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Le Héraut
Edition du 12 juin 2019</center>
Evolution politique
Décidément, l’année 2019 sera l’année de tous les changements, et sera à marquer d’une pierre blanche autant que l’année 1807. De toute façon, il en faut bien pour marquer la date de la perte de 90% de notre territoire national.
L’esclandre du jour fut la création – forte étonnante pour un système gouvernemental comme le nôtre – de partis politiques. Pour ceux qui sont plus habitués au système parlementaire électif étranger et ne sauraient comment les partis politiques pourraient être efficaces au sein du Sénat, auparavant si uni face aux 99.9% de gens formant le reste de la population, peut se diviser et fonctionner selon un système multipartite.
Il faut savoir que la réunion et la discussion d’environ 5000 individus reste une tâche très ardu. La plupart du temps, les patriciens se réunissaient en groupes et envoyaient délégué pour donner leurs positions et leurs idées de pensées. Ce système n’est pas à rapprocher du multipartisme, car les groupes de pensées étaient uniquement familiaux. Chaque famille envoyait un représentant à la tribune pour discuter et débattre. Ceci simplifiait bien entendu les choses.
Mais voilà : les récentes affaires en Stalagmanque et sur le continent ont fait changer les mentalités. Il ne se passe plus un repas de famille sans que la question tombe sur le tapis, et il y a autant d’avis sur les causes du problème et sur les solutions qu’il y a de participants.
Si bien qu’à présent, les patriciens se réunissent sous l’idéologie et non plus sous le patronyme.
Les deux grandes séparations restent, bien entendu, toujours d’actualités, et restent même au fondement de la séparation mentale des sénateurs. Nous voulons bien entendu parler des différences entre Compositeurs et Librettistes, qui prennent les noms originels, à savoir Partitura et Libretti (la Partition et les Livrets).
Mais il subsiste des divisions au sein même de ces grands ensembles, à présent. Nos experts se sont penchés sur la question et vous livrent ce dossier sur la répartition politique du Sénat de Stalagmanque (bien évidemment tout sauf une représentation démocratique).
Les divisions idéologiques ont pour base initialement soit la volonté de répondre directement au problème de la révolution, soit de résoudre les origines de la révolution dans ce qu’il reste du pays.
<center>Répartition graphique des sièges au Sénat
[url=http://www.casimages.com/img.php?i=12102406390586224.png][img]http://nsa31.casimages.com/img/2012/10/24/12102406390586224.png[/img][/url]</center>
De gauche à droite :
- Spettatori (19,35%)
Doppiezza (9,56%)
Travesti (12,99%)
Coloraturas (10,91%)
Solisti (1,05%)
Buffoni (4,67%)
Amministratori (2,59%)
Banditori (2,08%)
Sordi (2,08%)
Padroni (7,29%)
Maestri (3,13%)
Moderni (5,21%)
Loggionisti (19,09%)
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La Partitura
Sine musica anima mori
63,20% des sénateurs</center>
Plus spirituels que leurs adversaires, ils restent très attachés aux traditions, au passé et à la culture. Ils n’imaginent pas un univers sans l’Eglise comme tuteur, la Soffitta comme pivot et la Loi comme carcan. Bercés d’imagination et de chansons, ils abordent le monde d’un œil très ouvert, mais la plupart du temps trop distant avec la réalité.
Les Spettatori (19,35%)
La ligne de conduite des Spettatori est l’amorphie générale, la non-action continue, le néant absolu. Ils partent du postulat que si on ne fait rien, on ne fait rien de regrettable ou de préjudiciable, et que, si ça fonctionnait hier, ça fonctionnera demain. Formant un corps important au sein du Sénat, c’est le groupe le plus conservateur et qui n’avancera jamais. Il est fort évident qu’il sera impossible de les faire entrer dans une coalition politique.
Les Doppiezza (9,56%)
Aujourd’hui seulement on a pu mesurer l’étendue de la tentaculaire et infinie famille des Doppiezza. 446 sénateurs appartiennent à cette illustre famille, et, contrairement à de nombreuses autres familles, ils continuent à parler d’une seule et même voix. On en sait peu sur leurs ambitions, et il font tout pour qu’elles restent secrètes.
Les Travesti (12,99%)
Troisième groupe le plus influent, il part sur l’idée que Stalagmanque n’aurait jamais dû devenir un Etat continental, mais rester une thalassocratie, comme elle l’a toujours été et le sera toujours. Ils sont pour une relance de la reconquête des comptoirs commerciaux, pour un commerce à plus grande échelle et pour une plus grande implication diplomatique et d’espionnage sur la scène internationale.
Les Coloraturas (10,91%)
Les Coloraturas virent que la révolution naquit du fait que la culture stalagmantine se délitait considérablement. L’Etat se devait donc, en tant que République, et non plus en tant que somme de riches individus, de s’investir davantage dans la culture du pays, de créer un socle de valeurs communes. En outre, les Coloraturas sont très attachées au principe de religion nationale, et veulent donc une réaffirmation du catholicisme comme seul culte valable dans la République, et exigent une plus grande sévérité de la part de l’Inquisition.
Les Solisti (1,05%)
Très vieux parti en tant que groupe idéologique, ils militent pour que le patriciat devienne héréditaire. En effet, un addendum dans le Code pourrait parfaitement pallier à ce problème et permettre de garder un plus grand élitisme, et donc une moindre corruption de l’Etat. La Sérénissime doit devenir un pays plus minarchiste que jamais si elle veut garder sa souveraineté.
Les Buffoni (4,67%)
Le problème essentiel du pays, selon les Buffoni, est que le Sénat est trop éloigné du peuple, et par conséquent il faut s’en rapprocher, mieux assimiler sa culture aux Beaux-Arts de la capitale. Seule une réconciliation des provinces et de la capitale pourrait éviter de tels débordements comme ceux que l’on a pu observer sur le continent et en Nursie.
Les Amministratori (2,59%)
Véritable paradoxe au sein de la Partitura, ils sont pour une bureaucratisation et une hiérarchisation de l’administration stalagmantine, afin d’exercer un plus grand pouvoir sur le peuple. Ce qui les différencie des Libretti est qu’ils veulent classer tout ce qu’ils voient selon une nomenclature musicale et artistique. Ils gardent une vision très poétique et lyrique du monde ; mais rien ne dit que la poésie et le lyrisme ne peuvent s’épancher dans de jolis classeurs biens tabulés.
Les Banditori (2,08%)
Et si on supprimait le principe d’Etat-nation ? Telle est la question de base des Banditori. Leur projet est de faire en sorte que la culture devienne mondiale, sous indication stalagmantine, bien évidemment – faut pas déconner non plus. Ceci permettrait un meilleur dialogue, et un commerce menant vers une plus grande prospérité commune.
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Les Libretti
Pecunia mundo imperat
17,70% des sénateurs</center>
Diamétralement opposés à la Partitura, ils n’envisagent le monde que sous l’angle utile et pratique. Combien avons-nous gagné, combien sommes-nous en train de perdre ? Combien reste la question fondamentale, devant le comment et le pourquoi. Tout peut se résumer, en somme, à un problème plus ou moins complexe d’arithmétique. La Raison et la Logique sont au cœur des outils de pensée, et on évite de perdre son temps en divagations.
Les Sordi (2,08%)
L’étranger, c’est le mal. Vivons en autarcie, fermons nos frontières, et isolons-nous. Si rien ne vient du dehors, il n’y a pas d’éléments perturbateurs, pas de frottements, et tout fonctionne parfaitement selon une mécanique bien huilée, et ce pour les siècles et les siècles. Et si un problème survient, il est bien plus aisé de l’identifier.
Voilà le leitmotiv des Sordi.
Les Padroni (7,29%)
Les Padroni veulent mettre en place une économie d’Etat. Ils veulent que le domaine de la production et de l’industrie ne soit pas plus du domaine privé, et souhaitent que certains domaines, notamment les stratégiques – architecture, armement, énergie, santé – soient nationalisés.
Les Maestri (3,13%)
Le problème de la révolution vient du fait que le peuple bénéficiait de bien trop de libertés. La solution est donc la diminution, voir la suppression totale de ces libertés. Que le Sénat impose un véritable totalitarisme sur les sujets, et le pays ne pourra s’en tirer que mieux, disent-ils.
Les Moderni (5,21%)
Etonnement nombreux, les Moderni sont des « révolutionnaires » sociaux. Ils veulent une plus grande libéralisation des mœurs, une couverture sociale, et pourquoi pas enfreindre les Lois en donnant au peuple un certain pouvoir, et intégrer un peu de démocratie en Stalagmanque. La laïcisation du pays est aussi un de leurs buts.
Les 19,09% des sénateurs restants se sont eux-mêmes nommés les Loggionisti. Ils n’ont, à proprement parler, aucun avis, mais ne se gênent pas pour critiquer celui des autres. Ils ne proposent rien, ne sont pour rien, détestent tout, mais au moins ils pointent les défauts majeurs des autres idées.