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Posté : sam. sept. 29, 2018 12:29 pm
par Arios
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[right]Quelque part à l'ombre des acajous, des grands chênes d'Algarbe, des doussiés et teks bleus, dans la densité humide de la forêt le long de la vallée du Reb...[/right]


Le ciel était quasiment invisible. Il se devinait par les poches de lumières se dessinant au gré du vent, dans l'épais rideau vert de la canopée, à des dizaines de mètres au-dessus du sol. La douzaine d'hommes qui portaient la civière arrivèrent sur le sentier principal. Ils s'arrêtèrent au sifflement bas d'un des porteurs de devant. Celui-ci lâcha sa prise, s'avança accroupi jusqu'à un rocher qui surplombait le campement, vérifia qu'il n'y avait personne jusqu'à la case qui l'intéressait, puis revint vers ses compagnons en relançant le mouvement. Les hommes se remirent à courir, bringuebalant l'animal qui se trouvait sur la civière. Ils s'engagèrent, en bas du sentier, dans le grand tronc fendu qui marquait l'entrée de la cahute du grand sorcier. L'homme de devant frappa à la porte de son hôte. Celui-là, un vieil homme ridé, à la longue barbe blanche et à un œil rendu bleu par la cécité, leur ouvrit en tenant la porte avec ses bras maigres. Il portait un pagne de larges feuilles autour de la taille, et d'abondants colliers d'os, de dents, de plumes, retombant sur sa poitrine noire. Il observa la civière et fit rapidement signe aux hommes d'entrer dans sa demeure. Ils prirent soin de le faire sans abîmer l'encadrure de bois, et déposèrent l'animal sur la table.

Le grand sorcier restait silencieux, observant l'animal mort, attendant que quelqu'un lui explique la situation.


Tunbé : Nous l'avons retrouvé dans la laune de Debalabbi, quand nous étions à la pêche ce matin. Nous n'avons pas pêché, nous l'avons ligoté et te l'avons amené...

Grand Sorcier : Il était déjà mort, non ? Pourquoi l'avez-vous ligoté ?

Tunbé : Certains avaient peur... Daki, et Beneda... et moi aussi, un peu. Il avait encore de la glace dans la mâchoire. C'est le deuxième depuis que les euplectes sont passées, il ne faut pas que les femmes le sachent...

Grand Sorcier : Non, il ne faut pas, elles y verraient un mauvais présage.

Daki : Nous aussi y voyons un mauvais présage, Grand Sorcier ! Explique-nous pourquoi et d'où vient ce singe des glaces !

Grand Sorcier : Crois-tu toi-aussi qu'ils tombent des étoiles basses qui filent dessus nos cimes ? Il vient des glaces, tout simplement.

Daki : Mais les esprits ne vivent pas dans notre monde !

Grand Sorcier : Ce n'est pas un esprit, il appartient au règne des singes, comme tu appartiens au règne des hommes. Les esprits ne se voient pas.

Daki : Mais ce n'est pas ça, un singe ! Un singe n'a pas cette peau aux poils courts, il n'a pas cette énorme tête, ce poil au-dessus des yeux, il ne fait pas cette taille ! Un singe ne porte pas d'habit !

Grand Sorcier : Dis-moi Daki, tu es un homme des racines, or il y a des hommes sur le fleuve, qui sont bien plus grands que toi, et pourtant ce sont des hommes ; toi tu es un homme des racines, eux sont des hommes du fleuve, vous êtes des hommes sans être identiques... Et nous avons déjà vu des chimpanzés se protéger avec des feuilles, ou s'abriter sous des écorces...

Tunbé : Dis-nous simplement que faire, Sorcier, et assure-nous qu'il ne faut pas y voir un mauvais présage.

A cet instant, un guerrier entra dans la pièce, se frappant le front en signe de bonjour à l'assistance. Il portait un long épieu de bois sculpté dans son dos ; il avait laissé sa monture au dehors, accrochée à un piquet dans la cours. Celle-là avait les ailes atrophiées par des ligatures de nerfs, supportait une selle de lin la serrant entre l'abdomen et le thorax. Ses antennes étaient taillées, et ses yeux cachés par deux morceaux de cuir. Ses tergites étaient gravées de nombreux symboles décoratifs, rappelant des événements de la vie du guerrier.

Guerrier : Le bruit court déjà que vous avez ramené un nouveau singe des glaces ; je suis venu le constater par moi-même.

Tunbé : Le voici, Aspa, observe cette créature...

Le guerrier s'avança vers la table, où reposait la civière et l'animal sur celle-ci. Il était au moins trois fois plus grand que chacun des quatorze hommes se trouvant dans la pièce. Il observa la bête, son front fuyant, son court menton, sa peau marquée de cicatrices, et l'artifice des habits de cuirs qui protégeaient la plupart de ses membres.


Guerrier : Encore un singe portant des habits... Grand Sorcier, devons-nous craindre quelque chose ?

Grand Sorcier : Non ! Nos ancêtres trouvaient déjà des grands singes des glaces, il n'y a qu'à observer les peintures de la grotte de Gerriba... Tunbé, apportez cette dépouille aux rapides et rendez-là à la rivière, c'est le meilleur moyen de ne pas provoquer la colère des esprits.

Par ces mots, le grands sorcier avait mis fin à la discussion. Tunbé et ses compagnons, ainsi qu'Aspa le guerrier, l'avaient compris. Le vieil homme rentrait peut-être en communication avec le monde des morts, et il fallait le laisser tranquille. La douzaine d'hommes quitta son hôte, en emportant calmement la civière et l'animal en dehors de la cabane. Le mégacridien sentit passer le cadavre, bien qu'il ne put pas le pouvoir, et effectua un mouvement de recul qui permit aux hommes de quitter la cours, se remettant à courir sur le sentier pour porter au plus vite le singe des glaces aux gorges qui marquaient la limite du territoire des Atrophanthropes.

Posté : sam. sept. 29, 2018 12:54 pm
par Arios
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[right]À Benetto, l'avant-port d'Aznella...[/right]


La [url=https://www.youtube.com/watch?v=3AQ-D_OnF-E]musique[/url] avait été lancée, l'orchestre se remettant à jouer avec une vive émotion. Sur les visages blonds de l'assistance, cette émotion était également très sensible. De nombreuses femmes, jeunes et moins jeunes, au visage rose et aux cheveux tirés, laissaient échapper d'épaisses larmes dégoulinant sur leurs joues généreuses, s'emplissant de couleurs au passage de ces pleurs assumés par une bonne partie de l'assistance.

Une seconde frégate passait par l'écluse du port. Ses hommes de pont, en uniforme, saluaient la foule en tenant leur main bien droite à côté de leur front, tandis que le pavillon du Commonwealth flottait bien haut au-dessus des cheminées du navire. L'orchestre continuait à jouer. L'assistance applaudissait, blancs et noirs confondus. Aux dernières notes du Land of Hope and Glory, un homme délivra le dernier paragraphe de son discours.


David Butler : ... Merci. Et c'est pourquoi, après trente années de gestion du territoire, la puissante Britonnia est heureuse de remettre les clefs du territoire, à nos partenaires et amis, les autorités souveraines de l'Empire d'Épibatie... Voici, symboliques, les clefs de la ville d'Aznella, qui jadis étaient revenues aux mains des Britons au prix d'un très lourd tribut, fait de sang et de sueur...

Un long noir, à la peau marron foncée, faisant peut-être bientôt deux mètres, élancé et d'une maigreur semblant toute normale, applaudit à son tour le discoureur, et s'empara des clefs en fer forgé, acceptant l'embrassade de son interlocuteur militaire, suivant le salut traditionnel. L'Empereur n'avait pas pu se déplacer pour l'occasion - il ne se déplaçait pas pour les étrangers, et la rétrocession du territoire d'Aznella n'était que chose normale, bien que l'administration épibate avait dû batailler en coulisses afin de faire partir le Commonwealth.

L'émissaire de l'Empire avoua quelques mots d'usage en britton. Il fut à son tour applaudi, et le banquet put débuter face aux lumières de Benetto, qui avaient été allumées, et devant le dernier couché de soleil pour le dominion. Demain, le soleil serait épibate.


Isabella Butler : David ! Tu as été très bien.

Elle prit son mari dans ses bras, pour le féliciter autant que calmer sa propre émotion. Puis sorti une petite glace de son sac à main, pour s'assurer que ses larmes n'avaient pas à nouveau endommagé son mascara.

David Butler : Ce n'était pas évident... Bien, allons manger. Où est le petit ?

Madame Butler se retourna sur elle-même, lança des regards dans les quatre directions, et vit enfin son fils qui tentait de ramasser du gravier sur une des allées du parc qui accueillait la manifestation. Elle l'appela vivement pour qu'il rejoigne ses parents.

Isabella Butler : Edmund ! Viens-ici, on va manger !

Posté : sam. oct. 06, 2018 1:43 pm
par Arios
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[right]À l'Université de Gighida, après la pause café du matin...[/right]

Les couloirs de l'Université Abraham Abera se vidaient de ses étudiants à mesure que le son de la cloche signalant la fin de la pause diminuait. Les étudiants regagnaient les salles de cours de la prestigieuse institution méso-algarbienne. Les plus enthousiastes étaient sans nuls doute ceux qui s'apprêtaient à assister à la seconde partie du cours d'anthropologie délivré par Monseigneur Daniel Bavero ; cet homme d'Église, aventurier et explorateur de renom était dit aussi modeste qu'intelligent, et s'il avouait n'avoir jamais réussi à trouver Dieu en dehors qu'en sa conviction profonde d'homme de Foi, il aimait à partager avec les étudiants les plus belles trouvailles de ses années de pérégrinations dans les forêts, les massifs, les monts et les rivières de l'Épibatie, partout où disait-il son bâton de chercheur l'avait conduit.

Et les visages sombres qui l'observaient se trouvaient pétrifiés d'une saine admiration en découvrant ce qu'il leur avait promis avant la pause...


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Daniel Bavero : Je ne sais pas comment elle s'appelait. Mais c'était une femme. Comme vous Mesdemoiselles. Une Atrophanthrope d'environ 30 ans à la date de son décès. Je ne sais pas où elle a vécu, précisément, ni de quoi elle est morte. Elle devait mesurer environ 75cm, on dit que c'est une taille très correcte pour une personne de son espèce. J'ai trouvé son crâne en 2037, dans un affluent de la rivière Sciancalla, à quelques kilomètres en amont de Debre Sessi, pour ceux qui connaissent. Je ne sais pas si elle croyait en Dieu, mais je sais qu'elle en avait toutes les capacités. Je sais quand elle est née : environ vers 1940, il y a bientôt cent ans. Dérangeant ?

Elle se nourrissait essentiellement d'insectes ! Oui, mais pas n'importent lesquels : de gros insectes, dont les taux de protéines important ont fini par laisser des traces sur ses dents. Ses dents, d'ailleurs : en tous points semblables aux vôtres, aux nôtres... La principale barrière séparant leur espèce de la nôtre, est la taille. Plus petit que des Pygmées, les Atrophanthropes n'en sont pas des cousins directs ; nous partageons avec eux un ancêtre commun, quelque part aux environs de l'apparition d'Homo Sapiens. Mais savez-vous ce qu'il y a de plus dérangeant ?

C'est que notre petite femme, paix à son âme, porte dans son génome les traces d'hybridation avec notre espèce. Elle possède au moins un grand-parent de ses propres grands-parents, qui était un Homo Sapiens, comparable à nous-mêmes. Enfin, presque, car cet Homo Sapiens était à coup sûr un habitant des grandes forêts de l'Est, donc évidemment pas un être civilisé. Mais qui est civilisé ? l'espèce de notre petite femme l'est-elle ?

Croyez-vous sincèrement que des animaux livrés à eux-mêmes, cibles de la chasse de la part d'Homo Sapiens depuis 150 000 ans et porteurs de légendes noires exigeant leur extermination, aurait-il pu survivre au moins jusqu'en 1940 (si notre petite femme était la dernière de son espèce) s'il n'était pas doué d'une intelligence proche de la civilisation que l'on veut ériger en concept absolu ?

Sir James Backwell, Mauricio Levi, Sergio Papanoj... tous ces grands défricheurs qui ont rencontré des Atrophanthropes ou pu étudier leurs restes sont formels ; l'étude comparée de leurs travaux est formelle, ces petits êtres humains avaient tout d'une civilisation. C'est avec l'émergence de l'empire bantou des Mukatanga, au douzième siècle, que leur territoire va être réduit, leurs communautés s'effriter, leur capacité à générer des traces élaborée diminuer... comme n'importe-quel peuple au bord de l'extinction. La contre-réforme épibate va, cinq siècles plus tard, leur jouer des tours, quand on sait qu'elle sonne le début de la grande conquête de l'Est, quand l'Empire commence à céder sa souveraineté sur la Mer d'Algarbe aux compagnies marchandes occidentales qui chapeautent le commerce des esclaves bantous vers l'Ouest du continent, puis le Nouveau-Monde... Si l'on remonte à la fin de l'Antiquité, pourtant, les traces de commerce entre les Épibates, les Hellènes et les Atrophanthropes sont légions dans les textes.

Bon.

La question est de savoir, quand on étudie la théologie, où s'arrête l'humanité et où commence le règne de l'animal, de l'exploitable...

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[right]Au Palais Impérial, dans le bureau dépendant des appartements de l'Empereur, le grand Ascium se présente au Roi des Rois, informé de sa visite et ayant revêtu un peignoir pour l'occasion...[/right]


Grand Ascium : Fils de Salomon, je viens t'informer d'une rechute d'un sujet sous surveillance, tu as dû constater sur la lettre t'informant de notre rendez-vous de qui il s'agit...

Iacono Salomone Malacchi III : Euh, je n'ai pas pris le temps de regarder... voilà, Daniel Bavero, professeur à l'Université de Gighida... Évêque... Outrages répétés au message du Christ... manifestation de croyances occultes... détention de pièces archéologiques interdites... faux et usage de faux...

Grand Ascium : Lors de son dernier cours à l'Université de Gighida, Monseigneur Daniel Bavero s'est permis d'exhiber un soi-disant crâne humain ayant appartenu à un sous-Pygmée ; les experts du Ministère ont confirmé publiquement qu'il s'agissait d'un crâne de femme préhistorique daté d'au moins 400 000 ans ; l'Évêque a prétendu que l'individu était mort au vingtième siècle.

Iacono Salomone Malacchi III : Que faites-vous dans ce genre de cas ? Je veux dire, que faut-il faire - ce qu'il faut faire, faites-le.

Grand Ascium : Nous allons à nouveau exiger de lui qu'il infirme les propos tenus lors de ce cours et qu'il rende les archives matérielles qu'il n'a pas le droit de détenir. Et, si le Roi des Rois le permet, nous allons lui interdire d'exercer...

Iacono Salomone Malacchi III : Non. Rappelez-le à l'ordre et confrontez le à des experts qui invalident son propos. Prenez-lui ses archives, organisez les perquisitions que vous voulez, mais laissez-le donner de nouveaux cours. Au risque qu'il rechute, de toute façon sa parole n'est pas entendue et assez tournée en dérision comme cela. Bon, je dois vous laisser, Grand Ascium, merci de votre clairvoyance et de votre efficacité, mais l'on m'attend à côté.

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Empereur d'Épibatie, Roi des Rois, Messie et Fils de Salomon, Iacono Salomone Malacchi III[/center]

Posté : sam. oct. 06, 2018 2:29 pm
par Arios
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[right]Face au sommet du Sornaggi et ses 7986m, dans les neiges éternelles de l'Algarbe...[/right]

Le petit monastère se trouvait à plusieurs kilomètres du sommet, bien en contre-bas, dans une forme d'aplani en fond de vallon qui, quelques semaines au milieu de l'année, perdait sa couverture neigeuse et laissé apparaître des millions de fleurs multicolores d'où semblaient jaillir des insectes par milliers, en fait ayant remonté le ruisseau et ses cascades jusqu'à cet endroit qui, dans les anciennes légendes des bergers, avait été formé par le genou d'un géant qui s'était agenouillé devant le Mont. Le monastère était construit en pierres sèches, constituant d'épais double-murs soutenant une toiture de longues tuiles naturelles, lauzes locales détachées des flans de la montagne. Les moines étaient une dizaine à y vivre en permanence, formant une petite communauté ne survivant que grâce aux réserves qu'elle constituait à la saison des pluies, quand la chaleur et l'eau du ciel nettoyait les sentiers descendant vers l'aval, pour une longue saison sèche durant laquelle la glace s'accumulait parfois sur plus d'un mètre le long des corniches qui menaient au refuge.

Les moines qui avaient fait le choix de ce lieu de vie savaient qu'ils ne dépendaient que de la charité pratiquée par leurs frères, et du bon-vouloir de Dieu qui protégeait les caravanes de vivres se hissant jusque-là à l'aide des dromadaires laineux qui les formaient. Toute l'année, le jour comme la nuit, les montagnes restaient imperturbables et ne changeaient leurs parures que de quelques détails : épines brunissant aux rares arbres du lieu, plaques de glaces s'épaississant, maigrissant, se détachant des roches acérées entourant la plaine blanche.

Le monastère n'était pas l'ultime bout du monde dans lequel les moines se confrontaient à leur Foi. De celui-là, partaient une dizaine de chemins serpentant à travers rochers et ruisseaux dissimulés sous la neige, jusqu'à des pics, des collines, des gravières dominant encore davantage le paysage. Depuis ces endroits où trônaient en général de petits oratoires décorés, peints, parfois constitués de simples pierres entassées, et dont le travail des moines consistait en l'entretien, en l'aménagement et en la rénovation, on pouvait observer les quelques villes au loin dans l'Épibatie visible, et qui ne se cachaient pas elles-mêmes derrière d'autres montagnes. On distinguait clairement la gigantesque masse verte de la forêt équatoriale, qui semblait comme un océan penché coulant en permanence vers l'Est, serpenté de milliers de rivières et étouffante autant qu'admirable. Vers l'Ouest, on ne voyait rien autre que des montagnes, très longues montagnes, hautes et écrasantes, rappelant aux moines toute l'humilité qui devait être la leur, et aux voyageurs imprudents qu'ils étaient déjà peut-être allé trop loin. Le Selemecci, en lui-même, était si haut qu'on n'osait pas le regarder - il avait d'ailleurs été, pendant des millénaires, le véritable Dieu vivant que vénérèrent de nombreux peuples d'Algarbe centrale... sinon de nombreuses espèces. Les moines eux-mêmes ne souhaitaient pas le regarder, de peur que cela provoque un nouvel incident - persistance superstition locale.

A trois reprises au cours de l'Histoire connue, le monastère avait été détruit - à chaque fois, il s'était trouvé écrasé lors d'une avalanche mêlant neige et morceaux de glace, provenant parfois de plusieurs dizaines de kilomètres en amont. Chaque jour, cela pouvait arriver à nouveau, mais toute l'épreuve de la Foi de ces moines consistait à se fier à la volonté de Dieu - qu'importe quand arriveraient les prochains dromadaires, et quand à nouveau la montagne tremblerait.

Posté : sam. oct. 13, 2018 5:40 pm
par Arios
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[right]Sur les hauteurs de Sagaspe, à quelques trente kilomètres de piste du bourg, à quelques trois kilomètres de marche de la piste, sur les pentes herbeuses du Mont Arotz...[/right]


En contre-bas, gardées par les chiens poilus, les différents troupeaux de vingt à soixante brebis s'étaient mis à chaumer ; les chiens avaient pris soin qu'ils ne se mélangeassent pas. Leurs bergers s'étaient réunis sur le plat d'un rocher dominant les vallons ombragés qui descendaient à pic, à cinquante mètres plus bas, vers les fonds de vallées profondes qui dominaient le bourg de Sagaspe, dont on devinait à cette heure les maraichers en train de soigner leurs plantes, dans des terrains propres et entretenus, à plus de mille mètres d'altitude en aval. Les bergers s'étaient installés, comme au moins une fois par semaine, pour manger ensemble et pour cela, ils avaient tous conduits leurs bêtes au même endroit ce jour-là, afin de se retrouver. Les autres jours, bien qu'ils partageaient pour plusieurs d'entre eux les mêmes cabanes la nuit, ils conduisaient leurs troupeaux en différents lieux, dans un va et vient orchestré de façon à ne pas fatiguer l'herbe, à entretenir les sous-bois et éviter l'extension des arbres, à protéger les prairies mais à ne pas passer trop rapidement derrière un collègue, auquel cas les bêtes rejetteraient l'endroit trop sali par les déjections du précédent passage.

Ce jour-là il y avait Eneko Balutzi Zene, à qui il manquait un œil qu'il avait perdu jadis à cause d'un bouc se débattant, Bizen Etxeran, Jarri de surnom de famille, dont le père autrefois avait été Maire de Sagaspe, Maiano et Luis Ana, les deux frères qui n'avaient que des bêtes à viande et partageaient, c'était un secret de polichinelle, la même femme en bas. Il y avait aussi le vieux Filip, Loreo de nom mais tout le monde l'appelait Bordaberri car son père était surnommé comme ça, et son grand-père avant lui, et le père de celui-ci, qui par ailleurs grand chasseur de tigres algarbiens devant l'éternel, avait fait construire une bergerie neuve et acheté des bêtes sur le tard, pour se mettre à l'élevage comme il était de coutume pour les gens de son milieu, et de sa communauté. Le plus jeune était Jarri, il n'avait qu'une quinzaine de chèvres et dix brebis, mais il était un très bon musicien et profitait des longues heures de garde en journée pour perfectionner son art de la flûte. Comme la plupart des bergers de Sagaspe, il confectionnait également des colliers de bois, qu'il fallait tailler, graver et tordre avant d'y faire tenir une clochette par un lacet de cuir, pour ensuite le mettre aux bêtes et entrainait le troupeau par le son des cloches. Mais les siens étaient encore grossiers.

Il était aux alentours de midi et la faim, ainsi que l'horloge naturelle des brebis, avaient conduit les bergers sur la pierre où ils se réunissaient à l'accoutumée pour partager un repas hebdomadaire, faire état des anecdotes qu'ils avaient pu récolter auprès de leur femme, quand ils en avaient une et qu'elle était monté leur rendre visite, où qu'ils étaient allé glané au village pour ceux qui descendaient faucher les campagnes à cette saison. Ils avaient sorti des sacs saucisses, pains ronds, bouteilles de vin et poissons d'eau douce séchés, d'autres plus instruits avaient également sorti de quoi lire une fois repus, exclusivement des journaux d'actualité. Quand la discussion des ragots et des nouvelles de chaque troupeau, ou des informations venant d'autres montagnes, d'autres régions était terminée, chacun se laissait prendre un par un à la sieste s'imposant, ou à la lecture, ou à la contemplation habituelle mais toujours intéressante des mouvements des vaches, des brebis ou des chevaux sur les pentes lointaines des montagnes environnantes. A un moment de la sieste, on en sortait un instant en général pour parler du temps, de ce qui avait été annoncé pour les jours à venir, ou de ce qu'on supposait à la forme des nuages, leur vitesse, l'intensité du vent, les couleurs des glaciers du lointain.

Ce jour-là, le vieux Bordaberri réveilla ses compagnons en mentionnant le fait qu'arrivait Lorea, la fiancée d'Eneko Zene... c'était une femme grossière, déjà âgée de près de trente ans, qui portait sempiternellement la même robe de tissus bariolés, le costume habituel des femmes à Sagaspe. Elle avait déjà été mariée dans le passé, mais son jeune mari avait été tué par la chute d'un arbre lors d'une opération de défrichement ; depuis elle avait perdu sa jeunesse apparente, et évitait les manifestations particulières de féminité ou de coquetterie. Montée du village, sa venue signifiait que quelque chose d'inhabituel se passait à Sagaspe - elle n'était pas du genre à aller rendre des visites amoureuses à son fiancé, qui lui-même était peu démonstratif en dehors de ses exercices pré-conjugaux de rigueur, quand il passait chez elle déposait un peu d'argent, issu de la vente de la laine ou des agneaux, pour prendre soin de sa future fille adoptive.

Lorea arrivait d'un pas décidé, accompagnée du chien de son frère, sans lequel elle ne se rendait pas en montagne - mélange de craintes réelles ou tirées par les cheveux, quant aux rôdeurs, aux tigres, aux loups qu'avaient introduits les Amarantins pour nuire à Sagaspe et les gens de leur race, et aux terribles Meggi...
.

Bordaberri : Oh Lorea.

Eneko : Hein ?

Bordaberri : Il y a Lorea, Lorea est là.

Eneko fut réveillé, il essuya machinalement le fromage qui lui sortait par les lèvres après cet épisode de ronflements importants. Il vit sa fiancée qui arrivait, et descendit des pierres pour aller à sa rencontre, pressentant une mauvaise nouvelle. Une fois à sa portée...

Eneko : C'est ma mère, elle est morte ?

Lorea : Non...

La jeune femme reprit son souffle, s'appuyant des bras tendus sur les genoux.

Lorea : Il y a des Meggi qui sont allés manger en Catxegarra... ils y ont conduit plus d'une centaine de buffles... il n'y a plus d'herbe, les Barri ne feront pas de fourrages cette année... Quand Bixen d'Artea les a surpris, cela faisait au moins 2 jours qu'ils y étaient...

Eneko : Les merdes ! Comment sont-ils allés jusqu'en Catxegarra ? Il y a trois jours de marche à travers la jungle...

Il cria à ses compagnons la nouvelle. Eneko était particulièrement préoccupé. Il fronçait les sourcils, même celui sur son œil mort, et la colère s'était emparée de tous ses traits. Les autres bergers ne cachèrent pas leur stupéfaction, et leur colère.

Eneko : Les merdes !

Lorea : Ce sont probablement les Amarantins qui les y ont conduit et leur ont demandé de le faire... Bixen d'Artea a même parlé aux Meggi, il leur a demandé pourquoi ils étaient là, et ils ont répondu que le pâturage n'était pas utilisé et qu'ils pouvaient donc en profiter... et qu'on leur avait dit qu'il leur appartenait...

Eneko : Les merdes ! Catxegarra a toujours été aux Sagaspéens ! Les Barri et les Eleiatxe le fauchent depuis trois générations...

Lorea : Au village, on prépare une expédition punitive... mais les Amarantins refusent de reconnaître leur implication... Ils disent que les Meggi ont agi seuls... Andoni mènera l'expédition, ils veulent partir lundi, il m'a demandé d'aller te voir pour que les bergers d'Arotz envoient au moins trois hommes... il veut que vous mettiez les bêtes en commun, et que trois d'entre vous, ou plus, descendent pour participer aux représailles... Il m'a dit qu'il communiquerait avec toi... il m'a donné ça pour toi.

Lorea sorti un mouchoir d'une poche intérieure de sa robe, dont elle déballa un téléphone portable.

Lorea : Il m'a dit qu'il était allumé, que tu n'avais à toucher à rien, qu'il sonnerait quand il voudrait t'appeler. Mais ça ne marchera qu'au Pas d'Irriburu... quand vous y serez, dimanche soir. Regarde, pour répondre quand ça sonne, il faut appuyer sur ce bouton... Garde-le dans ce mouchoir, il ne doit pas prendre l'eau, et ne met pas de fromage dessus !

Eneko : Alors je dois partir ? Ce n'est pas un problème, mais je ne fais plus trop confiance à Bordaberri.

Lorea : Tu dois partir et venger les Barri, dit Andoni ; il a confiance en toi, lui. Bordaberri peut rester avec les Ana, et Jarri, ils se débrouilleront pour garder les bêtes toutes ensembles, ils trairont et feront les fromages pour tout le monde...

Eneko : Bon, alors on va décider qui part avec moi...

Lorea : Voilà...

Et semblant attendre quelque chose.

Lorea : Bon, au revoir.

Eneko : Allez, agur.

La blonde grossière s'en retourna, suivie de son fidèle compagnon canin. Les bergers de dessus la roche la virent s'éloigner. Eneko n'avait pas décoléré, il remonta les rochers et alla parler à ses collègues de la semaine qui les attendait.

Posté : lun. oct. 22, 2018 12:01 pm
par Arios
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[right]Au Palais de Lumière de Ramuel, ville minière et marchande...[/right]


Dans la salle d'audience du Palais, Hénoch Darrieussecq parle depuis déjà une dizaine de minutes, devant le par-terre d'édiles de la ville, encore ballonné par la remontée du fleuve en péniche depuis Vauvert, d'où il est parti au milieu de la nuit.

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Hénoch Darrieussecq
Maire de Vauvert-sur-mer

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Hénoch Darrieussecq : [...] Et cela ne nous fait pas oublier les difficultés de notre temps ; si je voulais faire semblant d'être lettré, je tenterai une métaphore... Je ne suis pas bon à ça. Mais je crois pouvoir dire que... de la même façon qu'Adam et Ève ont souffert lors du Choix Originel qui leur a été insufflé par notre Archange, cette grande douleur leur a été évidemment profitable. Nous ne sommes plus au temps où le Coltan s'exportait facilement par le biais des habituels canaux clandestins, aboutissant sur l'autre rive de la Mer d'Algarbe. Nous n'y sommes plus, car comme nous l'avons vu, ces routes sont mortes. Mais dans cette grande douleur qui nous a été infligée, nous avons les moyens de repenser ces routes, d'établir nos propres routes en réalité, pour notre propre minerai - et c'est ce à quoi Vauvert travaille, sans relâche, car vous avez des électeurs et ces grands bourgeois, qui font la fortune de notre vallée, et il faut bien qu'ils voient partir leurs chargements. Nous sommes maîtres de notre destin, désormais.

Dans ce contexte, les signes qui se sont levés à l'Orient sont absolument encourageants. D'abord, il n'échappe à personne de votre rang, que les mutations en cours dans la hiérarchie de l'Empire épibate laissent entrevoir une possibilité de sortie, pour la vallée, du statut d'occupation. L'Empereur salomonide, auto-proclamé Messie, est en réalité un de ces souverains chrétiens les plus décadents, qui extermine des populations entières, d'êtres humains, qui organise l'esclavage en Algarbe centrale depuis presque dix siècles, probablement plus... mais surtout, c'est une personne apparemment gangrénée, sans aucun horizon ; et on nous a rapporté, à Vauvert, que c'est la sœur de celui-ci qui tient encore un peu le navire - évidemment dans les intérêts du plus petit nombre. Il faudrait citer aussi, que dans l'intérêt des régions occidentales de l'Épibatie qui espèrent toutes s'extraire de l'autorité chrétienne épibate subsistante, l'union peut faire la force et la récente "conquête", masquée, des vallées de l'Oszar et de l'Anis par la Nouvelle-Caducée, est le signe que les capitales occidentales sont en mesure de catalyser le lâcher-prise épibate sur le littoral. Vauvert espère pouvoir s'allier avec Novaj-Palumbo, si jamais ce qui ne sont que des frémissements pouvaient devenir, s'annoncer, autre chose, de plus grand.

En 2037, Vauvert traite le coltan issu du dernier gisement actif d'Algarbe, quelque-chose représentant plus de 10% du coltan produit dans le monde... Il faut aller au New-Eden (signe de quelque chose ?), ou au fin fond des jungles ventéliennes du Juggong et du Pinjsun, pour trouver d'autres gisements actifs, exportateurs. Nous, la petite vallée centre-algarbienne, soudain au cœur du jeu international, traitons également le dernier gisement actif d'uranium d'Algarbe. Dans le monde, il faut aller au Nephiland (encore signe de quelque chose ?), pour en trouver d'autres exploités... oui, je vous ai entendu, sous les montagnes du Xilinhar il existe d'autres gisements aussi, c'est vrai.
Mais ça n'enlève pas le fait que Vauvert, et avant elle Ramuel, qui concentre ces arrivées et les renvoie vers nos côtes, ont les positions pour négocier.

Voyez les choses : si le déluge de feu promis par l'Empereur chrétien d'Épibatie ne s'est jamais abattu sur notre communauté, ce n'est pas le fait d'une intervention de l'Archange. L'Archange n'est intervenu qu'une fois : pour nous libérer. Il nous a rendu maîtres de notre destin. Dieu, ce tyran, aide probablement nos adversaires, mais nous, sommes seuls pour lutter sur la mer de l'existence, comme nos ancêtres à bord de ces barques qu'ils ont conduites ici, par le jeu du hasard, et de l'instinct peut-être - mais personne ne les a amené là. Ils ont décidé, en adultes, en hommes libres, de quitter la tyrannie santognaise, d'utiliser leurs propres qualités et leurs atouts pour trouver un autre endroit, pour construire autre chose.

Avec l'effondrement de l'Empire luciférien, nous avons été nombreux à croire que cette chose était menacée. Sans la menace luciférienne, le Tyran épibate aurait lancé ses armées de cannibales sur nous. Il n'en a pas été ainsi. Nous avions raison, pourtant, de penser que notre vie était menacée, et je redis ici la conviction de Vauvert : elle l'est. C'est pourquoi, menacés, nous devons continuer à réfléchir, à nous assurer que nous sommes trop indispensables pour le voisinage et pour le monde, et que si quelqu'un se prenait à attaquer Vauvert et sa vallée, les destructions d'infrastructures coûteraient plus chères que le coût politique de parler avec nous. [...]

Posté : jeu. nov. 08, 2018 10:08 am
par Arios
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[right]Socopoli, rives du Naos, non-loin de la frontière nord de l'Empire d'Épibatie[/right]


Le Berrat avait été franchi dans le début de la matinée par la barge transportant les clandestins refoulés de la Province d'Illythie. Simple poste fluvial marquant la frontière, il ne disposait que de quelques gardes laissés à leur compte, censés surveiller la limite du territoire que l'Empire se permettait de revendiquer. Au-delà, surtout, la savane laissait place au désert. La Province d'Illythie avait probablement obtenu l'accord des autorités épibates pour refouler sur son sol les clandestins en provenance de celui-ci... au moins oral, de quelqu'un de l'administration, car les gardes du Berrat laissaient passer les barges lébiriennes vers le sud, de même que les cargos fluviaux de petites tailles pouvaient franchir la frontière vers le nord. Malgré ses airs désolés de grande steppe, la région par son nerf essentiel qu'était le Naos, était la principale, voir l'unique durant longtemps, voie d'exportation des marchandises issues de l'Épibatie...

Les barges arrivaient désormais à Socopoli, la première ville depuis le départ de l'Illythie... ville au sol en terre-battue, cette terre oscillant du rouge au jaune, typique de la savane qui changeait les Illythes qui l'habitaient, du caractère de leur pays d'origine. Mais ces Illythes étaient installés là depuis Mathusalem, au moins, quand ils n'étaient pas arrivés il y a à peine deux cent sans mais l'ignoraient, tant la conviction que ces territoires étaient illythes depuis très longtemps dominait, du fait d'un certain mélange intellectuel entre la propension chrétienne à croire que toute la terre revient à leur Foi, et la connaissance amateure des récits antiques mêlant Haute et Basse Illythie dans des guerres, des accords et des péripéties diverses remontant à très longtemps. De fait, les Illythes avaient été présents depuis l'Antiquité en ces endroits, constituant des communautés en chapelet de perles le long d'un fleuve hostile, mais moins large qu'en Illythie. La limite naturelle formée par le désert avait été franchie par les marins fluviaux, mais elle demeurait une limite psychologique, comme un portail entre deux mondes. Ici était l'Illythie de la steppe, et non plus l'Illythie du désert. Mais il n'y avait pas, faute à l'environnement plus au nord, de contiguïté ethnique ; les Illythes d'Épibatie formait une sorte d'Illythie d'outre-fleuve, comme on avait dans d'autres nations des outremers...

Socopoli était donc très proche de son environnement. Les maisons basses tentaient d'affaiblir le soleil en se parant de blanc. Les rues étaient souvent désertes au milieu de la journée, mais très animées le soir. La population, bien qu'agglutinée dans ces espaces urbains mal-dessinés, demeurait très rurale, liée aux activités d'exploitation de la savane, au commerce le long du Naos, à l'artisanat qui découlait de la transformation des matières arrivant jusque-là. Fondée il y a très longtemps et nommée ainsi par les Hellènes de passage, dont l'expression fut ainsi reprise par l'historiographie céruléenne puis chrétienne, Socopoli devait son nom au Dieu illythe antique Sobek, une divinité à tête de crocodile, protecteur de la barque solaire... On avait émis l'hypothèse que ce lieu, habité depuis aussi longtemps qu'on avait bâti des temples en grandes pierres de taille du temps du premier millénaire avant J-C., avait été associé au crocodile car il était l'endroit où on le retrouvait en amont, tandis qu'il délaissait les eaux situées après l'Illythie du Sud en remontant le fleuve...

Les barges de clandestins s'arrêtaient donc quelques heures à Socopoli, sans que les différents capitaines prennent le soin de faire sortir des cales ou des ponts les intéressés. Des miliciens locaux étaient souvent employés pour garder les prisonniers, du moins étaient-ils traités comme tels, le temps que les membres de l'expédition se restaurassent dans les caves fraiches du port. Comme la plupart des villes anciennes, Socopoli avait un étage souterrain, où se concentrait une bonne partie de l'activité, au-delà du simple stockage de vivres. Les caves gardaient la fraicheur, mais les barges en plein soleil n'offraient pas un tel confort à leurs passagers d'alors. Parfois, des passants plaignaient les malheureux, mais beaucoup les ignoraient - ce manque d'altruisme n'empêchait pas de reconnaître qu'un tel comportement pouvait laisser songeur, mais l'Épibatie était un pays où en général, malgré les différences communautaires, l'homme n'était pas traité autrement, avec plus de dignité, que les autres éléments de la Création. En dehors des cercles très christianisés, de penseurs, philosophes, membres de la bonne société, les différentes communautés récentes formées par la colonisation commerciale du lieu avaient été attirés par les affaires, et non par l'humanisme, tandis que la population épibate autochtone et ethnique, très agricole et liée à l'élevage, avait gardé l'antique habitude de considérer l'homme comme un élément du travail, une force utile à des fins et peu dissociable d'autres animaux. Ce caractère avait favorisé l'arrivée des Occidentaux, en diverses vallées côtières, ou le renforcement des Illythes dans le nord, tous attirés par un instinct vénal.

Les clandestins ne seraient pas déchargés à Socopoli, déjà car ils y trouveraient trop facilement un moyen de reprendre le fleuve pour revenir en Illythie, si possible jusqu'au Delta et Atomia d'où ils financeraient peut-être leur émigration vers la Cérulée, et d'autre part car ils représentaient pour les capitaines des barges, bien que membres de l'administration illythe au moins théoriquement, un potentiel capital d'importance...

Posté : lun. nov. 12, 2018 9:16 am
par Arios
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[right]"Haute-Illythie", savane illythe en terres nomades[/right]

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Drapeau de la "Haute-Illythie", autorité régionale illythe contestée par les nomades noirs[/center]

Jadis au Moyen-âge, la suite d'invasions subalgarbiennes originaires de l'aire bantou donna naissance, péniblement, à ce que les Épibates défaits appelèrent l'Empire Mukatanga, du nom d'une des tribus qui le dirigeait au moins partiellement. Peu politique, en fait union tribale de populations semblables appartenant à la même famille linguistique, et aire de commerce un temps pacifié, cet "Empire" dura plusieurs siècles, isolant l'Épibatie du monde céruléen et chrétien. Les Mukatangas (Mocatanghe) menèrent de nombreuses guerres contre les Épibates, qui continuèrent de les considérer en ennemis de par la religion, de par la langue et de par la race. Les communautés illythes toujours subsistantes le long du Naos furent souvent pourchassées, détruites et recomposées à partir d'autres villes, raptées et parfois mélangées de force, mais attachées à leur Foi et leurs origines, surent maintenir une présence discrète mais permanente en certains endroits, confiantes en l'idée que cette occupation prendrait un jour fin.

Avec l'essor technologique connu par le monde chrétien céruléen à l'Époque moderne, le Royaume d'Illythie reprit son expansion commerciale le long de son antique fleuve. Il reprit contact avec les Illythes d'amont et parvint à stabiliser leur présence, puis à encourager la colonisation démographique du fleuve médian, autour de points de peuplement anciens. Quand certains royaumes occidentaux envoyaient leurs caravelles découvrir de nouveaux continents, la monarchie illythe précipitaient ses propres navires sur les traces de l'ancienne Haute-Illythie, pour retrouver les lieux et les peuples évoqués par les antiques philosophes hellénistiques... Le principal point d'ancrage fut Darsciansciat, qui s'érigea en un siècle en emporium central dans le commerce renoué avec les Épibates, chrétiens, eux-mêmes soulagés dans leur lutte contre les Mocatanghe par l'arrivée de premières compagnies marchandes occidentales sur la côte de la Mer d'Algarbe. Ces compagnies armées avaient recours au commerce d'esclaves, qu'encourageaient de loin les autorités épibates voyant un intérêt à affaiblir les tribues bantoues peuplant les jungles de basse-altitude, ou les steppes du nord...

Le temps passa et la constitution de l'Épibatie en un État plus ou moins moderne obligea le tracé de frontières qui, par le hasard de l'Histoire, engloba cette portion du Naos et les grandes savanes l'enserrant, avec lui les communautés illythes qui poursuivaient et poursuivent encore leur lutte d'espace contre les descendants des Mocantanghe, sous la bienveillance de l'Empire d'Épibatie.

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Aux Illythes les bonnes terres desservies de la savane humide, aux autochtones la rocaille et la steppe sèche[/center]

Alors que le sud de l'Illythie est rendu invivable à cause du soleil et d'un environnement désertique, la "Haute-Illythie" comme l'appellent les Illythes du lieu est riche de verdoyantes savanes, qu'il a fallu ces deux derniers siècles reconquérir face au pastoralisme autochtone. Les villes de Haute-Illythie sont ainsi bien différentes de celles d'Illythie, là où l'espace agricole est réduit aux rives du Naos, ici l'activité s'étend sur des dizaines de milliers d'hectares d'une plaine où, de façon saisonnière, la couverture herbeuse fait la richesse des bergers, et les arbres celle des artisans et des exportateurs. Contraints à des espaces de plus en plus éloignés des points d'eau, à des lieux de plus en plus désertiques et des étendues de moins en moins vertes, les tribus noires ont été obligées de se constituer en milices, armées pour défendre leurs troupeaux. Élevant le buffle et la chèvre, quand les Illythes préfèrent élever le mouton à viande, ils sont dépositaires d'une autre tradition et de pratiques différentes, mais sont en concurrence directe, engagés en une véritable guerre pour les pâturages, et ce depuis un nombre de génération qui dépasse en général la mémoire des familles...

C'est à Darsciansciat que s'est organisée l'autorité autonome de Haute-Illythie, revendiquée comme telle. Elle prétend régir un espace qui engloberait, le plus loin possible en amont du Naos, toutes les zones où la communauté illythe est présente, et où elle se doit d'être présente au nom de la Croix, et dans l'intérêt du commerce... Pourquoi pas un accès à la Mer, pour concurrencer Aznella ? Pourquoi pas la souveraineté, un jour, sur la forêt équatoriale et ses vallées gorgées d'eau, dans un autre bassin versant ?
Darsciansciat est le point névralgique de la Haute-Illythie. Une Atomia des terres, plus indépendante et surtout mieux placée, au milieu des richesses plutôt qu'au bout d'un long nerf fluvial par où tout transite. Le Naos, en Haute-Illythie, délègue un peu de son intérêt au profit de la Savane, mieux desservie que ne le sont les déserts d'Illythie. Appuyée par d'Usciano au nord, et Nisciazet au sud, Darsciansciat jouit d'infrastructures sinon modernes, du moins efficaces, et a souvent bénéficié de la fermeture de la côte épibate du fait de la menace luciférienne... Aujourd'hui en concurrence avec les villes côtières, sa course pour se rendre indispensable pour l'Épibatie et négocier toujours davantage d'autonomie est quelque peu perturbée.

Posté : dim. nov. 25, 2018 5:31 pm
par Arios
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[right]"Haute-Illythie", savane illythe en terres nomades[/right]

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Drapeau de la "Haute-Illythie", autorité régionale illythe contestée par les nomades noirs[/center]

La Haute-Illythie est entièrement bâtie autour de son nerf, unique et essentiel, le Naos. Si l'on est au nord de la province et que l'on s'en éloigne, on se perd dans la steppe et même jusqu'au désert, sans grande chance de retrouver la mer tant les locaux n'ont jamais tenté de peupler les territoires trop éloignés du fleuve. Parcourant la savane haute-illythe, le Naos s'enfonce petit à petit dans les terres humides de l'Algarbe équatoriale, d'abord dans la forêt sèche, qui se charge d'eau et change ses essences à mesure que l'on va vers l'amont.

"L'arrière-pays", défini par ce qui se trouve éloigné du fleuve, est essentiellement parcouru par les nomades. Les rares villes qu'ils possédaient jadis, notamment du temps de l'empire des Mocatanghe, ont été rasées ou abandonnées sous la pression militaire, sinon simplement délaissées pour des raisons de modifications comportementales des populations, parfois revenues de l'agriculture vers l'élevage nomade sous l'effet de causes inconnues, supposées environnementales (et/ou culturelles, avec la capture progressive des bassins cultivables par les Illythes). Codarat est à ce jour la dernière ville "autochtone" debout, en fait grand village agro-pastoral comptant entre 1800 et 4500 âmes selon les saisons. Les autres campements de la steppe sont d'ampleur bien moindre, comptant entre 50 et 700 individus, agglutinés en général auprès de sources, d'oasis et de rares oueds endoréiques.

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Steppes marquées par l'Histoire illythe, et occupées par les nomades noirs ; enfants illythes de Sotteb', signe de la démographie conquérante de ce peuple[/center]

Sotteb' est la grande ville haute-illythe de la forêt sèche. Elle est à la limite des influences de la savane et de la foret équatoriale. C'est une ville essentiellement forestière, née de la forêt et ayant pour horizon économique la forêt. Au contraire de Nisciazet, Darsciansciat ou encore Socopoli, qui sont bâtie essentiellement autour du fret, du commerce. La plupart des familles de Sotteb' ont un lien fort avec l'exploitation forestière, en commun cette culture du bois... ce qui n'empêche pas la querelle locale des chapelles entre partisans des essences humides, et habitués des essences sèches... Sotteb' tisse son réseau de pistes tout autour d'elle, qui s'éloigne jusqu'à plusieurs centaines de kilomètres, et sont parcourues avec une rare motorisation par des véhicules importés en général jusque-là par voie fluviale. La concurrence épibate est forte, et l'Empire d'Épibatie (ndlr : auquel appartient la Haute-Illythie) défend évidemment le passage, sans taxes, de ses bois équatoriaux par les eaux fluviales traversant Sotteb'.

Plus au sud, et plus en hauteur, à près de 150km de là, on trouve la ville d'Amosciderenat. Il s'agit d'une véritable exception urbaine, puisqu'elle est quasiment entièrement tournée vers la réception de marchandises en provenance de la région d'Aznella, comptoir italique sur la Mer d'Algarbe. À Amosciderenat parvient l'unique route carrossable de la Haute-Illythie, une piste cimentée qui serpente au travers du relief des monts équatoriaux, jusqu'à San-Cristiano-dell'Anuzza. Il s'agit d'une ville italique fondée il y a près d'un siècle et demi par des familles nazaliennes de la côte épibate, d'abord pour des raisons forestières, puis rapidement commerciales ; aujourd'hui San-Cristiano, comme jumelle miroir d'Amosciderenat, est un véritable pôle d'import-export. Beaucoup de matières agricoles issues de la Basse-Anuzza, riche en élevages et en agriculture, partent vers la Haute-Illythie, qui exporte elle-même vers San-Cristiano des biens issus de l'artisanat, de l'exploitation des animaux et des minerais de la savane. Plus le temps passe à notre époque, et la région d'Aznella importe davantage sa nourriture, issue de l'agriculture naosienne haute-illythe, tandis qu'elle ré-exporte vers la Haute-Illythie des biens électroniques ou manufacturiers à forte valeur ajoutée, fabriqués en général en Cérulée et en Dytolie, quand ce n'est pas plus loin. Ce mouvement, forme d'inversion, s'est accéléré depuis la chute de l'Empire luciférien, qui a décidé l'Empire d'Épibatie à ouvrir son littoral.

Posté : dim. déc. 02, 2018 12:29 pm
par Arios
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[right]Vallée de Zumejo, Épibatie du nord-ouest... Zumejo, et steppes forestières de l'arrière-pays[/right]


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Drapeau de la Commune de Zumejovie[/center]


Dans une grande salle de conférence du Palais Populaire, une foule diverse écoute l'intervenante, Salma Denivoj. On y trouve des couples de personnes âgées, elle aux cheveux roux vifs et à la taille mince enserrée par un gilet de laine à maille grosse, lui lunettes sur le nez et pin's du parti sur le veston de lin. Et des jeunes femmes aussi, la plupart avec les cheveux détachés, aux boucles assumées et descendant sur des épaules, dont l'une reste nonchalamment découverte par la largesse d'un t-shirt vert ou bleu, collier de perles en bois tombant jusqu'à la taille. Là-bas, un garçon propre, à lunettes, aux cheveux mi-long prend des notes, comme beaucoup dans la salle ; d'autres lui ressemblent, mais portent une tignasse de cheveux dreadlock blonds ou bruns. Il y a aussi quelques femmes au teint mâte, et aux traits gros trahissant leurs probables origines illythes ; elles portent le même uniforme de cette foule réunie par des convictions écologiques certaines.

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Salma Denivoj, ministre de l'environnement[/center]

Salma Denivoj : [...] Dans un monde qui reste obsédé par les énergies fossiles, nous devons garder notre courage de militants et d'acteurs participatif de la protection de la planète. Je parle d'obsession pour désigner aussi bien ceux qui ne vivent que pour elles, que ceux qui ne vivent que contre elles. Le problème énergétique, que notre Commune a su très vite dépasser car elle a eu la volonté de le saisir et de le traiter, notamment grâce à l'énergie hydraulique, évidente et généreuse, n'est pas le problème global. Le problème global, inclusif et englobant, le problème-toit ou problème-chapeau, est le problème de la disponibilité des ressources, de la gestion, de l'usure et du renouvellement, c'est le problème de la ressource ! Parlons de ressources, plutôt que d'énergie.

L'arrivée des humains sur ces côtes a bouleversé profondément l'équilibre naturel entre la flore et la faune, entre les faunes. Nos ancêtres ont cassé cet équilibre, de par leurs instincts les plus humains, de domination et d'exploitation. Nous ne retrouverons jamais cet équilibre... mais il vaut mieux chercher à s'en rapprocher, plutôt que de s'abandonner à la destruction comme le fait la majorité des États du monde. La Commune recherche l'équilibre. La Zumejovie est certes petite, mais elle est et veut être un exemple pour l'avenir de la planète - notre tradition, et notre clairvoyance universitaire nous aident à atteindre cet objectif.

En Zumejovie, nous avons répondu au problème énergétique, et arrivons à fournir en énergie verte les besoins de notre population. Mais de par cette prétention à vouloir servir la planète, l'environnement, plutôt que les simples intérêts de la population, nous sommes forcés de dépasser cette quête de réponse aux besoins de la population. Nous devons aussi répondre aux besoins d'une nature déséquilibrée, rendue dépendante à l'action humaine pour limiter les dérèglements qui continuent de l'assaillir.

Je veux pour exemple la réussite du programme d'éradication de l'espèce invasive du Renard d'Aznatirk, qui comme vous le savez est arrivé sur le territoire au cours des années 1970, avant de connaître une expansion massive au point de provoquer le risque de disparition d'animaux endogènes, notamment du chacal vert. Il est arrivé dans les valises de touristes naïfs, n'ayant peut-être même pas conscience du risque de cette introduction, probablement involontaire. Aujourd'hui, grâce à l'action zumejovienne, non seulement il a disparu du territoire zumejovien, mais il semble aussi avoir disparu des territoires voisins car heureusement, ses principaux foyers d'établissement long se trouvaient sur le territoire de la Commune.

Aujourd'hui, sous l'effet de l'urbanisation et de l'exode rural achevé des Zumejoviens, les vastes territoires autrefois défrichés pour l'agriculture ont ouvert une brèche dans l'équilibre écologique des biotopes voisins. Des espèces entières se sont ainsi précipitées sur les anciens champs cultivés, et sur les jeunes forêts en repousse naturelle ; certes mes collègues du gouvernement y ont vu une menace sur la conduite de l'agriculture modernisée, une menace économique, ou une menace même sécuritaire pour les zones d'habitation en milieu campagnard. Car parmi ces espèces invasives, il y a des espèces complexes, et vous savez bien de laquelle je veux parler en priorité. Le Mallumaj, lui, ne se déplace pas seul. Quand il trouve un endroit favorable à l'accueil de ses nids, qu'il fait à partir de terre et de paille, et surtout lorsque cet endroit offre à la fois les ressources en herbes nécessaires aux bovins qu'il exploite, comme les bois nécessaires à sa dissimulation et sa consommation en carbone, il n'hésite pas à s'installer, au péril de la sécurité des foyers installés dans certains lotissements à la limite de la Nature. Son action, en dehors de cette menace sur les humains, est directement néfaste à la Nature, puisque son exploitation de ces territoires où il n'est pas présent naturellement empêche le reboisement des zones de renaturation, provoque le piétinement des sols et l'affaiblissement des prairies naturelles, qui se trouvent transformées par l'action des bovins. Les forêts sont dévastées, aussi bien sur leur densité en arbres, que sur leur disponibilité en animaux, chassés pour l'alimentation complémentaire du Mallumaj. De plus, lorsque ces bêtes se sont chargées de biens manufacturés, en provenance des vallées voisines ou de la destruction de sites technologiques (antennes, etc...), elles participent à la dissémination de matières plastiques, métalliques ou autres, dans l'environnement.

C'est aussi rendre service au Mallumaj que de le contenir dans des endroits qui sont propres à son expansion naturelle et où il reste contraint par la présence de prédateurs légitimes : tigres et lions, ursidés, insectes, et soumis aux aléas des catastrophes naturelles régulatrices : crues boueuses, etc... lorsqu'il reste dans son milieu naturel, le Mallumaj est contenu, mais ce milieu naturel n'existe plus guère dans l'arrière-pays zumejovien, jadis très anthropisé et aujourd'hui encore bouleversé par son héritage agricole - aussi, favoriser la colonisation du Mallumaj par l'inaction, c'est lui offrir un destin ingérable, un environnement où il ne sera pas contraint et où par sa présence, il condamne toute renaturation et met en péril la survie des rares espèces ayant elle-même survécu à l'époque culturale.

C'est pourquoi le Ministère de l'environnement a réussi à mettre à profit les millions dépensés ces dernières années pour la régulation du Mallumaj. En dix ans, nos équipes de police environnementale ont réussi à neutraliser autour de 47 000 Mallumaj, ainsi que 178 000 têtes de bétail - ils ont détruit plus de 9700 nids, euthanasié près de 11 400 nourrissons, abattu 23 000 femelles. Grâce à leur action écologique, nous sommes en passe de rétablir l'équilibre dans les environnements ruraux de Zumejovie, et en contenant les espèces invasives au-delà des limites zumejoviennes, les effets de cette action se mesurent sur l'équilibrage naturel des biotopes extra-frontaliers : en les coupant de la réserve biologique que peuvent constituer nos campagnes pour le ré-essaimage dans les environnements voisins, qui influe sur l'équilibre inter-espèce. Les résultats de cette politique, qui devrait se poursuivre dans les années à venir, ont été nets et rapides : augmentation du nombre d'oiseaux, hausse de la diversité floristique, hausse des rendements de l'agriculture biologique, en plus des bénéfices sociaux comme la sécurisation de nombreuses campagnes, ouvertes à la mise en tourisme propre, et j'en passe.

Il est temps de vous remercier pour l'attention accordée durant ces deux heures de réunion. Très vite, je remercie les personnes dont les noms figurent sur le fascicule qui vous a été distribué, le personnel du ministère ainsi que l'équipe technique de la salle qui a accompagné notre entrevue. Vous pourrez retrouver la cassette de la conférence à l'accueil du Palais d'ici deux semaines. Merci à tous, et surtout en ce début d'année, nous vous souhaitons une excellente année 1997.

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Mallumaj en symbiose inter-espèce, haute-plaine de Zumejovie, décembre 1994[/center]