RP 2023 - 2029 | Capharnaüm

Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Dégouvernementation (2 / ??)
30 juin 2028
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[justify]Koen Van Overbeck ne savait pas faire son nœud de cravate. Pour les grandes occasions, c’était généralement Maman qui le faisait. Mais Maman n’était pas là ce matin-là, sans doute le plus important de sa vie après celui où il a officiellement obtenu son diplôme de l’Ecole Politique Technocrate. Ce vendredi 30 juin 2028 était convoqué le Congrès pour l’élection présidentielle, un scrutin au suffrage indirect, dont l’électorat était composé des députés et des membres de tous les conseils provinciaux. Le scrutin ne passionnait pas les foules, le Président a peu de pouvoirs en Sébaldie. Pour les politiciens en revanche, qui caressent le rêve de gouverner le pays, cette décision était importante à prendre. Koen, lui, était un féru de politique. Il connaissait toutes les modalités de l’élection, mais moins la manière d’accéder au pouvoir.

Koen était donc au Congrès, une belle bâtisse au demeurant. Quatre candidats, dont lui-même, étaient en lice pour l’élection : le sortant Sebastiaan Van Althuis, la cheffe d’entreprise Janna Miyazawa et l’auteur antisioniste Aurel Visschers. Mais ils n’étaient que trois à assister au scrutin, Aurel Visschers disait s’être vu empêcher l’accès au Congrès par la « communauté organisée ». Tout le monde savait que c’était faux, sa victoire était certaine et il n’avait pas envie de se déplacer pour y assister. À sa droite lui se dressait fièrement un Sebastiaan Van Althuis, qui dépassait en stature Koen de deux têtes. À sa gauche Janna Miyazawa était assise, les jambes croisées. Koen, lui, ne savait pas s’il fallait s’asseoir ou rester debout. D’abord debout, il préféra s’asseoir. Il craignait les yeux du millier de grands électeurs rivés sur lui. Pourtant, solennellement, il était appelé à prononcer un bref discours devant l’assemblée avant le début du scrutin. Conscient de ses problèmes d’élocution, son propos tenait en quelques lignes. Mais par sécurité, il les avait écrites sur une feuille dactylographiée, raturée et modifiée des dizaines de fois à la main.
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[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2015/10/10/151010070525935708.jpg[/img]
Koen Van Overbeck
Candidat apparenté social-démocrate à l'élection présidentielle.
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[justify]Koen Van Overbeck : « Euh… Bonjour. Je me présente devant vous en tant que candidat pour l’élection présidentielle. N’étant pas très doué pour les longs discours, je vais me présenter brièvement. Diplômé de l’Ecole Politique Technocrate, j’ai une large connaissance des institutions de notre pays. Le rôle de président de la République Sébalde est avant tout celui de médiateur et à ce titre… Euh… Pardon, je me suis trompé de ligne. »

L’audience était partagée entre les rires moqueurs et la stupéfaction. Koen lui, ne riait guère de la situation et affichait un sourire de gêne, voire de timidité. Reprenant sa feuille de note, il en abrégea le contenu et asséna des banalités assez affligeantes, et même décevantes pour un garçon de son niveau universitaire. Lui-même était honteux de sa prestation et avait envie de rentrer à la maison, celle de ses parents, où il se ressourçait quand il en avait besoin. Jamais durant son « discours » ou plutôt ce qui ressemblait à un exposé de classe, il ne prit la peine de regarder son audience, qui avait néanmoins le pouvoir de le couronner président à l’issue de la séance. Il y avait plus de mille personnes devant lui ! Même dans les amphithéâtres de l’EPT il n’y eut autant de monde… En plus, à la différence de l’EPT, il n’allait pas être jugé pour son intellect mais pour sa prestance. Une situation à laquelle il n’avait jamais été préparé, lui qui n’aimait pas se mettre en avant.

Stressé, il transpirait dans sa veste, surtout en ce vendredi ensoleillé d’été. Il ne pouvait pas se résigner à la retirer : la veste lui donnait la maturité qui lui faisait défaut physiquementIl écouta à moitié l’intervention de ses adversaires, beaucoup plus à l’aise dans cet exercice : entre un président sortant et une cheffe d’entreprise, il ne payait pas de mine ! Son malaise était d’autant plus grand qu’il avait la charge de représenter toute l’Alliance Sociale-Démocrate. Tout reposait sur ses épaules.

Les discours étaient maintenant terminés, les grands électeurs se déplacèrent par petits groupes pour remplir leur bulletin de vote en classant les candidats de 1 à 4 selon leur ordre de préférence. Le scrutin parut une éternité pour Koen qui préféra regarder ses pieds durant son déroulement. Durant le vote, il avait interdiction de parler aux électeurs, y compris à ses partisans. Ce n’était pas plus mal, il voyait mal comment un nouveau mot pouvait sortir de cette gorge aussi serrée. Après le vote, les assesseurs du Congrès procédèrent au dépouillement. Lui aussi dura une éternité. Au terme du premier tour, Koen leva les yeux pour la première fois pour écouter l’assesseur donner les résultats du premier tour.


Assesseur : « Nombre de votants : 1095. Nombre de suffrages exprimés : 874. Majorité absolue : 483 votes. Au terme du premier tour, les résultats sont les suivants : Monsieur Sebastiaan Van Althuis, 318 votes. Monsieur Aurel Visschers : 41 votes. Madame Miyazawa, 115 votes. Monsieur Van Overbeck, 400 votes. Personne n’ayant atteint la majorité absolue, nous procédons désormais au second tour, en vertu de la Constitution de 2022, en considérant les deuxièmes préférences des bulletins exprimés en faveur de monsieur Visschers, éliminé du scrutin. »

400 votes ! Jamais dans ses nombreuses simulations politiques, Koen Van Overbeck n’espérait autant. Il n’était pas le seul à être surpris, le président de l’Alliance Sociale-Démocrate l’observa, en levant le pouce en signe de victoire prochaine, ce à quoi Koen répondit par son habituel sourire gêné et timide. Le deuxième tour élimina Janna Miyazawa. Tout résidait désormais dans les suffrages exprimés en sa faveur. Après plus de deux heures de dépouillement, le tableau afficha le résultat final :[/justify]
[center][img]http://nsa38.casimages.com/img/2015/11/01/151101091824876268.png[/img][/center]

[justify]Ça y est. Koen avait réussi malgré lui son pari. En tête lors des deux premiers tours, il finit par s’imposer au troisième. Il n’afficha pas sa joie – en éprouvait-il vraiment ? – il ne comprenait pas comment un garçon comme lui, au visage resté puéril, qui se tenait voûté, sans réseau, sans mandat ni expérience politique, avait pu gagner. En réalité, ses électeurs voyaient en lui un président manipulable. Koen, lui, l’ignorait et s’interrogeait sur les convergences idéologiques qu’il avait vis-à-vis de chacun d’entre eux, dont il ignorait en plus l’identité. Manipulable, il l’était assurément mais il ignorait qu’il avait été choisi pour cela. Sa chemise était trempée de sueur et pourtant, c’est symboliquement que le président du Congrès lui remit une écharpe jaune et or, ornée du lion sébalde. Il était maintenant officiellement Président de la République Sébalde, sous les applaudissements d’une majorité du Congrès. Sebastiaan Van Althuis, en habituel gentleman, lui serra la main assez fermement et douloureusement pour le féliciter. Janna Miyazawa, elle, avait déjà quitté la pièce. Koen avait les jambes qui tremblaient, tellement la pression était forte. Son écharpe semblait peser une tonne, tel le poids des charges qui l’attendaient dorénavant. Le jeune homme n’était pas au bout de ses peines et ça, aucune des simulations politiques qu’il avait dessinées ne le laissait présager…[/justify]
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