Posté : sam. août 07, 2010 8:26 pm
Les nouveautés culturelles du Royaume de Numancia - Las novedades culturales del Reino de Numancia
Últimamente - Dernièrement
Dans le cadre des différents plans culturels proposés par le gouvernement et approuvés par Sa Majesté Sérénissime, chaque semaine, un extrait d'une œuvre magistrale de la littérature numancienne sera envoyée par le Ministère de la Culture et de l'Éducation à tous les ménages qui en feront la demande. Cet extrait, en castillan puis en traduction française, pourra être un fragment de poème, d'œuvre dramatique ou narrative, d'essai..., et aura été validé par le Roi Felipe V.
Il s'agit de promouvoir, face à l'expansion des langues anglo-saxonnes, le génie et la richesse de la culture et des lettres nationales.
Cette semaine, il s'agit d'un extrait d'une œuvre narrative de Cristóbal Figueroa (1571-1644), ouvrage intitulé El Pasajero (Le Passager).
Écrivain et juriste numancien, Cristóbal Figueroa naît dans une famille modeste et part rapidement étudier au Tripí, dont il acquiert une grande connaissance au fil de sa vie.
Fin connaisseur de la mythologie, assassin autant que moraliste, Cristóbal Figueroa devient lecteur à l'Université de Palermitana et rédige en castillan une première œuvre de jeunesse, aujourd'hui perdu, El Espejo de juventud (Le Miroir de la jeunesse). De retour à Hispalis, il profite du mécénat de Juan Andrés Hurtado de Mendoza, cinquième marquis de Cañete, pour faire réimprimer une autre œuvre précoce, Numancia defendida (Le Numancia défendu). Il se concentre par la suite sur des genres mineurs, ou tout du moins plus courts, et rédige des opuscules comme Varias noticias importantes a la humana comunicación (Plusieurs nouvelles importantes pour les relations humaines) ou Pusilipo (Posillipo). Également amateur du genre pastoral, il rédige un roman dans ce style, La Constante Amarilis (La Constante Amaryllis), qui connaît un succès immédiat, ainsi qu'un long roman émaillé de dialogues, Le Passager.
Ouvrage moral, ce livre donne à voir un dialogue entre un docteur en arts libéraux et en théologie, un orfèvre, un soldat et un médecin qui voyagent ensemble entre Hispalis, au Numancia, et Palermitana, au Tripí. Brillant témoignage des coutumes et modes de vie dans le Numancia du XVIIème siècle, cette œuvre touche de très nombreux sujets fort variés, comme la comédie, les femmes, l'amour, la société, la vie universitaire...
Ce texte surprend avant tout par ses nombreux archaïsmes linguistiques, un vocabulaire parfois abscons et une syntaxe erratique étrange pour l'époque. C'est qu'il cherche à sonder les profondeurs de l'âme humaine et des tempéraments et se bâtit donc autour d'une stylistique baroque, qui contient son lot de distorsions syntaxiques, d'ellipses et de périphrases.
Voici l'extrait concerné en castillan, puis sa traduction française :
<center>"Con aviso cierto de galeras, partieron de Hispalis a Emerita Augusta, para embarcarse a Tripí, cuatro entre quien el camino, sin conocerse, trabó amistad y correspondencia. Era el uno maestro en Artes y profesor de Teología. Llevábanle a Palermitana satisfacción de letras y deseos de valer, formando en sí un tribunal para conseguir sin dilación el premio de su virtud. Dedicábase otro a la milicia; y aunque por su poca edad poco soldado, iba al reino de Tindarí, con mediano sueldo, efecto más de favores que servicios. El tercero, dado al arte orificia, pasaba a Ginebra, donde cierto pariente de pluma, por su muerte, le había dejado hacienda. Desterrábase el último de su patria sin ocasión, si ya no lo era bastante haber nacido en ella con alguna calidad y penuria de bienes. Seguía por facultad la de ambas Prudencias, con título de doctor, aunque más docto en experiencia y comunicación de naciones.
Los cuatro, pues, habiendo comenzado el viaje en tiempo más aflige el sol, determinaron cambiar los oficios de día y noche, dando a uno el reposo y a otra la fatiga del camino, por poder sufrir mejor con la templanza de ésta el excesivo calor de aquél. Mas como regalos de posadas antes obligaban a inquietud que a sosiego, por su escasa limpieza y curiosidad, pasados algunos ratos de reposo, dedicados por fuerza al quebrantamiento, trataron aliviar el cansancio de la ociosidad con diferentes pláticas. Y como de ordinario acontece apenas soltarse de la lengua aquello a que más incita la inclinación, pareció conveniente siguiese cualquiera la suya en las venideras conversaciones, ya fuese discurriendo, ya preguntando."
"Informés du départ certain d’une galère partirent d’Hispalis à Emerita Augusta, pour s’embarquer vers le Tripí, quatre hommes que le voyage, alors qu’ils ne se connaissaient pas, lia d’amitié réciproque. L’un d’entre eux était maître ès Arts Libéraux et professeur de Théologie. C’était le goût pour les lettres et le désir de reconnaissance qui le menaient à Palermitana et qui préparaient ainsi en son for intérieur les moyens pour obtenir sans délai la récompense de sa vertu. Un autre s’était engagé dans l’armée ; et bien qu’il fût, par sa jeunesse, peu expérimenté, allait au royaume de Tindarí avec une solde correcte qu’il devait plus à ses faveurs qu’à ses états de service. Le troisième, versé dans l’art de l’orfèvrerie, se rendait à Ginevra, où un certain parent fortuné, par sa mort, lui avait laissé des biens. Le dernier s’exilait de sa patrie sans motif, si ce n’en était un suffisant que d’y être né de condition noble mais sans biens. Il avait reçu comme enseignement celui des deux Jurisprudences, avec un titre de docteur, bien qu’il fût plus savant en matière d’expérience et de connaissance des pays étrangers.
Les quatre, donc, comme ils avaient commencé leur voyage durant la saison où le soleil est le plus pénible, décidèrent d’intervertir les rôles de la journée et de la nuit, consacrant à la première le repos et à la seconde la fatigue de la route, car ils pouvaient mieux supporter grâce à la douceur de celle-ci la chaleur excessive de celle-là. Mais puisque les commodités des auberges provoquent davantage l’inquiétude que la tranquillité, du fait de leur propreté et de leur hygiène douteuses, après quelques mots de repos, dédiés par nécessité à récupérer leur fatigue, ils tâchèrent de débarrasser de l’oisiveté la fatigue avec différentes conversations. Et comme on en arrive d’ordinaire, une fois les langues déliées, à parler de ce sur quoi porte l’inclination, il sembla profitable que chacun suivît la sienne dans les conversations à venir, qu’il fût en train de parler ou de poser une question."</center>
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Dans le cadre des différents plans culturels proposés par le gouvernement et approuvés par Sa Majesté Sérénissime, chaque semaine, un extrait d'une œuvre magistrale de la littérature numancienne sera envoyée par le Ministère de la Culture et de l'Éducation à tous les ménages qui en feront la demande. Cet extrait, en castillan puis en traduction française, pourra être un fragment de poème, d'œuvre dramatique ou narrative, d'essai..., et aura été validé par le Roi Felipe V.
Il s'agit de promouvoir, face à l'expansion des langues anglo-saxonnes, le génie et la richesse de la culture et des lettres nationales.
Cette semaine, il s'agit d'un extrait d'une œuvre narrative de Cristóbal Figueroa (1571-1644), ouvrage intitulé El Pasajero (Le Passager).
Écrivain et juriste numancien, Cristóbal Figueroa naît dans une famille modeste et part rapidement étudier au Tripí, dont il acquiert une grande connaissance au fil de sa vie.
Fin connaisseur de la mythologie, assassin autant que moraliste, Cristóbal Figueroa devient lecteur à l'Université de Palermitana et rédige en castillan une première œuvre de jeunesse, aujourd'hui perdu, El Espejo de juventud (Le Miroir de la jeunesse). De retour à Hispalis, il profite du mécénat de Juan Andrés Hurtado de Mendoza, cinquième marquis de Cañete, pour faire réimprimer une autre œuvre précoce, Numancia defendida (Le Numancia défendu). Il se concentre par la suite sur des genres mineurs, ou tout du moins plus courts, et rédige des opuscules comme Varias noticias importantes a la humana comunicación (Plusieurs nouvelles importantes pour les relations humaines) ou Pusilipo (Posillipo). Également amateur du genre pastoral, il rédige un roman dans ce style, La Constante Amarilis (La Constante Amaryllis), qui connaît un succès immédiat, ainsi qu'un long roman émaillé de dialogues, Le Passager.
Ouvrage moral, ce livre donne à voir un dialogue entre un docteur en arts libéraux et en théologie, un orfèvre, un soldat et un médecin qui voyagent ensemble entre Hispalis, au Numancia, et Palermitana, au Tripí. Brillant témoignage des coutumes et modes de vie dans le Numancia du XVIIème siècle, cette œuvre touche de très nombreux sujets fort variés, comme la comédie, les femmes, l'amour, la société, la vie universitaire...
Ce texte surprend avant tout par ses nombreux archaïsmes linguistiques, un vocabulaire parfois abscons et une syntaxe erratique étrange pour l'époque. C'est qu'il cherche à sonder les profondeurs de l'âme humaine et des tempéraments et se bâtit donc autour d'une stylistique baroque, qui contient son lot de distorsions syntaxiques, d'ellipses et de périphrases.
Voici l'extrait concerné en castillan, puis sa traduction française :
<center>"Con aviso cierto de galeras, partieron de Hispalis a Emerita Augusta, para embarcarse a Tripí, cuatro entre quien el camino, sin conocerse, trabó amistad y correspondencia. Era el uno maestro en Artes y profesor de Teología. Llevábanle a Palermitana satisfacción de letras y deseos de valer, formando en sí un tribunal para conseguir sin dilación el premio de su virtud. Dedicábase otro a la milicia; y aunque por su poca edad poco soldado, iba al reino de Tindarí, con mediano sueldo, efecto más de favores que servicios. El tercero, dado al arte orificia, pasaba a Ginebra, donde cierto pariente de pluma, por su muerte, le había dejado hacienda. Desterrábase el último de su patria sin ocasión, si ya no lo era bastante haber nacido en ella con alguna calidad y penuria de bienes. Seguía por facultad la de ambas Prudencias, con título de doctor, aunque más docto en experiencia y comunicación de naciones.
Los cuatro, pues, habiendo comenzado el viaje en tiempo más aflige el sol, determinaron cambiar los oficios de día y noche, dando a uno el reposo y a otra la fatiga del camino, por poder sufrir mejor con la templanza de ésta el excesivo calor de aquél. Mas como regalos de posadas antes obligaban a inquietud que a sosiego, por su escasa limpieza y curiosidad, pasados algunos ratos de reposo, dedicados por fuerza al quebrantamiento, trataron aliviar el cansancio de la ociosidad con diferentes pláticas. Y como de ordinario acontece apenas soltarse de la lengua aquello a que más incita la inclinación, pareció conveniente siguiese cualquiera la suya en las venideras conversaciones, ya fuese discurriendo, ya preguntando."
"Informés du départ certain d’une galère partirent d’Hispalis à Emerita Augusta, pour s’embarquer vers le Tripí, quatre hommes que le voyage, alors qu’ils ne se connaissaient pas, lia d’amitié réciproque. L’un d’entre eux était maître ès Arts Libéraux et professeur de Théologie. C’était le goût pour les lettres et le désir de reconnaissance qui le menaient à Palermitana et qui préparaient ainsi en son for intérieur les moyens pour obtenir sans délai la récompense de sa vertu. Un autre s’était engagé dans l’armée ; et bien qu’il fût, par sa jeunesse, peu expérimenté, allait au royaume de Tindarí avec une solde correcte qu’il devait plus à ses faveurs qu’à ses états de service. Le troisième, versé dans l’art de l’orfèvrerie, se rendait à Ginevra, où un certain parent fortuné, par sa mort, lui avait laissé des biens. Le dernier s’exilait de sa patrie sans motif, si ce n’en était un suffisant que d’y être né de condition noble mais sans biens. Il avait reçu comme enseignement celui des deux Jurisprudences, avec un titre de docteur, bien qu’il fût plus savant en matière d’expérience et de connaissance des pays étrangers.
Les quatre, donc, comme ils avaient commencé leur voyage durant la saison où le soleil est le plus pénible, décidèrent d’intervertir les rôles de la journée et de la nuit, consacrant à la première le repos et à la seconde la fatigue de la route, car ils pouvaient mieux supporter grâce à la douceur de celle-ci la chaleur excessive de celle-là. Mais puisque les commodités des auberges provoquent davantage l’inquiétude que la tranquillité, du fait de leur propreté et de leur hygiène douteuses, après quelques mots de repos, dédiés par nécessité à récupérer leur fatigue, ils tâchèrent de débarrasser de l’oisiveté la fatigue avec différentes conversations. Et comme on en arrive d’ordinaire, une fois les langues déliées, à parler de ce sur quoi porte l’inclination, il sembla profitable que chacun suivît la sienne dans les conversations à venir, qu’il fût en train de parler ou de poser une question."</center>