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Posté : jeu. déc. 02, 2010 2:13 pm
par Johel3007
Chapitre 9 : Chroniques d'un Damné
Introduction
"-C'est la mort du village..."
C'était en ces mots que l'Ancêtre avait décrit la situation.
Alors que l'essaim de criquets se dissipait, ne laissant derrière lui que ruine et misère dans des champs déjà ravagé par la secheresse.
En ce fatidique 7 Août 2013, le Clan des Limpopos se savait condamné à disparaitre.
Génération après génération, ces familles avaient triomphé de la Nature rude et impitoyable du Zanyane.
Vivant de l'élevage des chèvres, des vaches et de la culture du manioque, elles avaient su se faire une place parmi les autres clans.
Et pourtant, sur ce continent, le prestige et la prospérité étaient aussi incertains que les pluies.
Cela avait commencé avec la tuberculose. Plusieurs en étaient morts, dont l'un de ses frères ainés.
Le puit était à sec depuis trois semaines et aucun nuage dans le ciel n'annonçait une averse.
Les bêtes faiblissaient, leurs côtes saillantes.
Et aujourd'hui, la vermine avait ravagé les plantes que le soleil n'avait pas déjà tué.
Désiré, comme beaucoup d'autres, avait versé des larmes.
Désiré Limpopo Nakanga, 17 ans, 3ème fils de Trésor Limpopo Nakanga, lui-même 7ème fils de Nakanga Limpopo, dit "l'Ancêtre".
Les grands jours de liberté étaient finis.
Ils allaient partir pour les villes, sur la côte.
Des ONG Alméranes y distribuaient des vivres, disait-on.
Mais les quantités étaient limitées et en acquérir demandait souvent de graisser la patte à l'un ou l'autre fonctionnaire ou soldat.
Dans les villes, ils perdraient tout, joignant les miséreux sans emplois qui gonflaient les bidons-villes, confrontés aux maladies et à la violence.
Mais ils survivraient. Ils auraient de la nourriture et de l'eau.
Il y avait toutefois une alternative.
Elle s'était présenté deux mois plus tôt, sous la forme d'un pick-up, avec à son bord une dizaine de jeunes hommes... ainsi que deux blancs et un jaune.
Les blancs n'avaient pas dit un mot, leurs peaux protégées du soleil par des chapeaux aussi bariollés que leurs uniformes camouflés.
Leurs mains posées sur des armes de facture Lochlannaises, ils cachaient leur expression derrière d'épaisses lunettes de soleil.
Le jaune, lui, avait été poli, parlant dans un anglais cassé mais au ton suave que son traducteur parvenait difficilement à rendre.
Le jaune était originaire d'une lointaine contrée, un petit pays nommé le Wapong.
Il était à la recherche de braves, de guerriers, pour mener une grande bataille par delà les mers.
Il payait bien : 5 $USP par jour. Le salaire d'une semaine de durs labeurs, gagné en quelques heures pour tenir un fusil.
Et 50 $USP d'avance.
Salim, le 2ème fils de Trésor Limpopo Nakanga, s'était laissé tenté.
Il avait fait une croix sur un morceau de papier, avait reçu ses 50 $USP et avait rejoins les autres à l'arrière du pick-up.
Aujourd'hui, deux mois plus tard, la jeep était de retour, avec Salim.
Salim, l'enfant prodige qui, les poches pleines, venait faire la fête avant de partir.
Salim qui apportait aussi une nouvelle : le jaune avait besoin de plus de braves, de plus de guerriers.
Désiré et plusieurs autres jeunes du village avaient le bon age et avec leurs paies combinées, le Clan aurait de quoi survivre.
Mais à quel prix ?
"-C'est rien, les gars.
Le voyage en bateau, c'est vrai, ça craint un peu.
Serré dans une calle avec 300 autres types qui vomissent et se chient dessus, y'a mieux.
Mais après, c'est deux mois à apprendre à devenir un vrai tueur.
J'ai appris à tirer. Et même à parler anglais !! Enfin, un peu...
Et puis, y'a les filles !! Les Veporiennes, elles adorent les uniformes.
Après, c'est cinq ans à voyager, à voir du pays...avant de revenir riche."
Tel était le discour que leur avait tenu Salim ce soir-là, près du feu.
En écoutant ces mots, les plus vieux secouèrent la tête.
Eux se souvenaient des guerres d'indépendance qui avaient ensanglanter le siècle précédent.
Mais les flammes de la gloire, de la richesse et de l'aventure brûlaient déjà au fonds des yeux des plus jeunes.
Le jaune leur offrait un autre avenir que la misère des bidon-villes.
Les bouteilles de bière circulaient et on chantait, chacun mettant sa tristesse de coté pour fêter le retour du prodige.
L'alcool aidant, beaucoup clamèrent leur intention de partir par delà les flots pour servir "le Jaune".
Le lendemain, alors que le pick-up allait partir pour le village suivant, le représentant de la Global Security Initiative avait de quoi sourire.
Une longue file de recrues attendait devant lui.
Désiré était dedans...
Posté : ven. déc. 03, 2010 12:29 pm
par Johel3007
Chapitre 9 : Chroniques d'un Damné
1er Carnet
Kampala, 15 Août 2013
Quelque part sur la côte du Mugabea (F14)
La plage était noire de monde, ceci sur un bon kilomètre de large, sinon d'avantage.
En voyant une telle agitation, on eut peine à croire que cet endroit aujourd'hui animé n'était qu'un village de pêcheurs voici quatre mois.
L'arrivée des recrues de la GSI, les poches pleines mais sans provision, logement ou autres commodités, avait provoqué ce changement.
Les locaux avaient rapidement compris qu'il y avait là des affaires à réaliser avec ces riches couillons sur le point de partir par delà les mers.
Des marchands venaient des villes pour écouler leur camelotte, ainsi que quelques produits occidentaux.
Des tavernes avaient ouvertes, distribuant bières traditionnelles autant que whisky Pelabssien et vodka Rostov. Pas de politique dans le business.
Les habitants avaient rapidement aménager des tentes qu'ils louaient aux voyageurs et recrues, ceci pour un prix scandaleusement haut.
On avait même construit plusieurs fontaines où, moyennant paiement, une eau fraiche et potable était disponible.
Et en retrait de ces camps-dortoirs, des ouvriers étaient à l'oeuvre pour tirer les premiers cables téléphoniques et électriques.
Kampala, le village de pêcheurs qui n'apparaissait sur aucune carte, croissait à grande vitesse, devenant une ville à part entière.
Pour nourrir cette foule, une quantité phénoménale de nourriture arrivait chaque jour.
Les éleveurs des montagnes vendaient leurs bêtes par troupeaux entiers, conscients qu'au prix offert, ils pourraient prendre leur retraite.
Les femmes venaient elles aussi pour faire des affaires, vendant les récoltes de fruits de leur village.
Si les pêcheurs originaux étaient pour la plupart reconvertis en commerçants, certains lançaient toujours leurs filets.
Désiré naviguait au milieu de la foule.
Le jeune homme était arrivé il y a deux jours et pourtant, il restait émerveillé face à tant d'animation.
Les bruits, les couleurs... les odeurs, aussi
Là, où bijoux, vêtements et autres biblots se vendaient à la crier, un colporteur négociait ferme avec un client pour une paire de baskets usées.
Ici, une mère et sa fille faisaient une proposition à un duo d'adolescents visiblement intéressés.
Un marchand agrippa Désiré par le bras, visiblement décidé à lui refourger quelque chose.
"-Charmes contre les balles, mon garçon !! Tu en auras besoin là-bas, crois-mois !! Bénis par le Grand Imam de Falhad !! Prends-en !!
Prends-en pour tes amis aussi !! Si tu achètes 3, je t'offre un taliseman qui te protégera des maladies aussi."
Désiré chercha à repousser l'offre mais se retrouva quand même avec une breloque autour du cou... et 3 $USP en moins.
Mais bon... peut être cela marchait-il vraiment ?
Il erra encore pendant une bonne heure avant de localiser Salim. Son frère était assis à une table, jouant aux cartes avec d'autres "anciens".
En mise, un couteau, trois paquets de cigarettes Wapongaises "Tabor" et quelques talisemans étrangement similaires à celui de Désiré.
Cela poussa le jeune homme à examiner son charme "béni par l'Imam" de plus près :
"Made in Wapong" était écris au verso.
"-Salim !! Salim, mon frère, combien de temps encore ?"
Le "vétéran" leva les yeux de ses cartes.
"-T'es à court de fric, c'est ça ?"
"-Presque... il me reste 5 dollars mais si je dois manger ce soir..."
"-T'inquiète pas. Je me suis aussi fait avoir en arrivant ici la première fois. Et crois-moi, à Atumbo, c'est encore pire.
Mais la première paye arrivera avec les bateaux. Je peux te faire crédit d'ici là.
Ce sera ça ou dormir dehors, au milieu des voleurs et des mendiants.
Prends une chaise."
Désiré ne se fit pas prié.
"-Et les bateaux, ils arrivent quand ?"
"-Le Jaune a dit qu'ils étaient attendus pour ce soir. En attendant, profite bien de ce que tu peux prendre ici."
"-Ouais, il a raison, gamin..."
L'homme qui venait de l'appeller "gamin" devait avoir à peine deux ans de plus que Désiré.
Ce dernier eut bien envie de lui rappeller ce détail mais il décida de ne pas relever l'insulte, sans doute involontaire.
"-Une fois dans le Vaisseaux Noir, c'est l'enfer. Et ça va durer un moment. C'est leur manière d'trier les forts des faibles."
Ils jouèrent aux cartes jusque tard dans la nuit, alors que torches et lanternes éclairaient la plage, faisant frire les insectes imprudents.
La moitié des résidents étaient saouls. Plusieurs bagarres avaient déjà éclatés et même quelques coups de feu.
Mais en dépit de l'apparente anarchie, chacun veillait à ne pas trop provoquer l'autre.
La plupart des recrues portaient une machette, un couteau ou un gourdin. Une bagarre pouvait donc dégénéré bien audelà d'une simple question d'égo... et seuls des fous auraient voulu cela.
Au milieu des tentes, les cris et chants mourraient lentement en même temps que les feux de camp.
Une ou deux radios diffusaient encore de vieilles reprises des grands succès de Jam-City et du Dogoba.
Le son entrainant fut toutefois couvert soudainement par la sirène grave d'un paquebot.
Désiré, comme beaucoup, tourna la tête vers le large.
Le "Scavenger" approchait, seuls ses feux de signalisation trahissant sa présence dans la nuit.
Mais avec ses 180 mètres de long par 20 de large et un déplacement de près de 10.000 tonnes, ce monstre ne passait pas inaperçu.
Ancien vraquier Pelabssien complétement rouillé, dont la coque ne tenait qu'avec une épaisse couche de peinture noire. D'où le surnom.
Salim se leva de sa chaise, rapidement suivit par les autres.
"-Bon... Prends ton baluchon, Désiré.
C'est l'heure."
Quelques minutes après, le ronronnement des moteurs des zodiaques annonçait le début du le long et pénible transbordage des recrues.
Posté : dim. déc. 05, 2010 9:50 pm
par Johel3007
Chapitre 9 : Chroniques d'un Damné
2ème Carnet
Vraquier WSS "Scavenger", 15 September 2013
Au large de l'île d'Atumbo, Veporia (F18)
Les Wapongais étaient réputés pour leur organisation et leur créativité, ceci dans de nombreux domaines.
Dans nombre de nations du Zanyane, on louait ce fait et Désiré en avait eu la preuve en montant à bord.
Les cales du "Scavenger" étaient conçues pour transporter du grain ou du minerai.
La GSI les avait aménagée de manière à permettre le transport de passagers, ceci en un temps record, avec un minimum de moyens.
Les Wapongais étaient aussi réputés pour leur mépris de certaines choses futiles... comme le bien-être de leurs employés.
Des lits superposés en métal s'alignaient sur toute la longueur du navire.
Pas de matelat, pas de couverture : l'objectif est de stocker les passagers, pas de le mettre à l'aise.
Entre les rangées, des couloirs de cinquante centimètres, où circulait une rigole qui faisait office d'égoux et de sanitaire.
Pas de place pour se dégourdir les jambes. Pas sans importuner les voisins, lesquels étaient sur les nerfs, ayant déjà supporter un long voyage.
Le navire déservait tout le Zanyane, avec des arrêts fréquents pour accueillir quelques centaines de recrues prises ici et là.
Toute les langues, toutes les ethnies, toutes les cultures, vivant dans une promiscuité obscène, où la pudeur était vite oubliée.
L'atmosphère surchauffée puait la sueur, la crasse, le vomi, l'urine et les selles. Un enfer où les maladies se propageaient rapidement.
La nourriture circulait via des rails, passant au-dessus de la foule dans des bidons. On laissait les passagers organiser la distribution en bas.
Cela faisait partie de la sélection, avait dit Salim.
Les faibles, ceux qui tombaient malade, ceux qui ne pouvaient défendre leur lit ou leur ration, s'affaiblissaient rapidement.
Certains succombaient même, leurs corps repousser vers les portes par les vivants et enlever le matin par les marins Wapongais.
Les occupants des lits du haut étaient, eux, comme on pouvait s'en douter, les plus forts. Et donc les mieux nourris et les plus à l'aise.
Toutefois, voler de la nourriture était déconseillé.
Aucune règle ne l'interdisait mais c'était du bon sens : même le plus fort est vulnérable dans son sommeil.
Et les places du haut étaient trop convoitées pour prendre le risque.
Désiré s'en était bien tiré : lit du deuxième étage, quatrième rangée.
Loin d'être le meilleur mais il y avait pire. Pourtant, il avait dû jouer des poings pour avoir cette place.
Et sans l'aide de Salim et de ses cousins, cela n'aurait pas suffit.
Le mal de mer et la dissentrie lui tenaient encore les tripes mais il avait survécu et se remettait.
Une joie sans nom l'assaillit toutefois ce jour-là, quand le capitaine fit son annonce.
"-Attention, please. This is the Captain speaking.
We have arrived at Atumbo. All passengers please prepare to disembark.
Make sure not to let any belongings behind : none shall be returned."
Désiré avait appris un peu d'anglais pendant le voyage. Cela et d'autres choses : il fallait bien tuer le temps.
C'est donc une joie sans nom qui le submergea alors qu'il se hâta de saisir son sac.
***************
La mer.
Il avait navigué pendant un mois sans même l'apercevoir.
Même l'odeur salée et piquante du grand large ne parvenait pas à s'imposer face aux vapeurs méphitiques des cales.
À présent, assi à l'avant d'un zodiaque, Désiré respirait à pleins poumons.
Luttant pour maintenir son équilibre alors que l'embarcation rebondissait sur l'écume, il admirait son nouveau chez-lui :
La Base Navale d'Atumbo
Au-delà des quais sommaires où se pressaient vaisseaux-patrouilleurs et petites embarcations locales, on apercevait les hangars en tôle ondulée.
Et plus loin encore, dominant le paysage de leur hauteur, les buildings des grandes sociétés Wapongaises :
YummiCorp, Wai Health Corp, Sushimi, Ferramine, Ironic, Yamato Shipyards, UMW,...
Autant d'enseignes inconnues en Occident mais qui, au Veporia et dans plusieurs pays du Zanyane, s'affirmaient lentement.
Le zodiaque arriva au niveau des quais en bois, sur lesquels un Thorvalien en uniforme aboya des ordres.
Pas besoin de comprendre sa langue pour savoir qu'ils leur hurlaient de se dépécher :
Des milliers d'autres gars attendaient de sortir du cloaque flottant qui les avait amené ici.
Désiré lança son sac avant de se hisser sur le quai et de courir rejoindre le hangar qu'on lui désignait, près à l'examen médical.
Hangar A-74. Ce serait sa nouvelle maison, à lui et à 250 autres Zanyanais, pendant les deux prochains mois.
Posté : lun. déc. 20, 2010 9:36 am
par Johel3007
Chapitre 9 : Chroniques d'un Damné
3ème Carnet
Hangar A-74, 15 Novembre 2013
Île d'Atumbo, Veporia (F18)
Dans un joyeux désordre, les tirailleurs entrèrent dans leur baraquement, jetant leur équipement sur leur lits superposés.
L'odeur de musque et de poussière envahit la pièce, s'ajoutant à la chaleur moite déjà insupportable en temps normale.
Assis sur son matelat, Désiré hôta ses chaussures en gémissant de douleur.
L'entrainement qu'il subissait depuis maintenant deux mois touchait à sa fin.
Le maigre Zanyanais à l'allure décharnée était désormais plus musclé et alerte que jamais auparavant.
Il était capable d'escalader une cloture à la seule force de ses bras, de franchir une rivière à la nage malgré les 25kg d'équipement sur son dos.
Il savait amorcé une mine, creuser un piège et dissimuler les deux.
Son anglais était encore hésitant et cassé mais il s'améliorait chaque jour un peu plus.
Il avait aussi appri quelques mots d'Espagnol et de Portugais au contact des tirailleurs Vicaskarans.
Il excellait au tir, ce qui lui avait valu d'être sélectionné par le sergent Thorvalien pour une formation de sniper.
Mais malgré tout cela, il ne supportait pas la course. Un comble pour un Zanyanais, comme ne manquaient pas de le faire remarquer les Lochlannais.
"-Les macaques, 'sont bons qu'à courir !! Alors à quoi tu vas servir si tu sais même pas faire ça ?
Et c'est avec ça que les Jaunes veulent faire la guerre ?!"
Désiré aurait volontier répondu qu'une balle, qu'elle soit tirée par un blanc, un jaune ou un noir, avait le même effet sur un raciste.
Mais le dernier à avoir insulté un instructeur avait été fouetté jusqu'à l'inconscience et jeté hors du camp.
Massant ses pieds douloureux, Désiré médita sur sa chance :
Sur les 250 Zanyanais présents au début, ils n'étaient plus que 130.
Les incompétents, les fortes têtes, les faibles, les blessés ou les pleutres avaient été progressivement triés et éliminés.
Les morts, aussi, en raison des nombreux accidents lors des entrainements.
Ceux qui quittaient le camp le faisaient rarement par choix car cela signifiait prendre un travail civil sous-payé dans l'une des compagnies Wapongaises.
Tout ça pour avoir de quoi retourner dans leur pays s'ils parvenaient à économiser.
En cela, Désiré avait de la chance : il était nourri, logé, blanchi et éduqué.
Et au terme de la période d'entrainement, il serait payé une fortune selon les standards de ce continent.
On lui demandait juste de suer, saigner, serrer les dents et ravaler sa fierté.
Le sergent instructeur hurla quelques choses dans sa langue natale.
Sans en connaitre la signification exacte, la plupart des tirailleurs se dévétirent pour se précipiter dans la salle des douches.
Désiré ne fit pas exception à la règle.
Alors qu'il s'enduisait de talque anti-vermine, le reste de la troupe attendait, nue, le moment où l'eau glacial tomberait du plafond.
Plusieurs tirailleurs firent une blague douteuse concernant la "Douche Makengaise".
Une rumeur qui se répendait depuis quelques semaines déjà et qui causaient beaucoup d'animosité entre les recrues et les instructeurs Almérans.
L'eau ne vint pas ce jour-là. Elle fut remplacée par une voix féminine au fort accent Wapongais.
"-Bonjour, messieurs..."
Avant leur arrivée à Atumbo, plus d'un tirailleur aurait exprimé de la gène à être vu ainsi.
Mais l'entrainement avait brisé toute notion de pudeur ainsi que plusieurs autres tabous, ceci afin de les rendre plus "adaptés" au situation précaire.
C'est donc avec plusieurs sifflements admiratifs que la secrétaire wapongaise fut accueillie tandis qu'elle tapotait sur son pager électronique.
"-Le grand jour est arrivé. Du moins pour certains d'entre vous.
Ce soir, vous recevrez votre matériel et embarquerez pour le Wapong.
Je suis certaine que plus d'un parmi vous ont entendu parler de Lushan..."
Quelques rires gras et commentaires grivois accueillirent la mention de la "ville de repos" des troupes de la GSI.
"-...ainsi que de l'avant-poste BF001."
Là, le silence fut mitigé. Simple rumeur, BF001 était un nom qui revenait souvent dans les conversations des officiers.
Chaque semaine, quand un navire prenait le large pour le Wapong, il était certain qu'une partie de son chargement humain finirait à BF001.
On ignorait toutefois où se situait ce mystérieux avant-poste, ni même s'il était bien au Makara.
Désiré se frailla un passage jusqu'au premier rang.
Il voulait voir la Wapongaise qui, apparamment, tenait leur destin entre ses mains.
Plutôt grande pour une Makiran, athlétique, portant un tailleur gris coûteux et sophistiqué, elle était le stéréotype de la secrétaire de direction.
Excepté les yeux d'une bleu turquoise profond.
"-Votre compagnie sera désormais connue comme C704/13.
Soit la 704ème compagnie de l'année 2013.
Les préparatifs n'étaient supposés commencé que dans trois jours mais les besoins de nos clients se font plus importants.
Aussi devrez-vous vous contenter d'un confort réduit. Rien que des soldats d'élite tel que vous ne puissiez tolérer.
Toutefois, une fois les mesures d'hygiène réglementaires assurées, vous aurez quartiers libres jusqu'à l'embarquement.
Une avance sur solde est ainsi prévue..."
Le reste fut étouffé par les hurlements enthousiastes des soudards.
Désiré, lui, resta silencieux : ce soir, il partait pour la guerre.
Posté : mar. déc. 28, 2010 10:46 am
par Johel3007
Chapitre 9 : Chroniques d'un Damné
4ème Carnet
Quelque part au Sud-Vicaskaran, 15 Decembre 2013
"-AVANCEZ !!! On ralentit pas, bande de femellettes !!"
Les aboyements de l'officier Wapongais firent accélérer la cadence mais pas de beaucoup.
L'averse, la boue, la végétation dense et le relief escarpé entravaient sérieusement la progression.
La fatigue n'aidait en rien.
Écrasant d'un revers de la main un insecte trop entreprenant, Désiré rajusta la sangle en cuir de son fusil de précision.
Il reprit sa marche, ses bottes s'enfonçant jusqu'aux chevilles dans une terre meuble et gluante.
L'eau ruisselant sur son visage, il grogna tout en faisant trois pas de plus, sa main droite maintenant en place son fusil tandis que la gauche tirait la longe de Bécasse.
Bécasse, c'était le nom affectueux que le Zanyanais avait donné à la mule qu'on lui avait fournit.
Une bête tétue, caractérielle, peureuse et malodorante.
Mais qui était quand même utile pour porter à travers jungles et montagnes les 50 kilos de munitions, provisions et matériel divers.
Une gageur, malgré les nombreux avant-postes qui constellaient la piste Blue Flare sur toute sa longueur.
Des mois d'explorations, d'efforts et parfois même de combats avaient été nécessaires pour établir Blue Flare.
[img]http://img337.imageshack.us/img337/539/blueflare.png[/img]
"L'autoroute vers la Victoire" comme le sermonaient les officiers.
En guise d'autoroute, Blue Flare n'était quère plus qu'une succession d'avant-postes perdus au milieu d'une jungle hostile.
Les populations locales avaient été ralliées à la GSI via le commerce, la corruption ou une intimidation calculée selon les cas.
Avec leur aide, certains segments de la piste avaient au moins des allures de chemin. Mais la majorité restait sauvage.
Au port de pêche qui marquait le début de la piste, Désiré avait entendu les rumeurs sur l'histoire de cette route infernale.
Un travail de longue haleine, mené avec des moyens techniques ridiculement primitifs et des moyens humains limités.
Et en toute discrétion, bien qu'on soupçonna la Rostovie, le Pelabssa et le Lochlann d'être au courant.
Le Lochlann fermait les yeux, le Pelabssa hochait la tête en silence... et la Rostovie n'agissait pas ouvertement.
Cela n'empêchait pas qu'une ou l'autre bande de locaux soit incroyablement bien équipés.
Le Communisme progressait au Sud-Vicaskaran, c'était sûr.
Les instructeurs de Désiré l'avaient toujours répétés : le Communisme était la mort du progrès humain et l'asservissement de l'âme.
Si seul l'argent avait motivé sa présence ici au début, le jeune Zanyanais commençait à être réceptif à ce discour.
Et l'idée d'une "Sainte Croisade" se superposait lentement à la seule notion de profit.
Les populations locales avaient eu une réaction légérement similaire :
Le Tarnosia s'était déclaré vigoureusement socialiste. Ses ambitions de domination du continent étaient connus de tous.
Et les agents de la GSI ne se gènaient pas pour en rajouter une couche.
Jouant sur la peur d'une invasion Tarnoise, la GSI avait convaincu les gouvernements locaux de fermer les yeux sur Blue Flare.
C'était tout à leur avantage, après tout :
5.000 jeunes hommes bourrés aux as qui chaque semaine passaient par leurs villages frontaliers, y consommant avec libéralité.
Sans parler de la protection indirecte qu'offraient ces troupes étrangères.
"-Désiré. Tou écoutes ou tou bailles aux mosquitos, là ?"
Le Zanyanais leva les yeux. Devant lui, le Sergent Ramirez le fixait.
De même que le reste de la compagnie.
Sans s'en rendre compte, marchant par automatisme, Désiré était entré dans l'avant-poste et, comme les autres, attendait en silence.
Les officiers avaient commencé à parler, donnant un briefing pour la suite.
Briefing que Désiré n'avait pas entendu.
Ramirez soupira.
"-Puta di Negra... Yé mé démande porqué ils vous envoient por vous battre ici.
Yé té résoume : on s'approche dé la frontière avec l'Esmark.
Et cé qu'ils sont oune petit peu nerveux, ces cocos-là.
Alors, demain, faudra voir à pas trop s'écarter dé la route, si tou veux pas qué les gardes frontières, ils nous canardent.
Comprendé, cabrone ?"
"-...Oui."
L'accent à couper au coûteau du San Cristobalien était presque incompréhensible.
Mais Désiré s'y faisait.
"-Bien. Va aider les autres à déballer les rations. Yé veux mon boeuf carrottes bien cuits et..."
Une explosion...
"-Mortier !!"
Deux secondes plus tard, le chuitement de la pluie coulant au travers du feuillage fut remplacé par les explosions sourdes dans la boue.
L'avant-poste fut rapidement plongé dans la confusion.
Désiré, déjà en route pour les caisses de rations, se retourna pour entendre les ordres de Ramires... et ne trouva qu'une bouille sanglante.
L'officier Wapongais prit le relai, mélangeant anglais et dialecte Makiran.
"-Vous prendre couvert !! Couvert !! Vite-Vite !! Dispercez-vous !!
Section 1, avec moi, flanc droit !! Sections 2 à 4, flanc gauche.
Le reste, démerdez-vous !! Trouvez d'où ça vient."
Mais Désiré n'avait pas attendu ce genre "d'ordres" pour commencer à courrir.
Esmarkiens ? Guerilleros pro-Rostovs ? Rebels locaux ? Peut importe : ils étaient sous leur artillerie et devaient se tirer de là.
Posté : jeu. janv. 13, 2011 3:45 pm
par Johel3007
Chapitre 9 : Chroniques d'un Damné
5ème Carnet
République d'Uncepahara, 15 Janvier 2014
Appuyé sur sa bèche, Désiré s'arrêta un instant de creuser pour éponger la sueur qui ruissellait de son front.
La chaleur était infernale, même pour lui qui venait pourtant de l'aride Zanyane. L'air étouffant, couplé à l'absence de pluie, n'arrangeait rien.
Sans parler de l'odeur.
"-On rêvasse pas, bande de chiens !! Vous croyez qu'on vous paye à quoi, hein ? C'est pas l'Hotel Grand Savoia, ici !!"
Un fouet claqua dans l'air, sans rencontré la chaire. Il n'en avait pas besoin :
Après maintenant près de 5 mois dans les rangs de la GSI, les hommes savaient à quoi s'en tenir. La seule voix de l'adjudant Thorvalien suffisait.
Désiré se remit au travail, ignorant l'odeur en se concentrant sur les évenements de ces derniers jours.
Les auteurs de l'attaque au mortier restaient inconnus et son peloton avait été sérieusement affecté.
Pas que l'attaque en elle-même ait fait beaucoup de morts mais elle avait semé son lot de blessures.
Et dans cette jungle, les infections progressaient vite. Déjà affaiblis par leur voyage, les tirailleurs étaient tombés un à un, comme des mouches.
Sans parler des désertions...
Arrivé à la frontière du Luania, le peloton avait perdu un tiers de ses effectifs. Dont le Sergent Ramirez, victime d'un serpent.
Les survivants étaient taillés dans le roc, par contre.
Ils s'étaient aguérris dans des escarmouches avec les patrouilles indigènes, qu'elles soient des gouvernements ou de rebelles de tout bord.
Ils avaient appris à survivre avec des rations maigres, un équipement déficiant, une discipline rude et un environnement hostile.
Un test d'endurance et de volonté auquel Désiré avait survécu, uniquement pour être ensuite affecté à la construction d'un camp de fortune.
Des milliers de tirailleurs étaient ainsi, là, à la frontière entre le Luania loyaliste et la province rebelle, à attendre.
Ils alternaient les drills d'entrainement, l'entretient du matériel, les corvées diverses et les travaux de terrassement.
Un avantage toutefois : on mangeait bien.
Après deux mois à crapahuter dans la jungle, recevoir chaque midi et soir une assiette pleine était une aubaine.
Les individus les plus faibles reprennaient des forces tandis que les plus résistants appréciaient le calme et la simplicité des travaux manuels.
Cela ne durerait toutefois pas :
Lors de l'arrivée du peloton, Désiré avait été témoin du départ de plusieurs compagnies.
Leur fier allure, comparé à la bande de mendiants boueux qu'était l'unité de Désiré, devait être due à quelques semaines de "repos" dans ce camp.
Le jeune Zanyanais savait donc qu'il retournerait bientôt au combat. Le véritable combat, cette fois, contre les troupes du Luania.
Mais pour l'heure, il creusait, guêtant d'un oeil l'entrée du camp, où un autre groupe dépenaillé faisait son entrée.
Il entendit deux officiers Lochlannais commenter en les voyant :
"-De la chaire fraiche pour le broyeur. On en est à combien là ?"
"-Les derniers éléments de la 382ème companie sont arrivés hier.
Vu qu'un quart de ces macaques crèvent en route, on doit tourner autour des 28.000 hommes."
"-En 3 mois, c'est pas mal.
On devrait en avoir 30.000 de plus d'ici Avril.
Mais après, faudra plus trop compter sur Atumbo pour les trouffions.
J'ai entendu dire que la priorité allait au Makara, maintenant."
"-Ces foutus bridés commencent à sentir le souffre à Wapong-City !! Leur p'tite aventure au Luania, ça leur servira à rien si l'Eran bouffe leur voisin !!
Ils vont faire quoi, donc ?"
"-Réduction du recrutement au Zanyane et au Vicaskaran.
Faut croire que les négros et les peaux-rouges, ils sont pas convainquants, comme "courageaux nationalistes Vieks".
On tombera à seulement 1.000 recrues par semaine.
Et que des Zanyanais, en plus !!"
"-Comme si on en avait pas assez, déjà..."
Désiré serra le manche de sa pelle et redoubla d'ardeur, chassant les pensées meurtrières qui lui traversaient le crâne.
La GSI offrait la fortune, oui... mais au prix de la dignité.
Posté : mar. févr. 22, 2011 11:28 am
par Johel3007
Chapitre 9 : Chroniques d'un Damné
6ème Carnet
Luania, 7 Juin 2014
Désiré était assi par terre, dos au mur, son fusil posé en travers de ses genoux, une cigarette Tabor à la main, sa gourde, vide, dans l'autre.
Il tira une bouffée avant de passer le mégot à son voisin, lequel fit de même avec son voisin, et ainsi de suite...
Jusqu'à ce que les restes du peloton ait eu leur part.
Cela faisait maintenant presque une semaine qu'ils luttaient, dormant à peine quelques heures entre deux marches.
Et à chaque étape dans un village, la même routine stressante d'inspection méticuleuse des maisons, à la recherche de soldats de l'ANL ou de pièges.
Mais aussi, plus vital, d'eau, de nourriture, de médicament, de munitions et autres ravitaillement essentiel.
La logistique de la GSI ne leur en faisait parvenir qu'au compte-goutte, les forçant à acheter auprès des locaux ou à voler quand c'était nécessaire.
Des combats, Désiré en avait vu, bien sûr.
Les premières 72 heures avaient été rudes, une bataille de chaque instant à la frontière de la province.
Puis, comme par magie, alors que les lignes de l'ANL tenaient encore fermement la veille, le front s'était ouvert.
L'ANL, pour une raison mystérieuse, choisissait de battre en retraite vers les côtes.
Et depuis, peu d'affrontements.
Les seuls auxquels Désiré avait participé opposaient des retardataires, des blessés et des déserteurs de l'ANL face aux tirailleurs de la GSI.
Des victoires faciles, contre un ennemi mal entrainé, mal équipé, mal payé et démoralisé. La plupart se rendaient dès qu'on leur en donnait la chance.
L'isolationisme nationaliste de la junte, combiné à une année de harcelement, avait visiblement fait des merveilles sur la qualité des troupes de l'ANL.
"-Hé, Sergent..."
Tiens, ça aussi.
Désiré avait hérité du poste de Ramirez.
"Bullet Promotion", comme les Pelabssiens appellaient ça :
Votre supérieur se fait descendre, on vous donne sa place si vous montrez que vous avez les couilles pour le job.
Les incidents lors de la remontée de la piste Blue Flare, suivit des récents combats, avaient donné de nombreuses opportunités de "Bullet Promotion".
"-Quoi ?"
"-R'gardez qui v'la. Les planqués s'amènent..."
Devant eux, sur la piste de terre que les locaux appellaient fièrement une "route", les troupes du GDDL avançaient.
Uniformes (made in wapong) impecables, têtes hautes coiffées d'un beret rouge vif, ils étaient aussi beaux qu'inutiles.
La majorité étaient des paysans ou des mineurs, fraichement recrutés par les compagnies minières locales quelques semaines avant.
On les avait mis au pas contre des promesses de gloire et de richesse ou contre un papier leur promettant un lopin de terre dans le Sud.
La majorité ne portait même pas de fusils, se contentant d'armes blanches !!
"El Presidenté" les envoyaient derrière les tirailleurs de la GSI, au cas où.
Mais surtout, ils devaient servir à montrer au peuple Luanien que cette révolution restait la leur.
Pas juste celles d'une bande de magnats et de mercenaires.
Désiré bailla en regardant défiler les poster-boys de Pablo Fiegouread. Un autre mégot circulait.
Le jeune Zanyanais en tira une nouvelle bouffée... et fut surpris.
Celle-là, c'était pas une Tabor. C'était de l'artisanale, pure produit local : le parfum acre du chanvre en était presque écoeurant.
"-Sergent, vous croyez qu'on pourrait faire des affaires avec ceux-là ? Ils ont l'air frais. P'têtre bien qu'ils ont encore du fric."
"faire des affaires" pouvait signifier beaucoup de choses.
La plupart du temps, cela consistait à racheter les rations des "planqués" du GDDL, ou à les gagner au poker.
Pour payer, les mercenaires disposaient d'un confortable porte-feuille de dollars, seule commodité que la GSI s'assurait de fournir en quantité adéquate :
Un soldat sans paie est un soldat sans loyauté.
Mais il était aussi possible de faire du troc :
Les armes récupérées sur les soldats de l'ANL (prisonniers ou cadavres) étaient une monnaie en soit.
Précieuses pour des trouffions sans fusil, inutile pour les tirailleurs surarmés.
Si la paie d'un tirailleur Zanyanais restait faible, la guerre présentait des opportunités de s'enrichir vite et bien.
Ces petits commerces en étaient une.
Une autre, plus radicale, consistait simplement à dépouiller de leur prime d'engagement les trouffions du GDDL, arme à l'épaule.
Personne n'écouterait leurs plaintes, après tout.
"-Mouais... Z'ont l'air frais. Mais perso, je prendrais pas le risque.
On a encore assez de rations et de tune.
Gardez vos forces pour demain, les gars."
"-Qu'est ce qui y'a demain, Sergent ?"
Désiré ne répondit pas tout de suite.
Il se contenta de sourir en se levant, contemplant la "route" qui filait plein Sud. Son regard s'attarda sur les collines au loin.
Sur les collines et sur les favelas qui s'y étendaient.
"-La civilisation, les gars. La vrai. Demain, on s'offre une permission en ville !!"
Les cris de joie éclatèrent parmi la section et se propagèrent parmi les autres unités de tirailleurs, sans que ces dernières ne sachent trop pourquoi.
Mais était-ce important ? Les tirailleurs de la GSI avaient compris les risques du métier. Ils saisissaient donc chaque occasion de se réjouir.
Cela pouvait être la dernière.
En l'occurence, Désiré fit de son mieux pour maintenir son sourir face aux troupes, malgrès la pensée qui lui traversa l'esprit :
Pour prendre leur permission en ville, ils devraient d'abord prendre la ville...
L'ANL était peut être en déroute mais les centres urbains restaient des points de ralliement traditionnels.
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Progession du GDDL et des mercenaires de la GSI :
[img]http://img607.imageshack.us/img607/5397/luaniawar001.png[/img]
Posté : jeu. avr. 28, 2011 9:36 am
par Johel3007
Chapitre 9 : Chroniques d'un Damné
7ème Carnet
Luania, Décembre 2014
D'épaisses lunettes de soleil plaquée sur son nez, allongé dans un hamac, Désiré savourait la chaleur de la fin d'après-midi, à l'ombre, avec un verre de tequilla.
Durant ces derniers mois, il avait pris goût à la boisson locale, laquelle servait aussi de médicament dans une certaine mesure.
Un peu plus loin, un duo d'ouvriers agricoles s'activaient dans les champs.
Dans ses champs, pour être précis.
Avec la victoire était venue la paix. Et avec la paix, l'heure pour le nouveau Président du Luania de régler l'addition finale de la GSI.
Visiblement et de manière prévisible, il n'en avait pas les moyens.
Et en conséquence, la GSI n'avait pas les moyens de payer ses hommes.
Expliquer cela à plusieurs dizaines de milliers d'hommes en armes aurait eu de très facheuses conséquences.
Le gouvernement avait donc joins l'utile à l'agréable :
Il avait offert des terres à la GSI, qui les avait offertes aux mercenaires.
Le Luania s'assurait ainsi l'allégeance de fermiers farouchement indépendants, entrainés au métier des armes et prêts à défendre leur terre.
Et ainsi, Désiré Limpopo Nakanga, 18 ans, 3ème fils de Trésor Limpopo Nakanga, lui-même 7ème fils de Nakanga Limpopo, dit "l'Ancêtre", né dans un petit village tribal du Maeleke... se retrouvait à la tête d'une ferme d'un hectare au milieu du Vicaskaran.
Ceci plus ses petites économies lui avait permi d'engager deux ouvriers agricoles pour faire le boulot à sa place.
Si la récolte était bonne, il enverrait sans doute de l'argent à sa famille.
Peut être les inviterait-ils à le rejoindre ?
Ensemble, sur cette terre fertile, ils pourraient refaire vivre le clan Limpopo.
"-Hé, patron !! Vous viendriez pas nous donner un coup de main ?"
Désiré prit une gorgée de tequilla, lentement, avant de répondre d'une voix allanguie mais sans appel :
"-Non."
Il rajusta ses lunettes et donna un bref mouvement du pied, amorçant le balancement du hamac.
Un laps de temps indéterminé s'écoula alors. Quelques minutes ? Une heure ? Deux, peut être ?
Toujours est-il que quand Pedro vint le secouer, Désiré n'en avait aucune idée.
"-Hé, patron..."
"-Mais bordel, je t'ai dis que je viendrais pas vous aider, non ?! Chacun son boulot, quoi !! Et moi, là, chuis en vacance !!"
"-Mais... Patron, il y a un gringos bridé qui veut vous parler..."
"-Un bridé ? Tu veux dire un jaune ?"
"-C'est bien ça, Capitaine Nakanga. Un jaune..."
Désiré se leva en urgence alors que le Makiran en costume trois pièces souriait d'un air cynique.
Capitaine... c'était le grade que Désiré avait atteint au terme de la bataille sanglante qui avait cloturé le siège de la capitale Luanienne.
Un grade qui lui avait valu une offre d'emploi dans la nouvelle Armée Nationale Luanienne.
Il n'avait d'ailleurs pas encore donné sa réponse à l'État-major de l'ANL.
Que le Wapongais l'ai appellé par son grade ne laissait aucun doute sur l'identité du visiteur et de son employeur.
"-Ben ça alors !! Qu'est ce que vous v'nez foutre ici ?"
"-C'est une visite d'affaire, Capitaine. J'irai droit au but. La GSI a besoin d'hommes de valeur..."
"-Oh !! Hé, ça va !! Pas deux fois, hein !! Signer pour l'aventure pour se retrouver ensuite parquer comme un animal dans un navire-cargo pendant..."
"-Allons allons, Capitaine !! Vous vous méprennez !!
Vous, et la plupart de vos frères d'armes, représentez un investissement bien trop important pour que nous vous exposions à nouveau à un tel traitement.
Vous avez prouvé votre valeur et méritez donc d'être traiter comme vous le méritez."
"-Mais les nouvelles recrues..."
"-...ne sont pas votre soucis.
Les seules questions doivent être où, qui, quand et combien.
Je ne peux pas vous répondre quant à qui vous paie mais si vous acceptez, vous partirez pour le Makara, après-demain, par avion.
20.000 dollars par mois, logé, nourri, blanchi."
Désiré hésita un instant.
Avec autant d'argent, il pourrait sans mal payer l'avion pour tout le village, être réuni avec sa famille et...
"-Moi, ça m'intéresse !! Je signe où ?!"
Visiblement, la vie d'ouvrier agricole n'était pas pour Pedro.
Le wapongais lui jeta toutefois un regard presque méprisant.
"-Désolé, mon grand mais cette mission requiert un certain savoir-faire que seul ici le Capitaine le possède.
Mais la GSI a besoin de différents talents..."
Il lui tendit un prospectus.
"-La gloire, les voyages, l'aventure et la richesse. Il te suffit de te rendre au bureau de recrutement, dans la capitale."
Ce spectacle fit sourire Désiré. Cela restait effectivement seulement du business.
Il pouvait blamé la GSI pour son manque "d'humanité".
Mais la nature humaine elle-même permettait à des entreprises pareils de rester en service :
L'égoisme, l'avidité... mais aussi l'espoir d'un avenir meilleur, ailleurs, sous des latitudes plus vertes, au prix de quelques gouttes de sang et de sueur.
On pouvait ne pas aimer... mais cela aurait été stupide de ne pas en profiter.
"-Ok, le bridé. Je signe où ?"
"-Juste ici... et là... et aussi ici. Avez-vous une femme, Capitaine ?"
"-Heu... non, pourquoi ?"
"-Quelqu'un devra gérer cette propriété en votre absence. Nous pouvons vous en procurer une, si besoin."
Du haut de son mètre quatre-vingt musculeux, Désiré songea à frapper le petit Makiran en plein visage.
Chez les Limpopo, l'union d'une femme et d'un homme avait un caractère sacré.
Et le Wapongais offrait de lui fournir une femme comme on parlait d'un vulgaire lampadaire !!
Mais bon, encore une fois, le coté pratique le rattrappa.
"-Non, merci. Mais par contre, j'aurai un truc ou deux à faire avant le départ.
Vous connaissez une bonne agence de voyage depuis le Maeleke ?"