Les caisses noires de la Confédération
Il faisait presque nuit lorsqu’un convoi se faufilait dans les rues de Pantirabo, ou plutôt de ce qu’il en restait. Toute la ville n’était pas encore debout, dans tous les sens du terme en fait. Vladimir Stramine rechignait à la reconstruire : elle était la tumeur d’un ancien monde qui méritait de disparaître. Ce qui se murmurait dans les couloirs des locaux gouvernementaux portait d’ailleurs atteinte au GPDP. Certains osaient affirmer que c’était sa femme qui voulait la reconstruction de la ville. Enfin, ce n’était pas bien important. Le convoi en question était composé de quatre lourdes blindées en armes, encadrées par deux chars légers et rapides ainsi qu’une dizaine de motards. Cette fois-ci, aucun hélicoptère ne les suivait, on avait remarqué que cela attirait trop l’attention. Lorsque le soleil toucha l’horizon, le convoi était en train de sortir de la ville. Pendant plusieurs heures, il roulait sans s’arrêter, franchissant collines, plaines et cols.
Après plusieurs heures, une nuit noire l’enveloppait. Tous feux éteints, il se dirigeait maintenant vers une petite ville de province non-éclairée. Enfin, il sortit de la route et continua sur un chemin de campagne qui menait vers un vieil hangar. Tous les véhicules s’arrêtèrent en même temps. Après quelques secondes prises pour observer les environs, le passage du premier blindé descendit et toqua à quatre reprises sur la lourde porte en bois du hangar. Cette dernière se mit à bouger et s’ouvrit. Un homme en armes se tenait devant eux et regarda derrière le chauffeur.
Le soldat : Seulement quatre ?
Le chauffeur : A partir de demain, ce sera au moins six, je dois en parler au Meïlarté.
Le Meïlarté : Je suis là. Tout s’est bien passé ?
L’homme venait de sortir du fond de la grange. Il était vêtu d’un costard cravate qui laissait entre-apercevoir le magnum 44 qu’il avait attaché à sa ceinture. L’arme préférée des mafiosos juvniens. De plus, son visage était caché par un étrange tissu, assez typique de ces régions du Juvna. Il ordonna d’un geste de la main à ce que l’on éteigne toutes les lumières. On ne voyait plus rien dans la nuit alméranne. D’un pas assuré et rapide, le Meïlarté (surnom qui signifie « Celui d’en haut ») se rendit derrière la première blindé, qu’il ouvrit violemment. A l’intérieur, des centaines, voire des milliers de petits sachets remplis d’opium.
Un convoyeur : La même chose dans les trois autres.
Le Meïlarté : On en tirera neuf ou dix millions, grand maximum. J’ai entendu qu’on passera les bouchées doubles demain ?
Le chauffeur : On augmentera à au moins 6 blindées par convois. Il nous faudra plus d’hommes.
Le Meïlarté : Ca, ce n’est pas un problème.
Le chauffeur s’approcha du Meïlarté et murmura à son oreille.
Le chauffeur : C’est pas discret ces convois, ça mobilise beaucoup de monde et de temps. Des camions banalisés nous permettraient de transporter plus de marchandises, plus efficacement.
Le Meïlarté : Et si les camions se font choper par une patrouille de flics ? Ils ne sont pas tous de notre côté. Ces convois sont moins discrets, mais ces hommes sont avec nous, puis le pays se reconstruit, alors les mouvements d’énormes capitaux ne choquent personne. Bons moyens et bon alibi.
Le chauffeur : On prend des camions particuliers, et vous faites une circulaire comme quoi il ne faut pas les arrêter pour x ou y raison.
Le Meïlarté : Un imbécile honnête ira rapporter ça au Parlement du peuple, et on me demandera des comptes. Trop risqué.
Le chauffeur : Bien. On se fait combien en tout ?
Le Meïlarté Si l’on compte tous les convois comme celui-ci qui circulent par jour dans tout le pays, on doit en avoir pour sept milliards par mois.
Le chauffeur : Ca part vers où ?
Le Meïlarté : RS de Pasjonstan, puis vers le monde. Mais je crains que son président ne commence à culpabiliser. Il nous faudra développer nos plaques exportatrices vers le golfe d’Imperiak. Sept milliards, ça ne se perd pas.
Le chauffeur : On en fait quoi de ce pognon ?
Le Meïlarté : Environ un milliard est utilisé sur le champ pour payer tous ceux qui ont participé au business, toi, tes hommes, mes hommes, nos hommes, l’essence des bagnoles, le silence etc. Un autre milliard est réinvesti pour le mois suivant, pour développer nos champs de pavot et nos infrastructures.
Le chauffeur : Il reste cinq milliards.
Le Meïlarté : … Qui forment le petit coffre où je me sers pour mettre en place des projets d’envergure et me faire bien voir par le pouvoir central. Je passe alors pour un économiste et un politicien hors-pair.
On commençait à décharger le convoi, pour transférer la marchandise vers un autre. Cela faisait plusieurs mois que cette économie parallèle s’était mise en place, dans le dos des pouvoirs confédérés. Dans le dos ? Pas tant que ça. On ralluma la lumière dans le hangar et l’on aperçut le visage du chef de ce trafic, le Meïlarté ; Esen Rezan, président de la République Socialiste de Juvna.
Activités internes kirkstanaises
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Chaarden
[center]Au travers de la brume, par les rythmes des chants..
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=420712csm0000414CHAVANNES01801d8a9aaa6ce.jpg][img]http://img15.hostingpics.net/pics/420712csm0000414CHAVANNES01801d8a9aaa6ce.jpg[/img][/url][/center]
Gennady se sentait bien. Il était parti de Kritev il y a dix jours maintenant et marchait le long des sentiers ruraux de la Confédération. Heureusement, le soleil avait toujours brillé et il n’avait jamais eu à s’abriter de la pluie. Il savait cependant que ces conditions de voyage n’allaient pas perdurer, car il venait de franchir la frontière de la RS d’Upajie, pays des lacs et des marécages, mais aussi du brouillard et de la pluie. Il sentait déjà l’humidité de la contrée s’essuyer sur ses joues. Il passa sa main sur son visage et haussa les sourcils : décidément, rien ne valait son vieux Kirkstan natal. Gennady, malgré ses simples vêtements et sa petite sacoche, était l’un des hommes les plus cultivés de toute la Confédération. Il maîtrisait l’histoire universelle du monde, de Noé jusqu’à Siman II, il connaissait tout ce qu’il y avait à savoir : l’historiographie de chaque roman national, toutes les dates importantes de l’histoire du monde, le développement du bouddhisme dans tout le Makara et les chutes des monarchies almérannes… en plus de cela, il était un musicien hors-pair, maniant parfaitement la harpe, la cornemuse et la flûte. La question qui se lisait dans les yeux de l’étranger était alors : qu’est-ce qu’un homme de cette envergure faisait à se promener dans la campagne confédérée, désespérément seul ?
Gennady était l’un des premiers troubadours de la nouvelle Confédération. En fait, il avait appris à faire de la musique pour mieux coller à l’image traditionnelle que l’on se faisait de ce saltimbanque tout droit sorti de l’Ancien Temps. Gennady n’allait pas chanter des contes et des légendes dans les nuits campagnardes ; il voyageait de villages en villages, et enseignait son savoir dans les bibliothèques de chaque commune contre de la nourriture et un lit pour dormir. C’était un mode de vie nouveau, qui renaissait après des siècles d’endormissement.
Au fond de lui, Gennady était fier et heureux d’avoir accepté la proposition de Vladimir Stramine.
Il fut interrompu dans ses pensées lorsqu’il sentit son bâton s’enfoncer dans le chemin. Celui-ci devenait boueux et instable. Lorsqu’il releva la tête, il vit qu’il s’enfonçait dans une épaisse nappe de brume. Il regarda autour de lui et plissa les lèvres : à sa gauche, une sombre forêt, et à sa droite, un vaste marécage. Il voyait suffisamment bien devant lui pour continuer sur le chemin, alors il avança. Il porta un rapide coup d’œil sur sa montre, il était 17h, la nuit n’allait pas tarder à tomber, les rayons du soleil avaient déjà de plus en plus de mal à percer le brouillard. Il n’avait pas réussi à atteindre le village le plus proche : il était dans l’une des zones les moins densément peuplées du pays. Il lui était déjà arrivé de dormir à la belle étoile, dans une petite grotte ou dans une vieille bergerie abandonnée. Aujourd’hui, cela serait bien plus difficile : il ne voyait pas à cent mètres devant lui et chaque seconde de réflexion le rapprochait de la nuit.
Gennady prit alors le cordon qu’il avait autour du cou, il tira dessus et un cor sortit de son col. Il le regarda : d’un blanc presque éblouissant, finement taillé et porteur de trois siècles d’histoire. Gennady le porta à sa bouche et souffla dedans de toutes ses forces. Le bruit de tonnerre qui en sortit déchira l’éther et sembla dissiper momentanément la brume. Il recommença à deux reprises. C’était le signal qu’un troubadour cherchait refuge pour la nuit. Il continua sa route sans vraiment espérer que quelqu’un réponde.
Heureusement, après quelques minutes de marche, il sortit de la brume, enfin. A sa gauche, la forêt continuait plus loin encore, mais le marécage s’était déjà terminé. Au loin, il voyait les montagnes qui marquaient la frontière entre la RS d’Upajie et le Bvaldoj. Majestueuses, elles se dressaient comme rempart entre deux mondes qui s’étaient définitivement séparés. Dans leurs creux, vallées et ravins, sûrement patrouillaient quelques vigiles ou quelques militaires, garantissant l’intégrité du territoire le plus autonome du monde.
Un bruit de galop retentit alors dans la plaine qui s’étendait entre le chemin et les montagnes. Un cheval s’approchait, une cavalière sur son dos. Gennady s’arrêta et sourit : cela faisait longtemps qu’il n’avait pas vu quelqu’un. La cavalière s’arrêta à quelques mètres de lui et descendit de son cheval. Elle retira sa capuche et ils se regardèrent pendant un moment. Elle était assez grande et avait de beaux yeux d’améthyste. Lorsqu’elle sourirait, d’adorables petites fossettes se formaient dans ses joues et ses lèvres révélaient de belles dents blanches. Ses cheveux blonds lui descendaient jusqu’à mi-dos, attachés dans une longue tresse. Elle s’adressa à Gennady, sa voix était d’une douceur remarquable et le troubadour plissa ses yeux de plaisir :
« -C’est toi qui as fait résonner le cor ?
-Oui. La nuit va tomber et je n’ai nulle part où dormir.
-Viens donc chez moi. Il y a un petit hameau non loin d’ici, où je vis avec mes frères et des amis. Nous sommes une vingtaine, et nous vivons bien ».
Gennady approuva de la tête et se mit en route. Ils marchaient tous les deux à côté du cheval : il aurait été indécent qu’un homme et une femme cavalent ensemble sur une jument.
« -Quel est ton prénom ?
-Je m’appelle Gennady, et toi ?
-Moi, c’est Maria.
-Tu habites ici depuis longtemps ?
-Depuis toujours. C’est très calme, et nos champs suffisent largement à nous nourrir.
-Il n’y a pas d’autres villages non loin d’ici ?
-Le plus proche est à… peut-être vingt kilomètres. Nous échangeons régulièrement des fruits et d’autres produits ! ».
Gennady se réjouissait sincèrement que la plupart des confédérés réussissaient à trouver leur équilibre dans la nouvelle Confédération. Cela signifiait qu’ils le défendraient en cas de besoin et qu’ils conserveraient leur mode de vie contre vents et marées. Maria reprit :
« -Si tu es un des troubadours dont nous avons entendu parler, tu as quelques choses à enseigner, qu’est-ce donc ?
-Je connais l’histoire du monde.
-Ce n’est pas une déclaration très humble.
-Mais je la pense vraie.
-Vas-tu nous laisser des livres ?
-Oui, j’en ai plein dans ma sacoche, je vous les laisserais.
-C’est très gentil ».
Gennady et Maria arrivèrent à la nuit tombée au hameau. On n’y voyait pas grand-chose, seulement quelques torches allumées au coin des petites rues. Ils avaient mangé sur le chemin : des tartines de miel, des pommes et un peu de saucisson. Cela suffisait à tenir au ventre. Maria mena Gennady dans la bibliothèque du village : ils y trouvèrent tous les habitants, du plus jeune au plus âgé. Gennady les salua chaleureusement et il fut reçu avec beaucoup d’égards. Il contempla les étagères de la bibliothèque qui était, quand même, bien fournie. Alors on le pressa de commencer à parler de l’histoire du monde, et Gennady commença son exposé.
Assoiffés de savoir sur la puissance du Dieu créateur du monde, les villageois se serraient autour de l’ardent feu de bois qui éclairait la pièce, afin d’écouter ce que Gennady avait à leur dire sur les premiers pas des hommes, depuis la descente de l’Arche. Ils avaient hâte, aussi, de pouvoir s’imprégner des livres apportés par le troubadour. La volonté de s’édifier par la grandeur de la Création traversait tout le pays et se reflétait ce soir dans l’ombre des flammes qui balayaient jusqu’aux marécages de l’Upajie profonde…
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Gennady se sentait bien. Il était parti de Kritev il y a dix jours maintenant et marchait le long des sentiers ruraux de la Confédération. Heureusement, le soleil avait toujours brillé et il n’avait jamais eu à s’abriter de la pluie. Il savait cependant que ces conditions de voyage n’allaient pas perdurer, car il venait de franchir la frontière de la RS d’Upajie, pays des lacs et des marécages, mais aussi du brouillard et de la pluie. Il sentait déjà l’humidité de la contrée s’essuyer sur ses joues. Il passa sa main sur son visage et haussa les sourcils : décidément, rien ne valait son vieux Kirkstan natal. Gennady, malgré ses simples vêtements et sa petite sacoche, était l’un des hommes les plus cultivés de toute la Confédération. Il maîtrisait l’histoire universelle du monde, de Noé jusqu’à Siman II, il connaissait tout ce qu’il y avait à savoir : l’historiographie de chaque roman national, toutes les dates importantes de l’histoire du monde, le développement du bouddhisme dans tout le Makara et les chutes des monarchies almérannes… en plus de cela, il était un musicien hors-pair, maniant parfaitement la harpe, la cornemuse et la flûte. La question qui se lisait dans les yeux de l’étranger était alors : qu’est-ce qu’un homme de cette envergure faisait à se promener dans la campagne confédérée, désespérément seul ?
Gennady était l’un des premiers troubadours de la nouvelle Confédération. En fait, il avait appris à faire de la musique pour mieux coller à l’image traditionnelle que l’on se faisait de ce saltimbanque tout droit sorti de l’Ancien Temps. Gennady n’allait pas chanter des contes et des légendes dans les nuits campagnardes ; il voyageait de villages en villages, et enseignait son savoir dans les bibliothèques de chaque commune contre de la nourriture et un lit pour dormir. C’était un mode de vie nouveau, qui renaissait après des siècles d’endormissement.
Au fond de lui, Gennady était fier et heureux d’avoir accepté la proposition de Vladimir Stramine.
Il fut interrompu dans ses pensées lorsqu’il sentit son bâton s’enfoncer dans le chemin. Celui-ci devenait boueux et instable. Lorsqu’il releva la tête, il vit qu’il s’enfonçait dans une épaisse nappe de brume. Il regarda autour de lui et plissa les lèvres : à sa gauche, une sombre forêt, et à sa droite, un vaste marécage. Il voyait suffisamment bien devant lui pour continuer sur le chemin, alors il avança. Il porta un rapide coup d’œil sur sa montre, il était 17h, la nuit n’allait pas tarder à tomber, les rayons du soleil avaient déjà de plus en plus de mal à percer le brouillard. Il n’avait pas réussi à atteindre le village le plus proche : il était dans l’une des zones les moins densément peuplées du pays. Il lui était déjà arrivé de dormir à la belle étoile, dans une petite grotte ou dans une vieille bergerie abandonnée. Aujourd’hui, cela serait bien plus difficile : il ne voyait pas à cent mètres devant lui et chaque seconde de réflexion le rapprochait de la nuit.
Gennady prit alors le cordon qu’il avait autour du cou, il tira dessus et un cor sortit de son col. Il le regarda : d’un blanc presque éblouissant, finement taillé et porteur de trois siècles d’histoire. Gennady le porta à sa bouche et souffla dedans de toutes ses forces. Le bruit de tonnerre qui en sortit déchira l’éther et sembla dissiper momentanément la brume. Il recommença à deux reprises. C’était le signal qu’un troubadour cherchait refuge pour la nuit. Il continua sa route sans vraiment espérer que quelqu’un réponde.
Heureusement, après quelques minutes de marche, il sortit de la brume, enfin. A sa gauche, la forêt continuait plus loin encore, mais le marécage s’était déjà terminé. Au loin, il voyait les montagnes qui marquaient la frontière entre la RS d’Upajie et le Bvaldoj. Majestueuses, elles se dressaient comme rempart entre deux mondes qui s’étaient définitivement séparés. Dans leurs creux, vallées et ravins, sûrement patrouillaient quelques vigiles ou quelques militaires, garantissant l’intégrité du territoire le plus autonome du monde.
Un bruit de galop retentit alors dans la plaine qui s’étendait entre le chemin et les montagnes. Un cheval s’approchait, une cavalière sur son dos. Gennady s’arrêta et sourit : cela faisait longtemps qu’il n’avait pas vu quelqu’un. La cavalière s’arrêta à quelques mètres de lui et descendit de son cheval. Elle retira sa capuche et ils se regardèrent pendant un moment. Elle était assez grande et avait de beaux yeux d’améthyste. Lorsqu’elle sourirait, d’adorables petites fossettes se formaient dans ses joues et ses lèvres révélaient de belles dents blanches. Ses cheveux blonds lui descendaient jusqu’à mi-dos, attachés dans une longue tresse. Elle s’adressa à Gennady, sa voix était d’une douceur remarquable et le troubadour plissa ses yeux de plaisir :
« -C’est toi qui as fait résonner le cor ?
-Oui. La nuit va tomber et je n’ai nulle part où dormir.
-Viens donc chez moi. Il y a un petit hameau non loin d’ici, où je vis avec mes frères et des amis. Nous sommes une vingtaine, et nous vivons bien ».
Gennady approuva de la tête et se mit en route. Ils marchaient tous les deux à côté du cheval : il aurait été indécent qu’un homme et une femme cavalent ensemble sur une jument.
« -Quel est ton prénom ?
-Je m’appelle Gennady, et toi ?
-Moi, c’est Maria.
-Tu habites ici depuis longtemps ?
-Depuis toujours. C’est très calme, et nos champs suffisent largement à nous nourrir.
-Il n’y a pas d’autres villages non loin d’ici ?
-Le plus proche est à… peut-être vingt kilomètres. Nous échangeons régulièrement des fruits et d’autres produits ! ».
Gennady se réjouissait sincèrement que la plupart des confédérés réussissaient à trouver leur équilibre dans la nouvelle Confédération. Cela signifiait qu’ils le défendraient en cas de besoin et qu’ils conserveraient leur mode de vie contre vents et marées. Maria reprit :
« -Si tu es un des troubadours dont nous avons entendu parler, tu as quelques choses à enseigner, qu’est-ce donc ?
-Je connais l’histoire du monde.
-Ce n’est pas une déclaration très humble.
-Mais je la pense vraie.
-Vas-tu nous laisser des livres ?
-Oui, j’en ai plein dans ma sacoche, je vous les laisserais.
-C’est très gentil ».
Gennady et Maria arrivèrent à la nuit tombée au hameau. On n’y voyait pas grand-chose, seulement quelques torches allumées au coin des petites rues. Ils avaient mangé sur le chemin : des tartines de miel, des pommes et un peu de saucisson. Cela suffisait à tenir au ventre. Maria mena Gennady dans la bibliothèque du village : ils y trouvèrent tous les habitants, du plus jeune au plus âgé. Gennady les salua chaleureusement et il fut reçu avec beaucoup d’égards. Il contempla les étagères de la bibliothèque qui était, quand même, bien fournie. Alors on le pressa de commencer à parler de l’histoire du monde, et Gennady commença son exposé.
Assoiffés de savoir sur la puissance du Dieu créateur du monde, les villageois se serraient autour de l’ardent feu de bois qui éclairait la pièce, afin d’écouter ce que Gennady avait à leur dire sur les premiers pas des hommes, depuis la descente de l’Arche. Ils avaient hâte, aussi, de pouvoir s’imprégner des livres apportés par le troubadour. La volonté de s’édifier par la grandeur de la Création traversait tout le pays et se reflétait ce soir dans l’ombre des flammes qui balayaient jusqu’aux marécages de l’Upajie profonde…