Posté : mar. juil. 12, 2016 5:27 pm
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I. EN PÈLERINAGE A LA MECQUE DU SOCIALISME[/center]
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I. EN PÈLERINAGE A LA MECQUE DU SOCIALISME[/center]
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- Me voilà bien arrivé à Novgorod. J'ai beaucoup d'appréhension dans ce voyage, mais après tout il me faut bien aller en Rostovie au moins une fois dans ma vie. C'est grâce au syndicat que j'ai pu organiser ce voyage. Quand ils m'ont demandé si cela avait un rapport avec la politique, j'ai juste esquissé un léger rire moqueur. Se rendre en Rostovie dans un cadre non politique, quand on habite dans un pays socialiste et qu'on est membre du Parti, c'est une vaste blague ! J'ai beaucoup discuté avec les collègues o l'usine, certains se sont foutu de ma gueule en me disant que je ne reviendrai jamais, que je finirai dans un centre de réhabilitation ou pire, endoctriné par NKRD et j'en passe. Ils disent tous ça sous le ton de la rigolade, mais certains doivent le penser réellement. Je leur ai expliqué qu'il ne m'arriverait de toute façon rien, que l'époque de Terienkov était loin derrière et que j'avais hâte de découvrir la Rostovie "Rédemptrice" de mes propres yeux. Me voilà donc avec moi-même, communiste, athée et oustrien, dans le pays du syncrétisme socialiste, de la foi chrétienne et miriste. J'appréhende un peu ce qui va bien pouvoir se passer. Le voyage en train n'a pas été des plus désagréables, malgré les nombreuses fouilles dans mes bagages. Faut croire que depuis les dernières emmerdes avec les séparatistes musulmans, tout le monde est un peu sur les dents niveau sécurité. Comme nous avec l'Aigle Noir en quelque sorte. Mon arrivée à Novgorod, m'a fait une drôle d'impression : Les bâtiments immenses de style kirovien, me donnaient l'impression d'être écrasé sous leur poids. Je devais avoir l'air d'un gros balourd en sortant de la gare en tenant ma carte dans tout les sens, essayant désespérément de savoir où est-ce que je devais aller. J'ai jamais été très bon en orientation, mais dans une ville qui représente quasiment 1/3 de la Fédération, je ne me sens franchement pas à l'aise. Ils ont du me trouver stupide à regarder ma carte, à faire deux pas, à regarder ma carte et me retourner ensuite, pour partir dans l'autre sens. Je ne sais pas combien de temps ça a réellement duré, mais je pouvais entendre que l'on se moquait de moi, très gentiment par ailleurs.
Puis, alors que j'essayais de trouver un point de repère, quelqu'un est venu juste derrière moi. Je l'avais pas entendu le type, il s'est faufilé derrière moi et m'a donné une tape sur l'épaule. J'ai fais un bon sur moi-même et j'en ai lâché ma carte. Quand je me suis retourné en ramassant ma carte, j'ai vu qu'il s'agissait sans doute de la police municipale, sorte de "Militsia" ou quelque chose qui devait s'en rapprocher. Il m'a regardé de la tête au pied et moi j'ai essayé de bafouiller quelques mots en Rostov, histoire d'essayer de pas passer pour un débile. Manque de pot, j'ai rien réussi à faire sortir. Je me suis demandé d'où est-ce qu'il pouvait bien sortir d'ailleurs, sans doute que des personnes avaient du l'appeler en me voyant me battre avec ma carte de la ville. Lui, il continuait de me regarde avec insistance. Sans rien dire, il me fait un geste qui voulait dire quelque chose comme "Donne tes papiers, ou alors tu vas passer un sale quart d'heure". J'esquisse un sourire maladroit et je sors mon passeport en lâchant un petit "Voilà citoyen-milicien", mais ça ne l'a pas vraiment fait rire. J'angoissais réellement et j'avais envie de m'évanouir pour ne être conscient de la suite. Je regardais tout autour de moi, en trépignant d'impatience. Soudain et je ne sais pas quoi, le policier s'est mis à éclater de rire et à gesticuler d'avant en arrière en pointant du doigt la nationalité de mon passeport. J'ai cru qu'il se foutait de ma gueule, du coup j'ai pas su réellement comment réagir et j'ai préféré suivre son regard tellement s'en était gênant. Mais il a insisté, il m'a attrapé par l'épaule et m'a secoué dans tout les sens, me faisant perdre ma carte des mains encore une fois, tout en continuant de rire. Une fois qu'il eut fini de se taper son quart d'heure de fou rire, il me rendit mes papiers et avec un grand sourire, me dit "Mais camarade, il fallait le dire tout de suite que tu étais Oustrien !". Certes, moi je ne vois pas toujours pas ce qu'il y avait de drôle là dedans, mais passons. Le type était tellement sympa qu'il s'est penché pour ramasser ma carte et me l'a rendu. Encore une fois, il m'a saisit par l'épaule "Nous ici, on aime beaucoup l'Oustrie. Il n'y a pas beaucoup de camarades qui viennent nous voir, pourquoi ?". J'savais pas trop quoi lui répondre pour pas le vexer : Terienkov, le NRKD, le puritanisme rostov, sa politique étrangère récente... Mais de toute façon, il faisait la discussion tout seul.
Il m'assaillait de question et moi, je n'arrivai pas prendre le temps de lui répondre. A la question "Tu es au Parti Communiste ?", j'ai fait un hochement positif de la tête et il est devenu subitement sérieux, en m'attrapant les deux bras et en me faisant la bise. Moi, j'étais toujours autant tétanisé. Ils sont aussi fou que lui ici, ou bien c'est moi qui me fait des idées ? Vu qu'il n'a pas répondu, je partais du principe qu'il était lui aussi au "Parti", bien que les kirovistes ne se sont pas fait une bonne pub en ce moment au pays, ainsi qu'au Kirep voisin. Il commence à marcher avec moi, me demande ce que je viens faire, combien de temps je compte rester et si j'ai un endroit où dormir. Il me donne son prénom : Piotr. Je lui répond poliment que je compte reste trois semaines, que je voulais visiter la Rostovie et que j'avais louer un hôtel pour mes premiers jours à Novgorod. Ah et que je m'appelais Lilian. Alors, il m'a mis une grosse tape dans le dos et m'a dit que c'était pas la peine d'aller à l'hôtel, que je serai très bien chez lui. J'ai eu beau essayé de vaguement résisté en lui disant que c'était très aimable, mais ce n'était pas la peine de vouloir résister : Sans le savoir, j'étais déjà un hôte de marque pour lui. Donc, j'ai accepté de bon cœur, même si il me faisait un peu flipper sur les bords. D'ailleurs ça n'a pas traîné des masses cette histoire, moins d'une demi-heure après on était dans sa voiture et on rentrait chez lui. Là encore, il me posait des questions au rythme d'une mitrailleuse : Comment se profile les élections en Oustrie, est-ce que le plan triennal est terminé à temps, est-ce que l'Oustrie pense avoir une chance pour le Mondiale, etc. C'est étonnant de voir qu'il connait plus mon pays, que moi-même et qu'il s'y intéresse. Quand je lui ai demandé pourquoi il s'intéressait autant à l'Oustrie, il ne m'a pas répondu, il m'a juste dit "Vous êtes des camarades, c'est normal" Très peu convainquant pour moi, mais soit. Nous sommes arrivés chez lui et c'était l'image que je m'en faisais : Petite cité avec des blocs d'immeubles, typique des quartiers des pays socialistes, grosso modo comme chez nous. Il habitait au quatrième ne prenait jamais l'ascenseur. Moi je me trimballais sans rien dire toutes mes affaires, souffrant avec peine mais pas mécontent d'être arrivé. Quand nous fûmes arrivés chez lui, l'ambiance changea du tout au tout. L'appartement était calme et sombre en cet fin de journée. Il se déchaussa et je fis de même, laissant mes affaire dans l'entrée.
Quelques pas plus loin, une tête fit son apparition sur la gauche et disparu presque aussitôt. J'étais intrigué et avant que je puisse demander quoi que ce soit, Piotr me dit qu'il s'agissait de sa compagne. Sans doute que j'aurai pu le deviner, mais j'ai préféré faire l'étonné. On fini par entrer dans la pièce non loin sur notre gauche, qui était en fait la cuisine. Là devant moi, se tenait la compagne de Piotr qui me tournait le dos. Ce dernier aligna quelques mots qui se résumèrent à saluer sa compagne poliment, me présenter et dire que je passerai quelques jours ici. Elle fit un demi-tour sur elle même et... wahou. C'est ce que j'ai pensé sur le moment. Elle s'approcha de moi et me fit la bise ainsi qu'à son compagnon, en se présentant d'une petite voix. "Ludmila". Piotr avait bon goût mais par pudeur et vu les mœurs par ici, j'allais m'abstenir de faire une telle sortie. Elle avait un fichu sur la tête et des yeux verts. J'aurai pu me laisser dépérir à juste la regarder, sans aucune arrière-pensée. Piotr me fit signe de me suivre et je m'inclinais légèrement pour décliner mon identité, avant de disparaître avec lui. Nous nous sommes installés sur une table dans la pièce avoisinante. Au mur, il y avait deux portraits : Un de Svetozar Dzerine et un autre de Nina Saratova et il était facile de savoir qui avait accroché quel portrait. En y pensant, cela m'a fait sourire mais en même temps, me fait penser tragiquement que les Rostovs restent coincer entre des figures d'autorités qui ne leur permettront pas d'émancipation radicale. Piotr recommence à me parler, tandis que sa compagne arrive pour servir le dîner. Qu'est-ce qu'elle est belle, bon sang ! J'me dis qu'il faut que j'arrête de la regarder, sinon j'vais vraiment finir dans un perelag au fin fond du pays. Une fois tout le monde servit, j'adresse un "Bon appétit" et me précipite pour prendre ma première cuillère de soupe quand... Piotr tousse bruyamment. Je lève les yeux, la cuillère à quelques centimètres de mes lèvres. A côté de lui, sa compagne était entrain de prier. La guigne, j'ai l'air de quoi moi maintenant ? Piotr s'y met à son tour et moi par mimétisme, je fais pareil. Je ferme les yeux et je les écoute murmurer leurs prières. Je ne suis pas croyant et je ne le serai sans doute jamais, mais je ne peux m'empêcher de trouver cela beau. Je suis presque jaloux à ce moment là, de ne pas être croyant en une entité supérieure. Une fois la prière terminée, nous pouvons commencer à manger. Après Piotr, c'est Ludmila qui me pose pleins de questions sur qui je suis, d'où je viens exactement, qu'est-ce que je pense de la Rostovie. J'essaye de répondre, sans trop faire le type clivant, si déjà je suis invité c'est pas pour retourner la table.
Cependant, les questions deviennent de plus en plus "engagées". Je ne peux pas reculer davantage et je livre le fond de ma pensée. "Je pense que la Rostovie et son peuple ont tort de laisser les nationalistes et les saratoviens de droite fleurter ensemble de la sorte. Cela met en danger le socialisme dans le pays". Piotr approuve d'un hochement de la tête, Ludmila quand à elle, ne dit rien. "Après, peut-être que je me trompe, c'est le Kirep qui fait fausse route et attaque la Rostovie de manière biaisée". Nouveau silence, Piotr ne dit rien tandis que Ludmila me regarde, comme pour savoir si je disais la vérité ou non. "Lilian, est-ce que tu es croyant ?" me lança t-elle. "Non" lui répondis-je, en soutenant son regard. "Approuves-tu les mesures du Kirep contre nos frères et sœurs croyants ?" me lança t-elle. "Non, bien sûr que non !" lançais-je comme pour me défendre sans que je n'ai réellement besoin de le faire. "Alors, tu es quelqu'un de bien" conclut-elle, sans rien dire de plus. Elle se leva de table, et commença à débarrasser sans que je puisse dire quoi que ce soit. C'est une manie dans ce pays d'asséner des trucs et de ne pas pouvoir continuer à discuter dessus ? Mais par politesse, je n'insiste pas. Nous passons le restant de la soirée avec Piotr et Ludmila, à discuter de tout et de rien, de se fâcher sans nous fâcher sur les questions de politiques étrangères. Il commence à se faire tard et il faut penser à aller dormir. Une petite chambre a été préparé pour moi, comme si j'étais un invité de marque. Quelque peu gêné, je remerciais mes hôtes en leur disant que je ne sais pas comment leur retourner toutes ces faveurs. "Ne dis pas ce genre de choses Lilian, n'oublie pas ce qu'à dit le Seigneur à propos du partage" me répondit Piotr en me souriant. Oh bah si c'est le Seigneur qui a dit que le partage c'est cool, tant mieux camarade ! Je les salue tout les deux, avant de refermer la porte derrière et moi, de me changer et de m'allonger dans le lit. Je reste prostré pendant un moment, sans pouvoir dormir. "Alors tu es quelqu'un de bien". Je me répétais cette phrase dans ma tête sans arrêt. Faut-il craindre Dieu et ses croyants pour être un homme décent ? J'étais fatigué de penser à tout ceci et je finis par m'endormir. Des braves gens ces Rostovs, même si on ne se comprendra sans doute jamais.