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Posté : jeu. juin 30, 2016 8:00 am
par Amaski
[bask][center]LA LIBERTE DE l'EGZONKAN

- Chapitre 20 : La fin tragique des Ortega II -[/bask]

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Le fils marchait à travers le champ de coton, le vieux fusil de chasse à la main. La nuit était obscure car en était en pleine nouvelle Lune. Les étoiles brillaient timidement, mais ce n'était pas ce qui attira l'attention du jeune homme. Quelque chose était étrange, différent cette nuit. Il s’avança en direction de la côte, la plantation étant situé à proximité des plages. Après avoir fait une centaine de pas, il vit la mer noire couverte de points lumineux. Ils étaient des centaines et après quelques instants d'observation, le fils se rendit compte qu'ils avançaient vers la ville de Juan. Une chose était sûr, ce n'étaient pas des bateaux de pêche. Les pêcheurs sortaient que vers l'aube et il n'y avait pas assez de navire de pêches dans toute la région pour former une flotte aussi importante. Observant l'avancée des navires camouflés par la nuit, il ne vit pas que des travailleurs de la plantation s'approchaient de lui depuis derrière.

Une épée courbée perfora son dos, traversa son estomac et ressortit par son abdomen. Horrifié, le patricien lâcha son arme, tenant avec ses deux mains le bout de la lame ensanglantée. Le sang coulait à flot depuis sa blessure. Une voix rauque, furieuse, presque sauvage résonna derrière-lui.

« Pro Imperium ! »

Des paroles contenant deux siècles de haine et, ô ironie, qui étaient prononcés dans la langue des vainqueurs par les vaincus. C'est alors que les travailleurs se ruaient sur le patricien, enfonçant leurs couteaux dans son corps sans pitié et sans crainte. Il fallut peu pour que le fils succombe à ses blessures et que son corps inerte s'écroule dans le sable de la plage, colorant celui-ci dans un rouge écarlate.

Dans le palais, la matriarche remarqua comment le retour de son fils tarda. Elle eut alors la certitude que quelque chose n'allait pas. La vieille femme se leva avec une agilité rare aux gens de son âge. Soudainement, des coups résonnaient sur la porte. Ce n'étaient pas des simples tocs, mais des coups violents comme si quelqu'un voulait défoncer l’entrée. La matriarche dit à la bonne.

« Vite, amenez les enfants à la cuisine. »


La servante prit les petits par la main et les guida à travers la porte du salon vers les caves dans lesquelles étaient préparés les repas. Au contraire du reste de la famille, elle savait ce qui se tramait. Elle ne connaissait pas chaque détail, mais les travailleurs parlaient trop après avoir bu. Depuis des semaines, ils projetaient un soulèvement contre les maîtres. Ce n'était pas la première fois qu'un tel dessein germait dans leurs esprits, mais jamais auparavant ils avaient été aussi déterminés. C'est comme si tout le pays avait été envahi par une fièvre brûlant les esprits des démunis et des pauvres. Du jour au lendemain, le pouvoir politique se défaisait comme une fleur flétrissant durant la nuit. Certains y voyaient un acte de Dieu, mais les esprits les plus instruis savaient que cela était dû à la flambée de nationalisme se répandant dans toute la région depuis la fatidique émeute de Sayakon. Les grandes puissances étaient trop occupées à se haïr entre elles pour voir qu’un incendie d’une magnitude sans pareil avait éclaté à l’Ouest du Vicaskaran.

La bonne cacha les enfants dans un des armoires. Les autres ne feraient pas de quartiers, même pas devant les innocents, pensa la jeune femme. Leurs cœurs étaient remplis de rage et de haine. Elle entendit alors comment la porte d'entrée du palais céda dans un grand crack. Le bruit de pas résonnait pour ensuite céder à une clameur sans égal. Les Ortega hurlaient, courraient, mais ils ne pouvaient pas échapper à leur destin. La servante sentit qu'elle ne pourrait pas protéger les petits ici-bas. Elle fit sortir les enfants de l'armoire, prit le plus jeune dans le bras, saisit la main du deuxième et ordonna au plus âgé de la suivre au pas. Elle sortit par la porte donnant sur le jardin et courra à toute vitesse sans regarder vers l'arrière. Elle entendit uniquement la respiration essoufflée de l’aîné à côté d'elle. C'est uniquement en arrivant à la limite de la plantation, qu'elle osa s'arrêter un instant pour regarder vers l'arrière. De loin, elle vit une mer de flamme consommant le palais. Elle détourna le regard et reprit son chemin, suivant un petit chemin vers une chapelle située à quelques centaines de mètres. Sur le seuil, se tenait un vieux moine, le gardien, qui avait vu le désastre. Il lui cria.

« Vite, Marie, dépêche-toi ! »

Il accourra vers elle et une fois auprès d’elle, lui prit le benjamin afin de la soulager de ce poids. Celle-ci lui fut reconnaissante car elle avait le bras droit épuisé. Ensemble, ils marchaient vers la chapelle. S'il avait un lieu à l’abri des sauvages, c'était bel et bien ce lieu de prière. C'était un havre de paix dans un pays dominé par les flammes de la Révolution nationaliste.

Posté : sam. juil. 02, 2016 2:03 pm
par Amaski
[bask][center]LA LIBERTE DE l'EGZONKAN

- Chapitre 21 : En route pour Ceuta -[/bask]

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Castel Blanco était un petit château de style numancien bâti sur une colline au cœur de la ville de Juan. C'était une des rares bâtisses patriciennes ayant survécu à la révolte générale et cela de manière indemne. Depuis plusieurs heures, la forteresse servait de quartier général à la Garde nationale qui avait débarqué dans la cité à l'aube. Depuis des mois, le Gouvernement tarnois n'avait pas réagi de manière ouverte aux événements en Icario. Jusqu'à là, on avait compté sur la Résistance d'Egzonkon pour assurer la fin du régime du Président Rodriguez et l'instauration d'un nouvel ordre. Si la Résistance avait réussi à chasser Rodriguez, elle se faisait désormais dépasser par les mouvements ultra-nationalistes de tout bord. Néanmoins, à Titanua, on ne voulait pas laisser la situation icariote pourrir d'avantage car on ne pouvait pas se permettre de luxe d'avoir des ultra-nationalistes se promener dans la campagne en poursuivant leurs délires génocidaires. Le débarquement de la Garde à Juan signifiait donc l'entrée en jeu du Tarnosia dans un ballet dangereusement délicat.

Le cardinal Karn et le ministre Mandela étaient en pleine séance de travail dans un des grands salons de Castel Blanco. Les murs étaient décorés de tableaux de rois numanciens et une vieille cheminée en marbre blanc donnait à cette salle un air baroque. Le vieux prêtre portait une soutane noire avec autour du cou une croix en bois d'acajou. Il était visiblement mal à l'aise et ne cacha pas ses doutes.

« J'insiste pour dire qu'intervenir militairement en Icario est une bêtise. La situation est déjà suffisamment compliquée ainsi. »


Le ministre soupira avant de répondre.

« Votre Excellence, Ishark et sa bande sont dépassés. Nous voulions tous une révolte rapide et propre. La République tombe, on fait un référendum et l'Egzonkan rejoint le reste du Tarnosia. Cependant, nous devons regarder la réalité en face. Les fanatiques prennent le dessous et ce n'est pas avec quelques pots-de-vin qu'on va arranger les choses. Il faut de l'ordre car le chaos sera destructeur pour nous tous. »

Mandela se pencha alors sur la carte dépliée au centre de la table au milieu du salon. Elle montrait la plus grande partie du Vicaskaran occidental avec le nom de toutes les régions et tout particulièrement ceux du Sud du Ranekika et de l'Icario. Il pointa alors son index sur la côte icariote.

« Nous devons commencer par reprendre le contrôle sur Ceuta. Egzonkon, Puerto Real et Geta sont sous le contrôle de la Résistance. Pour notre part, nous sommes au centre, le plus près que possible de la capitale. Il faut donc que la Résistance prenne le contrôle complet sur Maria pour avoir la mainmise sur la frontière avec la Fepuvi. Cela ne devrait pas être difficile car ils contrôlent la majeure partie des quartiers de cette ville. En ce qui nous concerne, il faut que la Garde nationale marche sur Ceuta. C'est le principal bastion des ultra-nationalistes. Nous devrions essayer de les persuader de lâcher la ville pacifiquement en échange de quelques concessions politiques. Ils savent qu'à eux seuls, ils n'ont aucune chance de succès. »

Le cardinal jeta un coup d’œil rapide à la carte. Il remarqua que tout le Nord restait encore sous le contrôle des divers groupuscules nationalistes locaux. Peut-être que cela n'était pas plus mal ainsi. Le Nord était facile à dompter et moins dangereux que les régions proches de la Fédération des Peuples du Vicaskaran. Le prêtre s'interrogea néanmoins sur une chose.

« Et vous êtes certain que les ultra-nationalistes rentreront dans les rangs ? Ces gens ne sont pas connus pour leur pragmatisme... »

« Ils devront ou ils disparaîtront. La Nation tarnoise renaitra par le feu et le sang si nécessaire. » lâcha Mandela avec conviction.

Posté : lun. juil. 04, 2016 8:40 pm
par Amaski
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- Chapitre 22 : Aux pieds de Sank Arkos -[/bask]

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Depuis le marché des Syllables, on pouvait voir les échafaudages entourant la coupole en construction de la basilique Sank Arkos. C'était une vue impressionnant pour les touristes, mais qui laissait de marbre les habitants locaux. Dans le quartier, on avait vite pris l'habitude de voir la basilique se dresser chaque jour d'avantage plus haut. En général, les citoyens de la cité étaient familiarisés avec le fait de voir partout s'élever des nouveaux bâtiments. Titanua était depuis trois ans un vaste chantier s'étendant sur les plaines de Manzikaron. Il n'y avait pas un jour ou on ne débutait pas la construction d'un nouvel immeuble, d'une chapelle ou d'une usine. Après des siècles d'inertie, une véritable ferveur s'était éprise de la capitale trop longtemps endormie.

Deux hommes se promenaient entre les étals du marché local. L'odeur de mille fruits, de tant de légumes et d'innombrables poissons envahissaient les nez des deux dignitaires. Le premier, ambassadeur tarnois en Icario, de retour dans la capitale depuis plusieurs mois, n'était pas véritablement à l'aise ici. Il préférait la sécurité des palais au danger des foules compactes et hétéroclites. Le deuxième était un des nombreux secrétaires d'état du Gouvernement tarnois. Officiellement, il était chargé des affaires culturelles, mais en vérité, il servait de relais entre la Résistance tarnoise d'Icario et le Premier Ministre Aran Redeck. Lui, au contraire, se plaisait dans cette foule, loin des regards indiscrets de la Cour. S'approchant d’un étal exposant des épices venues du Makara, il dit à l'ambassadeur.

« J'espère que vous vous réjouissez de bientôt pouvoir retourner à Ceuta. »

« Vous me semblez bien optimiste, la cité est toujours entre les mains de ces fous et de ce vieux prêtre de Radevick. » se plaignit le diplomate. Le secrétaire sourit en entendant le commentaire de l'émissaire et lui expliqua.

« Soyez sans crainte. En cet instant même notre délégation négocie avec eux pour faire passer Ceuta sous notre contrôle. Ce n'est plus qu'une question d’heures. Si on peut être certain d'une chose avec les fanatiques, c'est qu'on sait ce qu'ils veuillent. Une fois dégagé, vous y serez envoyé pour préparer l'arrivée du Prince. »

« Le Prince va aller à Ceuta ? Pourquoi donc ? » demanda le diplomate. C'est avec un sourire narquois que le secrétaire expliqua à son homologue le plan sur lequel le Gouvernement tarnois avait planché depuis plusieurs jours.

« L’objectif est d’anéantir la république icariote. Pour cela, il faut restaurer l'Empire tarnois et quel meilleur moyen que de le faire dans la cité de Ceuta, en plein cœur du Vicaskaran numancien ? Ils ont bâtis cette cité toute à l'honneur des rois numanciens. Désormais, nous allons transformer ce symbole de la puissance almérane en fondation pour un nouvel empire. »

L'ambassadeur lui jeta un regard ébahi et dit à voix basse.

« Les Almérans ne vont pas aimer cela. »

« Qu'ils s'habituent car cela n'est que le début. Nous allons purger ce continent de leur présence une fois pour toute. On a trop longtemps laissé ces gens empoisonner nos terres avec leur infâme religion canoviste. »

Les deux hommes continuèrent leur promenade à travers le marché. L'ambassadeur commençait à avoir des sérieux doutes au sujet du secrétaire d'Etat. Cet homme avait trop de haine en lui et le diplomate était convaincu qu'un sacre en plein cœur de l'Icario ne pouvait rien apporter de bon. En ces temps d'instabilité géopolitique, la prudence semblait être une denrée essentielle pour sauvegarder le fragile équilibre et la paix. Peut-être devrait-il parler avec le Premier Ministre, pensa l’émissaire? Il y avait peut-être moyen de le dissuader de faire le sacre à Ceuta.

Posté : mer. juil. 06, 2016 5:29 pm
par Amaski
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- Chapitre 23 : La victoire de la raison? -[/bask]

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Le Palais du Marais était, comme tant de choses dans la péninsule, un vaste chantier sans fin. Situé à une trentaine de kilomètres de Titanua, la résidence avait historiquement servi de relais de pêche pour les souverains tarnois qui allaient participer aux pêches dans les étangs de la région. Depuis quelques mois, le Prince avait décidé de rénover et étendre le château afin d'en faire une résidence royale de premier plan. Les vastes revenus de TarnEnergy offrait à la Couronne tarnois des moyens financiers dépassant largement le produit intérieur brut d'un petit pays en développement. Les plans prévoyaient donc de faire de ce château de campagne, un énorme complexe luxueux et d'une beauté sans équivalent. Est-ce que le Prince s'était découvert un amour pour le luxe ? Nenni. Le futur palais avait pour objectif de servir d'objet de propagande politique pour renforcer la Restauration et aussi de créer un objet de prestige devant servir la diplomatie tarnoise. Comme l'argent venait directement des entreprises sous contrôle de la Couronne, il n'y avait nul danger à ce que les dépenses engagées puissent être perçus comme un détournement de fonds par la presse. Au moins, c’était ce que tout le monde au sommet de l’Etat pensait.

Le prince Oroskon VI se tenait dans son bureau qui, sans surprise, était une petite salle de travail modestement aménagée et dont le seul vrai luxe consistait à une vue imprenable sur une large zone verte qui était entra d'être transformée en un jardin varié et fastueux. Dans quelques mois, peut-être aussi années, le souverain pourra se délecter d'une vue sur une forêt de fleurs, de buissons et d'arbres originaires de tous les continents et de toute sorte.

Avec Oroskon VI se trouvait l'ambassadeur d'Icario. Une lettre ouverte trainait sur le bureau du monarque, ouverte. Elle avait été envoyée il y a trois jours par le diplomate pour exprimer ses craintes au sujet de l'idée de faire le sacre à Ceuta, en plein territoire déstabilisé. Le Prince fit quelques pas vers les fenêtres, jeta un coup d'œil aux travaux dans le jardin et s'adressa à l'ambassadeur de la manière suivante.

« J'ai lu votre missive et après réflexion, je suis venu à la conclusion que vous avez raison. Vous avez aussi bien fait de m'avertir du comportement, disant, particulièrement zélé, du secrétaire d'Etat. Nous avons beaucoup de peine à protéger le personnel du Gouvernement de cette fièvre révolutionnaire. Le nationalisme semble agir comme une contagion, se répandant à toute vitesse et touchant tous sans distinction. »

Marquant une pause, il continua alors.

« Nous ferons donc le sacre à Titanua et les représentants des différentes communautés icariotes pourront venir faire un simple hommage pour mettre officiellement un terme à la guerre. Cela nous donnera aussi l'occasion de préparer la convocation d'une assemblée continentale pour réorganiser tout l'espace tarnois. Qu'en pensez-vous ? Vous serez bien évidemment intégré dans ce processus car vous me semblez être quelqu'un d'honnête et clairvoyant. Aussi, je pense que vous méritez une promotion. Que diriez-vous du poste d'ambassadeur en Varlovie consulaire ? Certes, vous aurez beaucoup de travail, mais vous jouirez d'une position prestigieuse et qui vous ouvrira la voie pour une carrière politique de premier plan. Le Jeekim est d’un grand intérêt politique car beaucoup d'activités économiques tarnoises se déplacent du Makara vers ce continent en raison de l'instabilité chronique de ce continent. »

L'ambassadeur écouta avec beaucoup d'attention le souverain. Il était heureux de savoir qu'on n'allait pas faire un sacre en grand pompe à Ceuta. Sans aucun doute que cela aurait eu pour conséquence d'attiser l'hostilité de nombreuses puissances étrangères et aussi des populations moins favorables à la cause nationaliste, parmi lesquelles il fallait surtout compter les Latins de tout bord idéologique. Le diplomate répondit alors, baissant la tête en signe de respect.

« C'est un très grand honneur que vous me faites, Votre Altesse. Sans aucun doute que cela permettra de non seulement renforcer l'action du Gouvernement, mais aussi de contribuer au renforcement de l'Etat. »

Posté : mer. juil. 27, 2016 8:30 pm
par Amaski
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- Chapitre 24 : Préparation du Grand Conseil -[/bask]

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Le Palais des Citrons est un complexe palatial situé près du port d'Orkmonkon, entouré de petits bosquets formant un grand parc autour du bâtiment. C’est dans toute la cité le seul édifice capable d'accueillir les centaines de représentants de la société civile, de la politique et de l’Église participant au Grand Conseil.

L'organisation du Grand Conseil est un défi logistique majeur. Pendant que l'administration de la capitale se concentre sur le bon déroulement de la Coupe de Football, le Gouvernement a commencé à confisquer les ressources de la ville d'Orkmonkon afin de permettre de non seulement sécuriser l'assemblée, mais aussi d’offrir aux participants le confort nécessaire à leur bien-être personnel. Heureusement, le Prince resterait pendant la majeure partie des discussions à Titanua, simplifiant la tâche au service de sécurité. La présidence allait être assurée par le cardinal Karn pendant au moins la première moitié du conseil afin de ne pas donner l'impression que le Grand Conseil était téléguidé par le Prince tarnois.

La tâche ne va pas être aisée. Le nombre de factions participant au Grand Conseil est innombrable. Il y avait probablement plus de mouvements et partis entre la Mer interne orientale et la rivière de Ceuta que dans tout l'Alméra occidental. Certes, presque tous partageaient entre eux la volonté de mettre un terme à une guerre ayant duré des siècles, mais la grande question était de savoir quel ordre politique allait désormais succéder à tous les états issus de l'ancien empire tarnois. Rien n'était clair. Quand les Numanciens ont envahi l'Empire tarnois, celui-ci était en pleine décomposition et un vacuum politique mortel s'en était emparé. Seule l'action unificateur de Sayak le Grand avait permis d'éviter l'anéantissement, mais le chef de guerre n'avait eu aucune intention, une fois les Numanciens vaincus, de régler la question politique en suspens. L'Empire ? Qu'il crève, aurait proclamé Sayak. Lui, il s'était taillé un état à sa mesure dans le Sud-est et il avait fondé une ville qui portera après sa mort son nom. Il y vécut heureux en tant que petit seigneur, un statut lui convenant à merveille.

Après la chute de l'Empire, la péninsule avait connu son moyen-âge, voyant des seigneurs locaux constituer des principautés et des fiefs. Ils avaient en commun uniquement leur haine des Numanciens et s’unissaient que quand il fallait repousser une invasion des Latins. C’est après cinquante ans que la péninsule fut réunifiée, timidement, par une lointaine branche de la dynastie impériale de l’Ancien Empire. Les Van Tarnos assis sur le trône depuis le 19ème siècle, n'avait pour seule légitimité une lointaine parenté avec le dernier kansteltan de l'Ancien Empire. Au fil du 19ème et 20ème siècle, cette dynastie réussit la prouesse de pousser la péninsule dans les abysses au point que la Révolution éclata en 2013. Aujourd’hui, en l'an 2030, il fallait désormais tenter de résoudre le problème que Sayak le Grand avait refusé de régler : comment gouverner un demi-milliard d'humains et un territoire couvrant un vingtième du Vicaskaran ?

Les avis divergent. Les uns veuillent un état central autoritaire et fort, les uns prônent la création d'une forme de confédération similaire au Saint-Empire. Parmi eux, on peut compter toute une rangée d'idéologies dont certaines s'inspirent ouvertement de régimes politiques étrangers. On a ainsi la faction des Thorvaliens, mouvement qui prône l'instauration d'une monarchie de droit divin et laissant une grande marge de manœuvre aux pouvoirs locaux. Un autre parti, lui, rêve d'un état autoritaire et central, proche du socialisme kirepien. Il existe même une mouvance technocratique, mais qui est très divisée à cause de la question du rapport de la nouvelle structure avec la Fédération transnationale. Et il y a même une formation suniste, mais dont on peut compter les soutiens politiques sur les doigts d’un main.

C'est donc tout ce beau monde qui devait être amené à dialoguer en paix et sans agressivité dans le cadre de multiples réunions entre les représentants de tous les partis du territoire de l'ancien empire. A cela s'ajoute aussi le fait que le Saint-Empereur et le Pape pourraient potentiellement peser sur les discussions à travers leurs ambassadeurs. Le Pape, par son influence sur les évêques, pourrait aisément se constituer un mouvement favorable à sa position. L'Empereur, lui, peut s'appuyer sur la sympathie que lui offrent les adhérents d'un royaume uni et de droit divin.