Posté : sam. sept. 26, 2015 4:58 pm
[center]Tirkiz - 18 Mars 2028[/center]
[justify]Uusi Kensun appréciait la vue avec le doux soleil de l'automne éonais dans le dos. Depuis les anciens docks désaffectés du port de Tirkiz il avait une vue dégagée sur l'horizon, là-bas, quelque part au loin, se trouvaient le Zanyane et la côte kwekuzienne, sans doute agitée par les vagues de son autoritarisme d'État. Bien trop loin, bien sûr, pour qu'il put espérer les apercevoir malgré un temps superbe sans le moindre nuage.
Il venait parfois, comme ce jour-là, dans les anciens docks de Tirkiz pour réfléchir. En réalité ces docks n'étaient pas ceux de Tirkiz à proprement parler, ils étaient situés à plusieurs kilomètres au sud de la capitale et dataient de l'époque antérieure au génocide orchestré par l'Astara. Une ville de passage modeste avait été bâtie autour de ceux-ci mais dix ans après le génocide et le changement radical de population sur l'île il n'en restait que des ruines.
Le Directeur du Conseil Éonais avait fait en sorte de ne pas être gêné par son service de sécurité, même s'il ne pouvait raisonnablement s'en passer la présence de ses agents se faisait la plus discrète possible lors de ces sorties propices à la réflexion et à un rare semblant de sentiment de solitude qu'il cherchait souvent et affectionnait d'autant plus depuis qu'il avait accédé à la plus haute fonction de l'État. Dans un système de Conseils comme celui de l'Éone on considérait, à juste titre, que le chef d'État perdait une grande partie de son importance et de son influence comparé à d'autres régimes. Mais il n'en gagnait pas pour autant en liberté de mouvement.
Cet après-midi là, contrairement à d'autres, il ne devait pas rester seul longtemps. Il avait une invitée de marque qu'il valait mieux ne pas rencontrer directement au Directoire du Conseil Éonais pour des raisons évidentes. Perdu dans ses réflexions et fixant l'horizon où un petit bateau de pêche était apparu il entendit toutefois les pas légers qui s'approchaient derrière lui. Il déclara :
- C'est un plaisir de vous rencontrer Camarade Wang.
Il se retourna pour observer la jeune femme qui venait de le rejoindre, son visage était inexpressif mais son corps parlait pour elle, elle était profondément fatiguée. Elle n'avait sans doute pas l'habitude d'ignorer à qui elle s'adressait aussi elle prit un instant avant d'articuler :
- Bonjour... Qui ?
Uusi Kensun apprécia pendant un moment cet instant de domination infinie sur cette femme qui avait possédé par le passé des pouvoirs si immenses.
- Vous ne me connaissez pas de visage, mais peut-être de nom. Je suis Uusi Kensun, Directeur du Conseil Éonais.
L'esprit vif de la nouvelle venue ne tarda pas à réagir et à se nourrir de cette maigre information pour contre-attaquer, un sourire mauvais aux lèvres :
- Je ne sais toujours pas qui vous êtes, j'ai eu d'autres préoccupations que l'actualité politique internationale au cours des derniers mois, vous m'en excuserez. Ainsi au moins puis-je supposer que nous sommes bien en Éone, ainsi qu'il était prévu
Le Directeur du Conseil Éonais ne répondit pas et préféra lui tourner le dos pour revenir sur le bateau de pêche qui captivait son attention avant qu'elle n'arrive, il était en position de force, elle serait amené à réagir malgré elle.
- Qu'attendez-vous de moi au juste ?
Elle ne pouvait pas le voir mais un sourire se dessina sur les traits de l'homme dont elle fixait le dos, incrédule.
- Rien.
La discussion en resta là un moment. Uusi Kensun s'attendait à ce qu'elle poursuive l'échange comme il l'avait prévu, mais son interlocutrice inexpérimentée fit trop de bruit lorsqu'elle s'élança. Il eut tout juste le temps de se retourner et d'esquiver le coup qu'elle destinait à sa nuque en lui saisissant les bras.
- Ce n'est pas vraiment ce à quoi je m'attendais.
La colère se lisait dans les yeux de Wang, elle s'agita mais dû bientôt se rendre à l'évidence : elle n'était pas en position de force.
- Vous savez qui je suis ! Vous savez qui j'ai été ! Vous me devez le respect, barbare tarnois !
La dernière insulte, pleine de sens dans la bouche d'une makarane, fit rire Uusi :
- Allons, vous retrouvez soudainement la mémoire ?
La réponse fusa :
- Que voulez-vous ?!
- Je vous l'ai déjà dit, je ne vous demande rien, mais peut-être pouvez-vous me proposer vos services.
Wang eut un rire nerveux, comme si elle comprenait soudainement la manoeuvre de celui qui lui faisait face.
- Ainsi vous me faîtes retirer de mon paisible Makara sous couvert des meilleurs intentions qui soient à mon égard, à mon arrivée vous me traitez comme une moins que rien tout juste bonne à creuser la tombe de Siman II pour maintenant me proposer d'entrer à votre service ?
Elle secoua la tête de gauche à droite, comme si l'explication était à la fois trop simple et trop improbable.
- Je ne peux pas le croire. Pourquoi une telle mise en scène ?
- Pour que vous n'oubliiez jamais, Brillante Camarade, que celle que vous étiez est aussi morte que l'Empereur du Raksasa.[/justify]
[justify]Uusi Kensun appréciait la vue avec le doux soleil de l'automne éonais dans le dos. Depuis les anciens docks désaffectés du port de Tirkiz il avait une vue dégagée sur l'horizon, là-bas, quelque part au loin, se trouvaient le Zanyane et la côte kwekuzienne, sans doute agitée par les vagues de son autoritarisme d'État. Bien trop loin, bien sûr, pour qu'il put espérer les apercevoir malgré un temps superbe sans le moindre nuage.
Il venait parfois, comme ce jour-là, dans les anciens docks de Tirkiz pour réfléchir. En réalité ces docks n'étaient pas ceux de Tirkiz à proprement parler, ils étaient situés à plusieurs kilomètres au sud de la capitale et dataient de l'époque antérieure au génocide orchestré par l'Astara. Une ville de passage modeste avait été bâtie autour de ceux-ci mais dix ans après le génocide et le changement radical de population sur l'île il n'en restait que des ruines.
Le Directeur du Conseil Éonais avait fait en sorte de ne pas être gêné par son service de sécurité, même s'il ne pouvait raisonnablement s'en passer la présence de ses agents se faisait la plus discrète possible lors de ces sorties propices à la réflexion et à un rare semblant de sentiment de solitude qu'il cherchait souvent et affectionnait d'autant plus depuis qu'il avait accédé à la plus haute fonction de l'État. Dans un système de Conseils comme celui de l'Éone on considérait, à juste titre, que le chef d'État perdait une grande partie de son importance et de son influence comparé à d'autres régimes. Mais il n'en gagnait pas pour autant en liberté de mouvement.
Cet après-midi là, contrairement à d'autres, il ne devait pas rester seul longtemps. Il avait une invitée de marque qu'il valait mieux ne pas rencontrer directement au Directoire du Conseil Éonais pour des raisons évidentes. Perdu dans ses réflexions et fixant l'horizon où un petit bateau de pêche était apparu il entendit toutefois les pas légers qui s'approchaient derrière lui. Il déclara :
- C'est un plaisir de vous rencontrer Camarade Wang.
Il se retourna pour observer la jeune femme qui venait de le rejoindre, son visage était inexpressif mais son corps parlait pour elle, elle était profondément fatiguée. Elle n'avait sans doute pas l'habitude d'ignorer à qui elle s'adressait aussi elle prit un instant avant d'articuler :
- Bonjour... Qui ?
Uusi Kensun apprécia pendant un moment cet instant de domination infinie sur cette femme qui avait possédé par le passé des pouvoirs si immenses.
- Vous ne me connaissez pas de visage, mais peut-être de nom. Je suis Uusi Kensun, Directeur du Conseil Éonais.
L'esprit vif de la nouvelle venue ne tarda pas à réagir et à se nourrir de cette maigre information pour contre-attaquer, un sourire mauvais aux lèvres :
- Je ne sais toujours pas qui vous êtes, j'ai eu d'autres préoccupations que l'actualité politique internationale au cours des derniers mois, vous m'en excuserez. Ainsi au moins puis-je supposer que nous sommes bien en Éone, ainsi qu'il était prévu
Le Directeur du Conseil Éonais ne répondit pas et préféra lui tourner le dos pour revenir sur le bateau de pêche qui captivait son attention avant qu'elle n'arrive, il était en position de force, elle serait amené à réagir malgré elle.
- Qu'attendez-vous de moi au juste ?
Elle ne pouvait pas le voir mais un sourire se dessina sur les traits de l'homme dont elle fixait le dos, incrédule.
- Rien.
La discussion en resta là un moment. Uusi Kensun s'attendait à ce qu'elle poursuive l'échange comme il l'avait prévu, mais son interlocutrice inexpérimentée fit trop de bruit lorsqu'elle s'élança. Il eut tout juste le temps de se retourner et d'esquiver le coup qu'elle destinait à sa nuque en lui saisissant les bras.
- Ce n'est pas vraiment ce à quoi je m'attendais.
La colère se lisait dans les yeux de Wang, elle s'agita mais dû bientôt se rendre à l'évidence : elle n'était pas en position de force.
- Vous savez qui je suis ! Vous savez qui j'ai été ! Vous me devez le respect, barbare tarnois !
La dernière insulte, pleine de sens dans la bouche d'une makarane, fit rire Uusi :
- Allons, vous retrouvez soudainement la mémoire ?
La réponse fusa :
- Que voulez-vous ?!
- Je vous l'ai déjà dit, je ne vous demande rien, mais peut-être pouvez-vous me proposer vos services.
Wang eut un rire nerveux, comme si elle comprenait soudainement la manoeuvre de celui qui lui faisait face.
- Ainsi vous me faîtes retirer de mon paisible Makara sous couvert des meilleurs intentions qui soient à mon égard, à mon arrivée vous me traitez comme une moins que rien tout juste bonne à creuser la tombe de Siman II pour maintenant me proposer d'entrer à votre service ?
Elle secoua la tête de gauche à droite, comme si l'explication était à la fois trop simple et trop improbable.
- Je ne peux pas le croire. Pourquoi une telle mise en scène ?
- Pour que vous n'oubliiez jamais, Brillante Camarade, que celle que vous étiez est aussi morte que l'Empereur du Raksasa.[/justify]