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Posté : lun. déc. 02, 2013 6:21 pm
par Arios
Taddeu Bazzali : Mericci ! Mericci !

Il frappait la table avec la paume de sa main. Et plus calmement...

Taddeu Bazzali : Vous faîtes ce que vous voulez. Les chapelles, les zoos, les musées, les colisées, les atrium et les sauna ; Stalagmanque peut construire dans les villes. Elle peut donner l'argent pour restaurer les bâtisses dans les villages aussi. Les universités.

Je ne vais pas me rendre à Choongwon, Wapong, au Pelabssa et ailleurs. Je n'ai pas que ça à faire de voyager pour demander aux gens comment ils chient et s'ils ont bien mangé à midi. Voyons, non, si on me dit que c'est bien pour les gens je veux bien le croire, de toute façon si vous mettiez en tyrannie les pauvres peuples ici moi et les gars on pourrait toujours s'y opposer. Il y est une chose juste que je veux savoir...

Le soleil baissait, la vallée dans le dos de Merrici était désormais dans la pénombre. Les hauteurs qui dessinaient deux lignes de fuite vers l'occident se parait encore de leurs sapins semblant prendre feu. Dans l'air pesait toute la force de l'été qui se meurt chaque jour en restant magnifique jusqu'aux derniers instants, des soirées où l'on sacrifie les longues minutes acquises durant tout l'hiver. Et tout en haut sur les crêtes, les animaux s’apprêtaient à dormir après un dernier déluge de feu. La lumière basculerait bientôt de l'autre côté, sans rien pour qu'on la visse que le ciel bleu finissant. L'astre du jour serait voilé derrière un mont, et mettant fin à son règne, un monde nouveau renaîtrait, avec ses renards, ses moustiques, les grillons et les lucioles. Le troupeau des chèvres de Bazzali était blotti en un seul corps, gisant sur ce col sous l'infini du ciel. Bientôt les étoiles donneraient leur spectacle et la lune déjà toisait les mortels. L'univers au-dessus de la tête, les bêtes patienteraient dans leurs rêves sans paroles jusqu'au levé demain, la traite que Bazzali leur donnerait avant de revenir compter ses sous.

Taddeu Bazzali : Le tabac fiémançais, je veux en garder l'exploitation. La vente, je veux dire. Il faut qu'on puisse m'apporter, comme maintenant, le tabac par San-Pantaleonu, et qu'on me laisse le vendre ici avec mes prix, ceux auxquels tous ici sont habitués. Mais il ne faut pas que d'autres en vendent moins cher, sinon je perdrais au change.
Les filles, je laisse, ce n'est pas pour moi. C'est Pastoru, lui il fait la dedans, et avant même dans la drogue, et c'est mauvais car ça tue les gamins d'ici. Vous pouvez le descendre, ou certains de ses amis au moins. Car j'ai dit que je contrôlais tout ici, c'est entièrement vrai, pas entièrement vrai. C'est pas faux, mais il y a des vieilles têtes, trop respectables, contre qui je ne veux pas médire. Mais si c'est vous qui le faite, alors je suis d'accord. Pastoru est un salaud, il doit payer. Mais nous, on doit garder notre argent et nos méthodes.

Posté : lun. déc. 02, 2013 6:40 pm
par Rezzacci
Umberto de Mericci : Vos requêtes paraissent... satisfaisantes, je dois bien l'avouer. Les frontières avec San Pantaleonu seront bien entendu ouvertes, et nous veilleront, alors, à ce que le tabac puisse librement circuler entre le port fiémançais et le reste de Vallon. C'est un accord tout à fait acceptable. Je vais même essayer de faire en sorte que la vente de tabac soit complètement détaxée, ce qui vous laissera une plus grande marge de manoeuvre, mais je ne vous promets rien.
En échange, alors, et bien entendu, afin d'oeuvrer efficacement pour Vallon, et pour son commerce, nous exigeons un accès illimité et gratuits aux ports de Vallon. Si ces conditions vous satisfont, alors je crois que nous pouvons dire que nous sommes arrivés à un accord commun bénéfique.

Le secrétaire stalagmantin se sentait plus léger. il commençait même à apprécier le tableau qu'il pouvait admirer par la fenêtre. Néanmoins, les nuits sont fraîches à cet endroit du globe, et il commençait à sentir sur sa peau le picotement délicat de l'air qui se rafraîchit.

Umberto de Mericci : L'atmosphère est douce, et je crois que je me permettrais bien de reprendre un autre verre, si cela vous convient, monsieur.

Posté : mar. déc. 03, 2013 4:14 pm
par Arios
Taddeu Bazzali : Mais bien sûr, les ports sont ouverts, je vous les donne les ports et vous ferez bien l'économie qui vous chante. Par contre, il faut me promettre. Le tabac, c'est ce qui reste dans nos mains, et puis de temps en temps vous nous laissez aller cueillir l'argent chez les étrangers de l'île. On touche pas à Stalagmanque, mais les autres passent à la caisse ; c'est pas que mes hommes ne savent pas s'y prendre, mais si jamais une erreur était faite, si elle n'est pas trop grosse, alors il faudra oublier, perdre la preuve. Je sais que je peux compter sur Stalagmanque pour ceci.

Mais c'est un beau cadeau que je fais là, il ne faut pas oublier. Ahh.

Il s'était levé, s'était dirigé contre une vieille cuisinière à laquelle il allumait le gaz. Du placard il sortit des planchettes de bois empilées sur leurs rebords et qui formaient une petite étagère à pâtes fraîches, qui reposaient sur le châtaigner en petites demi-sphères de farine. Les mouches, pour celles qui n'avaient pas fait l'erreur de marcher sur le papier collant qui tombait du plafond en tortillon, se ruaient autour de l'eau qui bientôt aller bouillir.

Taddeu Bazzali : Le commerce n'est plus comme avant. On peut vivre sur le dos d'une bonne bête, mais pas quand elle est malade.

Voilà ce qu'on va faire : Stalagmanque vient, elle prend les villes comme elle le souhaite.

Il s'était retourné vers son interlocuteur, les mains posées sur l'arrière du bassin, penché légèrement en arrière.

Taddeu Bazzali :Du moment qu'elle pourrit pas la campagne, le maquis, les monts. Un juste milieux.

Il retournait à la marmite, rajoutant du sel et le mélangeant à la chaude.

Taddeu Bazzali :Les familles se la ferment, pas un seul coup de feu ; vous venez en collaborateurs. Et puis, on laisse libre cours à vos diverses industries, vous redonnez du grain aux gens, vous payez les fonctionnaires que vous voulez afin de créer des problèmes auxquels rechercher des solutions. Je demande même pas d'argent, car je sais que si on me laisse le tabac, et que l'économie de l'île reprend, alors ce sera bon pour nous, mieux que maintenant.

Et bien sûr, on nous laisse régler nos différents entre nous. Je pense à Pastoru, mais il y en a d'autres.

Avec un long couteau à bout ronds, il fit glisser les pâtes des planchettes dans l'eau bouillante.

Posté : mar. déc. 03, 2013 6:25 pm
par Rezzacci
Le diplomate réfléchit à la situation. Il cherchait et regardait, analysait les faits, mais il arrivait toujours au même résultat : Stalagmanque ne s'en sortait que gagnante. Bon, pour peu que la communauté internationale ne soit jamais au courant des véritables fondements de l'affaire, mais il n'y avait aucune raison pour que ça s'ébruite.
On allait arrêter d'acheter toute la nourriture aux Vallonais, ce qui allait diminuer les dépenses ; de plus, on allait récupérer des impôts qui suffiraient largement, normalement, à rentrer dans nos frais, même en comptant les améliorations et le développement dont la Sérénissime se portait garante. L'île offrait une halte certaine et sûre au trafic naval stalagmantin : on avait enfin notre avant-poste qui ferait relais avec le reste du monde. Enfin bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Bon, il restait toujours le problème des campagnes, mais le vieux Bazzali semblait aussi intéressé par ce que ferait Stalagmanque dans les villes qu'Umberto se passionait pour le commerce du Pastoru. Ils allaient sûrement pouvoir vivre en bonne entente. Et puis, si jamais les campagnes deviennent trop encombrantes, il sera toujours temps d'y remédier. Dans un siècle ou deux...

Umberto de Mericci : Un compromis tout ce qu'il y a de plus acceptable. Restons chacun de notre côté, soyons juste amis. Occupons-nous de ce dont nous sommes les plus avisés.
Nous vous laissons vos chasses gardées et votre tabac. Nous vous laissons même régler vos problèmes internes, du moment que l'ordre public des villes ne soit pas menacé.

Le secrétaire se leva et, tout en hûmant l'odeur rassurante et familière de l'eau salée en train de bouillir, dit :

Umberto de Mericci : Monsieur Bazzali, au nom de toute Stalagmanque, ce fut un réel plaisir de discuter avec vous.

Maintenant, fuir. La nuit était noire, et pas question de rester trop longtemps avec cet individu. Il était certes sympathique, quoiqu'un peu bourru, mais il restait, aux yeux du Stalagmantin, effrayant.

Posté : mar. déc. 03, 2013 6:38 pm
par Arios
Taddeu Bazzali : Hé là ! J'ai fait des gnocchis. Vous ne mangez pas ?
J'ai pas fini de vous poser des questions en tout cas. Dîtes-moi, au niveau des tireurs, des soldats, de tout ça, combien vous serez sur l'île ?
Il faudrait respecter un certain équilibre. Je vous laisse commercer, ça m'arrange, mais au moindre faux pas je veux pouvoir faire comprendre aux nouvelles autorités qu'elles sont autorités sur les bestiasses de la côte, mais ni sur mes hommes ni sur les familles de l'île.

Il égouttait les pâtes. Dans son placard, il prit un bocal non réfrigéré où un semblant de faisselle sèche lustrait une parois qui portait encore la marque des croûtons de pain qu'on y avait fait traîné pour arracher sans trop se salir les doigts la crème mousseuse de fromage de chèvre reposé plusieurs années.

Il ouvrit le bocal. Plongea une cullière de bois à l'intérieur, en sortit un amoncellement qui projeta des odeurs dans toute la cabane. Une chèvre bêla, comme en écho à l'odeur qui attaquait Mericci. Il jeta le contenu de sa prise sur les pâtes fraîches suantes dans un saladier, et il glissa la culière sous ces dernières comme une main impromptue sous les parures d'une filles.

Il apportait le plat sur la table, voyant son invité fuir. Il voulait l'humilier, cela l'amuserait beaucoup de le voir manger ce qu'aucun étranger ne pouvait supporter, mais ce qui était un doux met âpre, fort et piquant, pour lui et ses semblables.


Taddeu Bazzali : Alors ?

Posté : mar. déc. 03, 2013 6:47 pm
par Rezzacci
Umberto de Mericci : Ma foi... Une telle invitation à dîner, cela ne se refuse pas.

Eh fichtre, pensa-t-il. Bon, de toutes façons, il y a encore des questions à régler. Espérons que ça ne remette pas trop de choses en cause...

Umberto de Mericci : Nous n'espérons pas mttre de force militaire sur Vallon. Enfin, je veux dire, pas plus qu'il n'y en avait avant. Il y aura forcément une maréchaussée pour maintenir l'ordre dans les villes et quelques escouades maritimes qui devront protéger les côtes des éventuels ennemis extérieurs. Je pense notamment aux pirates, qui ne sont jamais loin, même dans ces mers que l'on dit civilisées.
De ce fait, les forces armées stalagmantines n'interviendront jamais sur le sol vallonais. Jamais nous ne porterons la main contre les civils, et nousserons intransigeants là-dessus. Les femmes et les familles n'ont rien à craindre de nous, je peux vous le garantir.

Posté : mer. déc. 04, 2013 9:42 am
par Arios
Taddeu Bazzali : C'est bien, ça évitera qu'on vienne nous envahir. Il y a toujours la crainte des communistes dans la région. Il y aurait bien des gens pour les soutenir ici, non dans le peuple, mais des salauds comme Scofi ou Pastoru qui trouveraient à faire leur marché.

Je vois que nous nous entendons très bien.

Et sinon, c'est un détail mais j'y pense, qu'est-ce que vous comptez mettre dans la tête des écoliers ? qu'ils sont fiémançais comme cela se fait en Aste ? qu'ils sont un pays à part ? Ça m'intéresse de savoir.

Posté : mer. déc. 04, 2013 2:39 pm
par Rezzacci
Umberto de Mericci : Pourquoi vouloir dire à des écoliers ce qu'ils devraient être ? Ceci n'est pas le rôle de l'école : celle-ci doit seulement inculquer aux enfants des notions élémentaires d'arithmétique, de géométrie, de géographie et d'Histoire, ainsi que des exercices d'écritures et de lecture, afin d'en faire des esprits capables ensuite de pouvoir évoluer dans à peu près n'importe quel milieu. On peut également y enseigner un peu de morale et de catéchisme, mais cela reste très dépendant du contexte et du milieu social.
Pourquoi devrions-dire que les Vallonais sont Fiémançais ? Est-ce seulement vrai, et qui sommes-nous pour juger ? Le concept de nationalité, de toutes façons, est trop confus pour pouvoir être moralement enseigné à l'école. Un individu est soit citoyen du monde, soit citoyen de sa ville ou de sa campagne. Tout échelle intermédiaire est superflue.
A moins, bien entendu, que les Vallonais se considèrent Fiémançais. Mais je ne crois pas que ce soit le cas...

Posté : jeu. déc. 05, 2013 2:17 pm
par Arios
Taddeu Bazzali : Non, ce n'est pas le cas.
D'accord, d'accord, je donne ma confiance.

[entre phase surchargée IRL...]

Posté : dim. déc. 08, 2013 4:02 pm
par Rezzacci
Umberto de Mericci : Splendide ! Vous verrez, M. Bazzali. Vous n'aurez pas à regretter cet accord !

Et maintenant que l'affaire est enfin réglée, trouver un moyen de sortir de cet endroit discrètement... Enfin, on va quand même essayer de goûter le souper. Après tout, peut-être n'est-ce pas empoisonné...