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Posté : jeu. oct. 05, 2017 4:04 pm
par Zaldora
[justify]La symbolique du cimetière.
Temps présent
[center][img]http://zupimages.net/up/17/40/i07p.png[/img]
Croix tombale dans le pays traditionnel de Sigmandlag.[/center]
Alors que les XVIIIe et XIXe siècles ont profondément modifiée la nature des cimetières en Occident, le Thorval demeura agrippé à ses traditions et resta aux marges des changements qui se produisaient partout ailleurs. Ainsi, les cimetières jouxtaient toujours les églises et s'insinuaient au cœur des villes et des villages. Ils étaient administrés par le clergé et, à l'instar des lieux de culte, faisaient office de terre d'asile dans la mesure où la coutume interdisait formellement de capturer un fugitif réfugié dans l'enceinte du domaine des défunts.
Les morts étaient enveloppés dans un linceul blanc et inhumés au sein d'une fosse, en pleine terre, sans cercueil, ni sarcophage, ni désherbage chimique, ni bétonnage, ni autres formes de maçonnerie. Au niveau de la tête, sur la tombe marquée, était fichée une simple croix de bois ou de pierre. Non individualisée, la tombe restait anonyme et pouvait contenir plusieurs corps. Parce que tous voulait reposer au plus près de l'église ou d'un saint, et que le cimetière ne pouvait s'étendre, chaque nouvelle inhumation donnait lieu à des exhumations, dont les ossements étaient placés au sein de la crypte de l'église ou d'ossuaires bâtis dans l’enceinte du champs funéraire. Ceci était le lot de 99% de la population et seule une infime minorité profitait d'un caveau familial souterrain, d'un gisant ou d'une nécropole à l'intérieur des grandes églises (depuis le XIIe siècle, les rois et les reines reposaient à la Basilique Notre-Dame des Consolations).
Loin d'être un endroit de prières, de recueillement et de silence, le cimetière thorvalois était jovial, convivial et grouillait de vie. S'y tenait des jeux, des danses, des assemblées, des chants, le séchage du linge... le champs funéraire était, après la taverne, le lieu de rencontre et de sociabilité par excellence des vivants ! Mais il y avait davantage : la présence des morts était chez les Thorvalois un désir quasi-anthropologique. Les vivants et les morts se mélangeaient et « cohabitaient » ensemble. Le cimetière était le domaine des ancêtres et des proches, qui réconfortaient les vivants et les confortaient aussi dans leurs actes. La prégnance du système social clanique, donnant une importance particulière au respect des ancêtres, expliquait en partie ces comportements. C'est aussi à cause de l'organisation familiale que la nouvelle pastorale, voulut par l'Église à la fin du douzième siècle et consistant à éloigner les vivants des morts, ne prit guère.[/justify]
Posté : sam. oct. 07, 2017 2:46 pm
par Zaldora
[justify]Réunion d'une Bondeting (2).
23 avril 2034,
Rappel : la Bondeting est une assemblée villageoise traditionnelle existant depuis des temps immémoriaux. Elle permet aux paysans de s'autogouverner (sous la forme d'une réunion de syndics élus par eux) et de voter les lois (le village se rassemble en entier devant l'église et vote à main levée). Nulle autorité n'a de légitimité pour restreindre ses prérogatives, réformer ou supprimer la Bondeting, consacrée par le temps et vivant sur ses propres forces. Les paysans y jouissent d'une grande autonomie et d'une marge de manœuvre qui en ferait pâlir plus d'un, y compris lorsqu'un seigneur ou son représentant y siège.
[center][img]https://zupimages.net/up/19/23/9zb4.png[/img]
État du blé au 30 mai 2034 (à venir donc) à Rævenval.
Certains épis sont encore verts...
Tous se jouera en juin.[/center]
Après une semaine d'assemblée et de discussions, les paysans de Rævenval, paroisse au sud-est des premiers contreforts du pic Sankt-Erland dans le pays de Høderermark, s'étaient réunis sur le parvis de l'église afin de voter à main levée. Le terroir était une plaine où les céréales étaient traditionnellement importantes. Des pauvres et des sans-terres y avaient récemment reçus des terres à cultiver, alors que les censitaires, majoritaires il y a seulement deux ans, se raréfiaient au profit des alleutiers. Høderermark était l'une de ses petites régions à avoir connu de mauvaises moissons l'an dernier et fut sauvée uniquement par la présence d'une polyculture, solidement ancrée.
« Mes chers frères et sœurs, entama le père Ubbe, les subjects du jour sont l'assolement et l'ensemencement des champs !
Qui pense que l'assolement doit estre individuellement confié à chasque famille sur sa parcelle ? Au fond, quelques mains se firent connaître.
Qui pense que l'assolement doit demeurer une question commune, à gestion communautaire ? Une vague se leva, soudainement.
Enfin, qui pense que l'assolement triennal doit être remis en cause ? Personne ? Bien. »
L'église sonna de la cloche, le peuple avait parlé, l'assolement triennal commun avait encore de beaux jours devant lui.
« Puisque le travail de la terre doit demeurer majoritairement commun, patoisa le curé en bas-Høderois,
Qui est pour semer des plantes industrielles, susceptibles d'apporter des richesses au village ? Un bon tiers s’aligna sur cette proposition.
Qui, en revanche, souhaite que l'on conserve une agriculture de subsistance ? Étrangement, les trois-quarts de la foule acquiescèrent. »
La cloche retentit de plus belle, le peuple avait parlé, bien que certains semblaient avoir soutenu les deux propositions, dont l'idiot du village.[/justify]
Posté : lun. oct. 09, 2017 8:40 pm
par Zaldora
[justify]Les choses de la Foi.
Temps présent
[center][img]http://zupimages.net/up/17/41/eb2t.png[/img]
Calvaire situé près de Gamlemark, village de 88 habitants
dans la province de Helligstier.[/center]
Pratique quotidienne : 6% des fidèles (Messe quotidienne, Liturgie des Heures, Prières régulières).
Pratique régulière : 88% des fidèles (Messe dominicale et lors des jours de fête, Liturgie des Heures occasionnelle, Prières régulières).
Pratique occasionnelle : 4% des fidèles (Messe mensuelle et lors des grandes fêtes, rallongement du temps entre chaque Prière).
Pratique saisonnière : 2% des fidèles (Messe uniquement lors des grandes fêtes, croyance moins portée par les convictions que des traditions familiales).
Au Thorval, l'Église catholique était de courant populaire et de Rite Thorvalois.
Le courant populaire provenait du fond des ages et se développa durant toutes les périodes postérieures. Au XVIe siècle, les décisions du Concile de Trente ne furent pas rigoureusement appliquées. On se contenta du strict minimum, empêchant la rupture qui ébranla néanmoins le reste de l'Occident. Au fil des siècles suivants, l'Église catholique de Thorval accepta chaque nouveau dogme et fête religieuse mais conserva toujours les spécificités d'une Foi profondément médiévale, appelée populaire. Celle-ci s'accordait à la rude simplicité des mœurs populaires. Elle donnait une place prépondérante au culte des reliques, à celui des saints et des images saintes. Les processions étaient monnaie-courante, et la Foi matinée de superstitions, de mystique et d'une spiritualité optimiste (la Tristesse/le Pessimisme est le huitième péché). La messe cohabitait avec des créatures fabuleuses (Trolls, Elfes, Nisse...), des sources magiques, des arbres consacrés, des animaux saints, des mystères, des légendes et les pratiques miraculeuses les plus diverses. Constituants essentiels de l'organisation ecclésiastique, en raison du manque de villes, les monastères et les abbayes demeuraient actifs et vivants, tandis que la dévotion au Saint Père se maintenait en dépit de la distance et de son silence récent.
Le Rite thorvalois avait cours au Thorval, au Vonalya et à Phuket. Il servait à célébrer la messe catholique et chaque diocèse disposait d'un « sous-rite » avec ses formes et son calendrier spécifique. Toutefois, en règle générale, le Rite thorvalois connaissait plusieurs particularités par rapport au Rite Tridentin :
- La liturgie utilisait le vieux thorvalois depuis toujours (ainsi que des patois localement). L'exception qui confirmait la règle venait des monastères, où le latin était de rigueur, de même que les rites liés aux exorcismes.
- Reconnu en 994 par la Papauté, le chant vieux-Thorvalois était le chant liturgique de l'Église catholique de Thorval. D'un coté, ses caractéristiques le rapprochaient beaucoup du grégorien (huit modes, type diatonique, mélisme, style psalmodique, style neumatique, mais jamais syllabique). De l'autre, il constituait un chant bel et bien distinct car, à l'image du grégorien, le texte commandait à la mélodie. Aussi, comme le grégorien a spécifiquement été prévu pour le latin, le chant vieux-thorvalois l'a été pour les caractéristiques de la langue thorvaloise (dialectes inclus). Ainsi, ni le grégorien, ni le vieux-thorvalois ne pouvaient être traduit dans un autre vernaculaire sans totalement déstructurer leur nature.
- Le Propre de la Messe de rite thorvalois différait presque complètement (lectures, gestes rituels, toutes les prières exceptées l'Alléluia), tandis que l'Ordinaire était identique au tridentin (Kyrie, Gloria, Credo...). La messe était sinon bel et bien célébrée dos à l'assemblée, avec l'autel situé dans le chœur de l'église, le tabernacle contenant les hosties consacrées, et chœur souvent clos par un Jubé.
- Les calendriers liturgiques différaient eux aussi : les thorvalois comptaient une vingtaine de fêtes de dévotion supplémentaires, principalement dédiées à la Vierge Marie, et une bonne centaine de saints locaux ou régionaux qui ne figuraient pas au calendrier tridentin courant.
- Le Rite thorvalois disposait de prières afin de consacrer un arbre au Christ, à la Vierge, au Saint Esprit, à un Saint. Des prières existaient aussi pour bénir les animaux, qui assistaient à la Messe.[/justify]
Posté : mer. oct. 11, 2017 4:54 pm
par Zaldora
[justify]Justicier pour tous.
3 mai 2034,
[center][img]http://zupimages.net/up/17/41/fng8.png[/img]
Le seigneur Rolf avant la guerre.[/center]
Durant de longs mois, le seigneur Rolf Hilleving était resté en son manoir afin de reprendre des forces après une courte guerre privée contre son rival, le seigneur Floki Eilifing. La campagne fut couronnée de succès et avait permit de rattacher le bois Sankt-Mikkel à l'arrière-fief, ainsi que plusieurs parcelles emblavées de la Réserve adverse, 40 tønde land au total. Le soir de la victoire, tout le clan s'était réjouit sauf Rolf, qui avait reçu une profonde entaille au visage et un puissant destrier sur la jambe. L'horrible coupure débutait en haut du front et courait jusqu'au menton, en bordant le nez. Quant à son autre stigmate, il le faisait terriblement souffrir. Le chef sembla sombrer dans la mélancolie et son regard parut, les jours suivants, si morne et tragique qu'on crut le voir bientôt mourir de tristesse. Sa goda (épouse, mère de famille) décida de rester à son chevet et de s'occuper attentivement de lui. Elle le réconforta et s'évertua à dissiper les ténèbres de son âme, si bien que Rolf retrouva la joie de vivre, et se dit que ses épreuves venaient de Dieu afin de le rendre meilleur et plus juste. Aujourd'hui, le hobereau chevelu jugeait une affaire de basse justice depuis la « grand'salle » de son logis. Le procès concernait des dégâts causés sur une sole de pois, appartenant au village d'Alsborg. L'instruction avait été menée conformément à la procédure accusatoire et le juge rendait désormais son verdict.
« Tu es une Créature de Dieu, je te respecte.
Mais tu as détruit les pois de mes genz et les prives du fruit de leur travail.
La terre t'a toutefois été donnée comme à eux, tu dois pouvoir vivre.
La loi du fort est inique et je n'appliquerais non plus la loi du talion contre toi.
Je te montrerai tes torts, j’implorerai la divine miséricorde, et t'indiquerais un lieu où subsister.
Et si tu persistes dans tes méfaits, l'Église, croit-moi, t'excommuniera. As-tu compris ? »
L'avocat regarda sa cliente qui resta muette et silencieuse de longues minutes.
« Meeeeuuuuuuuuh. »
Satisfait, Rolf demanda que l'on conduise la vache, Adda, jusqu'au pré communal.
Le seigneur n'avait ici pas perdu les boules, il était parfaitement lucide. Les procès intentés contre les animaux étaient ancrés dans les mœurs et plutôt courants au Thorval. Les bêtes n'y étaient pas perçues comme des meubles ou des machines mais des êtres conscients et responsables, qui priaient Dieu et qui étaient influencés par les saints. Les paysans étaient nombreux à vouer leurs cochons à Saint-Antoine et les animaux des bois (chevreuil, cerf,...) à s'être approchés de Saint Blasius pour se faire bénir. Les gens n'étaient pas fous mais simplement conséquents avec l'éminent statut donné aux animaux.[/justify]
Posté : mar. oct. 17, 2017 3:15 pm
par Zaldora
[justify]Réunion d'une Bondeting (3).
21 mai 2034,
Rappel : la Bondeting est une assemblée villageoise traditionnelle existant depuis des temps immémoriaux. Elle permet aux paysans de s'autogouverner (sous la forme d'une réunion de syndics élus par eux) et de voter les lois (le village se rassemble en entier devant l'église et vote à main levée). Nulle autorité n'a de légitimité pour restreindre ses prérogatives, réformer ou supprimer la Bondeting, consacrée par le temps et vivant sur ses propres forces. Les paysans y jouissent d'une grande autonomie et d'une marge de manœuvre qui en ferait pâlir plus d'un, y compris lorsqu'un seigneur ou son représentant y siège.
[center][img]http://zupimages.net/up/17/42/ehv9.png[/img]
Étant non loin de la frontière, Sainte Synnøve reçu, au XVIIe siècle, le privilège de bâtir
une palissade afin de se protéger de l'incursion des germains.
Photo : les confins sud-ouest du village.[/center]
Au cours des dernières semaines, la Bondeting de Sainte Synnøve, paroisse issue des défrichements du Søndermandland au XVIIe siècle, avait principalement jaboter à propos de l'école. Les mères, plus que les pères, tenaient à ce que leur progéniture, filles ou garçons, reçoivent une instruction élémentaire. A 14 ans, celles et ceux qui en avaient le caractère pouvaient se lancer dans des études intellectuelles en rejoignant une Université ou une École-Abbatiale. Les autres iraient vers les métiers de la terre ou de l'artisanat rural, ce qui, pour les mentalités locales, étaient autant méritoires que l'enseignement supérieur. Comme de coutumes, paysans et paysannes se rassemblèrent, après la messe dominicale, afin de voter, au milieu du bêlement des chèvres, du caquètement des poules et des clapotis de la rivière.
« Bon peuple chrétien, lança le père Ivar, les votations sont centrées sur l'éducation. Allons y :
Qui pense que le village doit céder à la province ses coustumières prérogatives sur la nomination de l'écolâtre ? Il n'y eut pas foule.
Qui pense que choisir librement l'écolâtre est un droit coutumier inaliénable de Sainte Synnøve ? Fièrement, une mer de mains se leva. »
L'église sonna de la cloche, le peuple avait parlé, les gens refusaient tout type de centralisation : quelle soit royale ou seigneuriale, etc.
« L'instruction revêt une importance primordiale pour le bon peuple catholique de nostre paroisse, annonça le curé, ce n'est pas partout ainsi !
Qui est pour rendre l'école obligatoire sous peine d'amende ? La proposition eu les voix de quelque uns.
Qui préfère le statu quo, qui offre le libre-choix aux parents ? La foule préféra unanimement ses libertés à la contrainte. »
L'église sonna de la cloche, le peuple avait parlé, les parents n'avaient pas besoin que la loi les y obligent pour comprendre la nécessité d'une instruction des enfants.
« Si vous pensez que le frère Bjørn est un bon écolâtre, dites "IL EST DIGNE", sinon "INDIGNE". »
IL EST DIGNE ! IL EST DIGNE ! IL EST DIGNE ! »
La cloche retentit, le peuple avait parlé, le frère Bjørn était reconduit comme écolâtre pour les trois années à venir.[/justify]
Posté : mer. oct. 18, 2017 12:13 pm
par Zaldora
[justify]Document universitaire (2).
23 mai 2034,
Étude sur les langues réalisée par l'Université, remise en main propre à Sa Majesté, avec les conclusions des chercheurs :
« Le Jensgårdois jouit, pour des raisons politiques, du statut de langue commune ou de Thorvalois standard depuis 1997. C'est lui qui sert de langue véhiculaire entre les provinces, les villes, les pays, les villages et les vallées. Dû en partie à l'extrême effritement de l'ordre, les dialectes thorvalois connurent une vie séparée, bien que tous tirent leurs racines profondes du vieux-norrois, et en possèdent encore bien des caractéristiques. Nous en trouvâmes sept cent quatre-vingt dix-sept qui témoignent d'un vocabulaire, d'une structure, d'une prononciation et d'une grammaire qui leur sont propres. Ces diverses idiomes comptent en elles un nombre infini de patois, nous en rencontrâmes plus de trois mille (et en avons peut-être manqué). Devant de tels exemples d'évolutions autonomes et de particularismes foisonnant, l'intercompréhension entre les différents dialectes est faible voir presque nul, d'où l'utilité de l'apprentissage général du Jensgårdois afin que les paroisses puissent communiquer entre-elles sans contresens, quiproquos, qui peuvent être source de conflits !
La province la moins divisée, linguistiquement parlant, est le duché de Skovegård qui ne connait que trois variations dialectales : le Nord-Skovegårdais, le Skovegårdais-des-Lacs et le Skovegårdais Oriental. Toutefois, ces derniers subissent, comme ailleurs, nombres de sous-variations, aux environs de cent-cinquante. A l'extrême inverse, le duché de Tresletterne rencontre autant de dialectes qu'il n'a de pays traditionnels (soixante-dix).
Vos peuples tiennent particulièrement à leurs langues et à leurs parlers. Le Grønsigois, le Tybo, l'Ottarfolkais, le Hjedsois, l'Arndlagais, le Lothlandetois, le Nyagerois etc sont autant de langues parlées et développées naturellement par vos sujets, selon les conditions de leur terroir et des traditions inhérentes. Vostre devoir, Majesté, est de protéger ces richesses linguistiques contre ceux qui voudraient imposer le Jensgårdois comme l'unique « bonne langue » au Thorval. Et vostre protection doit également inclure le Brakane et le Taunais qui, en dépit des influences subies, ne tirent pas leurs origines du vieux-norrois. Une uniformisation linguistique serait, en règle générale, un acte contre-nature d'une extrême violence, à éviter pour l'éternité. Nous savons, Marie, que vous le comprenez mieux que n'importe quel roi, président, premier ministre ou despote, car vostre langue natale, d'utilisation quotidienne, n'est-elle pas le Teitrlandais, voir le bas-Tjømais, plutôt que le Jensgårdois ? Le Thorvalois-standard a ses mérites, il est la langue des intellectuels et des littéraires, en plus d'être la langue-toit unifiant un tant soi peu vos peuples. Le danger ne vient pas de l'extérieur, mais réside au cœur du royaume : l'impérialisme culturel de Jensgård, auquel vous devez veiller et, au besoin, briser les reins.
Genèse, chapitre 11 versets 1-9.
[right]Frederik Martinsen[/right] »[/justify]
Posté : sam. oct. 21, 2017 9:39 pm
par Zaldora
[justify]Les courants de pensées.
A ce jour,
Les Bondeting (assemblées villageoises traditionnelles), les Borgerligting (assemblées bourgeoises traditionnelles) et les Lavting (assemblées provinciales traditionnelles) sont constituées des différents courants de pensée qui parsèment la société thorvaloise dans son ensemble. La présence des uns et des autres varie de province à province, de village à village. Une pensée peut être très présente au sein d'un pays, et totalement anonyme dans la contrée voisine.
Au mois de juin 2034, la force globale des divers courants est comme suit :
Den Legitimister (absolutisme royal)
% de la population convergeant vers ces idées : 5,0 % (en baisse)
Den Nutidige (parlementarisme, libéralisme économique, aile plus sociale)
% de la population convergeant vers ces idées : 1,1 % (stabilité)
Den Libertarianere (socialisme utopique non-scientifique)
% de la population convergeant vers ces idées : 5,0 % (en baisse)
Den Ædle (défense de la féodalité)
% de la population convergeant vers ces idées : 0,1 % (stabilité)
Den Bonderne (agrarisme, monde paysan, traditions)
% de la population convergeant vers ces idées : 36,1 % (en hausse)
Den Ætten (ordre clanique, traditions)
% de la population convergeant vers ces idées : 20,4 % (en baisse)
Den Selvstændige (a-idéologique ; défense d'intérêts communautaires)
% de la population convergeant vers ces idées : 32,3 % (en hausse)[/justify]
Posté : mar. oct. 24, 2017 4:42 pm
par Zaldora
[justify]Deposuit potentes de sede et exaltavit humiles.
12 juin 2034,
Les moissons poignaient à l'horizon. Dans quelques semaines, les champs d'Or allaient être investis par des armées de paysans pour un dur et long labeur. L'été était traditionnellement un temps de paix et de stabilité car les clans étaient alors trop occupés pour se battre. Bientôt, la majorité fera des étendues de blés sa maison, tandis que femmes prendront quartiers dans les cabanes d'estive après avoir conduit le bétail vers les sapinières d'altitudes, jusqu'aux alpages. Rien, pas même une conflagration mondiale, ne pouvait détourner l'attention du Thorval de cette période cruciale de l'année.
Marie avait plus que jamais les traits d'une reine paysanne. Ayant vécue toute sa courte vie à la campagne, au milieu des paysans du clan et du domaine, elle en avait logiquement reçu la mentalité, les caractères, les croyances, les traditions et même certaines manières. Au moment de s'occuper personnellement de ses terres, c'était à des tâches agricoles que la jeune dame veillait ou s'adonnait. Sa vision de l'existence était rurale, du bourg la suzeraine ne connaissait que très peu. Pour autant, elle n'en haïssait pas la ville. A dire vrai, la reine était d'esprit éminemment simple et ses choix ne répondaient ni à une théorie, ni un idéal, mais plus prosaïquement à ce que lui dictait sa foi et son cœur. Elle prit les récentes critiques avec recul et ne se choqua pas de la rumeur qui la disait fille d'une sorcière. Les hommes de clan ne l'entendirent toutefois pas de cette oreille et plusieurs frémirent à l'idée de la venger avec éclat. Marie ne les retint (temporairement ?) qu'avec des trésors de diplomatie mais aussi de douceur afin de les apaiser.
Aujourd'hui, la suzeraine avait voyagé jusqu'à Jensgård, où elle rendait mensuellement visite aux Fils et aux Filles de la Charité dont la vocation était de prendre soin des aveugles errant dans le bourg et les faubourgs. L'intérieur du couvent n'était pas recommandable, malgré son architecture : la misère y côtoyait la saleté et toute sorte de maladies. Cela n'empêchait pas la reine d'y venir régulièrement et d'y rester des journées entières à changer des draps, aider à cautériser des plaies, laver les pauvres, les nourrir, etc. Marie filait vers le réfectoire sous les voûtes d'ogives gothiques. Là, des dizaines de sœurs donnaient à manger aux aveugles, la reine alla se poser à coté de Sigurd, un pauvre vieux bossu, au visage marqué par le temps et les cheveux grisonnants.
« Marie, tu m'es revenue, dit-il en lui palpant le visage.
– Bonjour Sigurd, répondit-elle en lui baisant le front.
– Oh, et que Dieu bénisse ton prochain rejeton ! ajouta joyeusement Sigurd en lui palpant le ventre.
– Merci, sourit Sa Majesté, que le Très-Haut te guérisse ! » pria-t-elle en touchant les yeux morts du miséreux.
Sigurd n'avait pas idée de l'identité de sa bonne amie, pas plus que ne savaient le reste des hères présents ou la grande majorité des Fils et des Filles de la Charité, à l'exception de la Mère supérieure Ingrid. Marie émietta une miche de pain dans l’écuelle (pleine de grøntsuppe, une soupe aux légumes) de son ami pauvre et lui donna la becquée dans la bonne humeur des retrouvailles.[/justify]
Posté : jeu. oct. 26, 2017 12:36 pm
par Zaldora
[justify]Vie universitaire (1).
16 juin 2034,
[center][img]http://zupimages.net/up/17/43/24nk.png[/img]
Le hall Saint Olaf, salle de lecture de l'Université de Valborg.
Équipé de lampes à huiles sur les tables et près des bibliothèques.[/center]
Lectio du Professeur Josef devant les bacheliers (étudiants) en droit coutumier, à propos des coutumes fondamentales du royaume. Le cour se déroule à l'Université de Valborg.
« Les coutumes fondamentales du royaume sont les lois orales qui énoncent les principes et organisent les institutions royales. Les nations influencées par le droigt et l'esprit céruléens parlent plutôt de Constitution, un ensemble de documents écrits noir sur blanc. Si, là-bas, modifier le texte primordial demeure possible et légitime sous certaines conditions, il n'en va pas de mesme en pays coutumier où le législateur se trouve par essence impuissant face aux coutumes, à plus forte raison lorsque celles-ci sont au fondement de l'ordre politique. Les coutumes fondamentales du royaume se sont formées au cours de l'histoire, selon les évènements qui se présentaient aux hommes, par expériences et tâtonnements. Regardons les de plus près, voulez-vous :
Droigt d'ainesse : le premier né hérite, les puinés non. Ce principe remonte au IVe siècle après J.C, lorsque apparurent les premières mentions d'un roy de Thorval. Il ne devint réel qu'en 1289 A.D avec l'hérédité du trône par primogéniture. Précédemment, la succession d'un fils ou d'une fille devait au préalable être autorisée par la Højting, la haute assemblée traditionnelle des clans. Le Droigt d'ainesse est-il néanmoins absolu ? Non, à cause d'un autre principe au sujet duquel nous reviendrons plus tard.
La Couronne saisit le vif : l'héritier succède sans atermoiement à son père ou à sa mère. Se dérober n'est pas autorisé, et mesme punit de décollement. La règle remonte à l'époque de l'hérédité du trône.
Mon clan et mon droigt : l'autorité des chefs et des cheftaines, ainsi que les libertés claniques, sont inaliénables. Apparu en 1314-1315 A.D en réponse à la couronne héréditaire, ce principe protège par exemple le droigt à la vengeance. Eh oui, la justice privée fait partie des lois fondamentales intouchables !
Un terroir, une loy : les libertés des provinces et des pays traditionnels sont inaliénables, y toucher relève du crime politique. La règle voit le jour au XVIIe et interdit tout centralisme.
Suzerain chrestien : le roy ou la reyne est catholique, doit donner l'exemple en Foi, régner avec justice et mansuétude, ainsi qu'adhérer à l'alliance du trône et de l'autel, deux entités distinctes mais liées. Le principe apparait au VIIe siècle, en mesme temps que le sacre et l'idéal du roy chrestien.
Tous les chemins mènent à Pierre : le roi ou la reyne regarde vers le tombeau de Pierre. L'enseignement de l'Église surpasse les autres et dans la lutte du Pape et de l'Empereur, nous choisissons le Pape. Une éthique de conduite qui nait lors de la querelle des Investitures opposant le monde germanique et la Papauté (XI et XIIe siècles).
Guerrier chrétien : le roi est chevalier et s'impose le respect du code de la chevalerie ; la reyne est une skjaldmø (femme combattante) qui adopte une éthique chevaleresque adaptée à sa féminité. La coutume date du XIe siècle, époque où se forma la chevalerie thorvaloise.
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Préférence mâle : le garçon, fut-il puiné, a la priorité sur sa ou ses sœurs. C'est le principe dont nous parlions en début de lectio, il est venu s'ajouter aux coutumes fondamentales en 1326-1327 lors de la querelle de succession avec le monde germanique, où la couronne faillit partir à l'étranger via le mariage de Marie, sœur ainée du roi Jens VII. Nous mettons la Préférence mâle à l'écart car elle tombe aujourd'hui dans l'oubli et ne s'applique plus depuis le XIXe siècle, époque où la Dytolie connut un reflux des royaumes, alors que le droit féodal y avait déjà disparu depuis la renaissance... sauf au Thorval ! »[/justify]
Posté : ven. oct. 27, 2017 3:25 pm
par Zaldora
[justify]Fête de la Saint-Jean.
24 juin 2034,
[center][img]http://zupimages.net/up/17/43/scwk.png[/img]
Un feu à effigie de sorcière dans le Tresletterne (2034).[/center]
La Saint-Jean, appelée Sankthans en thorvalois standard, fait partie des fêtes les plus importantes de l'année. On célèbre trois messes pour l'occasion : celle de la veille, celle de la nuit et celle du jour, qui symbolise une sorte d'apothéose. La Saint-Jean est aussi précédée d'un court jeûne dont les caractéristiques sont laissées au bon soin de chaque paroisse.
A coté de la liturgie se déroulent les traditionnels et célèbres Feux de la Saint-Jean, ainsi que diverses autres pratiques propres aux croyances des provinces historiques. Dans l'ensemble, la journée se caractérise par des chants et des rondes populaires autour des buchés, rythmés par des notes de flutes, de lure, de harpe nordique/lyre, de tambour et de vièle. L'ambiance est à la joie face au retour de l'été et aux moissons prochaines, attendus et espérés de longues dates, surtout par les peuples des campagnes (ultra-majoritaires au Thorval). Néanmoins, à la Sankthans, il y a aussi de la magie dans l'air et des superstitions tout autour des hommes.
Dans la province de Skovegård, la nuit de la Saint-Jean est l'occasion pour les médecins et les guérisseuses de récolter des herbes et des fleurs dont les propriétés médicinales sont améliorées, incomparablement plus puissantes qu'à l'accoutumé. Une coutume semblable a lieu dans la ville et les villages de Skjalmland où les filles amoureuses accrochent une herbe de la Saint-Jean au plafond pour prédire l'avenir, notamment concernant les intentions du « prince charmant ». Durant la récolte des fleurs, les femmes doivent également veiller à ne pas être piqués par un ver luisant au risque de tomber enceintes d'un monstre, le lendemain. Pratiquée au sein des villages de la baronnie de Flodland, une autre tradition liée aux herbes de la Saint-Jean, décidément bien vénérées, consiste à les tresser ensemble et à les accrocher à la porte afin de faire fuir les sorcières.
Au sein des pays montagneux de la province de Lysebjerg, la tradition veut que la Saint Jean soit le moment pour les clans de se rendre au chevet des arbres consacrés afin d'y accrocher des bouquets de fleurs, cueillies et tressées la veille, ainsi que de danser autour, pour obtenir, selon l'endroit, l'intercession d'un saint ou les grâces du Christ lui-même. Parfois, l'arbre consacré est remplacé par l'arbre de Mai. Attachée à la croyance que les Grâces surabondent à la Saint-Jean, un usage extrêmement populaire dans les terroirs du Tårnlund veut que l'on se baigne plusieurs heures dans les sources et les rivières magiques dont les pouvoirs guérisseurs sont décuplés à cette période de l'année. Celles-ci guérissent non seulement leurs maux et leurs maladies, mais purifient aussi les hommes de leurs péchés et agit comme exorcisme sur les objets infestés.
Les pays des provinces de Engegaard et de Gamlemunke ont une tradition johannique commune, bien à eux, que le monde étranger trouverait très... obscurantiste. Cette dernière consiste à attacher des morceaux de paille à des badines, de les enflammer, et de courir avec ces torches dans les champs en criant « Feu ! Feu ! Feu ! » afin d'effrayer les sorcières et les trolls. Les courses donnent lieu à des gestes, des signes et des scènes autant burlesques que paganisant.
Les terroirs de Taungård et de Brakanland partagent au moins une tradition semblable quant à la célébration de la Saint-Jean. Celle-ci veut que des femmes couronnées de fleurs soient poursuivies dans les bois, puis rattrapées par les hommes. Face à face, homme et femme s’entonnent des chants rituels avant que la femme ne jette sa couronne dans un étang ou un lac proche. L'homme saute à l'eau et repêche l'objet fleuri.
Enfin, il y a les célèbres buchés à effigies de sorcière (voir photo), pratiqués à de nombreux endroits du royaume, mais particulièrement apprécies dans le Duché de Tresletterne. La « cérémonie » permet de renvoyer les sorcières vers les pays montagneux, sur les vallées du Skarstind en particulier (province de Fårbjerg), connu pour être l'antre et un lieu majeur de rassemblement des sorcières de Nord-Dytolie.[/justify]