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Posté : dim. oct. 21, 2018 5:15 pm
par Zaldora
[justify]L'histoire de la propriété.
3 juin 2037,
Est-ce que la propriété privée existe au Thorval ? Pour le savoir, il faut la définir : c'est le droit pour un individu, et à l'exclusion de tous les autres, de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue possible, pourvu qu'il n'en fasse pas un usage allant contre les lois. Ce droit, dit naturel par les jusnaturalistes du XVIIe siècle, s'articule autour de trois notions juridiques relatives au bien : l'usus (utiliser), le fructus (récolter les fruits) et l'abusus (en disposer comme bon nous semble sans rendre de comptes). Sous cette forme, la propriété privée n'a pas cours dans le royaume, sa réalité matérielle ou psychologique est quasi-inconnue.
C'est pourquoi, il est plutôt question de possession dont les droits sont toujours limités, provisoires et astreints à un certain nombre de devoirs. Du seigneur au paysan, chacun n'est que l'usufruitier ou le gestionnaire du domaine, dont le seul vrai propriétaire, bénéficiant d'un droit surnaturel absolu et illimité sur la chose, est Dieu. Cela, « Car le roy de toute la terre, c’est Dieu ». Les lettrés et savants du pays perçoivent le développement de la propriété à travers les époques comme l'histoire d'hommes ayant peu à peu subtilisé son bien à Dieu pour se l'approprier. La théorie des jusnaturalistes, ainsi que celle de leurs successeurs, n'est au final qu'un marqueur supplémentaire de la sécularisation du monde, Dieu étant remplacé par la nature, puis par l'homme lui même. Le droit de propriété, si chèrement défendu en Dytolie au XIXe siècle, sacralisé même, est donc assimilé au blasphème, la créature s’attribuant ce qui appartient au Divin.
Dans les faits, la possession comme expliquée ci-dessus conduit aux situations suivantes :
Un paysan censier rend des comptes à son seigneur, à son clan et à sa communauté villageoise qui régit les activités agricoles.
Un paysan alleutier répond à son clan et à sa communauté villageoise qui régit les activités agricoles.
Un seigneur est responsable devant son clan et son suzerain.
In fine, tout le monde doit répondre du dominium qui lui est confié devant celui qui en détient la seigneurie : Dieu.
L'accès à la possession d'un autre est permise via divers droits anciens tels que le glanage, le parcours, la glandée etc. C'est pourquoi, fermer son champs par une clôture est foncièrement interdit. En outre, par l'existence du clan et de la communauté villageoise, un paysan ne peut faire ce qu'il souhaite sur ses parcelles. En principe, la jouissance lui est confiée jusqu'à la mort, comprise comme moyen de subsistance et seulement en tant que tel. S'il en abuse, on peut la lui enlever. Néanmoins, la privation arbitraire, sans fondement et injuste, n'est pas permise par la coutume, surtout si la terre est vivrière. Ce fait a récemment été rappelé par le texte d'un édit. A la disparition du paysan, sa possession peut revenir à son héritier ou être redistribuée au sein ou à l'extérieur du clan. L'un ou l'autre, la chose fait l'objet de discussions et d'un rituel précis. Quant au seigneur, le fief peut lui être confisqué par la commise. Cependant, vu le contexte thorvalois, pareil acte n'est possible qu'après une guerre. Une réforme agraire, visant à réduire les terres censitaires et à redistribuer le foncier, corriger ainsi les abus de la fin du dernier siècle, a été lancé en 2031 et suit son cours. L'absence de propriété privée est tout à fait vrai à la campagne, plus lâche en ville.[/justify]
Posté : ven. oct. 26, 2018 12:09 pm
par Zaldora
[justify]Au cœur du Thorval (21).
17 juin 2037,
Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.
La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois, elle sera relatée ici :
[center][img]https://zupimages.net/up/18/43/uyf0.png[/img][/center]
- Le Baron Anatolios de Syradonia était reparu à Frueborg avec ce qui semblait être la tête d'un grand et féroce loup. Était-ce la bête de Rugland, celle qui terrorisait les pastoureaux de la vallée depuis des décennies ? Celle qui tua au moins un berger communal et décimait régulièrement les troupeaux de moutons ? Des clercs de l'Abbaye Notre-Dame des Prés étaient en chemin pour étudier la carcasse. D'après le clergé catholique Ruglandais, la créature serait vraisemblablement un Ouargue, de la lignée maudite du « leu Fenrir » remontant au mauvais génie, démon errant, Loki. Réussir la quête était primordiale pour le noble hellène car en échange « d'icelui Grand Leu de Rugland », la Reine lui « ouvrirois son cœur en entier», elle qui était veuve depuis 1 an, pour la deuxième fois de sa vie. Un mariage était-il à venir alors qu'Anatolios, homme endurci désormais, devait aussi veiller [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1225&t=15952&p=344005#p344005]aux intrigues qui pèsait sur son fief[/url] en son Ménechmes natal ?
- L'Inquisition du royaume profitait de [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=344055#p344055]l'affaiblissement du Pape Innocentus XIV[/url] pour se défaire des prélats rigoureux placés là par le Saint Père dans le but de contrôler plus étroitement les travaux de l'Inquisition locale, vu comme trop indulgente avec les croyances superstitieuses des peuples et accusée in fine de ne pas suffisamment veiller à l'orthodoxie de la Foi. Les ecclésiastiques, se plaignant d'avoir été chassés comme des malpropres, attendaient à Jensgård le prochain bateau en partance pour la Papauté et étaient principalement d'origines Sloviane et Ouest-Santognaise. Dans l'immensité du Thorval profond, les alchimistes, les sorcières et les guérisseurs en tout genre sortaient de leur cachette et n'avaient plus peur.
- Dans les campagnes, la fenaison battait son plein. Les paysans étaient optimistes quant au foin et espèraient bien faucher le regain après la première coupe. Une bonne récolte était plus que désirable après une année 2037 plombée par un temps anormalement chaud et sec, empêchant l'herbe de pousser. Une saison calamiteuse qui pesa sur les réserves de foin qui auraient besoin d'être remplit cet été.[/justify]
Posté : sam. oct. 27, 2018 4:31 pm
par Zaldora
[justify]Orient-Occident : sapience.
23 juin 2037,
[center][img]https://zupimages.net/up/18/43/40rt.png[/img]
[img]https://www.zupimages.net/up/18/11/mrk4.png[/img][/center]
Souhaitant contribuer à des relations apaisées entre l'Orient et l'Occident, redonner du sens à celles-ci en restaurant les échanges de type civilisationnel, savants et culturels, car les deux civilisations méritent mieux que le simple commerce au long cours et les affaires bassement mercantiles, l'Université de Jensgård mandate plusieurs de ses meilleurs messagers vers diverses contrées orientales afin d'y tisser des liens de sapience permettant l'échange de livres, de parchemins et la pratique de la disputatio (débats oraux pas forcément théologiques! aussi intellectuels et philosophiques).
Le soleil d'Allah - rapprochement avec des érudits arabo-berbères du Califat d'Aminavie.
Les disciples de Confucius - rapprochement avec des savants confucéens de naissance Kaiyuanaise.
Le mystère slave - rapprochement avec des lettrés aux racines Bykoviennes.[/justify]
Posté : lun. oct. 29, 2018 12:13 pm
par Zaldora
[justify]Une vie de mercier.
26 juin 2037,
[center]
[img]https://zupimages.net/up/18/44/5clh.png[/img]
Le marché de Sankt-Thøger, endroit ou le marchand aimait flâner.[/center]
En l'an de grâce 2037, Almar Dagmarsen était un marchand drapier de Sankt-Thøger. Il était influent et possédait une fortune colossale au point de se faire appeler Sire Almar Dagmarsen et de prêter de l'argent aux princes féodaux. Sa puissance financière, toutefois, ne fut d'aucune aide pour se doter de terres, dont le commerce était interdit, ou pour devenir seigneur car la noblesse se gagnait par les armes et à la guerre. Le mercier n'en restait pas moins le roi de sa bonne ville, exerçant une domination à la fois économique et politique. En effet, Dagmarsen occupait le poste d'échevin de Sankt-Thøger et exerçait son dixième mandat (20 ans !) alors que la plupart s'en tenait à deux. Une position au conseil municipal qui lui fut, année par année, d'une profonde utilité afin de garantir la prospérité de ses affaires et assurer la protection de son coffre. Le marchand drapier n'était pas devenu richissime par son seul travail et mérite. Car comme l'a dit un célèbre écrivain de langue gallique « Derrière toute grande fortune se cache un grand crime. »
Si le bourgeois ne put dominer les clans Kaiyuanais pour le commerce au long cours de soie, l'homme ne s'en priva pas pour maltraiter ses partenaires économiques dans le comté de Taungård. Les malversations touchèrent à peu près tous le monde, si bien qu'il était seul à profiter réellement du commerce de draps :
Sire Almar Dagmarsen commençait par appauvrir les paysans en leur achetant de la laine pour seulement cinq couronnes de Jensgård (unité de compte, la dite monnaie n'existe plus depuis le XVe siècle) avant de la revendre au prix fort aux artisans urbains, lesquels ne pouvaient faire autrement que de passer par lui pour avoir des matières premières. D'ailleurs, le mercier les trompait régulièrement sur la qualité en vendant des sacs remplit de laine de mauvaise qualité recouvert par une laine de premier choix. Et quand les tisserands s'apercevaient de la supercherie, le puissant échevin tirait les ficelles du corps municipal, corrompant la prévôté, et repartait blanc comme neige. Les teinturières et les pareurs souffraient également du personnage qui leur rachetait le produit fini à des prix très bas ou en nature. Par exemple, trois sœurs [famille] se firent payer les draps en sacs de laine, alors qu'elles n'en avaient aucune utilité.
Arrivé à 50 ans, au crépuscule de sa vie, le mercier se mit à craindre pour son salut dans l’au-delà après quinze ans de commerce juteux sans scrupule pour d'autres bons chrétiens. Il lorgna petit à petit vers le besoin de se repentir, de faire pénitence pour le mal commis et de se réconcilier avec l'Église dont il était excommunié depuis sept ans. En mai dernier, le marchand drapier s'en alla avec son chariot à la campagne et y disparu sans laisser de trace. Son fils partit à sa recherche et retrouva sa carriole, vide et abandonnée sur la route Saint-Jacques. Au sein des villages alentours, personne ne savait rien et prétendait même ne pas connaître le Sire Almar Dagmarsen. Au cours de ses pérégrinations, l'ainé tomba sur des restes, des ossements et comprit vite : son père avait été tué et son corps jeté aux cochons. L'héritier porta plainte auprès du seigneur de Hafhólmur mais en l'absence de preuves et de témoins, le procès se termina après quelques semaines, le 26 juin de l'An de grâce 2037. Manipulé et exploité sans vergogne, le peuple s'était vengé de son bourreau dont les états d'âme étaient, semble-t-il, arrivés trop tard. Ou bien étaient-ce les tueuses de l'Orsdre de la Pousdre qui se plaisaient à rendre justice dernièrement ?[/justify]
Posté : mer. oct. 31, 2018 2:35 pm
par Zaldora
[justify]Au cœur du Thorval (22).
30 juin 2037,
Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.
La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois, elle sera relatée ici :
[center][img]https://zupimages.net/up/18/44/cfwb.png[/img]
L'Abbaye Notre-Dame des Anges, important lieu spirituel.[/center]
- Les Chevaliers de la Foi étaient parvenus à repousser dans la forêt les brigands qui s'en prenaient à Notre Dame des Anges. Sans le secours des moines-soldats, l'Abbaye aurait subit une dévastation et un pillage en règle. Le maitre des combattants, Mathias Agiring af Heidrunlandet, retrouva plusieurs bonnes sœurs cachées dans la crypte par crainte d'être violées et données en tournante aux hommes d'Alfkil Bukkr (« le bouc »). Les vauriens n'avaient finalement fait main basse que sur une part du vin de messe. Blessé à la jambe, l'un des bandits fut, dans l'après-midi, rattrapé par la milice du clan des Guthriking qui le pendit à un arbre sans autre forme de procès [justice privée]. Les Chevaliers de la Foi revendiquaient à cette heure jusqu'à six cent chevaliers et au moins autant en noviciat. Le tiers des soldats était de naissance seigneuriale quand tout les autres d'extraction paysanne. Reconnu par le Pape, l'Ordre comptait aussi dix commanderies réparties dans le royaume et ne répondait, ni ne payait d'impôt à personne, si ce n'est à la Papauté. Sa croissance faisait désormais peur à l'aristocratie guerrière qui, à ses débuts, ne manqua pourtant pas de libéralité à son encontre. Jusqu'où ira la confrérie ?
- La taverne l'Hermès, située dans le pays d'Hrisargaard, brûla pendant la nuit. L'établissement était le lieu de rassemblement des adeptes du Cercle des Hermétiques. Ces derniers pensaient l'incendie criminel et soupçonnaient un coup de groupes gnostiques. Comme le reste du pays, les groupes occultes étaient divisés et ne cessaient de se tirer dans les pattes. L’Hermétisme était une doctrine ésotérique fondée sur les manuscrits d'Hermès Trismégiste. Les alchimistes thorvalois en étaient de fervents disciples et participaient à son développement dans le temps. Au sein du royaume, sur environ 13 000 tavernes, près du tiers étaient des tripots de jeu, des bordels ou des repaires plus ou moins malfamés de sociétés secrètes et de guildes mystérieuses.[/justify]
Posté : ven. nov. 02, 2018 1:44 pm
par Zaldora
[justify]Travaux d'érudits (1).
5 juillet 2037
Note du traducteur : Que les peuples hors Dytolie ne soient pas blessés dans leur amour-propre, l'auteur écrit sur ce qu'il estime connaître et préfère garder le silence sur les choses qui lui sont obscures. Ceci est une version traduite, en briton et en gallique, d'un manuscrit universitaire thorvalois. Nous nous sommes démenés afin d'en supprimer les archaismes linguistiques, le rendant ainsi accessible à un public mondial contemporain.
[right]Percefal Fenton-Beckett[/right]
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[img]https://zupimages.net/up/18/44/clf7.png[/img][/center]
Les contrées gouvernées
Les contrées gouvernées se trouvent d'abord sur le pourtour céruléen et s'étendent ensuite de la Gaélie jusqu'aux pays germaniques, en passant par le Vonalya nordique. De cultures et de mœurs très différentes, les pays ci-avant n'en ont pas moins des points communs. Les rapports politiques y sont institutionnalisés grâce à des institutions solidement bâties et ancrées dans l'esprit des gens. L'ordre et la paix sont garantis grâce au monopole de la violence légitime, privilège exclusif de l'État, dont la légitimité intrinsèque ne saurait jamais être critiquée ou remise en cause. La Loi écrite au sens large constitue le « plafond de légalité » face auquel chacun est tenu de se soumettre et d'exercer un respect. Plus que gouvernées, les nations sont administrées, organisées et mobilisées. Nous retrouvons ici le vieux souvenir de l'Empire Roman, constitutif des mentalités, celui d'une autorité politique forte, protectrice, pourvoyeuse de lois et de paix.
Les contrées ingouvernées
Les contrées ingouvernées s'étendent sur une république et deux royaumes : la Santogne, le Lagac'hann et le Thorval. L'emprise de l'autorité y est faible et la politique est souvent synonyme d'anarchie. Nous allons décrire ces pays un par un car bien que similaires politiquement, leurs raisons sont loin d'être identiques.
La Santogne est une des nations importantes de Cérulée. Les partis traditionnels s'étant partagés le pouvoir pendant des décennies sont conspués et décrédibilisés. Pire, les sauveurs populistes se sont soumis aux Banques et ont montré qu'il ne valaient pas mieux. Trahis et excédés, les peuples Santognais se sont peu à peu détachés de leurs chefs, de leurs institutions et de leurs lois. L'avenir s'y joue désormais hors de l'État, hors du système démocratique, dans les factions.
Le Lagac'hann personnifie au mieux l'esprit gaélique qui dans les anciens temps s'organisa en une galaxie de territoires tribaux autonomes. Aujourd'hui, le royaume repose sur une monarchie absolue qui garantie la paix et offre de nombreuses libertés aux diverses Communes, grâce auxquelles les sujets de la Reine Gwennhaelle IV s'autogouvernent seuls, sans intervention de l'État ou interférence extérieure de type économique.
Le Thorval caractérise sans doute au mieux cette notion que nous appelons « contrée ingouvernée ». Les seigneurs ont une emprise relative et très faible sur leurs fiefs. L'arrière-pays, comptant pour l'ensemble du royaume hormis les villes, est un immense espace non-gouverné. En réalité, il s'agit de terres claniques anarchiquement gouvernées où toute tentative d'autorité étatique, de gouvernance, d'administration, d'organisation politique ou de travail sur les mentalités est susceptible de se faire allumer par des coups de haches mortels. Contrairement à la Santogne, la situation n'est pas circonstancielle, dû à une crise, mais répond à des tendances profondes imprégnant les mentalités nordiques : insoumises, rebelles, turbulentes, fougueuses, querelleuses. Hélas, les guerres intérieures sont un phénomène chronique, aggravant une instabilité quotidienne qui profite aux brigands en tout genre, semant la terreur dans les campagnes. Très artificiellement romanisé, le Thorval ne peut s'inspirer de la Cérulée sans courir au désastre. L'exemple Lagaran, en revanche, pourrait s'avérer très intéressant.
[right]Écrit par Germar Ingimarsen,
Maître ès arts et Docteur en Droit.
[img]https://zupimages.net/up/18/44/p6dc.png[/img][/right][/justify]
Posté : lun. nov. 05, 2018 2:55 pm
par Zaldora
[justify]Au cœur du Thorval (23).
14 juillet 2037,
Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.
La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois, elle sera relatée ici :
[center][img]https://zupimages.net/up/18/45/2q51.jpg[/img]
La rivière de Smyriland, enchanteresse et dangereuse à la fois...[/center]
- Le seigneur de Fugaard a déclaré lors d'un Concilium avec ses chevaliers et ses vassaux que « l'iceux tempestaires et austruy enchanteurs devroient estre estourbi pour leurs maléfices. » alors que la rumeur populaire avancait que de mauvais sorciers agiraient de concert avec le Démon pour déclencher un violent orage qui détruirait les cultures.
- Le saint moine Hjörleifr a défait le Nøkken de Smyriland et transformé l'ancienne rivière hantée en sanctuaire sacré dédié à une sainte vénérée localement, Eistla, mais peu connue des autres provinces du royaume et littéralement inconnue du monde latin. Le mauvais génie des eaux troublait la vie de la forteresse de Stjarborg et des villages qui l'environnaient depuis des temps immémoriaux.
- Le curé Kierulf est reparu de son voyage au cœur de la forêt avec une bonne nouvelle. Après s'être allié aux oiseaux et mis l'ours au service du Christ par ses sermons, l'homme de Dieu était parvenu à signer un traité de paix avec le loup de Þognland, redoutable mangeur d'hommes, de chevrettes, de brebis et de gibiers.
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La relation des gens avec leur environnement n'était pas sans ambivalence. Si les thorvalois ne ressentaient pas la grande méfiance des gréco-latins pour les endroits qu'ils n'avait pas aménagé ou domestiqué, les espaces sauvages n'en restaient pas moins pour eux sources d'angoisse. Au point de se sentir assiéger par Dame nature où vivaient des Trolls, des Nøkkens, des Askefrue (malicieuses femmes de Frêne), des Valravens (corbeaux surnaturels potentiellement malveillants), des Kraken, des Trolls des Mers, la Ellerkonge (fille du roi des Elfes, méchante) et des démons errants se présentant sous la forme de créatures terrifiantes. Un sentiment qui contrastait pourtant avec la haute idée que l'on se faisait des arbres et des marais, avec la sérénité vécue au sein de hauts lieux naturels, véritables sanctuaires sacrés où l'on se regroupaient pour adorer le Christ, vénérer la Vierge et les Saints via des arbres et des rivières qui leurs étaient consacrés. Les mentalités locales voulaient par ailleurs qu'il n'y ai pas d’abime béante, de séparation fondamentale, entre les hommes et les animaux. A cet effet, il fallait se référer aux procès intentés aux bêtes, aux légendes associées au loup-garou, connus par ces contrées sous le nom de Vargúlfr, et à la capacité des sorcières à changer d'apparence. Les pratiques superstitieuses à ce sujet ne manquaient pas.
Dans la société, le surnaturel tenait une place prépondérante. Les discours rationnels étaient l’apanage des Universités et n'avaient guère d'influence ailleurs, si ce n'est parmi les élites urbaines. La nature était le théâtre privilégié des manifestations divines. En effet, le Tout-Puissant déclenchait, selon les actes des hommes, tempêtes, tremblements de terre ou redoux printaniers. Les démons et leurs serviteurs (mauvais sorciers) étaient également capables de provoquer des catastrophes. Certains prêtres très pieux étaient enfin réputés posséder le pouvoir de convoquer les pluies, de chasser l'orage maléfique et de détourner la grêle des cultures. Les miracles étaient très présents et rythmaient la vie d'une société fondamentalement agraire. On se protègeait des dangers de la nature non en la dominant mais par le surnaturel, soit pour apaiser la colère divine soit pour neutraliser la malice des êtres surnaturels qui la peuplaient. Dans l'ensemble, alors que le reste de l'Église d'Occident intégra progressivement l'idée que Dieu n'intervenait pas ou peu dans la Création, l'Église catholique de Thorval resta pour sa part fidèle à l'immanence de la présence divine dans le monde visible. Dieu était présent et intervienait dans sa Création par pléthores de miracles, faisant briller sur la nature une aura magique pour ne pas dire sacrée. Une vision compatible avec l'Église des premiers siècles qui via Saint Augustin disait que la contemplation (et non le décryptage) de la nature constituait un complément de la Révélation car la Terre et le Ciel proclament « Dieu m'a fait ! »[/justify]
Posté : sam. nov. 10, 2018 4:52 pm
par Zaldora
[justify]Le quotidien du jeu féodal.
30 juillet 2037,
[center][img]https://zupimages.net/up/18/48/sam4.png[/img]
La Grand'salle où se déroule la scène, au moment du náttmál (repas avant le coucher du soleil).[/center]
En cette heure de náttmál (repas avant le coucher du soleil), le clan royal était attablé autour de quatre longues tables à tréteaux. On y dénombrait plus de trente personnes parmi lesquelles la reine Marie, son ainée la petite Marie, sa cadette Andrea, quelques chevaliers, ses cousins et ses cousines, sa parenté d’adoption, etc. Le Ménechméen Anatolios s'était, quant à lui, installé en face de sa bien aimée, très content de s'être enfin fait une place. Bien qu'étant désormais très endurci, l'hellène continuait de se fasciner pour le manque total de convenances, de manières et de courtoisies chez la noblesse locale. Les butors qu'elle renfermaient causeraient grands scandales dans à peu près toutes les monarchies et républiques du monde. Ce qui l'étonna encore davantage, c'est de voir que des gens de basse extraction, paysans en majorité, peuplaient les clans seigneuriaux ! La société thorvaloise était organique et hiérarchique mais la séparation entre l'aristocratie et le commun était, à ce qu'il voyait, au moins aussi poreuse qu'une frontière d'Algarbe.
Au menu, du chevreuil poivré servit dans son fumet. Le repas de la fin de journée, généralement copieux, contrairement à celui de la Midi, se fit dans le vacarme. On parlait et on riait bruyamment, on tapait sur les tables, on mangeait avec les doigts, on s’enivrait abondamment, on crachait par terre, on rotait, on s'essuyait avec le linge de table, etc. A la fin, les tranchoirs débordèrent d'os, au milieu de gobelets renversés, le tout sur une nappe aussi grasse que le lard des porcs locaux. Tout à coup, Gerlef, paysan du clan royal, envoya un os sur le tranchoir de Marie. Celle-ci lui sourit malicieusement, dit à ses filles de se cacher en dessous et prévint son clan : « A ma semonce ». Essayant de comprendre, Anatolios vit alors sa future femme (?) jeter l'os de toutes ses forces vers l'envoyeur qui, hilare, esquiva de justesse. Ce fut le signal de l'immense bataille, d'un capharnaüm sans nom. Les os de chevreuil volèrent dans tous les sens. Ici ou là, tout à chacun s'évertuait à éviter les projectiles et contre-attaquait vigoureusement. Passé la surprise, le baron céruléen se prêta également au jeu et découvrit pour la première fois un divertissement typiquement scandinave : le Hnútukast. Alors un valet vint et cria dans la Grand'salle :
« Marie Reyne, le tocsin sonne en vos campagnes !
– Söfren, Óðinkárr, Pétr et Hrolleifr avec moi, nous partons sur le champs ! Valdríkr [écuyer], va quesrir mon espée. En asvant ! clama sa Majesté.
– Piller juste après ripaille ! Les bêtes ont plus d'hosnneur que ces vermisseaux, se plaignit un chevalier.
– Ma douce, non ! intervint Anatolios. Vous ne pouvez partir !
– C'est mon desvoir, je dois salver mes païsants, répondit Marie, rassurante mais déterminée.
– Oui mais, prenant ses mains bandées, ce seigneur vous a presque occis la dernière fois. Laissez-moi vous asscompagner !
Marie acquiesça et ils partirent ensemble au combat. Quelques jours en arrière, lors d'une bataille contre le seigneur de Gunnolfmark, un guerrier venu par l'arrière avait de peu manqué d'égorger la reine. Ce ne fut qu'à la force de ses mains qu'elle retint la tranchante lame, avant d'être finalement sauvée par l'intervention d'un de ses hommes. Les gants qu'elle portait lui permirent non seulement de résister plus longtemps mais lui évitèrent des lacérations bien plus profondes.[/justify]
Posté : ven. nov. 16, 2018 1:31 pm
par Zaldora
[justify]Au cœur du Thorval (24).
17 août 2037,
Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.
La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois, elle sera relatée ici :
[center][img]https://zupimages.net/up/18/46/juln.png[/img]
L'escalier mortel...[/center]
[center]Le Jeu[/center]
- Enar af Foskjer venait de rattacher le Skagergård à son domaine après être sortit victorieux de la guerre privée qui l'opposait au seigneur Grimkil. Toutefois, la conquête pourrait ne pas tenir devant la coutume qui exigeait une revendication orale et une déclaration de guerre, règles que le vainqueur n'avait pas respecté. Les clans paysans Skagergårdais, auxquels il avait déjà offert des communaux supplémentaires, soutennaient le nouveau maitre tandis que la maison d'Enar était appuyée par les marchands de grain de Valborg, avec lesquels elle entretenait de bonnes relations. La position des merciers pourrait devenir inconfortable au sein de la région.
- Le seigneur d'Aandeland avait perdu la vie dans des conditions suspectes en se rompant le cou dans les escaliers de son donjon. Les témoignages des servantes étaient confus : l'une soutenait, tremblotante, que le sire Aandeborg [forteresse] avait trébuché sur les rats qui infestaient le lieu, tandis qu'une autre accusait les courants d'air... Le drame intervenait une lune après la disparition de son très jeune fils, Haghbartr, partit dans son sommeil mais que certains soupçonnaient d'avoir été étouffé, et de son épouse, morte d'intoxication alimentaire qui pourrait en fin de compte être un empoisonnement. Le chancelier Knug af Folkarrlag tirait les ficelles pour s'approprier la seigneurie mais il était en cela contrarier par la nièce du défunt, Bothild, qui avancait ses pions, en plus d'être proche et soutenue par l'Église.
- Faisant suite à des mois d'échanges secrets, de manœuvres scabreuses et de corruption, la Dame de Várlund était parvenue à rallier trois chevaliers du Sire de Hæthkálfr. Ce dernier pleura publiquement la trahison de ses hommes et jura de venger l'offense dans le sang. Malgré les apparences, ce n'était qu'une demi-victoire pour la cheftaine Várlundaise : les terres emportées étaient des enclaves difficiles à défendre, séparées de son domaine par le pays d'Holrland. La Dame Ædel d'Holrland, secrètement amoureuse de son seigneur, avait refusé de se joindre aux traitres pour demeurer fidèle à son serment. En sous main, elle intrigueait contre l'épouse de son Lige, Marie, qui elle même cherchait à s'emparer du fief d'Ædel au profit de son neveu Mathias.
- Le Duc Per XIII af Skovegård était retenu prisonnier dans la forteresse de Vetrborg où il se rendit afin de négocier la paix avec le Comte de Brakanland. Il était accusé de semer la discorde au sein du comté afin de renforcer sa position et mieux appuyer ses revendications. Peu après son arrivée, la campagne environnante s'était effectivement rebellée en sa faveur. L'enjeu tournait autour de l'Avnskoven et de l'Helgermand, deux pays riches en forêts et en prairies. Selon le héraut de Brakanland, Skovegård restera en geôle aussi longtemps que durera la jacquerie.[/justify]
Posté : sam. nov. 17, 2018 3:03 pm
par Zaldora
[justify]Au cœur du Thorval (25).
20 août 2037,
Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.
La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois, elle sera relatée ici :
[center][img]https://zupimages.net/up/18/46/0dm3.png[/img]
L'Hôtel-Dieu Notre-Dame des Pauvres de Valborg, concerné par l'édit.
L'établissement est l'un des mieux lotis du royaume (ici, la Salle des pauvres).
De l'autre coté, dans le fond, se trouve l'autel où la messe est quotidiennement
célébrée pour les malades car la guérison physique n'est rien sans la guérison
de l'âme.[/center]
- Le Comte de Taungård autorisa par un édit les savants de la province à récupérer les morts des Hôtels-Dieu et des champs de bataille afin de les disséquer et parfaire leurs art de la chirurgie. La décision a provoqué un grand enthousiasme dans les rangs de la Société des Cercles Hippocratiques, fondée en l'an de grâce 2032. Elle devait cependant encore recevoir l'aval de l'assemblée provinciale, la Taungårds Lavting, dont la prochaine réunion devait se tenir à la Toussaint. La nouvelle était criée en ce moment même à la campagne. Les clans paysans prenaient peur à l'idée de savoir que leurs dépouilles puissent un jour être souillée de la sorte. Quant à l'Église, bien que soutenant par son magistère la science de l'Anatomie, elle risquait fort de ne pas apprécier le blanc-seing accordé aux physiciens, clercs, hermétistes et bacheliers en médecine Taungårdais quant à l'approvisionnement en cadavres frais... Un véritable puits à abus.
- Une compagnie d'aventuriers issue de la province d'Hårland quittait la sécurité de ses foyers claniques pour une longue, belle et dangereuse quête à la recherche de la légendaire fontaine de Jouvence. L'histoire de celle-ci était très populaire et marquait profondément l'imaginaire du royaume, tout clans et ordres confondus. Il suffirait de boire quelques gorgées d'eau de la source bénie pour rajeunir. Les savants actuels plaçaient, dans leurs manuscrits, l'âge parfait à 30 ans ou 33 ans - les années du Christ au moment de sa crucifixion, forcément l'âge idéal. On ne savait pas exactement où Jouvence se trouvait mais les auteurs thorvalois la situaient pelle-mêle au Royaume du Prêtre Jean en Orient, dans le pays des gâteaux de miel ou encore au sein d'un royaume spirituel situé dans les brumes glacées du Pôle Nord (se rapporter aux fils de Bor des traditions nordiques). A ces premières croyances s'ajoutaient également celles du phénix renaissant de ses cendres, du juif errant qui ne mourrait pas et des aigles redevenant jeunes en volant vers le soleil et en plongeant trois fois dans une fontaine. Ces différentes superstitions étaient souvent la cible des Universités mais aussi des communautés d'alchimistes qui conseillaient de se tourner vers la science : l'alchimie et sa panacée, son élixir de longue vie... etc.[/justify]