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Posté : jeu. août 30, 2012 9:59 pm
par Rezzacci
Ah, ça ira, ça ira, ça ira… part. IV
29 décembre 2018
Jardins Suspendus du Grand-Canal, Stalagmanque, S.R. de Stalagmanque
Palais Gialli
« Ce n’est plus possible ! »
Pietro Gialli, actuel possesseur du titre de noblesse de la famille Gialli et chef de la maison, était recouvert jusqu’à la tête dans son bureau de missives.
« Les gens ne se reposent donc jamais pendant les fêtes ? C’est ça, leur unique plaisir ? Ecrire aux assurances afin d’être assuré contre le sabotage et la révolution ?
-Peut-être Signore. Mais, à mon avis, ils ont moins peur de la révolution que des saboteurs.
-Tu as bien raison, fils. Ah, si je les tenais, ces trublions, je leur ferais passer l’envie de faire croire aux révolutions.
-Mais, père, et si… Et s’il y avait vraiment une révolution ?
-Quoi ? Ne me dis pas que tu donnes crédit à ces fadaises ? C’est la dernière chose qu’un Gialli donnerait : crédit ! Alors n’y pense plus. C’est comme si le Doge n’existait plus, comme si la mer s’asséchait, ou comme si les Juifs devenaient appréciés. Ce sont des choses qui sont, et qui ne changeront jamais. La spéculation dans le vide, ça ne sert à rien. Ça ne rapporte rien !
-Mais on ne sait jamais, père. Et si jamais ?...
-Si jamais les révolutionnaires existaient vraiment, j’irais moi-même accompagné le Sénat contre eux. Et j’emmènerais toute la noblesse avec.
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3 Grand-Canal, Stalagmanque, S.R. de Stalagmanque
Guilde des architectes
« M. Ferretti ! Un télégramme pour vous ! »
Jacopo Ferretti, régisseur de la Guilde des Architectes, prit le papier que lui tendait un apprenti quelconque. Il venait de Bel Proximus, et plus précisément de Bernardo DiGuarda, régisseur de l’antenne de la guilde à San Luca.
Il y était écrit :
Formidable ! – STOP – Nouveaux débouchés – STOP – Révolutionnaires font détruire bâtiments – STOP – Sabotage non compris dans garantie – STOP – Encourager sabotages pour permettre reconstruction et bénéfices substantiels – STOP – Ai trouvé numéro – STOP – Que m’a donné mon cousin – STOP – Travaillant au Souffle – STOP – Connaît le gars qui a couvert l’incendie Place Gorzza – STOP – Connaît un des révolutionnaires – STOP – Connaît le secrétaire du sous-chef des révolutionnaires – STOP – Connaît sous-chef révolutionnaire – STOP – Voici numéro – STOP – 22 Héphaïs – STOP – Nom de code : Julius Etyphê – STOP – Vrai nom : Julius Etyphê – STOP – PROFITS !!!! – STOP – Grosses bises
Jacopo Ferretti se mit alors à réfléchir. Si ce que ce grand nigaud de DiGuarda disait vrai, alors c’était exact que les profits pouvaient être extraordinaires. La Guilde pouvait avoir toute une ville à reconstruire ! Ce serait proprement formidable.
Et si c’était une réelle révolution ?
Bah ! Impossible. Ces trublions ne pourraient jamais mener à bien une révolution, ni même en avoir l’idée.
Mais ils pouvaient toujours détruire les bâtiments. Et c’est ce qui intéressait Ferretti.
Il décrocha donc son combiné et arriva au standard téléphonique.
« Allô, mademoiselle ? Oui, passez-moi le 22 à Héphaïs. »
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8 Appelstraat, Grachtdam, J. de Nord-Nursie, S.R. de Stalagmanque
« Je n’en peux plus !!!!!
-Calme-toi, Joost. Tu es tout rouge. Tu vas finir pas devenir fou !
-M’est avis qu’il l’est déjà.
-Mais vous ne comprenez pas ? Vladimir Tetri est retenu à la Soffitta ! Il n’a plus aucune chance de s’en sortir à présent ?
-Que veux-tu faire, alors ?
-M’est avis que la révolution tombe à l’eau, alors.
-NON ! Jamais ! Foi de Tulpdam, tout ce travail ne s’évanouira pas en un rien de temps à cause d’un stupide étranger qui ne sait même pas les endroits à éviter absolument quand on est un criminel en fuite ! Faute de Vladimir Tetri, il va falloir s’en passer !
-Mais comment faire ?
-La machine est déjà lancée, et la plupart des membres sont prêts à entrer dans la bataille. Il faut juste donner le feu vert ! »
Joost Tulpdam, les yeux exorbités, la bave aux lèvres, comme devenu fou, décrocha le combiné et tomba sur le standard.
« Allô ? Oui, passez-moi le 22 à Héphaïs ! »
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1er Grand-Puits de l’Opéra
Soffitta
La note finale venait d’être lancée. Les spectateurs se levèrent, comme d’habitude, pour applaudir cette performance de la Nuit des ouvertures. L’orchestre, son chef et les choristes se levèrent alors pour saluer le public.
Vladimir Tetri, condamné à passer le balai, pour l’instant, n’avait pu sortir de la surveillance de son tortionnaire. Mais, la veille, il avait observé les évènements, et croyait pouvoir tenir sa chance.
Les spectateurs commencèrent alors à se lever. Le directeur, au milieu du passage, ne le quittait pas des yeux. Il allait sortir de l’entrée pour laisser le passage, quand Tetri hurla :
« Au feu ! »
La réaction fut immédiate. Tous, hommes, femmes, vieux, jeunes, riches, pauvres (bien qu’ils soient très minoritaires) sortirent en courant. Le directeur fut pris dans cette marée humaine sans pouvoir en sortir. Le révolutionnaire en profita pour se glisser dans la foule, et réussit enfin à sortir. Le temps de se repérer, la vague humaine se dissipa, et le directeur resta à l’entrée, à le fixer.
Vladimir eut peur qu’il ne le poursuive. Mais il se souvint alors qu’il ne pouvait sortir sans risque les foudres de la Maréchaussée. Le révolutionnaire se crût sorti d’affaires. Mais le directeur de la Soffitta eut alors un sourire mauvais, et cria :
« Holà ! La Maréchaussée ! Un criminel qui s’échappe de la Soffitta ! »
Deux maréchaux des logis se retournèrent, et se précipitèrent sur Tetri. Celui-ci prit ses jambes à son cou. Il ne connaissait pas grand-chose de la ville, mais il savait que le Sud était la plus proche sortie.
Il courut, courut, tricotant des mollets, bousculant passant, en poussant même certains dans l’eau.
Puis il s’arrêta net. Devant lui, plus de trottoirs. La lagune, noire et glaciale.
Derrière lui, les maréchaux lui couraient toujours derrière, en rameutant certains collègues.
Le kirkstanais en exil compta alors jusqu’à trois, et effectua un plongeon qui lui aurait valu au moins 9/10 à n’importe quelle compétition olympique.
La maréchaussée dû s’arrêter.
« Nom d’un chien ! Qui plonge ?
-Moi, c’est plus ma circonscription, c’est le rôle de la Magistrature des eaux.
-Que quelqu’un aille les prévenir !
-Qu’importe ! Le temps qu’il atteigne Fort-Ouest, il sera mort congelé. »
Mais Vladimir Tetri s’était entraîné à nager dans les mers glaciales de Rostovie. Cette eau de climat tempéré lui convenait parfaitement.
Puis il crut halluciner.
Il avait – inconsciemment – suivi la ligne téléphonique reliant Stalagmanque à la terre ferme. Et, sur le chemin jalonné de poteaux téléphoniques, se trouvait – ô miracle – une cabine, surgit des eaux.
Cette cabine était surtout utilisée par les marins perdus qui n’avaient plus d’essence.
Vladimir y entra donc et, de ses doigts tremblants, décrocha le combiné. Le standard lui répondit.
« Allô ? Oui, passez-moi le 22 à Héphaïs… »
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4 boulevard du Grand-Bûc Leopardi IV, Héphaïs, J. de San Luca, S.R. de Stalagmanque
Siège des révolutionnaires
Au 22, Héphaïs selon le standard téléphonique, Julius Etyphê allait se coucher. Quand son téléphone sonna.
« Allô, oui, bonjour ?
-Bonjour monsieur. Un appel en provenance de Stalagmanque.
-Oui, je prends. »
La ligne se grilla un peu quand la standardiste brancha les fils.
« Allô ? M. Etyphê ?
-Lui-même. A qui ai-je l’honneur de parler ?
-Jacopo Ferretti, régisseur de la Guilde des architectes.
-Oh, bonjour, monsieur. Qu’est-ce qui vous amène ?
-Est-ce bien vous le sous-chef des opérations révolutionnaires globalement populaires qui se déroulent dans le Judicat de San Luca ?
-Oui, pourquoi ? Oh, zut, je ne devais pas en parler. Vous pouvez oublier, s’il-vous-plaît ?
-Pas besoin. Je suis de votre côté.
-Ah bon ?
-Je propose de vous financer. A hauteur de 100.000 ducats le bâtiment entièrement détruit.
-Que-quoi ? Mais pourquoi ?
-Réfléchissez, ça nous fera des bénéfices. Toute une ville à reconstruire. Alors, êtes-vous d’accord ?
-Eh bien, je… Je vais dire, ok, d’accord, ça marche.
-Bien, M. Ethyphê. Mon associé viendra demain pour la signature des contrats. Bonne soirée.
-Bonne soirée. »
Julius Etyphê, encore un peu secoua, raccrocha. Quand son téléphone sonna de nouveau.
« Allô, oui, bonjour ?
-Bonjour monsieur. Un appel en provenance de Grachtdam.
-Oui, je prends. »
La ligne se grilla un peu quand la standardiste brancha les fils.
« Allô ? M. Etyphê ?
-M. Tulpdam ! Quelle bonne surprise !
-Pas de noms ! On risque d’être sur écoute !
-Mais vous m’avez bien appelé par mon nom, non ?
-C’est un nom de code, abruti ! Bon, de toute façon, c’est plus possible. Considérez Tetri comme mort.
-Donc la révolution est annulée ?
-NON !!!!! Au contraire ! On la lance maintenant !
-Maintenant ? »
Mais la communication était coupée. Julius raccrocha, alla vers sa chambre, quand son téléphone sonna de nouveau.
« Allô, oui, bonjour ?
-Bonjour monsieur. Un appel en provenance du milieu de la lagune de Staagmanque.
-Oui, je prends. »
La ligne se grilla un peu quand la standardiste brancha les fils.
« Allô ? M. Etyphê ?
-M. Tetri ?
-Lui-même.
-Je suis désolé, mais je dois vous considérer comme mort.
-Hein ?
-Ordre de M. Tulpdam.
-Bon, oubliez ce gros bourgeois. Nous travaillons pour le peuple. Et les évènements s’accélèrent un peu trop. Trop de gens sont persuadés que la révolution va arriver trop vite. Il faut agir vite ! Compris ?
-Compris, m’sieur.
-Très bien. On lance l’opération. N’attendez pas mon retour éventuel.
-Ok. Je vous considère comme mort. Au revoir !
-Quoi ? Non, ne… »
Et Etyphê raccrocha. Il attendit encore cinq minutes à côté du téléphone, mais celui-ci resta calme. Alors il retourna se coucher.
Les prochains jours seraient chargés. Alors ça, oui.
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Palais des Doges, Stalagmanque, S.R. de Stalagmanque
Bureau du Conseil des VII
Dans le bureau du conseil, les six conseillers survivants discutent.
« Alors, cette pseudo-révolution, ça avance ?
-Quoi ? Je savais même qu’il y en avait une ! »
Posté : sam. nov. 03, 2012 11:23 am
par Rezzacci
Le renouveau de l'Empire, part. I
Envie d'en savoir plus ? Allez [url=http://www.simpolitique.com/post162464.html#162464]ici[/url] !
8 juillet 2019
Palais des Doges, Stalagmanque, S.R. de Stalagmanque
Lucius Idam, vice-directeur du service de greffe du Sénat, avait été appelé de toute urgence dans le bureau personnel du Doge. Il n'en savait pas la raison, mais il avait bien une petite idée. Le travail de Roméo Mercante, directeur du service, était de plus en plus ambigu et bâclé. Le renvoi était imminent, et c'était donc lui, vice-directeur, qui prendrait sa place. Des années de travail assidû et zélé allaient enfin payer.
Un laquais le fit entrer dans l'antichambre du bureau. Un autre entra dans le bureau. Lucius Idam patienta quelques instants, et on lui permit d'entrer. Il rajusta sa cravate, et pénétra dans le bureau.
Le petit comité qui l'accueillit le surprit quelque peu. Il y avait bien entendu le Doge, moribond et agonisant, pâle comme la Lune, mais les yeux vifs braqués sur lui, le transperçant comme des vrilles. La présence de Jorge Eco, l'Archiviste et grand patron de tous les scribouillards des services publics de la République, était moins convenue, ce dernier ne sortant de ses archives qu'en de rares occasions. Il y avait aussi Roméo Mercante. Sa présence, elle, était de mauvaise augure. Surtout son sourire malsain, qui annonçait qu'il gardait sa place, mais que son subordonné était en plus mauvaise posture. Il y avait aussi Domenico Ostrica, membre du Conseil des VII ; le Grand-Maître de l'Inquisition, Mgr. Benedicto Vorbis ; et le Banquier de République, Umberto di Venanti.
Tous le regardaient d'un air sérieux, l'atmosphère était pesante. Lucius Idam sentait qu'il était dans une très mauvaise posture.
Adso Rezzacci : Monsieur Idam, merci d'être venu. J'imagine que vous ne savez pas pourquoi vous êtes ici, n'est-ce pas ?
Lucius Idam : J'avoue que j'ai une petite idée, mais j'ai peur de me tromper, monseigneur.
A.R. : Mercante, mettez-le au parfum.
Roméo Mercante : Idam. Vous êtes au courant, nous avons mener une tentative de réconciliation avec l'Empire Tarnois, en leur envoyant un artefact précieux.
L.I. : Euh, oui, j'étais même associé aux envois.
R.M. : Mais en tant que vice-directeur, vous n'êtes pas associés aux réponses.
L.I. : Euh... C'est-à-dire ?
R.M. : Le Chancelier Tarnois, Arsen Roujï, nous a envoyé sa réponse. Et... ils nous proposent de positionner un comptoir commercial chez eux.
L.I. : C'est formidable !
R.M. : Exactement. Et nous aimerions que ce soit vous qui meniez les négociations.
L.I. : Vraiment ? C'est... ce serait un véritable honneur ! Je... je ne sais pas quoi dire.
R.M. : Et bien pleurez, car on ne sait pas quel sort vous réserve les Tarnois.
L.I. : Quoi ? Comment ?
R.M. : Dans sa lettre, le Chancelier nous demande de vous livrer à eux. On ne sait guère ce qu'ils veulent vous faire, mais si nous acceptons, ils permettron d'ouvrir des entrepôts commerciaux dans toutes leurs villes portuaires. Ce serait formidable !
Umberto di Venanti : Nous avons besoin de posséder un comptoir là-bas. Nous pourrons retrouver quelques mines d'émeraudes, et des plantations de café. Nous pourrons refaire notre empire commercial, et c'est indispensable.
L.I. : Mais vous n'avez pas le droit !
Jorge Eco : En réalité, si. Vous êtes sous mes ordres, et si j'ordonne que vous devez aller vous sacrifier, vous devez le faire.
L.I. : Mais je croyais que vous étiez apolitique, en tant qu'archiviste !
J.E. : Il ne s'agit pas de politique. La grandeur de Stalagmanque s'est toujours mesurée à trois choses : l'intemporalité de ses institutions, la puissance de sa flotte et son empire commercial. Avec la perte du continent, nous devons faire avec.
R.M. : C'est pourquoi vous serez envoyé en tant qu'ambassadeur là-bas, dans l'Empire Tarnois. Nous devons ouvrir des entrepôts dans toutes leurs villes, et établir un véritable comptoir commercial, avec extraterritorialité et tutti quanti.
Lucius Idam sembla sombrer au plus profond du désespoir.
L.I. : Mais... mais pourquoi me veulent-ils ? Ce n'est pas cohérent, je ne suis qu'un bureaucrate !
A.R. : Apparemment, dans votre lettre au Saint-Siège, vous auriez caractérisé le Kanseltan comme étant l'Antéchrist.
L.I. : Mais c'est ce qu'il est ! Et j'ai écrit sous la dictée du chancelier de l'Université, le Dr. Matteo Spalanzani !
A.R. : Vous étiez au mauvais endroit au mauvais moment. Préparez vos affaires, vous partez dès demain pour mener les négociations.
Posté : mar. nov. 12, 2013 11:40 am
par Rezzacci
Projet Aristarque, phase I
Université Pontificale de Stalagmanque
24 juin 2019
Il y a de nombreuses légendes qui circulent au sujet de l’Université Pontificale de Stalagmanque. On raconterai notamment qu’elle fut l’une des premières à se doter d’une machine de calcul algébrique, analytique et arithmétique de grande envergure, bâtie selon les modèles de Babbage, mais à une échelle bien plus importante, bien plus sophistiquée et de meilleure qualité.
Cette légende n’en est pas une. Il existe bien une aile, où une machine gigantesque, gargantuesque, de 16000 mètres cubes de volume, crache un nombre infiniment grand de calculs par seconde, et engloutissant une quantité phénoménale de charbon à la minute. Une création infernale, hors de proportion, aux engrenages si fins et si précis qu’ils doivent être faits en cristaux. Sa confection rapporta une fortune immense à la Guilde des Orfèvres, Joailliers, Bijoutiers et Horlogers.
Quelques passerelles étroites permettent d’accéder au plus profond de l’engin, dans le Cœur même, où se trouvent la mémoire et le cerveau, le reste n’étant qu’outils et entrées et sorties des données.
Le monstre mécanique évolue de jour en jour, s’améliorant en fonction des besoins et découvertes mathématiques et logistiques. Quand la salle devient trop étroite, on démolit les murs et on réquisitionne celles d’à côté. Les plus fatalistes disent qu’un jour, l’Université sera débarrassée des universitaires, remplacée par ce Léviathan aux engrenages transparents.
Autrefois, la Machinerie, comme elle est nommée avec affection, n’était au départ utilisée uniquement pour le calcul des coûts des repas des universitaires qui, avouons-le, atteignaient des sommes trop astronomiques pour être analysées avec un simple abaque. Ensuite, elle ne servait qu’à la vérification de théorèmes et à l’amusement arithmétique de certains, au calcul de suites infinies et à la résolution de problèmes absurdes. Au vu de certaines réponses de certaines énigmes assez ardues pour un ordinateur usuel, la plupart des membres de la Guilde associée affirment avoir créé le premier ordinateur quantique. Les universitaires, plus pragmatiques, préfèrent parler de défaillance d’engrenages.
Mais depuis novembre 2018, toute la salle entière avait été focalisée en un seul et unique but : le Projet Aristarque. Arithméticiens, géomètres et astronomes s’étaient réunis pour monter le premier programme spatial entièrement indépendant depuis les premiers colons rostovs et pelabssaiens. Les calculs avançent bien et efficacement, ce qui permettrait d’entrer rapidement dans la phase suivante, celle du début de la confection du moteur.
Dans l’entrée, au pied de la machine, le Dr Matteo Spalanzani, chancelier, Umberto Orbeo le trésorier et le Dr. Leonardo Uiberléi, directeur du projet, regardaient l’immense monstre ronronner et cliqueter de partout.
Dr. Matteo Spalanzani : J’espère que votre projet aboutira, Uiberléi. Il est littéralement en train de nous bouffer. Toutes les forces vives de l’Université se joignent pour ce projet.
Umberto Orbeo : Sans compter toutes les économies du pays. Plusieurs projets de recherche ont été abandonnés. Autant vous dire que la plupart des chercheurs sont très mécontents.
Dr. Leonardo Uiberléi : D’ailleurs, a-t-on suffisamment de fonds ?
U.O. : Oui. Outre les fonds collectés durant des siècles, nous avons le soutien financier de quelques centaines des plus riches des patriciens. Ils sont très intéressés par ce projet. Si les airs sont le domaine de Dieu, l’espace peut être celui des hommes.
Dr. L.U. : Formidable ! Chancelier, je vous assure que ce projet sera formidable. Nous serons un des pays qui aura son propre satellite sans avoir eu de dettes envers un géant ultralibéral ou kiroviste.
Dr. M.S. : Et sans vouloir être indiscret, ça prendra combien de temps, ce projet ?
Dr. L.U. : Oh, entre vingt et trente ans, si nous y mettons tout notre cœur.
Le chancelier jaugea la machine, tout en réfléchissant.
Dr. M.S. : Mouais. Ça peut valoir le coup.
Posté : mar. nov. 12, 2013 11:41 am
par Rezzacci
Projet Renaissance
Université Pontificale de Stalagmanque
24 juillet 2020
Le réfectoire de l'Université Pontificale de Stalagmanque était gigantesque, étant, pour la plupart des universitaires, la salle la plus importante de tout le complexe.
Par convention, on dit que c'est l'heure du souper, mais l'universitaire étant par nature un individu boulimique qui fait entre quinze et vingt repas par jours, les tables étaient rarement débarrassées et il y avait toujours au moins une dizaine de personnes en train de manger.
Le chancelier Spalanzani faisait partie d'eux. Attablé devant un ris de veau monumental qui aurait mis en péril la santé d'un estomac moins entraîné, il savourait la lourde charge du plat bien épais, l'arôme d'un vin millésimé en provenance des tous nouveaux comptoirs rivéens, et la sensation jouissive de faire partie des privilégiés de Stalagmanque, où même les mendiants restent des privilégiés par rapport au reste du monde.
Contrairement à la grande majorité des autres universités du monde, l'UPS n'était soumise à aucun quota de production ou de recherche, et n'avait pas besoin de l'apport financier d'entreprises privées qui attendaient des retombées financières. Ses fonds provenaient d'un trésor personnel qu'elle faisait fructifier, des dons d'anonymes mécènes, des frais d'inscription des étudiants et d'un partenariat spécial avec l'Etat qui lui permettait de vivre aisément en ne faisait strictement rien. Beaucoup d'esprits conscients de cet état de fait s'étaient élevés contre cette abomination, mais l'UPS étant la seule capable de délivrer les fameuses licences permettant d'accéder au rang de patricien, elle restait la grande maîtresse de son succès, quoiqu'en fasse les humanistes.
Bon, après il ne faut pas croire qu'on ne s'adonnait qu'à l'hédonisme primitif et culinaire - les universitaires sont généralement des êtres "asexués" ayant compris depuis longtemps que les plaisirs d'un jour avec une - ou un - jeune étudiante aguicheuse ne valait pas l'explosion de saveur d'une bonne omelette aux lardons, champignons, poivrons, ananas et anchois -, mais leur aisance financière leur avait permis de rester excentrique sur la scène intellectuelle. Plutôt que de devoir s'intéresser aux problèmes environnementaux ou au génie civil, elle avait préféré se tourner vers la musicologie - les [url=http://fr.wikipedia.org/wiki/Coefficients_de_Fourier]coefficients de Fourieri[/url] furent découverts par l'Université - l'arithmétique - elle était la première dans les recherches sur la [url=http://fr.wikipedia.org/wiki/Conjecture_de_Syracuse]suite de Sexcuse[/url] - ou la géométrie - comme les 92 [url=http://fr.wikipedia.org/wiki/Solide_de_Johnson]solides de Giovannifiglio[/url]. Elle choisissait ses sujets d'études selon l'excentricité ou l'intérêt purement abstrait de ceux-ci.
L'étude de ces domaines provoquait parfois des frictions entre universitaires. Il ne faut pas croire que parce qu'on préfère un plat de pâtes plutôt qu'aider les populations, les débats les plus sérieux s'élèvent entre les murs. On a même eu droit à de nombreuses révoltes du corps enseignant face à l'administration qu’ils jugeaient trop oppressive.
Et c'est exactement ce qui se passa aujourd'hui.
Comme un seul homme, une masse de professeurs pénétra avec fracas dans le réfectoire, l'œil flamboyant et la mine rébarbative, menés de front par le Dr. Leonardo Uiberléi. Le chancelier en laissa tomber sa cuillère de surprise, et resta bouche bée, du ris de veau dégoulinant dans sa barbe.
Ça sent la révolte, se dit-il.
Et ça ne manqua pas. Ils s’arrêtèrent dans un ensemble presque parfait – certaines se cognèrent entre eux tout de même – et Uiberléi prit la parole.
« C’est un scandale ! » Sa voix s’éraillait et montait dans les aigus quand il s’énervait. « Nous venons d’apprendre que vous vous êtes engagés auprès de la Fédération Technocratique dans le Projet Renaissance ! Sans aucune consultation auprès du collège professoral ! »
Ils ont parfaitement choisi leur moment, songea le Chancelier. Ayant la bouche archipleine, il ne pouvait s’exprimer sans cracher tout autour de lui – ce qui aurait été un gâchis impensable de nourriture – et, au vu de la quantité à avaler, il ne saurait s’exprimer clairement avant une ou deux minutes. Les contestataires en profitèrent donc pour aligner, au coup par coup, leurs griefs un à un.
« C’est un scandale !
- On nous trompe !
- Avec des étrangers, en plus !
- Vous parlez de trouver des locaux pour la recherche, mais lesquels !
- Nous sommes déjà bondés et écrasés !
- Et le budget ? Il vient d’où, le budget ?
- On va encore se ruiner !
- Le Projet Aristarque est notre seul but actuellement !
- L’observatoire tombe en ruine…
- L’isolation des amphithéâtres est inexistante…
- Nos matériels sont caducs…
- Le réfectoire nous met au régime…
- Nos logements sont envahis de parasites…
- Les laboratoires sont dégoûtants…
- La chapelle est indigne…
- Et vous voulez utiliser les fonds pour d’autres choses ?
- C’est impensable !
- C’est du ris de veau ?
- Ah bas la tyrannie du chancelier !
- Nous exigeons des explications !
- Quelle est votre excuse ?
- Des technocrates empathes !
- Qui ne connaissent rien au véritable rôle des intellectuels !
- Et on devrait leur faire confiance ?
- Avez-vous seulement réfléchi ?
- J’ai faim !
- Vous ne vous en sortirez pas comme ça !
- On vous traînera en Justice !
- On fera grève !
- Suffit ! »
Matteo Spalanzani réussit enfin à s’exprimer. De sa voix forte et claire, il avait obtenu le silence qu’il souhaitait. On ne devenait pas chancelier sans avoir un minimum d’autorité.
« Premièrement, je suis le maître ici. Je n’ai théoriquement besoin de demander l’avis de personne pour prendre de telles décisions ! Elles font partie de mes prérogatives ! Et de plus, nous avons besoin de devenir compétitifs ! Je sais que ça peut paraître contradictoire avec ce qu’a dit le narrateur juste plus haut, mais savez-vous qu’une partie d’entre nous est en train d’émigrer vers l’Université de San Atorium ? Ce sont juste des fous, mais certains d’entre nous préfèrent travailler là-bas !
- Sûrement parce qu’ils sont fous eux-mêmes.
- Sûrement. Quoiqu’il en soit, à vos questions, pour les locaux, je réquisitionnerais ceux des universitaires déserteurs…
- Mais je voulais agrandir mon bureau…
- Suffit ! Et pour les fonds, leurs salaires et leurs charges seront reversées à ce projet. En espérant que tout ceci permettra de garder nos mécaniciens et expérimentalistes… Nous ne pouvons pas être juste des théoriciens ! »
Le groupe se tut, penaud. Leur action initiale paraissait bien montée, mais il n’était pas prévu que le chancelier se défende. Alors, à présent que la balle était dans leur camp, ils ne savaient plus quoi dire.
Heureusement que l’un d’entre eux eu de la présence d’esprit.
« Je crois que je vais me servir un peu de saumon à la crème », fit un des universitaires, qui lorgnait depuis le début sur les tables chargées.
« Moi aussi, fit un autre…
- Tiens, puisqu’on en parle…
- J’ai un petit creux, moi…
- Oh, des melons !
- On va pas laisser de la nourriture comme ça, ce serait un crime… »
Spalanzani était rassuré. Une peur de moins. Par contre, la fuite de cerveaux vers San Atorium l’inquiétait un peu plus. Espérons que les déserteurs apprennent à ces fous comment fonctionne une vraie université, avec force de rhum et de gâteaux, et ainsi deviendront-ils d’inoffensifs intellectuels qui préfèrent débattre du sexe des anges plutôt que de bombes bactériologiques.
Et sans autre état d’âme, il se jeta derechef sur son ris de veau.
Posté : mar. nov. 12, 2013 11:44 am
par Rezzacci
<center>[img]http://2.bp.blogspot.com/_sfvRdCtCckY/S-hepOdTWwI/AAAAAAAAA1I/ovZ9nT764tg/s1600/interieur%2520palais%2520doges.jpg[/img]</center>
Palais des Doges
Don Reniero d'Albastri, nommé tout nouveau gouverneur du comptoir de Port-Arkos, avait été convoqué devant le Doge, afin de faire un bref état des lieux avant son départ permanent.
Le Doge, anémique et soufreteux, lisait les rapports d'un oeil attentif. Le gouverneur attendait, debout, devant lui.
Monsignor Adso Rezzacci : Alors, d'Albastri, êtes-vous heureux de votre nomination ?
Don Reniero d'Albastri : J'en suis très honoré, monsignor. Etant le premier de notre nouvel empire, c'est une lourde tâche qui pèse sur mes épaules. Mais j'espère m'en acquitter avec le plus grand zèle qu'il m'est possible.
A.R. : Quels sont les projets, alors ?
R.A. : Construire le palais, qui abritera l'adminstration commerciale, et bâtir la chapelle et l'hôpital. Nous lancerons également la construction des premiers quartiers.
A.R. : Avez-vous reçu les devis de la Guilde des architectes ?
R.A. : Oui. Il s'élève à environ 29 milliards 106 millions ducats (100 millions USP$).
A.R. : Ils ont prit en compte le fait qu'ils doivent participer activement à la construction, l'élaboration et le développement du comptoir ?
R.A. : Exactement, monsignor. De plus, nous avons également reçu l'appui des populations locales. Elles acceptent de participer aux travaux de construction pour pas cher, et, en récompense, ils deviendront immédiatement propriétaire de leur logis. Propriétaire selon les lois tarnoises, bien entendu.
A.R. : Excellent. Le comptoir devrait-il être rentable ?
R.A. : Au bout d'un an, monsignor. De plus, en jouant finement - et c'est ce que nous saurons faire - nous pourrons y établir notre influence plus grande encore. Si, de jure, ce comptoir sera tarnois, nous saurons, rapidement, en faire un territoire stalagmantin de facto. La zone est suffisament éloignée et peu reliée aux grands noeuds de communication pour que l'influence du Kanseltan se fasse peu ressentir. Mais il faudra faire cela très progressivement, suffisament pour que même nos services ne s'en rendent pas compte.
A.R. : Excellent, vraiment. Ce comptoir nous coûte peu cher, et, de plus, il permettra de faire des profits. Nous aurions dû revenir à une économie de comptoir depuis bien longtemps. Sans compter que l'on va enfin devenir indépendants face aux pays extérieurs au niveau des produits de luxes. Prochaine étape : le Wapong !
Posté : jeu. nov. 14, 2013 9:16 pm
par Rezzacci
Le gâteau n'est pas la vérité
Université Pontificale de Stalagmanque
12 août 2022
Le Dr. Isidoro, responsable informatique de l'UPS, avait été appelé en urgence dans la salle de la Machinerie. Un ingénieur voulait faire part le plus rapidement possible d'un certain nombre d'informations de la plus haute importance, disait-il.
Le Dr. Isidoro arriva alors dans la salle bruyante de la Machinerie, en pontoufle et robe de chambre, mais tout de même coiffé de sa toque universitaire - un universitaire se sent nu s'il n'en porte pas. Il du localiser l'ingénieur à travers le fatras des passerelles, courroies, cheminées et engrenages. Il le trouva enfin, à l'imprimante n°4, les mollets littéralement noyés dans une masse de papier. Son visage reflétait l'inquiétude, et ses yeux, derrière ses épaisses lunettes, lisaient avidement la liste d'informations crachées par l'immense Machinerie.
« Alors ? Que se passe-t-il ? demanda brusquement le Dr. Isidoro, fâché d'avoir été réveillé en pleine nuit.
- Il fallait que vous voyiez ça, docteur. C'est... effarant.
- Qu'est-ce qui peut vous mettre dans un tel état ? Je croyais les ingénieurs si posés et calmes, d'ordinaire.
- Lisez ceci, plutôt » dit-il en lui tendant les papiers.
Le responsable informatique les lui arracha des mains, et les parcourut rapidement.
« Portails dimensionnels... le gâteau est un mensonge... Still alive... Tuer tous les universitaires avec des neurotoxines mortelles... rideaux de douches... Non, vraiment, je ne vois pas ce qui vous inquiète.
- Je crois que la Machinerie est en train de développer une conscience personelle.
- Comment ça ? C'est impossible, voyons ! Ce n'est qu'un assemblage de rouages alimenté au charbon. Jamais Dieu n'aurait pu la doter d'une âme, et donc encore moins a fortiori d'une conscience !
- Alors, comment expliquez-vous ces résultats...
- Eh bien, tout simplem...
- Sachant qu'aucun programme humain n'est sensé sortir de tels résultats ?
- Je ne sais pas, moi ! Sûrement une blague d'étudiants !
- Impossible ! Ils sont interdits d'accès, et toute la mémoire vive est utilisée pour le Projet Aristarque. J'ai cependant l'impression que ces programmes internes auto-gérés sont en train de bouffer de l'espace.
- J'espère que ce n'est pas un virus. Je déteste reformater tous les engrenages, c'est d'un ennui ! Et puis, il faut récupérer les sauvegardes sur papier... J'ai participé à un reformatage, il y a une vingtaine d'année, et ce n'était pas marrant.
- J'ai quelque chose d'autre à vous montrer, docteur, mais, cette fois-ci, j'ai préféré ne pas le laisser dehors. Je l'ai rangé dans mon bureau. Mais c'est encore plus effrayant.
- Laissez-moi voir ça. »
L'ingénieur se dirigea donc vers son bureau, encombré de documents et de débris, ouvrit un tiroir et en ressortit plusieurs plans qu'il remit au responsable informatique.
« Eh bien ? Ces schémas, que sont-ils sensés représenter ?
- Des améliorations de la Machinerie, docteur.
- Et alors, où est le problème ?
- C'est la Machinerie qui les a confectionné elle-même. J'ai l'impression qu'elle essaye de communiquer avec nous, docteur.
- Dîtes, que représente cette partie ?
- On dirait un canon à neurotoxines mortelles, docteur.
- Mmh... Je crois que je commence à comprendre. Quelqu'un est-il au courant ?
- A par nous, personne.
- Bien. La Machinerie n'a aucun moyen d'agir par elle-même, elle ne peut que transmettre des informations, c'est clair ?
- Bien sûr, juste un gros calculateur.
- Y'a-t-il une raison quelconque pour laquelle elle pourrait se retrouver en possession de neurotoxines mortelles ?
- Aucun, pourquoi ?
- Très bien, nous n'avons donc rien à craindre. Oubliez ceci, n'en parlez à personne, et envoyez tous ce genre de documents aux Archives. Sans faire de duplicata. Histoire que ce genre de sottises tombent dans l'oubli le plus total.
- Mais...
- C'est la solution la plus sage, je crois. Je vous souhaite une bonne nuit. »
Le Dr. Isidoro retourna à sa chambre. Quand il s'installa dans son lit, il réfléchit quelques instants à cette situation, à tout ce que cela engendrait, à tous les dangers que cela représentait, et à toutes les possibilités que cela pourrait générer.
« Pff... Balivernes » conclut-il avant d'éteindre la lumière.
Posté : ven. nov. 15, 2013 5:32 pm
par Rezzacci
Ambiguïté sémantique
À l’Office des Postes de Stalagmanque, un préposé regardait attentivement un pli qui était parvenu de l’étranger. Il ne savait pas réellement quoi en faire, vu que l’adresse lui paraissait ambigüe. Il décida alors de délaisser son poste et d’aller voir le maître de salle, les yeux baissés sur son livre de comptes.
« Monsieur…
-Oui, qu’est-ce qu’il y a ?
-J’aurais une question : je ne sais pas à qui adresser cette lettre. Que dois-je en faire ?
-Qu’y a-t-il d’inscrit sur l’enveloppe ?
-Sénat de la Nation de Stalagmanque.
-Et alors ? Où est l’ambigüité ?
-Eh bien… Techniquement, l’assemblée des patriciens qui dirige effectivement la cité et la République de Stalagmanque est nommée, tout simplement, Sénat de Stalagmanque. Tandis que l’assemblée désignée sous le terme de Sénat de la Nation de Stalagmanque est, selon les textes, l’assemblée des citoyens de Stalagmanque, réunie, généralement, pour avoir un avis sur certains points.
-Que… comment savez-vous cela ?
-Mon beau-frère est historien, et les repas avec lui son assommants.
-Bon, eh bien, alors, envoyez-là au Sénat de la Nation !
-Le problème, monsieur, c’est que ce Sénat n’est qu’informel, quoiqu’officiel, puisqu’il a un nom. Mais quand à ses services de communications… On pourrait dire que c’est le néant.
-Eh bien, envoyez cette lettre à la Guilde des Métiers du Livre, qu’elle l’imprime et le fasse circuler dans la ville, afin de recevoir l’avis des citadins qui veulent bien s’exprimer.
-Mais il y a marqué Secret commercial sur le devant de l’enveloppe ?
-Et alors ? Si quelqu’un envoie une lettre à Stalagmanque, il sait que rien n’y est fondamentalement secret, encore moins quand il s’agit du commerce. Envoyez-la donc, et reprenez votre travail. »
Posté : dim. déc. 01, 2013 11:46 pm
par Rezzacci
Animaux de compagnie exotiques et reçus de pots-de-vin
« Et donc, il ne s’agit pas de contrebande ?
- Pas du tout. »
Luca Paleoni, jeune employé des archives, regardait alternativement son écritoire à pince, la liste de chargement du navire qui venait d’entrer, le visage du capitaine du vaisseau, et puis le vaisseau lui-même, sensé contenir la cargaison indiquée.
« C’est pas illégal ?
- Ça dépend.
- C’est-à-dire ?
- Ben, ici, pour Stalagmanque, c’en est pas. La législation, à ce sujet, est minime. Ce sont des animaux, qui sont à jour dans tous leurs vaccins.
- Mais pour le pays d’origine ? Pour l’Océania ?
- Qui sait ? Tout ce que je sais, moi, c’est que j’ai récupéré ça à Chrisport, et que ça venait d’Océania. Moi, chuis pas au courant des affaires océaniennes. Ils font ce qu’ils veulent, après tout. Qui sait si c’est pas le gouvernement qui demande ça ? »
Luca Paleoni réfléchit encore. En face de lui, le marin chiquait bruyamment, et Luca ne le supportait pas. Dans le petit peuple, il y avait trois groupes sociaux : les marins, les marchands et les gratte-papier. Si les marchands étaient amis avec tout le monde du moment qu’il y avait des bourses pleines et des transferts de liquide, les marins et gratte-papier ne pouvaient se pifer. Les gratte-papier enviaient aux marins leur vie d’aventures, leurs muscles, leurs expériences sensuelles avec des femmes à chaque port, leur peau tannée, leur assurance et leur allure ; les marins enviaient aux gratte-papier leur salaire stable, leur sécurité, leur place dans la société stalagmantine, leur écriture soignée et leurs chemises amidonnées. Ces envies réciproques faisait naître une tension entre les deux groupes et il était rare qu’un gratte-papier et un marin sympathisent.
Luca Paleoni le ressentait ainsi, mais il se savait également en position d’infériorité. Engoncé dans sa cravate, il n’avait que son écritoire derrière lequel se protéger. Il essaya toutefois de se maintenir, puisant toutes les ressources dans sa position respectable d’employé des Archives de Stalagmanque.
« Néanmoins, je crois préférable d’en référer au Fisc.
- Z’êtes sûr ? Ça f’ra de la paperasse supplémentaire, et je vois mal vôt’ avenir si vous les faîtes chier. Y vous auront sûrement dans l’pif, c’est sûr.
- En effet, mais, même si ce n’est pas le règlement, c’est ce qui me paraît le plus juste. »
Le marin leva les yeux au ciel et fit une action que, visiblement, il rechignait à faire. Il sortit de la poche de son épaisse veste un étui en cuir. Qui tintait.
Le bruit des piastres est reconnaissable pour n’importe quel stalagmantin, quelque soit le réceptacle qui le contient.
« On m’avait donné ça pour toi, petit, si tu rechignais à faire ce qu’on te disais, fit le marin. Ça, c’est pour toi, et on ne dit rien de tout ça au Fisc. Ok ? »
Luca Paleoni regarda l’étui. Puis il haussa les épaules. Après tout, on est à Stalagmanque.
« D’accord. Un instant, je vais vous faire un reçu. »
Le marin, Stalagmantin lui aussi, ne fut pas étonné de la méthode avec laquelle on traitait les pots-de-vin ici. Il prit le reçu, signa l’exemplaire pour les archives, et s’en retourna au navire diriger le déchargement.
Luca empocha le reçu et l’étui, puis regarda encore une fois son écritoire, le marin puis le bateau. Si ce que l’inventaire disait était vrai, il y avait de quoi être étonné. Les riches, nobles et patriciens, prenaient des lubies d’à peu près tout. Maintenant, chacun voulait son animal familier exotique.
Luca Paleoni haussa les épaules et s’en retourna vérifier la cargaison d’un autre navire qui accostait.
Posté : lun. déc. 16, 2013 8:39 pm
par Rezzacci
Satellites filants (oooh...)
Au sommet de la tour d’astronomie de l’Université, le Pr. Barderano observait avec circonspection le Pr. Uiberléi qui jouait avec une parabole.
Il comprenait, bien entendu, l’utilité de ces engins qui polluaient son environnement de travail. Il utilisait les paraboles pour recueillir certains signaux électromagnétiques extraterrestres, et il savait également comment les bidouiller pour recevoir sur un antique poste télévision caché certaines émissions en provenance des satellites d’autres nations. Ces technologies n’étaient pas inconnues à Stalagmanque, s’était juste que l’Université n’en faisait pas étalage. Après tout, songeaient les universitaires, on trime pendant des années pour concevoir ces engins, alors on a bien le droit d’en profiter un peu plus sur le pauvre citoyen lambda.
Néanmoins, le Pr. Barderano n’avait jamais réellement adopté les paraboles. Il préférait de loin observer le ciel avec des télescopes et des lunettes optiques, on en gardait la beauté du ciel, mais il faut avouer que même selon les canons particuliers de Stalagmanque, Barderano passait pour un conservateur passéiste rétrograde.
Alors quand il vit la moitié de la faculté en robe de chambre et bonnet de nuit envahissant sa tour pour se plaindre de la mauvaise réception des ondes – sachant qu’officiellement, nul n’était autorisé à avoir un poste de télévision personnel –, il faillit aller se plaindre au chancelier lui-même, si ce dernier ne faisait pas partie des intrus.
Tous étaient rassemblés autour de Uiberléi qui, avec un appareil qui semblait sorti tout droit de l’imagination de Tesla et Escher mélangé, tournait, bricolait et décapait la parabole.
« Alors ? » demanda un professeur de mathématiques enveloppé d’un peignoir en flanelle carmin.
Le professeur de physique secoua tristement la tête.
« Pour l’amour de Dieu, fit Barderano, quelqu’un peut-il m’expliquer ce qui se passe ici ? Pourquoi tout ce tintamarre autour des paraboles ?
- Parce qu’on ne reçoit plus rien, Barderano, lui répondit le chancelier Spalanzani. Plus d’émissions, plus de réseau, plus rien. Comme si le tiers des satellites mondiaux avait disparu.
- Mais c’est le cas, non ?
- Comment ça ?
- Eh bien j’ai observé il y a un petit temps déjà une pluie d’étoiles filantes. Mais aucune ne devait avoir lieu. Je les observé de plus près alors, et j’ai remarqué qu’il s’agissait de corps artificiels. J’ai comme l’impression que l’Orcostov a encore une fois frappé.
- Dieu merci, Stalagmanque n’a pas de programme spatial, soupira un professeur de théologie.
- Vous pensez que ce genre de dommages sont couverts par les assurances ?
- Qu’importe ! trancha Spalanzani. Ceci concerne le conflit avec la Rostovie et le Pelabssa. Cela ne nous concerne en rien. Nous sommes neutres, d’une vraie neutralité, et comptons bien le rester.
- Mais pour la télévision, comment allons-nous faire en attendant ?
- La télévision ? Quelle télévision ? Les seuls postes que possèdent les particuliers fonctionnent par câble. Et Stalagmanque ne connaît pas la technologie satellitaire… Me trompé-je ? »