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Posté : lun. févr. 04, 2019 3:22 pm
par Zaldora
[justify]Au cœur de Thorval (33).
12 avril 2038,
Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.
La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois, elle sera relatée ici :
[center][img]https://zupimages.net/up/19/06/d91n.png[/img]
Freydis au cœur des tensions entre deux clans.[/center]
- La situation se tendait dans le Steinnlag entre les deux principaux clans de la région : Ørlyging et Þorgunnring. Ofeig souhaitait épouser Freydis néanmoins le cousin de celle-ci, Hraði, était en conflit ouvert avec Neskonungr, grand oncle d'Ofeig, et menaçait d'incendier sa ferme ainsi que tout le village. Afin de réguler le chaos social, les Leikniring proposèrent d'arbitrer la querelle lors de leur prochaine Ætting [assemblée de clan]. Nul doute que la Heimanfylgja [dot] et le Mundr [Douaire, apport du mari] y seront âprement négociés. Au sein de la société thorvaloise, les couples mariés s'aimaient-ils ? Oui mais parfois non. C'est pourquoi un dicton disait que l'amour ne s'épanouissait qu'après le mariage, lorsque les deux apprennaient progressivement à s'aimer. Et si l'union ne marchait vraiment pas, le couple se séparait mais ne divorçaient pas. Généralement, les coutumes autorisaient la femme à conserver tant sa dot que le douaire de son mari.
- En le pays de Moldar, situé près des marches occidentales du royaume, le seigneur Egil Ier fit trancher les deux poings d'un paysan aisé tentant de voler la ruche d'un paysan pauvre qui n'en possèdait aucune autre. Pour un vol analogue, le malheureux serait quant à lui repartit libre. Les coutumes punissaient plus sévèrement la rapine fait à un faible que celle effectuée au détriment d'un riche. Par ailleurs, un crime de même nature était vu comme plus grave lorsqu'il était commis envers des femmes ou des enfants que des hommes. Une sollicitude louable présente dans les us nordiques bien avant l'ère chrétienne, existante également au sein de la Loi salique. A son arrivée, l'Église arrosa les graines et développa ces divers principes de charité au cours d'innombrables conciles régionaux.
- L'Évêque de Jensgård a excommunié le bourgeois Magnus Sørensen dont la taverne, l'Enchanteresse, était devenue un véritable bordel proposant une dizaine de filles de joie et quelques chambres. Avant la sentence, l'accusé fut prévenu à trois reprises pour le laisser se confesser et corriger ses actes. En vain, aucune patience ne sembla en mesure de le convaincre. Le tavernier était désormais hors de l'Église, privé de sépulture et de sacrements.[/justify]
Posté : mer. févr. 06, 2019 6:35 pm
par Zaldora
[justify]Diplomatie.
18 avril 2038,
[center][img]https://zupimages.net/up/19/06/ylvo.png[/img]
Scriptorium d'un monastère situé dans le Miðgarðr.
En tant que personnes instruites, les moines partent ponctuellement
en mission à l'étranger.[/center]
La diplomatie menée par le royaume n'est pas très active, en voici une synthèse.
(Les provinces peuvent disposer de leurs propres relations mais n'ont plus fait usage de la prérogative depuis longtemps).
Charge dédiée aux relations étrangères : jamais fondée.
Attitude diplomatique : Légère entreouverture, relations timides avec une poignée de pays, sans coopération notable. Le fort isolationnisme demeure, comme depuis cinq siècles et demi.
Ambassadeurs étrangers basés au Thorval : aucun.
Ambassadeurs thorvalois permanents à l'étranger : aucun.
Diplomates thorvalois en mission à l'étranger : deux (en visite chez le Pape ; sillonne les foires agricoles paysannes de Dytolie).
Affaires internationales : désintérêt et méconnaissance.
Vision géopolitique : aucune.
Avis sur les organisations int. : indifférence. [/justify]
Posté : lun. févr. 11, 2019 5:13 pm
par Zaldora
[justify]Chroniques des Noces.
30 avril 2038,
[center][img]https://zupimages.net/up/19/07/8hff.png[/img]
Enluminure d'un moine thorvalois anonyme représentant
les jeunes fiancés, quelques temps avant le mariage (ci-dessous). [/center]
Vingt jours après Pâques, le carillon des églises rurales annoncaient la messe sous un ciel bleu printanier. Tout avait l'air normal mais dans le Tertrland, on s'agitait. Après presque deux ans de veuvage, la Reine Marie III allait finalement se marier avec son fiancé le baron Anatolios des Ménechmes. Pour ce dernier, l’événement figurait l'accomplissement de sa vie et l'ultime récompense des mois passés à courtiser sa Dame, la couvrant de poèmes et de fleurs, participant pour elle à une grande quête et à nombres de combats contre les brigands. Comme promis, elle lui ouvrit finalement son cœur, et le noble jubilait en ce jour. Lui même avait beaucoup changé, passant d'homme maladroit éprit de vie mondaine et bourgeoise à fier guerrier endurci et habitué à la rudesse de la vie.
Il n'existait pas dans les coutumes de vêtements spéciaux pour les mariages, les deux fiancés revêtaient simplement leurs plus riches et beaux vêtements. Aussi, la chambre de Marie, dans le donjon, était aujourd'hui éblouissante de soies et d'or. D'aucunes servantes s'attelaient à tresser - en cascade - sa chevelure châtain, quand d'autres l'atournaient. En premier, la Reine enfila une chemise [sous-robe] blanche en fine toile de lin, avec une légère teinte de safran. Par dessus, elle se vêtit d'un pelisson hermin, une très fine fourrure d'hermine enfermée entre deux étoffes, de façon à n'apparaître qu'aux bords du vêtement, aux manches et au cou. Vint finalement la pièce maitresse qui recouvrit le reste presque en entier : un superbe bliaud [robe] très léger en soie verte brochée d'or qui descendait jusqu'au sol. Les manches, très larges et fort longues, traînaient aussi à terre et l'on voyait, par-dessous, les manches ajustées du pelisson avec leur étoffe violette et leurs galons d'or. Le corsage de la robe était collant, avec un mini décolletage carré sous lequel on pouvait voir la goule de l'hermine fourrée. La jupe, fendue par derrière, était à tout petits plis ; entre le corsage et la jupe, une pièce d'étoffe souple et légère, épousait étroitement les hanches et le ventre. L'encolure de la robe d'apparat était ornée de larges galons d'or. Un vêtement de luxe que la Reine ne portait qu'aux grandes occasions. Le reste du temps, elle se contentait d'une bonne cotte de laine et d'un bliaud d'une pièce, sans luxe. Enfin, on lui posa la couronne et un voile sur la tête. Du coté de l'époux, sa préparation prit moins de temps, ses atours consistèrent en des chausses en soie marron, une tunique de soie bleue, un mantel doublé de fourrure et un chapel sur le chef.
Des jongleurs et des musiciens jouant de la vielle, de la flûte et de la harpe nordique ouvrirent le chemin au cortège. Comme le dictait l'usage, les deux mariés se rendirent à l'église à cheval. Leurs bêtes furent apprêtés pour l'occasion, recouvertes notamment d'une belle couverture écarlate. Les saltimbanques s'en donnèrent à cœur joie tandis que des hobereaux et des paysans vinrent, le long du chemin, garnir le convoi et s'ajouter aux gens du clan, aux amis, aux guerriers de Marie et à la parenté de l'époux, rare, mais présente malgré tout. D'ailleurs, on ne l'a sentait pas très à l'aise. Le cortège arriva finalement près de l'église et s'immobilisa. Là, chacun descendit, qui de son pallefroi, qui de son chariot (réservé aux enfants et aux vieillards). Le vacarme des conversations reprit de plus belle, aussi bien que les rires, mais tous firent silence lorsque le prêtre Arnmundr se montra sous le porche, où le mariage devait avoir lieu devant un millier de témoins. La cérémonie débuta lorsque les deux fiancés s'échangèrent leurs consentements, la main droite dans la main droite. Ensuite, l'homme de Dieu les encensa, puis questionna la foule sur un quelconque problème quant à l'union. Celle-ci rétorqua ne pas s'y opposer « Nous ne savons que fors bien ! », après quoi le curé promit l'excommunication à quiconque s'opposera désormais aux noces. C'est alors que l'on procéda à la dation. Puisque le mariage était matrilinéaire, c'était le parent du baron qui s'avança et qui donna Anatolios à Marie. Avant de poursuivre avec la cérémonie de l'anneau, les fiancés firent l'aumône aux paysans qui attendaient patiemment le moment. Ces derniers reçurent des pièces d'or et d'argent, et des deniers. Les malades s'empressèrent de toucher l'habit de la Reine et lui demandèrent d'apposer ses mains sur leurs têtes afin que Dieu les guérisse. Elle exhaussa volontiers le souhait des plus humbles en son royaume. Après ce moment de charité, la cérémonie de l'anneau et de la dot s'effectua selon un rituel très précis composé de prières, de formules, de gestes, de bénédictions et des va-et-vient du prêtre entre l'autel et le parvis, culminant lorsque Anatolios se saisit de l'anneau et le mit successivement au pouce, à l'index et au majeur de sa femme, prononçant au même moment : « Au nom du Père… et du Fils… et du Sainct Esprit » avant de le glisser pour de bon sur le doigt de la main gauche avec ces paroles : « Marie, de cest aniel, t'espeuse et prenc en ma femme et mon espeuse, et me consent en ti ». La Reine dit la formule à son tour mais sans anneau, car c'était là un signe réservée uniquement à la mariée.
Alors, l'officiant prit les mariés par la main droite et les conduisit à l'intérieur de l'église par la voûte d'épées et de haches que formèrent les guerriers de Marie. Arrivés au milieu de la nef, les époux se prosternèrent et restèrent inclinés pendant la bénédiction du prêtre. Là dessus, on les mena dans le choeur, tous deux près l'un de l'autre. La messe pouvait dorénavant commencer. Lors de l'Offertoire, cierge en main, les mariés effectuèrent leur offrande avant de se prosterner, au moment du Sanctus, pour recevoir la bénédiction solennelle du père Arnmundr. C'est là que quatre jeunes écuyers, dont l'écuyer de la reine, le petit Valdríkr, étendirent un grand voile pourpre au dessus de la tête du couple. Comme de coutume, le drap fut placé sur la tête des deux mariés en signe d'égalité, la famille reposant sur les deux parents et le clan. La cérémonie fut encore marquée par la communion au pain et au vin, et l'instant où Anatolios reçut le baiser de paix du prêtre avant de le porter à sa jeune femme, l'embrassant délicatement au milieu du sanctuaire, au pied de la croix. La messe fut belle mais peu solennelle à cause des gens du clan s'adonnant à de constant va-et-vient dans les allées, donnant tout du long une impression de chahut et de désordre.
Tout le monde revint à Frueborg où l'on banqueta, dansa et jouta toute la journée. Appesantit par l'hydromel et la bière, les jouteurs frappèrent souvent à coté et manquèrent plus d'une fois les quintaines. A la tombée de la nuit, un clerc accompagné par deux clergerons se présenta pour bénir la chambre nuptiale. Ce dernier, en étole, fit lentement le tour du lit paré d'un covertor et multiplia les bénédictions et les prières. Très vite, Marie et Anatolios rejoignirent la chambre pendant que les invités continuèrent à boire et faire ripaille afin d'oublier la peur des aiguillettes. L'angoisse se dissipa quelques temps plus tard quand le chancelier déboula dans la Grand'Salle en criant « le Roy a pu ! Mort au desmon ! ». Les époux avaient en effet prit leurs précautions contre les noueurs d’aiguillettes en se tenant hanches, genoux et coudes accolés pendant la messe de mariage. Le mari avait aussi garnis sa poche de sel. Le mariage était définitivement consommé, la jeune épousée Marie III se rendra bientôt discrètement à l'église afin de suivre un rituel de purification.[/justify]
Posté : lun. févr. 18, 2019 4:13 pm
par Zaldora
[justify]Chroniques du Jeu.
24 mai 2038,
[center][img]https://zupimages.net/up/19/08/lbsg.png[/img]
L'écritoire devant lequel écrit Marie. [/center]
Presque une lune après son mariage, la Reine s'était déjà remise au milieu du Jeu : celui des luttes féodales, des guerres privées, des pillages, des vengeances, des coups de main, des ruses, des complots, des intrigues, des secrets, des trahisons, des querelles et des rançons. Dans le même temps, elle tenait son rôle d'arbitre et rendait la justice aux gens venant la voir. Ce mois de mai était un curieux temps de paix : les expéditions militaires se faisaient rares et des journées entières passaient sans l'appel du tocsin. Une sensation étrange pour Marie III, prise au dépourvu, car de même que pour ses pairs, alliés ou ennemis, le plus pressant des problèmes a presque toujours été de trouver les moyens de combattre et de prospérer dans le chaos féodal, pas d'administrer la paix, chose inhabituelle, qu'elle confia au chancelier.
La suzeraine se situait au sein d'une chambrée isolée, à l'ouest du Donjon. La fin mai arborait un temps doux et printanier, le paysage reverdie enchantait l’ouïe par la ribambelle d'oiseaux qui peuplait le monde. Leurs chants, si poétiques et nombreux, étaient structurels pour les mentalités locales, au point que la nature muette suscitait de profondes angoisses. Marie III s'attelait à griffonner une missive sur un parchemin. La lettre était écrite en vieux thorvalois [vieux-norrois] et se destinait à un allié d'intrigue. Si le fracas des armes avait cessé (pour peu de temps...), les manœuvres et les machinations, elles, se poursuivaient rudement et sans relâche. Soudain, de légers bruits de pas sortirent la Reine de ses pensées. Le visage innocent et juvénile de son écuyer Valdríkr apparut dans l’entrebâillement de la porte. Il était un jeune garçon âgé d'entre 10 et 12 ans. « Iceux messages sont pour vous, Marie Reyne, mestresse. » dit-il en lui tendant plusieurs rouleaux. Tout en se saisissant des parchemins, scellés, Marie autorisa d'un signe Valdríkr à aller jouer aux dés avec les autres enfants. Enjoué, ce dernier l'a remercia : « Grâce vous soit rendue gent'dame, Marie Reyne, chastelaine, mestresse, dame ! »
Les rapports d'espionnage apportaient quelques bonnes nouvelles. L'espion du château de Syvind [Suðrvindr en vieux thorvalois] annonçait par exemple que ses paroles viciées, ses chuchotements empoisonnés et ses allusions aux secrets d'alcôve mettaient la pagaille tant désirée dans le clan du comte Ragnar III [ou Ragnarr III si vous n'êtes pas de Jensgård]. Les náttmál [repas avant le coucher de soleil] seraient jonchés de querelles, de disputes et d'aigreur. Les écuelles, les cuillères et les bougies voleraient partout, causant d'immenses désordres. Cela était très bon car les dissensions intérieurs affaiblissaient le clan comtal et renforçait non seulement la stature de la reine dans le Blautrgarðr [appelé Sødgård en Jensgårdois] mais aussi celle de tout les dynastes régionaux et locaux. L'autre heureuse nouvelle venait de son cousin Óleifr qui courtisait la fillote du Duc de Skógrgarðr [Skovegård en Jensgårdois] et semblait très bien s'en sortir. Il était d'une haute importance qu'Óleifr réussisse à gagner la main d'Arnví afin de retenir le Skógrgarðr dans le giron du royaume et de s'allier à son puissant seigneur. La dernière lettre apportait, quant à elle, une information plus sombre : selon plusieurs sources, le clan de feu le seigneur Þormóðr (Tormod à Jensgård), [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=342133#p342133]bannit par Marie en l'an de Grâce 2036[/url], serait revenu dans la région et serait suivis de près par une troupe d'éclaireurs royaux prête à les intercepter, et à les désarmer...
Au dehors, à l'autre bout du château...
« E'flamboit la réserve à flèches ! De l'eau ! Au feu ! »
La paix avait duré... [/justify]
Posté : mar. févr. 26, 2019 4:19 pm
par Zaldora
[justify]La mystique des grottes.
18 juin 2038,
[center][img]https://zupimages.net/up/19/09/cx09.png[/img]
La grotte de Flœð. Boire l'eau de sa rivière laverait de tout péché. [/center]
Le Dúfrlag était un plateau entouré de pics. L'habitation y était résolument éclaté selon une logique clanique, tandis que la région était dominée par les vergers à cotés desquels gambadaient plusieurs bons milliers de moutons. Blottit contre les contreforts des Helligebjerg, marqués par des escarpements abrupts ici ou là, Dúfrlag recensait de fait quelques grottes fameuses. Ces dernières n’étaient pas dépourvues d’histoires mystérieuses transmises par les Scaldes aux prêtres et aux paysans. La Grotte de Sainct-Siglaug était par exemple célèbre pour être une porte d’entrée vers les Limbes. Celle de Flœð était associée aux légendes merveilleuses entourant Ásbera, cheftaine semi-historique du Ier siècle après J-C. D’autres encore, comme la Grotte de Storð, était un repère de trolls où vivaient les enfants enlevés. Ailleurs, certaines cavités conduisaient, disait-on, directement aux Enfers. C’était le cas de la Caverne de Hvammr. Sise au cœur du Rugland [Rugrland en vieux-thorvalois], elle était l’endroit par lequel était venue la Bête éponyme, tuée en l’An de Grâce 2037 par le nouveau Roi consort Austmarr [son nom norrois ! Parce que « Anatolios » était trop difficilement prononçable et inhabituel pour les gens du royaume], exploit duquel il tirait désormais une grande renommée.
Malgré un imaginaire merveilleux foisonnant, des personnages n'hésitaient pas occuper les zones souterraines. Dernièrement, la Seigneur Aiva IV de Dúfrlag avait décidé d’investir la Grotte de Vǫllr afin de la fortifier et de l’inclure dans son réseau de places fortes. Pour cela, les travailleurs avaient commencé à bâtir le mur, marteler la roche afin de l’aplanir et percer les mortaises. A la fin des travaux, la caverne possédera des fortifications, un quartier pour la garnison et diverses réserves dédiées à la nourriture et aux armes. Les cavités fortifiées permettaient à la cheftaine de Dúfrlag de contrôler la région et de lutter contre les brigands, sans se ruiner dans la construction de couteuses forteresses.
Si l'occupation humaine des grottes était souvent châtelaine, cette dernière concernait aussi d'autres gens et donnait lieu à des usages parfois bien différents. Les cavernes du royaume servaient ainsi d'habitation, de bergerie d'estive, de lieu d'abattage pour la boucherie, de cachette à butin, de repères à brigands, de sanctuaires pour les vénérations de Saints, de tombeaux aux chefs des montagnes, de mystérieuses salles d'initiation pour les sociétés secrètes, d'endroits à la confluence des forces du mal pour les rencontres entre méchantes sorcières, de porte vers le monde souterrain des nains, etc. Entre imaginaire populaire et aménagement des cavités, l’équilibre était souvent précaire. [/justify]
Posté : sam. mars 02, 2019 1:43 pm
par Zaldora
[justify]Satire de l'Université.
5 juillet 2038,
Alors que 95% des gens de Thorval s'apprêtent à moissonner et à entrer dans un dur été de labeur, un enlumineur de l'Université, s'ennuyant de la période creuse, s'est fendu d'une carte satirique faite à la main. Elle représente le monde tel que perçu par les Thorvalois. Elle ne constitue évidemment pas leur vraie vision dans la mesure où à l'exception de quelques lettrés, personne n'a une connaissance si large de la terre. La conscience géo-spatiale de l'immense majorité s'arrête au village, au château seigneurial et aux champs ou forêts des alentours. Les bergers connaissent aussi les chemins d'estive empruntées chaque été. L'auteur le sait et c'est pourquoi il plaça sur la carte quelques uns des endroits mystérieux et légendaires qui marquent profondément l'imaginaire magique et merveilleux des Thorvalois. On y trouve également des noms de pays (Merrie Olde Britannia, Kaiyuan, Shogunat) rapportés par les marchands actuels.
[center][url=https://i.imgur.com/UaKA43N.png][img]https://i.imgur.com/UaKA43Nl.png[/img][/url]
Cliquez pour agrandir.
[HRP : j'ai écris en français sur la carte car Simpo est francophone. En RP, les inscriptions sont toutes en norrois][/center]
L'Hyperborée ne renvoie pas à la chasse gardée de l'ex-Société Vonalyenne du Gaz mais à un royaume spirituel situé dans les brumes glacées du Pôle Nord, dont l'accès n'est possible qu'aux personnes pures spirituellement. Ses origines remontent aux fils de Bor des traditions nordiques. Cette terre d’élection, paradis septentrional, n'est selon la sagesse populaire présente sur aucune mappe.
Le pays de Cocagne, terre de gâteaux de miel, est le berceau probable de la Fontaine de Jouvence. Idem pour le Royaume du prêtre Jean, contrée chrétienne légendaire en Orient. Enfin, l'enlumineur a placé une grande partie de l'ère australe en Terra Incognita, ensemble brumeux quasi-inconnu des Hommes.
Le Thorval est Miðgarðr, l'un des Neufs Mondes de la cosmogonie nordique et le seul visible par les Hommes. Il est l'incarnation, dans son entier, du Royaume des Hommes. La chose est une bonne illustration de son coté pagano-catholique, un entre-deux que dénoncent aussi bien les catholiques traditionnels que les très païens du Vonalya. [/justify]
Posté : mer. mars 06, 2019 9:56 pm
par Zaldora
[justify]Le roi cochon.
18 juillet 2038,
[center][img]https://zupimages.net/up/19/10/auwb.png[/img]
Une Thorvaloise rôtissant un pourceau dans le four communal.[/center]
Au sein du château d'Æiríkrborg, un grand banquet se déroulait afin de fêter dignement la victoire du seigneur Jófreyr sur la mesnie de Ǫgvaldr, lui ravissant d'énormes soles de céréales, trois moulins, deux forêts pleines de gibier, une rivière poissonneuse et trois cent pièces d'argent. Comme à l’accoutumé, les paysans qui vivaient sur les terres prises par le vainqueur se firent promettre la sauvegarde de leurs us et le don d'un verrat (Porc mâle servant à la reproduction) aux communaux. Les campagnards ne purent mieux demander et moissonnaient en ce jour dans la joie.
En temps normal, la Grand'salle était décrite comme un endroit sombre, austère et lugubre. L'un de ses quatre murs de pierre était flanqué d'un gigantesque âtre quand les trois autres n'arboraient ni fenêtre, ni la moindre décoration. L'éclairage se faisait sommairement grâce à deux imposants porte-bougies situés près de la Cathèdre en chêne massif. Toutefois, aujourd'hui, la Grand'salle s'atourait d'éclatantes bannières et de majestueuses tapisseries, illuminées d'une mer de bougies suspendue au plafond. D'immenses tables à tréteaux débordant de victuailles recevaient des amis, des fidèles, des chevaliers, des paysans et des parents. Seuls avec ses enfants et sa dame, l'hôte siégeait quant à lui sur la table d'honneur montée sur une estrade. Les scaldes jouaient des notes de harpe, quand au même moment les jongleurs entonnaient des chansons d'amour et les avaleurs d'épée frôlaient la mort à chaque tour. Pendant ce temps, la beuverie, le festin, la ripaille battaient leur plein. On dégustait des oies, des faisans, des cerfs, des jambons, du pâté, des saucisses, des tripes et des tourtes au porc épicées. Une débauche de la table que Jófreyr pleurera dès demain, épuisant ici ses dernières réserves de porc censées durer jusqu'à la tue-cochon de décembre. L'esprit seigneurial, éprit de largesse sans limite, s'opposant au bourgeois rationnel et modéré, pouvait décidément leur jouer bien des tours...
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Comme le suggèrait la célébration ci-dessus, les Thorvalois avaient une prédilection toute particulière pour la chair de porc. Chaque chaumière possèdait au moins deux cochons, engraissés chaque automne dans les forêts mixtes et décidues lors de la glandée. Les bourgeois en élèvaient également et les laissaient divaguer dans les rues, créant d’incommensurables problèmes à la prévôté. En plus de ne presque rien coûter en entretien, les porcs étaient des gardes-manger sur pattes desquels rien ne se perdait car tout y était bon, tandis que la graisse servait à la cuisine et le cuir aux tanneries. La viande de cochon était enfin facile à conserver et gouteuse, faisant d'elle, de loin, la plus prisée par les Thorvalois en accompagnement du pain.[/justify]
Posté : sam. mars 09, 2019 9:05 pm
par Zaldora
[justify]Les jours de jeûne.
27 juillet 2038,
[center][img]https://zupimages.net/up/19/10/v26i.png[/img]
Dómhilda après les moissons.[/center]
Dómhilda travailla aux champs avec les autres du village jusqu'aux heures de None, avant de revenir à la chaumière avec ses trois jeunes enfants qui eurent également part aux moissons selon leurs aptitudes. De la puissante châtelaine à l'humble paysanne, les Thorvaloises travaillaient comme les hommes et on ne trouvait parmi elles presque aucune mère au foyer, principe bourgeois, mentalement quasi-inconnu de ces contrées. Bien sûr, les femmes étaient reines du foyer, maitresses sans partage de la domesticité, et donc de leur clan, mais on n'imaginait pas les enfermer dans la maison et les réduire à l'éducation des enfants. Les mentalités paysannes étaient dans l'ensemble moins essentialistes que celles en ville, particulièrement au sein des moyennes et hautes bourgeoisies, peu chez les bas bourgeois.
Après s'être enquit des vaches, qui dans le Guðrøðrmörk ne partaient pas à l'estive, Dómhilda se retrouva en cuisine où elle devait bientôt être rejointe par d'autres mères afin de préparer le náttmál du clan. Les mioches lui tournaient autour et cela ne lui déplaisait guère car elle les aimait, surtout après avoir perdu coup sur coup deux nourrissons. Ces drames, la paysanne n'était pas la seule à les vivre : la mortalité infantile était certes moins écrasante qu'aux époques de disette ou de famine mais demeurait toutefois récurrente et fort importante dans tout le royaume (malformations congénitales, maladies infectieuses, maladies épidémiques, prématurés), surement dans les plus élevées au monde. Les bébés "perdus" étaient baptisés au plus vite et, quand l’accouchement se présentait mal, on les baptisait même à l'intérieur.
Au mois d'août devait commencer le Carême de la Sainte Croix, période de jeûne s'étendant jusqu'au 14 septembre. Comme d'autres mères, Dómhilda possédait des versions maigres de ses plats à base de viande. Car l'alternance entre jours gras et jours maigres était très serrée au Thorval. Pour l'Église, le jeûne et l'abstinence restaient des exercices de pénitence très importants. Ainsi, les chrétiens devaient jeûner, c'est-à-dire s'abstenir de viande et de graisses animales, pendant les trois Carêmes (Pâques, Avent, Sainte-Croix), les veilles de fête, les quatre-temps... Durant ces périodes, le repas était unique et se prenait au coucher du soleil. Certains diocèses l'avançaient à la midi et autorisaient les laitages en plus du poisson. Étonnamment, la bernache, petite oie d'Arctique venant hiverner au Thorval, était permise à la consommation en temps de jeûne car on la considérait comme un poisson ou un fruit de mer. Il en allait de même pour le castor, animal amphibie, au moins pour sa queue. Tous le monde était tenu de jeûner, à l'exception des enfants, des vieillards, des malades et des femmes allaitantes. Sur l'ensemble des jours maigres, entre 100 et 200 par an, c'était, si l'on exceptait les vendredis et mercredis bien respectés, le Carême de Pâques qui semblait le plus rigoureusement suivit. On y constatait chaque année une chute du nombre de naissances. Eh oui car les jeûnes s'accompagnaient le plus souvent d'abstinence sexuelle. L'Église interdisait aussi de copuler lors des menstruations, pendant la grossesse ou durant le jour (pas exhaustif). C'est pourquoi, les rapports avaient le plus souvent lieu à la Dorveille, moment de la nuit conseillé pour sa fertilité.[/justify]
Posté : mar. mars 12, 2019 9:25 pm
par Zaldora
[justify]Nôtre dû à la Faucheuse.
6 août 2038,
[center][img]https://zupimages.net/up/19/11/g90z.png[/img]
Une statue représentant la mort dans le Bragðahjart.[/center]
Au Thorval, la maladie ne choisissait pas ses victimes et frappait indistinctement aussi bien les faibles que les puissants. Personne n'y échappait, que l'on habitât dans une chaumière ou un grand château-fort. C'est ainsi que la Reine Marie perdit, la veille, sa plus jeune fille qui succomba de la Morbilli, plus connut chez les autres peuples sous le nom de Rougeole. Née à la Saint Andrée, la petite Andrea Mildríðr Ilmr avait entre deux et quatre ans. Elle était de naissance plus malingre que sa sœur ainée. Les remèdes la soulagèrent un peu mais ne purent rien face au fléau respiratoire qui l'emporta en quelques jours. Enveloppée dans un linceul, la petite fut enterré sur le monticule de Frueborg, où sa mère en pleurs pourra régulièrement lui rendre visite. Baptisée à la naissance et trop jeune pour avoir péché, elle se trouvait désormais avec Dieu au Paradis. Récemment, un [url=https://i.imgur.com/KMIgDPr.png]Kirkjagrim[/url] s'était montré à une paysanne dans un cimetière voisin, évènement annonçant la mort prochaine d'un enfant. Funeste présage qui semblait, ici, s'être réalisé, renforçant encore davantage l'imaginaire des gens. Beaucoup pensaient que la maladie et les épidémies étaient des punitions divines causées par les péchés et la méchanceté des Hommes.
Hélas pour eux, Marie et son clan ne pourront faire leur deuil trop longtemps car le décès d'Andrea promettait de relancer les intrigues pour le trône, quand bien même elle n'était pas destinée à régner. La perte d'un enfant, quelque soit sa position, affaiblissait toujours une dynastie. Et désormais, à la Reine Marie et au Roi Austmarr, il ne restait plus qu'une héritière qui, personne n'en doutait, sera la cible de tout les complots.[/justify]
Posté : jeu. mars 14, 2019 11:09 pm
par Zaldora
[justify]Des seigneurs et seigneuries.
13 août 2038,
[center][img]https://zupimages.net/up/19/11/yq90.png[/img]
Le futur château de Rekkr, seigneur d'Ónnstaðir.
Et les moutons qui paissent paisiblement à coté.[/center]
Du haut de son nerveux destrier noir, le seigneur Rekkr IV scrutait le labeur des artisans et se plaisait à imaginer ce que serait sa place-fort une fois bâtit. Quelle prestance, elle aurait ! Quelle grandeur ! Elle serait le symbole de sa puissance et de son autorité, non seulement auprès du comte de Vangrgarðr, son Lige, mais aussi de la reine Marie III qu'il ne connaissait pas. Pour la plupart des seigneurs et des peuples, les Rois et Reines de Thorval étaient des figures tutélaires lointaines, obscures et mal connues auxquelles on parlait en envoyant des ambassades comme à des nations étrangères. Les nobles passaient le plus clair de leur temps à guerroyer, ils régnaient sur leurs terres plus qu'ils ne les administraient, laissant aux paysans la liberté de faire ce que bon leur semblait au sein des villages. De fait, les contrées de Thorval étaient anarchiquement gouvernées par les campagnards, les clans, les abbés, les confréries, etc.
Rekkr IV se gardait toutefois de rêvasser : de sombres machinations se tramaient en ce moment même et son pays, le Ónnstaðir, était en guerre. Plusieurs dynastes locaux se disputaient les héritages, dont le cruel hobereau Nefjólfr, surnommé « le noir », pour lequel courrait les plus sordides rumeurs. Rekkr portait aujourd'hui une armure en cuir bouilli par dessus sa tunique. En cette époque trouble, l'on n'était jamais assez prudent : la veille, trois de ses chevaliers, la fine fleur de son ost, avaient périt dans un guet-apens tendus par Ragnvald « à la hache sanglante ». Une terrible nouvelle. C'est pourquoi Rekkr avait hâte de finir son château. La construction durait depuis cinq ans et dû à plusieurs reprises s’interrompre à cause de la guerre et du manque d'argent, sans lequel les ouvriers arrêtaient tout simplement de travailler. La forteresse sera vaste et puissante, capable de résister aux plus terribles assauts, et aura des celliers larges au point de permettre à ses occupants de résister éternellement aux sièges.
Ce château n'était pas le premier à se constuire dans le Nord. A lui seul, le Thorval en comptait plusieurs dizaines de milliers, allant de la gigantesque forteresse à la simple motte castrale. Ces édifices pullulèrent dans le passé et poussaient encore aujourd'hui comme des champignons, signe de la toute puissance seigneuriale face à une Couronne désemparée. Celle-ci d'ailleurs avait plus du seigneur couronné que d'un pouvoir monarchique, obligée qu'elle était de jouer le jeu féodal pour survivre et si possible y prospérer. Pendant que les paysans se serraient les coudes en clan et que les bourgeois se claquemuraient, fébriles, derrière leurs enceintes municipales, les féodaux se livraient à des luttes interminables et les brigands en profitaient. Joyeuse fête mariale.[/justify]