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Posté : jeu. déc. 03, 2015 11:02 am
par Zaldora
[justify]Vie de l'Église (locale).
9 octobre 2028

Tôt le matin du 9 octobre 2028, une cohorte de magistrats d'Adursted a forcé les doubles portes en bois massif de la prévôté inquisitoriale et occupe l'endroit. Ils revendiquent la mise de l'institution papale sous la férule des juges royaux. Tout porte à croire à une action concertée des métiers juridiques de la ville, non-armés, mais solidement barricadés à l'intérieur. La Couronne est embarrassée et l'Archichancelier s'est dit déçu que les professionnels n'aient pas exprimés leurs doléances devant lui. La police royale a bouclé les lieux et attend ses ordres. Les magistrats sont, dans leur initiative, soutenus par les commerçants ainsi que les puissants boulangers de la ville, tandis que le petit artisanat, les taverniers et les aubergistes adurstedois trouvent la situation grotesque. Les agents religieux de la prévôté pontificale sont réfugiés au sein de la nonce apostolique par mesure de précaution, ces derniers devaient reprendre leurs activités aujourd'hui même.

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Quelques jours en arrière, certains curés de campagne tels que le père Åsmund (Flodhus) et d'autres avaient lancé auprès de leurs ouailles le débat sur une participation des fidèles laïcs à la désignation de l'évêque dans chaque diocèse. L'information a depuis circulé par le bouche à oreille, paroisse après paroisse, forçant les contradicteurs d'une telle idée à sortir de leurs tanières. Curés ruraux pour la plupart, ces derniers refusent que le corps profane ne s'ingère dans les affaires religieuses et appellent à ne pas ruiner l'équilibre entre les sphères temporelle et spirituelle, en excellents termes mais distinctes l'une de l'autre. Une furieuse controverse inter-paroissiale se prépare, sans compter le courant ultra-montaniste, prêt à agir et bien décidé lui aussi à arracher aux chapitres des chanoines et au synode des évêques, les nominations épiscopales mais pour les rendre en entier au Pape et à sa Curie.[/justify]

Posté : lun. déc. 07, 2015 11:39 am
par Zaldora
[justify]Vie de l'Église (locale).
20 octobre 2028

En fin d'après-midi du 20 octobre, les magistrats s'étant enfermés au sein de la prévôté inquisitoriale le 9 octobre sortirent car leur panse criait famine. Et pour cause, ces derniers avaient seulement envisagé deux scénarios : la Couronne accède rapidement à leurs demandes ou un assaut rapide des forces de l'ordre les délogeait. Dans les deux cas, ils seraient sortis vainqueurs du bras de fer. Néanmoins, après le coup de fil des premières heures, ils attendirent de longues journées, interminables, si bien qu'à la cinquième, les provisions vinrent à manquer. Les policiers cueillirent des magistrats affaiblit par un jeûne total de six jours et un début de déshydratation chez plusieurs d'entre eux. Après un tour à l’hôpital, les occupeurs n'échapperont pas aux geôles de la ville dans l'attente de leur procès. La prévôté papale ne sera pas placé sous contrôle de la justice laïque et la première pourra reprendre ses activités d'ici le 1er novembre, délai requis pour les réparations.

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C'est au tour des prêtres ultra-montanistes de prêcher à la campagne contre l'ingérence de l'Église locale dans la nomination des évêques et pour sa restitution totale au Saint Père. Pour attirer un auditoire en dehors des gens de leur paroisse, ces derniers précisent ne pas être mariés, afin de couper cours aux suspicions, et refuser sans compromis le mariage des prêtres. Ils indiquent que l'ultramontanisme consiste à respecter la primauté suprême du souverain pontife, mais que cela n'empêche pas de lui offrir la contradiction si nécessaire, mais toujours avec déférence et sans chercher à amenuiser son importance et/ou ses prérogatives exclusives. Loyauté à Urba ne signifie pas soumission aveugle, loin s'en faut ![/justify]

Posté : lun. déc. 14, 2015 6:24 pm
par Zaldora
[justify]Bouillonnement intellectuel (2).
Novembre 2028

[center][img]http://image.noelshack.com/fichiers/2015/51/1450114641-r-n1-d9c58.jpg[/img][/center]
Ses défenseurs présentent l'animalisme comme un « humanisme » désireux de gratifier l'animal de toute sa plénitude et de sa reconnaissance en tant que créature douée d'une conscience, d'une âme, d'une liberté. En somme, les partisans de la présente doctrine admettent l'égalité entre l'homme et l'animal, au moins de fait. Nous serions donc tous des animaux. En tant que catholique, devons-nous appuyer ces avis ? La réponse est évidente, non. Les animalistes tombent dans les mêmes écueils que ceux qu'ils prétendent combattre, mais dans le sens inverse. Leurs positions sont en grande partie dictées par l'émotion plutôt que par la raison ou la réflexion. Nous devons avoir le courage de dire haut et fort que non, animaux et humains ne sont pas égaux et que oui, la vie d'un homme a plus de valeur que celle d'un animal. Pour le catholique, la réponse au débat est simple : tous les êtres vivants sont issus de la Création, autant les humains que les bêtes, les premiers comme les seconds ont été crées par les actes d'Amour successifs de notre Dieu aimant. Néanmoins, l'homme demeure le point culminant de la Création et en cela le Seigneur lui accorde ce que nous pouvons appeler la domination, qui n'est toutefois pas intégrale. L'homme doit surtout agir comme un intendant soumis au Supérieur, une sorte de jardinier du bon Dieu. Étant créatures du Seigneur, les animaux bénéficient à ce titre d’une sollicitude divine dont l’homme doit rendre une certaine bienveillance qui se résume de cette façon : il est défendu de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies. De même, il est tout aussi indigne de dépenser pour eux des sommes qui devraient en priorité soulager la misère humaine. On peut aimer les animaux ; on ne saurait détourner vers eux l’affection due aux seules personnes. Poursuivons cette réflexion en évoquant la question de l'âme animale. En ont-ils ? Pour Saint Thomas d'Aquin dans sa Somme Théologique, la réponse est négative, du moins pas une âme comparable à celle de l'homme doué de raison. « L'âme animale » doit s'entendre sous le sens d'un principe de vie référant directement au corps et à ses besoins instinctifs voire mécaniques; à l'inverse de l'âme humaine, principe de vie supérieur conduisant à la connaissance et à la grâce divine, que seul l'homme peut approcher. Cela ne veut pas dire que l'animal est dénué de mémoire, d'imagination ou de sensibilité mais qu'il ne connaitra jamais les facultés humaines supérieures que sont l'intelligence, la volonté, et l'Amour (au sens chrétien). Et ce discours, nous le tenons en étant originaire d'une société où les animaux sont partout, aussi bien en forêt (faune), que dans les champs (cheval de traite), dans les abbayes (chats luttant contre les rongeurs), sur les prairies ou encore se promenant librement autour des chaumières. Nous avons moult raisons de beaucoup les aimer et pourtant nous mettons des bornes raisonnables à notre amour réel envers eux. En conclusion, l'homme, en tant qu'intendant de la Création, doit garder un regard bienveillant sur les animaux mais ces derniers lui sont intrinsèquement subordonnés. Se basant sur la Somme Théologique du Docteur Commun, le droit thorvalois mentionne dans ses textes l'existence d'un principe de vie chez l'animal, toutefois inférieur dans la hiérarchie à celui des êtres humains. Si bien que les controverses, ailleurs dans le monde, portant sur le statut juridique de l'animal, à savoir si celui doit être considéré comme un objet ou un être vivant, nous paraissent, vu d'ici, assez saugrenues voir même arriérés.

Anna Svendsen, philosophe et poétesse.[/justify]

Posté : jeu. déc. 17, 2015 8:11 pm
par Zaldora
[justify]Bouillonnement intellectuel (3).
Novembre 2028

[center][img]http://image.noelshack.com/fichiers/2015/51/1450377359-village-au-thorval.png[/img][/center]
En politique, au sens noble du terme, il existe deux notions essentielles sur lesquelles vous pouvez sans crainte vous reposer pour juger du sérieux d'une philosophie. En l'absence, méfiez-vous en par principe, car elle pourrait mener la société vers la ruine et éteindre l'éclat qui était le sien. Le premier principe est l’enracinement. Cela recouvre les us, les coutumes, les habitudes, les traditions, la mémoire et les attachements vitaux. Tout ce qui permet de maintenir l’enracinement est bon, salutaire et nécessaire. Attention, nous ne faisons pas allusion à un vulgaire spectacle folklorique à offrir aux touristes mais bel et bien des usages qui sont l'expression de l'identité réellement vécue des peuples. Nous ne militons pas non plus pour la sauvegarde d'une culture uniforme et imposée par une capitale orgueilleuse, mais pour la préservation des traditions, de toutes celles qui existent dans les provinces, jusqu'à celles du plus insignifiant des hameaux. Ainsi, l'apprentissage et l'usage des dialectes n'est pas un danger pour le rayonnement du Thorvalien standard, mais une richesse inépuisable pour nous tous et un puissant rempart contre toute volonté de subversion ou de domination d'une langue sur le plan mondial. L'enracinement est la connexion aux racines profondes, lesquelles insufflent la sève vivifiante aux branchages et aux feuilles, donnant au peuple la tranquillité de l'avenir et barrant la route de sa décadence. Le deuxième principe est la transcendance et revêt une importance sans doute encore plus fondamentale que le précédent. L'attachement à la transcendance se décline dans tout les domaines. Dans le domaine religieux, elle s'illustre par des Chrétiens affirmant leur Foi dans la résurrection du Christ et la Présence Réelle, des Chrétiens qui manifestent en outre leur amour pour Dieu et le prochain, autant que pour la prière, la sacralité, la contemplation et le témoignage de l'évangile. Que les Chrétiens veillent aussi à rejeter absolument le poison naturaliste et rationaliste qui s'emploie depuis quelques temps à transformer le catholicisme en une sorte de philosophie humanitariste, désenchantée, désacralisée, fondée sur de vagues prétentions d'amour et de tolérance, l'ensemble, couplé à un dynamisme laïc ayant un mal fou à occulter la tiédeur spirituelle de ses promoteurs. Dans le domaine artistique et littéraire désormais, l'attachement à la transcendance s'exprime par la quête continuelle du Beau à la place du fonctionnel, du froid, du morne, du laid et du sans vie. La quête du Beau élève les âmes, leur fournit la paix et les prépare à la contemplation des merveilles et des vérités célestes. Dans le domaine politique et juridique enfin, la présence de la transcendance dans les esprits se manifeste par la reconnaissance de l'autorité de Dieu. Elle signifie que le Seigneur règne dans la Cité, non pas exilé. Par cela, nous n'entendons pas un contrôle absolue du clergé, ni un règne physique du Christ sur terre comme le prétendent les sectes millénaristes, mais un règne de justice et d’amour qui offre aux hommes la véritable liberté. Ce règne se traduit par un gouvernement au service du Bien Commun, ni à celui des opinions, des intérêts privés, qu'ils soient de nature médiatique, financière, familiale ou de parti, mais du Bien Commun seul. Ceci requiert le souci éternel d’entretenir, dans la Cité, une véritable amitié politique, ainsi que, pour l'autorité, un sens aigu de la justice et sa recherche dans toute chose. Qui de mieux qu'un roi pour remplir une mission si pleine d'embûches et si difficile ? Un royalisme traditionnel, bien entendu, puisant sa justification dans le principe (encore lui) de transcendance et dans la mission de justice. Nous rejetons en effet le royalisme moderne qui est, lui, soit mis au service d'une doctrine nationaliste, soit usé comme prétexte aux actes misérables d'esprits chagrins qui gravitent autour du roi, soit usé comme principale attraction d'un spectacle médiatique affreux.

Christer Hagbardsen, philosophe et musicien (accordéon).[/justify]

Posté : dim. déc. 20, 2015 8:22 pm
par Zaldora
[justify]Vie judiciaire locale.
29 Novembre 2028

[center][img]http://image.noelshack.com/fichiers/2015/51/1450640508-main-sceptre.jpg[/img][/center]

Me Skovarbejder, avocat de renom, se rendit à la taverne villageoise Au relai du baladin à environ un kilomètre au sud-ouest d'Adursted. Il y avala trois chopines de bière, avant de partir sans payer. L'individu fut très vite rattrapé par le tavernier grâce au soutien de quelques habitués et de paysans dehors. Ils présentèrent l'avocat devant la prévôté [royale] avec des vêtements passablement salis et déchirés, mais sans blessures physiques, en dépit de l'avoir plus que généreusement secoué au cours du trajet. Les affaires de grivèlerie étaient réservées à la moyenne justice seigneuriale, sauf lorsque le délit se déroulait sur les terres du domaine royal, comme aujourd'hui. Ainsi, la prévôté s'attela de plein droit à instruire le dossier. Après moult enquête et récolte de témoignages, l'avocat ne pu nier davantage et avoua son méfait. Ses connaissances juridiques, son expérience et son renom ne lui furent d'aucune aide, d'autant que son statut de notable ne jouait pas en sa faveur, non plus. En effet, on estimait au Thorval que les personnages de plus haut rang jouissaient d'une responsabilité accrue et avaient un devoir d'exemplarité supplémentaire. De ce fait, la justice se montrait plus sévère dans ses arrêtés avec eux et n'hésitait pas à en faire des exemples. Skovarbejder s'attendit au pire mais fut soulagé à l'annonce du verdict : condamné à payer mille fois la note impayée en guise d'amende et d'y mettre du sien pour effectuer une livraison d'alcool à la taverne lésée, en tant que travail d'intérêt communautaire. Il s'acquitta de la pénalité et n'avait plus qu'à se rendre dans une semaine au lieu indiqué, près d'un monastère, pour débuter ses travaux.

Les sept jours passèrent... Libéré du joug, Skovarbejder s'étala sur le sol froid, les épaules meurtries, essoufflé et épuisé par l'effort. Pendant des dizaines de minutes qui lui semblèrent interminables, celui-ci dû tirer et tirer encore une charrette chargée de tonneaux de bière. A l'arrière, le conducteur et une bonne vingtaine d'humbles à pied s'étaient attelés, tout du long, à égayer l'ambiance, à l'encourager, en sifflotant et en chantant comme à une fête de village. « M'nage ton souffle l'ami, y'a le r'tour qui reste ! » conseilla le tavernier d'un air amusé. « Non, monsieur a effectué avec brio et courage son travail d'intérêt communautaire. Il a payé sa dette et la justice est satisfaite. » indiqua avec plus de sérieux l'agent judiciaire pour l'application des peines. L'avocat s'assit avec difficulté, jura avoir compris la leçon et qu'on ne l'y reprendrait plus.[/justify]

Posté : lun. janv. 04, 2016 2:45 pm
par Zaldora
Rumeurs lugubres.
(11 janvier 2029)

[justify]En plein mois de janvier, le ciel affichait une curieuse couleur azur. On aurait pu croire à l'été si la neige ne colorait pas si parfaitement le paysage et qu'un vent persistant ne balayait la plaine. Dronningård était une paroisse aux chaumières à colombage, de cent vingt âmes. Un artisanat bienvenue s'y pratiquait et la présence d'une sage-femme et d'un médecin faisait partie des quelques services nécessaires, présents dans la communauté villageoise. Sinon, la plupart était paysan et en plus des soins données aux oies, aux poules, aux cochons et aux moutons, ils cultivaient les champs d'avoine et de seigle attenant aux habitations. On distinguait aussi des prés et les jardinets nourriciers, paillés et entourés de pierres sèches. Les habitants s'étaient regroupés devant le parvis de la vieille chapelle gothique pour entendre les déclamations du crieur. Un frisson traversa l'auditoire quand l'existence d'une dangereuse maladie dans un très lointain pays d'orient fut révélée. Les messes-basses gagnaient le public. Dernier-né soigneusement enveloppé dans leurs bras, de jeunes mères s'adonnaient à des prières silencieuses. Une voix vieillit et enrouée interrompit le tapage. Une femme très âgée se tenait là, derrière eux. Elle portait un vêtement de toile usée et un capuchon couvrait son chef. Constellée de crevasses, sa face faisait peur aux petiots. Quand était-elle apparut ? Cela était bizarre et inexplicable.

« Nul ne sera épargné, pas même les humbles de cet hameau... l'avidité des hommes a libéré un terrible mal des profondeurs de la terre. La grande persécution des démons va commencer. Dans un temps qui n'est pas loin, des bourgeois viendront depuis cette direction et vous mourrez tous comme de petits pesteux. »

L'inconnue désignait le nord et vraisemblablement la capitale, située à une bonne vingtaines de kilomètres. La foule avait peur et semblait comme hypnotisée par la vieille qui lui intima de FUIR SANS DÉLAI, avant de disparaitre elle même en courant.

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Quelqu'un tambourinait aux portes, des coups répétés et agressifs. Felicia alla ouvrir et tomba nez à nez avec une foule de gens de toute âge, des familles entières, que les gardes n'avaient pas su retenir.

« Nous d'mandons le gîte et le couvert ! Not' village est mort. Est-ce que Sa Majesté est au logis ? » lança un paysan. Interloquée, la servante en comptait une centaine, dont le curé. « Je dois vous annoncer, mais il va être difficile de vous loger tous. Cette demeure n'a pas la taille d'un palais » répondit-elle. « Ils arrivent d'un village des environs » ajouta le capitaine des gardes. La domestique n'eut-elle ensuite le temps de se retourner, que la reine, surement alertée par le boucan, s'approchait. Tous le monde fit révérence et un rural s'activa pour expliquer la situation :

« Avec la maladie orientale Majesté, on nous a dit qu'on crèvera tous de cette peste ! Les démons vont s'en prendre à nous ! Le gîte et le couvert, Majesté, ayez pitié de nous. Une sorcière est venue ! » cria-t-il paniqué. « Une sorcière ? » s'étonna Annabelle, dubitative. Néanmoins une sincère crainte se lisait dans le regard de ces hommes et de ces femmes. Prise de compassion, la reine tâcha de les rassurer : « N'ayez plus peur. Entrez, nous allons tirer cette affaire au clair. » Tout en lançant nombre de remerciements, de bénédictions et d'autres formes de respect, ce qui semblait être l'ensemble du village pénétra au sein du château avec calme et sans se bousculer. Une demi-heure passa, ils étaient désormais tous réunis dans la Grand-Salle, principal lieu de vie, debout derrière la souveraine. Face à eux, surveillée par deux unités d'infanterie, la responsable de toute cette histoire. Quelques gardes lancés à sa poursuite n'eurent en effet pas de mal à la retrouver.

« Est-ce vous qui troublez la tranquillité de nos gens ? » s'enquit la reine. La sombre dame ricana : « Je les préviens du danger ! Ô Annabelle, ta puissance ne te sera utile en rien face à ce qui vient. Permet moi de rester à la cour et je te protègerais, proposa la folle. – Hors de question, rétorqua gravement la reine, vos tours de magie n'ont pas leur place ici. – Dommage, marmonna l'ancienne, car si puissante soit tu, personne ne... ». La crosse d'un garde mis fin à ses balivernes. La souveraine ordonna qu'on conduise la pauvre femme à l'hôpital où un prêtre la visitera. Elle s'appuya ensuite sur son chapelain pour qu'Adursted envoie un exorciste inspecter Dronningård et rassurer ses habitants. Ces derniers restèrent toute l'après-midi au château avant de retourner sans crainte au sein de leurs foyers en début de soirée. Qui était la vieille dame ? Une ermite ayant perdu la raison ? Une voyante marginale cachée dans les forêts du royaume ?[/justify]

Posté : ven. janv. 08, 2016 2:09 pm
par Zaldora
[justify]Commentaire-avis de la sphère intellectuelle (1).
Janvier 2029

[center][img]http://image.noelshack.com/fichiers/2016/01/1452259592-banniere-st-empire-romain-germanique.png[/img][/center]
L’élection d'un fils de Cham sur la chaire pétrinienne est une bénédiction de Dieu car elle a, après étude et selon toute vraisemblance, empêché le retour en grâce du Saint Empire ou d'une forme alternative de celui-ci. Les chefs de la Chrétienté sont-ils candides au point de croire à une institution rénovée qui serait la bonne ? Cela équivaut à courir derrière les mirages. La vocation profonde de l'Empire d'Occident est de regrouper les peuples, les royaumes et les principautés pour les gouverner tous. Bien que jadis les empereurs exprimèrent rarement eux mêmes leur prétention au dominium mundi, la finalité de la Couronne qu'ils ceignaient ne tolérait pas d'équivoque. Les ambitions de Viktoria Ière sont dans le fond identiques et il n'y a que la forme qui change : au lieu de les conquérir par la force, la fille de Friedrich IV se pose en défenseur suprême de la Chrétienté et appelle les souverains à rallier sa bannière pour profiter de la force protectrice de sa puissante armée. Agenouille-toi devant moi et tu te relèveras en vassal, certes, mais sous bonne protection ! L'entreprise n'a, Dieu merci, qu'un succès limité. Les volontés de domination continentale enrobées de sentiments pieux sont claires mais il continue, malgré tout, d'exister des individus en faveur de l'empire. L'exemple le plus concret est le Viertenstein qui pousse sa fascination pour l'institution impériale jusqu'à l'absurde par son refus de reconnaitre le prédicat de « Majesté » à d'autres souverains, que l'empereur. Le plus grand mystère réside néanmoins dans la contribution du Thorval à ces fantasmes. Que vient-il faire ici ? Pourquoi agit-il pour la restauration d'une dignité pour laquelle ses sentiments sont au mieux indifférents, au pire franchement hostiles ? La soumission à un empire, quelque soit sa forme plus ou moins concrète, est contraire à son histoire, à ses habitudes et à ses traditions. Cela ne lui correspond pas. Ou Sa Majesté se fait violence depuis le début, ou croit-elle comme les autres que l'on peut réformer une couronne biaisée à l'origine, ou encore met-elle son influence au service des peuples empiristes pour que ceux-ci puissent jouir d'un empire à leur image, et non subir une monture dominatrice monstrueuse, qui plus est frelatée par l'odieux nationalisme schlessois. La réponse se situe certainement dans un mélange des trois. Ces interrogations, nous pouvons également les avoir pour la Fiémance. Il est intéressant d'ailleurs de constater qu'ils sont tout deux isolés aujourd'hui. Le premier à cause du tropisme qui pousse les nations germaniques à se rapprocher entre elles, la seconde du fait de son schisme, que nous interprétons comme la conséquence d'une vision trop politique des choses, au fond, un désespoir. Récemment, nous avons eu vent de rumeurs concernant quelques desseins biens décidés à provoquer l'abdication de Viktoria Ière. Une bonne initiative, pourvu qu'elle soit suivit de l'abrogation du titre impérial et de la proclamation d'un royaume au Schlessien. Qu'on se fasse une raison sur les chimères impériales et qu'on enterre les orgueilleuses prétentions des souverains impériaux. Dans le même temps, prions pour que les Rostovs ne nous ressortent pas la version orthodoxe avec le Tsar. Ces derniers devraient plutôt regarder la période antérieure lorsque la Rostovie était une principauté, période d’où elle tire d'ailleurs son assemblée actuelle, le Vietche.

[quote]Pilate lui dit : « Tu es donc roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité : quiconque est de la vérité écoute ma voix. » (Évangile de St Jean, chap. 18 verset 37)[/quote] [quote]Ils feront la guerre à l'Agneau, mais l'Agneau les vaincra, parce qu'il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois, et ceux qui l'accompagnent sont les appelés, les élus et les fidèles. (Apocalypse de St Jean, chap. 17 verset 14)[/quote]
Il est assez clair tout de même que nous n'avons pas besoin d'un humain Roi supérieur aux rois. Ce Grand Monarque nous l'avons déjà en Jésus Christ.

Matthias Snorresen, Écrivain-Essayiste.[/justify]

Posté : sam. janv. 16, 2016 2:07 pm
par Zaldora
[justify]Société.
17 février 2029

Depuis le mercredi des cendres (14 février), les gens sont entrés en Carême, période de jeune et de prière dans l'attente de Pâques qui est le sommet de l'année religieuse. Au niveau politique, la Chrétienté était déchirée, du moins en apparence. Le courrier du Grand Chambellan pour le fraichement couronné souverain alémanique fit grand bruit car pour la première fois, un officiel du royaume s'opposait sans retenue, de façon claire et précise au saint empire, et ne manquait pas de nier la primauté hiérarchique des empereurs sur les autres. Agacé par le ton et le contenu, le prince viertensteinois, partisan de l'empire, préféra éluder la question et appeler à l'unité. Bien que connu pour ne pas être très enthousiaste vis-à-vis de la Couronne impériale, le Thorval semble, depuis l'échange diplomatique, passer une étape dans son hostilité. Rejoindre le Saint Empire, se rabaisser pour le Saint Empire, contredit par trop l'esprit de liberté et d'indépendance qui parcourt l'histoire du pays depuis au moins le VIIIe siècle. Dans la société, la dynamique rejoint la première et on ne trouve guère d’enthousiasme à l'idéal d'une unique coupole des peuples chrétiens sous la direction d'un monarque se plaçant au dessus du reste des serviteurs. En ville, le Saint Empire est perçu comme un spectre qui plane au dessus des têtes et il existe chez les citadins, de tout ordre, la crainte de s'endormir au royaume et de se réveiller en terre impériale. A la campagne, la question est considérée avec davantage de détachement, sans que le fond ne change : l'individu habillé du pourpre impérial est un souverain étranger qui n'est pas celui des paysans. D'universel, il y a le Christ et son Église, d'autres constructions ne peuvent prétendre à l'universalité sans devenir des Tours de Babel.

[img]http://image.noelshack.com/fichiers/2016/02/1452947301-alchimiste.png[/img]

Un individu traverse le Thorval à pied et prétend être un alchimiste de 550 ans qui aurait découvert et bu un l’élixir de longue vie. Il soutient posséder la panacée (médecine universelle) capable, entre autre, de guérir la peste levantine. Son breuvage parait être un distillat de vin mélangé à des ingrédients inconnus. Les paroisses sont restées incrédules, indifférentes ou méfiantes à son passage. Nul n'est prophète en son pays, il espère se rendre en Orient, là ou sévit la maladie.[/justify]

Posté : lun. janv. 25, 2016 3:23 pm
par Zaldora
[justify]État des lieux sur les habitudes législatives et normatives.
Mars 2029

En 2028, comme les précédentes années d'ailleurs, la Couronne n'a pas été très active en terme de législation, de normatisation et de règlementation. Les chiffres sont clairs : seules deux nouvelles lois promulguées, deux arrêtés nominatifs pour les entrées en poste d'un Grand Chambellan et d'un Ministre royal des affaires étrangères, aucun décret réglementaire pour densifier une loi, ni de circulaire explicative. Comme affirmé ci-dessus, ce n'est guère une anorexie passagère, le Recueil des Lois crée en 1963 et qui regroupe toutes les lois en vigueur partout au Thorval ne compte que deux cent vingt pages. De plus, le nombre de règlements et de normes publics en cours dans le royaume dépasse à peine cent.

Une explication de ce vide en droit positif se situe dans l'importante place accordée au droit coutumier. Des milliers et des milliers de coutumes traversent toujours le pays, varient d'une province à l'autre et organisent la vie en société. C'est elles par exemple qui règlent les questions d'héritage et, invoquer la coutume devant une cour de Justice est recevable. Cela ne garantie pas la victoire, tout dépend du dossier, mais les juges en tiendront compte. De véritables vertus sont accordées à la coutume et l'on est aussi persuadé que si l'une d'elle est mauvaise, elle finira par disparaître. L'autre raison du manque de positivisme juridique réside dans la conviction que si le droit écrit est nécessaire et que la coutume ne peut absolument tout encadrer, multiplier sans cesse les textes législatifs déprécie le droit. On ne doit pas, à chaque problème, répondre par un arsenal législatif. En moyenne, les lois royales comptent entre une et vingt pages. Les articles posent le cadre général et l'esprit. Cela suffit. Il ne reste plus qu'à faire confiance. Certains thèmes requiert d'être plus spécifique sur les cas de figure mais ce n'est pas et cela ne doit jamais être systématique.

Parmi les normes et règlements, il y a les code généraux relatif au travail, à l'environnement, à la santé, à l'urbanisme, à la ruralité qui sont légitimes, et les choses ne s'emballent pas plus loin. La folie réglementaire qui irait poser une règle pour le plus insignifiant des détails n'a pas sa place et de toute façon, personne ne s'y plierait. Le rôle de l'État est de garantir le Bien Commun, pas d'intervenir dans la vie des gens du berceau à la tombe. Ce n'est par exemple pas à lui (ni aux provinces, ni aux localités) d'annoncer une taille obligatoire pour les fenêtres, la forme d'une cheminée, la couleur des couvertures en vente ou d'interdire de distribuer les restes d'un banquet public. Au niveau local, la vie politique est très dynamique car elle est la seule qui intéresse véritablement les gens. Pourtant, même à cet échelon, l'emballement administratif, législatif et normatif n'a pas lieu. Une assemblée de village est autre chose qu'un document exécutoire à venir. La politique au sens noble du terme ne se réalise pas qu'à coup d'arrêté, et heureusement.

Le droit thorvalien a néanmoins aussi ses propres tares et celles-ci consistent surtout en une flopée de lois insolites ou devenues obsolètes. Ainsi, il est par exemple défendu à quiconque de se rendre à la Cour en arborant une cotte de maille sous le pourpoint. L'interdiction date de la fin du haut Moyen age (919), à une époque où la noblesse était beaucoup plus frondeuse et moins disciplinée. A caractère plus insolite, la justice considère qu'un individu est sobre tant qu'il n'est pas tombé par terre. Certains juristes toutefois interprètent en y ajoutant la titubation et la brutalité inconsidéré (mai 1817).[/justify]

Posté : lun. févr. 01, 2016 12:15 am
par Zaldora
[justify]Commentaire-avis de la sphère intellectuelle (2).
2 avril 2029

[center][img]http://image.noelshack.com/fichiers/2016/05/1454284385-caesar-imperator.png[/img][/center]
Le géopoliticien Sergueï Terek a commis un article pour Kollektiva Rabota (Vers un nouvel ordre) dans lequel il constate l'inéluctable ascension du Raksasa au rang d'hyperpuissance. Si nous ne nions pas les chiffres rapportés, nous sommes en revanche surpris par le manque d'importance accordé par l'auteur à l'aura culturelle. Elle se trouve mentionnée par endroit mais notre collègue insiste plus généreusement sur la force économique, les capacités de projection et la taille de l'arsenal nucléaire, avant d'en faire LES facteurs déterminants. Nous pensons que c'est une erreur. Le volet civilisationnel n'est pas une composante parmi d'autres mais LA clé de voûte de toute politique de puissance digne de ce nom. Sans elle, nous avons à faire à un monstre dominateur et destructeur mais fragile en fin de compte. Pourquoi ? Parce qu'un tel léviathan n'a pas les moyens d'assoir son rayonnement morale sur des peuples différents, et encore moins ceux requis pour durer mille ans (curieux comme beaucoup de mégalomanes entendent singer le Millénium en prédisant mille ans à leur œuvre. Était ce aussi la lubie de Terienkov ?). Les légions furent source de grande fierté pour Urba et contribuèrent, à plus d'un titre, à la domination des Augustes mais elles n'en furent pas l'explication principale. L'Empire s'est étendu sur plusieurs siècles grâce à l'éclat de sa culture et à la fascination qu'elle imprimait dans l'esprit des peuples conquis et du dehors. Les États-Unis s'en inspirèrent en imposant une culture de masse dans le monde entier. Ils remportèrent le combat contre l'URSR et dominèrent ensuite la planète jusqu'à la décennie 2010. Jamais aucun n'empire n'a prospéré sur ses capacités brutes, sa propension aux menaces et son habileté à user de la verge. Cela fonctionne au départ, durant un temps, avant que les vassaux qu'il emprisonne se soulèvent et rebattent les cartes. La Pax ne peut exister sans l’élément culturel, source de sa vie et de sa vigueur à travers les ages. Sans lui, la Pax est artificielle, fragile et vouée à dépérir. Il n'y a pas d'hyperpuissance sans éclat civilisationnel.

Gadde Kulbensen, philosophe et sculpteur.[/justify]