L'Occupation, 2024
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Mini-série de 6 fois 1h.
1790, les Fiémançais du Général Rogereau sont battus à Financourt, à 25 lieues d'Opemont. Les Alliés prennent la route de la capitale. Sur leur chemin, les bourgs s'ouvrent sans résistance à leur entrée dans un triomphe silencieux contre qui plus personne ne s'oppose. L'armée fiémançaise est réduite à néant, des bandes de conscrits hagards et des réguliers en fuite se répandent dans toutes les campagnes du pays, les traversant en pillant une dernière fois. Le petit peuple accueille les Alliés avec délivrance, après dix années de guerres terribles qui ont mis à feu et à sang l'Alméra. Les princes étrangers défilent face à la cathédrale Notre-Dame, leurs troupes se livrent à la débauche dans la capitale même autant qu'ils mettent le feu dans les villages de la province.
La République est reniée, partout, descendue et foulée aux pieds, mais le retour d'une dynastie nationale n'est pas envisageable, les Alliés choisissent la proposition du Duc d'Orthen : "nous disséquerons la Fiémance".
Dans ses campagnes où les habitants se considèrent avant tout comme paysans, c'est un combat pour la survie face à l'occupant et ses conditions, davantage que pour la pérennité du pays qui se livre.
Cette série invite le spectateur dans le quotidien de familles fiémançaises d'origines diverses, en divers lieux du pays, durant les 7 ans d'occupation et sous les régimes nouveaux nés de la défaite.
Si certains font le choix d'une entente cordiale avec l'ennemi installé en force dans le pays, d'autres se résignent à une résistance téméraire dans l'espoir conservé des années de grandeur de la République en triomphe. Pour le pays, allégorie des idées neuves de liberté et de possession du sol, des jeunes prennent le chemin des bois et des maquis malgré la présence ennemi, les conduisant à perpétrer des actions d'honneur dont toute la communauté finit par pâtir.
D'autres se résignent à vivre avec l'occupant, et même jusque dans son lit, ce qui pousse certains villages à se rebeller ouvertement et à subir la vengeance féroce de l'adversaire.
Qu'importent leurs choix, l'ennemi est là et y demeure. Les habitants n'ont plus que leurs regrets comme échappatoire à la réalité, comme bois sec à offrir au feu de leur espérance en l'avenir.
Claude Pontalas a longtemps hésité entre un format d'1h30 en film et le plan d'une série plus longue en différentes parties. L'avantage du choix de la mini-série a été de permettre des plans plus artistiques, une lenteur bienvenue sur de nombreuses prises de vues agraires, villageoises, d'un naturalisme allant jusqu'à filmer plusieurs minutes durant le café que prennent les officiers thorvaliens à leur terrasse, pour ne citer qu'un exemple parmi les nombreux tableaux sans paroles que propose le réalisateur.
"Il n'y a pas de personnage principal, celui-là étant la Fiémance. Je n'ai pas fait une oeuvre héroïque ou hagiographique, bien qu'il y eût matière. Il s'agit d'une poésie lumineuse sur une époque sombre, qui fait un certain travail sur l'esthétique de la souffrance."
Cinéma - Société du Film Fiémançais
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Arios
Des griffes de la nuit, 2024
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6h15. Film en trois parties de Grégoire Cardon.
Tout commence en 1367, errant de ferme en ferme pour demander sa soupe, Jesper ne rencontre qu'un Thorval dévasté par la peste terrible qui a tué, un peu partout, prés de la moitié de la population, parfois certains villages dans leur entier. Originaire lui-même d'une région qu'il a dû fuir pour éviter la maladie tant celle-ci faisait rage, Jesper a eu la chance de ne pas connaître la rage de certains purificateurs sur son chemin, qui cherchaient des responsables à châtier pour cette grande catastrophe.
Jesper était serf autrefois, il ne lui restait que sa mère vieillarde qu'il s'est résigné à abandonné, une fois que ses quatre frères furent emportés tour à tour par la peste.
Depuis 3 ans sur les routes, il a constaté que tous dans le pays avaient été frappés avec la même force. Depuis un an, plus personne ne semble avoir succombé à la maladie, et l'espérance reprend dans toute la campagne, même si la peur des étrangers est encore très forte.
Jesper arrive un jour à un village, prés de marécages infestés où vit un vieux couple qui n'a plus la force de travailler la terre dans de telles conditions. Pragmatiques sur la santé du jeune homme, ils l'acceptent comme ouvrier à leurs côtés.
Travaillant difficilement des parcelles laissées à l'abandon depuis plusieurs années, fortifiant les parois des quelques marres où le poisson peut vivre, Jesper gagne maintenant son pain à la sueur du front, sur la ferme agrandie par les morts du village et comptant désormais 4 hectares.
La pression seigneuriale revient et Poul, le fils de Jesper et Maria une enfant du village, doit travailler péniblement les 3 hectares de la famille pour payer ce qu'il doit au propriétaire du sol, le Sieur Erik. Ses jeunes enfants, Inger et Jesper, sont encore trop jeunes pour lui être d'aucun secours. Il doit se résoudre à vendre l'usufruit d'un de ses hectare au fils de l'autre fermier d'importance du village, et des temps aussi durs que ceux d'avant la grande maladie recommencent.
Jesper est un fermier entreprenant sur les 2 hectares dont il possède l'usufruit, le petit-fils du Sieur Erik, Sieur Jan, est plus tolérant avec ses paysans et leur laisse beaucoup d'initiatives alors qu'il se désintéresse lui-même de ses affaires. Tous les soirs, le petit-fils de l'ancien vagabond contemple ses quatre champs avec beaucoup de fierté et un seul rêve : celui d'acheter un cheval, pour remplacer la vache malade qui lui sert d'animal de trait, au détriment du lait qu'elle peut donner. Son épouse, Hanne, attend en plus un enfant.
Ole, issu d'une fratrie de 14 enfants dont 8 ont été emportés par la fragilité infantile, enterre sa mère Hanne dans le cimetière de l'église et reçoit les condoléances de la communauté. Sur une mode venue du sud, des femmes ont été embauchées pour pleurer le cadavre en terre de la pauvre fermière, qui s'est éreinté jusqu'à la fin pour assurer à ses enfants survivant une fortune suffisante. Avec ses 2 chevaux et les 6 hectares que Ole exploite, sa place est importante dans le village, mais comme la plupart il ne possède pas sa terre et peut risqué d'en être chassé à tous moments par le seigneur. Par ailleurs, ses 5 frères et sœurs réclament une part de l'héritage, même celle minime que peut leur accorder la coutume. Ole doit vendre un cheval pour conserver l'exploitation de 4 hectares. Sur un des quatre, il se voit forcé d'accueillir un couple de métayers, Martin et Birthe, sur ordre du fermier général de la seigneurie.
Ole est désormais un vieillard et il ne peut plus donner que des conseils à son fils unique Jesper quant à la tenue de la terre. Comme beaucoup, la famille Jespersen s'est convertie au métayage, qui permet de ne donner au propriétaire uniquement la moitié de ses gains et donc de passer les mauvaises années avec beaucoup moins de difficulté. Mais le fils handicapé à une jambe qu'il a eu avec sa femme Birthe, veuve de Martin, est mauvais à la culture et manque de force autant que d'esprit. Ole voit la fin de l'exploitation arrachée jadis des griffes de la nuit médiévale par l'ancêtre. Le jeune Jesper meurt un matin de novembre d'une crise cardiaque en glissant dans l'eau froide du nouveau canal. Ole est noyé par son désespoir. Il consent par accueillir son neveu et sa nièce, et cède le terrain ainsi au fils de son frère.
Poul et Else ont fait fructifié les biens de l'oncle qui a fini par décéder, avec la maigre consolation que le bien reste dans la famille Jespersen. La métairie fait désormais 4 hectares et Poul a acquis une nouvelle paire de chevaux. Il est parmi les métayers les plus riches du canton, ou tout du moins les gens l'imaginent et cela crée des jalousies. Un soir de fête où Poul a quitté la halle pour aller coucher son maigre troupeau de brebis, Else est prise à parti par des soldats puis violée avant d'être jetée dans le canal. Certains ont fait semblant de ne pas se rendre compte qu'Else était en danger, par jalousie pour la riche métayère. Poul est affligé de solitude et par honneur, organise une rébellion avec d'autres hommes du village. Plus aucun soldat du royaume ne peut entrer dans le village pendant prés de trois ans, mais des dragons viennent écraser la rumeur et en accord avec la seigneurie, Poul est chassé de la métairie. Il vit désormais dans l'enfoncement d'un talus, creusé au milieu des racines et de la terre, avec la jeune Lene, fille d'une putain et dit-on du curé. Elle n'a que 15 ans mais tient compagnie et comble le manque au vieux Poul. Volant des œufs, pêchant, ils parviennent à survivre. Lene tombe enceinte. Le vieux Poul prend le risque de revenir sur l'ancienne propriété pour y chercher le magot. Il est demeuré intact, inconnu des nouveaux métayers. Lene parvient à acheter un arpent à un fermier, le jeune Olaf, se prenant de pitié.
Il recueille Poul et Lene, mais veut bientôt coucher avec Lene, et Poul ne peut que les laisser faire.
Ole est l'aîné et c'est à lui que doit revenir la majeure partie de la ferme. Mais ses frères et sœurs lui rappellent à loisir qu'il n'est qu'un bâtard, et non pas le fils du vieil Olaf, qu'on vient de mettre dans son caveau aux côtés de la Lene. On veut bien laisser à Ole le petit arpent de sa mère, ce qui lui donne tout juste de quoi faire un peu de céréales et encore, deux années sur trois. Le notaire du seigneur finit par concéder à Ole les animaux de traits en plus de son arpent, ses frères et sœurs se partageant la ferme. Ole vient désormais davantage du braconnage et que sa maigre terre. Il épouse la fille d'un manouvrier venu d'un village voisin et travaillant sur le château, seul parti à accepter la main d'un bâtard on ne peut plus pauvre.
Jesper et Ole le jeune ne peuvent pas rester tous deux sur l'arpent. À l'âge de 17 ans, Jesper décide de partir pour le nouveau-monde, depuis qu'un gendarme en a fait la publicité à la taverne. Ole le jeune reste donc seul sur la propriété d'un demi-hectare avec son père Ole dont les talents pour la chasse commencent à faiblir, et sa mère obligée de se prostituer pour gagner la nourriture du foyer.
Ole le jeune s'occupe de l'arpent familial tout en travaillant comme ouvrier aux bonnes saisons sur d'autres propriétés. Son travail d'ouvrier agricole lui permet de gagner un argent qu'il ne doit pas reverser à la seigneurie, contrairement à celui qu'il gagne en vendant son blé chaque année. Mais sa terre livre de moins en moins, il a bientôt 30 ans et n'a toujours aucune femme. Son seul espoir réside dans l'acquisition de quelques bêtes pour fumer le sol légué par son pauvre père.
A 40 ans, Jans est un berger respecté parmi la communauté villageoise. Sa mère Hanne avait épousé l'ouvrier Ole Jespersen, éplorée de la mort de son promis à la guerre, et apporté plus d'un arpent au ménage. Sur son hectare, Jans s'assure un foin de qualité pour passer les hiver rudes, tandis que les communaux profitent à son troupeau le reste de l'année comme à celui des autres. Jans n'a pas eu de femme ni d'enfant, et voyant ses vieux jours arrivés, doit se plier à une idée désagréable : il épousera une vieille femme. Les veuves ne manquent pas, et il trouve en Inge Olafsen un parti respectable. Elle n'apporte rien à son ménage, sinon de la chaleur, ayant déjà cédé les parts à ses enfants. Jans arrive presque heureux à ses 50 ans, malgré les guerres ravageant le pays avec des troupes protestantes, il lui paraît aimer désormais pleinement sa femme à peine plus âgée que lui. Un seul mal le ronge : il aimerait un enfant bien à lui. La vieille Inge comprend et embauche une servante pour garder les brebis. Jans, découragé de ne pas trouver les mots, décide de la prendre par la force un matin de mai sur la pièce du haut.
Tout le monde s'accorde pour dire que Jesper a un pied-bot par le seul fait que son père était trop vieux et sa mère trop jeune, d'autres assurent que c'était car l'amour n'y était pas. Dans tous les cas, le pauvre débile a dû enterrer sa mère trop jeune, morte en couches à l'âge de 21 ans, 2 ans à peine après son mariage avec Jans, le second mari de la vieille Olafsen qui s'est jeté dans le canal.
Seulement, loin d'être débile de l'esprit, Jesper sait qu'avec l'argent que son père lui laisse, fait au long des années sur la laine, le fromage et la viande de son troupeau, il n'aura pas de difficultés à rencontrer une fille. Il se marie en effet en février de l'année d'après, au milieu d'autres jeunes couples, avec Maria Petersen, et surtout, son magnifique arpent à luzerne, une plante nouvelle dont les bêtes raffolent.
En pleine révolte paysanne contre la seigneurie, Jesper le jeune perd une main, voulant attraper la lance d'un dragon dans sa charge vers le groupe de villageois. Ils ne veulent plus de champarts si lourds, alors qu'ils doivent déjà rendre monnaies et fruits à leurs propriétaires. Entre le seigneur et le bourgeois, les pauvres sont sans cesse ponctionnés, et le Roi ne les entend pas !
Le bon curé Lars arrive au secours du blessé, ses compagnons l'entraînent en arrière, lui bande l'avant bras coupé et l'accompagne chez lui à la luzernière, sa femme Helle est dans tous ses états, comment l'estropié va-t'il mener ses bêtes et cultiver son arpent de blé ? faire ses deux arpents de foins chaque année ? Le jeune Thomas n'a pas encore l'âge d'être efficace aux champs, tandis que Ellen partira bientôt chez son futur mari...
Thomas est rentré. Il annonce à sa femme Helle, à son fils Erik et ses deux filles Karen et Helle, qu'il s'est engagé dans les troupes du Roi et partira au surlendemain pour la ville puis la guerre. Ils auront à mener le petit troupeau, les deux prés et la betterave tous seuls pendant 10 années.
La guerre de succession du Numancia est enfin terminée. Les cloches du villages raisonnent comme partout dans le pays. On chante la fin des combats, bien que la terre sacrée du Thorval n'aie pas été touchée. Erik Jespersen, entre deux coups de sa pioche sur les pierres qu'il veut extraire de son nouvel arpent de mauvaise terre, a une pensée émue pour son père parti 30 ans plus tôt sans jamais revenir.
Si les mauvaises langues racontent que Jesper est le fils d'Erik et de sa sœur, lui-même sait bien qu'il n'en est rien, et qu'Erik a toléré le bâtard de sa sœur car lui-même ne pouvait pas avoir d'enfants, et que la venue du petit était une bénédiction pour la famille même s'il avait été fait dans le péché. Jesper est jeune, plein d'envie, il aide du mieux qu'il peut son oncle et donne autant d'affection à sa mère que celle qu'elle n'a pas reçue, vue comme une mauvaise fille, de la part des autres villageois. Le vieux Thomas n'ayant pas été là pour protéger sa famille contre les quolibets, ils n'ont pu que se laisser faire. Mais les Jespersen sont désormais aussi riche qu'avant, leur fortune s'élevant à deux hectares, en champs et prés, un cheval magnifique dont les villageois voisins viennent chercher le service au printemps, et une maison en belles pierres. Les cloches annoncent qu'une nouvelle guerre a éclaté.
En cinq ans de guerre, le Thorval a aidé le Kaldia a chassé la Fiémance du nouveau-monde. Jesper s'en fou. Des journaux qui circulent de plus en plus, il ne lie que les fictions et les nouvelles concernant le pays. Le Pelabssa, c'est très loin. Il veut se marier et vite, mais voilà que partant pour demander la main de la belle Marianne Jespersen, le jeune notaire Kvend l'interpelle. Il serait l'héritier, par son arrière-grande-tante, d'un jardin de deux arpents prés des marécages. Il faudra passer au cabinet plus tard, Kvend met de l'ordre dans les affaires non réglées par son prédécesseur.
Jens a une très mauvaise image des Fiémançais. Il les décrit comme de faux paysans, semblables à nous-autres quand ils sont chez eux, mais de vraies bêtes sans pitié sur le champs de bataille, des sauvages qui ne parlent même pas leur langue et pour beaucoup des serfs émancipés capturés par les armées de la république dans les provinces du sud, sur l'autre mer. Heureusement, la guerre est bien finie, il est heureux d'être rentré à temps pour veiller sa mère malade, Marianne, et veut très vite reprendre le travail à la ferme. Il n'a encore que 30 ans, et peut espérer trouver au plus vite une épouse.
Poul est souvent en désaccord avec son père. S'il ne partira pas à la ville comme ses deux sœurs se louant comme ouvrières, il en partage du moins nombre d'idées. Quand il annonce qu'il aimerait bien posséder la terre, même si les impôts sont devenus insignifiants, le fait qu'elle appartienne juridiquement à un seigneur le dérange dans son travail. En quelle sorte ? s'exclame son père. S'il a combattu les Fiémançais dans sa jeunesse, ce n'est pas pour en avoir un à la maison. Poul passe sa colère intérieure en se disant que le vieux Jens Jespersen finira bien par laisser les rênes de la ferme, il donne encore les ordres mais travaille de moins en moins.
Quand Thomas annonce à son père qu'il part dans les chantiers de la côte, Poul ne peut s'empêcher de s'en vouloir car il est mécontent. Pourtant, Thomas a raison de saisir l'opportunité, tant les embauches sont nombreuses dans les ports. Il souhaite qu'il revienne un jour à la ferme, mais lui assure qu'il n'obtiendra pas son douaire d'aîné, car Svend lui compte bien rester et s'occuper des 3 hectares, il le faut de toute manière pour payer les saisons en retard à Monsieur Frederick, leur nouveau propriétaire. Ce n'est pas avec l'argent des tantes qu'ils pourront se maintenir.
Le Roi Thomas XVIII vient de mourir, grand réformateur qu'il était. Poul, aïeul du village, le comprend à peine depuis sa chaise en bois, incrustée depuis les ans dans les rainures de sa chair. Maria, la belle-fille de Svend, lui apporte sa soupe qu'il peine à avaler seul. Il faut lui donner la cuillère. Le vieillard, bien qu'elle le déteste, lui tient compagnie. Son mari passe ses journées aux champs de betteraves, et quand il n'y est pas c'est au cabaret qu'il use l'argent du ménage. Heureusement, dans un mois leur petit Michael verra le jour. Elle sait que ce sera un garçon, la sorcière lui a dit. Peut-être qu'il réussira à attendrir son père.
Michael passe peut de temps à la maison, il parcourt les foires de la région pour revendre des bêtes achetées aux paysans. Sur la ferme, c'est à peine s'il prend le temps l'été de faire les foins, depuis qu'ils ont choisi de tout mettre en prés et de ne pas cultiver. Le marchandage rapporte bien, et on trouve beaucoup de bêtes à acheter aux paysans qui quittent leurs villages, en tout cas plus qu'avant. Il est alors facile de les revendre à bien meilleur prix, une fois requinquées, maquillées, excitées avec une pelure d'oignon dans la croupe pour leur donner un aspect vivace. Michael sait qu'il est fourbe, mais le métier veut ça. S'il veut racheter la ferme au propriétaire, il doit sacrifier un peu de son honneur, il en va de sa dignité.
Per Jespersen envisage de vendre les 4 hectares. Une ferme de cette taille ne vaut pas le coup d'être cultivée. Même si les terres, reposées longtemps, donnent de belles céréales, le travail devient trop difficile et on ne veut pas vivre comme il y a cinquante ans. Michael lui interdit, aussi longtemps qu'il sera encore en vie, et son fils Per ne peut lui répondre. Ils savent tous deux que leur argent ne vient pas de la terre, mais du commerce avec de pauvres bougres qui l'ont quitté. Michael rapporte un jour à la ferme 4 magnifiques chevaux, c'est un matin d'août, mais Per n'a pas le temps de le remercier que les cloches du village sonnent une musique que l'on croyait oubliée. Cela l'arrange, il n'avait pas envie de remercier davantage un homme qui veut tout faire pour que son fils reste sur la terre.
Per ne parle plus. Quand il est rentré, il n'a pas retrouvé ses parents qui sont morts de chagrins devant l'horreur qui s'éternisait, ne pensant jamais revoir leur fils. Per ne parle plus, il se contente de manger, de travailler et de penser. Il pense au travail, à la terre, et peut-être à ses parents. Il devrait la détester, cette terre vengeresse qui a avalé les hommes pendant six ans pour s'assurer qu'ils ne la quitteraient pas. Et pourtant ses hectares lui paraissent comme un royaume où il n'a plus à souffrir. Il a compris que le travail n'était pas la souffrance, il a vu la souffrance et ce que pouvaient faire les machines quand les hommes les utilisaient mal. Per, en à peine quelques mots, consent à un mariage avec une femme mature de son âge, veuve deux fois durant cette guerre. Ayant perdue ses trois fils, elle n'a pas d'héritage à léguer, et Per qui n'en avait pas fait le calcul, accumule maintenant 14 hectares. Mais la politique viole une nouvelle fois son petit royaume. Voilà que le nouveau gouvernement, le rouge, cette bande de traîtres planqués pendant la guerre, impose des ouvriers sur l'exploitation et refuse que Per les commande. La guerre revient, au Thorval cette fois, et comme par miracle la femme de Per donne un enfant à celui-ci, le résultat d'un élan de vie avant qu'il parte pour participer à la rébellion au chef-lieu. Mais Per ne rentre jamais, anonyme sous les pavés et les coups de crosses de la police, il ne voit ni la fin du régime communiste ni son fils avoir un an.
Les céréales se vendent très mal, tout le marché est inondé par le blé pelabssien, et les maigres parts que pourraient obtenir les agriculteurs thorvaliens sont captées par les céréales du Terdus où le niveau de vie est moindre et donc le coût de production aussi. Niels l'explique à sa femme, si ils veulent se maintenir sur l'exploitation comme son père Per l'avait fait, ils doivent évoluer. L'année prochaine, ils ne feront plus que 25 hectares en céréales, et en vendront une grande partie aux autres agriculteurs de la coopérative pour l'alimentation des bêtes. Heureusement qu'il y a encore cette solidarité locale. Le reste sera loué en prés à des sociétés d'élevage. Niels sait comment ils feront fructifier les marécages, il leur faut en bétonner une fois pour toute les rebords et installer les conduites d'évacuation afin de se lancer dans la pisciculture. En élevant des poissons d'eau douce, ils pourront se faire une place sur le marché, surtout à l'heure où les rivières ne donnent plus rien.
Wilhelmssen aurait quitté le gouvernement. Jesper ne comprend pas ce que cela veut dire. Niels l'embrasse sur le front et lui dit que ce n'est pas important. Même s'il n'y a plus d'ouvriers, il pourra finir l'installation sur cet étang avec l'aide de son beau-frère. L'éleveur heureux de poissons qui se vendent bien, surtout depuis la crise car son métier est devenu rare, a les jambes dans l'eau et étale le ciment sur les blocs disposés à l'aide d'une mini-grue sur ses berges. Quelle histoire, ces vieux marécages, avec un peu d'huile de coude et de bons matériaux, il y a moyen de leur faire donner des fruits. La plupart d'entre eux sont devenus de beaux étangs à l'eau claire, en tout cas davantage que celle du dernier marais dans lequel Niels baigne actuellement. Sa femme lui a envoyé un message, comme quoi le repas était prêt. Il voit à la position du soleil qu'il est l'heure d'aller manger. Bientôt elle va ouvrir la fenêtre et lui crier de venir. Il saute pour sortir du marais, défait ses jambières et remet ses chaussures. Allez, à la soupe.
Mette canalise sa joie, elle veut ne rien laisser transparaître. Dans la grande salle à manger faiblement éclairée, elle fait le tour des meubles, les mains croisées sur le ventre et retenant un châle qui lui couvre les épaules et le haut du dos. Jesper lui dit qu'elle pourra changer la décoration si cela lui chante, que c'était une histoire de femmes tout ça, et que les parents ne viendront pas donner leur avis, qu'ils sont désormais bien installés dans la grange de la luzernière. Maintenant que la fête est finie, que l'alcool est retombé, et que les derniers curieux ont quitté les rives des étangs pour rentrer chez eux, il faudrait qu'ils aillent au lit. Mais Mette fait durer le plaisir de l'attente. Elle se sent maîtresse des lieux désormais, et elle en aime surtout le propriétaire. Sur le mur, le portrait de Per le caporal trône dans son cadre argenté, Jesper lui dit alors que c'est le père du militaire qui a racheté la ferme, ou son grand-père, il ne sait plus, c'était il y a bien longtemps. Mette lui dit que c'est le plus beau jour de sa vie. Qu'elle est heureuse d'être là avec lui, qu'ils travailleront et seront heureux ensemble, et qu'ils auront de nombreux enfants. Mais il faudra vendre une partie des terres, il y en a trop et le moment est bien choisi. Ils garderont les étangs de toute manière. Jesper lui dit qu'il n'est pas l'heure de parler du sol, mais Mette lui dit qu'ils peuvent parler du sol à chaque heure car celui-là est la vie et les hommes en font partie. En attendant, Jesper s'est rapproché de Mette, levé de sa chaise, il lui a saisit la taille, ni trop bas, ni trop haut, il sent son âme au creux de ses flancs qui remonte vers le visage qui lui sourit. Elle est sa femme désormais, et l'histoire peut continuer.
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6h15. Film en trois parties de Grégoire Cardon.
Tout commence en 1367, errant de ferme en ferme pour demander sa soupe, Jesper ne rencontre qu'un Thorval dévasté par la peste terrible qui a tué, un peu partout, prés de la moitié de la population, parfois certains villages dans leur entier. Originaire lui-même d'une région qu'il a dû fuir pour éviter la maladie tant celle-ci faisait rage, Jesper a eu la chance de ne pas connaître la rage de certains purificateurs sur son chemin, qui cherchaient des responsables à châtier pour cette grande catastrophe.
Jesper était serf autrefois, il ne lui restait que sa mère vieillarde qu'il s'est résigné à abandonné, une fois que ses quatre frères furent emportés tour à tour par la peste.
Depuis 3 ans sur les routes, il a constaté que tous dans le pays avaient été frappés avec la même force. Depuis un an, plus personne ne semble avoir succombé à la maladie, et l'espérance reprend dans toute la campagne, même si la peur des étrangers est encore très forte.
Jesper arrive un jour à un village, prés de marécages infestés où vit un vieux couple qui n'a plus la force de travailler la terre dans de telles conditions. Pragmatiques sur la santé du jeune homme, ils l'acceptent comme ouvrier à leurs côtés.
Travaillant difficilement des parcelles laissées à l'abandon depuis plusieurs années, fortifiant les parois des quelques marres où le poisson peut vivre, Jesper gagne maintenant son pain à la sueur du front, sur la ferme agrandie par les morts du village et comptant désormais 4 hectares.
La pression seigneuriale revient et Poul, le fils de Jesper et Maria une enfant du village, doit travailler péniblement les 3 hectares de la famille pour payer ce qu'il doit au propriétaire du sol, le Sieur Erik. Ses jeunes enfants, Inger et Jesper, sont encore trop jeunes pour lui être d'aucun secours. Il doit se résoudre à vendre l'usufruit d'un de ses hectare au fils de l'autre fermier d'importance du village, et des temps aussi durs que ceux d'avant la grande maladie recommencent.
Jesper est un fermier entreprenant sur les 2 hectares dont il possède l'usufruit, le petit-fils du Sieur Erik, Sieur Jan, est plus tolérant avec ses paysans et leur laisse beaucoup d'initiatives alors qu'il se désintéresse lui-même de ses affaires. Tous les soirs, le petit-fils de l'ancien vagabond contemple ses quatre champs avec beaucoup de fierté et un seul rêve : celui d'acheter un cheval, pour remplacer la vache malade qui lui sert d'animal de trait, au détriment du lait qu'elle peut donner. Son épouse, Hanne, attend en plus un enfant.
Ole, issu d'une fratrie de 14 enfants dont 8 ont été emportés par la fragilité infantile, enterre sa mère Hanne dans le cimetière de l'église et reçoit les condoléances de la communauté. Sur une mode venue du sud, des femmes ont été embauchées pour pleurer le cadavre en terre de la pauvre fermière, qui s'est éreinté jusqu'à la fin pour assurer à ses enfants survivant une fortune suffisante. Avec ses 2 chevaux et les 6 hectares que Ole exploite, sa place est importante dans le village, mais comme la plupart il ne possède pas sa terre et peut risqué d'en être chassé à tous moments par le seigneur. Par ailleurs, ses 5 frères et sœurs réclament une part de l'héritage, même celle minime que peut leur accorder la coutume. Ole doit vendre un cheval pour conserver l'exploitation de 4 hectares. Sur un des quatre, il se voit forcé d'accueillir un couple de métayers, Martin et Birthe, sur ordre du fermier général de la seigneurie.
Ole est désormais un vieillard et il ne peut plus donner que des conseils à son fils unique Jesper quant à la tenue de la terre. Comme beaucoup, la famille Jespersen s'est convertie au métayage, qui permet de ne donner au propriétaire uniquement la moitié de ses gains et donc de passer les mauvaises années avec beaucoup moins de difficulté. Mais le fils handicapé à une jambe qu'il a eu avec sa femme Birthe, veuve de Martin, est mauvais à la culture et manque de force autant que d'esprit. Ole voit la fin de l'exploitation arrachée jadis des griffes de la nuit médiévale par l'ancêtre. Le jeune Jesper meurt un matin de novembre d'une crise cardiaque en glissant dans l'eau froide du nouveau canal. Ole est noyé par son désespoir. Il consent par accueillir son neveu et sa nièce, et cède le terrain ainsi au fils de son frère.
Poul et Else ont fait fructifié les biens de l'oncle qui a fini par décéder, avec la maigre consolation que le bien reste dans la famille Jespersen. La métairie fait désormais 4 hectares et Poul a acquis une nouvelle paire de chevaux. Il est parmi les métayers les plus riches du canton, ou tout du moins les gens l'imaginent et cela crée des jalousies. Un soir de fête où Poul a quitté la halle pour aller coucher son maigre troupeau de brebis, Else est prise à parti par des soldats puis violée avant d'être jetée dans le canal. Certains ont fait semblant de ne pas se rendre compte qu'Else était en danger, par jalousie pour la riche métayère. Poul est affligé de solitude et par honneur, organise une rébellion avec d'autres hommes du village. Plus aucun soldat du royaume ne peut entrer dans le village pendant prés de trois ans, mais des dragons viennent écraser la rumeur et en accord avec la seigneurie, Poul est chassé de la métairie. Il vit désormais dans l'enfoncement d'un talus, creusé au milieu des racines et de la terre, avec la jeune Lene, fille d'une putain et dit-on du curé. Elle n'a que 15 ans mais tient compagnie et comble le manque au vieux Poul. Volant des œufs, pêchant, ils parviennent à survivre. Lene tombe enceinte. Le vieux Poul prend le risque de revenir sur l'ancienne propriété pour y chercher le magot. Il est demeuré intact, inconnu des nouveaux métayers. Lene parvient à acheter un arpent à un fermier, le jeune Olaf, se prenant de pitié.
Il recueille Poul et Lene, mais veut bientôt coucher avec Lene, et Poul ne peut que les laisser faire.
Ole est l'aîné et c'est à lui que doit revenir la majeure partie de la ferme. Mais ses frères et sœurs lui rappellent à loisir qu'il n'est qu'un bâtard, et non pas le fils du vieil Olaf, qu'on vient de mettre dans son caveau aux côtés de la Lene. On veut bien laisser à Ole le petit arpent de sa mère, ce qui lui donne tout juste de quoi faire un peu de céréales et encore, deux années sur trois. Le notaire du seigneur finit par concéder à Ole les animaux de traits en plus de son arpent, ses frères et sœurs se partageant la ferme. Ole vient désormais davantage du braconnage et que sa maigre terre. Il épouse la fille d'un manouvrier venu d'un village voisin et travaillant sur le château, seul parti à accepter la main d'un bâtard on ne peut plus pauvre.
Jesper et Ole le jeune ne peuvent pas rester tous deux sur l'arpent. À l'âge de 17 ans, Jesper décide de partir pour le nouveau-monde, depuis qu'un gendarme en a fait la publicité à la taverne. Ole le jeune reste donc seul sur la propriété d'un demi-hectare avec son père Ole dont les talents pour la chasse commencent à faiblir, et sa mère obligée de se prostituer pour gagner la nourriture du foyer.
Ole le jeune s'occupe de l'arpent familial tout en travaillant comme ouvrier aux bonnes saisons sur d'autres propriétés. Son travail d'ouvrier agricole lui permet de gagner un argent qu'il ne doit pas reverser à la seigneurie, contrairement à celui qu'il gagne en vendant son blé chaque année. Mais sa terre livre de moins en moins, il a bientôt 30 ans et n'a toujours aucune femme. Son seul espoir réside dans l'acquisition de quelques bêtes pour fumer le sol légué par son pauvre père.
A 40 ans, Jans est un berger respecté parmi la communauté villageoise. Sa mère Hanne avait épousé l'ouvrier Ole Jespersen, éplorée de la mort de son promis à la guerre, et apporté plus d'un arpent au ménage. Sur son hectare, Jans s'assure un foin de qualité pour passer les hiver rudes, tandis que les communaux profitent à son troupeau le reste de l'année comme à celui des autres. Jans n'a pas eu de femme ni d'enfant, et voyant ses vieux jours arrivés, doit se plier à une idée désagréable : il épousera une vieille femme. Les veuves ne manquent pas, et il trouve en Inge Olafsen un parti respectable. Elle n'apporte rien à son ménage, sinon de la chaleur, ayant déjà cédé les parts à ses enfants. Jans arrive presque heureux à ses 50 ans, malgré les guerres ravageant le pays avec des troupes protestantes, il lui paraît aimer désormais pleinement sa femme à peine plus âgée que lui. Un seul mal le ronge : il aimerait un enfant bien à lui. La vieille Inge comprend et embauche une servante pour garder les brebis. Jans, découragé de ne pas trouver les mots, décide de la prendre par la force un matin de mai sur la pièce du haut.
Tout le monde s'accorde pour dire que Jesper a un pied-bot par le seul fait que son père était trop vieux et sa mère trop jeune, d'autres assurent que c'était car l'amour n'y était pas. Dans tous les cas, le pauvre débile a dû enterrer sa mère trop jeune, morte en couches à l'âge de 21 ans, 2 ans à peine après son mariage avec Jans, le second mari de la vieille Olafsen qui s'est jeté dans le canal.
Seulement, loin d'être débile de l'esprit, Jesper sait qu'avec l'argent que son père lui laisse, fait au long des années sur la laine, le fromage et la viande de son troupeau, il n'aura pas de difficultés à rencontrer une fille. Il se marie en effet en février de l'année d'après, au milieu d'autres jeunes couples, avec Maria Petersen, et surtout, son magnifique arpent à luzerne, une plante nouvelle dont les bêtes raffolent.
En pleine révolte paysanne contre la seigneurie, Jesper le jeune perd une main, voulant attraper la lance d'un dragon dans sa charge vers le groupe de villageois. Ils ne veulent plus de champarts si lourds, alors qu'ils doivent déjà rendre monnaies et fruits à leurs propriétaires. Entre le seigneur et le bourgeois, les pauvres sont sans cesse ponctionnés, et le Roi ne les entend pas !
Le bon curé Lars arrive au secours du blessé, ses compagnons l'entraînent en arrière, lui bande l'avant bras coupé et l'accompagne chez lui à la luzernière, sa femme Helle est dans tous ses états, comment l'estropié va-t'il mener ses bêtes et cultiver son arpent de blé ? faire ses deux arpents de foins chaque année ? Le jeune Thomas n'a pas encore l'âge d'être efficace aux champs, tandis que Ellen partira bientôt chez son futur mari...
Thomas est rentré. Il annonce à sa femme Helle, à son fils Erik et ses deux filles Karen et Helle, qu'il s'est engagé dans les troupes du Roi et partira au surlendemain pour la ville puis la guerre. Ils auront à mener le petit troupeau, les deux prés et la betterave tous seuls pendant 10 années.
La guerre de succession du Numancia est enfin terminée. Les cloches du villages raisonnent comme partout dans le pays. On chante la fin des combats, bien que la terre sacrée du Thorval n'aie pas été touchée. Erik Jespersen, entre deux coups de sa pioche sur les pierres qu'il veut extraire de son nouvel arpent de mauvaise terre, a une pensée émue pour son père parti 30 ans plus tôt sans jamais revenir.
Si les mauvaises langues racontent que Jesper est le fils d'Erik et de sa sœur, lui-même sait bien qu'il n'en est rien, et qu'Erik a toléré le bâtard de sa sœur car lui-même ne pouvait pas avoir d'enfants, et que la venue du petit était une bénédiction pour la famille même s'il avait été fait dans le péché. Jesper est jeune, plein d'envie, il aide du mieux qu'il peut son oncle et donne autant d'affection à sa mère que celle qu'elle n'a pas reçue, vue comme une mauvaise fille, de la part des autres villageois. Le vieux Thomas n'ayant pas été là pour protéger sa famille contre les quolibets, ils n'ont pu que se laisser faire. Mais les Jespersen sont désormais aussi riche qu'avant, leur fortune s'élevant à deux hectares, en champs et prés, un cheval magnifique dont les villageois voisins viennent chercher le service au printemps, et une maison en belles pierres. Les cloches annoncent qu'une nouvelle guerre a éclaté.
En cinq ans de guerre, le Thorval a aidé le Kaldia a chassé la Fiémance du nouveau-monde. Jesper s'en fou. Des journaux qui circulent de plus en plus, il ne lie que les fictions et les nouvelles concernant le pays. Le Pelabssa, c'est très loin. Il veut se marier et vite, mais voilà que partant pour demander la main de la belle Marianne Jespersen, le jeune notaire Kvend l'interpelle. Il serait l'héritier, par son arrière-grande-tante, d'un jardin de deux arpents prés des marécages. Il faudra passer au cabinet plus tard, Kvend met de l'ordre dans les affaires non réglées par son prédécesseur.
Jens a une très mauvaise image des Fiémançais. Il les décrit comme de faux paysans, semblables à nous-autres quand ils sont chez eux, mais de vraies bêtes sans pitié sur le champs de bataille, des sauvages qui ne parlent même pas leur langue et pour beaucoup des serfs émancipés capturés par les armées de la république dans les provinces du sud, sur l'autre mer. Heureusement, la guerre est bien finie, il est heureux d'être rentré à temps pour veiller sa mère malade, Marianne, et veut très vite reprendre le travail à la ferme. Il n'a encore que 30 ans, et peut espérer trouver au plus vite une épouse.
Poul est souvent en désaccord avec son père. S'il ne partira pas à la ville comme ses deux sœurs se louant comme ouvrières, il en partage du moins nombre d'idées. Quand il annonce qu'il aimerait bien posséder la terre, même si les impôts sont devenus insignifiants, le fait qu'elle appartienne juridiquement à un seigneur le dérange dans son travail. En quelle sorte ? s'exclame son père. S'il a combattu les Fiémançais dans sa jeunesse, ce n'est pas pour en avoir un à la maison. Poul passe sa colère intérieure en se disant que le vieux Jens Jespersen finira bien par laisser les rênes de la ferme, il donne encore les ordres mais travaille de moins en moins.
Quand Thomas annonce à son père qu'il part dans les chantiers de la côte, Poul ne peut s'empêcher de s'en vouloir car il est mécontent. Pourtant, Thomas a raison de saisir l'opportunité, tant les embauches sont nombreuses dans les ports. Il souhaite qu'il revienne un jour à la ferme, mais lui assure qu'il n'obtiendra pas son douaire d'aîné, car Svend lui compte bien rester et s'occuper des 3 hectares, il le faut de toute manière pour payer les saisons en retard à Monsieur Frederick, leur nouveau propriétaire. Ce n'est pas avec l'argent des tantes qu'ils pourront se maintenir.
Le Roi Thomas XVIII vient de mourir, grand réformateur qu'il était. Poul, aïeul du village, le comprend à peine depuis sa chaise en bois, incrustée depuis les ans dans les rainures de sa chair. Maria, la belle-fille de Svend, lui apporte sa soupe qu'il peine à avaler seul. Il faut lui donner la cuillère. Le vieillard, bien qu'elle le déteste, lui tient compagnie. Son mari passe ses journées aux champs de betteraves, et quand il n'y est pas c'est au cabaret qu'il use l'argent du ménage. Heureusement, dans un mois leur petit Michael verra le jour. Elle sait que ce sera un garçon, la sorcière lui a dit. Peut-être qu'il réussira à attendrir son père.
Michael passe peut de temps à la maison, il parcourt les foires de la région pour revendre des bêtes achetées aux paysans. Sur la ferme, c'est à peine s'il prend le temps l'été de faire les foins, depuis qu'ils ont choisi de tout mettre en prés et de ne pas cultiver. Le marchandage rapporte bien, et on trouve beaucoup de bêtes à acheter aux paysans qui quittent leurs villages, en tout cas plus qu'avant. Il est alors facile de les revendre à bien meilleur prix, une fois requinquées, maquillées, excitées avec une pelure d'oignon dans la croupe pour leur donner un aspect vivace. Michael sait qu'il est fourbe, mais le métier veut ça. S'il veut racheter la ferme au propriétaire, il doit sacrifier un peu de son honneur, il en va de sa dignité.
Per Jespersen envisage de vendre les 4 hectares. Une ferme de cette taille ne vaut pas le coup d'être cultivée. Même si les terres, reposées longtemps, donnent de belles céréales, le travail devient trop difficile et on ne veut pas vivre comme il y a cinquante ans. Michael lui interdit, aussi longtemps qu'il sera encore en vie, et son fils Per ne peut lui répondre. Ils savent tous deux que leur argent ne vient pas de la terre, mais du commerce avec de pauvres bougres qui l'ont quitté. Michael rapporte un jour à la ferme 4 magnifiques chevaux, c'est un matin d'août, mais Per n'a pas le temps de le remercier que les cloches du village sonnent une musique que l'on croyait oubliée. Cela l'arrange, il n'avait pas envie de remercier davantage un homme qui veut tout faire pour que son fils reste sur la terre.
Per ne parle plus. Quand il est rentré, il n'a pas retrouvé ses parents qui sont morts de chagrins devant l'horreur qui s'éternisait, ne pensant jamais revoir leur fils. Per ne parle plus, il se contente de manger, de travailler et de penser. Il pense au travail, à la terre, et peut-être à ses parents. Il devrait la détester, cette terre vengeresse qui a avalé les hommes pendant six ans pour s'assurer qu'ils ne la quitteraient pas. Et pourtant ses hectares lui paraissent comme un royaume où il n'a plus à souffrir. Il a compris que le travail n'était pas la souffrance, il a vu la souffrance et ce que pouvaient faire les machines quand les hommes les utilisaient mal. Per, en à peine quelques mots, consent à un mariage avec une femme mature de son âge, veuve deux fois durant cette guerre. Ayant perdue ses trois fils, elle n'a pas d'héritage à léguer, et Per qui n'en avait pas fait le calcul, accumule maintenant 14 hectares. Mais la politique viole une nouvelle fois son petit royaume. Voilà que le nouveau gouvernement, le rouge, cette bande de traîtres planqués pendant la guerre, impose des ouvriers sur l'exploitation et refuse que Per les commande. La guerre revient, au Thorval cette fois, et comme par miracle la femme de Per donne un enfant à celui-ci, le résultat d'un élan de vie avant qu'il parte pour participer à la rébellion au chef-lieu. Mais Per ne rentre jamais, anonyme sous les pavés et les coups de crosses de la police, il ne voit ni la fin du régime communiste ni son fils avoir un an.
Les céréales se vendent très mal, tout le marché est inondé par le blé pelabssien, et les maigres parts que pourraient obtenir les agriculteurs thorvaliens sont captées par les céréales du Terdus où le niveau de vie est moindre et donc le coût de production aussi. Niels l'explique à sa femme, si ils veulent se maintenir sur l'exploitation comme son père Per l'avait fait, ils doivent évoluer. L'année prochaine, ils ne feront plus que 25 hectares en céréales, et en vendront une grande partie aux autres agriculteurs de la coopérative pour l'alimentation des bêtes. Heureusement qu'il y a encore cette solidarité locale. Le reste sera loué en prés à des sociétés d'élevage. Niels sait comment ils feront fructifier les marécages, il leur faut en bétonner une fois pour toute les rebords et installer les conduites d'évacuation afin de se lancer dans la pisciculture. En élevant des poissons d'eau douce, ils pourront se faire une place sur le marché, surtout à l'heure où les rivières ne donnent plus rien.
Wilhelmssen aurait quitté le gouvernement. Jesper ne comprend pas ce que cela veut dire. Niels l'embrasse sur le front et lui dit que ce n'est pas important. Même s'il n'y a plus d'ouvriers, il pourra finir l'installation sur cet étang avec l'aide de son beau-frère. L'éleveur heureux de poissons qui se vendent bien, surtout depuis la crise car son métier est devenu rare, a les jambes dans l'eau et étale le ciment sur les blocs disposés à l'aide d'une mini-grue sur ses berges. Quelle histoire, ces vieux marécages, avec un peu d'huile de coude et de bons matériaux, il y a moyen de leur faire donner des fruits. La plupart d'entre eux sont devenus de beaux étangs à l'eau claire, en tout cas davantage que celle du dernier marais dans lequel Niels baigne actuellement. Sa femme lui a envoyé un message, comme quoi le repas était prêt. Il voit à la position du soleil qu'il est l'heure d'aller manger. Bientôt elle va ouvrir la fenêtre et lui crier de venir. Il saute pour sortir du marais, défait ses jambières et remet ses chaussures. Allez, à la soupe.
Mette canalise sa joie, elle veut ne rien laisser transparaître. Dans la grande salle à manger faiblement éclairée, elle fait le tour des meubles, les mains croisées sur le ventre et retenant un châle qui lui couvre les épaules et le haut du dos. Jesper lui dit qu'elle pourra changer la décoration si cela lui chante, que c'était une histoire de femmes tout ça, et que les parents ne viendront pas donner leur avis, qu'ils sont désormais bien installés dans la grange de la luzernière. Maintenant que la fête est finie, que l'alcool est retombé, et que les derniers curieux ont quitté les rives des étangs pour rentrer chez eux, il faudrait qu'ils aillent au lit. Mais Mette fait durer le plaisir de l'attente. Elle se sent maîtresse des lieux désormais, et elle en aime surtout le propriétaire. Sur le mur, le portrait de Per le caporal trône dans son cadre argenté, Jesper lui dit alors que c'est le père du militaire qui a racheté la ferme, ou son grand-père, il ne sait plus, c'était il y a bien longtemps. Mette lui dit que c'est le plus beau jour de sa vie. Qu'elle est heureuse d'être là avec lui, qu'ils travailleront et seront heureux ensemble, et qu'ils auront de nombreux enfants. Mais il faudra vendre une partie des terres, il y en a trop et le moment est bien choisi. Ils garderont les étangs de toute manière. Jesper lui dit qu'il n'est pas l'heure de parler du sol, mais Mette lui dit qu'ils peuvent parler du sol à chaque heure car celui-là est la vie et les hommes en font partie. En attendant, Jesper s'est rapproché de Mette, levé de sa chaise, il lui a saisit la taille, ni trop bas, ni trop haut, il sent son âme au creux de ses flancs qui remonte vers le visage qui lui sourit. Elle est sa femme désormais, et l'histoire peut continuer.
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Arios
1 350 246, 2024
[img]http://www.casafree.com/modules/xcgal/albums/userpics/12178/normal_782572156.jpg[/img]
1h25. Film de Aimi Okada.
Dracyphas est un démon de surface qui opère en Hokkaido, depuis un étage anonyme d'une tour du Central Business District de la capitale. Jour et nuit, n'ayant pas besoin de dormir, enveloppé dans sa chemise, son pantalon de soie et sa cravatte, derrière ses lunettes et son apparence humaine, il est responsable de la coordination des chaines de production d'accidents de voitures.
Son travail de tous les instants consiste à monter des carambolages qui feront le plus de morts, tout en respectant la faisabilité de tels événements et ne bravant donc que rarement les lois éthiques du réalisme. Il s'agit de faire en sorte que les personnes partent au bon moment, tout peut se jouer à quelques secondes, mais chaque soir, le bilan varie entre une vingtaine et une trentaine de personnes décédées dans la vitesse de leur bolide ; c'est mieux si leur comportement était en plus injustifié.
Dracyphas opère également en amont, en tant que responsable, dans la publicité qui doit être fait des automobiles, afin que les acheteurs se renouvellent, et que les néo-urbains de l'Hokkaido accèdent rapidement à la possession d'un tel engin.
Selon les prévisions du bureau, le nombre de morts pourrait atteindre 60 personnes par jour d'ici quelques années, à mesure que le pays se développe et le réseau avec.
Mais un jour, une jeune étudiante hostile au gouvernement ruine les plans de Dracyphas quant à un accident majeur qui devait impliquer une dizaine de véhicules. Devant la scène de la jeune fille plantant des cyprès au milieu de l'asphalte retourné, les automobilistes ralentissent et empêchent l'accident...
Aimi Okada est une réalisatrice hokkaidienne qui crée ici un comte philosophique symbolisant l'affrontement entre les deux Hokkaido à notre époque, la civilisation néo-occidentale et le Makara traditionnel dans un combat qui est perdu par le second dans la vie de tous les jours. Madame Okada a déclaré que si le film était propre à l'Hokkaido où les mouvements écologistes sont audibles, le film aurait pu concerné n'importe quel autre pays makaran, tous désormais vendus aux thèses adelo-saxonnes du développement.
Le film de Aimi Okada plonge le téléspectateur dans la tristesse et la mélancolie des familles amputées chaque jour par le progrès humain.
Le titre se rapporte au nombre de morts sur les routes en 2024 dans le monde.
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1h25. Film de Aimi Okada.
Dracyphas est un démon de surface qui opère en Hokkaido, depuis un étage anonyme d'une tour du Central Business District de la capitale. Jour et nuit, n'ayant pas besoin de dormir, enveloppé dans sa chemise, son pantalon de soie et sa cravatte, derrière ses lunettes et son apparence humaine, il est responsable de la coordination des chaines de production d'accidents de voitures.
Son travail de tous les instants consiste à monter des carambolages qui feront le plus de morts, tout en respectant la faisabilité de tels événements et ne bravant donc que rarement les lois éthiques du réalisme. Il s'agit de faire en sorte que les personnes partent au bon moment, tout peut se jouer à quelques secondes, mais chaque soir, le bilan varie entre une vingtaine et une trentaine de personnes décédées dans la vitesse de leur bolide ; c'est mieux si leur comportement était en plus injustifié.
Dracyphas opère également en amont, en tant que responsable, dans la publicité qui doit être fait des automobiles, afin que les acheteurs se renouvellent, et que les néo-urbains de l'Hokkaido accèdent rapidement à la possession d'un tel engin.
Selon les prévisions du bureau, le nombre de morts pourrait atteindre 60 personnes par jour d'ici quelques années, à mesure que le pays se développe et le réseau avec.
Mais un jour, une jeune étudiante hostile au gouvernement ruine les plans de Dracyphas quant à un accident majeur qui devait impliquer une dizaine de véhicules. Devant la scène de la jeune fille plantant des cyprès au milieu de l'asphalte retourné, les automobilistes ralentissent et empêchent l'accident...
Aimi Okada est une réalisatrice hokkaidienne qui crée ici un comte philosophique symbolisant l'affrontement entre les deux Hokkaido à notre époque, la civilisation néo-occidentale et le Makara traditionnel dans un combat qui est perdu par le second dans la vie de tous les jours. Madame Okada a déclaré que si le film était propre à l'Hokkaido où les mouvements écologistes sont audibles, le film aurait pu concerné n'importe quel autre pays makaran, tous désormais vendus aux thèses adelo-saxonnes du développement.
Le film de Aimi Okada plonge le téléspectateur dans la tristesse et la mélancolie des familles amputées chaque jour par le progrès humain.
Le titre se rapporte au nombre de morts sur les routes en 2024 dans le monde.
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Arios
Terre la rouge, 2024
[img]http://nsa33.casimages.com/img/2014/09/26/140926064834868864.png[/img]
1h48. Film de Baptiste Nadal.
Le jeune recrue sanjordienne de la Société du Film Fiémançais signe ici son premier film et apporte de beaux lauriers à la Société dans le domaine de la science-fiction.
Terre la rouge, au contraire d'une majorité de films financés en partie par la SFF, ne s'intéresse pas au passé, mais à l'avenir, sous le spectre bien sûr d'une critique tirée du présent.
Nadal livre aux spectateur un conte apocalyptique d'une humanité réduite à peau de chagrin, sur un globe terrestre devenant au fil des années toujours moins hospitalier, alors que la terre est entrée dans une phase d'auto-destruction de ses conditions d'habitat sous l'effet d'un point de non retour atteint dans sa dégradation, les humains qui ont survécu aux grandes catastrophes peinent même à redémarrer un essor sur la base de leur intelligence et d'une adaptation, toujours obsolète, à des conditions qui ne cessent de changer en mal.
On se souvient, sur notre planète bien réelle et encore bleue, du débat des années 2000 initié principalement aux États-Unis du temps où ils financaient un programme de climatologie s'intéressant à la dégradation de l'atmosphère et l'impact du réchauffement supposé de la terre sur son fonctionnement. Les climatologues alertaient alors, il y a déjà 20 ans, sur le seuil critique d'un réchauffement de 2°C qui serait atteint avant 2050.
Des millions de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre plus tard, des millions d'hectares de forêts décimés plus tard, où en est l'humanité ?
Nadal propose de la condamner, situant sa trame narrative quelques fractions de siècles après "le grand réchauffement".
Alors que les civilisations humaines en croissance n'ont pas réussi à freiner leur développement, la température moyenne a augmenté de 2°C et n'a plus voulu s'arrêter. Ce faible réchauffement, provoquant le ralentissement des courants marins principaux, engagea une boucle vicieuse dont l'humanité de Terre la rouge n'est pas sortie, et selon le film, n'en sortira probablement que les pieds en premier.
Oni est un adolescent de ce qui fut jadis le Khaldidan, à la tombée de la nuit, il sort des grottes avec son groupe pour chasser dans l'ancienne ville. La nourriture est meilleure qu'avant et le cannibalisme a prit fin, au moins dans la région de la tribu d'Oni, alors que le gibier a reconquis les terres urbaines laissées à l'abandon. Elles sont devenues un réservoir à viande, mais il est impossible d'aller y prélever le jour, quand les températures peuvent atteindre les 100 degrés. Les hommes et les bêtes sont devenus noctambules, les plantes quant à elle préfèrent pousser à l'ombre des anciennes structures de verre et de métal, quand le désert entoure ces pôles citadins sans que l'on sache si d'autres hommes vivent au-delà.
Athané, l'ancêtre, parle des grandes catastrophes, et du grand refroidissement que d'autres hommes ont connu au nord comme au sud, des glaciers qui sont revenu jusqu'aux cœurs des plaines, jusqu'aux côtes surprises. La force est venue de la mer, terrible, insoupçonnée. En 100 jours et 100 nuits, le monde avait changé de visage sur son entière surface. Et les hommes cessèrent de parler entre eux, ils se perdirent de vue, de contact, beaucoup moururent, les autres se mangèrent. Seul les plus malins, et les plus coopératifs, purent survivre, d'abord par le vol, puis par les guerres et le cannibalisme, l'agriculture ne revînt jamais dans les grandes plaines et Athané les vit devenir de grands déserts.
Mais depuis 3 ans qu'il chasse sous les Bidink (ndlr : buildings ?), Oni a remarqué que les nuits sont de plus en plus chaudes, et l'eau des gouttières de plus en plus rare... Les orages là-bas sur la mer sèche frappent toujours plus fort et donnent le feu aux algues sous les marres.
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1h48. Film de Baptiste Nadal.
Le jeune recrue sanjordienne de la Société du Film Fiémançais signe ici son premier film et apporte de beaux lauriers à la Société dans le domaine de la science-fiction.
Terre la rouge, au contraire d'une majorité de films financés en partie par la SFF, ne s'intéresse pas au passé, mais à l'avenir, sous le spectre bien sûr d'une critique tirée du présent.
Nadal livre aux spectateur un conte apocalyptique d'une humanité réduite à peau de chagrin, sur un globe terrestre devenant au fil des années toujours moins hospitalier, alors que la terre est entrée dans une phase d'auto-destruction de ses conditions d'habitat sous l'effet d'un point de non retour atteint dans sa dégradation, les humains qui ont survécu aux grandes catastrophes peinent même à redémarrer un essor sur la base de leur intelligence et d'une adaptation, toujours obsolète, à des conditions qui ne cessent de changer en mal.
On se souvient, sur notre planète bien réelle et encore bleue, du débat des années 2000 initié principalement aux États-Unis du temps où ils financaient un programme de climatologie s'intéressant à la dégradation de l'atmosphère et l'impact du réchauffement supposé de la terre sur son fonctionnement. Les climatologues alertaient alors, il y a déjà 20 ans, sur le seuil critique d'un réchauffement de 2°C qui serait atteint avant 2050.
Des millions de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre plus tard, des millions d'hectares de forêts décimés plus tard, où en est l'humanité ?
Nadal propose de la condamner, situant sa trame narrative quelques fractions de siècles après "le grand réchauffement".
Alors que les civilisations humaines en croissance n'ont pas réussi à freiner leur développement, la température moyenne a augmenté de 2°C et n'a plus voulu s'arrêter. Ce faible réchauffement, provoquant le ralentissement des courants marins principaux, engagea une boucle vicieuse dont l'humanité de Terre la rouge n'est pas sortie, et selon le film, n'en sortira probablement que les pieds en premier.
Oni est un adolescent de ce qui fut jadis le Khaldidan, à la tombée de la nuit, il sort des grottes avec son groupe pour chasser dans l'ancienne ville. La nourriture est meilleure qu'avant et le cannibalisme a prit fin, au moins dans la région de la tribu d'Oni, alors que le gibier a reconquis les terres urbaines laissées à l'abandon. Elles sont devenues un réservoir à viande, mais il est impossible d'aller y prélever le jour, quand les températures peuvent atteindre les 100 degrés. Les hommes et les bêtes sont devenus noctambules, les plantes quant à elle préfèrent pousser à l'ombre des anciennes structures de verre et de métal, quand le désert entoure ces pôles citadins sans que l'on sache si d'autres hommes vivent au-delà.
Athané, l'ancêtre, parle des grandes catastrophes, et du grand refroidissement que d'autres hommes ont connu au nord comme au sud, des glaciers qui sont revenu jusqu'aux cœurs des plaines, jusqu'aux côtes surprises. La force est venue de la mer, terrible, insoupçonnée. En 100 jours et 100 nuits, le monde avait changé de visage sur son entière surface. Et les hommes cessèrent de parler entre eux, ils se perdirent de vue, de contact, beaucoup moururent, les autres se mangèrent. Seul les plus malins, et les plus coopératifs, purent survivre, d'abord par le vol, puis par les guerres et le cannibalisme, l'agriculture ne revînt jamais dans les grandes plaines et Athané les vit devenir de grands déserts.
Mais depuis 3 ans qu'il chasse sous les Bidink (ndlr : buildings ?), Oni a remarqué que les nuits sont de plus en plus chaudes, et l'eau des gouttières de plus en plus rare... Les orages là-bas sur la mer sèche frappent toujours plus fort et donnent le feu aux algues sous les marres.
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Arios
Paratopia, 2027
[img]http://dadsurweb.free.fr/sitedad/imGrande/CORSE/094-Village%20perdu%20dans%20la%20castaniggia.jpg[/img]
1h45. Thriller, fantastique. Film de Grégoire Cardon.
Après trois ans de traversée du désert, le cinéma fiémançais pourrait avoir renoué avec sa force grâce au dernier film de Grégoire Cardon, intitulé Paratopia, l'histoire d'un couple de touristes océaniens se perdant dans la campagne et n'arrivant plus à en sortir...
Jeb et Kylie ont décidé de passer leurs vacances en Fiémance, dans la région du Duché de Couze, non loin de la frontière avec le Vandaron. Ayant consulté un site internet vantant les mérites des bas coûts dans cette partie du pays, ils passent leurs vacances de la Toussaint dans le pays aux milles clochers, prenant l'avion pour Opemont, le train pour Clarvaux et louant une voiture sur place. Au hasard de leur tour-automobile pour chercher des lieux insolites à visiter, ils s'engagent au deuxième jour de voyage dans une vallée mal indiquée, et y piquent-nique. Au soir, ils ne retrouvent pas le chemin du retour malgré la rareté des routes, ont le sentiment de tourner en rond et doivent se résoudre à dormir chez l'habitant.
Le village est vivant, lumineux, des enfants y jouent tout en travaillant, et un vieillard sans âge scrute les étrangers. Une famille de paysans couzois les accueille sans pouvoir communiquer avec eux. Très vite, Kylie se sent mal à l'aise face à ces personnages, et Jeb se refuse à avouer qu'il est terrifié, car malgré les promesses du chef de famille on ne trouve pas le temps de réparer la voiture, refusant de redémarrer, et aucun charretier ne prend la route de Clarvaux avant une semaine.
Kylie se reprend et aide aux bêtes autant que Jeb aide aux champs. Mais la sympathie des habitants est de courte durée, quand on découvre un cadavre d'enfant, puis un deuxième, et toutes les suspicions vont vers le couple d'étrangers.
La gendarmerie n'arrive pas, les villageois enterrent leurs morts. Petit à petit, Jeb et Kylie perdent la notion du temps, n'ayant plus l'électricité pour faire fonctionner leurs instruments électroniques. Il leur semble que cela fait plus d'une semaine qu'ils sont là, et pourtant aucun charretier n'est passé. Le chef de famille leur assure que ça ne fait que deux jours or Jeb est persuadé d'avoir passé de nombreuses nuits dans la paille qui le démange.
Les meurtres reprennent et commençant à désespérer, Jeb et Kylie prenne le chemin du nord, à travers les crêtes basses du pays à chataigniers, un début d'après-midi alors que le ciel se couvre. Ils marchent sous la pluie et dans la végétation pour rejoindre le col des trois pendus, qui est censé les faire accéder à une vallée goudronnée. Arrivée en haut et dans le brouillard, ils franchissent le col, mais lorsqu'à huit heures le brouillard se dissipent, ils prennent conscience qu'ils sont redescendus au même village.
Alors les habitants font mine de ne pas les reconnaître, les accueillent comme si rien ne s'était passé. Kylie se met à pleurer et à gémir. Lorsque Jeb a enfin réussi à la calmer, le couple est saisi d'une peur immense à la vue des enfants qui étaient censés être morts, et qu'on avait enterré quelques jours auparavant.
Le couple retente une autre fois de passer le col, les habitants ne comprennent pas pourquoi les étrangers refusent l'hospitalité. Alors qu'il fait pourtant beau, et qu'ils sèment des traces sur le chemin pour être sûr de ne pas rebrousser, Jeb et Kylie se retrouve une nouvelle fois dans la même vallée, dans le même village, accueillis par la même famille. Ils ne comprennent pas comment ils ont pu ainsi être dupés tout en se fiant au soleil.
Ils décident de tenter de partir une nuit, pour s'orienter grâce aux étoiles, mais arrivés au col ils font la connaissance des trois pendus. Jeb s'est converti à la folie, l'a accepté et il n'a plus peur, ce qui lui vaut des discussions profondes avec les pauvres hommes, tués pour une affaire de sorcellerie bien ancienne. Les repères du temps se perdent. Kylie décide de continuer seul le chemin, mais a petit matin découvre une nouvelle fois la même vallée. Ce n'est pas faute, à chaque fois, de ne pas reconnaître le chemin.
La voiture est toujours là, ou plutôt sa carcasse, comme rouillée depuis des siècles et des siècles. Quand elle découvre que le vieillard sans âge est en fait Jeb, alors elle court se gaver de belladone, refusant la folie et décidant d'en finir...
Grégoire Cardon tisse ici un thriller interrogeant sur le rapport à la réalité, tout en peignant une réalité peu idyllique du sentiment de noyade dans la campagne fiémançaise, et d'intemporalité, ressenti par de nombreux voyageurs. De ces thématiques bien réelles il fait une fable à la frontière du film d'épouvante, mais assez distinguée pour être véritablement dérangeante, tant le spectateur vient lui-même à s'interroger sur sa propre perception du monde. Le rythme soutenu aide à reproduire cette impression de sables mouvants, actifs et tortueux, entraînant le voyageur en dehors de l'espace et du temps...
[img]http://dadsurweb.free.fr/sitedad/imGrande/CORSE/094-Village%20perdu%20dans%20la%20castaniggia.jpg[/img]
1h45. Thriller, fantastique. Film de Grégoire Cardon.
Après trois ans de traversée du désert, le cinéma fiémançais pourrait avoir renoué avec sa force grâce au dernier film de Grégoire Cardon, intitulé Paratopia, l'histoire d'un couple de touristes océaniens se perdant dans la campagne et n'arrivant plus à en sortir...
Jeb et Kylie ont décidé de passer leurs vacances en Fiémance, dans la région du Duché de Couze, non loin de la frontière avec le Vandaron. Ayant consulté un site internet vantant les mérites des bas coûts dans cette partie du pays, ils passent leurs vacances de la Toussaint dans le pays aux milles clochers, prenant l'avion pour Opemont, le train pour Clarvaux et louant une voiture sur place. Au hasard de leur tour-automobile pour chercher des lieux insolites à visiter, ils s'engagent au deuxième jour de voyage dans une vallée mal indiquée, et y piquent-nique. Au soir, ils ne retrouvent pas le chemin du retour malgré la rareté des routes, ont le sentiment de tourner en rond et doivent se résoudre à dormir chez l'habitant.
Le village est vivant, lumineux, des enfants y jouent tout en travaillant, et un vieillard sans âge scrute les étrangers. Une famille de paysans couzois les accueille sans pouvoir communiquer avec eux. Très vite, Kylie se sent mal à l'aise face à ces personnages, et Jeb se refuse à avouer qu'il est terrifié, car malgré les promesses du chef de famille on ne trouve pas le temps de réparer la voiture, refusant de redémarrer, et aucun charretier ne prend la route de Clarvaux avant une semaine.
Kylie se reprend et aide aux bêtes autant que Jeb aide aux champs. Mais la sympathie des habitants est de courte durée, quand on découvre un cadavre d'enfant, puis un deuxième, et toutes les suspicions vont vers le couple d'étrangers.
La gendarmerie n'arrive pas, les villageois enterrent leurs morts. Petit à petit, Jeb et Kylie perdent la notion du temps, n'ayant plus l'électricité pour faire fonctionner leurs instruments électroniques. Il leur semble que cela fait plus d'une semaine qu'ils sont là, et pourtant aucun charretier n'est passé. Le chef de famille leur assure que ça ne fait que deux jours or Jeb est persuadé d'avoir passé de nombreuses nuits dans la paille qui le démange.
Les meurtres reprennent et commençant à désespérer, Jeb et Kylie prenne le chemin du nord, à travers les crêtes basses du pays à chataigniers, un début d'après-midi alors que le ciel se couvre. Ils marchent sous la pluie et dans la végétation pour rejoindre le col des trois pendus, qui est censé les faire accéder à une vallée goudronnée. Arrivée en haut et dans le brouillard, ils franchissent le col, mais lorsqu'à huit heures le brouillard se dissipent, ils prennent conscience qu'ils sont redescendus au même village.
Alors les habitants font mine de ne pas les reconnaître, les accueillent comme si rien ne s'était passé. Kylie se met à pleurer et à gémir. Lorsque Jeb a enfin réussi à la calmer, le couple est saisi d'une peur immense à la vue des enfants qui étaient censés être morts, et qu'on avait enterré quelques jours auparavant.
Le couple retente une autre fois de passer le col, les habitants ne comprennent pas pourquoi les étrangers refusent l'hospitalité. Alors qu'il fait pourtant beau, et qu'ils sèment des traces sur le chemin pour être sûr de ne pas rebrousser, Jeb et Kylie se retrouve une nouvelle fois dans la même vallée, dans le même village, accueillis par la même famille. Ils ne comprennent pas comment ils ont pu ainsi être dupés tout en se fiant au soleil.
Ils décident de tenter de partir une nuit, pour s'orienter grâce aux étoiles, mais arrivés au col ils font la connaissance des trois pendus. Jeb s'est converti à la folie, l'a accepté et il n'a plus peur, ce qui lui vaut des discussions profondes avec les pauvres hommes, tués pour une affaire de sorcellerie bien ancienne. Les repères du temps se perdent. Kylie décide de continuer seul le chemin, mais a petit matin découvre une nouvelle fois la même vallée. Ce n'est pas faute, à chaque fois, de ne pas reconnaître le chemin.
La voiture est toujours là, ou plutôt sa carcasse, comme rouillée depuis des siècles et des siècles. Quand elle découvre que le vieillard sans âge est en fait Jeb, alors elle court se gaver de belladone, refusant la folie et décidant d'en finir...
Grégoire Cardon tisse ici un thriller interrogeant sur le rapport à la réalité, tout en peignant une réalité peu idyllique du sentiment de noyade dans la campagne fiémançaise, et d'intemporalité, ressenti par de nombreux voyageurs. De ces thématiques bien réelles il fait une fable à la frontière du film d'épouvante, mais assez distinguée pour être véritablement dérangeante, tant le spectateur vient lui-même à s'interroger sur sa propre perception du monde. Le rythme soutenu aide à reproduire cette impression de sables mouvants, actifs et tortueux, entraînant le voyageur en dehors de l'espace et du temps...
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Arios
La danseuse de Kiba, 2028
[img]http://cfs10.blog.daum.net/upload_control/download.blog?fhandle=MDhtZWpAZnMxMC5ibG9nLmRhdW0ubmV0Oi9JTUFHRS8zLzM2MC5qcGcudGh1bWI=&filename=360.jpg[/img]
1h25. Poésie, anticipation, histoire. Film d'Octave de Beaurepaire.
Habitué aux hommages à valeur politique dans son art de prédilection, l'opéra et l'écriture littéraire, de Beaurepaire joue ici l'exercice de style pour son premier long métrage. Une histoire originale adaptée dans l'urgence à l'actualité, sans doute pour les besoins moraux de l'auteur davantage que dans la recherche calculée d'intérêts à la diffusion.
La danseuse de Kiba est l'histoire d'une immigrée nihongaise (ou hokkai, aucune précision) arrivant à la ville de Kiba, sur la route de ses parents qui s'y étaient fait employés comme ouvriers, pour vivre son rêve de danseuse tout en prétextant, et tout en suivant, la formation de poissonnière.
De découvertes en rencontres, d'apprentissage de la maturité à la perpétuation des rêves et attitudes de la campagne, la jeune fille parvient à s'extraire de sa condition difficile de petite revendeuse d'ailerons pour être admise, un jour, à suivre son premier cours de danse.
Mais au matin de se rendre au conservatoire, le destin semble en avoir décidé autrement, et l'explosion du port de Kiba survient en emportant avec elle, dans son nuage incandescent de centaines de mètres, les aspirations d'une vie soudain disparue.
Le voyage proposé ici, avec poésie, est celui de l'observation du prolétariat subsistant, de nos jours et pour l'avenir selon le réalisateur, dans cette cité à la pointe du développement social et économique makaran.
[img]http://cfs10.blog.daum.net/upload_control/download.blog?fhandle=MDhtZWpAZnMxMC5ibG9nLmRhdW0ubmV0Oi9JTUFHRS8zLzM2MC5qcGcudGh1bWI=&filename=360.jpg[/img]
1h25. Poésie, anticipation, histoire. Film d'Octave de Beaurepaire.
Habitué aux hommages à valeur politique dans son art de prédilection, l'opéra et l'écriture littéraire, de Beaurepaire joue ici l'exercice de style pour son premier long métrage. Une histoire originale adaptée dans l'urgence à l'actualité, sans doute pour les besoins moraux de l'auteur davantage que dans la recherche calculée d'intérêts à la diffusion.
La danseuse de Kiba est l'histoire d'une immigrée nihongaise (ou hokkai, aucune précision) arrivant à la ville de Kiba, sur la route de ses parents qui s'y étaient fait employés comme ouvriers, pour vivre son rêve de danseuse tout en prétextant, et tout en suivant, la formation de poissonnière.
De découvertes en rencontres, d'apprentissage de la maturité à la perpétuation des rêves et attitudes de la campagne, la jeune fille parvient à s'extraire de sa condition difficile de petite revendeuse d'ailerons pour être admise, un jour, à suivre son premier cours de danse.
Mais au matin de se rendre au conservatoire, le destin semble en avoir décidé autrement, et l'explosion du port de Kiba survient en emportant avec elle, dans son nuage incandescent de centaines de mètres, les aspirations d'une vie soudain disparue.
Le voyage proposé ici, avec poésie, est celui de l'observation du prolétariat subsistant, de nos jours et pour l'avenir selon le réalisateur, dans cette cité à la pointe du développement social et économique makaran.
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Arios
Sur les cahots de Charleville, 2029
1h25. Docufiction, Marcel Grimaut.
15 Mars 2027, le Palais des Ducs résonne d'une nouvelle ordonnance royale. Celles du Roi Charles-Philippe sont rares, celle-là est importante. "Don de bestiaux", clame le porte-parole devant l'habituel par-terre de journalistes. Le Roi annonce en personne la mesure : la métropole offrira aux départements zanyanais plus de 600 000 animaux, et 84 000 arbrisseaux.
Putambé est sous blocus, affamée et bombardée par les colonnes nationales-socialistes de l'Ampalo-Volta, armées par Novgorod et soutenues financièrement par Jiyuan.
Le Ministère des Structures et son département agricole doivent relever le défi. Les ambassades d'Aiglantine et du Bardaran sont sur le qui-vive, recevant les spécialistes géopolitiques et les aventuriers blancs recrutés dans les bars à palme des chemins de latérite de tout le continent noir ; il faut faire passer la cargaison royale, nouvelle arche de Noé à destination des Fiémançais du Zanyane, de ces 30 millions de compatriotes envers lesquels une solidarité métropolitaine de grande envergure commence.
"Pour la première fois, la Fiémance a véritablement pris conscience de sa communauté avec les départements zanyanais, jusque là pensés comme lointains, comme un laboratoire à républicains exilés. Lorsque les campagnes ont été ratissées pour trouver le bétail nécessaire, lorsque les taillis ont été retournés afin de déraciner les arbrisseaux qui partiraient pour l'hémisphère sud, les témoins racontent un élan de solidarité sans pareil. Il fallait aider la Cécopie, et le Namantek, il fallait les nourrir et préparer leur avenir dans la confraternité avec ceux qui se dépossédaient d'une partie de leur cheptel à ce moment-là", raconte Bassirou Okosso, ex-Ministre du Zanyane.
Début mai 2027, le gros du convoi est parti, les navires aiglantins débarquent déjà au Jahipte la plupart des animaux conduits par des bergers okidvoros devant passer la frontière. Dans la jeune Agorsa, les navires qabariens déposent aussi leur lot pour venir en aide aux civils zanyanais et leur redonner des moyens de production malgré la guerre et la perte de surface agricole utile. La situation d'exode et de réfugiés crée des situations humanitaires catastrophiques.
Sur 600 000 bêtes, 130 000 ne sont jamais parties des ports almérans du fait de la fin de la guerre, 320 000 ont été interceptées par les Ampalo-voltais, 50 000 arrivent à bon port, à l'été 2027, dans la jeune République chorocrate de Cécopie.
1h25. Docufiction, Marcel Grimaut.
15 Mars 2027, le Palais des Ducs résonne d'une nouvelle ordonnance royale. Celles du Roi Charles-Philippe sont rares, celle-là est importante. "Don de bestiaux", clame le porte-parole devant l'habituel par-terre de journalistes. Le Roi annonce en personne la mesure : la métropole offrira aux départements zanyanais plus de 600 000 animaux, et 84 000 arbrisseaux.
Putambé est sous blocus, affamée et bombardée par les colonnes nationales-socialistes de l'Ampalo-Volta, armées par Novgorod et soutenues financièrement par Jiyuan.
Le Ministère des Structures et son département agricole doivent relever le défi. Les ambassades d'Aiglantine et du Bardaran sont sur le qui-vive, recevant les spécialistes géopolitiques et les aventuriers blancs recrutés dans les bars à palme des chemins de latérite de tout le continent noir ; il faut faire passer la cargaison royale, nouvelle arche de Noé à destination des Fiémançais du Zanyane, de ces 30 millions de compatriotes envers lesquels une solidarité métropolitaine de grande envergure commence.
"Pour la première fois, la Fiémance a véritablement pris conscience de sa communauté avec les départements zanyanais, jusque là pensés comme lointains, comme un laboratoire à républicains exilés. Lorsque les campagnes ont été ratissées pour trouver le bétail nécessaire, lorsque les taillis ont été retournés afin de déraciner les arbrisseaux qui partiraient pour l'hémisphère sud, les témoins racontent un élan de solidarité sans pareil. Il fallait aider la Cécopie, et le Namantek, il fallait les nourrir et préparer leur avenir dans la confraternité avec ceux qui se dépossédaient d'une partie de leur cheptel à ce moment-là", raconte Bassirou Okosso, ex-Ministre du Zanyane.
Début mai 2027, le gros du convoi est parti, les navires aiglantins débarquent déjà au Jahipte la plupart des animaux conduits par des bergers okidvoros devant passer la frontière. Dans la jeune Agorsa, les navires qabariens déposent aussi leur lot pour venir en aide aux civils zanyanais et leur redonner des moyens de production malgré la guerre et la perte de surface agricole utile. La situation d'exode et de réfugiés crée des situations humanitaires catastrophiques.
Sur 600 000 bêtes, 130 000 ne sont jamais parties des ports almérans du fait de la fin de la guerre, 320 000 ont été interceptées par les Ampalo-voltais, 50 000 arrivent à bon port, à l'été 2027, dans la jeune République chorocrate de Cécopie.
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Arios
Techtopia, 2029
[img]http://www.tveskimo.com/wp-content/uploads/2015/12/The-Expanse-Remember-the-Cant-1.png[/img]
2h00. Science-fiction, Patrice Archambault.
En ce mois de Mars 2234, les rencontres internationales se multiplient entre les représentants fiémançais et le BMI (Bloc des Machines Intelligentes). Dans les ambassades, les ordinateurs du BMI discutent avec les ambassadeurs fiémançais. Les automates chorocrates tentent de traduire les pensées artificielles, mais le niveau d'intelligence des représentants-ordinateurs du BMI est de plus en plus difficile à saisir pour Opemont.
Pourtant la situation mondiale impose le dialogue. Le réchauffement climatique, provoqué par la production industrielle du BMI, pose problème à la société agricole fiémançaise, tandis que l'afflux de réfugiés est à peine régulé aux frontières chorocrates. Le BMI assure qu'en éliminant les humains survivants dans sa zone, il ralentit les conséquences de sa production industrielle sur le climat. Les négociations se poursuivent, entre tentatives d'épargner des vies et garantie du salut de l'Etat et de la société humaine du côté fiémançais.
Jeh Pourrault, un trentenaire, fait alors ses débuts comme diplomate. Il suit la totalité des discussions, tandis que la colère sociale continue de gronder dans les rues. Du côté des humains, beaucoup poussent à déclencher une guerre contre les machines avant que cela ne semble trop tard. Mais lorsque le CIRGEF révèle que les automates fiémançais, qu'on croyait limités, travaillent pour le BMI, la perspective d'une guerre parait à tous inévitable...
[img]http://www.tveskimo.com/wp-content/uploads/2015/12/The-Expanse-Remember-the-Cant-1.png[/img]
2h00. Science-fiction, Patrice Archambault.
En ce mois de Mars 2234, les rencontres internationales se multiplient entre les représentants fiémançais et le BMI (Bloc des Machines Intelligentes). Dans les ambassades, les ordinateurs du BMI discutent avec les ambassadeurs fiémançais. Les automates chorocrates tentent de traduire les pensées artificielles, mais le niveau d'intelligence des représentants-ordinateurs du BMI est de plus en plus difficile à saisir pour Opemont.
Pourtant la situation mondiale impose le dialogue. Le réchauffement climatique, provoqué par la production industrielle du BMI, pose problème à la société agricole fiémançaise, tandis que l'afflux de réfugiés est à peine régulé aux frontières chorocrates. Le BMI assure qu'en éliminant les humains survivants dans sa zone, il ralentit les conséquences de sa production industrielle sur le climat. Les négociations se poursuivent, entre tentatives d'épargner des vies et garantie du salut de l'Etat et de la société humaine du côté fiémançais.
Jeh Pourrault, un trentenaire, fait alors ses débuts comme diplomate. Il suit la totalité des discussions, tandis que la colère sociale continue de gronder dans les rues. Du côté des humains, beaucoup poussent à déclencher une guerre contre les machines avant que cela ne semble trop tard. Mais lorsque le CIRGEF révèle que les automates fiémançais, qu'on croyait limités, travaillent pour le BMI, la perspective d'une guerre parait à tous inévitable...