Posté : jeu. juin 09, 2016 8:29 pm
Le Yediniy
Géopolitique et étymologie [1/2]
[quote]Les carnets d’Artiom
Kirep vient du serbo-croate « Kir ». Les Kirs, originellement, sont un peuple de nomades qui sillonnaient l’Alméra orientale avant de se fixer dans le Sud-Est du continent après la poussée des peuples du Nord (slavians, rostovs). Les derniers d’entre eux furent forcés à la sédentarisation par le gouvernement de Vliduj Gak il y a de ça quelques décennies maintenant. Maintenant, la question demeure : quel lien peut-on faire entre un peuple nomade autrefois redouté et le Kirep actuel ?
En fait, il semblerait que la volonté de mouvement soit commune à ces deux entités. Jadis, les siècles avaient forgé un peuple de « victimes » qui devait sans cesse changer de lieu pour ne pas subir les coups des autochtones. Cela contribua à créer un peuple de cavaliers, habiles autant à la fuite qu’au combat. Cependant, le nomadisme inscrit d’autres avantages dans l’âme d’un peuple : il ne se fixe pas et doit donc pouvoir se nourrir de ce qu’il trouve sur place. Les Kirs ont donc toujours eu l’œil aiguisé, prêts à saisir la moindre opportunité, repérant rapidement les brèches par lesquelles passer, les chemins à employer pour parvenir à leurs fins. Bref, le nomadisme leur a amené rapidité et pragmatisme.
A l’heure actuelle, ce gène a-t-il été transcrit ? Il semblerait que l’on puisse répondre par l’affirmative. La politique hégémonique du Kirep est l’héritière directe de cette âme de nomade. La prise des îles de Pesak il y a fort longtemps maintenant n’était qu’un premier pas vers une hégémonie plus grande encore. La volonté du Kirep d’installer des bases militaires aux quatre coins du monde ou même son axe idéologique tiers-mondiste sont encore d’autres aspects de son nomadisme latent. Il semblerait même, et ça, Vliduj Gak l’avait compris, que c’est dans une juste mesure que l’on devait exprimer ce gène, et il avait réussi à mener une diplomatie équilibrée. Toutefois, mené à l’excès, cela peut engendre des guerres et des conflits de premier plan… car en effet, un autre trait, celui-là plus sombre, du nomadisme prédateur réside dans cette maxime : « Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable ». Avoir été rejeté pendant des siècles se traduit dans les relations avec l’autre, une espèce de vengeance sous-jacente suinte de chaque traité : je veux te soumettre car il y a mille ans, tes ancêtres ont sûrement rejeté les miens. Voilà, dans un certain sens, pour les relations avec les autres, les voisins : une méfiance perpétuelle doublée d’un sourd mépris pour celui qui n’est pas moi et d’une volonté de ne pas être en-dessous.
A l’intérieur des frontières, les rapports sont plus pacifiques. Il faut le reconnaître, la société kirepienne (disons hors-Pesak) demeure relativement cohérente et pacifique. D’aucuns feront découler ce constat de ce qui a été dit précédemment : les forces sont tournées vers l’ennemi extérieur, et jamais vers celui de mon peuple, car cela pourrait mener à une autodestruction. Aucun peuple ne désire réellement mourir. Même si cette analyse n’est pas à rejeter, il semblerait qu’elle passe sous silence de nombreux facteurs. Le pragmatisme kirepien est plutôt l’héritier de « l’œil nomade » que de la relation particulière. Savoir repérer l’endroit où se cacher, l’endroit où trouver à manger, l’endroit qui, potentiellement, améliorera notre position, là repose tout l’art du nomade et là repose le secret de la structure interne et profonde kirepienne. « Nous savons où nous allons, comment nous allons et pourquoi nous allons ». Ce n’est pas un hasard si l’animal emblème du Kirep est le loup, prédateur pragmatique et féroce.
Thorval, quasi-littéralement « Þórr val », en vieux norrois, le « champ de bataille des dieux », ou plutôt « du » dieu en fait, puisque Thor est un des dieux principaux de la mythologie nordique, aujourd’hui vénéré en Usi-Asgard par exemple. Une première contradiction surgit et pourrait nous amener à un contresens : si le Thorval a dans son nom la bataille, est-ce un pays belliqueux ? Non, l’actualité internationale nous montre un pays incroyablement calme et pacifique, voire « jmenfoutiste » à bien des égards. Ce n’est pas donc pas à ce niveau qu’il faut chercher la bataille… mais où ?
Concilier « pacifisme » et « bataille » relève d’un casse-tête sans nom. Et pourtant, la réponse n’est pas si loin que ça et en fait incroyablement simple : le Thorval se veut monarchie chrétienne, soit. Les Pères de l’Eglise n’ont-ils pas longtemps disserté sur la « guerre juste », séparant les guerres que l’on pouvait mener sans offenser Dieu et celles impies ? Augustin déjà, trouvait réponse à cette question. Les guerres justes étaient celles menées contre celui qui menaçait la foi chrétienne, directement ou indirectement. La guerre sainte, en somme. Alors le Thorval est-il raccord ? Si l’on se plonge dans l’histoire du pays, on trouve semblable bataille : l’arrivée des missionnaires chrétiens et les premières églises en lutte contre les croyances païennes… Le « champ de bataille du dieu Thor », son dernier, avant de plier devant l’Eternel en fait. Au fil des décennies et des prêches, Christus vincit, christus regnat, christus imperat. Bon, pour l’étymologie et le contexte historique, il ne semble pas y avoir de problèmes, il y a eu bataille sur ces vastes terres du Nord, le marteau de Thor ayant été brisé par la main de l’Eternel. Cependant, que reste-t-il aujourd’hui de « bataille » dans cette nation pacifique ?
Une voie est à explorer : le combat matériel a-t-il été remplacé par le combat spirituel ? Une autre est à explorer encore, peut-être plus intéressante : le combat contre le monde moderne (foncièrement anti-chrétien) est-il le nouveau combat qui oriente l’âme thorvalienne ? Deux hypothèses intéressantes qui méritent développement.
La première : le champ de bataille thorvalien a-t-il modifié le degré de son combat en l’accordant avec le pacifisme de la nation qui le gouverne, en l’occurrence en augmentant qualitativement ce degré en le plaçant au rang spirituel ? Si les siècles de guerre sont révolus, la lutte n’est pas finie pour autant. Il est possible de considérer comme prosélyte une telle attitude, et ce n’est pas entièrement faux, bien que ce prosélytisme semble assez circonscrit dans les frontières thorvaliennes, sauf lorsque la royauté décide de se mêler des affaires en Terre Sainte. A aucun moment le Thorval n’a par exemple cherché à faire la guerre à ses voisins, quels qu’ils soient, au nom de l’extension de la Parole de Dieu. En fait, ce n’est pas dans le domaine de la « bataille spirituelle » que nous devons chercher la « continuité étymologique » de l’âme thorvalienne. La deuxième voie indiquée précédemment semble plus judicieuse à emprunter. Hier, l’ennemi était la foi païenne, aujourd’hui, qui est-il ? En CESS, nous l’avons bien compris, et le Thorval aussi, car c’est bien le même : le néo-paganisme que l’on appelle « modernité ». Il s’agit bel et bien d’une nouvelle religion, avec ses dieux, ses prophètes, ses rites, ses dogmes et son clergé, dont les descriptions dépasseraient largement le cadre de cette étude. Force est de constater qu’aujourd’hui, le Thorval lutte contre les dieux de la modernité ; il perpétue sa tradition ancestrale de lutte contre les ennemis du Dieu créateur. Et cette lutte est bel et bien pacifique : elle se traduit le plus simplement du monde par le refus des idoles modernes et par la fidélité à ses racines et son esprit…
Fiémance est la contraction des racines étymologiques gauloises « faiu » (idée d’éternité, de longévité) et « orbianc- » (l’héritier, le descendant). Gros morceau. La Fiémance, littéralement, « l’éternelle héritière ». Foule de questions alors : héritière de quoi ? Pourquoi l’inclusion de la notion de temps long ? Quid de l’importance de la filiation et de la transmission ? Est-ce que l’on retrouve réellement toutes les racines de la Fiémance millénaire, étymologiques donc, dans le caractère de la Fiémance actuelle ? En fait, un rapide examen des faits nous apprend que si la Fiémance est prise d’un violent mal-être qui l’amène à retourner à quelques-unes de ses racines, certaines sont délibérément coupées car prenant la place des autres. Cruel –et fatal ?- manque d’équilibre, ou réajustement circonstanciel ?
Contrairement à des peuples comme les Kirs ou les Slavians de l’autre côté de la mer bleue, les Fiémançais ne sont pas un peuple de guerriers. Ils n’ont pas ça dans le sang et ne l’ont jamais eu. Leur plus grande force a toujours été à la fois leur puissance démographique et commerciale, raisons pour lesquelles ils n’ont jamais été anéantis par leurs ennemis. Des auteurs modernes écrivent que « la terre appartient à celui qui en tire le meilleur rendement » (H.Juvin). Certes, cela explique alors l’expansion territoriale fiémançaise : plutôt que de tuer les méchants fiémançais, il valait mieux les mater et en faire de bons travailleurs serviles, afin de tirer profit de leurs connaissances en matière d’agriculture. C’est ce qui peut expliquer le système ultra-féodal qui a prévalu pendant longtemps en Fiémance.
Cette constatation nous apporte donc un éclairage inédit sur la question étymologique de « l’héritage éternel » : il s’agirait de la terre. La terre qui donne son fruit et qui recommence, éternellement, sans même que l’homme soit là… la Fiémance est donc là la nation qui prend l’héritage gracieusement offert par la terre.
Y a-t-il alors un lien avec la notion de filiation et de transmission ? A priori, la terre et les hommes sont notions bien séparées. La question de la filiation, et c’est là une opinion strictement personnelle, n’unit pas l’homme et sa terre (comme certains diraient « terre-mère ») mais plutôt l’homme et son fils, le sens premier que l’on donnerait à l’expression. Le second mouvement caractérisant la Fiémance est donc l’appropriation de cette terre et son inclusion dans le « patrimoine » personnel des hommes. Tirer le meilleur rendement global permettait de négocier avec les peuples alentours, tirer le meilleur rendement local permettait d’augmenter son propre patrimoine et d’avoir un avantage sur son voisin direct. Le transmettre à son fils permettait de conserver cet avantage pour les siècles et les siècles. Voilà donc une autre pièce de la mécanique fiémançaise : la vision à long terme. Contrairement au kirepien (voir plus haut) qui est plus dans la « survie » si l’on veut, le court terme, le fiémançais préfère planifier, théoriser et calculer.
Alors, évidemment, on peut relever les contradictions que cela engendre dans l’esprit fiémançais : il faut respecter la nature… c’est-à-dire (pour lui), l’organiser, la patrimonialiser et la transmettre, c’est-à-dire multiplier le nombre d’hommes qui y vit. Tout cela a pu longtemps fonctionner dans un certain équilibre et c’est alors que la Fiémance a dérapé pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Elle a tenté, maladroitement, de théoriser la chorocratie, c’est-à-dire une tentative de mise sur papier d’un équilibre qui devrait être naturel. A partir du moment où l’on chercher à théoriser l’évidence, c’est qu’il y a un grain de sable dans les rouages. Ainsi, la voilà en train de disserter sur un équilibre entre l’homme et la nature. Le problème, c’est que dans les faits, on voit clairement en Fiémance une soumission de l’homme à son environnement : « Nous fûmes maîtres de la terre, nous sommes aujourd’hui ses sous-traitants ». Ajoutez un vernis moral religieux, et vous pensez avoir dressé une vision du monde cohérente. Absolument pas. Il est fort à parier que dans les années à venir, les idées malthusiennes se développent en Fiémance : elle coupera donc une racine (la force démographique) afin de privilégier une autre racine (l’équilibre avec « l’éternel héritage »). On pourrait avancer comme explication à ce reniement des sources une nécessaire adaptation à un monde de plus en plus opposé au modèle traditionnel d’harmonie avec la nature. Cette objection n’est pas dénuée de fondements, nous en conviendrons, mais il n’en demeure pas moins que si d’autres arrivent à résister face aux assauts de la modernité (Thorval, CESS…), la Fiémance pourrait parfaitement le faire elle aussi, elle possède les outils pour !
Une théorie peut alors être avancée : nous l’avons vu, la place du rendement est importante dans l’esprit fiémançais profond. Le rendement, jadis, c’était ce que l’on tirait de la terre, simplement. Aujourd’hui, c’est des bouts de papier et des pièces de métal. La Fiémance a tenté de prendre son âme traditionnelle et de la déposer comme un voile sur le monde moderne : le rendement agricole est devenu le rendement financier. Vendre son âme pour continuer à avoir le meilleur rendement du monde. Certains verront là une juste et opportune adaptation à un monde en mutation, d’autres y verront une damnation consentie.[/quote]
Géopolitique et étymologie [1/2]
[quote]Les carnets d’Artiom
Kirep vient du serbo-croate « Kir ». Les Kirs, originellement, sont un peuple de nomades qui sillonnaient l’Alméra orientale avant de se fixer dans le Sud-Est du continent après la poussée des peuples du Nord (slavians, rostovs). Les derniers d’entre eux furent forcés à la sédentarisation par le gouvernement de Vliduj Gak il y a de ça quelques décennies maintenant. Maintenant, la question demeure : quel lien peut-on faire entre un peuple nomade autrefois redouté et le Kirep actuel ?
En fait, il semblerait que la volonté de mouvement soit commune à ces deux entités. Jadis, les siècles avaient forgé un peuple de « victimes » qui devait sans cesse changer de lieu pour ne pas subir les coups des autochtones. Cela contribua à créer un peuple de cavaliers, habiles autant à la fuite qu’au combat. Cependant, le nomadisme inscrit d’autres avantages dans l’âme d’un peuple : il ne se fixe pas et doit donc pouvoir se nourrir de ce qu’il trouve sur place. Les Kirs ont donc toujours eu l’œil aiguisé, prêts à saisir la moindre opportunité, repérant rapidement les brèches par lesquelles passer, les chemins à employer pour parvenir à leurs fins. Bref, le nomadisme leur a amené rapidité et pragmatisme.
A l’heure actuelle, ce gène a-t-il été transcrit ? Il semblerait que l’on puisse répondre par l’affirmative. La politique hégémonique du Kirep est l’héritière directe de cette âme de nomade. La prise des îles de Pesak il y a fort longtemps maintenant n’était qu’un premier pas vers une hégémonie plus grande encore. La volonté du Kirep d’installer des bases militaires aux quatre coins du monde ou même son axe idéologique tiers-mondiste sont encore d’autres aspects de son nomadisme latent. Il semblerait même, et ça, Vliduj Gak l’avait compris, que c’est dans une juste mesure que l’on devait exprimer ce gène, et il avait réussi à mener une diplomatie équilibrée. Toutefois, mené à l’excès, cela peut engendre des guerres et des conflits de premier plan… car en effet, un autre trait, celui-là plus sombre, du nomadisme prédateur réside dans cette maxime : « Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable ». Avoir été rejeté pendant des siècles se traduit dans les relations avec l’autre, une espèce de vengeance sous-jacente suinte de chaque traité : je veux te soumettre car il y a mille ans, tes ancêtres ont sûrement rejeté les miens. Voilà, dans un certain sens, pour les relations avec les autres, les voisins : une méfiance perpétuelle doublée d’un sourd mépris pour celui qui n’est pas moi et d’une volonté de ne pas être en-dessous.
A l’intérieur des frontières, les rapports sont plus pacifiques. Il faut le reconnaître, la société kirepienne (disons hors-Pesak) demeure relativement cohérente et pacifique. D’aucuns feront découler ce constat de ce qui a été dit précédemment : les forces sont tournées vers l’ennemi extérieur, et jamais vers celui de mon peuple, car cela pourrait mener à une autodestruction. Aucun peuple ne désire réellement mourir. Même si cette analyse n’est pas à rejeter, il semblerait qu’elle passe sous silence de nombreux facteurs. Le pragmatisme kirepien est plutôt l’héritier de « l’œil nomade » que de la relation particulière. Savoir repérer l’endroit où se cacher, l’endroit où trouver à manger, l’endroit qui, potentiellement, améliorera notre position, là repose tout l’art du nomade et là repose le secret de la structure interne et profonde kirepienne. « Nous savons où nous allons, comment nous allons et pourquoi nous allons ». Ce n’est pas un hasard si l’animal emblème du Kirep est le loup, prédateur pragmatique et féroce.
Thorval, quasi-littéralement « Þórr val », en vieux norrois, le « champ de bataille des dieux », ou plutôt « du » dieu en fait, puisque Thor est un des dieux principaux de la mythologie nordique, aujourd’hui vénéré en Usi-Asgard par exemple. Une première contradiction surgit et pourrait nous amener à un contresens : si le Thorval a dans son nom la bataille, est-ce un pays belliqueux ? Non, l’actualité internationale nous montre un pays incroyablement calme et pacifique, voire « jmenfoutiste » à bien des égards. Ce n’est pas donc pas à ce niveau qu’il faut chercher la bataille… mais où ?
Concilier « pacifisme » et « bataille » relève d’un casse-tête sans nom. Et pourtant, la réponse n’est pas si loin que ça et en fait incroyablement simple : le Thorval se veut monarchie chrétienne, soit. Les Pères de l’Eglise n’ont-ils pas longtemps disserté sur la « guerre juste », séparant les guerres que l’on pouvait mener sans offenser Dieu et celles impies ? Augustin déjà, trouvait réponse à cette question. Les guerres justes étaient celles menées contre celui qui menaçait la foi chrétienne, directement ou indirectement. La guerre sainte, en somme. Alors le Thorval est-il raccord ? Si l’on se plonge dans l’histoire du pays, on trouve semblable bataille : l’arrivée des missionnaires chrétiens et les premières églises en lutte contre les croyances païennes… Le « champ de bataille du dieu Thor », son dernier, avant de plier devant l’Eternel en fait. Au fil des décennies et des prêches, Christus vincit, christus regnat, christus imperat. Bon, pour l’étymologie et le contexte historique, il ne semble pas y avoir de problèmes, il y a eu bataille sur ces vastes terres du Nord, le marteau de Thor ayant été brisé par la main de l’Eternel. Cependant, que reste-t-il aujourd’hui de « bataille » dans cette nation pacifique ?
Une voie est à explorer : le combat matériel a-t-il été remplacé par le combat spirituel ? Une autre est à explorer encore, peut-être plus intéressante : le combat contre le monde moderne (foncièrement anti-chrétien) est-il le nouveau combat qui oriente l’âme thorvalienne ? Deux hypothèses intéressantes qui méritent développement.
La première : le champ de bataille thorvalien a-t-il modifié le degré de son combat en l’accordant avec le pacifisme de la nation qui le gouverne, en l’occurrence en augmentant qualitativement ce degré en le plaçant au rang spirituel ? Si les siècles de guerre sont révolus, la lutte n’est pas finie pour autant. Il est possible de considérer comme prosélyte une telle attitude, et ce n’est pas entièrement faux, bien que ce prosélytisme semble assez circonscrit dans les frontières thorvaliennes, sauf lorsque la royauté décide de se mêler des affaires en Terre Sainte. A aucun moment le Thorval n’a par exemple cherché à faire la guerre à ses voisins, quels qu’ils soient, au nom de l’extension de la Parole de Dieu. En fait, ce n’est pas dans le domaine de la « bataille spirituelle » que nous devons chercher la « continuité étymologique » de l’âme thorvalienne. La deuxième voie indiquée précédemment semble plus judicieuse à emprunter. Hier, l’ennemi était la foi païenne, aujourd’hui, qui est-il ? En CESS, nous l’avons bien compris, et le Thorval aussi, car c’est bien le même : le néo-paganisme que l’on appelle « modernité ». Il s’agit bel et bien d’une nouvelle religion, avec ses dieux, ses prophètes, ses rites, ses dogmes et son clergé, dont les descriptions dépasseraient largement le cadre de cette étude. Force est de constater qu’aujourd’hui, le Thorval lutte contre les dieux de la modernité ; il perpétue sa tradition ancestrale de lutte contre les ennemis du Dieu créateur. Et cette lutte est bel et bien pacifique : elle se traduit le plus simplement du monde par le refus des idoles modernes et par la fidélité à ses racines et son esprit…
Fiémance est la contraction des racines étymologiques gauloises « faiu » (idée d’éternité, de longévité) et « orbianc- » (l’héritier, le descendant). Gros morceau. La Fiémance, littéralement, « l’éternelle héritière ». Foule de questions alors : héritière de quoi ? Pourquoi l’inclusion de la notion de temps long ? Quid de l’importance de la filiation et de la transmission ? Est-ce que l’on retrouve réellement toutes les racines de la Fiémance millénaire, étymologiques donc, dans le caractère de la Fiémance actuelle ? En fait, un rapide examen des faits nous apprend que si la Fiémance est prise d’un violent mal-être qui l’amène à retourner à quelques-unes de ses racines, certaines sont délibérément coupées car prenant la place des autres. Cruel –et fatal ?- manque d’équilibre, ou réajustement circonstanciel ?
Contrairement à des peuples comme les Kirs ou les Slavians de l’autre côté de la mer bleue, les Fiémançais ne sont pas un peuple de guerriers. Ils n’ont pas ça dans le sang et ne l’ont jamais eu. Leur plus grande force a toujours été à la fois leur puissance démographique et commerciale, raisons pour lesquelles ils n’ont jamais été anéantis par leurs ennemis. Des auteurs modernes écrivent que « la terre appartient à celui qui en tire le meilleur rendement » (H.Juvin). Certes, cela explique alors l’expansion territoriale fiémançaise : plutôt que de tuer les méchants fiémançais, il valait mieux les mater et en faire de bons travailleurs serviles, afin de tirer profit de leurs connaissances en matière d’agriculture. C’est ce qui peut expliquer le système ultra-féodal qui a prévalu pendant longtemps en Fiémance.
Cette constatation nous apporte donc un éclairage inédit sur la question étymologique de « l’héritage éternel » : il s’agirait de la terre. La terre qui donne son fruit et qui recommence, éternellement, sans même que l’homme soit là… la Fiémance est donc là la nation qui prend l’héritage gracieusement offert par la terre.
Y a-t-il alors un lien avec la notion de filiation et de transmission ? A priori, la terre et les hommes sont notions bien séparées. La question de la filiation, et c’est là une opinion strictement personnelle, n’unit pas l’homme et sa terre (comme certains diraient « terre-mère ») mais plutôt l’homme et son fils, le sens premier que l’on donnerait à l’expression. Le second mouvement caractérisant la Fiémance est donc l’appropriation de cette terre et son inclusion dans le « patrimoine » personnel des hommes. Tirer le meilleur rendement global permettait de négocier avec les peuples alentours, tirer le meilleur rendement local permettait d’augmenter son propre patrimoine et d’avoir un avantage sur son voisin direct. Le transmettre à son fils permettait de conserver cet avantage pour les siècles et les siècles. Voilà donc une autre pièce de la mécanique fiémançaise : la vision à long terme. Contrairement au kirepien (voir plus haut) qui est plus dans la « survie » si l’on veut, le court terme, le fiémançais préfère planifier, théoriser et calculer.
Alors, évidemment, on peut relever les contradictions que cela engendre dans l’esprit fiémançais : il faut respecter la nature… c’est-à-dire (pour lui), l’organiser, la patrimonialiser et la transmettre, c’est-à-dire multiplier le nombre d’hommes qui y vit. Tout cela a pu longtemps fonctionner dans un certain équilibre et c’est alors que la Fiémance a dérapé pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Elle a tenté, maladroitement, de théoriser la chorocratie, c’est-à-dire une tentative de mise sur papier d’un équilibre qui devrait être naturel. A partir du moment où l’on chercher à théoriser l’évidence, c’est qu’il y a un grain de sable dans les rouages. Ainsi, la voilà en train de disserter sur un équilibre entre l’homme et la nature. Le problème, c’est que dans les faits, on voit clairement en Fiémance une soumission de l’homme à son environnement : « Nous fûmes maîtres de la terre, nous sommes aujourd’hui ses sous-traitants ». Ajoutez un vernis moral religieux, et vous pensez avoir dressé une vision du monde cohérente. Absolument pas. Il est fort à parier que dans les années à venir, les idées malthusiennes se développent en Fiémance : elle coupera donc une racine (la force démographique) afin de privilégier une autre racine (l’équilibre avec « l’éternel héritage »). On pourrait avancer comme explication à ce reniement des sources une nécessaire adaptation à un monde de plus en plus opposé au modèle traditionnel d’harmonie avec la nature. Cette objection n’est pas dénuée de fondements, nous en conviendrons, mais il n’en demeure pas moins que si d’autres arrivent à résister face aux assauts de la modernité (Thorval, CESS…), la Fiémance pourrait parfaitement le faire elle aussi, elle possède les outils pour !
Une théorie peut alors être avancée : nous l’avons vu, la place du rendement est importante dans l’esprit fiémançais profond. Le rendement, jadis, c’était ce que l’on tirait de la terre, simplement. Aujourd’hui, c’est des bouts de papier et des pièces de métal. La Fiémance a tenté de prendre son âme traditionnelle et de la déposer comme un voile sur le monde moderne : le rendement agricole est devenu le rendement financier. Vendre son âme pour continuer à avoir le meilleur rendement du monde. Certains verront là une juste et opportune adaptation à un monde en mutation, d’autres y verront une damnation consentie.[/quote]