Hezb : PRDK-ML

Vladimir Ivanov

Message par Vladimir Ivanov »

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LA NOUVELLE LIGNE KASHANI-QALAT ET LE « CAS MAMTA »[/center]

Le PRDK-ML n'est pas une organisation dormante. Il œuvre directement ou indirectement à travers tout le territoire karmal (hors Dahar), cela de concert avec les deux autres organisations authentiquement révolutionnaires du pays :
_ le Syirkhanat, qui lui offre un bastion imprenable servant à la fois d'assise territoriale et de refuge en cas d'urgence, au Nord-Est,
_ la Confrérie du Nod, et son inestimable réseau d'informateurs, d'associations-écrans, d'agents infiltrés et les fonds qu'elle parvient à extorquer ou dérober grâce aux services de Temürkhan, repartagés généreusement en faveur des trois groupes, de leur sécurité et moyens d'action.

Mais cette nouvelle prospérité aurait pu ne pas être, et comporte à son tour d'autres problématiques ou contradictions.
C'est peu dire : l'organisation dite "marxiste-léniniste-urdzhariste", devait faire face, ces dernières années à plusieurs dilemmes majeurs.

D'abord et avant-tout, l'attitude à tenir vis à vis de ses puissants rivaux : les nationalistes syirs et la Confrérie. Ces deux derniers n'étant à leur tour, pas toujours en bons termes le Syirkhanat se méfiant de la « petite » secte autant que des « athées productivistes » (sic ?) du PRDK-ML.
Des nationalistes touraniens à la conception encore largement féodale et n'ayant d'yeux qu'au rapport de force ethnique ; des sectaires religieux, théocrates et jusqu'à récemment – pacifistes, aux communautés renfermées sur elles-mêmes ; et enfin des révolutionnaires universalistes enragés, athées et hostiles aux vieilles coutumes. Du moins selon leur réputation entretenue par leurs adversaires.

Aussi peu prédisposait ces trois groupes à nouer une alliance désormais solide : certes non-fusionnelle mais nettement plus qu'objective, à la fois sincère, active et durable.
Mais comme le dit l'expression « quand il s'agit de se foutre sur la gueule, tout le monde finit toujours par se comprendre ». L'ennemi commun, hier encore le régime d'Ismaïl V, le très conservateur père de l'actuelle Shakhan, scella ce qui existait déjà comme les prémisses d'un sérieux rapprochement stratégique. Avec le tournant à gauche de 2037 et le règne du socialisme islamique au Nord, l'ennemi prioritaire a muté : la bourgeoise compradore du Dahar, et son nouveau GDI, leur puissante armée privée dans le sillage de cette contradiction fondamentale Karmalistan-Raj Dahar, venue s'ajouter à la liste des facteurs déterminants pour la conduite révolutionnaire à tenir. Néanmoins, l'ennemi commun est loin d'expliquer une si belle entente. A vrai dire, les convergences idéologiques ne manquent pas, et le temps joue en leur faveur en regard de l'évolution du Syirkhanat et du PRDK-ML en particulier. Le premier, sous l'égide d'Organa Khatoune, qui a choisi de reculer sur la question du traditionalisme, jusqu'à adhérer aux principes égalitaires du socialisme et sceller l'alliance avec le PRDK-ML lors du [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=323489#p323489]Quriltaï de l'hiver 2034[/url].
Le second, avec la victoire de la ligne Kashani.

Cette victoire est le fruit d'un accord à l'amiable entre les partisans de Qalat et ceux de Kashani, à l'issue d'intenses discussions où les nombreux points de vue furent confrontés. Les « kashanistes », déjà forts de leur nette majorité relative, sortirent vainqueurs sur les principales questions. Ils obtinrent :
_ une large projection du mouvement à travers tout le Nord du pays
_ un effort particulier de l'agit-prop dédié aux zones rurales
_ le développement d'une seule et unique « Armée Ouvrière et Paysanne de Libération du Karmalistan (KIKKO) »
En retour cependant, prix de cette victoire, ils devaient concéder à Qalat la politique générale qui était bien de profiter de l'accalmie et des nouvelles faveurs du gouvernement pour se développer « pacifiquement » et progressivement jusqu'au moment où les conditions objectives seraient réunies pour sortir les armes.
Concrètement, la reine Mamta n'était désormais plus considérée comme une « ennemie à abattre » (statut que portait son père), mais plutôt comme une opportunité, une porte ouverte à leur essor politique et militaire... une situation telle qu'on la suspectait d'y être elle-même favorable.
Une théorie circule en effet, surtout après l'étrange missive diplomatique que celle-ci a envoyé au Westrait, assurant, au dos d'une partie de la classe dirigeante karmale, qu'elle ne condamnait pas ses « éventuelles » ingérences au Karmalistan. Selon cette théorie, Mamta Shakhan mènerait une guerre à mort, non-pas contre un ennemi extérieur particulier, « Occident fantasmé », mais contre les élites politiques de son propre pays, non seulement au Dahar mais aussi au Nord, contre la Shura des mollahs et les conservateurs. A ce titre, il s'agit bien d'une sorte d'anomalie : la reine dirigeante affronte les mêmes ennemis que les guérillas du Nord, et avec une détermination non-moins féroce...
Les accusations dont elle fait l'objet de la part des élites rajans, à savoir sa « criminelle bienveillance » à l'égard de ces guérillas communistes ou syires, seraient ainsi plus pertinentes qu'elles en ont l'air : dans sa lutte sempiternelle contre le Raj Dahar et les islamistes ultra-conservateurs, Mamta considérerait ces groupes illégaux sur papier, comme des alliés !

Cette théorie semble avoir été confirmé lors de la [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=337086#p337086]signature de la trêve au début de l'année 2036[/url], après la chute de l'émir Barakzaï. Trêve parachevée au lendemain de la guerre d'Aminavie en 2037, lorsque la reine Mamta a non-seulement résisté à toutes les pressions revendiquant leur désarmement et recul territorial, mais a directement autorisé ces organisations à conserver leurs propres armes et forces armées (!)
Ultime pied-de-nez à McNeil, désormais, l'armée karmale ne considère plus ces organisations comme des groupes ennemis. C'est la [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=348909#p348909]« doctrine Abu Bakr Safarali »[/url], fondée sur les milices « Chumollilar », recrutant des karmali de toutes ethnies dans les milieux modestes, imprégnées d'un « socialisme islamique » plus que complaisant avec le communisme et voyant l'alliance sacrée avec les guérillas marxistes comme un gage de sécurité contre les ennemis intérieurs et extérieurs (avant tout contre ce cheval de Troie « compradore » qu'est le Raj Dahar). Selon cette doctrine, les guérillas intérieures sont une force qu'il faut exploiter pour renforcer la défense nationale contre le Dahar, les impérialismes étrangers et leurs "relais conservateurs" au Nord.

L'opportunité qui s'est ainsi ouverte au PRDK-ML et à ses alliés a donc été saisi à pleine dent. La répression se limite désormais en une surveillance massive du KhAD et quelques coups de filet contre des énergumènes isolés et enragés. La principale menace pour les guérillas n'est donc « temporairement » plus militaire, pour devenir surtout politique.

Ainsi, la nouvelle ligne du PRDK-ML est la suivante : l'organisation œuvre en faveur de la révolution communiste, en profitant de l'opportunité offerte par des éléments « potentiellement alliés » à Karagol pour s'accroître pacifiquement et progressivement dans tout le pays à travers des organisations-écrans intermédiaires type syndicats, diverses associations populaires, et même sportives, artistiques, humanitaires, etc... Pour autant, et là est l'élément principal : elle reste rigoureusement indépendante et militarisée, elle garde ses armes prêtes à l'emploi au cas où, et continue de se renforcer militairement.
Enfin la direction « MLU » (marxisme-léninisme-urzharisme) du parti communiste karmale s'accorde sur un pronostique : « l'anomalie Mamta » ne sera pas éternelle. Un jour prochain, peut-être d'ici quelques années (?), la Réaction reviendra en force au Karmalistan et l’État se retournera contre les communistes. Non-pas en la convertissant (peu vraisemblable en regard du gouffre qui la sépare de ses innombrables ennemis politiques), ni en l'assassinant (outre l'improbabilité technique d'une telle tâche vu [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=358661#p358661]la rigueur de sa protection[/url], cela lui donnerait de toute façon un statut de martyre qui ne fera que stimuler les sympathies de gauche dans le pays), mais en opérant une déchéance à la fois contre son image et sa position politique. Lorsque ce jour viendra, l'AOPLK, ou « KIKKO » sera prête à ressortir les armes et à mener la bataille, mais cette fois-ci avec nettement plus de moyens.

Il semblerait que Mamta Shakhan en soit consciente. Selon elle, renforcer les guérillas communistes l'aiderait (entre-autres) à contrebalancer la menace que représente l'alliance entre la bourgeoisie daharane et la vieille mais encore puissante aristocratie féodale des maliks. Le PRDK-ML comptera parmi ces forces qui doivent contribuer à rendre au peuple sa capacité de résistance, pour le préserver d'un retour à la vassalité, celle-là qui l'a enchaînée plus d'un siècle durant au règne d'une féodalité islamiste comme instrument de domination au bénéfice du "suzerain" capitalisme daharan.
Son conseiller de l'ombre, Nazar-Babür, ne serait pas étranger à cette politique étonnamment favorable au communisme. Pour tout dire, le PRDK-ML le soupçonne d'être un agent de la Confrérie du Nod. A son grand bonheur.

Toutefois, il s'avère que cette relation n'est pas dépourvue de méfiance mutuelle : aussi bien Mamta que Janat Qalat (et Sifat Kashani cela va sans dire), entretiennent une grande prudence à l'égard de cette stratégie. La reine les garde à l’œil, tandis que le KIKKO est prêt à reprendre les armes à tout moment.
Enfin à terme, Karagol espère insidieusement les faire renoncer à la lutte violente et à l'instauration d'un communisme que Mamta pense utopique, malgré les sympathies sincères et réelles qu'elle éprouve à l'égard de cette idéologie.
Mais en définitive, tous deux trouvent intérêt à une solidarité réciproque contre les survivances du féodalisme, l'impérialisme daharan en devenir, et en prévision d'un retour des forces réactionnaires au pouvoir.

La main tendue de Mamta Shakhan conseillée par le "révolutionnaire de l'ombre" Nazar-Babür, l'essor du socialisme islamique comme probable future idéologie d’État et les fractures sociales et géographiques ont permis au PRDK-ML et à ses alliés de prospérer sur tout le territoire multipliant leurs points d'ancrage associatifs (et paramilitaires) de l'Oltaï jusqu'à l'Ala-Tau en passant par les monts du Kormal et la vallée de l'Iaxarte. Si pour l'heure, aucune opération armée ni aucun acte réellement hostile à l'égard du pouvoir est envisagé (c'est même souvent le contraire), le PRDK-ML diffuse le message communiste au plus grand nombre et mise sur le long terme.

Même s'il est encore minoritaire, et plus que jamais "pacifique", le communisme opère progressivement son retour au Karmalistan.
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