Page 3 sur 3
Posté : ven. sept. 15, 2017 6:59 pm
par Djinndigo
[center]Récit : épidémie de tuberculose
15 février 2034 - SECRET D'ÉTAT[/center]
[justify]Le soleil brillait avec intensité dans le ciel tandis que quelques habitants s'affairaient dans un petit hameau de la Vallée de la Virotta, à Fortutano. Dans ce petit hameau, la vie se déroulait paisiblement, et la petite centaine d'habitants se contentait de vivoter à l'aide des maigres revenus agricoles de la culture de l'olivier et des champs de blé, bien que la modernisation du marché ait encore réduit un peu plus leur pouvoir d'achat et leur potentiel régime nutritionnel, qui se résumait souvent aux simples produits de l'agriculture, parfois accompagnés par des produits plus exotiques, comme la viande séchée ou quelques autres aliments rares ici, qu'ils achetaient à l'épicerie.
Mais ça, c'était avant que l'épicerie locale ne ferme, faute de repreneurs. Malgré les allègements fiscaux de l’État lucanien, la faillite avait touché cette pauvre épicerie, qui ne voyait que rarement de véritables clients capables d'acheter quelque chose et non de tenter de le dérober. Le dernier établissement réel du hameau, en dehors des maisons en dur, était la petit église, qui semblait n'être que la reconversion d'un taudis en lieu saint. Le curé du hameau survivait grâce à l'aide financière de l'évêché de la plus grosse ville de la Virotta, à savoir Ravenniti, qui récoltait de temps à autres auprès de ses citoyens pour fournir de l'aide au hameau voisin.
Mais la situation empirait de plus en plus. Chaque jour, une nouvelle personne s'absentait, et la plupart étaient alités et gravement malades. Ils toussaient, crachaient du sang. La seule personne expérimentée en médecine dans le village, à savoir le curé Immacolato lui-même, un fils de bonne famille venu maintenir la foi dans les coins les plus reculés des Deux-Lucagnes, était lui aussi tombé malade, et il ne semblait plus capable de fournir son aide à quiconque. Un petit équipage de fortune, à bord de deux des trois voitures du hameau, étaient sur les routes dans l'espoir infime de rejoindre Ravenniti et d'y trouver de l'aide suffisante pour s'en sortir, mais leurs chances d'aider les malades s'amenuisaient de jours en jours.
Quelques personnes étaient réunis ce jour-là autour du lit de fortune dudit curé, qui semblait enfoui dans un sommeil profond. D'ici quelques heures, il embrasserait le Paradis de son regard, ayant quitté la Terre en tentant de sauver ses co-religionnaires de foi. Le hameau, intégralement catholique latin, était l'un des plus pauvres que l'on pouvait trouver en Lucagne. C'était encore une chance si ce dernier n'avait pas disparu au siècle dernier lors de l'épidémie de vache folle qui avait touché toute la péninsule lucanienne.
Réunis autour du lit, quatre personnes priaient avec ferveur. Là, des psaumes invoquant le Seigneur pour protéger le curé dans son voyage ascensionnel vers le Paradis, ici, des prières abondantes invoquant l'aide divine dans les jours à venir. La petite assemblée de fortune se signait d'une signe de croix catholique à la fin de chaque prière. La porte de la maisonnée, entrebâillée, laissait entrevoir le soleil radieux qui semblait narguer les damnés dans leur lutte effroyable. Soudain, la porte s'ouvrit plus largement sous l'impulsion manuelle d'un petit garçon chétif d'une dizaine d'années qui pénétra dans la pièce en criant.
« Vite ! Vite ! C'est grand-père ! Il a toussé il y a dix minutes, quand nous étions aux champs. Quintino est resté avec lui, il est trop petit pour venir avec moi, seul, sur le chemin du retour. On devrait aller l'aider, vous ne pensez pas ? »
L'une des personnes du groupe réuni autour du lit se tourna, et répondit avec colère à l'enfant tout en se dépêchant en direction de la sortie : « Quoi ? Qu'as-tu fait ? Tu as laissé ton frère en compagnie d'une personne malade ? Te rends-tu compte de ce que tu viens de faire ? Ton grand-père n'a de toute façon jamais été un vrai croyant. Il préférait discuter qu'aller à la messe. Mais ton petit frère ne doit pas être en contact avec lui ! Bien que je l'ai élevé dans la plus profonde foi, la foi ne suffira pas pour le protéger physiquement de la maladie. »
Une seconde personne de l'assemblée sortit de sa torpeur et s'élança vers la sortie tout en répondant : « Vite. Nous parlerons de nos erreurs plus tard. J'espère que mon père est arrivé en lieu sûr à bord de ma voiture. Normalement, les secours ne devraient pas tarder à arriver. Nous devrions faire la liste des personnes potentiellement malades. La malédiction de Dieu nous a touché, nous devons montrer à ce dernier que nous vaincrons tous les obstacles qu'Il nous opposera pour prouver notre foi. Soyez forts. »
Tandis que les deux autres personnes, toujours enfouis dans leurs prières, restèrent autour du lit du curé, indifférents à l'affaire, le groupe de trois s'éloigna du hameau en direction des champs. Sur le chemin, légèrement rassurés, ils croisèrent Quintino qui revenait de là où ils allaient. Le grand-père ne semblait cependant pas présent, et cela les inquiéta gravement. Quintino leur indiqua la direction dans laquelle était parti le sexagénaire, qui semblait avoir eu une soudaine envie de s'isoler après subi une sérieuse quinte de toux qui lui avait carrément fait cracher du sang.
Les deux gamins s'éloignèrent en direction du hameau tandis que les deux adultes se lancèrent à la recherche du grabataire, qui avait finalement trouvé refuge dans un petit cabanon délabré, qui semblait finalement une bonne cachette contre l'ardeur du soleil. Là, le grand-père buvait dans une petite gourde en étain, un liquide sans aucun doute alcoolisé. Pénétrant en urgence dans la cabane, les deux adultes le trouvèrent là, visiblement saoul. Ce dernier les invitait de plus à déguster ledit alcool en sa compagnie, ce qu'ils refusèrent avec dédain. Se tenant à distance et se signant d'un geste de croix, l'homme parla :
« Oncle... Que fais-tu ici ? Te sais-tu mourant ? Tu sais que ce n'est pas une bonne idée de rester seul ici. Tu pourrais te perdre, surtout avec un soleil pareil. Ce dernier pourrait te frapper durement et t'en faire perdre la raison. Viens... Rentrons. »
Ce dernier ne bougeant pas, la femme parla. « Beau-père. Nous devons vous maintenir à distance des enfants. De tout le monde. Vous avez été frappé par la malédiction divine. Dieu ne se trompe pas. Avez-vous des derniers mots ? », dit-elle en prenant le fusil de chasse qu'elle avait sur l'épaule, et en le tendant à l'homme, qui le prit avec circonspection. Ce dernier parla, la larme au coin de l’œil. Il avait vu un nombre de morts considérable ces derniers jours, mais très peu lui étaient relatés. Proposer à son oncle de se tuer était un réel crève-cœur. Se rappelant cependant les événements tragiques récents liés à la maladie, il préféra tendre le fusil, tout en le tenant avec dédain à une certaine distance.
« Es-tu... Sûr ? Il s'agit d'une lourde décision. Bien que tu sois condamné et qu'il ne te reste que quelques heures, voire quelques jours, mais ton retour au village est impossible. Tu condamnerais par ce geste la plupart d'entre nous... J'imagine que tu as une épitaphe, ou quelques derniers mots... Mon oncle. »
Toussant avec difficulté après s'être enfilé une autre rasade du liquide alcoolisé susmentionné, l'oncle prit la parole : « Vous savez, à mon époque... On a vécu plusieurs maladies graves dans la famille, mais jamais assez graves pour nous enterrer tous... Aujourd'hui, je crois bien que... C'en est fini de... Nous... Donne-moi ça. » Prenant le fusil par la crosse dans un mouvement lent et hésitant, le malade se saisit du fusil tandis que les deux adultes sortaient de la pièce, laissant le triste vieillard s'effondrer sous les coups du destin.[/justify]
Posté : dim. sept. 17, 2017 11:53 am
par Djinndigo
[center]Récit : épidémie de tuberculose
19 février 2034 - SECRET D'ÉTAT
[img]http://www.opex360.com/wp-content/uploads/minerve-20160502-300x199.jpg[/img][/center]
[justify]Les températures hivernales commençaient doucement à laisser place au printemps et à sa verdure en Campanitie. Dans la ville de Cabusa, les annonces gouvernementales semblaient efficaces, car les rues du chef-lieu régional étaient désertes, même si ça et là des badauds déambulaient, un torchon sur la bouche. La plupart cherchaient quelque chose de précis mais certains erraient, sans but, mais se maintenant tout de même à une distance ridicule des autres.
Même si les cas de malades étaient très rares, au maximum deux centaines, et qu'une bonne moitié de ces malades potentiels se trouvaient dans la vallée de la Virotta, à l'intérieur des terres, les cabusains restaient méfiants et paranoïaques. On avait déjà signalé, hier soir, deux suicides dans des circonstances étranges liés à une très forte suspicion d'être atteint de tuberculose, alors que l'autopsie n'avait rien révélé de concluant à ce sujet. Les hôpitaux étaient bondés, mais la plupart des patients n'étaient en réalité pas atteints. L'absence de confiance de la part des campanitiens envers les symptômes évidents était le point-clé de ces embouteillages médicaux.
Loin de Cabusa, à la frontière méridionale de la Regio di Campanitia avec la Calabrie, sur la route, trois militaires attendaient. Ils faisaient partie d'un important réseau de check-points établis à la frontière méridionale mais aussi septentrionale afin de s'assurer qu'aucune personne malade ne sorte de la Campanitie, ce qui n'était pas une mince affaire vu la taille de la frontière (plusieurs centaines de kilomètres de long) et la topologie du terrain, la chaîne montagneuse des Appenains coupant la Lucagne péninsulaire et la Campanitie en deux parties, l'ouest et l'est (Cabusa).
Cela faisait déjà trois heures que les militaires n'avaient vu personne, et ils jouaient aux cartes, assis sur des chaises autour d'une table en-dessous d'un parasol. Manifestement, ils s'ennuyaient. L'un d'eux, confiant, semblait gagner toutes les parties, coup sur coup, peu importe le jeu et peu importe le contenu de sa main. Les deux autres semblaient l'injurier amicalement dès qu'il posait ses cartes, car la chance semblait porter son bras vers la victoire.
L'un d'eux, un rouquin, prit la parole : « Ah ! J'y crois pas... Qu'est-ce qu'on fait là ? Il a fallu qu'on prenne notre tour en métropole pour qu'on soit assigné à un poste aussi ennuyeux... »
Un autre, grand et basané, lui répondit : « Tais-toi et joue. Pas question de laisser Benito gagner cette partie-là. »
Ledit Benito sembla prendre une grande inspiration, piocher une carte, puis étaler l'intégralité de son jeu sur la table. Il avait gagné, une fois de plus. Fatigué de perdre, le basané se leva de sa chaise, scruta l'horizon, et crut apercevoir un véhicule. Il dit : « Euh... Les gars. Vous voyez ce que je vois, là-bas ? On dirait une voiture. On a enfin de la compagnie ! »
La voiture susmentionnée s'approchait doucement tandis que les trois militaires, bien qu'un peu nerveux, se contentèrent de l'attendre en restant stoïque. La route étant bloquée par des blocs de béton, ils ne craignaient pas les voitures béliers ou les go-fast, qui ne pourraient en aucun cas franchir les blocs en question. La voiture s'approchant, le rouquin fit signe à la voiture de se garer sur le bas-côté, après quoi il ordonna aux passagers et au conducteur de descendre, ce qu'ils firent avec dédain.
Du véhicule sortirent trois personnes. Un d'eux, un balafré pâle, les salua avec amabilité mais semblait légèrement tendu. Les trois soldats, rassurés de ne pas voir de malades, les saluèrent en retour. Suspicieux, le soldat demanda au balafré de lui donner tous les détails de leur excursion. Ce dernier répondit avec disgrâce : « Bon. On vient de... La Virotta et on a fuit lorsque le gouvernement a annoncé l'épidémie. On se rend chez... Euh... La grand-mère de mon ami, qui habite en Calabrie », dit-il en indiquant successivement un des deux passagers puis en indiquant la direction générale de l'autre côté de la frontière régionale.
Plissant les yeux, le basané scruta le véhicule, dont une des deux vitres avant était brisée. Il dit : « Et vous avez une justification pour la vitre cassée ? C'est bizarre pourtant, il n'y a pas d'émeutes. Alors ? »
Ce à quoi le balafré répondit : « Hmm... On s'est pris une branche d'arbre en passant sur une route boisée, sur le chemin. Vous savez comment c'est les branches : plus c'est gros, plus ça casse. »
« Hum. La prochaine fois, faites attention sur la route. On ne tolérera pas ce genre d'excuses dans toutes les situations. Bonne route, circulez. » Il accompagna lui aussi le geste à la parole, leur indiquant de retourner dans leur véhicule et de s'en aller, ce qu'ils firent sans se laisser prier. Après leur départ, les trois militaires se rassirent à leur table en plastique et reprirent leur jeu.
La radio portable du rouquin se mit alors à grésiller. Quelqu'un semblait avoir activé le canal radio militaire. Une voix de baryton s'exprima : « Kzz... Unité 42 à unité 34. Kzz... On nous signale une circulation suspecte d'un véhicule immatriculé au nom d'une voiture volée par des criminels il y a un mois sur la route N-56 à la frontière sud de la Campanitie. Kzz... Un civil a reconnu les criminels mais n'a pas eu le temps d'agir avant qu'ils repartent. Kzz... Ils répondent au signalement physique suivant : leur chef est un balafré blanc de peau. Kzz... Capito ? »
Les trois camarades, livides, se regardèrent. Le rouquin, encore plus blanc qu'auparavant, prit son émetteur radio et répondit : « Je... Nous... Enfin euh... Parce que... On a... »
« Kzz... Hein ? Nous ne vous comprenons pas. Veuillez également décliner votre identité. Kzz... »
Le basané prit l'émetteur au rouquin, qui, tremblotant, ne semblait même plus apte à aligner deux mots en une seule phrase. Le basané, se raclant la gorge, répondit : « Ici unité 34. Nous... Nous avons croisé lesdits individus. Ils ont... Euh... Franchi notre barrage sans nous laisser l'occasion de les arrêter. Ils ont franchi le check-point. Nous nous lançons à leur poursuite. Capito. » Après avoir éteint l'appareil de communication radio, le soldat regarda ses acolytes, qui, livides, restaient stupéfaits. Le basané reprit, plus fort cette fois : « Restez pas plantés là ! On monte dans le camion et on les poursuit ! »[/justify]
Posté : dim. sept. 24, 2017 11:23 am
par Djinndigo
[center]Récit : panique à Antios
11 mars 2034 - SECRET D'ÉTAT
[img]https://3.bp.blogspot.com/-03MFjxJCGDo/WIzSZCFYlXI/AAAAAAAAJG4/FtXxruR18cIs-8UqpFiFHz8DVe7RFZp1wCLcB/w1200-h630-p-k-no-nu/images.jpeg[/img][/center]
[justify]Il était huit heures moins le quart, près du centre-ville d'Antios, la très peuplée capitale de l’État chrétien du Ciliria. Située en bord de mer, la capitale cilirienne était surplombée, en ce mois de mars de l'an de grâce deux milles trente-quatre, par une chape de nuages gris inquiétants. Dans les rues de la périphérie de la cité catholique, une ambiance lourde régnait, avec une circulation piétonne inexistante, à l'exception des habituels badauds qui erraient, sans but.
A l'angle de la rue se trouvait le Centre Technologique Solaire d'Antios, l'un des plus grands centres de recherche ciliriens. Ce dernier semblait relativement indéfendu, mais il ne fallait pas s'y tromper : un petit bataillon d'une trentaine de soldats encadrait l'édifice, posté à des endroits stratégiques autour de la place. L'endroit était défendu de façon assez efficace, mais la plupart des gardes étaient en manque d'entraînement et habitués à l'ennui que l'absence d'événements sur la place devant l'édifice provoquait.
Alors, une voiture, un modèle sud-algarbien de quatre-quatre, surgit d'une des rues qui aboutissaient sur la place. Le véhicule, tout de noir et revêtu de vitres teintés, semblait être relativement coriace. Cela attira l'attention des deux gardes qui, assis devant l'entrée, se levèrent, péniblement. Mais ils n'eurent pas le temps de finir leur action, car le véhicule accéléra et, se servant des marches comme d'un tremplin, s'élancèrent dans la galerie vitrée, qui vola en éclats. Désarçonnés, les deux gardes furent rapidement neutralisés par quelques coups de feu brefs.
Le véhicule-bélier n'était cependant pas seul. Derrière lui vinrent deux autres véhicules du même genre, avec sans doute un équipage du même acabit. La réponse des gardes face à l'intrusion ne se fit cependant pas attendre : dans le bâtiment lui-même, des gardes commencèrent à tirer tandis qu'à l'extérieur, postés sur les toits, un petit groupe canardait les cambrioleurs. Ces derniers, tout de noir vêtus, sortirent des véhicules rapidement et se mirent à couvert derrière les véhicules tout en tirant assez approximativement sur les gardes, tandis qu'un petit groupe s'élançait plus profondément dans le bâtiment.
Les cambrioleurs semblaient faire mouche plus souvent que les gardes, qui, accablés par le manque d'entraînement, se contentait de tirer de façon hésitante, ce qui laissait une assez large fenêtre de tir pour les cambrioleurs, qui éliminaient plus facilement les gardes. Bientôt, du groupe de gardes postés sur les toits, il n'en resta plus qu'un, qui prit aussitôt la fuite sans demander sa part, tout en vociférant dans son émetteur radio talkie-walkie dans l'espoir de ne pas passer pour un lâche.
Malgré deux blessés dans leur camp, les cambrioleurs pénétrèrent dans le bâtiment tandis que trois d'entre eux montaient la garde, en attente des forces de l'ordre ciliriennes. A l'intérieur du bâtiment, bien que les combats continuaient encore, la garde des lieux semblait avoir été quasiment neutralisée. Enjambant rapidement tous les corps qui jonchaient le sol, les cambrioleurs s'enfoncèrent dans les couloirs de l'intérieur de l'édifice. Ils arrivèrent devant une salle assez grande où une vingtaines de personnes en blouse blanche attendaient, effrayées, dans l'espoir que l'armée vienne les sauver. Entrant dans la salle en pointant son arme, un modèle kaiyuanais de fusil d'assaut, sur les scientifiques, un des cambrioleurs, soulevant légèrement sa cagoule pour laisser entrevoir sa bouche, parla.
« Signori, le spectacle est terminé. Il est maintenant l'heure de partir. Mais... » Scrutant les scientifiques du regard, les comptant au passage, il continua : « Vous êtes plus d'une vingtaine. Or, nous n'avons besoin, et ne pouvons transporter, qu'une dizaine d'entre vous. Nous laisserons les autres sur place. Pour savoir qui nous allons emmener : qui d'entre vous, ici, est le plus à même de connaître la technologie des centrales solaires, ou à défaut, des panneaux solaires de première génération ? »
Toussotant, les scientifiques se regardèrent entre eux, dubitatifs. L'un d'eux, un chauve qui semblait âgé, s'avançant, dit : « Excusez-moi, monsieur, mais... Je crains que nous ne puissions accéder à votre requête et que... »
Le vieux n'eut pas le temps de finir sa phrase que le cambrioleur en chef l'avait aussitôt transpercé d'une balle dans le ventre. Le vieil homme s'effondra, inanimé, sur le sol carrelé de la salle centrale. Le cambrioleur reprit : « Je me présente. Je me prénomme Antonio Di Lauro, et je travaille pour... Quoique, vous n'avez pas à le savoir. Maintenant, je veux que vous me répondiez clairement. Qui d'entre vous a les connaissances requises ? »
Un, puis deux, puis cinq, puis onze scientifiques sortirent du rang en s'avançant vers le mercenaire, de peur de mourir à leur tour. Se saisissant de son arme de nouveau, le mercenaire reprit : « Ma foi, voilà qui est bien plus convenable. Cependant... Après un petit réajustement, nous n'avons besoin que de huit d'entre vous. Pas onze. Qui est le moins apte parmi vous. »
Tremblant, un des scientifiques s'avança et pointa du doigt un de ses camarades. Le délateur semblait trembler de tout son être. Antonio le perçut et lui tira une balle dans la jambe, puis dans la tête. « Pas de place pour les faibles au Paradis. Maintenant, dévouez-vous ou vous mourrez. »
Alors, sortirent une nouvelle fois du rang deux scientifiques. Sans état d'âme, le mercenaire les abattu, puis tira de façon grossière sur les scientifiques présents derrière le groupe de volontaires, tandis que les autres mercenaires tiraient eux aussi avec méticulosité. Ils s'arrêtent lorsque tous furent morts et écroulés dans la poussière. Les huit scientifiques restants, ahuris, ne réagirent même pas. Amorphes, ils suivirent les mercenaires hors du bâtiment tandis que les coups de feu entre les trois, maintenant deux mercenaires, et les forces de l'ordre ciliriennes, commençaient.
Marchant de plus en plus rapidement, les scientifiques et les mercenaires arrivèrent devant les véhicules semi-blindés dans lesquels ils embarquèrent, s'entassant dedans. L'un des deux mercenaires défendant l'entrée s'effondra alors, laissant pour seul défenseur l'autre mercenaire, qui, saignant de l'épaule, se contenta de voir les voitures passer près de lui, redescendant les marches, tandis qu'il éliminait avec méticulosité les quelques policiers qui bouchaient la rue en couvrant l'entrée de tirs.
La fenêtre d'échappée était présente, et les trois véhicules noirs l'empruntèrent sans hésitation, emboutissant les trois véhicules de police à l'arrêt, écrasant les cadavres des policiers. Le dernier mercenaire restant sur les lieux, convaincu de la réussite de la mission, se saisit avec douleur de petits paquets d'explosifs, qu'il plaça à divers endroits sur les marches du laboratoire. Se saisissant d'un petit détonateur portatif dans sa poche, son pouce s'approcha du bouton mais un policier lui vida un chargeur dans la tête, l'empêchant d'appuyer. La charge n'explosa pas.
Pendant ce temps, les trois véhicules semi-blindés progressaient à travers la ville, poursuivis par plusieurs patrouilles de police. D'après les estimations d'Antonio, la base militaire se situant non loin, la rencontre avec les véhicules de poursuite de l'armée cilirienne risquait d'être imminente. Dans l'expectative, les mercenaires scrutaient les rues. Prenant son émetteur radio, Antonio essaya de contacter un des agents chargés de la supervision visuelle par l'intermédiaire de drones civils.
« Est-ce que vous m'entendez ? Nous avons le colis. Qu'avez-vous en visuel ? »
« Kzz... Nous vous apercevons, lieutenant. Kzz... Nous apercevons derrière vous... Kzz... Six véhicules des forces de l'ordre régulières. Kzz... »
« Des signes de la présence de l'armée cilirienne ? »
« Kzz... Aucun. Bien que cela soit étrange, ne nous en préoccupons pas. Kzz... »
A ce moment-là, le conducteur du véhicule dans lequel Antonio était assis effectua un bref virage pour éviter un véhicule garé en travers de la route, véhicule contre lequel trois voitures de police s'écraseront deux secondes plus tard, bloquant complètement la route. Désormais débarrassé de toute poursuite routière, les trois voitures s'engagèrent à très vive allure sur la grande autoroute reliant le nord et le sud du Ciliria. Après deux heures et demi de route sans voir aucun nouveau véhicule de police, ils franchirent la frontière sud avec le Sultanat d'Alfranie sans aucun problème.
Crachotant dans son talkie-walkie, Antonio dit : « Bilan : six morts, vingts-huit tués. Les huit paquets seront déposés d'ici une heure à l'endroit prévu à cet effet. Capito ? »[/justify]
Posté : dim. oct. 01, 2017 11:22 am
par Djinndigo
[justify][center]Récit : Giuseppe Scilli
2 avril 2034 - (trame scénaristique majeure)
[img]https://vid.alarabiya.net/images/2016/03/27/b0070615-ed78-42ff-91f1-99aeb5f463f3/b0070615-ed78-42ff-91f1-99aeb5f463f3_16x9_320x180.JPG[/img][/center]
Il était tôt dans les rues de Palepoli lorsque le cortège de véhicules militaires s'engagea sur la grande avenue qui traversait le Sobborgo de Palepoli. Ces véhicules, tous des modèles lucaniens de quatre-quatre tout-terrain de transport de troupes, encadraient une large foule bruyante qui avançait lentement mais avec assurance. Dans les mains des manifestants, il y avait des pancartes en bois avec écrit dessus en italique « nessun Posto per I Perdenti » (« pas de Place pour les Perdants »), qui était un vieux cri de guerre des résistants palepolitains conservateurs luttant à la fois contre l'envahisseur fasciste italique et contre le « libérateur » britonnique durant la Grande Guerre.
La foule, en liesse, comportait un demi-million de manifestants, pour la plupart blancs et arborant des signes évidents d'appartenance à la religion chrétienne. Ils se revendiquaient tous comme membres du Front Irrédentiste-Colonial (FIC) voire de l'Union Conservatrice et Royaliste (UCR) et se dirigeaient vers le quartier religieux de Santo Gennaro, le saint-patron chrétien de la capitale lucanienne. Là les attendait une messe à laquelle ils n'étaient pas tous obligés de participer, mais la présence de l’archevêque local en faisait une cérémonie incontournable pour ton bon chrétien.
Cette réunion politique mais aussi religieuse avait un but précis : lorsque la foule viendrait se placer devant le général Giuseppe Scilli, ce dernier effectuerait un discours qu'il espérait éclatant et qui marquerait les esprits. Ce dernier souhaitait en réalité accélérer son accession au pouvoir en usant d'un autre biais démocratique qui ferait appel au peuple pour le placer au pouvoir au détriment du gouvernement conservateur déjà en place, celui d'Agostino di Pulia. Cependant, le Chancelier Agostino voyait d'un bon œil le fait que sa succession soit assurée d'une manière aussi populaire et conservatrice en perpétuant la tradition politique de l'UCR et du FIC.
Mais voilà que la gigantesque foule s'engage dans le quartier de Santo Gennaro en traversant le quartier en direction des différents édifices religieux chrétiens destinés à accueillir la procession. Au fur et à mesure, les églises et cathédrales se remplirent, les prêtres se mirent à officier dans la rue pour ceux n'ayant pas trouvé de place dans les bâtiments, et la messe dominicale se déroula dans un silence patriotique et solennel. Les foules s'étaient tues et buvaient maintenant les paroles des ecclésiastiques qui tâchaient d'éclairer les Hommes grâce à la lumière de Dieu.
Après cette lourde et imposante cérémonie religieuse chrétienne, la foule de scillistes de releva comme un seul homme et se dirigea, en plusieurs vagues humaines, vers le quartier de la Vecchia Città, où les attendait le général Scilli. Ce dernier, bien qu'anxieux, savait qu'il avait de lourds appuis un peu partout dans la société et que son discours ne passerait pas non plus inaperçu, surtout avec une telle masse et un tel panache. Il se savait observé par des dizaines de caméras des médias lucaniens mais aussi des médias internationaux.
La grande foule, après un passage devant le Palazzo reale di Palepoli, d'où le gouvernement en place observait le général et son discours à venir, s'approcha de la Piazza Bianca, devant le Palazzo. Là, sur une grande estrade, le général Giuseppe Scilli, en uniforme militaire, saluait le peuple en faisant de grands gestes tout en gardant un aspect fier et solennel. Lorsqu'une bonne partie de la foule avait déjà rempli la Piazza, Giuseppe prit une grande inspiration, s'assura de la présence de ses alliés politiques à ses côtés, puis parla.
[center][img]http://image.noelshack.com/fichiers/2017/39/7/1506854657-giuseppe-scilli-discours.png[/img][/center]
« Mesdames, messieurs, lucaniens, étrangers, patriotes et compatriotes, je vous remercie tous autant que vous êtes d'être ici présent et d'être venu pour assister à cette cérémonie officieuse de victoire. Oui, car ce n'est rien d'autre que la victoire politique aux élections que j'ai à vous proposer. Mais tout cela, ça ne serait pas possible sans vous. Oui, vous, toi, le contribuable, qui aides le Royaume des Deux-Lucagnes à devenir la nation de l'avenir qui opère un lien fort entre le futur et le passé tout en restant profondément ancré dans le présent.
Oui, car cette élection se joue dans le présent, et se base sur nos traditions issues du passé pour construire un futur meilleur. Ensemble, vous et moi, allons nous hisser au sommet du gouvernement pour appliquer notre point de vue. Oui, vous avez bien entendu, je parle de notre point de vue à nous, nous, italiques de toutes nations, chrétiens sans frontières ! Que ceux qui osent se dresser contre la vague scilliste tremblent, que les britons tremblent face à leur nouvel ennemi !
Oui, vous m'avez bien entendu, encore une fois. Face à la nomination abusive d'un gouverneur briton à la tête de la Lega di Montalvo, le Royaume doit agir ! Rester impassible signerait la mise-à-mort de notre nation sœur, au profit de la Britonnie dont l'hydre aux multiples têtes viendrait s'implanter jusque dans l'espace céruléen occidental, qui est le berceau de la civilisation italique ! Montrons aux britonniques ce que vaut le prix de s'en prendre à nos cousins italiques, à nos frères catholiques ! La Nazalie, l'Alilée et l'Arovaquie sont des provinces italiques montalvéennes et doivent le rester !
C'est pour cette même raison que tous liens possibles et éventuels avec les escrocs de Britonnie doivent cesser. L'Union Panocéanique, essentiellement composée de pantins de la Britonnie, sera elle aussi la cible d'une suspension totale de relations. La souveraineté territoriale de la Ligue de Montalvo doit être préservé, peu importe le prix. Nous sommes les gardiens de la Cérulée et, pour prouver la valeur de ce titre, nous devrons agir ! Nessun posto per i perdenti ! »[/justify]
Posté : mar. oct. 03, 2017 8:17 pm
par Djinndigo
[justify][center]Récit : une réunion tripartite
9 avril 2034 - SECRET D’ÉTAT (trame scénaristique majeure)
[img]http://image.noelshack.com/fichiers/2017/40/2/1507058504-amedeo-ii-di-vitelsburgo-240x240.png[/img] [img]http://image.noelshack.com/fichiers/2017/40/2/1507058506-giuseppe-scilli-240x240.png[/img] [img]http://image.noelshack.com/fichiers/2017/40/2/1507058505-agostino-di-pulia-240x240.png[/img]
De gauche à droite : Amedeo II di Vitelsburgo, Giuseppe Scilli et Agostino di Pulia.[/center]
Le soleil s'était déjà couché de l'autre côté de la Mare di Tyrrhenia lorsque les trois hommes les plus puissants du Royaume des Deux-Lucagnes se réunirent au Palazzo reale à Palepoli, dans la Galleria della Storia, d'où des milliers d'années d'histoire les contemplaient. Malgré l'aspect quelque peu symbolique du lieu de la réunion, la raison de leur réunion était tout autre. Il s'agissait en réalité d'une forme de passation de pouvoir de façon discrète, puisqu'il s'agissait d'introduire le général Giuseppe Scilli comme Protettore du Royaume, ce qui le placerait, en terme de hiérarchie, juste en dessous du roi lui-même.
Bien qu'Agostino di Pulia, Chancelier du Royaume des Deux-Lucagnes, semblait contrarié, le roi de Lucagne Amedeo II di Vitelsburgo restait impassible. Le trosième homme, le général de l'Esercito reale di Triplutania, Giuseppe Scilli, avait adopté un air solennel mais se fendait de temps à autre de sourires malicieux. Ce dernier triomphait intérieurement car il savait pertinemment que le quadriennat d'Agostino di Pulia allait s'achever d'ici quelques mois mais qu'il s'arrêtait de facto dans quelques jours, lorsque le général Scilli aurait complètement accédé au pouvoir.
Les trois hommes, assis autour d'une majestueuse table au centre de la grande pièce, se passaient divers documents qui n'étaient que des formalités procédurales propre à ce genre d'intronisation. Le chancelier sortait des documents de son attaché-case, les vérifiait de façon succincte puis les tendait au général et futur Protettore, qui lui-même les revérifiait, les consultait puis les rangeait dans son propre dossier, qui grandissait lentement mais sûrement, feuille par feuille. Supervisant l'opération administrative quelque peu ennuyante, le roi restait stoïque, observant de façon désintéressé le passage des feuilles, qui circulaient devant son nez.
Le tout se passait dans un silence quelque peu sinistre, mais de temps à autres un des trois hommes soufflait ou toussotait. Le chancelier se saisit alors d'une feuille dans son attaché-case, la consulta, vérifia le contenu de son dossier, de ses affaires puis de son sac, puis tendit la feuille au général tout en se levant et en parlant, en s'adressant au monarque : « Mon roi, voici la dernière feuille que j'avais à transmettre. Il n'en existe pas d'autres que je puisse transmettre au futur Protettore en votre présence, c'est pourquoi je considère ma tâche terminée. Auriez-vous un quelconque souhait, votre Majesté ? »
Devant le général, resté muet durant le monologue du chancelier, Amedeo II di Vitelsburgo se leva à son tour puis répondit au chancelier : « Mon cher, vous n'êtes pas libre de disposer. Vous, moi, et monsieur Scilli ici présent, n'en avons pas encore fini avec notre lourde tâche qui est la direction du Royaume des Deux-Lucagnes. Et pour l'instant, notre tâche consiste en la précieuse aide que nous pouvons être pour le Protettore afin que ce dernier apprenne les ficelles du métier de dirigeant. Car oui, au même titre que vous et moi, il sera désormais qualifié de dirigeant lucanien. C'est une tradition dans le méli-mélo administratif lucanien. »
Se tournant vers le général, il reprit : « Mon cher, vous êtes désormais Protettore del Regno delle Due Lucania, di Triplutania e delle Terra di Somalia. Bien que cela soit un titre trompeur, il n'en reste pas moins réel. Les lucaniens ont décidé, par un vote démocratique de vous élire. Sachez donc que beaucoup d'espoirs reposent sur vos épaules, général. Mes espoirs aussi. Tâchez de ne pas me décevoir, ni de décevoir notre ami Di Pulia ici présent. »
Le général Giuseppe Scilli se racla la gorge puis s'exprima, sur un ton solennel : « Votre Majesté, je tâcherai de ne pas vous décevoir. Je tâcherai d'être votre bras droit, votre bras armé, votre bras qui tient la lanterne. Je suis Protettore et je tâcherai de le rester. Je vous remercie infiniment de placer votre confiance et vos espoirs en moi, et je les porterai avec noblesse, panache et réussite. »
Le roi reprit : « Messieurs, voici que notre première session d'harmonisation est terminée. Nous nous réunirons un autre jour. Arrivederci. »
Sur ce, les trois hommes s'en allèrent, un peu fatigués de toute cette paperasse.[/justify]