut afin de capturer les esclaves désignés. Sur leurs chevaux noirs élancés au galop, la demi-douzaine de trafiquants commença par lancer des torches enflammées sur les toits des maisons, afin d'éviter que leurs cibles ne s'y réfugient. Dans la panique générale, les habitants commencèrent à fuir dans toutes les directions. Izmar, afin d'éviter que ses hommes ne s'éparpillent, leur donna des ordres précis.

« Vous deux, occupez-vous des enfants. Vous, vous vous chargez des trois hommes. Et toi, tu viens avec moi. Allez ! »

Voyant Izmar, suivi par l'un de ses associés, fondre sur elle, Hiza lâcha son vase et courut aussi vite qu'elle put vers la maison de son père.

« À l'aide ! Papa ! »

Atos, brutalement réveillé par le raffut causé par l'assaut des trafiquants, sortit en entendant les cris de sa fille.

« Qu'est-ce qu'il se... »

Le vieux paysan se tut en voyant un bandit et sa monture fondre sur lui, sabre au clair. Il n'eut pas le temps de réagir que déjà, le trafiquant, parvenu à sa hauteur, l'avait sabré avant de continuer sa course.

Hiza vit la scène mais, sans même comprendre comment ses jambes pouvaient encore la tenir, continua sa course sans s'arrêter. Izmar, après s'être approché assez prêt, brandit un filet aux mailles épaisses. Son associé le rejoignit et rangea son sabre dans son fourreau pour en saisir l'autre extrémité. Hiza, sans même comprendre ce qui lui arrivait, fut soudainement soulevée au-dessus du sol, prisonnière de l'outil déployé par les deux bandits.

Une fois leur marchandise récupérée, Izmar et ses associés s'éloignèrent du campement de paysans, et se rejoignirent à environ un kilomètre de là. Deux de leurs associés les y attendaient, gardant un convoi de chevaux et de dromadaires sur lesquels étaient harnachés plusieurs charrettes portant de grandes cages de fer. La horde de trafiquant enferma son butin dans les geôles, puis commença son périple vers l'est, avec l'objectif de faire le plus de chemin possible avant que les rayons du soleil ne deviennent trop pénibles à supporter.

Posté : mer. déc. 28, 2016 8:34 pm
par Gwenael
ROYAUME DE TYRONAR
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[center]Un nouvel arrivage[/center]

[center][img]http://3.bp.blogspot.com/-Y2Nu7ywhP3Q/VhSkd-7ZkvI/AAAAAAAAGao/ilLf8l8R_Z4/s400/Boulanger_Gustave_Clarence_Rudolphe_The_Slave_Market.jpg[/img][/center]

Le fameux marché de Montfaucon... Chaque habitant du Comté s'y était déjà forcément rendu au moins une fois. Et pour cause, on y trouvait quasiment tout ce que l'on pouvait y chercher : provisions fraîches, vêtements, draperies, matériel agricole, esclaves... Cet événement hebdomadaire organisé sur la place principale de la capitale du fief du Comte Albert avait même une renommée nationale, voir impériale. Réputé pour son caractère pittoresque, le marché attirait de temps à autres des visiteurs orlans, désireux voir à quoi pouvait bien ressembler un étalage d'esclaves, ou bien de se procurer des articles introuvables dans leur pays d'origine...

Tentant tant bien que mal de se frayer un chemin au milieu de la foule, un homme encapuchonné guettait le moindre espace dans lequel il pouvait se faufiler afin d'atteindre son objectif. Il se devait cependant de prendre garde à ce que sa marchandise ne lui soit pas dérobée. Il était en effet suivi par une demi-douzaine d'esclaves marchant en file indienne, reliés les uns aux autres par une lourde chaîne de fer. L'homme n'était autre qu'Izmar, trafiquant d'esclaves hyptate, revenant du désert du nord avec sa marchandise prête à être revendue. Son soulagement fut grand lorsqu'il parvint enfin jusqu'à l'étalage qu'il recherchait. La grande estrade, sur laquelle il était inscrit en lettres gothiques
"Chez Foucault - esclaves agricoles et domestiques", semblait bien vide. Seule une demi-douzaine de Nègres enchaînés attendait patiemment d'être vendue, sans vraiment savoir ce qui l'attendait. Izmar, tout en serrant fermement la poignée de l'entrave qui évitait que sa marchandise ne s'échappe, interrompit le jeune vendeur qui, debout devant l'estrade, apostrophait les passants, de la même manière que les autres marchands de la place.

"Ils sont robustes nos Nègres, ils sont robustes !"

[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2016/12/28/161228073943277871.jpg[/img]
Izmar[/center]

"Excusez-moi."

"Bonjour cher Monsieur. Souhaitez-vous inspecter l'un de nos articles ?"

"Non merci. Je ne viens pas pour acheter, mais pour vendre."

"Ah, je vous prie de m'excuser. Je n'avais pas remarqué la marchandise que vous transportiez. Je vous suggère de voir cela directement avec Monsieur Foucault, à l'intérieur de la boutique."

Izmar suivit le jeune commerçant, qui le conduisit dans le bâtiment situé derrière l'estrade. Celui-ci indiqua à Izmar un siège, avant de s’éclipser derrière une porte portant l'inscription "Direction".

"Je vous en prie, installez-vous pour patienter pendant que je préviens Monsieur Foucault de votre arrivée."

Izmar avait beau avoir l'habitude de traiter avec les Tyronaris, la politesse dont faisaient preuve les marchands à son égard le surprenait toujours. Les manières des bourgeois n'avaient décidément rien à avoir avec celles des paysans qu'il avait croisé sur sa route.
Après quelques dizaines de secondes, le jeune vendeur réapparut, suivi par un homme d'une cinquantaine d'années. Vêtu d'un long manteau de cuir, Monsieur Foucault avançait vers son invité d'une démarche boitillante. Izmar se leva afin de saluer son futur client par une poignée de main polie.


[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2016/12/28/161228081146391551.jpg[/img]
Monsieur Foucault[/center]

"Cela faisait un moment que j'attendais votre visite, mon cher Izmar. Comme vous avez sûrement pu le voir, mes stocks sont presque vides, et les Nègres, bien qu'indispensables au travail de la terre, ne sont hélas pas les articles qui contentent le plus ma clientèle habituelle."

"Je vous prie d'excuser mon retard. Nous avons, hélas, été confrontés à quelques malencontreux incidents qui ont quelques peu ralenti nos affaires. Mais je ferai tout mon possible pour que cela ne se reproduise plus."

"Je l'espère. Il est certain que je serais navré de devoir me trouver un autre fournisseur... Enfin, trêve d’amabilités je vous prie, voyons donc ce que vous m'avez apporté."

Foucault se déplaça pour aller inspecter les esclaves. Il commença par tâter les muscles des trois premiers hommes attachés en file indienne.

"Ces Berbères me semblent bien robustes. Excellent pour l'accomplissement de travaux d'extérieur auprès de clients désirant un minimum de distinction, ou pour le divertissement de quelques femmes fortunées ne supportant plus le veuvage."

Le marchand d'esclaves parcourut la suite du cortège d'esclaves, formé par deux jeunes enfants.

"Nous trouverons bien quelqu'un pour les adopter. Les critères d'adoption sont tellement contraignants en Orlanie..."

Son regard se porta ensuite sur le dernier esclave que transportait Izmar. Il s'agissait d'une jeune femme nommée Hiza.

"Celle-ci est d'une beauté incroyable. Il s'agit assurément du meilleur article de ce lot. Combien veux-tu pour l'ensemble ?"

"Votre prix sera le mien, Monsieur."

"Je vous reconnais bien là, mon cher. Je vous donne vingt mille livres pour les trois hommes, vingt mille autres pour les deux enfants, et... cinquante mille pour la jeune femme, ce qui nous porte à un total de quatre-vingt-dix mille livres."

"Quatre-vingt-huit mille, en guise d'excuse pour le retard."

"Décidément, Izmar, vous ne perdrez jamais votre sens du commerce. Tenez, je vous offre un verre pour conclure cette affaire."

Posté : dim. juin 18, 2017 9:41 pm
par Gwenael
ROYAUME D'ORLANIE
[hr][/hr]

[center]La famille s'agrandit[/center]

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/18/170618091529292823.jpg[/img][/center]

Dans une salle privée du Casino Royal de Colnade, l'établissement le plus prestigieux de la capitale orlane, une demi-douzaine d'hommes étaient assis en cercle autour d'une table, s'adonnant à une partie de poker. La fumée opaque émanant de la pointe de leurs cigares leur permettait à peine de discerner les symboles inscrits sur les cartes. Cela ne dérangeait pas les participants, bien plus intéressés par leur conversation que par le jeu en lui-même. Il faut dire que cette partie n'était qu'une formalité pour les six mafiosi, qui se réunissaient avant tout afin de parler de leurs affaires. Celles-ci leur rapportaient tellement d'argent que les principaux ténors de la Famille, la plus puissante mafia de tout l'Empire Luciférien, pouvaient miser ce qu'ils voulaient sans véritablement s'interroger sur les conséquences.

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/18/170618090230511585.png[/img]
Charles Creuset[/center]

[justify]« J'espère que cette histoire de détroit va être rapidement réglée. Les récoltes de cannabis kalunais doivent transiter par le Tyronar pour être livrées jusqu'en Amarantie, et cela commence à coûter cher. »

L'homme qui venait de prendre la parole était Charles Creuset, le bras droit d'Eric Bertaud et numéro deux de la Famille. Son supérieur l'avait chargé d'administrer les activités de la mafia en Algarbe pendant que lui-même se chargeait de trouver de nouveaux marchés en Amarantie. C'est lui qui avait convoqué ses propres lieutenants au casino - qui lui appartenait - afin de faire un compte-rendu de l'ensemble de leurs activités.

« Ne parle pas trop vite. Il paraît qu'un accord s'apprête à être signé, prévoyant des contrôles aléatoires dans le détroit. Autant te dire qu'on va être obligé de commercer avec l'Amarantie de cette façon si on ne veut pas que notre marchandise soit saisie par la marine aminienne ou lucanienne. »

« Mais le patron n'a pas passé un accord pour pouvoir cultiver sa came directement en Amarantie ? »

« Il s'agit uniquement des pavots, afin de ne pas avoir de problème avec la douane movopolitaine. Mais le cannabis doit être cultivé à Kaluna, sinon quoi la qualité ne sera pas au rendez-vous. Et cette histoire de détroit nous oblige à emprunter des routes de merde au milieu du Tyronar pour apporter notre came jusqu'au port de Tyron. »

Afin de manifester son énervement, Creuset venait de jeter ses cartes sur la table. C'était signe qu'il se couchait, sa main n'étant pas assez bonne.

« Bon allez les gars, on arrête. Vous m'avez assez plumé comme ça pour ce soir. D'ici la prochaine fois qu'on se voit, essayez de trouver des solutions à ce problème de transport. S'il y en a... »

Les six hommes se levèrent et échangèrent quelques poignées de main pour se saluer, avant de quitter la pièce. Charles Creuset, accompagné par ses deux gardes du corps, prit lui aussi la direction de la sortie pour aller rejoindre la limousine qui l'attendait en bas du casino. Il s'installa à l'arrière du véhicule, à l'instar des deux hommes en costume noir qui l'escortaient.

« Roule, Nestor. On rentre. »

Le chauffeur s'exécuta et prit la direction de la résidence que le mafioso occupait à Colnade. Charles Creuset, quand à lui, ôta sa veste et sortit une bouteille de whisky du minibar qui se trouvait face à lui. Il s'en servit un verre et le dégusta, tout en écoutant la musique dont il avait lancé la lecture à l'aide d'une télécommande. Tout se passait pour le mieux, lorsque la voix de son chauffeur interrompit sa rêverie.

« Monsieur. »

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Je crois que nous sommes suivis. »

Creuset et ses deux gardes se retournèrent pour jeter un coup d’œil à travers la vitre arrière.

« Tu en es sûr ? »

« Ce ne serait pas la première fois. »

Le mafioso se renfonça dans son siège et saisit la télécommande de sa chaîne pour augmenter le son de sa musique.

« Bon, fais ce que tu as à faire. »

Le chauffeur appuya un grand coup sur l'accélérateur et parcourut les rues de la capitale à plus de 90 km/h. La limousine slalomait à toute vitesse en pleine nuit entre les véhicules, manquant plusieurs fois de provoquer un accident. Depuis la banquette arrière, Charles Creuset voyait les ombres causées par les lampadaires et les phares des autres voitures passer à toute vitesse sur les sièges. Cependant, leur poursuivant n'en démordait pas, et les suivait toujours une fois parvenus dans les banlieues pavillonnaires.

« Accélère encore. »

« Ce ne serait pas très prud... »

Le chauffeur n'avait pas eu le temps de finir sa phrase lorsqu'une voiture noire venue d'une rue adjacente apparut sans prévenir devant lui. Il freina de toutes ses forces pour arrêter la limousine, laquelle pivota horizontalement de 90° avant de s'immobiliser à seulement cinquante centimètres du véhicule qui s'était arrêté juste en face. Immédiatement, les gardes du corps quittèrent la limousine et saisirent Creuset par le bras afin de l'exfiltrer. Mais il était trop tard. Le trio était déjà encerclé par une douzaine d'hommes armés de pistolets-mitrailleurs et équipés de casques et de gilets pare-balles. Les gardes du corps n'osèrent pas opposer de résistance lorsque leurs assaillant, qui appartenaient vraisemblablement aux forces spéciales de la police ou de l'armée, vinrent passer les menottes à leur employeur, pour le conduire à l'arrière du véhicule qui le poursuivait depuis le casino.
Assis sur la banquette arrière, menotté et les yeux bandés, Charles Creuset n'osa dire mot de tout le trajet, ignorant qui étaient ses ravisseurs. Au bout d'une heure de route, le véhicule s'arrêta et le mafioso fut emmené hors de celui-ci, puis guidé à travers les couloirs d'un bâtiment dont il ne pouvait deviner l'apparence. Son chemin s'arrêta dans un bureau. Les militaires qui l'escortaient ôtèrent le tissu qui recouvraient ses yeux et détachèrent ses menottes avant de quitter la pièce. Il fallut un moment à Creuset pour retrouver une vision nette, ses cristallins ayant été déformés par la pression du bandeau. Après un instant passé à cligner inlassablement des paupières, il put enfin apercevoir la personne qui se trouvait en face de lui.
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[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/18/170618110503135141.png[/img][/center]

[justify]« Vous ? »

« Oui, moi. »

Charles Creuset se trouvait dans le bureau de la Générale Marie-Claire Boyer, à la Direction Générale des Services de Sécurité Impériaux. La présidente du RPN lui adressait un regard sévère. Sans demander de permission, comprenant que c'était ce qu'il était censé faire, le mafioso s'installa dans le fauteuil situé de l'autre côté du bureau. Il adoptait une posture décontractée, n'hésitant pas à poser son coude sur le dossier, et regardait la Générale avec un léger sourire en coin.

« Ainsi donc, vous avez trouvé un chef d'inculpation contre moi. »

« Même pas. »

« Donc vous m'arrêtez sans mandat ? »

La Générale afficha un sourire narquois.

« Essayez de porter plainte, qu'on rigole. »

Creuset pouffa légèrement avant de se reprendre.

« Dans ce cas, qu'est-ce que vous me voulez ? »

« Je vais avoir besoin de vous. »

« De moi ? Je ne vois pas bien ce que je peux faire pour vous. »

« Voyons, ne faîtes pas le modeste, Monsieur Creuset. Vous et votre patron avez des amis dans pratiquement chaque branche d'activité de l'Empire. Votre soutien pendant la campagne éectorale à venir pourrait nous donner un avantage décisif. »

« Vous rigolez, Madame Centralisation ? Vous croyez vraiment que l'on pourrait avoir envie de vous soutenir vous ? Ce n'est certainement pas en renforçant l'administration que vous allez aider nos affaires. Je vous verrais mieux en train d'essayer de vous faire mousser auprès de vos électeurs en déclarant "la guerre à la mafia". »

« Détrompez-vous. Votre activité contribue à exploiter des ressources que nous ne pouvons nous permettre d'utiliser légalement sans nous attirer les foudres des nations étrangères. Quoiqu'on en dise, vous contribuez à la prospérité économique de ce pays, et, pour cela, je n'ai nullement l'intention de vous entraver. Au contraire, je peux vous aider à développer vos activités. »

« Comment ? »

« Vous savez très bien comment. Comment va votre commerce avec l'Amarantie, depuis le blocage du détroit ? Cela doit être difficile de transporter votre héroïne dans des navires fouillés par l'Aminavie. Espérons que Madame la Renarde-de-Feu obtienne des récoltes satisfaisantes. »

« Comment savez-vous tout cela ? »

« Mais je sais tout, mon cher. Vos amis ne sont pas aussi fiables que vous le pensez. Alors, que diriez-vous d'avoir au pouvoir quelqu'un qui vous aide en améliorant les voies de communication entre Kaluna et le Tyronar, au lieu d'utiliser toutes les cartes qu'il a en main pour ruiner toutes vos petites affaires une fois pour toute ? »

« Ça demande réflexion... »

« Désolée, le temps est écoulé. »

Charles Creuset fouilla dans la poche intérieure de sa veste et en sortit un cigare. Il le porta à sa bouche, l'alluma à l'aide d'un briquet, et avala une bouffée de fumée qu'il recracha en faisant plusieurs ronds.

« Marché conclu. »[/justify]

Posté : jeu. juin 22, 2017 12:22 am
par Gwenael
[justify]ROYAUME DE HYPTATIE
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[center]Le grand chantier[/center]

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/13/170613104510286168.jpg[/img][/center]

Au beau milieu de la journée, à l'extrême-nord du Désert Hyptate, les rayons du soleil venaient,tels de longues flèches d'or, transpercer les ouvriers qui s'affairaient à la construction de la Ligne Hyptep. Usbek, jeune paysan réquisitionné de force, à l'instar de milliers d'autres, frappait inlassablement le sol à l'aide de sa pelle puis déjà plusieurs heures. Au rythme du claquement des fouets que les militaires faisaient s'abattre sur le dos endolori des ouvriers, le paysan jetait frénétiquement ses pelletées de sable de l'autre côté de la tranchée. Le porteur d'eau ne passant qu'une fois toutes les heures, Usbek aurait bien essayé d'économiser ses forces entre chaque rasade. Malheureusement, si son rythme venait à ralentir, les soldats ne manquaient pas de venir le flageller afin de le rappeler à ses obligations.

De tous ceux qui œuvraient à la construction de la ligne défensive le long de la frontière aminienne, Usbek n'était pas le plus à plaindre. Premièrement, la tâche des porteurs d'eau était ardue. Les malheureux devaient en effet transporter leur bonbonne sans la moindre interruption, tout en regardant leurs compagnons de labeur se désaltérer, tandis qu'eux mêmes ne pouvaient goûter au contenu du fardeau qui pesait sur leurs épaules. Mais cette tâche n'était pas la pire.

Parmi tous les ouvriers se trouvait un petit groupe que l'on avait élégamment choisi de nommer "les porteurs d'Anubis". Loin de constituer une élite, ceux-ci étaient confrontés à une épreuve morbide, consistant à ramasser les corps de leurs camarades que le Dieu des Morts avait appelé à ses côtés. Les causes de décès étaient multiples sur le chantier. Certains ouvriers - principalement ceux réquisitionnés depuis les oasis ou les berges du Nedjet - n'étaient pas coutumiers de telles restrictions d'eau, et expiraient avant de recevoir leur rasade horaire. D'autres n'avaient simplement pas la constitution physique nécessaire pour remplir les quotas de production imposés. Les militaires tentaient alors de les y aider, en palliant leur faiblesse corporelle par un surcroit de motivation. Pour ce faire, le fouet semblait tout indiqué. Néanmoins, le soutien médical manquait cruellement dans ce secteur, et n'était, de toute manière, pas destiné aux ouvriers. De ce fait, il arrivait qu'une lacération excessive soit suive de complications qui, faute de soins, provoquaient le trépas de ce qui en étaient sujet.

Alors qu'il était plongé dans ses pensées, tout en creusant frénétiquement, Usbek fut surpris par l'arrivée du porteur d'eau, qui le fit sursauter en touchant son épaule. Immédiatement, le jeune paysan lâcha sa pelle et saisit la gourde qui lui était tendue. Cela faisait une heure qu'il n'avait rien bu et il était assoiffé. Après avoir bu la moitié de la gourde, Usbek essuya sa bouche à l'aide de son avant-bras, et constata alors que le porteur n'était pas encore parti. Celui-ci se pencha en avant et porta sa bouche au niveau de l'oreille de l'ouvrier.
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[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/22/170622015259685742.png[/img][/center]

« Retrouve-moi dans ma tente cette nuit à une heure, camarade. Tu la reconnaitras facilement, un lampion sera allumé juste devant elle. »

Un militaire hyptate surgit alors et asséna un coup de fouet sur le dos du porteur.

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/22/170622022659390659.png[/img][/center]

« Du nerf, feignasse ! Tu as encore deux kilomètres de tranchée à abreuver ! »

Usbek regarda son camarade s'éloigner.

« Qu'est-ce que tu as à rêvasser, toi ? Tu crois que la tranchée va se creuser toute seule ? »

Le jeune paysan ne put s'empêcher de gémir de douleur lorsque le fouet toucha son dos, y laissa une longue marque sanguinolente. Aussitôt, Usbek se pencha pour ramasser sa pelle et se remit à creuser de plus belle.

Posté : ven. juin 23, 2017 12:49 am
par Gwenael
[justify]ROYAUME DE HYPTATIE
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[center]Le chiffon rouge
Suite directe du RP précédent[/center]

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/22/170622082553589302.jpg[/img][/center]

Allongé sur le sol de sa tente, Usbek ne dormait pas. Le jeune paysan savait seulement qu'il s'était passé plusieurs heures depuis le moment où les militaires avaient ordonné l'extinction des feux, mais il ne connaissait pas l'heure exacte. Il était seulement certain qu'il se faisait déjà tard, et que ses camarades de tente étaient tous endormis. Il entreprit donc de se lever délicatement, en faisant le moins de bruit possible, pour aller se rapprocher de l'un des ouvriers ensommeillés. Le dormeur en question était un artisan originaire de Berynos, et le seul occupant de la tente à posséder une montre. Par chance, le poignet qui portait l'engin était apparent. Il suffit donc à Usbek de se pencher légèrement pour constater qu'il était minuit et demi. Le moment était ainsi venu pour lui de se rendre au rendez-vous que lui avait fixé le porteur d'eau dans la journée.

Usbek passa sa tête entre les grands morceaux de toile qui gardaient l'entrée de la tente. Par chance, l'allée qui se dessinait devant ses yeux était vide de toute patrouille. Il faut dire que la plupart des militaires dormaient à cette heure ci. Mais la prudence était tout de même de mise, la transgression du couvre-feu nocturne par un ouvrier étant généralement punie par le fouet. Usbek quitta sa tente et fit rapidement le tour du campement, cherchant des yeux le fameux lampion. Comme prévu, il trouva celui-ci au bout de quelques minutes, posé devant l'entrée d'une autre tente. Après avoir vérifié une dernière fois que la voix était libre, le jeune paysan se précipita pour franchir l'entrée de l'édifice de toile. Une fois à l'intérieur, il sentit à sa grande surprise son bras être saisi par une personne dotée d'une grande force. Cependant, il ne put se retourner pour voir de qui il s'agissait, la douleur infligée par la clé de bras qui lui était assénée étant trop forte.


« Qui es-tu ? Que fais-tu ici ? »

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/22/170622015259685742.png[/img][/center]

« Lâche-le, camarade. Il s'agit d'un ouvrier que j'ai invité ce jour à nous rejoindre. »

Usbek reconnut la voix de celui qui était intervenu pour justifier sa présence. Il s'agissait du porteur d'eau. Après que l'homme qui se trouvait derrière lui eut lâché le bras, le jeune paysan se releva.

« Je suis très heureux que tu aies pu nous rejoindre, camarade. Sois le bienvenue à notre réunion. »

Usbek ignorait pourquoi il était ici. Il interrogea donc son hôte.

« Quelle réunion ? Pourquoi sommes-nous ici ? »

« Sois patient, camarade. Ptahet s'apprête à prendre la parole. Son discours répondra sûrement à toutes tes questions. »

À l'instar de la trentaine d'hommes présents dans la tente, Usbek et le porteur d'eau s’essayèrent sur le sol, complétant ainsi le cercle formé par les autres participants à la réunion. Quelques instants plus tard, un homme vêtu d'une coiffe de toile rouge pénétra dans le chapiteau et se plaça en son centre, tandis que les autres personnes présentes scandaient son nom.

« Ptahet ! Ptahet ! Ptahet ! »

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/23/170623014957650852.png[/img]
Ptahet[/center]

« Silence, camarades ! Silence ! Bien qu'il se fasse tard, évitons tout de même d'attirer l'attention. »

La voix rocailleuse de Ptahet exprimait une telle autorité que tous s'étaient tus en l'entendant. Usbek ignorait qui était cet homme au visage marqué par les ans, mais il commençait à comprendre pourquoi il inspirait tant de respect à ceux qui le connaissaient.

« Tout d'abord, je tiens à souhaiter la bienvenue à ceux qui ne nous rejoignent que ce soir. J'ai appris que vous étiez parvenus à rallier de nouveaux camarades à notre cause, et je vous en félicite. Quant à ceux d'entre vous qui ne savent pas encore pourquoi ils sont ici, qu'ils se rassurent. Tout leur sera expliqué dès cette nuit. »

Les yeux rivés sur le vieil homme, tous buvaient ses paroles avec attention.

« Tous ici, vous êtes des artisans, des ouvriers, des paysans. Tous ici, vous avez été réquisitionnés de force par le pouvoir royal tyrannique pour vous tuer à la tâche en plein désert. Tous ici, vous avez vu vos compagnons de labeur succomber au baiser brûlant du soleil, ou aux coups de fouet des agents de la tyrannie. Comme vous, je pense que cette situation n'est pas normale, et qu'il est temps d'y mettre fin ! »

L'assemblée laissa s'échapper quelques acclamations, que Ptahet étouffa immédiatement d'un signe de main.

« Cela peut vous paraitre impensable. Comme vous camarades, il fut un temps, j'étais impressionné par la puissance de nos maîtres. Mais comme l'a dit un fameux penseur orlan, les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Qui pourrait donc nous empêcher de nous libérer des chaînes avec lesquelles ils nous aliènent ? Serait-ce leur richesse, qui n'est que le fruit de notre propre sueur ? Serait-ce leur armée, qui n'est formée que d'hommes eux-aussi opprimés ? Cessons de les servir, et ils n'auront plus rien ! Les nobles, comme les bourgeois, ce sont eux les véritables ennemis des prolétaires que nous sommes. Une fois que nous et nos camarades auront pris conscience de cela, il ne nous restera qu'à tendre la main pour prendre notre liberté, et hisser les têtes de nos anciens oppresseurs au sommet des Grandes Pyramides ! »

Une clameur se fit à nouveau entendre dans la tente.

« Bien entendu, la révolution ne consistera pas simplement à reprendre notre liberté des mains que ceux qui nous l'on ôté. Il nous faudra bâtir un nouveau monde, un monde meilleur, où jamais plus personne ne pourra bénéficier de la souffrance d'un autre. Les moyens de production devront être placés au service de la collectivité, et l'ensemble des biens mis en commun. Seule la dictature du prolétariat permettra l'émergence d'un ordre nouveau et juste, qui devra être propagé au-delà des frontières de la simple Hyptatie. Un jour, camarades, tout cela arrivera. Au cours mes voyages, j'ai pu ressentir la colère des prolétaires ne supportant plus la tyrannie bourgeoise et nobiliaire. Partout en Hyptatie, des cellules révolutionnaires comme la nôtre se constituent afin de préparer la Révolution à venir. Cependant, nous aurons besoin de toutes nos forces pour y parvenir. De ce fait, mes amis, il vous faudra rester patients. Très bientôt, la lutte des classes s'achèvera par la victoire du prolétariat, et alors jamais plus nous n'aurons à souffrir la vision d'un camarade trépassant sous le fouet. »

Ptahet brandit un morceau de tissu rouge et l'attacha sur son torse à l'aide d'une épingle.

« Le chiffon rouge sera le symbole de notre combat. Il représente le sang versé par nos camarades au cours de leur lutte, ou celui des victimes de la tyrannie à laquelle nous faisons face. Par ailleurs, n'oubliez pas notre chanson. La siffler sur le chantier vous permettra de reconnaitre vos compagnons de combat. »

Le vieil homme commença à entonner [url=https://www.youtube.com/watch?v=8iOH97O4vgI]Le Chiffon Rouge[/url], rapidement rejoint par le reste de l'assemblée.

« Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge
Une fleur couleur de sang
Si tu veux vraiment que ça change que ça bouge
Lève-toi car il est temps

Allons droit devant vers la lumière
En levant le poing et en serrant les dents
Nous réveillerons la terre entière
Et demain, nos matins chanteront

Compagnon de colère, compagnon de combat
Toi que l'on faisait taire, toi qui ne comptais pas
Tu vas pouvoir enfin le porter
Le chiffon rouge de la liberté
Car le monde sera ce que tu le feras
Plein d'amour de justice et de joie
»[/justify]

Posté : dim. juin 25, 2017 3:00 pm
par Gwenael
ROYAUME DE TYRONAR
[hr][/hr]

[center]Inquisition champêtre (1/3)[/center]

[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/23/170623080941512005.jpg[/img][/center]

[justify]Au fin fond des campagnes du Comté de Ciraphonde, dans le nord du Duché de Beaufer, se trouvait un minuscule hameau. Baptisé Verchamps par ses habitants, celui-ci ne comptait que trois fermes. La première, quasiment en ruines, était occupée par un homme âgé de soixante-trois ans lors de sa dernière apparition. Le vieillard ne sortait quasiment jamais de chez lui, si bien que l'on ne savait pas vraiment s'il était toujours en vie. La seconde ferme était la propriété d'une vieille femme de soixante-treize ans nommé Édith. Veuve depuis vingt ans déjà, elle assurait seule l'entretien du corps de ferme dont devait hériter son fils à sa mort. Celui-ci avait quitté le foyer familial très tôt pour aller travailler en ville, le commerce d'esclaves étant bien plus rentable que le travail agricole. Fort heureusement, la vieille mère pouvait compter sur l'aide de sa voisine Nora dans les tâches les plus difficiles.

Nora était la propriétaire de la troisième ferme. Bien qu'âgée de seulement trente-et-un ans, la jeune femme était veuve elle aussi. Son mari était mort l'an passé après que son crâne avait heurté une poutre de bois, en pénétrant dans l'une de ses longères en pleine nuit. Le jeune homme s'était éteint après une agonie de trois jours, laissant sa femme seule avec leur nouveau né. Nora et Édith, seules dans leur veuvage, avaient alors noué une solide amitié. La différence d'âge qui séparait les deux femmes ne les empêchait pas de s'accorder mutuellement toute leur confiance, si bien qu'un jour, Nora proposa à sa voisine, au détour d'une conversation, de lui montrer son secret le mieux gardé.


[center][img]http://nsa37.casimages.com/img/2017/06/25/170625042630497237.jpg[/img]
Nora[/center]
« C'est quelque chose que ma famille possède depuis des générations, bien avant que nous soit enseignée la parole de Lucifer. Je peux te jurer que tu n'auras pas l'occasion de voir ça deux fois dans ta vie. »

[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2017/06/25/170625042720221999.png[/img]
Édith[/center]
« Je suis impatiente de voir ce que c'est. »

« Cependant, ce ne sont pas des choses que l'on est censé avoir chez soi. Tu peux me promettre que tu ne diras rien à personne ? »

« Voyons, Nora, tu me connais depuis longtemps. Tu sais très bien que tu peux me faire confiance. »

La jeune femme se sentait mal d'avoir ainsi mis en doute l'honnêteté de son amie. Édith avait toujours été si sympathique avec elle...

« C'est vrai, excuse-moi. »

Nora ouvrit l'un des tiroirs du meuble en bois massif qui était adossé contre le mur de son salon. Après avoir soulevé plusieurs draps pliés, elle en sortit une boîte en métal qu'elle vint poser sur la table à manger.

« C'est à l'intérieur ? »

« Oui. Mais je suis toujours un peu nerveuse lorsqu'il s'agit de l'ouvrir. »

Édith tira la boîte vers elle et souleva son couvercle. L'objet qu'elle contenait était caché par un morceau de tissu léger, dont les plis laissaient cependant deviner la forme de ce qu'il recouvrait. La vieille femme adressa un regard troublé à son amie.

« Serait-ce... ? »

N'osant prononcer le moindre mot, la jeune paysanne avala bruyamment sa salive. D'épaisses gouttes de sueur perlaient sur son front. Sa voisine regarda à nouveau l'intérieur de la boîte, et souleva le morceau de tissu d'un coup de sec. Elle ne put s'empêcher de se lever d'un bond en voyant ce qu'il recouvrait, provoquant la chute de la chaise sur laquelle elle était assise, laquelle s'écroula sur le sol dans un fracas assourdissant.

« Par tous les feux de l'Enfer ! Est-ce... est-ce une croix chrétienne ? Sur laquelle est clouée une idole à l'effigie du Corrupteur ! »

Nora laissa s'échapper quelques larmes.

« Oh ! Pardonne-moi, Édith. Je n'aurais jamais dû d'infliger ça. Mais c'est tout ce qu'il me reste de mon père, tu comprends ? »

« Ton père vénérait le Corrupteur ? »

« Non, bien sûr que non ! Mais il tenait cette croix de son père, lequel la tenait lui-même du sien. Nous n'avons jamais osé la jeter, de peur d'attirer de mauvais esprits sur nous. »

« Range vite cet objet de malheur ! Personne ne doit nous voir avec. »

« Dis-moi, tu ne diras rien à personne, n'est-ce pas ? »

Édith afficha un léger sourire et prit la main de la jeune femme en pleurs.

« Bien sûr que non, voyons. Je suis ton amie et je le resterai. »

Nora, soulagée, sourit à son tour, puis retourna cacher le fardeau familial au fond de son tiroir de bois.[/justify]